Quel ciel magnifique, pensa Harry en souriant, étendu dans le parc de Poudlard. Des étoiles et des lunes qui lui parlaient pour lui faire savoir ce que chaque résident de Lavorsy faisait. Elles avaient des tailles et des éclats très différents, mais il les identifiait sans peine. Enormes lueurs, Dumbledore et le professeur Bresch dégustaient une soupe que Hagrid, impatient de connaître leur verdict, avait imaginée à partir de légumes du LorMirAl – et ça ne leur déplaisait pas du tout. Sous les yeux rieurs de Lily, d'Aurelia et de Mary, Leonie s'enthousiasmait de faire la surprise d'offrir à Draya d'une énorme peluche reçue ce matin même. Jalouse, Nadège écoutait Cassie, réjouie et surexcitée, lui montrer la lettre de son petit ami lui annonçant qu'il viendrait lui rendre une visite cette nuit, alors que la Serpentard n'avait pas la même chance avec son précieux William. A la grande exaspération de Wilkes et Beauchesne, Mulciber ne décolérait pas de sa défaite, tandis qu'Avery hésitait entre manger ses rognons d'abord ou bien ses pommes de terre. Rogue, jubilant, avait hâte que l'après-midi passe, car la préfète-en-chef était venue lui proposer de pique-niquer en tête-à-tête pour le dîner. James, pas ravi du tout à cette idée, se forçait à ne pas y faire allusion, mal aidé par un Sirius taquin, alors que Remus et Peter, concentrés, tentaient tant bien que mal de résoudre les mots croisés de La Gazette du sorcier. A l'évidence, les Maraudeurs avaient fait une énième grasse matinée. Ash jetait des petits coups d'œil à Berenis, cherchant le courage de lui demander si elle voulait bien que leur relation évolue, jusqu'à ce qu'Ana, contrariée de ne pas être écoutée, lui donne une tape derrière la tête.

Chaque astre lui montrait ces images, comme si les émotions de chacun étaient un sonar ultra-détaillé. Voyant que Lucretia, Draya et Tara manquaient à l'appel, il comprit qu'il avait dormi moins d'une journée : ce dimanche était, en effet, celui où toutes les trois avaient dû aller essayer leurs robes pour le mariage. Lorca et Silver étaient également absents, le Gryffondor étant sûrement retourné à la Cité pour finaliser la potion anti-Pourrisseur, et la Nehoryn ayant sûrement été convoquée par le commandement. Plus surprenant, Alexa n'apparaissait nulle part.

Penser à la magnifique française lui fit revenir sur Ana. De toutes celles des élèves, son étoile était de très loin la plus grosse, égalant même celles de certains professeurs. Pourquoi ? S'il était le Démon des Sens, pourquoi les sentiments variaient autant ? Cela signifiait-il que les plus grands astres représentaient les personnes ressentant le plus d'émotions ? Non, se dit-il. Ils ne changeaient absolument pas de taille. Si la colère de quelqu'un passait, sa lueur devrait diminuer, alors quoi ? Quelle était l'astuce ?

Un étrange bruit, semblable à une aspiration d'un liquide presque fini via une paille, le fit sursauter. Surpris, il tourna la tête sur… Silver ?!

− Qu'est-ce que… ?!

Le Gryffondor, jetant un regard irrité à son verre vide, baissa les yeux sur lui. Il n'était pas déguisé en ninja. Il était toutefois parti dans un nouveau délire, cette fois de samouraï, mais d'une façon plus guerrière que Midori. Il portait un kimono court disparaissant sous un plastron en acier, un pantalon ample rentré dans des bottes hautes à protections, deux sabres de tailles différentes à la ceinture et un bandeau autour du front. D'autres protections lui protégeaient les poignets, mais Harry remarqua que son bras gauche était étonnamment blafard, rigide, comme le bras d'un mort qui aurait déjà atteint le stade de rigidité cadavérique.

− Oh, si ce n'est pas Ethan, de gozaru ! Qu'est-ce que tu fais dans ton âme ?

− Mon… Toi, qu'est-ce que fais dans mon âme ?! Et pourquoi tu n'apparais pas dans le ciel ?!

− Ah, ça. J'ai peut-être bien apporté quelques petites modifications aux Pierres, de gozaru.

Harry le regarda bouche bée. Il avait fait quoi ?

