Ne jamais sous-estimer sa femme. Harry l'avait compris avec Mr et Mrs Weasley, mais l'information semblait ne pas avoir complètement pénétré son cerveau, car Lucretia le démontra quand elle exigea de savoir pourquoi la nymphe avait parlé d'époque. Il essaya de temporiser, arguant que ses révélations pourraient être interceptées par un legilimens, mais la belle blonde lui avait rit au nez : Alexa avait appris à toutes ses amies l'occlumancie dès le moment où elles avaient su qu'il était un demi-démon afin de protéger son secret. Si Berenis avait encore du mal, la future mariée et les autres s'en étaient très bien sortis. Même les Maraudeurs travaillaient à protéger leur esprit de leur côté. Au pied du mur, le Démon n'avait eu aucun prétexte pour tenter de gagner du temps. Elle ne l'avait pas interrompu, elle avait même bu chacune de ses paroles, blêmissant de temps à autre quand il lui rapportait un décès, plissant les yeux d'un air méfiant quand il évoquait Ginny, se laissant surprendre par ses aventures l'ayant amené à combattre Voldemort. S'il avait craint sa réaction, il fut très agréablement surpris : non seulement elle le crut instantanément, mais elle prit aussi l'habitude de jouer de son aînesse pour imposer son autorité, surtout sur le rythme de leurs ébats ou l'organisation de leur appartement.

Si le tableau conjugal affichait d'excellentes notes, celui de sa magie ne pouvait en dire autant. Constatant que sa position fonctionnait, Leo lui avait en envoyé plusieurs caisses pour que Harry retourne dans son âme afin d'y trouver la fréquence qui lui permettrait de reprendre le contrôle de son pouvoir démoniaque. Mais ça ne marchait toujours pas. Il pouvait faire venir Lucretia autant qu'il le voulait, se concentrer ensemble de toutes leurs forces à propos de Draya, il n'y avait aucun changement. Dès qu'il s'éloignait un peu trop, les éclairs apparaissaient. Leo n'était plus revenu à Lavorsy depuis son expérience, pas même la nuit, au grand dam d'Alexa. Or, Harry en avait le sentiment : le Gryffondor saurait l'aider. Tout du moins, il l'espérait.

− On s'y prend mal, c'est certain, dit Lucretia en montant l'escalier menant au premier étage. La question est : est-ce parce que nous ne résonnons pas de la même manière ou nous concentrons-nous sur la mauvaise fréquence ? Nous aimons tous les deux Draya, mais peut-être que nous faisons fausse route.

− Possible, admit Harry.

− Où est-elle, d'ailleurs ? demanda Berenis.

− Elle est allée jouer avec Peeves. Depuis qu'il lui a tiré la langue, elle le considère comme un copain de jeu et passe son temps à jouer à cache-cache. Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais je le plains : comment veux-tu trouver quelqu'un qui peut se dématérialiser ?

Ils atteignirent le couloir de sortilèges et entrèrent dans la classe en remarquant le professeur Flitwick, toujours perché sur son bureau, accompagné d'un jeune homme d'environ vingt ans, les cheveux bruns coupés court, une boucle d'oreille d'or tressée tombant jusqu'à l'épaule. Il ne laissait pas indifférente Erin Steadworthy et semblait s'en être rendu compte, car il peinait visiblement à réprimer un sourire. Son regard chocolat et étincelant se posa sur Harry quand celui-ci franchit la porte. Il le salua d'un léger mouvement de tête, auquel le Serpentard répondit naturellement, même s'il n'avait pas la moindre idée de qui il s'agissait, bien qu'il se doutât que l'individu fut un Mage.

Bons derniers, pour ne pas changer, les Maraudeurs déboulèrent au pas de course et s'assirent, haletants, Sirius refermant la porte derrière lui.

− Bien, dit le minuscule professeur de sa voix flûtée. Comme vous le voyez, nous avons un invité : permettez-moi de vous présenter le Mage Gavile.

