Nabiyo est comme ce que les humains appellent « une épée » : son plat protège, sa lame tranche. Si quelqu'un avait le malheur de se trouver au-dessus, en-dessous, à gauche ou à droite de son axe d'extension, il serait plus que probablement coupé en deux ou perdrait le membre touché. Tu dois apprendre à calculer les distances pour ne pas causer de dégât à l'architecture, tu dois apprendre à réagir rapidement avec les personnes autour de toi pour ne pas les blesser, mais plus que tout : tu dois avoir foi en ton bouclier. Anteras possède des pouvoirs qui le briseront sans mal si tu n'y mets pas tout ton cœur.

C'était ainsi que le livre sur le Bouclier de Vie entamait son contenu. Malgré les propos tenus par Harry sur ce sentiment de compréhension du démoniaque, il lui fallut près d'une semaine et demie pour traduire trois des cinq chapitres du manuel, mais il s'habituait. En réalité, il progressait grâce à Lucretia : pédagogue et intelligente, elle avait accéléré sa propre étude du parlé paternel pour l'utiliser et le contraindre à répondre en anglais sans avoir à réfléchir. Elle notait les phrases, les mémorisait et les utilisait le lendemain. Draya aidait aussi, répétant quelques expressions utilisées par Midori quand elle était sa partenaire, mais il apparut qu'elles allaient de « Fais chier » à « Quelle tête de con » en passant par « Joli petit cul ». Sans surprise, la richissime héritière s'était indignée qu'un tel vocabulaire sorte de la bouche de sa fille, oubliant momentanément qu'elle-même prononçait des injures en la présence de la Shadrian.

Deux semaines après la Voie, Harry était de retour chez lui. Comme il s'y attendait, Draya avait préféré suivre Lucretia chez les Mogg pour revoir ses grands-parents et participer aux préparatifs du mariage, mais chaque soir, chaque matin, elle venait réclamer son câlin et lui raconter ses journées ou manger avec lui, emmenant avec elle des photos de son séjour pour garnir un album que sa mère avait commencé.

Si la première journée du Démon fut consacrée au ménage et au jardinage, les deux jours suivants portèrent sur son entraînement, mais il progressa à peine. Son Nabiyo était à peine plus étendu que la main qu'il brandissait. Il avait beau essayer autant qu'il le voulait, passant des heures et des heures dans la cave, y mettant tout son cœur à l'ouvrage, il échouait constamment à l'étendre jusqu'aux murs. Pire, il s'épuisait inutilement, tous ses efforts lui drainant sa magie petit à petit. Et l'avant-veille et la veille, il finit par poser un genou au sol, haletant, ruisselant, vidé.

Il s'assit le temps de retrouver son souffle et tourna la tête, surpris, en posant son regard démonisé sur le point précis où Lorca apparut une fraction de seconde plus tard. Elle l'observa un court instant, neutre.

− Pour les êtres magiques, la magie est une source d'énergie, dit-elle. Quand un humain court un marathon, ses forces diminuent. Quand nous faisons de trop gros efforts magiques, les nôtres en font de même. Il est normal de vouloir se tuer à la tâche, mais encore faut-il le faire correctement. Préparation, motivation, confiance, objectif et stratégie sont essentiels à cela. Vous savez pourquoi vous ne réussissez pas, je me trompe ?

Harry acquiesça.

− J'ai ce… cette hantise de voir le manoir assiégé par des gerfauts pendant que je suis ici. C'est une pensée qui ne me quitte pas, que je n'arrive pas à chasser. Je peux percevoir Hedwige qui dort, le lapin qui s'est faufilé dans le jardin ou encore le merle perché sur le mur nord, mais je ne sais pas si je pourrais le faire avec un gerfaut. Est-ce que ça pense ou est-ce juste un esprit vide manipulé comme des marionnettes ?

− Ils pensent. Nous l'avons vu durant l'assaut surprise du mois d'octobre : quand Mr Silver a abattu l'immense gerfaut, ceux encore en vie ont pris la fuite. Même les Nudhors le font. Vous captez les émotions, Ethan : il vous est donc possible de ressentir leurs instincts meurtriers, leur soif de sang, leur perversité, etc. En outre, vous avez les barrières que Vallys a installées tout autour de votre propriété. Et puis, ce manoir ne doit-il pas devenir celui de Mr et Mrs Potter ? Harry a protégé des choses quand il faisait face à des dangers, Ethan peut en faire autant et l'a déjà prouvé.

Il eut un léger sourire. La Nehoryn leva une main et fit apparaître un sabre court.

