MATCH NUL !
« La guerre est une partie de Quidditch. Chaque camp tente de garder le Souafle pour marquer tout en gardant un œil sur les Cognards. Le vainqueur final sera celui qui attrapera le Vif d'or », déclarait le Mage noir espagnol Raul Aixeres au XVIème siècle, lors de son procès. Et les évènements survenus dans la soirée, mardi 14 mars, lui donnent raison. Alors que Vous-Savez-Qui et Anteras s'apprêtaient à marquer deux buts d'un seul coup, ils n'en finalement marqué qu'un seul – mais historique : l'école de sorcellerie Poudlard est entre leurs mains, comme le révèle notre fidèle lectrice Becky, qui a annoncé la nouvelle.
« Je connais un chevreuil qui manque souvent de nourriture, nous raconte cette habitante de Pré-au-Lard. Un soir, quand je me promenais avec mon mari, nous l'avons rencontré et avons pris l'habitude de lui apporter des salades, mais il n'apparaît que la nuit, toujours au même endroit. Hier soir, j'ai été lui apporté de la mâche dont je n'avais pas besoin quand j'ai entendu de grands vivats du côté de Poudlard. J'ai trouvé ça bizarre puisque les élèves et les professeurs sont à Lavorsy. Je me suis approchée aussi discrètement que possible et je l'ai vue : une foule de Mangemorts et de gerfauts qui remontaient l'allée du château, Vous-Savez-Qui en tête. Je suis rentrée à la maison illico presto, j'ai fait mes bagages, j'ai laissé des mots sur les portes et les vitrines pour prévenir tous mes voisins et je suis partie pour le Pays de Galles »
Et nous parions qu'elle n'aura pas été la seule, mais à l'heure où nous imprimions, nous ne savions pas où en était la situation au village sorcier. Tout ce que nous pouvons constater, c'est que le Lord noir et Anteras mènent à la marque un but à zéro.
Ils auraient pu doubler le score, car Poudlard n'était pas leur seul objectif : la prison d'Azkaban aussi. Même si, depuis le vague de trahisons des Détraqueurs, la rumeur courait qu'un jour ou l'autre, Vous-Savez-Qui serait tenté de libérer les pires criminels enfermés au pénitencier, c'est le Démon Anteras qui s'en est chargé, en vain : accompagné d'une nuée de mages noirs et d'une armée de gerfauts, il a vu ses plans contrecarrés par les Aurors et le samouraï Midori, mais pas que…
Harper Stevens, condamnée il y a trois ans pour le meurtre de son mari (une affaire très controversée, ndlr), y était et a assisté à la bataille « apocalyptique » qui s'est livrée sur l'île, juste devant la forteresse.
« Le bruit courait depuis un moment, témoigne cette jeune femme de 31 ans. Il se disait que nous allions sortir très bientôt, mais à la condition de prêter allégeance à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et à son associé, ce Démon Anteras. Beaucoup d'entre nous avons prétendu le faire. Je ne suis pas la seule innocente qui soit emprisonnée ici, alors retrouver notre liberté, fuir cet enfer… c'était un rêve. Certains ont retrouvé presque toute leur force grâce à cette pensée. (…) A notre sortie, il y avait cette armada de monstres, de Mangemorts et, en première ligne, un vieillard encapuchonné. Il a tenu un discours, menaçant de donner en pâture quiconque ne tiendrait pas sa parole sur son allégeance, promettant aux plus fidèles de leur offrir tout ce qu'ils désirent. Puis, au beau milieu de son monologue, il y a eu une explosion assourdissante derrière ses rangs. On a vu une grande colonne de flammes multicolores montée très haut dans le ciel et ça a été la panique. On a tous compris qu'on se trouvait dans une situation périlleuse, que ça allait chauffer. Certains sont retournés à l'intérieur de la prison et d'autres, comme moi, ont filé s'abriter derrière des rochers. C'est de là que j'ai vu le jeune homme qui avait fait ça. Les Aurors et Midori sont arrivés juste après. »
Joseph Robinson, un commerçant de 41 ans détenu depuis quelques jours en attendant son procès où il pourra être, selon toute vraisemblance, libéré pour des accusations grossières d'un de ses employés pour harcèlement – l'homme a été démenti à l'unanimité par ses collègues – s'est illustré en venant en aide. Ce grand gaillard a, en effet, étouffé à la seule force de ses bras un gerfaut pour sauver la vie à une Auror.
