Les premiers jours de mariage furent péniblement merveilleux. Asseyant son autorité, Lucretia avait revisité le Manoir Potter, le jugeant trop froid et impersonnel. Du rez-de-chaussée jusqu'au troisième étage, elle avait refait toute la décoration et le mobilier en respectant aussi bien les couleurs de Serpentard, chères à son cœur, ainsi que celles de Gryffondor pour faire plaisir à son mari. Seule le sous-sol n'avait pas été touché, même si la mariée lui destinait une fonction de cave à vins lorsque Harry aurait fini son entraînement ou que la guerre serait finie. Tous les jours, elle emmenait Draya chez les Weasley, la Shadrian y jouant avec Bill, Charlie et les gnomes tandis que sa mère apprenait tant la maternité que la cuisine, laissant ainsi le Démon se former en toute tranquillité. Au tout début, Mr Mogg avait envoyé quotidiennement une lettre pour savoir si tout se passait bien, s'ils manquaient de quelque chose, mais il semblait qu'Astrea s'était agacée de ce harcèlement et avait fini par lui faire arrêter toutes ces correspondances.
Le jour de la rentrée, les élèves reçurent en début de matinée une lettre indiquant le déroulement de leur retour à Lavorsy : à une heure précise et pendant quelques minutes, chaque cheminée, sorcière comme moldue, aurait la permission exceptionnelle d'être connectée à celles de l'école. En jeune mariée prévoyante, Lucretia avait obligé Harry et Draya à faire leurs bagages la veille et ceux-ci attendaient déjà dans le hall. La fillette était partie devant avec Vallys et Hedwige, emportant sa propre petite valise.
− Encore cinq minutes, dit Harry en consultant sa montre. Tu veux que je prenne les malles et tu te charges de Daimao ?
Toujours prompte à faire comme Leonie, leur fille avait en effet réclamé un chat. Noir et les yeux vairons, elle avait mis quelques jours à se décider sur son prénom, jusqu'à ce qu'elle le voit « éclater sa tronche » à toutes ses peluches. Ainsi, la famille Potter accueillit chez elle le Roi Démon, qui portait plutôt bien son nom : les rideaux, le papier-peint et les fauteuils pouvaient en témoigner, à la grande exaspération de Lucretia.
− Non, la poudre de cheminette le traumatiserait. On va faire l'inverse. Je pars avec les valises et tu te charges de transplaner à Lavorsy.
− D'ac… Quoi ? Tu sais bien que je n'arrive pas à le contrôler !
− Je n'ai pas oublié, répondit la belle blonde avec un sourire, mais tu oublies un petit détail : tu m'aimes, donc tu feras tout pour me rejoindre. Considère que c'est ton examen. Si tu échoues, plus de bisou avant demain.
Il lui lança un regard désabusé, pas dupe.
− Bon, pas avant une heure !
− Parce que tu vas tenir aussi longtemps ?
− Bien sûr que non, mais comme tu vas réussir, on s'en fout. Tiens, au lieu de poser des questions idiotes, fais-moi le plaisir de mettre les malles dans l'âtre… J'espère qu'on n'a rien oublié. J'ai l'album-photo du mariage, de nos premières vacances en tant que mariés, les peluches de notre petit ange, la liste des conseils de Molly si je ne me sens pas bien pendant ma grossesse et… je crois que c'est tout.
Des flammes vert émeraude s'élevèrent soudainement dans le foyer de la cheminée, aussi hautes que les deux valises.
− Fais de ton mieux, l'encouragea Lucretia après l'avoir embrassé et être entrée dans le feu étincelant. Lavorsy !
Elle disparut dans le tourbillon enflammé accompagné de l'habituel grondement, agrippée aux malles. Lançant un regard autour de lui, Harry ressentit une légère amertume de partir de chez lui. Il aurait aimé rester ici avec sa femme et sa fille, accueillir une fois par semaine leurs amis et leurs proches pour un grand repas, comme c'avait été le cas deux jours auparavant, regarder Daimao s'enfuir bêtement et dans un grand sursaut chaque fois qu'une musaraigne se retrouvait sur son chemin ou tout simplement, vivre en famille dans son chez-elle.
La cheminée s'éteignit, indiquant que le délai était passé et le ramenant à la réalité.
− Tu vas m'aider, pas vrai ? Entre Démons, il faut se serrer les coudes.