− C'est pour Draya. Le katana qu'elle possède a été forgé par des humains, il est donc incompatible avec toute forme de magie. Midori a chargé l'Ethrossie Xarys de confier sa création à ses forgerons, puis il l'a ensorcelé. Je tiens à vous prévenir : il faudra qu'elle le manipule très prudemment, car il trancha tout ce qu'il touche, même si c'est avec le plat.

− Pourquoi je sens que Lucretia ne va pas aimer ça… ? Vous remercierez les forgerons, l'Ethrossie et cet idiot de ma part, s'il vous plaît, mais vous n'êtes pas venue pour me donner ça, n'est-ce pas ?

Il sentit une certaine satisfaction émaner d'elle, visiblement ravie qu'il l'ait compris avant qu'elle n'aborde son explication principale quant à sa présence ici.

− C'est exact. Même s'il ne s'agit que d'une hypothèse, Miss Mogg craint que le mariage soit compris à cause d'une attaque. Comme vous le savez, il y aura des Mangemorts à la cérémonie. L'avantage que nous avons, c'est qu'ils ignorent que Midori, certains professeurs, des Alliés et une partie de l'Ordre du Phénix seront présents. La question est : que proposez-vous pour minimiser les risques d'une offensive ennemie ?

Harry ne s'étonnait pas de savoir qu'il existait une menace, il en avait parlé avec Lucretia quand ils bouclaient les valises, mais il était quelque peu surpris d'être le sollicité. Il réfléchit néanmoins au problème, considérant les informations que sa fiancée et les filles de Serpentard avaient pu lui donner sur les (pseudo-)traditionnalistes afin d'imaginer un plan.

− Compte tenu de leur statut, dit-il lentement sans cesser de cogiter, la plupart des Mangemorts seront éloignés de Lucretia et moi de deux rangs maximum. Au pire, ils seront au premier pendant la cérémonie. Les encercler – ou plutôt, les quadriller – n'aurait aucun intérêt, car ils auront des ennemis juste devant eux et dont Voldemort se passerait bien et qu'ils pourraient abattre facilement… Donc… Le mieux serait qu'ils soient au premier rang, que nous placions des alliés juste derrière eux et que nous empêchions que Midori ait à intervenir. Si les mages noirs sentent, savent qu'ils auront leurs ennemis dans le dos, ils seront peut-être dissuadés de tenter quoi que ce soit. A l'inverse de Bellatrix, ils ne sont pas tous fanatiques au point de jeter l'opprobre sur leurs noms et de prendre un risque qui les conduirait à Azkaban pour de très, très longues années. Est-ce que Leo est à la Cité, en ce moment ?

− En effet. Miss Fellini l'a convaincu de lui offrir un séjour là-bas.

Convaincu ou tellement harcelé que le Dieu de la Mort avait fini par céder ? Harry penchait pour la deuxième hypothèse.

− Pourrez-vous lui demander de charger Firagan de surveiller les environs du Manoir Mogg ? Bon, il paraitrait surprenant qu'il n'y ait pas déjà songé, mais les Mangemorts pourraient profiter d'une diversion des gerfauts afin d'agir. Si les créatures d'Anteras interviennent pendant le mariage, toute l'attention se portera sur eux.

− Ce qui offrirait une faille exploitable aux mages noirs. Je vois. Votre plan est exactement le même que celui suggéré par Garwir, Midori et Mr Silver.

Harry cilla.

− Pourquoi m'avoir demandé mon avis, dans ce cas ?

− Parce que vous êtes quelqu'un empli d'amour. Si une menace ne touche pas à votre bonheur ou celui d'êtres chers, vous n'exploitez pas complètement votre magie et votre intellect. Lathar est intervenu à deux reprises pour une bonne raison : il savait que vous teniez à ce à quoi tiennent vos proches. Miss Cordell, l'anniversaire de Miss Mogg – ce sont deux évènements qui l'ont poussé à prendre le contrôle parce que vous n'étiez pas prêt. Ethan, la force qui vous anime n'est pas dans votre magie, elle est dans vos sentiments, dans votre cœur. Pensez-y lorsque vous reprendrez votre entraînement, pensez-y quand vous progresserez. Pour l'heure, reposez-vous. Le mariage a lieu demain. Si nous devons vraiment subir une attaque, il vaut mieux que vous soyez en forme.