Gavile ? s'étonna Harry. Compte tenu du nombre de fois où il avait entendu ce nom, il s'était attendu à ce que le jeune homme soit en fait un pilier tel Ooghar ou Cataara. Il l'avait toujours imaginé – au mieux – grisonnant et ridé. Même Triaus, pour ce que le Serpentard en savait, n'était pas autant sollicité que lui, et il était pourtant plus vieux que son condisciple. Une sorte de Leo Silver version Mage ?

− Je vous en prie, Gavile, l'invita le professeur Flitwick.

− Merci, dit le Mage en s'avançant vers le centre de la pièce. Comme vous le savez, Anteras améliore chacune des générations de ses gerfauts. Et comme vous le savez, l'Ennemi s'est emparé de Poudlard. Le commandement travaille actuellement à un plan de reconquête avec l'aide du ministère de la Magie, mais ça prendra du temps. Il y a, tout autour de l'école, des enchantements d'une puissance, d'une subtilité et d'un prestige que nous devons à tout prix sauvegarder. Pour cela, votre étrange camarade Leo Silver, Cataara, l'Ethrossie Adveditha et moi avons élaboré un sortilège à graduation.

− A graduation ? répéta Avery, perplexe.

− Un sortilège évolutif, si vous préférez, qui gagne en puissance en fonction du lanceur. Vous avez assisté à un phénomène similaire récemment.

− Les éclairs d'Ethan, dit Ana. Pendant le cours combiné de Lorca et du professeur Bresch, ils augmentaient à mesure qu'il s'éloignait de nous… Toutefois, je ne comprends pas : les foudres n'auraient-elles pas dû diminuer quand il s'est approché de Leo ?

Gavile sourit, satisfait de la question.

− Non. A travers tout le LorMirAl, nous appelons cela l'instinct. Consciemment ou non, Ethan estime que Leo Silver est beaucoup trop puissant pour nécessiter une quelconque protection de sa part. Et il a raison. Très peu de personnes de votre âge, ou même de sorciers cent ans plus vieux, auraient réussi à échapper à l'explosion que les provocations de votre camarade ont poussée Ethan à déclencher.

− Et pourquoi Potter produit ces éclairs ? lança Mulciber.

− Qui sait ? Ce n'est pas le sujet de ce cours, alors revenons-en à nos moutons.

Sans surprise, le massif Serpentard n'apprécia guère cette réponse.

− Un sortilège à graduation est un sortilège dont la puissance dépend du cœur, de la volonté que le lanceur met quand il l'exécute. Plus vous vous impliquez dans sa réalisation, plus il gagnera en puissance. C'est comme notre transplanage, le vôtre ou celui des Nehoryns : il faut vouloir pour pouvoir. Si notre détermination est trop faible, le voyage entrepris se fera en plusieurs étapes, voire même nous blessera plus ou moins gravement. Comme nous avons tous, à l'exception des Shadrian, les mêmes règles à respecter pour transplaner, nous avons sollicité l'aide de l'Ethrossie Adveditha, qui est une spécialiste du néant et de l'espace, afin de créer un sortilège susceptible de faire entrer dans Poudlard les libérateurs, et ce sans avoir à toucher aux enchantements entourant l'école.

− Excusez-moi, intervint Patricia, mais n'est-ce pas dangereux ? J'entends par là que ce sort pourrait servir de moyen à quelqu'un de malveillant pour commettre ses méfaits, non ?

− Judicieuse remarque, reconnut Gavile, mais nous y avons pensé. Pendant que nous élaborions le sortilège, la classe de Cataara inventait un enchantement pour le contrer. A l'heure actuelle, Midori s'occupe déjà de protéger chaque maison de Londres et Ooghar, Uvon et Leo Silver se chargent de la banlieue, tandis que Cataara, aidée de ses élèves, s'occupe des villages. Ca nous prendra sans doute deux mois pour protéger tous les domiciles de tout le Royaume-Uni et d'Irlande, mais nous y parviendrons. Bien, sur ce, passons à une démonstration. Ethan, viens, tu seras notre cobaye.

