Le nouveau tour du tournoi ne réserva aucune surprise, sinon celle que Harry avait eu le plus grand mal à venir à bout de Clara Stones, l'épatante quatrième année de Poufsouffle. Si elle avait mal démarré la compétition pour finalement finir troisième de son groupe, son repêchage lui avait tout de même permis de vaincre successivement Larissa Yenes puis une sixième année de Serpentard. Le mois prochain annonçait déjà des affrontements chocs : Leo, passé en coup de vent sans même prendre le temps de saluer ses amis, retrouverait James, convaincu d'être déjà éliminé. Un état d'esprit partagé par Cassie en raison de son adversaire : Leonie, victorieuse face à Sirius, et qui avait jubilé toute la matinée. Les plus gros duels, les plus incertains demeuraient les trois derniers : Lily face à Lucretia, Ana contre Alexa et Harry croisant sa baguette avec celle de Rogue. Les paris étaient déjà lancés et le grand gagnant remporterait une sacrée somme si son pronostic s'avérait exact, disait la rumeur.
Cependant, il restait une inconnue : pourquoi les éclairs n'étaient-ils pas apparus ? Même en s'éloignant de ses amis, ils ne s'étaient pas manifestés. Ils s'interrogeaient tous à ce sujet. Peter, optimiste, avait émis la théorie que le Démon avait miraculeusement fusionné ses magies, mais c'était peu probable. Plus pragmatique, Lily avançait une intervention extérieure, notamment en raison de la dernière facétie de Leo. Mais au final, ils n'avaient pas la plus petite explication.
Mais ce mystère ne fut rien, comparé à celui devant lequel il se retrouvait actuellement. Une gigantesque pièce s'étendait tout autour de lui, son sol de marbre noir veiné de blanc étincelant à la lueur d'un lustre monumental et d'or dont les cristaux brillaient comme des lampes. Il n'y avait rien, sinon deux immenses portes d'airain gravées d'une multitude de symboles démoniaques de la taille d'un point. Dans le mur circulaire, de multiples cheminées abritaient des feux de diverses couleurs, mais dans l'espace, il n'y avait strictement rien. Aucun meuble ni même un grain de poussière. Et pourtant… Pourtant, il avait l'impression d'être déjà venu ici. Pourquoi ? Comment ? Il se souvenait d'avoir couché Draya, embrassé Lucretia qui était trop fatiguée pour s'adonner à des câlins puis… il s'était endormi, non ?
− Pourquoi se pose-t-on des questions ?
Harry sursauta et fit volte-face pour faire face à… Dumbledore ?! Il avait reconnu sa voix, mais il n'aurait pas imaginé une seule seconde qu'il puisse le rejoindre ici, mais s'il ignorait toujours où il était.
− Comment êtes-vous… ?
− Grâce à Lorca, répondit le directeur. C'est très irrespectueux de notre part, mais il est primordial que la Voie se fasse pendant que vous dormez. Afin que vous ne paniquiez pas au dernier moment, juste au cas où, Leo s'est offert le droit de droguer votre repas pour que vous vous plongiez dans un sommeil suffisamment lourd pour que nous puissions entrer dans votre chambre sans vous réveiller. Ne vous en faîtes pas, nous avons attendu que Tara ait transporté Lucretia dans la chambre de Draya pour ne pas violer davantage votre vie privée.
− Donc… Je suis dans mon esprit ? Ca ne ressemble pas du tout à mon âme…
− C'est exact. L'esprit et l'âme, bien que complémentaires, sont deux entités différentes : la première est liée à votre corps, la seconde à votre existence même. Autrement dit, l'esprit perçoit et l'âme résonne. C'est lui qui est à l'origine de nos sensations d'être observé, aimé, détesté, et c'est elle qui nous guide vers les personnes avec qui nous pourrions fréquenter.
Le Serpentard n'était pas sûr de tout bien comprendre, mais il avait saisi l'essentiel : il y avait deux mondes en chacun et chacune.