Le Serpentard en avait bien conscience, mais il regarda Lorca se volatiliser sans prononcer un mot, alors que la colère commençait à monter en lui. Un serpent de fureur s'enroulait tout autour de son cœur, de ses artères, alors qu'il réalisait l'ampleur de la menace. Son mariage ! Son mariage était potentiellement ciblé par les Mangemorts. Il s'était retenu jusque-là, mais…

Son cœur rata un battement tandis qu'il écarquillait les yeux, effaré, et que le sol se fendait tout autour de lui à cause d'un maléfice involontaire. C'était pour ça… songea-t-il. Comment avait-il pu laisser échapper ce détail ?! Pourquoi des obsédés du sang pur et se vantant de respecter les vieilles traditions avaient-ils snobé l'héritière de la plus ancienne famille du pays ? Rabastan, prétendant amoureux de Lucretia à en croire les filles de Serpentard, n'avait pas cherché à l'approcher quand il était venu assister au tournoi. Tout devenait clair, à présent : ils étaient restés en retrait pour ne pas prendre le risque de voir leurs invitations annulées. Ils préparaient donc…

Non, se dit-il. Il venait de les dire à Lorca : tous les Mangemorts n'étaient pas fanatiques et Voldemort en avait forcément conscience. Il s'était trompé : les gerfauts n'étaient pas la seule diversion, les mages noirs aussi étaient une diversion, chargés de concentrer toute l'attention des alliés pendant que les créatures d'Anteras pénétraient à l'intérieur du domaine des Mogg.

Il tira sa baguette et envoya un Hermès à l'Alliance, Dumbledore et Lucretia pour leur faire partager sa théorie finale. Puis il se releva et prit la direction de l'escalier. Inutile de poursuivre son entraînement dans un tel état de fatigue, mieux valait attendre d'être à nouveau en pleine forme. Montant les marches, une première réponse fusa à sa rencontre et la voix de sa fiancée s'éleva :

OK, on va voir comment gérer ça. Et la prochaine fois que tu m'envoies un message, ajoute que tu m'aimes et que je te manque ! Et fais attention avec ton entraînement, ne force pas trop. Et n'oublie pas de penser à moi, mais ne te touche pas, il n'y a que moi qui ai le droit de le faire. Tu me manques, bisous.

Les trois derniers mots firent gonfler son cœur à la manière d'un chant de phénix, mais il eut vite fait de porter son attention sur le second Hermès, qu'il reçut en atteignant le rez-de-chaussée et était envoyé par Lorca.

Bien reçu. Nous allons envoyer des éclaireurs dans la région où habite la famille Mogg pour tenter de pister d'éventuels gerfauts.

S'en suivit la réponse de Dumbledore.

J'avais prévu un tel cas de figure, j'ai donné mes consignes à l'Ordre, mais je trouve remarquable que vous l'ayez compris aussi vite. Une partie d'entre nous se concentrera sur les Mangemorts, l'autre sur une potentielle attaque. Restez concentré sur les Mangemorts, ils profiteraient de la confusion pour s'en prendre à vous puisque vous intéressez et Voldemort et Anteras. Bonne chance pour demain.

Harry eut un sourire un peu crispé alors qu'il entrait dans la cuisine. Il avait beau le savoir et s'en réjouir, mais le mariage l'effrayait toujours autant. Les choses ne s'améliorèrent pas lorsqu'il tomba sur la une de La Gazette du sorcier, alors qu'il se préparait un sandwich, qui titrait LE MARIAGE DE L'ANNÉE en affichant une photo de sa fiancée, de Draya et de lui-même, prise par quelqu'un à Lavorsy. Ca aussi, il avait beau le savoir, il n'arrivait pas à croire que les Mogg étaient assez populaires pour passionner les médias. Il avait l'impression de lire un tabloïd, même s'il n'avait pas lu l'article. Le mariage l'angoissait déjà assez comme ça, alors subir un coup de pression à son réveil était hors de question.

Maintenant qu'il était bien réveillé malgré la fatigue due à l'entrainement, il le survola tout en remplissant son casse-croûte. Des personnalités étaient annoncées, de hauts fonctionnaires du ministère, des artistes, le directeur de Ste Mangouste, la rédactrice-en-chef de Sorcière Hebdo... Il se demanda si les Mogg connaissaient réellement tous ces gens. Ca lui rappelait les commentaires de Petunia sur les grandes soirées de célébrités invitant d'autres stars qu'elles n'avaient jamais rencontrées mais qui perçaient dans leurs secteurs respectifs. Pour la première fois de sa vie, elle avait réussi à le faire rire en critiquant l'hypocrisie de ces « m'as-tu-vu » alors qu'elle-même ne se gênait pas pour l'être avec tous ses voisins.