Le chaton de deux mois miaula ressemblant à une promesse. Harry se démonisa. Son transplanage marchait un peu comme celui des sorciers, à la différence que ses sentiments entraient en compte – pour le moment. Il n'était pas capable d'aller dans un endroit si Lucretia, Draya, Hedwige et Vallys ne s'y trouvaient pas. Elles lui avaient apporté leur aide seulement au sein de la maison, jusqu'à présent, sauf où une fois où la Shadrian était sortie sans prévenir du domaine pour emmener Daimao se promener dans les parages. Le coup de sang du Démon, craignant qu'elle puisse être attaquée, l'avait immédiatement fait transplaner jusqu'à elle En revanche, il ne savait toujours pas ce qu'il produisait : contrairement à Midori qui faisait des flammes quand il n'utilisait pas son katana, Harry semblait émettre une étincelle rouge et or d'une telle brièveté que la nouvelle Mrs Potter ne pouvait jurer de rien tant c'était trop rapide pour l'œil humain.
Concentré, très concentré – trop concentré, en fait – sur Lucretia, Harry réprima à grand-peine un cri effrayé à la seconde où une voix désinvolte et familière s'éleva dans son dos :
− Tu t'y prends mal.
Le cœur tambourinant en faisant volte-face sur Midori, le Démon fut tenté de lui jeter un sortilège.
− Bon sang ! haleta-t-il. Vous êtes dingue d'apparaître comme ça ?! Je viens tout juste de me marier et vous, la première chose que vous faites, c'est d'essayer de filer une crise cardiaque !
− C'est pour cela que je dis que tu t'y prends mal. Tu es le Démon des Âmes, tu as acquis les connaissances de l'enseignement de Damar et pourtant, tu ne m'as pas senti. L'erreur que tu fais en essayant de transplaner est une focalisation sur l'empreinte photographique de ta femme que ta mémoire possède. Ca ne marche pas comme ça : tu dois te focaliser sur son âme. Vous vivez ensemble depuis un moment, ton âme a mémorisé la sienne.
− Elle est beaucoup trop loin, objecta Harry en retrouvant une respiration normale.
− C'est vrai, mais seulement physiquement. Regarde.
Il leva un doigt et fit un petit geste comme s'il grattait la corde d'une guitare. Aussitôt, un scintillement orange vif étincela en se répandant en une longue ligne nébuleuse, semblable à de la brume. Harry approcha sa main, un peu déconcerté. Le phénomène dégageait une joie sincère.
− C'est… c'est Molly, non ?
− C'est l'empreinte spirituelle qu'elle a laissée la dernière fois qu'elle est venue ici, expliqua Midori en faisant disparaître le scintillement. Une âme est une magie, elle laisse sa trace partout où elle passe. Pourquoi penses-tu que la tienne puisse percevoir celle des autres ? C'est parce que partout où tu vas, tu y poses des jalons. Lorsqu'il y a une âme croisant l'un de ces jalons et entrant dans ton périmètre de détection, tu la captes. Trouve Lucretia et dépêche-toi, une réunion urgente est organisée dans le bureau d'Albus Dumbledore. Et arrête de me vouvoyer, je te rappelle que j'ai été ton témoin à ton mariage.
Il tira légèrement sur son sabre et se volatilisa avant que Harry n'ait pu lui demander davantage de choses sur la manière de trouver sa femme ou sur ce qui s'était passé pour qu'une réunion inattendue ait lieu. Il soupira, las, mais se ressaisit.
La confiance. Il fallait qu'il ait confiance, qu'il se souvienne. Ils habitaient ensemble avant même de se marier, avant même de quitter Poudlard. Il devait bien avoir mémorisé… ces lèvres qui s'écrasèrent contre les siennes en souriant. Etonné, il regarda Lucretia s'écarter, radieuse.
− Omedetō, mon cher mari. Même si on dirait que tu ne l'as pas fait exprès.
− Je… Midori est passé pour me donner des conseils et…
Un soupçon naquit dans son esprit.
− C'est lui qui a eu l'idée de cet exercice, pas vrai ?
− Oui, reconnut-elle en s'accroupissant pour ouvrir le panier du chaton afin qu'il puisse sortir. Au lieu de venir avec moi chez les Weasley, avant-hier, j'ai chargé Draya d'aller le voir pour lui arracher quelques astuces. S'il y a bien une chose que je déteste, c'est de te voir déçu par toi-même quand tu remontes de la cave. Au mariage, il a dit que le meilleur moyen de t'apprendre, c'était de te laisser essayer avant de distiller petit à petit les astuces. Je crois qu'il est persuadé que tu peux tout faire par toi-même dans ton apprentissage, mais qu'il te manque un peu de recul. En somme, tu vas trop vite, tu brûles des étapes… Allez, Daimao, ne fais pas ton timide.