− C'est impossible ! Il faut connaître la magie démoniaque pour…

− Faux, l'interrompit le Dieu de la Mort en faisant disparaître son verre avant de le rejoindre, posant ses sabres au sol en s'asseyant. La magie démoniaque est à la source de toutes les autres, donc toutes les autres y sont liées, donc il suffit de trouver les points d'ancrage qui permettent d'y remonter, de gozaru. C'est comme une carrière : tu entres dans une entreprise, tu développes tes compétences, tu montes en grade petit à petit et tu finis président de ta société, félicitations. J'ai possédé les Pierres pendant seize ans, jusqu'à ce que je croise Lily dans une belle robe blanche qui m'a convaincu qu'elle devait en hériter. J'ai largement eu le temps de trouver le chemin pour y dénicher une faille qui me permettrait d'y ajouter ma magie. Quand je pense qu'il n'a même pas fallu une année à ce trou du cul de Midori pour y arriver… Ce mec est vraiment un monstre, de gozaru.

− Tu peux parler… répliqua Harry, blasé. Donc, ça veut dire que tu peux utiliser la magie démoniaque ?

− Non. Chaque magie a son essence, sa mémoire, sa particularité. Certaines se restreignent à la nature du gens. Par exemple, j'ai observé et analysé la magie des Mages. J'ai réussi à trouver, assez difficilement d'ailleurs, quel était le point d'ancrage la reliant à la mienne, mais je suis incapable de la manier. En revanche, je peux consulter ses capacités et développer ma magie pour créer des sortilèges semblables, de gozaru.

− Je ne me demande bien qui est le plus monstrueux entre Midori et toi…

− Ce n'est pas si incroyable que ça. Regarde Dumby' et Breschy' : ils utilisent parfois une magie liant le geste à la baguette sans avoir à la toucher. Une magie de laquelle découle également la légilimancie, l'occlumancie ou encore le transplanage. La sorcellerie n'est pas une magie, c'est un assortiment de magies que des chercheurs ont réussi à connecter les unes aux autres en trouvant leurs points d'ancrage, de gozaru. Si c'était une magie, pourquoi y aurait-il besoin d'une baguette en métamorphose et pas en potions ?

Il était terrifiant. Terrifiant de puissance et d'intelligence, pensa le Serpentard.

− Et ? reprit-il en reprenant contenance. Quelles sont ces modifications ?

− Avant que je ne te les explique, il faut que tu saches que Midori a accidentellement oublié de te dire que ton père avait intégré trois enchantements particuliers, de gozaru.

− « Oublié » mon œil, ouais…

− Le premier était une Restriction de fertilité. Quand tu as absorbé la première Pierre, tu es devenu stérile et on peut raisonnablement penser que ton père voulait attendre que tu sois devenu un authentique Démon avant que ta Chérie de la Mort ne puisse t'offrir un mignon petit bébé. Le second était une Résonnance des Âmes. Lathar était convaincu que ton passage au stade final pourrait présenter des risques, sans doute parce qu'il savait que cette sous-merde de Mulciber manquerait de respect à Lucretia, d'autant qu'il insultait sa belle-fille. Il avait placé une infime partie de son âme dans la deuxième Pierre pour s'emparer de la tienne afin que ta métamorphose ne cause aucune tragédie. Quant au dernier, il s'agissait de t'endormir afin que le processus de démonisation se passe dans la plus grande sérénité.

Harry hocha la tête en contemplant un point invisible. Démon du Temps, hein ? Son père ressemblait plus à un Démon de la Prudence, de la Stratégie et de la Paternité, se dit-il, mais il avait avant tout été incroyable.

− Ah, merde, j'ai oublié un « de gozaru », de gozaru.

− Je m'en remettrai… Et tes enchantements ?

− J'ai moi aussi utilisé une Résonnance des Âmes afin de t'expliquer ce qui s'était passé, juste au cas où, et je me suis permis d'effacer ma présence et celle d'Alexa. Il était indéniable que Perverse de la Mort finirait par me mettre le grappin dessus et je n'aimais pas vraiment l'idée qu'un autre mec puisse la voir à poil, de gozaru. Ah, il y en a un troisième, mais je ne m'en souviens plus. Il ne devait pas être important.

Le Démon lui lança un regard désabusé.

− Est-ce que tu l'aimes ? Alexa ?

− Je me demande, de gozaru, répondit Silver en contemplant le ciel. Ses parents sont morts un peu avant qu'on ne me découvre. A l'hôpital, quand je me suis réveillé, elle était assise à mon chevet et me regardait. La première chose qu'elle m'ait dite, c'est : Toi, fais-moi un bébé !

Harry partit à rire.