Mordant dans son sandwich, il ressortit pour rejoindre son bureau du rez-de-chaussée où se dressait un tableau sur roulettes. Il l'avait commandé à la veille des vacances et l'utilisait pour lister les sortilèges démoniaques qu'il n'arrivait pas à mémoriser. Le grimoire sur sa langue paternelle et celui sur les sorts et maléfices de ses pairs ne quittaient jamais son bureau. Il les utilisait aussi pour avancer dans son apprentissage de la langue, car le livre de sortilèges n'était pas traduit, ni phonétiquement, ni en anglais. Et comme toujours, il ne peut s'empêcher de faire la même et habituelle remarque chaque fois qu'il consultait le tableau :

− Les humains se compliquent quand même vachement les choses…

Sobaduri, par exemple, signifiait « Pression d'air concentré à grande vitesse ». Quatre syllabes pour en un mot pour le Démon, ça faisait économiser la salive, songea-t-il en parcourant les mots qu'il n'avait pas compris avant sa dernière lecture du miroir. Il y avait un Ten Ji Laria, mais il n'en comprenait que la première syllabe. Il s'était déjà retrouvé devant Ji, mais il ne se rappelait plus ce qu'elle voulait dire.

Avant qu'il n'ait abandonné à se la remémorer avant de se réfugier dans l'ouvrage, il capta une présence entrer dans sa propriété et leva les bras pour réceptionner Draya, qui se matérialisa juste au-dessus de lui avec un grand paquet orné d'hiragana et de fleurs.

− Re-coucou, papa ! Regarde, regarde, Midori a ramené plein de bonnes choses du Japon !

Elle se précipita jusqu'au bureau pour poser la boîte et l'ouvrit. Il s'était douté que le paquet était magique, car ce n'était pas la première fois que le samouraï ramenait des cadeaux à la Shadrian, mais il se laissa tout de même surprendre : il y avait un véritable garde-manger à l'intérieur. Disposés sur un plateau à plusieurs étages, tout un tas de pâtisseries offrait un spectacle coloré. Dango, yokan, manju, maki au thé matcha, sastumaimo cake, petites verrines aux perles du Japon, sushi sucrés… Même un estomac ambulant comme la Shadrian n'aurait pu manger tout ça d'un seul coup.

− Faut manger les manju tant qu'ils sont encore chauds.

Elle attrapa aussitôt deux boules blanches et en tendit une à son père avant de croquer la sienne avec un appétit vorace et enthousiaste. Harry se laissa surprendre par la pâte de haricots rouges fourrée à l'intérieur, mais il ne se plaignit pas – il trouva cela même plutôt bon.

− Ah, j'y pense, va voir dans la cuisine, mon cœur. Lorca m'a transmis une petite surprise de Midori pour toi.

− Yokay, papa !

Bien qu'elle n'eût pas fini son manju, elle emporta avec elle une part de gâteau aux fleurs de cerisier et courut hors du bureau d'un pas joyeux. Attentif, il sentit un pic de gaieté et d'excitation monter en flèche vingt secondes plus tard :et Draya revint en courant, euphorique.

− Papa, papa, regarde, regarde ! C'est mon wakizashi magique !

− Je sais. A ce sujet, utilise-le très précautionneusement, car il découpe tout ce qu'il touche, même avec le plat. Quoique, je pense qu'il a ses limites en fonction de ton adversaire, mais manie-le très prudemment. Une fois que tu seras un peu plus grande, on t'achètera un katana aussi long que celui de Midori.

− Oh, chouette ! Je porterai un daishō comme futur tonton Leo !

Harry n'eut même pas à demander à quoi elle faisait allusion : elle parlait de l'association du port d'un katana et d'un wakizashi. Il prit une brochette de dango, la fillette s'emparant du dernier manju.

− Comment va maman ? s'enquit-il.

− Ze crois qu'elle est stressée à cause du mariage, elle rouspète parce que papa ne lui envoie pas de message et elle s'inquiète parce qu'il y a un risque qu'il y ait une attaque, mais elle me fait plein de câlins et de bisous et ma grand-maman Astrea aussi ! Et grand-papa Adrian, il boude quand je ne mange pas sur ses genoux !

Harry sourit. Sourire qui se figea lorsqu'il perçut le soudain réveil de Vallys, restée dans la chambre pour qu'il ne la blesse involontairement pendant son entraînement. La darderan apparut, agitée, sur le bureau.

Des choses approchent. Ils viennent de franchir la barrière du kilomètre.