− Maintenant que vous savez tout, je me répète : pourquoi se pose-t-on des questions ? Je ne fais pas référence à un devoir de métamorphose ou de culture générale, je parle de s'interroger sur soi-même.
− Parce que… parce qu'on doute ?
− Tout à fait. Je crois que Midori vous l'a déjà dit, non ? Comment peut-on affirme être soi si on ne se connaît pas ? Inconsciemment, une partie de vous craint votre pouvoir démoniaque parce qu'elle ne sait pas de quoi il est capable, ce qui provoque une perturbation dans la relation entre vos magies. Depuis que Filius a suggéré son idée de vous faire parcourir la Voie, j'ai récolté quelques témoignages pour que vous l'appréhendiez au mieux. Si j'en crois ce que je vois, toutes les cheminées sont des aspects de votre personnalité que vous connaissez, mais il y en a encore une à découvrir.
Harry porta son regard vers les portes d'airain.
− Comment suis-je censé faire, monsieur ?
− C'est là tout le problème : l'esprit n'appartient qu'à son propriétaire, donc les méthodes varient. Si jamais un problème venait à survenir, Ady pourrait peut-être vous ramener en un seul morceau. Elle surveille votre état de santé spirituelle, mais il y a un danger qu'elle ne puisse pas intervenir à temps. Ethan, faites-vous confiance, il ne me paraît pas possible qu'un jeune homme aussi intelligent que vous puisse perdre contre lui-même.
− Merci. J'ai une dernière question : pourquoi mes foudres ont-elles disparu ? Est-ce que Lorca ou l'Alliance a une idée ?
− En réalité, Ady a profité de la nuit dernière pour s'introduire dans votre appartement afin de créer une boucle continue au point de convergence de votre esprit et de celui de Lucretia. Elle a inséré cette boucle dans le vôtre si bien que, même sans que vous ne le réalisiez, une partie de votre subconscient était persuadé que Lucretia était à côté de vous. Ce sont elle et Draya, plus que n'importe qui d'autre, qui vous stabilisent.
− Je vois… Les peuples de Mirvira ne cesseront jamais de m'impressionner.
− Et moi donc ! Bien, je vous laisse. Faites de votre mieux, Ethan.
− J'y compte bien.
Dumbledore se volatilisa, comme s'il n'avait été qu'une illusion. Et maintenant ? se demanda Harry. Devait-il crier, imaginer, attendre ? Merlin qu'il avait horreur de ces situations où il ne savait pas quoi faire ! Au hasard, il s'avança jusqu'aux portes. Il était impossible qu'il puisse les ouvrir à mains nues, elles devaient peser une tonne, mais ça ne coûtait rien d'analyser les symboles démoniaques pour essayer de deviner plus ou moins ce qu'ils lui disaient. Le problème demeurait toujours le même : réaliser une interprétation correcte.
Quand il se retrouva devant le double panneau, il remarqua que la plupart des syllabes lui étaient familières. Et il en ressentit un certain soulagement. Avec un peu de chance, il saurait tout traduire. Tout en s'attelant à la tâche avec bon espoir, il se retournait régulièrement. Le professeur Flitwick avait parlé d'affronter ses démons, mais il n'y avait toujours personne. Pourquoi ? Etaient-ils tous contenus derrière le portail ? Si c'était le cas, il allait être acculé : entre Voldemort, les Mangemorts, Anteras, les Détraqueurs, les cadavres de son entourage, etc., il aurait intérêt à réagir très vite, même s'il n'avait pas la moindre idée de comment il y parviendrait sans sa baguette.
Les minutes s'égrenaient – ou pas, il ne savait rien du fil du temps d'un esprit –, mais il commençait à avoir un aperçu du texte. Il dut revenir en arrière à plusieurs reprises, se creuser les méninges sur les signes inconnus et le sens de certaines phrases, puis recommencer tout depuis le début une bonne dizaine de fois, mais il réussit quand même. Tout du moins, il l'espérait.
− Ce sont des lois… murmura-t-il.