Harry cilla, surpris. S'éloigner de ses amis ? Lucretia glissa une main dans son dos pour l'encourager, pour lui faire sentir qu'elle le soutenait. Il se levait et eut à peine à descendre une première marche que les éclairs vinrent à lui, jaillissant des parchemins, des bureaux, du sol, du plafond et même des plumes ou des manuels. Et plus ses pas le menaient à Gavile, plus ils étaient nombreux à le rejoindre, absorbés par sa chair, par ses yeux, ses ongles, ses cheveux, etc.

Il se planta devant le Mage, qui observait le phénomène avec un léger intérêt, mais garda une certaine distance.

− Draya ? appela alors Gavile.

La fillette se matérialisa aussitôt devant son père au moment où plusieurs éclairs lui fonçaient dans le dos.

− Attention ! s'exclama Harry en la prenant dans son bras.

Les foudres – toutes les foudres – disparurent avant même d'avoir atteint la Shadrian. Le cœur battant à cent à l'heure dans sa poitrine, le Démon sursauta lorsqu'il s'aperçut qu'il tenait en fait une simple poupée à l'effigie de sa fille. Comment ? Elle avait l'air si réelle quand elle était apparue…

− Je sens que Midori ne va pas supporter d'apprendre que Leo Silver avait encore raison, dit Gavile.

− Pourquoi les éclairs ont disparu ? demanda Greggson.

− Parce qu'une graduation a une limite. Ethan est quelqu'un de protecteur envers ses amis comme ses ennemis ou même les inconnus. Je n'approuve pas vraiment les méthodes de Leo Silver, mais elles marchent. Nous avons créé un pantin ressemblant à Draya et j'ai lancé une illusion pour qu'il croit que c'était vraiment elle. Son besoin de la protéger a fait en sorte que sa volonté éteigne ses foudres. Une méthode costaude, mais efficace. C'est ainsi que fonctionne le sortilège que vous allez apprendre aujourd'hui. Merci, Ethan.

− Je peux garder la peluche ? s'enquit Leonie.

Quelques élèves éclatèrent de rire.

− Nous n'en avons plus besoin, alors oui, s'amusa Gavile.

Harry retourna à sa place, donnant la fausse Draya au Bébé de Gryffondor au passage, mais sans vraiment s'en rendre compte. Et si c'était ça, la solution pour reprendre le contrôle de son pouvoir ? Pas sa fille, mais son désir de protéger ? Quand il réfléchissait, Lucretia et lui aimaient toute leur famille, ne souhaitaient qu'à grandir avec cet entourage. Elle avait ses amis, elle avait Leonie, ses parents, son parrain, sa tante, sa fille à protéger. Il s'était attaché à tant de monde, de son côté. Après avoir haï sa version adulte durant six ans, même Rogue lui était cher.

Il revint à la réalité quand la main de sa fiancée se posa sur sa cuisse pour l'apaiser.

Le reste du cours fut éprouvant, tout comme celui où ils avaient dû apprendre le bouclier réflecteur. Lily, plus douée que n'importe qui dans ce domaine, parvint à transférer son manuel de sa table à celle de Rogue, de l'autre côté de la classe. Les autres échouèrent, bâclèrent ou réussirent tout juste à envoyer une plume ou un parchemin. Le professeur Flitwick, prouvant son talent, disparut de son bureau pour réapparaître à la porte et retourna à son bureau facilement.

− Le néant, reprit Gavile, est une dimension échappant à tout. Il n'y a ni oxygène, ni temps, ni lumière, ni une quelconque lumière, ni quoi que ce soit : c'est le vide total. Le sabre de Midori en est le meilleur exemple, car il exploite le néant comme le vent. Il peut faire Los Angeles-Tokyo en moins d'une seconde et ce, d'ouest en est. Il faut néanmoins se rappeler qu'un sortilège de Transfert dépend de certaines lois, que ce soit en Alterion comme en Mirvira ou en Lorgath.