− Ils ne se limitent donc pas à ruiner le mariage en lui-même, ils veulent l'empêcher… dit-il en essayant de se contrôler, la colère s'enroulant autour de son cœur à la manière d'un serpent. Vallys, préviens Dumbledore. Mon cœur, informe l'Alliance d'une attaque sur la maison puis retourne auprès de maman, mais ne lui dis rien.

Wakata, papa !

Les deux émissaires se volatilisèrent. Le Démon serra les poings, qui furent aussitôt enveloppés d'éclairs dorés et écarlates, le serpent refermant ses anneaux sur son cœur pour faire passer la colère à de la fureur. Lorca l'avait dit : ses sentiments le libéraient complètement, et il n'avait pas l'intention de se retenir, même s'il lui fallait être désobéissant vis-à-vis des consignes de son père.

La mâchoire crispée, il jeta un dernier regard au tableau des sortilèges puis sortit. Il n'était plus terrifié par son mariage, il se moquait de faire quelque chose de travers : il l'attendait avec impatience. Il voulait regarder Draya courir dans les couloirs et laisser traîner ses affaires un peu partout, voir Lucretia emménager, lui annoncer qu'ils attendaient des bébés, l'entendre pester contre tout ce qu'elle n'aimait pas, partager des moments complices dans leur chambre comme dans la préparation des chambres des enfants ou même l'embrasser quand il lui faudrait se rendre au travail. Tout ça devait arriver. Tout ça, il le protégerait, se promit-il avec rage, alors que les éclairs qui tournoyaient en crépitant autour de ses poings s'accentuaient.

La porte de la maison s'ouvrit d'elle-même à son approche. Il descendit les marches et fixa le portail. Au-delà, une foule de gerfauts bipèdes, quadrupèdes, terrestres, aériens s'approchaient à grande vitesse. Trop rapides pour qu'il atteigne le portail avant eux. Il sentit plusieurs âmes familières s'introduire dans le domaine, suivis de sons tout aussi familiers : Midori, Leo, Lorca, Ooghar et Garwir apparurent autour de lui.

Tch ! Tu vas encore me gêner, de gozaru, dit le Gryffondor à son « rival ».

− Ce n'est pas le moment pour ça ! répliqua le Mage. Midori, que vois-tu ?

Hyakku… hyakku ichi… kyakku ni… Ah, faut que j'arrête, je vais m'endormir. Ils sont plus d'une centaine et ce cher Ysogür est de la partie. Ethan, l'examen pour le Haut-Diplôme de Démon débute aujourd'hui. De ce tout jusqu'à la cave, de ce portail jusqu'au mur nord, tout est à toi, tout est toi.

− Ne devrait-il pas prendre la potion de Limitation quand même ? suggéra Lorca.

− Tu le lui as dit, non ? Il progresse face au danger. Ethan, nous nous occupons des gerfauts, concentre-toi sur cette sous-merde d'Ysogür.

− Vous êtes sé… ?!

La portail explosa en mille morceaux, fissurant les piliers et projetant des morceaux de métal en tous sens. Les deux samouraï dégainèrent aussitôt, le regard de Leo s'illuminant d'une joie sadique, démente, gourmande tandis que son sourire s'élargissait.

− Concours de tranchage, décréta le Dieu de la Mort. Le gagnant donne un gage au perdant, de gozaru.

− Prétentieux, comme si tu pouvais rivaliser, dit Midori. Ooghar, Garwir, Lorca, vous vous chargez de ceux se glissant derrière nous. Prêt, kozo ?

Mochiron, kusojiji. Iku zo !

Ils s'élancèrent aussitôt à la rencontre des premiers gerfauts. D'un coup sabre, le demi-démon en élimina treize ou quatorze, tuant le quinzième d'un coup de poing qui transperça la poitrine de la créature, mais Leo n'était pas en reste. Il bougeait à une vitesse surnaturelle, moins impressionnante que son challenger. Harry ne put éviter de le comparer à un danseur : il suivait un rythme changeant, mais rien n'échappait à ses lames. Ysogür n'appréciait guère la situation. Posté en retrait, il regardait son régiment se faire décimer. Mais Harry remarqua un détail : ses deux compagnons ne faisaient pas que massacrer les ennemis, ils lui ouvraient une voie afin d'atteindre la Lame du Chaos.

− J'y vais ! annonça-t-il.

− Garwir, assure sa protection, dit Lorca. Ooghar et moi suffisons largement pour protéger le manoir.

− J'y comptais bien.

