Être un Démon n'était pas de tout repos. Si la contribution de Lydia fonctionnait très bien quand il était avec la fratrie, il ne pouvait pas s'en éloigner de plus de cinq mètres que des éclairs rouge et or ne surgissent de partout, parfois peu nombreux, d'autres fois innombrables, pour se précipiter sur lui pour se faire absorber sans infliger la moindre blessure. Sans surprise, les deux seules qui s'émerveillaient du spectacle étaient Draya et Leonie chaque fois qu'il se produisait. Cependant, il y avait un hic : sa magie intérieure échappait totalement à son contrôle, elle aussi. C'était comme s'il y avait eu des interférences, mais Lorca ne s'en inquiétait pas. Selon elle, le phénomène était dû, comme au début de son entraînement de demi-démon, à une incompréhension de ses pouvoirs. Non sans soulagement, il apprit qu'il n'aurait pas à tout recommencer depuis le début. Quand il aurait appris à maîtriser sa magie démoniaque, tout rentrerait dans l'ordre.

Pourtant, quand mars pointa le bout de son nez, l'Alliance n'avait toujours désigné personne pour l'entraîner et la Nehoryn n'en savait pas plus que lui à ce sujet. Il apparaissait que, malgré le conseil de Dumbledore, il n'était pas question pour le commandement de confier la sécurité d'Azkaban uniquement au ministère.

− Nous pensons qu'Anteras, Voldemort ou une Lame du Chaos s'y présentera, avait expliqué Lorca. Et il n'est pas inenvisageable que celui qui ira ouvrir les portes d'Azkaban vienne avec des gerfauts pour convaincre toutes les personnes récalcitrantes à l'idée de leur prêter allégeance de se soumettre. Les détenus étant incapables de se protéger ou de transplaner sans une baguette, il faudra ouvrir un chemin aux Aurors pour arrêter les Mangemorts, qui seront sûrement nombreux afin de faire transplaner les prisonniers qui les intéressent particulièrement.

Autant dire que l'Alliance était très occupée, et elle n'était pas la seule : on n'avait plus vu Silver en public ces deux dernières semaines. Seule Alexa le retrouvait le soir, mais ce n'était pas pour discuter. Elle savait qu'il était en train de manigancer quelque chose, car elle le connaissait mieux que personne, sauf qu'elle s'en moquait. Elle ne voulait pas l'admettre, prétextant qu'il s'agissait juste une histoire de bébé, mais tout le monde le savait : elle aimait passionnément le Dieu de la Mort. Ils la surprenaient souvent à consulter sa montre, impatiente que la nuit tombe, jetant de temps à autres des coups d'œil à la chaise que son amant aurait dû occuper en laissant échapper de petits soupirs dépités. Elle avait même emménagé dans la chambre de Silver, prétendument pour ne pas « être battue » par Lucretia, qui se complaisait avec une certaine perfidie à lui faire remarquer qu'elle était fiancée et la mère d'une petite fille. Ce à quoi la Reine répondait toujours en lui tirant la langue.

Ce matin-là, Harry, Draya dans les bras, et sa fiancée arrivèrent un peu en catastrophe au troisième étage pour retrouver leurs camarades, Lorca et… le professeur Bresch ? Un cours commun ? s'étonna le Démon. Il avisa un plateau d'or rempli de viennoiseries, de pain perdu, de saucisses et, bien évidemment, d'un œuf au plat, flottant à côté de l'épaule de la Nehoryn.

− Désolés pour le retard, Draya a eu du mal à se réveiller, s'excusa-t-il.

− Ce n'est pas grave, nous ne sommes pas au complet, dit Lorca. Mangez quelque chose le temps que l'on soit prêts et tous présents.

Tandis qu'ils se servaient, laissant bien entendu l'œuf et le pain perdu à la Shadrian, elle fit apparaître l'arcade menant à la pièce créée par Midori et que les élèves avaient pour habitude d'appeler la Salle des Mondes. Quand elle s'ouvrit, ils purent voir qu'une immense plaine verdoyante s'étendait au-delà de l'encadrement, que Lorca se chargea de franchir la première, suivie par le professeur Bresch et les étudiants. Le plateau suivit la petite famille dès que celle-ci emboita le pas à leurs camarades.