« Je n'ai pas réfléchi, avoue cet homme adepte de boxe (un sport moldu, ndlr). Cette Auror était déjà passée à mon magasin, toujours à rire, à sourire, à écouter les gens, alors quand j'ai vu qu'un gerfaut s'était faufilé dans son dos et la prenait pour cible, je me suis précipité. J'ai réussi à attraper le gerfaut au moment où il bondissait sur elle et je l'ai étranglé. Je ne savais même pas si ça marcherait, mais comme les détenus sont désarmés, il me fallait faire avec les moyens du bord, comme on dit. Une jeune femme comme elle est précieuse pour tous quand on est en guerre. Pas seulement pour son métier, mais pour la bonne humeur qu'elle apporte. »
Héros national que l'on ne présente plus, Alastor Maugrey a mené l'offensive des Aurors et nous offre un peu plus de détails sur les opérations. En particulier sur l'intervention extraordinairement rapide des autorités.
« Ca n'aurait pas été possible sans l'Alliance, reconnaît-il. C'est elle qui nous a prévenus que les Mangemorts négociaient avec les Détraqueurs pour organiser une évasion massive. On était censés agir par nous-mêmes, on a déjà eu assez d'aide comme ça de l'Alliance, mais Midori s'est tout de même pointé à la dernière minute. On a revu le plan initial : il s'occupait des gerfauts, nous nous occupions des mages noirs et des prisonniers. Mais ce qu'on n'avait pas prévu, c'était que le gamin se ramènerait aussi et lancerait l'assaut le premier. »
Tristement célèbre, le nom des Silver semble redorer son blason à travers de son dernier représentant, Leo. Le jeune homme, dont nos confrères de La Gazette du Sanglier [Lavorsien, à présent, ndlr] ont à plusieurs reprises parler dans leurs colonnes, ne cesse de briller et de surprendre. Tantôt qualifié de génie, tantôt de cinglé, il s'est surtout fait connaître en France pour son casier judiciaire impressionnant et en Grande-Bretagne, pour ses deux interventions musclées : chasser les Forces d'Intervention Européennes de Poudlard en décembre et participer à la bataille contre Anteras et Midori, qui vit le siège du ministère de la Magie être détruit.
A notre arrivée à la prison, nous avons eu le regret d'apprendre que cet « énergumène » était déjà reparti. Les témoins ne manquent cependant pas pour décrire celui qui, selon le journal de l'école de Lavorsy, atteindra sans peine la finale du tournoi de duel.
« C'est un malade ! affirme Mrs Stevens, encore choquée. Midori fait peur par le pouvoir de son sabre et pour sa puissance, je pense, mais le garçon… Il me glaçait le sang. Son sourire était déjà effrayant en soi, mais quand il s'est battu tout près de ma cachette, j'ai vu son regard… Un animal ! Un véritable animal sauvage, sadique et crue ! Même quand un gerfaut lui a transpercé l'épaule, il n'a pas arrêté de sourire. Il l'a attrapé par le cou et a arraché sa tête comme on brise une… un biscuit ! »
Un allié terrible aux méthodes radicales, mais dont le ministère de la Magie ne se plaint pas. Midori ayant un coéquipier pour annihiler les gerfauts, les deux samouraï ont ouvert un véritable boulevard aux Aurors, qui sont parvenus à capturer deux Mangemorts, Aymeric Shaw, un américain, et Bastian Szigo, un allemand. Les autres, malheureusement, ont pris la fuite avec Anteras, et ce sans emporter le moindre détenu.
Un partout. Ce match nul a été grandement salué par les hautes sphères du ministère qui devrait bientôt avoir un nouveau siège, les on-dit parlant même de seulement quelques jours grâce aux efforts de l'Alliance. Millicent Bagnold a, quant à elle, félicité les Aurors dans un communiqué (page 4) où elle remercie également leurs deux alliés improvisés, annonçant par la même occasion que les dossiers de certains prisonniers, notamment celui de Mr Robinson, allaient être réexaminés par le Magenmagot.
Ne reste plus qu'à savoir qui marquera le prochain but.
Il fut bien difficile de déterminer si les élèves étaient soulagés et affligés. D'un côté, des criminels restaient en prison alors que d'un autre, Poudlard était tombé aux mains de l'ennemi. Une chose était certaine, Lucretia avait le cœur le plus léger en découvrant que l'assassin des parents de Leonie n'avait pas pu retrouver sa liberté. Il lui posa une main sur la cuisse pour la soutenir. Il lui devait bien ça : sa fiancée s'investissait corps et âme pour qu'il retrouve le contrôle de son pouvoir. Son exercice préféré consistait à le pousser sur le lit, puis à s'éloigner au pas de course pour qu'il la déshabille avec ses éclairs. Bilan : cinq uniformes et sous-vêtements réduits en poussière. Elle en riait systématiquement, mais même si lui-même s'amusait de son attitude, il ressentait tout de même une certaine amertume car il ne comprenait pas comment il arrivait à faire ça.