− Elle était la seule à jouer avec moi, mais avant cette année, je ne me suis jamais posé la question de savoir si je l'aimais ou non. A l'époque, Voldemort commençait à faire la une des journaux français et tout ce dont j'avais envie, c'était d'aller l'affronter. Puis j'ai découvert certains secrets de la Pierre, notamment que ton père estimait qu'Anteras se ramènerait environ dix ans après l'apparition de Face de Cul de Serpent et j'ai créé la Brigade. Un peu inconsciemment sans doute, je l'ai fait pour elle et mes amis, pour leur apprendre à se battre. Mais Alexa est la seule qui aspirait à intégrer Poudlard, de gozaru. Depuis que je dois reconstituer mon bras, je m'interroge, car j'apprécie beaucoup cette relation. Même si je m'en prends une chaque fois que je n'ai pas dormi avec elle…

− Ne m'en parle pas. Je sens que Lucretia ne va pas me louper pour ne pas avoir respecté ma promesse d'hier. Et même si je lui dis que Midori ne m'avait pas prévenu que ça n'irait pas si bien… Cet idiot sadique adore me mettre dans des situations à la con.

− Pour le moment, on dirait que ça te plait bien…

Le Gryffondor cilla.

− Ah, l'enchantement touche à sa fin. On se revoit demain, la potion est presque finie.

− Tu as encore oublié « de gozaru ».

Tch !, de gozaru.

− A demain, s'amusa Harry.

Silver se volatilisa, le Serpentard ouvrant ses vrais yeux pour se réveiller. Il était dans son lit, Lucretia s'étant apparemment chargée de lui enfiler son pyjama. Etait-elle comme le Dieu de la Mort ? Se demandait-elle s'il n'y avait pas un vrai amour pour son fiancé depuis qu'ils vivaient ensemble ? L'idée que cela puisse être le cas avait quelque chose de magnifique et… le réveil s'embrasa.

− Nom de… ! s'exclama-t-il en se redressant brusquement pour attraper sa baguette.

Il projeta un mince filet d'eau dessus en posant les pieds au sol, qui se fissura dans toutes les directions et dans un périmètre fort heureusement restreint. Il comprit alors : malgré les connaissances transmises par son père, ses pouvoirs étaient incontrôlables. C'était exactement ce que Silver lui avait dit : il ne les manipulait pas, mais pour limiter les dégâts, Lathar l'avait endormi. Il n'osait même pas imaginer ce qui aurait pu se produire s'il avait mal réagi face aux remarques intolérables de Mulciber. Et il osait encore moins imaginer ce qui allait se produire dès qu'il se lèverait.

Il leva soudainement les yeux vers le plafond, jetant sa baguette sur le matelas, et ouvrit les bras. Le sifflement retentit et Draya apparut sur ses genoux, tout sourire, dans une jolie robe de soie couleur lilas et une grande fleur blanche, sûrement originaire de Mirvira et ressemblant à une orchidée, dans les cheveux.

− Coucou, papa ! Tu as un câlin du soir et un câlin du matin en retard ! Maman a dit qu'elle te casserait ta tête si je ne retournais pas au magasin sans les avoir eus ! Ze veux aussi mes bisous en retard !

Harry sourit avec une certaine crispation. Il avait peur que ses nouvelles capacités ne blessent la fillette, mais il s'exécuta quand même, très doucement. Draya rayonna quand il l'étreignit. Lui-même ne put cacher son bonheur de retrouver sa fille, dont il mitrailla les joues de baisers affectueux, se sentant de plus en plus en confiance avec elle dans les bras.

− Comment as-tu su que j'étais réveillé ?

− Moi-même personnellement ai laissé un œil dématérialisé dans la chambre pour te surveiller. Quand Lorca a vu que tu t'étais évanoui, elle est partie botter les fesses de Midori pour savoir ce qu'il n'avait pas dit, alors elle a expliqué ce qu'il se passait. Elle a même puni Boss d'une nuit sans ça, ça et ça ! Elle a aussi dit que…

Ils tournèrent subitement la tête vers un point invisible, à côté du lit. L'air s'était alourdi, la gravité y semblant plus lourde, puis il explosa dans un nuage de fumée noire duquel jaillit la Nehoryn. Avant même que la fumée ne se disperse, ses yeux avaient déjà remarqué l'eau dégoulinant de la table de chevet et les fissures dans le sol. Elle parut aussitôt aussi comprendre ce qu'il se passait – ou, plus vraisemblablement, elle était ici parce qu'elle savait que le Serpentard ne saurait pas maîtriser ses pouvoirs.

− Tu boudes encore Boss, Voleuse de Boss ?

− Qui c'est que tu appelles Voleuse de Boss… ?!

− C'est toi ! répondit Draya d'un ton joyeux.

− Fais au moins l'effort de le nier !