− Il y a tout le monde, remarqua Lucretia. Qui d'autre doit venir ?

− Aucune idée, répondit Tara. Ils ne nous ont encore rien dit sur le cours, mais il semble clair qu'ils combinent les deux matières, aujourd'hui. A priori, c'est quelqu'un de l'Alliance, sinon il serait déjà…

Il y eut un bruit sourd, comme si quelque chose de lourd était tombé depuis une certaine hauteur, et les têtes se tournèrent vers… Silver, déguisé exactement comme il l'avait été lors de sa discussion avec Harry dans l'âme de celui-ci, qui était affalé de tout son long sur la pelouse.

Tch ! Ce n'est toujours pas au point, de gozaru, pesta-t-il en se relevant.

− Y a pas eu POUM ! ! s'étonna Leonie, une peluche de castor sous le bras.

− Evidemment, de gozaru. J'expérimente une nouvelle technique de transplanage inspirée de celle des Mages, car elle ne produit aucun son, donc elle est un atout stratégique important en cas de bataille, mais j'ai encore du mal avec les distances horizontales et verticales. Bref, qui dois-je tuer… heu… affronter en premier ?

Un éclair de lumière décoché par le professeur Bresch le percuta aussitôt à la tête.

− Ah ? Même ici, il y a des courants d'air, de gozaru.

− Ta gueule ! Tu es en retard et je t'ai déjà dit qu'il n'était pas question de tuer qui que ce soit, abruti ! Tout le monde se rassemble devant nous. Toi, viens à côté de Lorca et moi. Draya, approche aussi avec le plateau, tu vas rester avec nous pendant le cours.

− Yokay, papy Aurélien ! Papa, mama, nee-chan, gambatte !

Emportant son petit déjeuner avec elle, non sans recevoir un gros baiser affectueux de sa mère et de sa grande sœur, Leonie rayonnant d'être encouragée par la fillette, qui fila rejoindre le professeur Bresch et Lorca, fourrant avec gourmandise une chouquette dans sa bouche. Les élèves se réunissaient devant les enseignants, la Shadrian et Silver, dont le bras gauche était de nouveau totalement exploitable. Alexa rageait silencieusement de ne pas le voir venir à sa rencontre pour l'embrasser, mais à peine Harry en eut-il pris conscience, sa magie interne disparut d'un coup, et ce fut à son tour d'être contrarié. Qu'il était irritant de voir ses pouvoirs aller et venir sans qu'il ne puisse ne les contrôler ! Cela étant, il avait un curieux pressentiment.

Lucretia lui prit la main, visiblement envahie du même soupçon que le tien : à savoir que l'Alliance confiait au Dieu de la Mort le soin d'entraîner le Démon à apprendre à maîtriser ses pouvoirs. Ce n'était pas très rassurant – plus que s'il s'était retrouvé face à Midori, mais pas rassurant quand même.

− Si tu perds, je te promets un week-end marathonien au lit, murmura-t-elle.

− Pas sûr que ça me donne envie de gagner.

Elle sourit, puis ils portèrent leur attention sur les deux professeurs. Harry eut la nette impression que Lorca se retenait de sourire, la Nehoryn ayant évidemment entendu leur conversation grâce à la magie auditive.

− Bien, dit le professeur Bresch. Vous l'avez compris, sans doute, ma collègue et moi avons mélangé nos deux disciplines pour organiser un cours combiné. Kenny l'a indiqué dans un article en interviewant Albus : même s'il est possible d'utiliser la magie des Mages avec une baguette, les effets sont très différents. Après la bataille qui a eu lieu début décembre, nous avons demandé à Leo, spécialiste en la matière, de trouver une connexion entre ces deux magies. Ca lui a pris du temps, d'autant que cet imbécile mène plusieurs expériences à la fois, mais il a fini par réussir.

− Monsieur, intervint Hugh Roby, comment on va faire ? Les Mages n'ont pas de formule magique, pas vrai ?