Assis à la table du déjeuner après un double cours de duel au cours duquel la plupart des élèves étaient – enfin – parvenus à maîtriser le bouclier réflecteur, une semaine et demie après l'affrontement avec Silver, qui brillait à nouveau par son absence publique prolongée, Sirius reposa l'édition spéciale de La Gazette du sorcier arrivée au début du repas.
− A ce rythme-là, Silver va recevoir l'Ordre de Merlin, première classe, commenta-t-il.
− Il l'a déjà, dit Alexa.
− Hein ?! s'étonnèrent-ils.
− Ce n'était pas vraiment mérité, c'est juste qu'il a sauvé les bonnes personnes, tempéra la splendide française. Au-Gué-du-Val, le village sorcier français, a été la cible d'une violente attaque de loups-garous, il y a un an, et il se trouvait justement dans les parages. Totalement ivre, mais présent. Il a repoussé les assaillants et sauvé quatre hauts responsables du ministère présidentiel de la Magie qui ont pesé de tout leur poids pour qu'il soit honoré par le président lui-même et reçoive l'Ordre de Merlin. Mais bon, en France, on le distribue à n'importe qui pour des raisons souvent injustifiées. Ca n'empêche qu'il a sauvé des dizaines de personnes, bien sûr, mais la récompense est censée être remise à quelqu'un ayant servi, glorifié le pays d'une manière ou d'une autre. Quand tu regardes le grand-père de Pierre, qui a été le leader d'un groupe de résistants lors de l'ère Grindelwald, qui a combattu les mages noirs et sauvé des centaines de vies, sans jamais recevoir la moindre distinction, tu réalises que l'Ordre ne se donne pas souvent aux bonnes personnes.
− Il l'a encore ? s'enquit Peter. J'ai toujours voulu savoir à quoi ça ressemblait.
− Dommage pour toi, il l'a offert à Laëtitia La Chatte. C'est une vieille sans-abri qui se promène toujours avec une multitude de chats autour d'elle, d'où son surnom, et que Leo avait l'habitude d'inviter à manger. Elle a une renommée internationale, d'ailleurs. Un jour, on a croisé des touristes italiens qui la cherchaient pour acheter l'un des chats et Leo m'a dit qu'il avait déjà rencontré des allemands, des belges et des suisses venus exprès pour elle. Sans oublier cette connasse de norvégienne qui a dépucelé cet enfoiré avant moi…
Ils partirent à rire.
− Comment va réagir Bresch, selon toi ? demanda Berenis.
− Il ne va rien dire. Vieux dirlo est quelqu'un de très raisonnable : nous dépendons de son autorité quand nous sommes ses élèves, puis nous sommes libres de mener notre vie comme nous le voulons une fois adultes. Leo est officieusement un adulte. Il s'inquiète probablement pour lui, pour les conséquences de sa témérité, mais il ne lui dira jamais comment il doit vivre tant qu'il ne sera pas redevenu l'un de ses étudiants. Ca peur paraître étrange et même tordu, mais c'est juste la preuve qu'il respecte les autres.
− Z'aurais bien aimé voir la colonne de flammes, dit Draya, assise sur les genoux de Remus.
− Je le lui dirai ce soir.
− Oh, chouette !
La magie auditive de Harry revint soudainement, toujours aussi aléatoire, pour lui faire percevoir un battement d'ailes familier et un autre qu'il ne reconnaissait pas. Il se retourna pour regarder, quelques secondes plus tard, sa chouette entrer en compagnie d'un hibou grand duc au plumage sombre. Tous les deux portaient d'épaisse piles de lettres nouées par quatre cordes.
− Et ça continue… soupira le Démon, las.
N'entendant pas d'oreille attentive auprès de ses beaux-parents, les familles s'adressaient désormais à Lucretia pour tenter de la convaincre de renoncer au mariage. Depuis l'annonce de leurs fiançailles, les missives n'avaient fait qu'augmenter, arrivant à n'importe quelle heure – parfois même pendant les cours. Hedwige limitait la casse, d'après Vallys, car elle n'allait chercher que les courriers familiaux ou liés à la cérémonie maritale.