Sa colère n'était toujours pas retombée, semblait-il, et le Démon ne put qu'admettre qu'elle faisait plutôt peur. Et elle parut d'autant plus effrayante qu'elle se calma en une seconde.

− Pour rappel, Draya, tes grands-parents n'étaient pas nés que je vivais déjà avec Midori. Maintenant, retourne auprès de ta mère ou je dis à Prisca que tu n'as pas été assez sage pour lui mordiller les joues.

− Yokay ! Papa, ittekimasu !

Itterasshai, répondit Harry en souriant.

Elle disparut, se faufilant par l'interstice et la serrure de la porte. La Nehoryn claque des doigts et fit apparaître une chaise juste en face de lui afin de s'y asseoir.

− Enlevez votre chemise, Ethan.

Décidément, ça devenait une habitude, songea-t-il en obéissant, mais il comprit très vite pourquoi. La marque laissée par la première Pierre avait changé. Il s'agissait d'un cercle plus ou moins plein, hérissé de courbes qui ne manquaient pas d'évoquer des lames de faux, mais dont l'intérieur ne comportait qu'un seul symbole, complexe, élégant, mystérieux… et illisible, entremêlement bizarre de courbes. On aurait dit une sorte bretzel complexifié et stylisé. Pourtant, il eut l'étrange sentiment que…

− Ce n'est pas du démoniaque, dit Lorca, confirmant son soupçon.

Elle pointa un doigt vers la porte de l'appartement et décocha un sortilège Hermès, sans nul doute à destination de Dumbledore.

− Que pensez-vous que ce soit ?

− Exactement ce qu'Albus soupçonnait depuis qu'il a appris que Lathar était follement amoureux de Lydia. Si je ne me trompe pas, il s'agit du langage nymphe, mais comme il s'agit d'un peuple éteint, nous ne nous sommes pas donné la peine de nous y intéresser. Cet abruti de Midori le savait et n'a rien dit, une fois encore… Qu'est-ce que je vais faire d'un imbécile pareil ?... Enfin, passons. Remettez vos pieds sur le lit très prudemment.

Harry s'appuya sur le matelas pour pivoter avec lenteur et inquiétude. La Nehoryn se pencha et plaqua sa main sur le sol, et les fissures se refermèrent. Au moment où elle se redressa, ils portèrent tous deux leur regard sur la porte d'entrée de l'appartement. Le mur qui y faisait face s'était ouvert pour ouvrir un chemin à Dumbledore qui, avant même d'avoir frappé, vit le panneau s'ouvrir sans que le Serpentard ne sache qui était à l'origine de cette invitation à entrer.

Armé d'un vieux bouquin vieillissant, le directeur referma la porte, Lorca faisant apparaître une autre chaise à son intention. Saluant Harry d'un sourire, le vieux sage s'installa en posant l'ouvrage sur ses genoux, lançant une rapide œillade au tatouage marquant le torse du Démon.

− Effectivement, on dirait du nymphe, dit-il. Après nos études, Elphias et moi devions partir en voyage pour faire le tour du monde, mais les circonstances ont fait qu'il a dû y aller sans moi. Il m'a ramené quantité de souvenirs. Si j'avais su que celui de Casperius d'Adamente, intitulé Et l'Homme devint l'Animal, servirait un jour à élucider un signe inscrit sur quelqu'un deux mille ans après l'extinction des nymphes, je l'aurais pris dans mes bras. Bref, alors…

Il ouvrit le livre, faisant tourner les pages en n'y jetant qu'un rapide coup d'œil.

− Casperius d'Adamente, poursuivit-il tout en continuant sa recherche, est le seul sorcier connu qui ait réussi à rencontrer toutes les communautés des nymphes. C'est dire s'il a accompli un véritable exploit, car il fallait être capable de communier avec la nature pour les voir. Elles étaient invisibles aux yeux des mortels tant que ceux-ci ne communiaient pas avec leur environnement. Autrement dit, si vous entriez dans une forêt avec indifférence ou sans chercher à vous harmoniser avec elle, il vous était impossible de les voir se promener ou danser ou même de les sentir. Dryades, oréades, océanides, naïades… Qu'il s'agisse de bois, de rivière, de lave, de roche, de mer ou encore de métal, il existait une multitude de communautés. Et les humains les ont toutes tuées. Les relations avec les créatures magiques n'étaient déjà pas bonnes, il y a deux millénaires, mais l'extermination des nymphes fut la goutte qui fit déborder le vase.

Il lança un regard à Harry.

− Vous le savez, non ?

− Adamente était la ville que regardait mon père quand il m'a parlé, c'est ça ?