Mais il en manquait une. Il le pressentait, elles n'étaient pas toutes là. Il les lut et les relut encore et encore afin d'identifier l'absente : « Ne juge pas ce que tu n'as jamais cherché à comprendre. Ne crains pas qui tu es si tu as confiance en toi. Ne tremble pas face à l'adversité, affronte-la. Chéris les personnes qui t'entourent seulement si elles ont prouvé leur loyauté. Répare les conséquences de tes actes si tu es fautif, pardonne celles des autres si celles-ci sont avérées et ne pardonne que ceux qui ont l'humilité de s'excuser. Regarde toujours devant toi, ne te retourne que lorsque le passé te fera avancer vers l'avenir. »
− Et aime ta famille ? suggéra-t-il.
Aucune réaction.
− Quelle naïveté.
Il se retourna, surpris par sa propre voix alors qu'il n'avait plus ouvert la bouche, mais il le fut encore plus dès qu'il posa les yeux sur… lui-même, mais dans sa version démoniaque, l'autre Harry le regardant avec ses grands yeux entièrement rouges aux iris étoilés. Il se dégageait de lui une confiance totale, ses traits arrogants donnaient même l'impression d'être plus prononcés.
− En quoi est-ce naïf ? J'aime ma fami…
− Et tu aimes bien des gens qui n'en font pas partie. Dumbledore, les Weasley que tu n'as pas rencontrés, Ron, Ginny, Hermione, Neville, Luna et j'en passe alors qu'ils ne sont même pas nés et ne naîtront peut-être jamais si nous ne remportons pas la guerre. Tu sais comme moi que nous sommes coincés entre Harry et Ethan, mais n'as-tu pas déjà fait tout ce que tu pouvais pour t'adapter à cette nouvelle existence ? L'Alliance et Dumbledore sont au courant pour les Horcruxes, tu as irrité Voldemort pour attirer son attention, tu as reconstruit ta vie d'une bien meilleure façon que la précédente...
Le Serpentard fronça les sourcils, intrigué
− Tu n'es pas le moi actuel, n'est-ce pas ? Ta façon de parler est différente.
Son alter ego sourit et leva une main, paume vers le plafond, pour y faire apparaître une sphère d'éclairs rouge et or parfaitement stable qu'il fit disparaître très facilement en l'écrasant entre ses doigts.
− Je suis le Démon, tu es le sorcier, c'est aussi simple que cela, dit-il. J'ai les connaissances de papa, toutes les connaissances se trouvant dans un coin de ton esprit auquel tu n'as pas encore accédé. L'idée de la Voie était une bonne initiative, mais Flitwick a omis un détail important : tu te connais déjà. Ce qui complique quelque peu ton voyage, car tu n'as rien ni personne à affronter pour t'éclairer vers la destination que tu souhaites rejoindre. C'est face à l'adversité que l'on apprend à se connaître, et nous le savons tous les deux. La différence entre nous, c'est que moi, je sais quelle est l'essence même de mon existence.
− Et comme je n'ai pas de baguette, un combat contre toi serait futile…
Harry jeta un regard par-dessus son épaule, sur les portes. L'essence même de son existence, hein ? Il relut une nouvelle fois les lois gravées dans le tableau. A côté de quoi passait-il ? Il l'avait sur le bout de la langue, mais il n'arrivait pas à le formuler, à l'identifier. C'était comme mener une enquête en connaissant la réponse, mais sans parvenir à l'exprimer. Il était assez contrariant de savoir que la réponse se trouvait devant lui, mais il fallait qu'il trouve la réponse par lui-même : sa forme démonisée, de toute façon, ne lui aurait pas mâché le travail.
La dernière loi était forcément quelque chose le caractérisant. Il devait y avoir un indice parmi les autres, mais lequel ? Que lui inspiraient-elles ? Forcément, une totale familiarité, puisqu'elles étaient lui. Il sentait Ethan fixer son dos avec amusement, attendant avec patience qu'il craque ou trouve la solution, mais il s'efforça de ne pas y prêter attention pour rester concentré sur ses réflexions. Ce que c'était pénible ! pesta-t-il.