Le Nehoryn transplana au moment où Harry s'élança, augmentant la puissance de ses jambes. Deux gerfauts à quatre pattes, massifs, les crocs énormes et transperçant qui avaient réussi à échapper à Midori et Leo bondirent sur le Serpentard, mais deux éclairs bleu ciel, lancés par Lorca et Ooghar, les tuèrent aussitôt. Malgré le sang, les cadavres, les hurlements, les gémissements, le Démon resta concentré sur la Lame du Chaos. Garwir intervint de nombreuses fois, enfonçant ses poignards aux endroits stratégiques, tandis que Harry se défendait lui aussi grâce à sa baguette. Il ne s'arrêta pas une seule fois, enchaînant bonds et roulades, jusqu'à ce qu'il soit passé à travers les lignes ennemies.

Ysogür plissa ses yeux jaunâtres aux pupilles vertes et horizontales.

− Je te reconnais, dit-il. Tu étais là quand je me suis introduit à Poudlard… mais tu as un regard différent. Que sont ces é… ?

Harry joignit son pouce gauche à l'ongle de son médius droit, puis donna une pichenette dans le vide. La Lame du Chaos exécuta une fraction de seconde plus tard un vol plané prodigieux qui l'expédia autour de la propriété – elle parvint tout de même à se rétablir dans les airs et à atterrir sur ses pieds.

− Magie démoniaque, hein ? dit Ysogür avec un rictus moqueur. Trop faible. Cet enfoiré de Midori aurait très facilement pu me transpercer de part en part avec un tel sortilège.

− Détrompe-toi. J'ai mis juste assez de force pour t'éloigner de chez moi. Ton sang ne mérite pas de souiller le sol de mon jardin. Ce domaine est mon avenir, quiconque osera y toucher en subira les conséquences.

− Intéressant. Pour un demi-démon, tu es plutôt sensible.

Harry esquissa un sourire qui déplut grandement à son adversaire. Ainsi donc, Anteras ignorait vraiment que le Champion d'Alterion était un Démon ! Ysogür brandit son épée et décocha un jet de lumière orangée qu'il évita, répliquant par un sortilège de Stupéfixion que la Lame du Chaos dévia d'un geste nonchalant avec son arme. Lui fallait-il y aller brutalement ? Il voulait le faire prisonnier afin que l'Alliance et l'Ordre puissent l'interroger. S'il le tuait, il n'aurait pas l'occasion de savoir ce que préparaient les Mangemorts, mais comment pourrait-il en finir tout en le maintenant en vie ? Dumbledore saurait-il entrer dans son esprit grâce à la légilimancie ?

Derrière lui, le massacre continuait, mais il restait concentré sur Ysogür, Garwir protégeant ses arrières avec le talent qu'il lui connaissait. Face à lui, le général fit un geste brusque qui souleva le sable de l'allée, aveuglant son ennemi, qui vit un instant plus tard un trait de lumière verdâtre jaillir sur sa gauche. Il se décala presque à temps : le maléfice déchira sa robe de sorcier au niveau de l'épaule et entailla sa chair. Il retint un grognement.

Pourquoi ne le sentait-il pas ? Pourquoi Ysogür échappait à sa perception ? Il tourna les talons et transplana en esquivant de justesse un nouveau sortilège. Apparaissant hors de la petite colonne, il faillit prendre au dépourvu la Lame du Chaos en brandissant une main :

KAVISARYUUDIME ! hurla Harry.

Il y mit toutes les forces qu'il lui restait et provoqua une énorme traînée de flammes blanches qui fusa vers son adversaire, dont les yeux écarquillés révélaient la menace se dirigeant vers lui. Ebloui, Harry tint autant qu'il put, puis tomba à genoux, le corps tremblant, la vue trouble. Il avait dépensé tant de magie qu'il ne captait même pas la présence des autres.

− Co-comment oses-tu… ?!

Le Démon sentit son cœur rater un battement, une main glaciale lui saisissant les entrailles. Impossible ! Il n'y croyait pas, mais c'était pourtant la vérité : malgré la courte distance, Ysogür avait esquivé son attaque, non sans subir quelques dégâts. Jetant un regard incrédule par-dessus son épaule, Harry regarda la Lame du Chaos, l'épée levée. A l'inverse du combat qui s'était déroulé à Poudlard, le général paraissait souffrir de ses blessures – et il y avait de quoi. Une bonne partie de son côté gauche était gravement brûlé, de sa hanche jusqu'à son visage. L'œil n'avait pas survécu, ni même son bras, et chaque mouvement paraissait lui infliger une forte douleur.