− Exact. Casperius ne le cite jamais par son nom, préférant le dénommer par « mon ami ». Lathar était vénéré, tel un dieu, par toute la région. Malgré les invasions et les conflits, aucune armée ne tentait de s'approcher de la ville, car on savait qu'elle était protégée par une créature invulnérable. Mais l'humanité est l'humanité…

Le Serpentard s'assombrit.

− Adamente l'a tué, affirma-t-il, perspicace.

− Malheureusement. Casperius le raconte : Et nous commençâmes à entendre parler d'une pierre magique que mon ami avait créée, prétendument capable de conférer les pouvoirs d'un dieu à quiconque la possède. Et je les vis tous, tels des charognards, s'imaginer déjà régner sur le monde. Je le compris, et avec grande honte, je ne pus rien faire : face à cette immense foule, je n'étais qu'un grain de sel dans la mer. J'ai voulu, mais Elle m'en a empêché. Ses yeux ne pleuraient pas, mais son âme hurlait de chagrin. Quand tout fut fini, nous allâmes à lui. Ils s'étaient acharnés sauvagement sur le corps de cet ami si cher, mais son cadavre souriait. Ce petit sourire taquin qu'il nous offrait sans cesse quand il avait une idée derrière la tête. Elle posa la main sur sa poitrine, et disparut. Et je fus seul.

− Lydia s'est donc sacrifiée pour intégrer les Pierres, dit Lorca pour elle-même.

− Il semblerait qu'au final, la seconde Pierre ait été créée grâce à ce sacrifice. Honnêtement, je serais incapable de vous réciter cela si Leo ne m'avait pas encouragé, involontairement, à me pencher de nouveau sur ce livre. Sa petite remarque d'hier sur le pouvoir des femmes à donner la vie m'a mis la puce à l'oreille. Aurélien me l'avait dit, il y a trois ou quatre ans, qu'il fallait faire attention à ce que Leo raconte. Il ignore s'il le fait exprès, mais ses paroles ont le don d'éclairer certaines choses.

− Il était là.

Lorca et Dumbledore regardèrent le Serpentard, qui leur expliqua sa « rencontre spirituelle » avec Silver tandis qu'il observait le ciel étoilé et lunaire de son âme. La Nehoryn eut une curieuse réaction, comme obtenant l'une des réponses aux questions qu'elle se posait, mais le directeur se contenta de sourire.

− Aurélien ne va pas me lâcher quand je vais l'admettre, mais il a une description bien à lui concernant Leo : « Ce petit con fait ce qu'il lui chante, mais tu peux être sûr qu'il le fait merveilleusement bien. » Il faut bien que je le reconnaisse, ce garçon est un génie.

− Non, dit Lorca, c'est un monstre. Midori n'a pas été au ministère pour s'amuser avec Anteras : il y a été pour analyser la magie de Mr Silver. Quand il a remarqué que ses espions magiques avaient été « piratés », il a su que votre ami anticipait lui aussi une venue d'Anteras au ministère. Pendant le combat entre ces trois idiots, il l'a vu : ce jeune homme est une bête sauvage. Il n'a pas perdu son bras à cause d'une blessure, il l'a sacrifié sans l'once d'une hésitation afin de l'utiliser pour provoquer une explosion. L'ennemi et l'autre imbécile n'y sont pour rien, dans la destruction du ministère. Toutefois, Midori ne comprend pas la magie de votre camarade, mais cela peut s'expliquer par son ignorance de certaines magies d'Alterion.

− On ne connaît que ce que l'on étudie, hein, récita Harry.

La Nehoryn afficha l'ombre d'un sourire, comme pour approuver, au moment où Dumbledore atteignait enfin la page qui l'intéressait, couverte de nombreux signes étranges, artistiques, complexes et incompréhensibles mais soulignés, pour ce que Harry en pouvait voir, de petites annotations. Avant que le directeur ne prenne la parole et n'explique le symbole, toutefois, Lorca et lui entendirent des pas précipités venir du couloir.

La porte s'ouvrit à la volée.

− Ethan, si tu prends un bain sans moi, je te…

Lucretia s'interrompit, mortifiée, le teint cramoisi à la vue de leur professeur et du directeur. Harry sentit sans peine leur amusement… et un coussin explosa dans une pluie de plumes.

− Eh merde ! s'exclama-t-il, irrité.

Il attrapa sa baguette, fit un moulinet et les plumes retournèrent dans l'oreiller, qui se referma.

− C'est donc ça, dit Dumbledore pour lui-même. Lucretia, venez rejoindre Ethan, s'il vous plaît.