Se trémoussant sur les genoux de Lily, Leonie prépara sa main pour caresser la chouette dès son atterrissage. Il était devenu coutumier qu'elle prenne place juste à côté de Harry pour pouvoir l'atteindre plus facilement, même si Hedwige, toujours selon la darderan, n'imaginait pas une seule seconde repartir de la Grande Salle sans le plus petit câlin du Bébé de Gryffondor. Et ça ne loupa pas : l'oiseau fit visiblement exprès d'atterrir aussi proche que possible du petit bout de femme-enfant, qui plongea immédiatement ses doigts parmi ses plumes en rayonnant.
Libéré par Lucretia, devant qui il s'était posé, le hibou picora dans l'assiette de la richissime blonde, ulula une sorte de salutations reconnaissantes puis repartit. Les lettres apportées par Hedwige étaient à peu près les mêmes que celles reçues par la future mariée, les organisateurs tenant apparemment à les informer tous les deux, mais la correspondance de la belle héritière demeurait bien moins agréable à lire, même si elle éclata de rire au bout d'un moment. Chose rare en public.
− Quoi ? Quoi ? Quoi ? interrogèrent les filles, impatientes et curieuses.
− Les Li…Les Livingston… bafouilla Lucretia, les yeux brillants de larmes.
Tara, Nadège et Berenis s'esclaffèrent à leur tour, tout comme Sirius et James.
− Je ne comprends pas, avoua Peter.
− Tu as bien de la chance, marmonna Aurelia. Les Livingston sont la sixième ou septième plus vieille famille, mais à force de se marier entre cousins, ils ont commencé à développer des tares. On raconte même que leur plus vieil ancêtre connu s'est marié avec sa propre sœur et que leurs enfants en ont de même. Mais surtout, ils ne sont plus, aujourd'hui, de toute première jeunesse. Les parents ont dépassé les 80 balais et leurs fils, Reginald et Tom, ont bien la quarantaine. Ils se sont déjà retrouvés à Azkaban pour harcèlement sexuel. Ils sont persuadés que s'ils croisent une fille qui les regarde, qui leur sourit, qui les salue ou même qui leur demande l'heure, elle les aime et veut les épouser.
− Ca, tu peux le dire, approuva Lucretia en se retenant de rire. Les arguments pour me faire renoncer sont juste surréalistes… Attends, où c'est ? Ah, là : Vous le savez sûrement, mais mes fils ont beaucoup d'expérience dans le domaine de l'amour et savent prendre soin d'une femme. Ils sont cultivés, attentionnés et ont rendu toutes les femmes qu'ils ont rencontrées heureuses, mais ne vous inquiétez pas, ils sont fidèles jusqu'au bout. Votre fiancé, ce Mr Potter, n'est vraiment pas fait pour vous, selon moi. Une jeune femme si importante devrait avoir un mari à la hauteur, expérimenté.
Elle fut incapable de poursuivre, hilare, et elle n'était pas la seule. Même certains élèves de quatrième année se trouvant à proximité, l'oreille tendue et alertés par l'éclat de rire de l'héritière tant convoitée, se bidonnaient.
− Au moins, ils ont de l'humour, dit Nadège en s'essuyant les yeux. Ah, que serait la vie sans les Livingston et leurs illusions ?
− On se le demande, admit Lucretia en ouvrant une autre enveloppe. Ouf ! C'est le traiteur.
− Pourquoi t'écrit-il à toi ? s'étonna Mary.
− Je voulais qu'il y ait des spécialités de Mirvira pour le mariage, alors j'ai été voir Lorca pour qu'elle tente de négocier avec l'Alliance. Le traiteur m'annonce juste qu'il a bien reçu la commande et un livre de recettes. C'est fou ce que les Palans sont généreux, j'en ai à peine eu pour 20 Gallions… Draya, ne mets pas autant de boulettes dans la bouche !
La fillette ressemblait à un hamster, les joues gonflées, s'efforçant tant bien que mal de les mâcher, les avalant petit à petit. Une fois le tout englouti, elle exprima une fois encore sa joie de vivre par l'habituel :
− Yokay, maman !
Tandis que Remus surveillait la façon de manger de la Shadrian tout en suivant le déballage des lettres, les très bientôt Mariés de la Mort, comme les surnommait Alexa, continuèrent à consulter leurs courriers. Harry eut une bonne surprise en recevant une lettre de Guard, qui souhaitait venir avec sa petite amie, et la mauvaise surprise, à un moment, de voir sa fiancée lui tendre un message anonyme le menaçant de mort s'il osait toucher un cheveu à la jeune femme. Celle-ci s'en amusait.