− La constitution, la dimension et le poids ? dit James.

− Tout à fait. Dans votre monde, cela relève autant de la métamorphose que du sortilège, mais selon nos études réalisées dernièrement, ils ne sont qu'une seule magie, car répondant aux mêmes lois. Comme vous l'avez dit, la constitution, la dimension et le poids jouent aussi bien dans un Transfert que dans un sortilège de… Comment ça s'appelle, déjà ?... C'est un moyen de transport que vous utilisez pour les très grandes distances via un objet qui a l'air anodin.

− Le Portoloin, indiqua le professeur Flitwick. Il est vrai qu'il relève de ma matière, mais il pourrait tout aussi bien appartenir à celle du professeur McGonagall. Un Portoloin requiert deux règles primordiales : établir le plus précisément possible la distance à parcourir et anticiper le poids maximal qu'il peut supporter. C'est comme si je vous demandais de changer une souris en verre à pied, en fait. Plus la constitution est complexe, plus la tâche est difficile.

− C'est exactement cela, dit Gavile. Un transfert à travers le néant est la même chose. Je dois néanmoins dire – et venant de moi, ce n'est pas rien – que je ne me serais jamais attendu à ce qu'une élève réussisse à transférer un livre dès le premier cours.

Lily eut un petit sourire en coin et échangea un regard complice avec le professeur Flitwick. A l'évidence, tous les deux avaient noué une relation enseignant-élève un peu plus évoluée que la moyenne, sans doute parce que le minuscule sorcier la considérait comme un prodige de sa discipline. Et elle en était indubitablement un.

La cloche retentit, mais Gavile leva une main et tout le monde s'arrêta de ranger ses affaires.

− Je reviendrai la semaine prochaine pour constater vos progrès, annonça-t-il. Professeur, vous ne voyez aucun inconvénient à considérer leur entraînement comme le devoir du jour ?

− Aucun.

Et les élèves rangèrent leurs affaires et sortirent en commentant le cours avec une franche satisfaction. Laissant ses amis, Harry rejoignit le Mage et le directeur de Serdaigle. Même en prenant de la distance avec eux, il ne vit aucun éclair apparaître, comme si la frayeur de blesser la fausse Draya l'avait complètement stabilisé – au moins pour un moment. Il pouvait même, à nouveau, utiliser sa magie intérieure, masquer ses pensées, élargir le champ de son ouïe ou même ressentir les émotions des gens.

Avant qu'il ne les ai retrouvés, Gavile et lui se tournèrent vers un point invisible qui émit un sifflement discret, aigu et familier au moment où Draya surgit dans les airs, atterrissant dans les bras de Harry.

− Coucou, Gavile ! Sashiburi da !

− Tu te moques de qui ? répliqua le Mage d'un air désabusé. Tu es passée avant-hier à la Cité pour acheter des vostaki.

− Moi-même personnellement avais oublié ! dit la Shadrian d'un ton joyeux. Papa, papa, j'ai gagné huit parties de tirage de langue contre copain de jeu Peeves ! Il pétait même de la bouche quand il perdait, mais il ne veut pas me révéler comment il fait ça !

− Il ne vaut mieux pas si tu ne veux pas que ta mère te gronde. Va la rejoindre, je dois parler avec Gavile.

− Yokay, papa ! Gavile, ja ne !

Et elle repartit, tel un courant d'air.

− Tu te demandes sûrement combien de temps durera ta stabilité ? dit le Mage. Je dois t'avouer que nous n'en savons rien. Tu es le premier Démon allié que nous connaissons et que nous avons la chance d'observer. Nous ne savons pas si ton organisme fonctionne comme celui de Midori, mais il semble que ce ne soit pas le cas. Sans ses yeux après avoir atteint sa limite, il n'aurait jamais senti Draya arriver. Cela signifie donc que tu as épuisé toutes tes réserves démoniaques, mais que tu possèdes encore ta magie intérieure. Lorca a dû te l'expliquer : il te faudra du temps avant que tes magies ne fusionnent complètement.