Une idée germa soudainement dans son esprit.
− Rester moi-même ? proposa-t-il.
− Comment pourrais-tu être quelqu'un d'autre que toi-même ? Les gens évoluent et peuvent se mentir, mais ils n'en demeurent pas moins eux-mêmes. Le plus dur, c'est de ne pas se voiler la face sur nos convictions. Regarde Drago : petit emmerdeur pétant plus haut que son cul, persuadé de pouvoir devenir un grand Mangemort, d'avoir une haine infaillible envers les nés-Moldus, mais qui n'a jamais été capable d'assassiner Dumbledore malgré ses prétendus principes. Les exemples ne manquent pas : Ron pendant le Tournoi des Trois Sorciers, Rogue quand il a découvert que Lily était prise pour cible, même Tara et les autres qui ont appris à se connaître et forment dès à présent ta famille. Tu l'as toi-même compris : Avery avait menti à Voldemort au sujet de la prophétie…
− C'est ça ! s'exclama Harry.
Il reporta précipitamment son attention sur les portes.
− Protège ce que tu dois protéger.
Des points lumineux apparurent tout en bas de la liste, formant une nouvelle phrase. Il voulut remercier Ethan, mais celui-ci s'était volatilisé. Prêt à bondir en arrière, juste au cas où malgré l'affirmation de son double, il vit le dernier symbole s'inscrire sur les panneaux, qui émirent un déclic sonore et commencèrent à pivoter. Nul feu de bois, nul adversaire : juste une pièce aux dimensions pharaoniques comportant une multitude de bibliothèques et tout autant d'allées. Au milieu de l'artère centrale, une grande flamme humanoïde, d'un vert émeraude étincelant et dont les yeux dorés avaient la forme d'une étoile à six branches venait déjà à sa rencontre.
− Papa ?
− Qui d'autre veux-tu que ce soit ? répondit la forme. Entre, je ne peux pas sortir de cet endroit.
− Pourquoi ? Pourquoi tu as cette apparence, d'ailleurs ?
− Un esprit fonctionne comme une âme ou une magie : il a les réseaux qui l'alimentent. Repense à ce que Leo t'a dit sur une entreprise. Les cheminées que tu as vues sont tes sentiments : si tu as peur, le feu la représentant se verra attisé et grandira. C'est pareil pour tous les autres. Si j'ai cette apparence, c'est parce que j'avais relié mon savoir aux Pierres afin qu'elles l'absorbent le jour de ma mort. Si je sors d'ici, toutes mes connaissances te seront inaccessibles et je disparaitrais totalement de toi. Tu resteras un Démon, mais il te faudra alors que tu te tracasses la tête pour faire évoluer ton pouvoir.
Harry hocha la tête, bluffé. Lathar avait vraiment pensé à tout.
− Donc, j'ai accès à tout ton savoir ? s'enquit-il en le suivant le long de la rangée centrale.
− Seulement si tu l'apprends, mais ça, seul Midori peut le faire. Plus tu en sauras sur notre magie, plus tu seras en mesure de consulter les archives transmises par la deuxième Pierre. Mais n'oublie jamais : ne prononce pas le moindre mot à voix haute ou dans un murmure. Non seulement tu risquerais de blesser tes proches, mais Anteras est un guerrier aguerri et il est fort possible que l'inactivité des Lames du Chaos soit due à leur apprentissage des bases de la langue démoniaque. Si tu prononces des syllabes, ils sauront se protéger. Tiens, tourne à droite.
Il faillit se faire surprendre, mais bifurqua dans une allée. Lathar s'envola pour rejoindre l'une des plus hautes étagères et en retirer un mince livret, puis il redescendit légèrement et attrapa un autre bouquin, tout aussi mince, avant de revenir auprès de son fils.
− J'avais inséré deux livres physiques dans la deuxième Pierre, indiqua-t-il. Quelqu'un devrait pouvoir réussir à les extraire de ton esprit pour les matérialiser. Nabiyo, que tu as utilisé pour sauver les invités de Lucretia, et le transplanage à la mode démoniaque. Il est capital que tu commences par ces deux-là en premier, surtout face à ce trou du cul de Midori quand ton entraînement commencera.