− C'est regrettable qu'il n'ait pas signé, dit-elle, on aurait pu lui répondre que tu n'as pas touché seulement un cheveu. Bon, allez, dernière lettre et… Ah, ce sont mes parents !... Oui, oui, je sais déjà tout ça… Ethan, ils nous demandent qui sera ton témoin. J'avais complètement oublié que tu n'en avais désigné aucun et il nous reste pas un mois avant le mariage.
− Heu…
Qui ? Quand la question avait été abordée pour la première fois, il avait tout de suite pensé à James ou Sirius : ils avaient été, après tout, deux des hommes les plus marquants de son ancienne vie. Mais c'était précisément là le problème, ils l'avaient été à une autre époque. Puis, à mesure qu'il y réfléchissait, deux noms étaient apparus : Midori, sans qui il ne serait pas là, fiancé et père de famille, et Silver. Même s'ils n'étaient pas vraiment proches, le Gryffondor prenait soin de lui chaque fois que c'était nécessaire.
− Heu… répéta-t-il. Midori. Enfin, s'il accepte. Et puis, avec lui dans les parages, je pense que les fauteurs de trouble à la solde de Voldemort se tiendront à carreau. Etant donné que je nargue les Mangemorts depuis août, ça vaudra mieux qu'on dispose d'une sécurité optimale.
− Je vais demander à Lorca, annonça sa fiancée en se levant.
− Dépêche-toi, dit Tara, les cours reprennent dans dix minutes et tu n'as presque rien mangé.
− Je sais.
Elle s'éloigna vers la table des professeurs et Harry la regarda disparaître. Tout se volatilisa, en réalité : tables, élèves, Grande Salle…
Sursautant, il se retrouva au beau milieu du parc de Poudlard, sous le ciel nocturne constellé des âmes de toute la communauté lavorsienne. Les astres évoluaient comme si les âmes des élèves et des professeurs changeaient à toute vitesse. Gigantesque, faisant même passer Dumbledore et le professeur Bresch pour de petites lueurs, il vit enfin Lorca, qui interrogeait un élève de cinquième année sur les Détraqueurs. Beaucoup plus proche, Draya était en train d'étudier l'anglais écrit au chevet du Démon. Stressée, Lucretia suivait le cours de potions en battant du pied, inquiète pour son fiancé, tout comme leurs amis. Puis elle apparut : pas une lune comme les directeurs, pas un soleil comme la Nehoryn, mais une véritable planète noire cerclée de flammes se matérialisa dans le ciel. Elle n'émettait rien, mais il l'identifia sans peine, notamment parce que la Shadrian vibra de bonheur.
Et une pichenette le ramena douloureusement à la réalité.
− Ca fait mal, merde ! s'exclama-t-il en portant une main à son front pour le masser.
− Qu'il est délicat, dit Midori avec son éternelle indifférence.
Alors que le Serpentard se redressait, le samouraï souleva Draya pour la faire monter sur le lit de l'infirmerie, où elle se réjouit de rejoindre son père pour s'enfermer dans ses bras et passer ses jambes sous la couverture. La chaise qu'elle occupait jusqu'à présent fut alors occupée par le demi-démon, qui retira pour la première fois son grand chapeau asiatique. Ils avaient exactement les mêmes cheveux noir de jais et ébouriffés, en effet, constata le Démon.
− Que s'est-il passé ? Je n'ai… Je n'ai rien vu ou senti venir.
− C'est une petite facétie de ce trou du cul de Leo Silver, expliqua Midori. Quand ce Firagan lui a dit où est-ce que tu étais assis pendant le déjeuner, pendant que tu te concentrais sur ta correspondance, il a échangé ton verre avec un autre qui contenait une potion de son cru afin que tu retournes dans ton âme.
− Pourquoi ? demanda Harry, plus déconcerté que furieux.
− Parce qu'après votre affrontement, lorsqu'il est venu faire son rapport au commandement, quelque chose l'a interpellé. En absorbant la première Pierre, tu es devenu un demi-démon sensoriel. Avec la deuxième, tu es alors devenu un Démon, mais Leo Silver a relevé un détail étrange : ton âme perçoit celle des autres. Avec Uvon, Ady et moi, il a formé une équipe pour méditer à ce sujet. Ady étant une Sedulan, elle connaît mieux l'esprit que nous tous réunis. Grâce à elle, nous sommes venus à émettre une théorie : ce n'est pas physiquement que Lucretia peut te permettre à reprendre le contrôle de ton pouvoir, c'est spirituellement. Selon ton ami, le problème vient du fait que ton âme n'a pas encore trouvé une fréquence assez puissante pour résonner avec celle de ta fiancée et pour te permettre de maîtriser tes nouvelles capacités.