Essayant d'avoir l'air naturel, bien qu'un peu raide, et s'efforçant de retrouver son teint naturel, la belle blonde referma la porte et vint s'asseoir au bord du lit en évitant soigneusement les regards des deux adultes. Une petite lueur apparut au centre du signe nymphe, attirant l'attention.

− Qu'est-ce que c'est ? s'étonna la riche héritière.

− Une stabilisation de l'état d'Ethan, indiqua Dumbledore. Il ne contrôle pas son pouvoir. Sa mère Lydia a fait en sorte qu'il puisse le maintenir stable en présence des personnes qu'il chérit le plus. En d'autres termes, s'il est entouré de sa famille et de ses amis, les choses devraient bien se passer. L'Alliance délibère déjà sur la personne la plus à-même de l'aider à maîtriser ses pouvoirs.

Harry haussa les sourcils.

− Midori n'est-il pas… ?

− Nous vous l'avons déjà dit et répété, l'interrompit Lorca avec indifférence. Midori est incontrôlable. S'il voit qu'un affrontement avec vous présente un quelconque risque, il se lâchera totalement et rien ne garantit que vous lui surviviez. Il est peut-être un demi-démon, mais son expérience en fait un guerrier redoutable. Les seuls ayant le bon sens nécessaire pour vous affronter en duel sont Ooghar, Cataara, Mr Silver et moi-même, mais je préfère ne pas le faire, car cela deviendrait extrêmement dangereux pour vous comme pour moi. Tant que la décision n'a pas été rendue par le commandement, Ethan, je vous interdis de rester seul. Miss Mogg, je compte sur vous.

− Ne vous inquiétez pas, dit la jeune femme d'un ton un peu inquiétant. Je dois lui faire comprendre ce qu'une promesse non tenue engendre quand elle est faite à une Mogg.

Dumbledore rit sous cape. La Nehoryn se leva, agitant un doigt pour faire disparaître sa chaise.

− Je vais retourner à la Cité, annonça-t-elle, il faut que je sache si le commande…

Elle eut l'air désabusé, plissant les yeux.

− Draya, sors de là.

La porte de la salle de bains s'ouvrit, la fillette en sortant d'un pas empli de joie de vivre, de nouveau vêtue de son kimono pourpre brodé de feuilles dorées, son katana à la ceinture.

− Moi-même personnellement n'écoutais absolument pas la conversation !

Il n'y avait pas que Midori qui était capable d'exaspérer Lorca, semblait-il, car elle soupira, alors que Draya se précipitait sur le lit pour sauter avec enthousiasme sur les genoux de sa mère, qui l'enlaça, radieuse, pour déposer un gros baiser affectueux sur sa joue. La Shadrian rayonna.

− Bref, dit la Nehoryn en retrouvant sa neutralité, je vais voir si le commandement a trouvé un adversaire pour qu'Ethan puisse maîtriser ses pouvoirs. Je vais en profiter pour éclater sa tronche à Midori, car cet emmerdeur en sait sûrement plus qu'il ne veut bien le dire. Et lui botter le cul pour ne pas avoir parlé de la contribution de votre mère, Ethan. Et lui en mettre une juste parce que ça me fait plaisir.

Elle transplana.

− Elle fait un peu peur, quand même, commenta Lucretia.

− L'Istriya fait toujours peur, assura Draya comme si c'était une excellente nouvelle..

− L'Istriya ? répétèrent Harry, l'héritière et Dumbledore, intrigués.

− Tu ne le savais pas, papy Albus ? s'étonna la petite fille. L'Istriya est la personne la plus sacrée, aux yeux du peuple Nehoryn, car sa puissance, son intelligence et sa fureur sont inégalables. Quand Boss et Lorca ont rompu, paraît-il, elle a fait exploser leur maison. Mais Voleuse de Boss a peur de son pouvoir, elle ne veut pas y recourir sauf si c'est vraiment nécessaire. Ze ne l'ai jamais vue en Istriya, mais Prisca m'a dit qu'elle était effrayante par son pouvoir ! Z'ai hâte de la voir, moi, parce qu'elle a tué une armée à elle toute seule ! Ca me ferait plein, plein de morts à compter !

Ce qui la réjouissait, évidemment.

− Que veut dire « Istriya » ? demanda Dumbledore, bien plus sérieux que la Shadrian.

− Heu… Ze crois que ça signifie « Jugement argenté, condamnation écarlate », papy Albus.