− C'est exact. Leo, dis-nous tout.

− Pourquoi moi ? Ethan connaît la réponse, de gozaru.

Le Démon haussa les sourcils, surpris.

− Je n'en sais rien ! Comment voudrais-tu que je…

Le sourire espiègle de Silver, cependant, en disait long.

− L'âme...

Sono tori, approuva le Gryffondor. L'âme est le secret, de gozaru. Quand je suis entré à Beauxbâtons, j'ai eu la chance de tomber sur un ouvrage de Pastorius, sorcier-philosophe grec de l'Antiquité, qui pensait que les âmes résonnaient entre elles. Ca m'a pris plusieurs années, mais j'en suis venu à la conclusion qu'il avait raison. Ethan n'a pas été choisi comme futur époux par Lucretia par compromis, mais parce que leurs âmes vibrent exactement – ou presque – sur les mêmes fréquences. James et Severus ne se haïssent pas à cause de leurs différends passés, mais parce que leurs âmes vibrent avec la même densité sur la fréquence de la compétitivité : elles sont rivales. Il existe une multitude de fréquences, chacune rattachée à un sentiment. En résumé : une âme tombe amoureuse de celle qui s'en rapproche le plus, elle ne protège ce que celles qui ont la même intensité, etc. Bien sûr, le temps est un ennemi, car les choses peuvent évoluer. L'amour et l'amitié en sont les meilleurs exemples : je t'aime, je vais t'épouser, puis je divorcerai dans dix ans. Ou encore : ô, mon meilleur ami, restons soudés jusqu'à notre mort, et voilà que vous n'avez plus de nouvelles parce qu'il y a eu une couille dans le bouillon.

− Surveille ton langage ! aboya le professeur Bresch.

− Ca veut dire que toi et moi sommes faits l'un pour l'autre ? s'enquit Alexa.

− Il y a des exceptions à la règle, de gozaru.

− Connard…

− Toi aussi ! gronda le directeur de Beauxbâtons.

− Je ne m'en lasserai jamais, pouffa Berenis aussi bas que possible. Dès que ces trois-là sont ensemble, c'est la comédie assurée.

− Si je comprends bien, intervint Sirius, il est impossible de protéger ce que l'on ne veut pas protéger ?

− Je l'ai dit, de gozaru : il y a des exceptions. A vous de trouver lesquelles. Quoi qu'il en soit, pendant la petite bagarre de décembre, j'ai vu un Mage produire un boucler réflecteur assez intéressant. Il a absorbé le maléfice de son adversaire et l'a renvoyé sur un gerfaut. Vous allez devoir l'utiliser. Ce ne sera pas facile, bien entendu, mais si vous réussissez, je vous offre une phot des seins d'Ale…

Un nouveau trait de lumière vint lui atterrir au beau milieu du front, lancé par la magnifique française.

− Foutus courants d'air, de gozaru !

− C'était un sortilège, sale con !

− Ton langage ! tonna le professeur Bresch. Et toi, sombre crétin, respecte les autres ! Fermez-la et revenons-en au cours, bon sang… Le but de l'exercice est fort simple : vous devez créer ce bouclier en affrontant cette tête de nœud. Non, Marius, ajouta-t-il au moment où Mulciber ouvrait la bouche pour répliquer, il est impossible que vous puissiez le vaincre en étant si peu. Ce petit con croit m'avoir dupé, mais je sais qu'il n'a pas révélé toute sa force.

Tch ! Il a remarqué, de gozaru.

− Je t'ai dit de la fermer ! rappela sèchement le vieil homme avant de se tourner vers les élèves. Midori, lors de son dernier passage, a ajouté un enchantement qui expulse toute personne neutralisée hors de la salle. C'était une sécurité nécessaire pour qu'un sortilège perdu n'atteigne pas un étudiant vaincu. Ne vous inquiétez donc pas si le camarade disparaît dans la terre ou survole le sol. Lorca et moi, ainsi que Draya, observerons depuis le couloir et nous occuperons de réanimer les élèves. Pour l'heure, chacune des maisons devra s'organiser dans sa défense. Il s'agit d'un nouveau cours de défense groupée face auquel, je l'espère, Leo rencontrera quelques difficultés, mais ne le sous-estimez pas.