Il fallut un peu de temps au Serpentard pour assimiler ce que le samouraï lui avait dit.
− Et comment je suis censé faire ça ?
− C'est là le deuxième problème : c'est à toi de le découvrir. L'âme est quelque chose de complexe que tout le LorMirAl n'a jamais pu explorer. La potion que tu as bue est une révolution, même si ça me gonfle de l'admettre car elle est l'invention de ce morveux.
Harry sourit.
− Ca veut dire que futur tonton Leo est super grave trop intelligent ?
− Il est plus que ça, reconnut Midori. Je ne m'en étais pas rendu compte au ministère parce que j'avais Anteras et lui comme adversaires, mais à Azkaban, j'ai remarqué quelque chose : il manipule plusieurs magies à la même seconde. Ses flammes ne sont pas une magie, c'est l'assimilation de plusieurs d'entre elles au même moment. En d'autres termes, cet emmerdeur a réalisé un miracle que personne n'avait su accomplir avant lui. Nous cherchons toujours à savoir quel être magique il est, mais nous approchons de la fin de nos investigations et il n'y a aucune piste. Leo Silver est une chose, mais son acolyte en est une autre aussi.
C'était plus que prévisible, se dit Harry.
− Moi, je l'aime bien, Firagan, confia Draya.
Le Serpentard cilla, le samouraï tourna un regard inexpressif sur la Shadrian.
− Comment ça, tu l'aimes bien ? demanda le Démon. Tu l'as déjà rencontré ?
− Bah oui. Ze joue parfois avec lui à la bagarre pour savoir qui de nous deux aura le monopole de l'air de toute l'école quand futur tonton Leo habite à Lavorsy. Même que quand il perd, il me tire la langue ! Mais il a des très, très, très grands pouvoirs, alors je ne gagne pas souvent, alors je lui tire la langue !
− Qu'est-ce qu'il est ? interrogea Midori.
− Moi-même personnellement ne se souviens plus, mais il y avait « céleste » dans sa classification. Il existe depuis super grave trop longtemps et a été chargé par le papa de futur tonton Leo de veiller sur lui. Z'ai tenté de savoir plus de choses parce que papa se pose des questions, mais il fait plein de mystères comme toi, Boss.
− Depuis longtemps, hein ? dit le demi-démon en remettant son chapeau. Je vais aller rendre une petite visite à Mashiro, elle devrait avoir une idée sur la nature de Firagan.
− Attendez ! dit précipitamment Harry. Heu… Je voulais vous demander si vous…
− J'ai déjà accepté. Lorca est passée en coup de vent pour me transmettre ta requête. Je ne sais pas trop à quoi sert un témoin, mais ça me fait plaisir que tu m'aies choisi. Assure-toi juste que ce mariage tienne jusqu'à ce que l'un de vous meure. Ja na !
Et il se volatilisa en dégainant légèrement son sabre. Le Serpentard se sentit profondément soulagé d'avoir son témoin, surtout qu'il s'agissait de Midori, mais il était aussi circonspect quant à son pouvoir. La potion de Silver était efficace, mais comment était-il censé trouver la fréquence ? Comment pouvait-il seulement l'entendre ou la ressentir ? Sur quoi devait-il se baser ? Amour ? Elle ne l'aimait pas. Amitié ? Il l'aimait. Intérêts communs ? La présence de l'autre ne suffisait probablement pas. Ils étaient presque constamment ensemble, sauf dans les cas de figure comme celui-ci. Dans la chambre, les couloirs, à table, en cours, au bain… Ils ne se lâchaient pas. Tout ce qu'il passa en revue avait un défaut, jusqu'à ce qu'un soupçon germe dans son esprit : un soupçon débordant de bonheur, à la très longue chevelure cuivrée et qui se trouvait assis en cet instant même sur ses genoux.
Draya.
Père et fille passèrent l'après-midi à faire progresser la Shadrian en anglais écrit, Madame Pomfresh ayant des doutes sur le rétablissement de Harry – qui apprit au passage que la potion de Silver s'avérait expérimentale, par conséquent susceptible d'avoir des effets secondaires.
− … et maman, elle n'était pas contente du tout que tu fasses dodo sans elle, alors elle a éclaté sa tête au grand Serpentard super grave trop agressif quand il s'est moqué de toi ! Même qu'elle a eu une heure de retenue ! C'est une rebelle, maman ! Elle défie le règlement pour papa ! Puis Lorca, après t'avoir examiné, elle est partie pour la Cité et n'a même pas ramené de vostaki !