− Si je puis me permettre, dit le professeur Flitwick, je crois que j'ai une petite idée pour accélérer la fusion.

− Toute idée est bonne à prendre.

− Il existe un enchantement extrêmement complexe, très peu connu, appelé « La Voie ». Au fil du temps, il est tombé dans l'oubli, et jadis, il était interdit, car les dommages psychologiques pouvaient être irréversibles. Sur la forme, il consiste à explorer le soi de l'enchanté pour qu'il trouve, comme le nom l'indique, sa voie. Sur le fond, il le confronte à tout ce qu'il est : rêves, espoirs, cauchemars, hantises, amours, etc. C'est une aventure périlleuse à laquelle peu de personnes sont revenues indemnes.

− Intéressant, dit Gavile. Qu'en penses-tu, Ethan ?

− Nous sommes en guerre. Plus vite je serai le fils de mon père, plus vite nous saurons ce que je peux apporter. J'ai un instinct de survie très développé et une famille, une grande famille, à protéger. Je ne perdrai jamais contre moi-même. Professeur, combien de temps faudra-t-il pour réaliser la Voie ?

− Au plus tôt ? Je pense samedi. Quand vous aurez disputé votre duel, nous pourrons nous y atteler. Mais il me faudra de l'aide, c'est un enchantement très dangereux pour le cobaye comme pour le lanceur. Dumbledore saura m'aider, mais une troisième personne de plus ne serait pas un luxe.

− Je demanderai à Ady, annonça Gavile. Dès qu'il est question de l'esprit, elle est la référence.

− Merci, dit Harry. Saluez tout le monde de ma part.

− Je n'y manquerai pas.

Quittant la classe, il regarda le mur en face de lui s'ouvrir pour créer un passage menant au rez-de-chaussée. Il descendit l'escalier en colimaçon, pensif. Il ne perdrait pas, se répéta-t-il. Il ne savait pas à quoi s'attendre quand il serait soumis à la Voie, mais il était hors de question qu'il échoue. Lucretia, Draya, les Maraudeurs, leurs amis en valaient la peine. Même si l'enchantement était dangereux, il était impossible qu'il les abandonne. Il en faisait le serment. Lathar et Midori l'avaient ramené à cette époque, sa mère avait sauvé la vie de sa fiancée, il avait une fille adorable, il avait des amis plus nombreux que jamais. On ne meurt pas, on ne faiblit pas pour les siens, pour sa famille, songea-t-il, déterminé à relever tous les obstacles pour revenir auprès de ses proches.

Il émergea lorsqu'un couloir apparut soudainement à mi-chemin entre le premier étage et le hall. Rogue surgit, jetant un regard en bas avant de le lever sur lui. Il glissa une main dans son sac et en extirpa… le journal intime de Jedusor ?! L'endroit se transforma, devenant une pièce circulaire sans escalier ni sortie, alors que Harry fixait le Horcruxe. De toute évidence, l'(ex ?)aspirant Mangemort tenait à ce qu'ils soient tranquilles.

− J'ai une dette envers toi pour m'avoir permis de retrouver Lily, mais je veux des explications, des réponses – ce truc empeste une forme de magie noire que je n'avais encore vue. Je veux aussi savoir qui tu es, ce que tu sais et ce que tu es.

− Tant de révélations… On va devenir aussi intimes que des amis, mais soit. Asseyons-nous, sors une plume et une bouteille d'encre et écris sur n'importe quelle page « Je m'appelle Severus Rogue ».