Elle le sortit du panier où il était recroquevillé puis le posa sur la pelouse. Harry reprit son apparence sorcière.
− Il y a une…
− Réunion, je sais, dit Lucretia en regardant le chaton faire de grands pas prudents vers un massif de fleurs qui semblait intéressé singulièrement son odorat. Slughorn m'a prévenue quand il a remarqué que tu n'arrivais pas et je lui ai dit pour ton test. Passe-moi le panier, je vais le monter à l'appartement. Ah ! et ne t'étonne pas Kenny se jette dans tes bras avec les autres du journal, surtout Lila. Ils te diront pourquoi. Vas-y.
Il l'embrassa rapidement et fila vers un mur du bâtiment principal qui s'ouvrit pour lui aménager un escalier. Il sentit James et Sirius arriver à leur tour, mais son attention était fixée sur les personnes déjà présentes au second, et plus particulièrement dans le bureau de Dumbledore. Midori, Lorca, Alyphar, Terry Hool et quelqu'un qui lui était inconnu. Une femme, apparemment, qui s'impatientait de l'absence d'une personne, mais pas du Démon. Il surgit dans le couloir menant au bureau directorial et s'annonça.
S'il ne connaissait pas l'âme de la sorcière, son visage était au contraire familier. Replète, la mâchoire carrée, de petites lunettes ovales sur un nez aplati et les cheveux châtain clair parsemés de fils gris, Millicent Bagnold se tenait assise face à Dumbledore, un verre de whisky à la main.
− Notre jeune marié est arrivé, se réjouit le directeur. Il ne manque plus qu'Alastor. Ethan, il n'est pas utile de vous présenter notre ministre de la Magie, et inversement, d'ailleurs. On ne compte plus le nombre de médias qui ont racheté les photos et l'article du mariage du journal de l'école. Comment va Mrs Potter ?
− Bien, merci. Un peu irritée qu'il lui faille attendre plus de huit mois pour tenir notre deuxième bébé dans ses bras et furieuse que… heu… que l'adoption de Draya n'ait pas encore été officialisée, mais elle va très bien.
Un peu gênant de dire ça en présence de Bagnold, songea-t-il, car s'en prenant directement au ministère. Jetant un coup d'œil à Hool, il remarqua brusquement qu'il avait meilleure mine.
− Votre traitement porte ses fruits, on dirait, monsieur.
− Bénie soit l'Alliance, approuva l'ex-ministre. C'est un peu contraignant et ma guérison ne sera peut-être pas possible, mais les élèves d'Uvon ont réalisé mon vœu le plus cher : stabiliser mon état. Assez longtemps, j'ai bon espoir, pour que je puisse sortir mon neveu de ses livres pour qu'il se décide à travailler au lieu de passer toute la journée à faire ses stupides puzzles qu'il jette à la poubelle dès qu'il les a finis… En parlant de famille, je verrai ce que je peux faire pour Draya.
− Je vous remercie.
Il échangea un regard avec Dumbledore, qui comprit instantanément sa question silencieuse et s'assombrit.
− Il s'est produit quelque chose d'extrêmement grave à Abbots Leigh, révéla-t-il.
− Abbots… Ce n'est pas loin de… !
− De Godric's Hollow, en effet. Le ministère de la Magie a détecté une magie inconnue que Midori a confirmé être démoniaque, et uniquement démoniaque. L'Alliance a reçu un message anonyme annonçant qu'Anteras était en route pour votre village. L'auteur lui a demandé d'évacuer Abbots Leigh pour pouvoir l'affronter sans risque de blesser ou tuer les habitants, mais nous n'en savons, sinon que le combat a été dévastateur.
− Et je ne vous parle pas de la catastrophe que va être mon entretien avec le Premier Moldu ! dit Bagnold dans un marmonnement.
Harry tourna soudainement la tête, une seconde avant Midori et Lorca, et POUM !, Leo apparut avec Maugrey lui tenant le bras.
− Omatase shimashita, s'excusa le Gryffondor. Il fallait que je fasse quelques prélèvements pour qu'on puisse analyser l'empreinte magique de l'adversaire d'Anteras, de gozaru. Même si on sait qui c'est, puisque ni Midori, ni moi ne sommes intervenus.
− Mon frère, c'est ça ? dit le Serpentard.