Harry roula au sol et se releva. Sa magie démoniaque était peut-être épuisée, il lui restait la sorcière. Ses yeux avaient retrouvé leur « humanité » et sa baguette frémissait, comme pour lui annoncer qu'elle était prête. Ysogür abattit sa lame et la terre se souleva, semblable à un raz-de-marée qui surplomba complètement son adversaire en menaçant de l'ensevelir. Le Serpentard tourna les talons pour transplaner derrière la Lame du Chaos, projetant la seconde d'après une longue corde de lumière argentée que le général brisa d'un revers. La vague de terre tomba, mais elle ne modifia rien au sol.

Entre la souffrance et la fureur, il était difficile de savoir ce qui habitait le plus Ysogür, qui brandit de nouveau vers lui. Mais avant qu'il n'ait pu lancer le moindre sort, une petite main armée d'un wakizashi se matérialisa en donnant un petit coup sur l'arme de la Lame du Chaos, qui fut aussitôt tranchée en deux. Dumbledore, Maugrey, Dorcas, le professeur Slughorn, Mr Moorehead et Cataara apparurent l'instant d'après, envoyant des lianes d'or sur le sous-fifre d'Anteras, qui se retrouva aussitôt ligoté. Il s'effondra en grognant de douleur et parut hurler son humiliation et sa rage, mais l'un des liens lui couvrait la bouche.

Draya se matérialisa totalement devant son père, rengainant son sabre avec un grand sourire.

− Je t'avais dit de retourner auprès… !

− C'est de notre faute si elle est là, intervint Cataara. Nous avions besoin de connaître le déroulement de cette offensive et Draya était la mieux placée pour le faire. Ne sous-estimez pas les Shadrian, quel que soit leur âge ou leur sexe. Ils sont redoutables à la seconde même où ils apprennent à se dématérialiser. Quant à ces deux-là…

Ils se tournèrent vers le manoir. La bataille était terminée. Leo et Midori se faisaient tirer les oreilles par Lorca en raison de leur désaccord incessant sur le vainqueur de leur concours. Ooghar organisait des Mages arrivés très probablement en même temps que l'Ordre, le maître des potions et Cataara, pour nettoyer le jardin.

− Nous avons le duo du siècle, dit Dumbledore. Et heureusement pour nous, il est de notre côté. Une question : que fait-on d'Ysogür ?

La Lame du Chaos, acceptant sa défaite, restait immobile au sol, sans doute aussi à cause de ses blessures.

− Nous allons l'emmener à la Cité, répondit Cataara. Uvon a étudié la légilimancie, il pense avoir découvert le moyen de comptabiliser avec notre magie. Il est peu probable qu'Anteras lui dise tout de ses plans, surtout après son échec à Poudlard, mais en fonction de ce qu'il sait, nous pourrions prévoir les prochains obstacles.

Libérés par Lorca, Leo et Midori s'approchèrent, la Nehoryn s'occupant d'un groupe de Mages pour réparer le portail et les piliers. Le Gryffondor boudait, le demi-démon restait aussi indifférent qu'à l'ordinaire, mais il était clair que c'était ce dernier qui avait – encore – gagné.

− Toujours aucune nouvelle des éclaireurs partis surveiller les alentours du Manoir Mogg ? demanda Midori.

− Non, répondit Cataara. Est-ce que tu peux emmener Ysogür et ce qu'il reste de son épée à la Cité, je te prie : laisse-le à Uvon et donne l'arme à Prerian, il saura mieux que nous à qui la confier.

− Quel est l'intérêt ? Pour l'épée, je veux dire, précisa Mr Moorehead.

− Chacune des Lames du Chaos manipule une magie propre au LorMirAl, sauf qu'elles étaient à l'origine des humains d'Alterion. Si nous voulons comprendre comment Anteras… non, Byr a fait, il est essentiel que nous lui fassions passer quelques examens. Avec un peu de chance, nous trouverons un moyen d'annuler les pouvoirs de la baguette de Zigïrostra. Pour la dernière Lame, celle inspirée de Mirvira, j'ai bien peur que nous ne parvenions à un tel exploit.

Leo émit un étrange son, mi-surpris, mi-intéressé et leva les yeux vers le ciel.

− Firagan a trouvé les gerfauts se dirigeant vers la demeure des Mogg, indiqua-t-il. Ils sont environ deux cents, se ramenant par le nord, et une centaine de Nudhors arrive par l'ouest. Yosh ! Cette bataille était plus ennuyeuse que les précédentes, de gozaru. Je vais…

− Vous n'allez rien faire, coupa Dumbledore.

Tch ! Vieux dirlo numéro deux, vous êtes cruel, de gozaru.