Intrigué, le passionné de magie noire s'exécuta dès qu'il fut assis. Il regarda avec un froncement de sourcils les mots s'effacer et la réponse arriver : Bonjour, je m'appelle Tom Jedusor. De son côté, Harry réfléchissait à toute vitesse. Il ne pouvait pas dire toute la vérité, rien que la vérité : il lui fallait donc trouver un scénario crédible afin de satisfaire la curiosité de Rogue et récupérer le carnet.

− Ca pense ?

− C'est un Horcruxe, un fragment d'âme de Lord Voldemort. Tu t'es sûrement déjà demandé pourquoi il avait cette apparence, non ? C'est parce qu'il a morcelé son âme et en a dissimulé plusieurs parties dans divers objets. Quand Lucius a introduit ce journal intime dans Poudlard, le Horcruxe était censé prendre possession de l'élève à qui il l'a remis pour rouvrir la Chambre des Secrets, mais les évènements ont fait que nous avons déménagé. Si tu n'avais pas récupéré ce cahier avant que l'élève ne soit consumé, Tom Jedusor serait revenu tel qu'il était à 16 abs. Tu as sauvé une vie, en somme.

− C'est donc pour ça que Bella et Lucius nous ont demandé de le retrouver au dernier tour du tournoi. Puisque nous ne sommes plus à Poudlard, le Seigneur des Ténèbres voulait le récupérer. Tu dis que la Chambre existe bel et bien ?

− Deuxième étage, les toilettes de Mimi Geignarde. Il faut savoir parler Fourchelang pour ouvrir le passage se trouvant sous un lavabo, mais seul Voldemort peut contrôler le Basilic qu'elle renferme.

Rogue le regarda d'un air incrédule.

− T'es sérieux… ?

− J'ai fait mes recherches, prétendit Harry, même si ce n'était pas totalement faux. Comme je l'ai indiqué dans le journal de l'école, l'Alliance m'a choisi pour lui trouver un allié de poids parmi les sorciers. Quand j'ai révélé à Dumbledore pourquoi j'étais à Poudlard, j'en ai profité pour lui poser des questions sur Voldemort. A partir de là, nous avons travaillé ensemble, avec le soutien de l'Alliance, à dénicher les Horcruxes. Tant que nous n'avons pas détruit tous les fragments d'âme de Voldemort, il sera en quelque sorte immortel.

Un demi-mensonge parfait, se félicita le Démon en regardant Rogue baisser à nouveau les yeux sur le journal.

− Dans trois ans, si tu es devenu un Mangemort, tu supplieras Voldemort de ne pas tuer Lily, mais il le fera. Et il tuera James, puis il perdra son corps en essayant d'assassiner leur fils. C'est toi qui l'auras mené sur leur piste.

− Qu'est-ce que tu racontes ?! Jamais je ne mettrai Lily en danger !

− C'est vrai, tout comme tu ne cesseras jamais de l'aimer, mais les choses ne se déroulent pas toujours comme on le voudrait. Tu entendras une prophétie annonçant un ennemi mortel de Voldemort, tu n'en entendras pas tout et il l'interprètera comme bon lui semble. Il aura le choix : le fils Londubat ou le fils Potter. Sais-tu pourquoi ton héros choisira le sang-mêlé ? Parce qu'il est comme toi. Un père Moldu, une mère sorcière.

Rogue le fixa.

− Que tu aies fait des recherches passe encore, mais comment peux-tu affirmer ce qui ne s'est pas produit ?

Harry l'observa à son tour.

− Tu te souviens de la Pierre qui ornait la broche de Lily, non ? Elle était en fait deux Pierres, encastrées l'une dans l'autre. La première a fait de moi un demi-démon et la seconde, un Démon. Je suis comme Anteras, mais je suis surtout le fils de Lathar, Démon du Temps. Il pouvait voir des milliers d'années au-delà de son époque. Il ne savait pas tout, mais il a vu l'ascension de Voldemort, il a vu l'arrivée d'Anteras, il a vu la chute du Lord noir et sa résurrection, treize ans plus tard. Il a certainement vu, également, que Dumbledore et toi trouverez un accord afin que tu l'assassines pour devenir le « chouchou » de ton maître. La question est : veux-tu réellement d'un tel avenir ?