Harry prit les deux ouvrages.
− J'ai lancé un sortilège non formulé avec ma magie démoniaque contre Leo.
− Ah ? s'étonna la flamme anthropomorphe. Je n'avais rien vu de tel. Que s'est-il passé ?
Il lui raconta toute la scène survenue durant le cours spécial de Lorca et du professeur Bresch. Lathar demeura silencieux pendant quelques secondes.
− Je vois. Midori a donc créé des dimensions dans la dimension réelle, ce qui expliquerait que je n'ai jamais su et vu ce qu'il se passait au troisième étage de Lavorsy. Quant à l'explosion, elle est indubitablement due à la très mauvaise plaisanterie de Leo. Il faut se méfier des sentiments et de l'impact qu'ils peuvent avoir sur toi tant que tu ne contrôleras pas totalement ton pouvoir. A présent, un tel incident ne devrait plus se reproduire, mais on n'a aucune garantie. Je suis mort avant de détailler ton existence à cette époque.
− Les visions aléatoires ?
− Oui.
Ils revinrent dans l'allée principale et se dirigèrent vers les portes.
− Ethan, tu vas devoir me rendre un service, déclara Lathar. Trouve quelle est la nature de Leo et de Firagan, il y a quelque chose qui cloche. A moins d'être dans un certain périmètre avec toute votre fratrie, je n'ai jamais été en mesure de l'apercevoir, comme si quelque chose bloquait ma vue. Sa magie de la Mort, notamment, me paraît étrangement familière tout en m'étant inconnue. Si je ne me trompe pas, il est métissé. Quant à son acolyte, il est impossible qu'il soit encore vivant.
Harry haussa les sourcils.
− Tu sais ce qu'est Firagan ?
− Non, c'est pour ça que je te demande cette faveur, mais j'ai eu à peine le temps d'avoir des soupçons que les humains m'assassinaient.
− A quoi penses-tu ? Draya a parlé de quelque chose de « céleste ».
− C'est justement ce qui me laisse perplexe. Cette dénomination n'a été portée que par un seul peuple : l'ange. Pas celui des religions moldues, il s'agissait en réalité d'un démon du même genre que Mashiro, lié à la nature et à son environnement. Sauf qu'ils ont été décimés il y a quinze milliers d'années. Bien avant que je ne rencontre ta mère ou même Byr, j'ai cherché des survivants partout en Alterion, en vain. Les démons mineurs ne survivent qu'à deux conditions, exactement comme les nymphes : si leur environnement est détruit ou s'ils lient leur vie à une autre personne. Lydia est morte parce que son arbre a été abattu, mais Firagan… Avec la pollution et tous les cataclysmes environnementaux qui se sont produits, il ne devrait pas être encore en vie. Mais le plus troublant…
− C'est qu'il a signé un contrat avec quelqu'un né quinze mille ans plus tard, acheva Harry. Mashiro habite un lac qui semble ne jamais avoir trouvé, donc ça peut se comprendre. Firagan, s'il est un démon céleste, ne devrait pas avoir eu cette chance.
− Tout à fait. Vas-y, maintenant, Albus, Aurélien et Lorca ne tiendront plus longtemps. La Voie draine la force de ceux qui la produisent.
Harry eut un regard désabusé : ils auraient quand même pu le prévenir !
− OK. Papa, merci.
− Remercie-moi en m'offrant des petits-enfants.
Il y comptait bien, pensa-t-il en franchissant les portes. Et même s'il n'en voulait pas, Lucretia ne laisserait pas son refus la gêner dans son objectif. Observant une dernière fois la grande flamme vert émeraude, il se résigna et franchit les portes, puis tout disparut.