− Bingo ! Mais c'est plus ironique que ça, de gozaru : tu as déjà rencontré ton frère, de gozaru. En réalité, des centaines et des centaines de personnes l'ont rencontré cet été, quand il vendait ses produits sur le Chemin de Traverse.
La stupeur s'abattit dans la pièce, même si Midori resta aussi stoïque qu'à l'ordinaire.
− Le Sorcier Extraordinaire ?! s'exclama Harry. C'est impossible ! Il connaît des sortilèges de Glorithans et…
− Et Lathar a au moins fait deux passages par Mirvira. Nous ne connaissons même pas la durée du séjour qu'il a passé là-bas après qu'Anteras eut été emprisonné, dit Midori. Une aventure avec un être exotique n'est pas une théorie négligeable, même si je me demande comment il a pu franchir le portail entre Mirvira et Alterion. Le seul moyen possible aurait été qu'il soit un Démon à part entière, puisque les Pierres de Pouvoir se trouvaient dans ce monde-ci. Sa longévité est également surprenante, s'il est un demi-démon. Lathar est mort il y a des millénaires : moi-même, je ne vivrai probablement plus de mille ans.
Harry sentit une légère panique s'emparer de lui.
− Et moi ? Je ne veux pas vivre des siècles en traînant avec moi le deuil de…
− Tu vivras la vie d'un humain. Ton père ne voulait pas t'infliger cela. Bref, qu'avez-vous à nous dire, Alastor Maugrey ?
L'Auror prit le verre de vin proposé par Dumbledore et le sirota. Il n'en montrait rien, mais il semblait quelque peu ébranlé par ce qu'il avait vu.
− C'est moche, grogna-t-il de son impressionnante voix rocailleuse. Les Mages et les Nehoryns ont sauvé tout le monde, mais Abbots Leigh – le village lui-même – a été rayé de la carte. Il y a un cratère de vingt-sept mètres de diamètre et de quarante-trois de profondeur, désormais.
− Bonté divine ! s'exclama Bagnold, choquée.
− L'Alliance aidera à réparer les dégâts, assura Alyphar. Ce qui m'intéresse, c'est l'issue du combat.
Maugrey sembla hésiter.
− Nous n'en savons rien, admit-il, mais Anteras est blessé et a tout fait péter. Selon les témoignages, le Sorcier Extraordinaire a disparu dans l'explosion et personne ne l'a revu, mais pas de panique. Il y a un détail intéressant qu'un gamin a souligné : ton frère, Potter, n'a pas cherché à esquiver la dernière attaque. On peut donc imaginer qu'il savait ce qu'il faisait.
Harry laissa échapper un soupir de soulagement mêlé d'indécision. L'énigmatique frangin avait tout de même fait tuer quelqu'un en lui offrant l'opportunité de reprendre son rôle de Sorcier Extraordinaire, cet été. Mais il ne cessait de le protéger quand le Serpentard était dépassé par la situation. Et…
− Oh le con… murmura-t-il. Heu… Excusez-moi. Je viens de comprendre. Il n'est pas de Mirvira : il a reçu les connaissances de mon père tout comme je les ai héritées, sauf qu'il a eu plus de temps pour les apprendre ! Notre père a une bibliothèque gigantesque, il a dû s'attarder en Mirvira pour étudier les magies de Mirvira et faire… un parallèle, ou un truc comme ça, avec la magie démoniaque.
− Bien raisonné, admit Dumbledore, mais une question me tracasse : pourquoi se manifeste-t-il activement ces deux dernières semaines ? D'abord au mariage, maintenant à Abbots Leigh, alors qu'il est resté muet pendant de nombreux mois.
Bonne question, pensa Harry.
− C'est pourtant évident, de gozaru, dit Leo avec un grand sourire. Il sait que l'aboutissement de la guerre sera bientôt. Anteras l'a également compris, c'est la raison pour laquelle il s'est déplacé lui-même pour essayer de se débarrasser d'Ethan. Pendant qu'Alastor gérait les Aurors, Firagan me l'a également fait savoir : quelque chose a changé dans l'atmosphère, une tempête approche. Et si je ne me trompe pas, Midori en a lui aussi conscience.
Le demi-démon ne répondit pas, se contentant de soulever son chapeau pour poser son regard indifférent sur le Dieu de la Mort.
− Que tu es pénible, kozo. Moi qui espérais pouvoir me faire toute l'armée d'Anteras tout seul.