Il avait conscience que la pilule était difficile à avaler. Il s'en était bien sorti, il avait esquivé le comment avait-il toutes ces informations sur le futur tel qu'il l'avait vécu dans son passé, mais il savait surtout qu'il avait frappé fort. Des Démons, des gens venus d'autres mondes, étaient des arguments indirects qui ne pouvaient que donner envie d'accepter les vérités les plus improbables – et ça, Harry le savait mieux que personne pour vivre trois ans avant sa propre naissance.

Rogue contemplait le journal intime. Il n'était pas totalement sûr de le croire sur parole, mais la seule idée que Lily puisse mourir surmontait son amertume la possibilité qu'elle puisse rester en coupe avec James. Il soupira et tendit le cahier.

− Finalement, on dirait que je n'aurais pas pu payer ma dette, déclara-t-il en laissant Harry se saisir du journal. Lily me l'a dit et redit de multiples fois, mais je n'entendais rien. Je n'aime pas Dumbledore, mais jamais je n'ai eu envie de le tuer. Je vomis l'existence de Potter, mais jamais je ne voudrais rendre Lily malheureuse. J'ai été le plus stupide dans cette histoire de fou. Et toi, pourtant, je t'entends…

− Je vais m'improviser grand sage à la Dumbledore ou à la Bresch, alors profite de m'entendre pour t'enfoncer mes paroles dans le crâne. Les sentiments, quels qu'ils soient, ont leur part d'ombre et de lumière. Ta colère vis-à-vis de James et de Sirius t'a fait proférer une insulte impardonnable envers Lily. Mon meilleur ami, quand j'ai été qualifié sans le vouloir à une compétition, m'a détesté et jalousé sans même essayer de m'écouter quand je le tannais pour qu'il comprenne que je ne m'étais jamais porté candidat. J'aime Lucretia, pas elle, mais nous avons une passion sincère l'un envers l'autre. Tout ça pour dire que les émotions sont à double tranchant. Beauchesne a changé, dernièrement. Il semble moins raciste, plus modéré. Pareil pour Avery. Wilkes, je ne sais pas, mais vous êtes encerclés par des poisons tels que Mulciber, Bellatrix ou Lucius. En parlant de Lucius, justement, cet abruti n'a pas conscience de ce qui arrivera à son fils le jour où il décevra Voldemort, mais c'est le propre des parents : ils font des gosses sans se demander ce qu'ils deviendront réellement. Ils pensent à coup sûr qu'ils seront beaux, talentueux et auront un merveilleux avenir, mais la réalité est souvent bien moins idyllique.

− Et inversement, dit Rogue, amer.

Harry ne répondit pas. Il savait très bien à quel point le père de son camarade était un homme violent.

− Bref, reprit-il en se levant. Considère que ta dette est payée. Un Horcruxe vaut bien plus que des révélations d'un Démon. Je compte sur toi pour préserver ton amitié avec Lily et montrer à quel camp tu appartiens quand le moment viendra… même si nous savons tous les deux lequel c'est. Je te fais confiance pour garder secret tout ce que j'ai dit.

− Tu peux.

Ils se séparèrent, les pierres s'écartant pour leur ouvrir des chemins vers leurs destinations respectives. Rogue descendit un escalier, mais Harry suivit, quant à lui, un sol plat qui l'amena jusqu'à la statue d'Ulidobian gardant l'accès au bureau directorial.

− Monsieur ?

La sculpture s'ouvrit aussitôt en deux pour libérer le passage et Harry entra. Dumbledore regardait Fumseck le phénix s'emplumer tout en grignotant des herbofeu, les friandises que l'oisillon, qui s'était visiblement consumé récemment, adorait.