− Quelle Sentence maximum ? demanda Remus.

Le professeur Bresch médita sur la question quelques secondes.

− Face à vous tous, la Troisième suffira, je pense. Peut-être la Quatrième. Le plus important, c'est que vous lui opposiez une résistance qui le contraigne à vous faire prendre conscience de la nature de votre âme. Croyez-moi, il est très doué pour ça. Assez parlé, allez-vous préparer. Leo, envoie Firagan faire une promenade pour qu'il n'y ait pas de triche.

Tch !

− « Tch ! », mon cul ! Tu n'as pas besoin de les espionner !

Quelques élèves ricanèrent, d'autres s'inquiétèrent. Pour la première fois, Harry constata à quel point Silver se révélait être craint par leurs camarades, mais il se concentra bien vite sur Lucretia, qui se retournait sans cesse en direction de Draya, qui suivait Lorca en terminant son repas, alors que les deux professeurs et la fillette quittaient l'endroit pour retrouver le couloir. L'arcade disparut

Les quatre maisons se rassemblèrent chacune dans un coin, à bonne distance du Dieu de la Mort qui, jambes et bras croisés, s'était assis dans l'herbe en les observant. Dès que tous les Serpentard furent réunis, Harry posa son regard sur celui de Rogue.

− Un piège, dirent-ils d'une même voix.

− Hein ? s'étonna Wilkes. Comment veux-tu piéger ce cinglé alors qu'il nous regarde ?

− On ne parle pas de monter un piège, expliqua Rogue, on dit que les consignes de Bresch en sont un. Ils nous ont laissé des indices, en fait. En évoquant la bataille de décembre et de défense groupée. Par définition, nous ne formons qu'un groupe qu'à condition d'être au même endroit, au même moment. Dans ce cas, pourquoi parler de défense groupée si c'est pour nous séparer ? Si tu regardes bien, Bresch a toujours fait ses cours en nous séparant par maison, il doit compter là-dessus pour nous induire en erreur. En d'autres termes…

− Nous allons devoir nous allier, dit Ana.

Accompagnée des Serdaigle, des Poufsouffle et des Gryffondor, elle et les autres les avaient rejoints. La magie interne de Harry revint brièvement, beaucoup plus étendue qu'auparavant, pour lui faire sentir la satisfaction des professeurs et l'amusement de Silver. D'un commun accord, ils s'assirent tous, puis Harry perdit le contact avec les sentiments.

− Quelles sont nos chances ? interrogea James.

− Nulles, affirma Alexa. Leo n'est pas quelqu'un d'arrogant : il sait exactement ce dont il est capable. Bresch, lui, est bien trop sage et expérimenté pour déterminer s'il peut nous battre ou non. Il ne l'a pas sollicité sans être sûr qu'il nous en mettrait plein la poire. En outre, la magie de la Mort est quelque chose que Leo utilise rarement en public, sauf en cas de bataille. Personne ne sait vraiment ce qu'elle lui permet de faire. Le vieux dirlo nous l'a dit : le but recherché est de connaître la nature de notre âme. Ce qu'il n'a pas révélé, c'est que le cours tente aussi de synchroniser nos âmes sur la même fréquence du désir de protéger.

− D'où le discours de Leo, dit Erin.

− En effet. Chouchou, tu en penses quoi ?

Harry émergea de ses pensées. Il réfléchissait plus ou moins à un plan depuis qu'il soupçonnait Silver d'être la personne investie de la mission de lui apprendre à maîtriser ses pouvoirs. Mais face à un monstre pareil…

− Je n'en suis pas sûr, admit-il. Il a probablement déjà établi toutes les stratégies possibles et imaginables, il ne sera donc pas facile de le surprendre. Le meilleur plan que j'ai est trop naïf.

− Dis toujours, l'invita Nadège.