− Nous ne savons pas si les Mangemorts et ces gerfauts doivent se rencontrer avant le mariage. Si Firagan peut les espionner lors d'une éventuelle mise au point sur ce qu'ils préparent vraiment, nous aurons un avantage et les invités de confiance pourront se préparer à l'assaut.

− Ca me gonfle, de gozaru, mais soit. Firagan, tu as entendu ? Firagan ? Ah, il est déjà parti. Faut que j'arrête de vous fréquenter, il a de plus en plus tendance à prendre des initiatives sans m'en parler.

Un grincement sonore et métallique vit le portail se reformer en se glissant entre les deux piliers intacts. Lorca et Ooghar transplanèrent en dehors de la propriété, tandis que les autres Mages, remerciés pour leurs efforts, s'en retournaient à la Cité. La Nehoryn et le Mage les rejoignirent, ce dernier posant un regard sur l'épaule blessée du Démon.

− Je vais vous soigner.

− Aaaaaah, chotto matte ! s'affola Leo. Je veux un échantillon de son sang pour l'examiner, de gozaru. On n'a pas tous les jours la chance d'analyser le sang d'un Démon. Si ça ne te dérange pas, Chouchou.

− Vas-y.

Le Dieu de la Mort fit apparaître un petit flacon et l'apposa contre la blessure, récoltant lentement le sang qu'il lui fallait. Puis il bouchonna la fiole et la fit disparaître, laissant à Ooghar le soin de refermer la plaie et réparer la robe de sorcier. Midori ramassa le bout d'épée que Draya avait brisé et attrapa Ysogür.

Mata ashita ! lança-t-il.

Il disparut, la lame sous le bras tenant le général, en tirant légèrement sur son katana.

− Mon cœur, dit Harry en s'accroupissant devant la Shadrian. Retourne auprès de maman, mais ne lui dis rien, sinon elle va encore plus s'inquiéter.

− Yokay, papa !

Elle se volatilisa à son tour. Les autres en firent de même après avoir été remerciés par Harry pour leur aide au cours du combat. Il était merveilleux de les entendre dire que c'était tout naturel, le professeur Slughorn estimant même qu'un élève comme lui était vital pour redorer le blason de Serpentard. Cependant, Dumbledore resta, son regard bleu électrique observant attentivement le Serpentard par-dessus ses lunettes en demi-lune.

− Vous le savez, n'est-ce pas ? interrogea-t-il.

− Oui. J'ai pris un risque inconsidéré en utilisant la Flamme Ardente d'Annihilation de l'Ennemi, mais je…

− Je ne parle pas de ça, l'interrompit le directeur. Je parle de votre don, Ethan : vous rassemblez les gens. Je ne me suis jamais marié, comme vous le savez, mais cacher la vérité à Lucretia ne vous aidera pas. En huit mois, les choses ont totalement changé à Poudlard comme à Lavorsy. Aucun professeur n'aurait imaginé qu'il verrait tant de Gryffondor manger en compagnie de tant de Serpentard. Moi-même n'aurais jamais imaginé que Lily accepte de se réconcilier avec Severus. Vous fédérez les personnes qui vous fréquentent. En guerre, c'est un pouvoir que nous ne pouvons négliger.

Harry fronça les sourcils, intrigué.

− Vous sous-entendez que cette attaque…

− Doit être connue, oui. Tout comme certains Moldus ont besoin d'un Dieu, voire plusieurs, les sorcières et les sorciers ont besoin de symboles auxquels se raccrocher. Leo et vous êtes jeunes, mais vous affrontez des dangers auxquels peu de personnes plus vieilles pourraient surmonter. Grâce à vous deux, l'orgueil pourrait être ravivé et de nouveaux résistants pourraient apparaître. Les vieux ont tendance à croire qu'ils savent mieux ce qu'est la vie que les jeunes, mais ils se trompent : tout dépend de l'objectivité que nous mettons à observer ce monde. On doit savoir prendre du recul, regarder au-delà de ses propres convictions.

Le Démon soupira.

− Est-ce que Kenny peut le faire dans les temps ? céda-t-il.

− Je n'en doute pas, se réjouit Dumbledore.

− Bien. Il est temps que les parents comprennent que leurs gosses vivent ce qu'ils n'ont pas combattu.

Yo !

Merci – encore une fois – pour les encouragements et les compliments.

NVJM : c'est vrai que j'ai tendance à faire dans le cliché, mais comme j'ai un ego surdimensionné, je vais trouver l'excuse suivante : chaque fois que j'essaie de faire dans la complexité, je me retrouve coincé, alors je dois faire dans la facilité ^^ Sumimasen ! x)