A travers l'obscurité, il entendit des halètements, des paroles sévères et inintelligibles, mais il sentait surtout la douceur d'une main familière qui traversait son pyjama pour atteindre sa peau, d'un soulagement fatigué flottant dans l'air, mêlé à une consternation et un agacement alors que Madame Pomfresh, irritée, travaillait à redonner à la Nehoryn, au directeur et au professeur Flitwick toute leur énergie à grand renfort de potions. Il percevait aussi une forte concentration venant d'Ady, ainsi qu'une démangeaison au niveau de la tempe alors que la Sedulan lui extirpait de l'esprit les livres donnés par Lathar.
Le frémissement s'accentua, puis disparut. Il put enfin ouvrir les yeux, comme libéré. Lucretia était assise tout près de lui, caressant sa poitrine comme pour l'encourager, le soulager. Madame Pomfresh, tendant un gobelet à Dumbledore, pâle et transpirant, l'aidait à se maintenir debout le temps que la potion fasse effet. Lorca, solide et plus puissante, en faisait de même avec le professeur Flitwick. Draya, accaparée par son exercice de calligraphie, était couchée au pied du lit, tandis qu'Ady… Ady ? ADY ?!
Incrédule, Harry regarda la petite fille qui se trouvait à son chevet en tenant les deux livres transmis par Lathar et dont le visage se fendait d'un large sourire. Elle avait de longs cheveux coiffés de multiples tresses et de beaux yeux bleu saphir. Elle portait une tenue un peu étrange : une sorte de toge blanche tombant jusqu'à ses genoux et qui masquait en partie un pantalon noir disparaissant dans de hautes bottes décorées de fleurs. Elle devait avoir à peine sept ou huit ans.
− J'ai ! annonça-t-elle d'un ton pompeux et victorieux.
− Comment que tu es super grave trop forte, Dydy' ! s'émerveilla la Shadrian. Ah, papa ! Okaeri !
Elle lui sauta dessus, abandonnant son pinceau dans l'encre. Il l'attrapa au vol pour ralentir sa chute avant que la fillette ne lui coupe le souffle.
− Tadaïma, mon cœur, dit-il.
− Chérie, va montrer la collection de peluches de Ninie à Ady, ordonna Lucretia. Papa a besoin de temps pour se remettre complètement. Professeurs, vous allez bien ?
Les deux fillettes se volatilisèrent, alors que le minuscule sorcier paraissait se rétablir complètement.
− C'était plus dur que je ne m'y attendais, avoua le maître des sortilèges, mais ça va. Les Démons drainent une énergie impressionnante… Si j'avais su, j'aurais laissé Aurélien s'en charger à ma place. Merci Lorca, Pompom, pour votre assistance. Potter, comment vous sentez-vous ?
− Bien. Etrangement bien, en fait, avoua Harry en se redressant.
Il lança un regard vers la fenêtre. La nuit avait cédé sa place au jour, le soleil se révélant plutôt haut, brillant et chaud. Mais c'était autre chose qui l'occupait : il les sentait tous. Il n'avait qu'à être en contact avec son lit pour percevoir toutes les émotions de Lavorsy : le professeur Bresch donnant ses conseils aux élèves participant à ses cours de club de duel, Berenis et Nadège taquinant Tara sur une lettre reçue fraîchement par le Mage rencontré le soir des festivités remerciant l'Alliance pour la construction – et la finition – de Lavorsy, Remus travaillant sur le devoir de botanique, Peter triant ses friandises pour garder les meilleures pour la fin, James regardant, résigné, sa chère et tendre se promener dans le parc avec Rogue, qui s'efforçait de masquer son bonheur de se retrouver seul avec elle, Leonie qui espérait qu'il y aurait des cuisses de poulet au paprika pour le déjeuner, Aurelia qui riait de la posture de Nala qui s'était ratée dans une galipette en jouant avec une balle en plastique hérissée, Mary qui ne parvenait pas à se décider sur une nouvelle robe, etc.