− Une nouvelle version du Damier du Hollandais. A la différence que chaque maison devra regarder dans une direction. Le problème, c'est que nous sommes nombreux, donc que nous ne pourrons pas fermer le carré. Silver s'en apercevra instantanément et exploitera peut-être cette faille, à moins qu'il ne soupçonne un piège, puisqu'il peut transplaner n'importe où. Je pense à nous aligner sur deux rangées : une charnière concentrée sur l'extérieur de la formation, l'autre devant surveiller l'intérieur à partir du moment – et à condition – que Silver tente de nous attaquer dans le dos. Il y a toutefois deux questions qui se posent : qui se retournera et comment alignerons-nous les élèves ? Un fort en première ligne avec un moins fort en deuxième affaiblirait l'intérieur du carré tout comme l'inverse affaiblirait l'extérieur.

− Heu… intervint Brythe, pas très à l'aise de se manifester. Est-ce qu'il ne serait pas plus judicieux de faire un mélange des maisons ?

Harry cilla. L'élève le moins pris au sérieux venait de résoudre le problème.

− C'est ça ! dit le Démon. Il y a des potentiels dans toutes les maisons, mais chacune d'elle a ses puissants. De Lily à Rogue en passant par Ana et Cassie et j'en passe. Si nous trouvons une formation plus ou moins équilibrée techniquement et mentalement, il nous sera possible de résister un temps à Silver.

Plus facile à dire qu'à faire, d'autant que tout le monde avait ses réclamations, mais ils se lancèrent finalement dans les préparatifs de la défense. Ana, Lily, Alexa et Cassie fut chargées d'assurer l'intérieur du carré, alors que Rogue, James, Sirius et Harry s'occuperaient de l'extérieur. Sans grande surprise, Lucretia insista pour rester très près de lui afin de stabiliser son état, tout comme Leonie exigea de rester avec la préfète-en-chef. Mais le Démon le sut dès le début : il y avait encore une faille qui s'appelait Marius Mulciber. L'imposant Serpentard avait beau couvrir Avery, Harry avait compris depuis longtemps qu'il ne se souciait que de lui, qu'il était incapable de faire le moindre effort pour protéger quelqu'un d'autre. Autrement dit, il était le maillon faible que Silver, qui sirotait un cocktail, exploiterait sûrement le premier.

Analysant la tactique et tandis que les élèves prenaient place, il interpella Wheeler, placé en retrait à la gauche de Mulciber.

− Si Silver entre dans le carré et que tu dois surveiller l'intérieur, surveille aussi tes arrières. Mulciber se fiche royalement des autres.

− Je m'en doutais un peu, confia le Poufsouffle.

Ils prirent à leur tour position.

− Leo, on a fini ! cria Alexa.

L'intéressé se releva, finissant son cocktail avant de faire disparaître le verre d'un coup de baguette. Il y eut un frisson parmi certains élèves, mais d'autres semblèrent ressentir une certaine excitation, notamment James qui ne voulait pas rater l'occasion de prendre sa revanche sur la raclée subie lors des phases éliminatoires du tournoi de duel.

Silver s'avança en observant la formation.

− Vous êtes prêts ? demanda-t-il avec un sourire malveillant.

− Oui.

POUM ! POUM ! POUM ! Une véritable mitraillette de transplanages résonna, les élèves s'effondrant les uns après les autres, disparaissant dans le sol, désarmés, stupéfixés ou endormis. Personne n'arrivait à le voir, comme s'il était invisible ou se déplaçait trop vite pour l'œil humain. Les sortilèges surgissaient de partout et nulle part à une cadence ingérable, mais Leonie s'illustra en réussissant le bouclier de réfection la première, protégeant Lily, alors que la magie interne de Harry lui faisait parvenir l'exaspération irritée du professeur Bresch, mécontent que le Dieu de la Mort n'y aille pas de mainmorte, même si cela aurait pu être pire.

Harry attrapa Lucretia par le bras pour la tirer vers elle, juste à temps pour lui éviter un trait de lumière vert qui l'avait prise pour cible en visant son dos.

− Resserrez les rangs ! ordonna-t-il.