Le monologue de Draya, que Harry écoutait en souriant, fut interrompu par l'ouverture soudaine de la porte de l'infirmerie. Lucretia entra, posant instantanément son regard sur eux, et se détendit.
− Miss Mogg, on n'entre pas comme ça ! protesta Madame Pomfresh en sortant de son bureau.
− Désolée, j'étais… Enfin, je voulais savoir si Ethan était réveillé. Je m'excuse… encore…
− Vous avez cinq minutes, soupira l'infirmière.
− Merci.
Harry n'était pas certain d'être en sécurité. Même sans ses pouvoirs, il sentait une menace émaner de Lucretia, qui semblait déterminée à lui faire regretter la scène de ce midi… et il eut bien raison, car dès qu'elle rejoignit la chaise, elle le fixa d'un œil glacial. Il s'empressa aussitôt de lui expliquer ce qui s'était passé. Il estimait se faire souffler dans les bronches pour des choses plus bénignes, alors hors de question de subir toute la fureur de sa très chère dulcinée.
Elle s'adoucit au fil du récit de la discussion entre Midori et son futur époux, comprenant qu'il n'avait aucune part de responsabilité dans son évanouissement. Il l'avait échappé belle, songea-t-il, rassuré, en la voyant prendre sa main pour la serrer comme il l'avait fait ce midi avec sa cuisse.
− Alors trouve la fréquence parfaite. Après tout, tu es le Stratège de la Mort, non ? Qu'est-ce qu'une fréquence pourrait bien opposer comme problème à mon fiancé si rusé ?... Ma puce, va t'amuser avec Hagrid, il faut que je parle très sérieusement avec papa.
− Yokay, maman !
La Shadrian se dématérialisa, Lucretia se levant pour s'asseoir sur le bord du lit sans lâcher la main de Harry.
− Depuis que nous sommes fiancés, depuis que nous sommes passés au stade de procréer, je me pose plein de questions. L'une des lettres que j'ai reçues ce midi venait d'Aquilius. Tu sais que ses yeux ont le pouvoir de voir des choses qui nous échappent. Quand il t'a rencontré la première fois, il t'a qualifié de « prometteur », puis à mon anniversaire, il m'a dit que tu étais « sacré ». C'est pour ça que j'ai arrêté de me contenter de conversations, que je suis passée à l'action, mais je n'arrive pas à faire le point. Chacun de tes baisers est exquis, nos nuits sont un rêve éveillé, ta voix est une mélodie et pourtant, je n'ai pas le sentiment de t'aimer et ça me perturbe. C'est un peu comme si… comme si je nous mentais et…
Harry cilla et empoigna doucement le sein gauche de Lucretia. L'infirmerie disparut instantanément et, pour la seconde fois, il se retrouva de nouveau dans son âme, perché sur la première marche du large escalier de pierre et observant le ciel nocturne. Il ne savait pas comment il avait fait, pourquoi il avait eu cette idée, mais il avait fini par comprendre une chose : si son âme percevait celle des autres, alors…
− Lucretia ?
L'étoile, presque aussi grosse que celle de Lily et d'Ana, tomba de la voûte céleste en se transformant dans sa chute. Au moment où elle toucha le sol, la belle blonde apparut nue, étonnée.
− Qu'est-ce que… ? Comment tu… ?
− Dumbledore l'a dit : il faut toujours faire attention à ce que Sil… Leo dit. Il a parlé de résonnance. Si je vois toutes ces âmes, ce n'est pas par hasard : c'est parce qu'elles résonnent toutes avec la mienne sur des fréquences différentes. Regarde Rogue : il est à peu près au niveau de James non pas pour leurs talents, mais parce qu'ils ont le même amour pour Lily, qui elle est plus grande parce qu'elle désire plus que tout protéger ses amis. Mulciber, lui, est la plus petite étoile car il ne se soucie que de lui. Tous ont un point commun avec moi. Nous résonnons.
− Je vois… Et pourquoi suis-je la seule à ne pas pouvoir se rincer l'œil ?
Harry rit.
− Parce qu'une âme est nue, je pense, mais comme nous sommes dans la mienne, elle n'apparaît pas vraiment.
− Je me vengerai ce soir, sale profiteur. Bref, comment fait-on pour trouver la fréquence adéquate ?
− Bonne question. Je pense que Draya est notre lien le plus fort… et qu'il va falloir frotter pour enlever toute la terre qu'elle a sur le visage et les mains, dit-il en contemplant la grosse étoile écarlate de la fillette, qui aidait à planter divers légumes et herbes aromatiques dans le potager du garde-chasse. La question est : comment doit-on s'y prendre ?