− Pas de fiancée, pas d'ami, pas de fille à proximité et encore moins d'éclair… J'en déduis que l'hypothèse de Leo était correcte. Tout comme j'en déduis que vous ne venez pas pour le cours avec Gavile ?

− En effet, monsieur, dit Harry en tirant le journal intime de Jedusor de son sac. Rogue me l'a donné. J'ai dû le mettre dans la confidence sur ma nature, sur les Horcruxes et lui mentir sur certaines autres choses, mais il est de notre côté. Je pense aussi qu'Avery et Beauchesne pourraient revoir leurs priorités… Ah, c'est ça que j'ai oublié de demander à Rogue ! Quelque chose a changé en eux.

Dumbledore sourit en s'asseyant derrière son bureau et fit apparaître une chaise pour le Serpentard, qui s'assit à son tour et posa le Horcruxe sur une pile de parchemins. Le directeur sortit deux gobelets et une bouteille assez impressionnante d'hydromel.

− Il n'est pas dans mon habitude de violer l'intimité des gens, dit-il en remplissant les verres, mais je vais vous faire part de ce que je sais. Mr Avery est éperdument amoureux d'Aurelia. Cela doit faire deux ou trois ans. Je ne sais même pas comment c'est arrivé, mais du jour au lendemain, il est tombé sous son charme. Mr Beauchesne a, lui aussi, succombé à l'appel de l'amour durant le cours combiné de Lorca et d'Aurélien. Miss Barnes semble lui faire plus d'effet qu'il ne veut bien le reconnaître.

Un détail lui revint soudainement en mémoire.

− Il avait menti… dit Harry. Quand Voldemort cherchait à obtenir la prophétie, Avery avait menti. J'avais cru qu'il s'était trompé, mais peut-être est-ce moi qui étais dans l'erreur.

− La dévotion est une chose, l'amour en est une autre. Vous connaissez Aurelia mieux que moi. Il est probable qu'au fil des années, tout comme Severus, Caleb ait compris qu'il prenait le mauvais chemin. Mais les choses se sont accélérées parce qu'un évènement inattendu, qui ne s'était pas produit dans votre ancienne vie, lui a fait voir où était son erreur.

− Lequel ?

− Votre couple.

Harry plissa le front et renonça à boire une gorgée d'hydromel.

− Je ne comprends pas.

− Lucretia était l'inaccessibilité incarnée. Ses parents rejetaient toutes les offres faites par les autres familles. Il n'a fallu que quelques mois pour que tout cela change. Vous vous êtes fiancés, vous avez adopté Draya et même si elle ne vous aime pas, Lucretia n'a pas hésité à emménager dans votre chambre. Caleb est persuadé qu'Aurelia est la femme de sa vie, alors quand il vous regarde, il pense probablement qu'il n'est pas impossible qu'il puisse la séduire un jour. Sans en avoir conscience, il trouve l'espoir en vous. Même chose pour Clément, bien qu'il soit plus inspiré par Leo et Alexa. Le fait que notre Dieu de la Mort cède aux avances de la Reine doit avoir eu à peu près le même impact.

− Dans ce cas, vendons-leur du rêve.

Il vida son gobelet et se leva, mais au moment où il amorça un pas vers la sortie, il se ravisa.

− Monsieur, est-ce que vous pourriez venir au mariage ?

Dumbledore sourit à nouveau.

− Horace, Minerva, Aurora, Hagrid, Aurélien et moi sommes déjà invités. Il faut dire que nous n'avons pas eu le choix : défier l'autorité de Dorcas et d'Astrea quand elles sont ensemble serait du suicide. Lucretia tient, selon toute vraisemblance, à ce que votre mariage réunisse vos deux vies. Il me semble qu'elle a même invité Arthur et Molly, mais je ne suis pas sûr que cette dernière puisse venir.

− Fred et George doivent naître le 1er avril… Ca fait un peu court, en effet. Merci pour le verre, monsieur. J'ai deux… Non, trois camarades à inviter pour le mariage.