« Se faire décimer » prenait tout son sens, réalisa-t-il en jetant un regard par-dessus son épaule. De Gryffondor ne restaient plus que James, Sirius, Remus, Leonie et Lily. A Serpentard, sa chère et tendre, Alexa, Beauchesne et Rogue. A Poufsouffle, Cassie et Melanie s'en étaient sorties. Et à Serdaigle, Ana et Melanie. Mais s'en rendre compte était surréaliste : en à peine cinq minutes, Silver avait neutralisé la grande majorité des élèves. Ils avaient beau savoir qu'il était puissant, c'était quand même un coup dur.

Le Gryffondor réapparut à bonne distance d'eux, buvant cette fois un autre cocktail. Et en plus, il les narguait, pensa le Démon.

− Alexa, tu sais ce que c'était ? demanda-t-il.

− Le Super Speed Transplanage de la Mort, je crois, mais il est complètement différent de celui qu'il utilisait à Beauxbâtons. En théorie, au moment où il apparaît, il se lance un sortilège de Célérité pour accélérer chacun des gestes qu'il a exécutés. Ca nous laisse tout juste le temps de l'apercevoir, sauf qu'aujourd'hui…

− Personne ne l'a aperçu, acheva Cecilia. Ninie, comment tu as fait pour parer son sortilège ?

− Je ne sais pas. J'ai regardé Larissa tomber et une petite voix m'a dit que Lily et Ana étaient en danger, alors j'ai réagi automatiquement. Pourquoi Leo n'attaque-t-il plus ?

− Parce qu'il enseigne, déclara Alexa. C'est sa méthode bien à lui : il nous en met plein la tronche la première fois, puis nous donne le temps de comprendre nos erreurs avant de nous en remettre plein la poire à la deuxième attaque… Il y a quelque chose qui nous échappe, sauf que j'ignore ce que c'est.

− Nous regardons avec nos yeux.

Ils se tournèrent vers Rogue, mais Harry fut le seul à ne pas être surpris, car il venait de se faire cette réflexion au même moment.

− Que veux-tu dire ? interrogea Melanie.

− Nous avons omis un indice : le discours de Silver. Cordell tient plus que tout au monde à Lily et Moorehead, son âme est constamment focalisée sur elles deux. Enfin, c'est ma théorie. C'est pourquoi elle a réussit à utiliser le bouclier réflecteur quand Lily a été visée dans le dos. Mis à part ça, je crois que je sais pourquoi nous n'avons pas réussi à voir Silver. Lucretia, si je ne me trompe pas, ta fille peut dématérialiser une petite partie de son corps et la contrôler même en s'en éloignant, non ?

− Tu insinues que… ?

− C'est juste une intuition, mais je suis à peu près sûr que Silver utilise une technique similaire. A un moment, juste avant que Caleb ne soit neutralisé, j'ai cru apercevoir le bout d'une botte et un petit point dans l'air. C'était du coin de l'œil, donc je ne peux rien affirmer, mais je crois que c'était sa botte et l'extrémité de sa baguette. Un autre indice nous avait donc été donné sans que nous nous en apercevions : quand il a parlé de son expérience à propos d'une nouvelle technique de transplanage basée sur celle des Mages.

− Je ne sais pas si je l'admire ou s'il me terrifie… confia Cecilia, dubitative.

− Pas touche ! Chasse gardée ! prévint la magnifique française. Mais le raisonnement de Rogue est correct : en temps normal, quand Leo est à la bourre, Bresch lui balance un sort à la tête avant même qu'il n'ait prononcé une syllabe. La grande question est : que fait-on ?

Harry observa tous ses camarades restants, s'interrogeant sur le même sujet. Ils avaient tous des liens forts – la seule exception demeurait Beauchesne –, mais le Démon ne pouvait s'empêcher de ressasser cette impression de changement psychologique chez lui. Quelque chose qui n'avait rien à voir avec les Mangemorts lui tenait à cœur, et s'il était encore là en cet instant, cela signifiait que l'une des personnes présentes…

− Rien, décréta-t-il. Mulciber a été notre point faible parce qu'il ne pense qu'à lui, Beauchesne risquerait, sans le vouloir, d'offrir une autre source exploitable pour Silver. Ne le prends pas mal, c'est juste stratégique. J'irai le combattre seul.