Harry et Lucretia échangèrent un regard. Ils se souvenaient tous les deux de la Lorca aux cheveux argentés aux yeux rouges qui avait éliminé Voldemort pendant le cours spécial. Mais le Démon comprenait mieux cet étrange regard que la Nehoryn avait lancé à son sosie : c'était l'appréhension de devoir devenir comme ça. Il aurait aimé savoir la taille de l'astre représentant de Lorca, mais il était conscient qu'il lui faudrait du temps pour maîtriser la possibilité de voir ce beau ciel nocturne rempli de…

− C'est ça ! chuchota-t-il. C'est pour ça.

− Evite de regarder ma poitrine quand tu dis ça… grommela Lucretia.

Dumbledore pouffa de rire.

− Ce ne sont pas les émotions que je perçois, ce sont…

− Les âmes, acheva le directeur. Je vous l'ai dit, non ? Il faut écouter très soigneusement Leo. Une âme est une entreprise : ses qualités, ses défauts, ses sentiments, ses crimes… Une âme est à la magie démoniaque ce que ses actions sont aux magies qui en découlent.

Il referma le livre de Casperius d'Adamente et le posa sur la table de chevet.

− Vous me le rendrez quand vous en saurez plus sur le peuple de votre mère. Je pense qu'elle appartenait à une communauté assez rare, car la marque sur votre poitrine fait allusion au « feu du ciel », donc à la foudre. L'ironie veut que votre père était surnommé le Démon du Feu de la Forêt et de la Foudre d'Or. Lucretia, je vous laisse le soin de gérer votre épatant fiancé. Draya, ce soir, il y aura des takoyaki.

− Oh, chouette !

Dumbledore sortit, laissant la petite famille seule. Dès la porte close, la richissime blonde laissa échapper l'un des plus profonds soupirs que Harry ait jamais entendus.

− Ma puce, va retrouver Ninie, elle a une surprise pour toi, l'invita-t-elle.

− Yokay, maman !

Et la fillette se dématérialisa, quittant la pièce et filant à travers les courants d'air pour aller retrouver sa « sœur » adorée. Lucretia resta silencieuse quelques secondes, fixant un point invisible. Harry eut l'impression que l'un des pires orages se préparait, qu'une fureur incommensurable s'apprêtait à s'abattre sur lui… Et pourtant, elle se contenta de se coucher sur lui en contemplant son tatouage, qu'elle suivit du bout du doigt, la lueur augmentant à ce contact. La colère s'était évanouie d'un seul coup, la fausse malveillance vengeresse de lui faire payer pour sa promesse non tenue aussi, et il réalisa alors que quelque chose la tracassait.

− Qu'est-ce qu'il y a ?

− Quand Lorca nous a expliqué ce qui s'était passé, ce que Midori avait « omis » de dire sur ta transformation, Dumbledore en a profité pour lui demander où en étaient les opérations de l'Alliance, soupira-t-elle. Erigor et ses coéquipiers ont remarqué des mouvements de Vol'dek et de Mangemorts se dirigeant vers Azkaban. Kaliadie les a espionnés à négocier avec certains d'entre eux.

Ils prévoyaient donc une évasion massive, voire une libération totale, des détenus, se dit-il, mais il savait qu'il y avait autre chose qui travaillait encore plus l'esprit de sa fiancée, et il n'était pas difficile de deviner ce dont il s'agissait : l'assassin des parents de Leonie.

− Je peux te… ?

− Son meilleur ami, coupa Lucretia. Mon oncle Gaël s'est fait un meilleur ami pendant sa scolarité, toujours à se lancer dans des défis stupides, mais au fil du temps, il est apparu qu'ils aimaient tous les deux la même fille et qu'ils la voulaient plus que tout au monde. Quand Gaël l'a séduite, Heston a accepté sa défaite, mais sa colère, sa jalousie, son amertume ont grandi à partir de la naissance de Ninie. Il a essayé de contenir toutes ces émotions le plus longtemps possible, de se faire une raison, mais il était obsédé par ma tante.

− Si je ne l'ai pas, personne ne l'aura, c'est ça ?

− Oui. Quand on avait quatre ans, il a accepté de dîner chez les Cordell, puis il est passé à l'acte. Il a torturé les parents de Ninie sous ses yeux, les a tués, puis l'a torturée. La seule chose qu'elle avait pour se protéger était une peluche… autant dire qu'elle était à sa merci. Dorcas a été alertée par une amie du Service des usages abusifs et a foncé chez eux. Elle est intervenue juste à temps pour sauver Ninie. Même si Heston en a pris plein la gueule et qu'il lui a fallu des années d'hôpital pour se remettre de ses blessures, j'aurais préféré que ma mère intervienne : elle est plus radicale.

Elle posa le doigt au centre du tatouage, sur la lueur, le regard triste.