− Moi je sais.
Ils firent volte-face, Lucretia filant se cacher derrière son fiancé pour cacher sa nudité. Leur regard se posa sur une jeune femme radieuse. Elle n'était pas aussi belle qu'Aurelia ou Cassie, mais sa sensualité rappelait celle des Meadowes. Harry ne doutait pas une seule seconde qu'aucun homme n'aurait su lui résister. Elle avait de grands yeux rose pâle qui contrastaient avec son teint mat, et une longue chevelure d'un vert menthe qui dissimulait son torse dénudé. Son bas-ventre était masqué, quant à lui, par un étrange enchevêtrement de lianes, de feuilles et de fleurs.
− Lydia… murmura Harry pour lui-même.
− C'est maman, pour toi ! rétorqua la nymphe d'un ton autoritaire. Lucretia, tu peux sortir de ta cachette, tu es loin d'être la seule femme que je vois nue. Viens à moi, car je dois te soigner.
− Me… Que voulez-vous dire ? Je ne suis pas malade !
− Si, mais tu ne le sais pas. Dans quatre ans, tu mourras d'un cancer, alors approche. Je ne vais pas laisser mon fils être amoureux d'une fille qui va le lâcher aussi rapidement.
− Vas-y, l'encouragea Harry.
Sa fiancée s'exécuta, s'avançant vers la nymphe, alors qu'il la regardait avec tristesse. C'était donc pour cette raison qu'il n'avait jamais entendu parler d'elle dans son ancienne vie : elle était décédée suite à une maladie. Et, une fois encore, même quand il ne l'entendait plus, Lathar avait trouvé le moyen de lui venir en aide via Lydia.
Celle-ci parcourut le corps de Lucretia du bout du doigt, attentive, concentrée, comme si le contact lui suffisait pour remonter à la source du mal. Dès qu'elle l'eut situé, juste au-dessus du pubis, elle plaqua ses deux mains sur la peau de la belle blonde et s'embrasa littéralement, les flammes verdâtres s'élevant bien au-dessus d'elle avant d'envelopper la riche héritière incrédule puis de disparaître soudainement. Lydia se lança dans un examen de la richissime héritière, puis sourit.
− Quelle belle-fille fertile, se réjouit-elle. 'Thanou, si jamais tu te sépares d'elle, je reviens d'entre les morts et te botte le cul.
− Comment… ? Nous ne sommes que des âmes, alors comment vous… tu peux la guérir ?
− Tu comprends vite mais il faut t'expliquer longtemps, mon chéri. L'âme est l'essence même d'un être, il me semble que tu l'as dit toi-même. Si tu réussis à atteindre la source, alors toutes les membranes qui en découlent y seront soumises à ses modifications. Les nymphes sont liées à la nature, mais les humains oublient qu'ils le sont aussi. Ils vivent souvent en croyant qu'ils ont la vie devant eux, sauf que ce n'est pas le cas : ils s'entretuent pour un rien, ils sont dévastés par la nature quand elle s'énerve, ils empruntent le chemin de la mort parce qu'ils n'ont plus le courage d'affronter la vie… Ton père, 'Thanou, voulait que tu rejoignes cette époque parce qu'il sentait – ou savait – que l'équilibre pouvait revenir particulièrement en ce temps.
− Epoque ? répéta Lucretia Qu'entendez-vous par… ?
− Je t'expliquerai, coupa Harry.
Même si la seule idée de le faire l'effrayait au plus haut point. Comment dire à la femme qu'il aimait que toute la grande majorité de sa vie s'était déroulée vingt ans après son « arrivée » dans le pays ?
− Quoiqu'il en soit, continua Lydia, tu auras besoin de la potion de Leo Silver, 'Thanou. J'ai rétabli la fertilité de ma charmante belle-fille, mais il vous faut encore découvrir la fréquence appropriée. Ton père a eu un mal de chien, comme on dit à votre époque, à maîtriser son pouvoir. Lucretia, je te confie mon fils, prends en soin.
− J'y compte bien, madame.
− 'Thanou, prends soin d'elle. Ton père l'a choisie et il se trompait rarement, alors garde-la précieusement.
− J'y compte bien, Ly… maman.
La nymphe disparut. Le couple resta silencieux un moment, le temps que Lucretia revienne auprès de Harry et l'attrape par le col de sa chemise avec un sourire et un regard carnassiers.
− Une époque, hein ?! On dirait que tu ne m'as pas encore tout dit !
− Je t'expliquerai, répéta le Démon.
− Oh, il y a intérêt, 'Thanou !