− C'est se jeter dans la gueule du loup ! protesta Melanie.

− Non, c'est le but de l'exercice. Je ne le battrai pas, franchement, mais je peux peut-être le divertir assez pour qu'il vous oublie. Pendant notre combat, organisez-vous pour intervenir en binômes. James, tu seras avec Sirius. Lily avec Rogue. Ana avec Leonie. Beauchesne avec Cecilia. Remus avec Melanie .Alexa avec Cassie.

− Et moi, je fais quoi ? rétorqua Lucretia d'un ton sec.

− Tu retournes auprès de Draya et te prépares psychologiquement pour le week-end que tu m'as promis si je perds. Ah et, si je gagne, même si ça me paraît improbable, je veux week-ends.

Elle parut mi-amusée, mi-vexée, mais elle céda. Poussant un soupir, un peu déçue de quitter l'exercice comme ça, elle se dirigea vers une arcade qui apparut soudainement et donnant sur le couloir. Un éclair doré jaillit du sol dès qu'elle eut fait trois pas et rejoignit la main de Harry pour pénétrer sa chair, qui l'absorba, sous les yeux très intrigués de Rogue et, beaucoup plus surpris, de Beauchesne, Cecilia et Melanie.

− Vous autres, reculez et préparez-vous, les invita le Démon.

Ils prirent leurs distances. A mesure qu'ils s'éloignaient, les foudres rouge et or déferlaient vers Harry qui alla à la rencontre de Silver. Assis en tailleur, le Dieu de la Mort fit se volatiliser son verre vide en scrutant son élève du jour.

− Très jolis, tous ces éclairs, de gozaru. N'aurait-il pas été plus sage de venir avec Lucretia ?

− Quitte à apprendre à maîtriser mes pouvoirs, autant le faire de façon radicale. J'ai vu un Dieu foncer dans un régiment de gerfauts, en décembre, je ne peux pas prendre le risque de laisser ma fiancée à proximité d'un grave danger. Est-ce que tu as des consignes ?

Silver sourit amicalement.

− Sais-tu ce qu'est une âme, Ethan ?

Harry se fit prendre au dépourvu.

− C'est… l'essence même de la personne qu'elle habite, non ?

− Effectivement. Dans tout Lavorsy, la seule élève qui connaisse son âme par cœur est Ninie. Toi, je parie que tu ne peux toujours pas accéder aux connaissances que ton père a gravées dans ton esprit. Autrement dit, tu ne te connais toujours pas. Tu te réjouis d'épouser Lucretia, mais la seule idée de participer à la cérémonie t'effraie, tu as peur de faire un faux-pas, de te ridiculiser, de ne pas être à la hauteur et de jeter l'opprobre sur ta famille ainsi que sur tes beaux-parents. Tu rêves d'un monde où Draya serait l'aînée de vos enfants, mais tu as peur que tu ne puisses lui offrir ce statut à cause de la guerre. Une âme stable, Ethan, est une âme confiante. C'est exactement la même chose pour le pouvoir, nin-nin… Ah merde, je me suis trompé, de gozaru.

Et pourtant, expressions écartées, il avait parfaitement raison. Comment supporter qu'une guerre puisse être au pas de la porte de chez soi, que l'on fût célibataire, marié ou père de famille ? La question était un véritable coup de poignard dans le cœur.

Il regarda ses mains qui absorbaient encore et toujours des éclairs écarlate et doré. Ils lui paraissaient bien plus petits, bien moins nombreux, comme si la « thérapie » pour contrôler son pouvoir était plus mentale que magique ou autre chose. Il comprenait les mots du Dieu de la Mort. Ils pénétraient dans son cerveau comme si Lathar était en train de lui souffler la solution, mais cela ne suffisait pas. Il se revoyait cependant discutant avec Midori, dans l'infirmerie, juste après son sauvetage de Leonie : « Tant qu'il considérera que tu ne t'es pas affirmé, que tu n'es pas devenue l'homme que tu aspires à être, il te parlera. », lui avait-il dit à propos de son père.