Ses pouvoirs étaient revenus… Non, ils s'étaient étendus. Il pouvait presque voir et entendre ce que les autres voyaient et entendaient. C'était comme si leurs sentiments s'amplifiaient à mesure qu'ils l'atteignaient, au point de former des images dans son esprit. Tout comme Ash consultait une dernière fois son article à publier en une de La Gazette du Sanglier Lavorsien, Harry savait qu'Ana jouait aux échecs avec Joanna Muller, que Berenis ne cessait de se demander s'il n'était pas trop tôt pour suggérer à son petit ami de passer à l'étape supérieure ou bien que Madame Pomfresh s'agaçait des risques téméraires de ses collègues comme de son patient.
Harry amorça un geste pour lever une main, mais il y renonça aussitôt. Son père l'avait prévenu : il était mieux d'attendre qu'il apprenne à contrôler son pouvoir avant de s'y essayer.
− Filius, vous devriez aller vous coucher, dit Dumbledore. Nous n'avons pas dormi de la nuit et cela fait treize heures que nous travaillons à la Voie.
− Bien.
− Professeur, merci, lança Harry.
− C'est tout naturel, assura le maître des sortilèges avant de refermer la porte.
− Pompom, vous devriez y aller aussi. Il semblerait qu'Ethan ait parfaitement réussi. Pourriez-vous réserver un philtre de Sommeil de Plomb pour cette nuit ?
− Je n'en ai plus, mais Horace doit en avoir en réserve. Je vais vérifier.
− Faites, s'il vous plaît.
Et l'infirmière quitta à son tour l'appartement.
− Qu'avez-vous vu ? interrogea Lorca. Lathar ?
Harry leur rapporta sa rencontre d'avec son père et les révélations de celui-ci sur Leo et ses soupçons à propos de Firagan. Il avait espéré que Dumbledore aurait une réaction, lui qui en savait plus que Lorca sur l'Histoire de la Magie d'Alterion, mais il n'afficha qu'une franche perplexité.
− Vous n'en avez jamais entendu parler, affirma Lucretia.
− Les archives sur le monde magique ne remontent pas aussi loin et Mashiro s'est avérée beaucoup trop jeune pour avoir déjà rencontré un démon céleste. Je vais bousculer l'espièglerie et la patience d'Aurélien pour qu'il m'en dise plus sur Firagan, car s'il peut présenter un atout pour nous, il faut que nous sachions lequel.
Harry et Lorca tournèrent subitement la tête, percevant une sensation que le Serpentard ne connaissait pas. Leo apparut, toujours emporté dans son délire de samouraï.
− Ah ? s'étonna-t-il. J'ai réussi, de gozaru. Yaaaaah, ça n'aura vraiment pas été facile !
− Tu sais que tu pourrais au moins faire l'effort de transplaner devant la porte et frapper… dit Harry, blasé.
Le Gryffondor cilla.
− Je savais bien que j'avais oublié quelque chose, de gozaru. Mais passons. Nous avons enfin réussi à régler le problème du comment décontaminer les contaminés contaminés par les contaminants. Ca me fait mal au cul qu'il ait eu sa revanche, mais Midori a trouvé une solution. Joli pyjama, Chouchou.
− Merci…
− Dites-nous tout, Leo, l'invita Dumbledore.
− Sir, yes sir ! Quand il a été question de savoir comment nous allions distribuer la potion, j'ai fait tout un tas de voyages à travers tout le pays pour localiser les entres traitements des eaux. Je menais à la marque, de gozaru. Mais il y avait un problème : la potion n'était pas faite pour être diluée. Et c'est là que ce trou du cul de Midori a trouvé une astuce : il l'a fragmentée en gouttes, les a rendues invisibles puis protégées avec des sortilèges d'air et voilà qu'il marquait à son tour. Match nul, mais je gagnerai la prochaine fois. Bon, dernier petit problème, faut-il encore s'assurer que les contaminés boivent de l'eau au moins une fois par jour.
Lorca eut un imperceptible froncement de sourcils.
− Les sorciers ne peuvent-ils pas produire de l'eau ? Aguamenti, par exemple.