− Le souvenir que j'ai et qui remonte le plus loin est le procès d'Heston, au cours duquel il a proféré la menace de tuer « la sale engeance qui aurait dû être » sienne. J'ai peur pour Ninie, j'ai peur qu'elle ne se retrouve devant lui et que son traumatisme ne s'aggrave encore. J'ai peur que ça nous arrive…

Il l'interrompit en l'embrassant. Elle en fut surprise, mais elle répondit au baiser avec plaisir et se détendit très légèrement. Elle sourit quand ils s'écartèrent.

− Ne rêve pas. Même si j'en ai très envie, il faudra attendre ce soir pour que tu subisses ta punition, cher fiancé démoniaque… Tiens, ça me fait penser que je ne t'ai pas tout dit sur le mariage. On a décidé de le faire chez moi pour que nous puissions profiter de l'étendue du jardin. Le tien est grand, paraît-il, mais pas assez. On a invité de nombreuses personnes, pas toutes très fréquentables, mais les traditions… Enfin, tu vois ce que je veux dire. Par contre, dès le lendemain, on rentre à la maison.

Harry en frissonna d'impatience, ce qu'elle ne manqua pas de remarquer. Elle passa doucement une main dans ses cheveux, le détaillant du regard.

− Je t'aimerai. Peu importe le temps qu'il faudra pour. Après tout, je suis déjà amoureuse d'une certaine partie de ton corps, de tes yeux et de tes lèvres… et peut-être aussi de tes fesses. Il ne me reste plus qu'à aimer le reste, surtout ton âme, cher futur époux le Démon.

− Je prends ça pour une promesse. Gare à toi si tu ne la tiens pas.

Elle rit.

− Les Mogg ne trahissent jamais leurs promesses, surtout celles faites à leur famille. La preuve en est que tu es le futur oncle de mon petit frère.

− De ton… ? Hein ? Ta mère est enceinte ?

− D'un mois et demi. Mon père n'ayant pas fait le ménage comme il avait promis de le faire, elle l'a chopé par la peau du cou pour l'obliger à prendre une journée de congé et l'a ramené à la maison. Leçon de vie n°1 chez la famille Meadowes : c'est la femme qui porte la culotte. Et comme ma mère en est une, elle a pris soin de léguer à sa fille adorée ce tempérament. Te voilà prévenu.

Il s'apprêta à répondre, mais son regard se tourna vers la porte et suivit Draya, qui se matérialisa sur le lit avec une énorme peluche de baleine à bosses. Comment trouvait-elle la force pour porter ça ? Depuis quand était-elle capable de dématérialiser les choses qu'elle touchait ?

− Papa, maman, regardez, regardez ! Grande sœur Ninie m'a offert un petit poisson ! On dirait une Sagarydory des Abîmes, mais en super grave beaucoup plus jolie ! Même que tata Lily a dit que ça chantait très bien ! Et tata Aurelia, elle en a déjà vu une !

− Elle est magnifique, mon ange, assura Lucretia en se redressant. Apporte-la dans ta chambre, puis nous irons manger.

− Yokay, maman !

Elle se volatilisa, se faufila à travers les ouvertures de la porte de son immense chambre.

− Ironique, non ? Je suis la mère d'un ange assoiffé de mort et de sang et la fiancée d'un Démon qui cherche à protéger tout le monde. Si j'avais su que j'aurais une famille comme ça dès ma naissance, je me serais mariée au moment où je suis venue au monde… à condition que Draya soit ma fille et toi, mon époux. Allez, habille-toi, je vais demander aux cuisines de préparer du pain perdu et des tartes à la mélasse.

Elle sembla attendre quelque chose, puis écrasa subitement la paume de sa main sur le front de Harry. Sortant de sa chambre, Draya les observa, vibrante de bonheur.

− Hé ! protesta-t-il.

− Je viens de te dire que ta femme s'absentait, tu pourrais au moins me retenir et me dire une connerie du genre « Ne me quitte paaaaaaaaaas ! » d'un ton suppliant. Pour la peine, tu es privé de baiser et de câlin pendant vingt minutes. Ma chérie, tu restes avec papa pour que sa magie reste stable.

Wakata, mama !

Lucretia amorça un geste pour se lever, puis se ravisa, attrapant son fiancé par le col de son pyjama pour coller ses lèvres contre les siennes avec une intense satisfaction sous le regard émerveillé de la Shadrian. Si douce et si passionnée. Harry se fit totalement prendre au dépourvu, et avant même qu'il ne puisse répondre à la langue qui se régalait de la sienne, la belle blonde rompit le contact.

− Comment que tu es super grave trop impressionnante, maman ! s'extasia la fillette.

− C'est parce que papa est l'homme de ma vie.