Mais les évènements en avaient décidé autrement, semblait-il. Lathar ne lui parlait plus. Il lui arrivait toujours d'y réfléchir : pourquoi son père ne s'était-il pas opposé à l'absorption de la seconde Pierre ? L'avait-il vraiment jugé assez mature pour l'assimiler ou avait-il eu un autre plan en tête ?

− Se poser des questions ne sert à rien, Chouchou, dit Silver, perspicace. Ne t'attarde pas sur le passé, ne rêve pas du futur : contente-toi de vivre l'instant présent. Ou je prends Lucretia toute nue en photo et je l'affiche dans tout le pays, de gozaru.

Le cœur de Harry rata un battement. Le Gryffondor ouvrit de grands yeux alarmés et transplana en toute hâte à une fraction de seconde seulement avant qu'une énorme détonation ne retentisse, faisant exploser la terre dans un véritable déluge de mottes, de poussière, d'herbes et de caillasses. Le Serpentard couvrit sa bouche avec un bras, les paupières à demi-fermées, se demandant bien ce qu'il venait de se passer. Etait-ce vraiment lui qui avait…

− Hé, Silver, ça va ? Silver ? s'inquiéta-t-il.

− Pas la peine de crier, de gozaru.

Le Démon sursauta et fit volte-face. Le Dieu de la Mort, qui se tenait juste derrière lui, donna une pichenette dans le vide et, immédiatement, la poussière se dissipa, révélant un cratère d'au moins dix mètres de profondeur et quinze de diamètre, au centre duquel se dressait un pilier tout juste assez grand et solide pour les soutenir tous les deux. Des éclairs rouge et or continuaient à affluer, provenant de tout et de n'importe quoi.

− Bon, apparemment, il est très dangereux de toucher à Lucretia, dit le Gryffondor d'un ton très naturel. Ethan, je n'ai pas été envoyé par l'Alliance pour t'entraîner : je l'ai été pour comprendre comment tu fonctionnes. Tu le sais, non ? Chaque Démon et demi-démon est unique en son genre. Pour connaître le secret de ton pouvoir, il est primordial que tu saches ce qui l'alimente. J'avais quelques doutes sur le cœur de ton âme : protéger ou aimer. Il semblerait qu'il soit les deux. Je suis à peu près sûr que si je menaçais de tuer tous nos amis, tu provoquerais une explosion encore plus grande… Ca me fait chier d'avoir à l'admettre, mais je ne suis pas assez compétent pour te permettre de contrôler ton pouvoir, de gozaru.

− Donc, il me faut finalement l'aide de Midori…

− Non, répondit Silver en s'accroupissant pour poser une main sur la pelouse, il te faut seulement Lucretia, de gozaru.

Le cratère s'illumina soudainement, flamboyant de multiples couleurs, juste avant qu'un immense brasier n'en jaillisse. Au moment où celui-ci disparut, le sol était redevenu comme avant, comme si Harry ne lui avait jamais infligé le moindre dommage.

Silver se redressa, mais le Serpentard sentit une certaine crispation chez lui, comme si son enchantement pour remettre le paysage en ordre avait puisé une quantité considérable de son énergie.

− Ca va ? répéta-t-il.

− Ouais. La magie démoniaque est juste plus difficile à réparer que les autres, sans parler des efforts qu'il m'a fallu faire pour échapper à ton maléfice involontaire, de gozaru… Il faut que j'aille me reposer, même si l'autre obsédée est déterminée à ne pas me laisser faire.

Harry sourit.

− Quant à toi, Chouchou, ce n'est qu'une hypothèse, pour le moment, mais ta Chérie de la Mort semble être la clé du contrôle de ton pouvoir. Peut-être que les autres aussi, je ne sais pas, il faudrait que j'en parle à l'Alliance. Mais de ce que nous avons vu voir, tes sentiments pour elle sont assez forts pour que tu réussisses à me mettre en danger, de gozaru. Si on s'affronte pendant le tournoi, il y a intérêt à ce que tu m'épates.

− J'y penserai.