− Non, répondit le directeur. La nourriture comme l'eau échappent à la métamorphose élémentaire, car ce sont des choses que la magie ne peut deviner. Pour faire apparaître un plat ou l'eau, il faut savoir où elle peut trouver ces deux éléments. C'est la raison pour laquelle Poudlard, Lavorsy et les maisons sorcières ont des cuisines. Dès que les sorciers emménagent dans une région, le ministère leur envoie la position du centre de traitement le plus proche. Ethan a reçu un prospectus à ce sujet quand il s'est installé à Godric's Hollow.
− Vraiment ? J'avoue que je n'ai pas tout lu, je carbure au jus de citrouille…
Lucretia soupira.
− Il va falloir que je te prenne en main, toi.
Dumbledore gloussa puis se tourna vers la Nehoryn.
− Peut-être devriez-vous aller vous reposer, vous aussi. Vous avez dépensé beaucoup plus d'énergie que Filius et moi. La potion de Pompom ne dure qu'une heure.
− Je vois. Je vais faire ça. Ethan, lisez ces deux livres le plus rapidement possible, puis nous passerons à votre entraînement.
− Compris.
Elle transplana dans l'éternel panache de fumée noire.
− Je devrais peut-être en faire de même, poursuivit le directeur. Lucretia, surveillez l'état d'Ethan et prévenez-moi si jamais il a un comportement bizarre ou des douleurs. Nous n'en savons pas assez sur la Voie pour en être assuré, mais certains aventuriers spirituels s'en étant sortis avaient été victimes d'effets secondaires. Etant donné votre nature, Ethan, je n'ose imaginer ce qui pourrait se produire si vous en subissiez.
− Je l'ai à l'œil, promit la belle blonde.
− Bon bah, je vais aller me faire harceler par Alexa, de gozaru, dit Leo. Mata ne !
Il disparut, tandis que Dumbledore quittait la chambre pour laisser le couple en tête-à-tête. Lucretia roula sur le Démon dès que la porte fut refermée et déposa un délicat baiser sur ses lèvres.
− Pourquoi personne n'a demandé à Leo ce qu'était Firagan, à ton avis ?
− Tu sais comment il est. Il nous aurait sorti qu'il s'agissait d'une part de flan ailé, une citrouille humaine, etc. Et puis, s'il ne nous l'a toujours pas présenté, il faut respecter son choix… quoique, si ça se trouve, il a oublié de le faire, tout simplement, mais essaie de te renseigner auprès d'Alexa quand même.
− J'y comptais, mais il y a quelque chose de plus important dont il faut que nous parlions : notre petit ange. Tu seras chez toi pendant les vacances, je serai chez moi pour régler les derniers détails du mariage, alors comment fera-t-on ? Une garde alternée ? J'ai pensé que, puisque mon fiancé ne serait pas là pour passer la nuit avec moi, je pourrais la récupérer le soir et une partie de la matinée.
L'idée était bonne, mais il la désapprouvait.
− Laissons-la choisir. Je vais engloutir ces bouquins pour que mon entraînement commence, alors il me faudra me concentrer. Et puis, je suis sûr qu'elle voudra participer aux préparatifs, elle aussi.
Lucretia tourna son regard vers les deux livres et tendit la main pour les attraper et en observer la couverture.
− C'est écrit en démoniaque… Tu vas t'en sortir rapidement ?
− De plus en plus. J'ai perdu un temps fou à ouvrir les portes de la bibliothèque, mais quand je regarde ce qu'il y a d'écrit sur les couvertures, j'ai l'impression d'être étonnamment à l'aise. Un peu comme si mon cerveau était optimisé avec ma langue paternelle dans sa compréhension. Peut-être qu'en accédant à la dernière partie de mon esprit, j'ai amélioré toutes mes facultés. J'ai entendu Leo arriver alors que j'en étais incapable avec les Mages, je perçois beaucoup plus précisément les émotions et ce qu'elles observent.
La riche héritière eut toutes les peines du monde à dissimuler un sourire. Il s'en amusa.
− On saura ce soir si ces capacités-là ont aussi été améliorées, obsédée.