Lorca administra une claque au chapeau de son amant.
− Quand ?! interrogea-t-elle.
− Quand la magie d'Ethan aura atteint le seuil minimal de sa puissance.
L'intéressé arqua un sourcil intrigué, mais la ministre de la Magie fut plus rapide que lui.
− Que voulez-vous dire ?
− C'est comme… l'athlétisme. Le coureur s'installe derrière une ligne de départ, court et franchit celle qui lui permettra peut-être de remporter la compétition. Ethan vient de poser les pieds dans les starting-blocks et viendra bientôt à s'élancer sur la piste. Quand il le fera, sa magie démoniaque entrera en conflit avec la mienne peu à peu et avec celles d'Anteras et de son frère. Il se produira alors un phénomène que nous appelons Azomena ko Gib.
Harry plissa le front.
− Le Sang de la Mort sous les Cieux ?
− Exact. La magie est comme le vent, elle a ses courants et est partout. Quand les nôtres auront engagé un duel suffisamment puissant, elle prendra une teinte écarlate au clair de lune et plongera le champ de bataille dans cette lueur sanguinaire. Anteras ne sachant pas encore qu'Ethan est un Démon, il attend Azomena ko Gib car dans son monde, il a remporté ses plus grandes batailles contre Lathar et Byr sous ce ciel rouge. Quand Ethan aura franchi la ligne de départ, le processus commencera vraiment. Le problème est que nous ne savons si notre Démon court un cent mètres ou un marathon. Nous ne savons rien de son potentiel, nous ignorons par conséquent où se trouve son seuil minimal, d'autant plus qu'il est le fils du plus puissant Démon qui ait jamais existé. Alyphar, est-ce que Wakibsar est guéri ?
− Son état s'est amélioré, mais il est encore trop faible.
− Je vois. Dommage, il aurait peut-être pu évaluer son potentiel. Lorca, à partir de maintenant, tu ne restes plus à proximité d'Ethan quand il s'entraîne, pas même dans la salle du troisième étage. Ethan, tu vas te lâcher lors de tes entraînements. Imagine les pires choses, rappelle-toi les sortilèges, fais des erreurs et apprends d'elles, mais il faut que tu précipites les choses. Plus cette guerre durera, plus il y aura de morts, alors bouge-toi. Normalement, si je ne me suis pas planté, même les maléfices les plus puissants ne devraient pas être susceptibles de causer des dégâts aux dimensions que j'ai installées au troisième étage.
Le demi-démon réfléchit un bref instant.
− Où sont Lily Evans et Filius Flitwick ?
Pris au dépourvu, Harry mit quelques secondes à réagir.
− Lily est dans le parc et Flitwick… discute avec Chourave dans la salle des profs.
Midori tira à nouveau sur son sabre et disparut.
− A quoi pense-t-il ? se demanda Hool.
− Aux sortilèges et enchantements, répondit Dumbledore. Filius est un expert en la matière, comme vous vous en doutez, et Lily est incroyablement douée dans cette matière. Je dois même avouer qu'elle révolutionne parfois cette discipline. Vous devriez venir ce week-end pour le tournoi de duel, elle enchante les spectateurs avec toutes ses innovations et son style. Même les racistes purs et durs se laissent surprendre.
Harry lança un regard par-dessus son épaule, alerté par l'approche de…
− Le professeur Slughorn arrive, annonça-t-il.
Et le maître des potions arriva effectivement, brandissant un gros index triomphant sur le directeur.
− Mon augmentation ! s'écria-t-il, victorieux. Ma liste des non-revenus est la plus correcte !
Dumbledore sourit, mi-amusé, mi-attristé.
− De quoi parlez-vous ? questionna Alyphar.
− Des élèves qui ont soit choisi de retrouver les Mangemorts à Poudlard, soit de ceux qui sont restés chez eux, expliqua le vieux sage.
Le Démon sonda Lavorsy de long en large.
− Mulciber et Wilkes ne sont pas revenus, constata-t-il, mais Avery et Beauchesne sont là... dans un objectif… un double objectif… Non, ils ne sont revenus que pour Aurelia et Melanie, je crois. Ou alors ils n'arrivent pas à se fixer sur leurs véritables intentions. Je déteste les âmes confuses ! C'est toujours un casse-tête pour démêler ce qu'elles ressentent !
− Tu as bien de la chance, de gozaru. Alexa est un casse-tête même dans ses actes…
Il s'interrompit brusquement, amusant Dumbledore.
− Il serait peut-être préférable que vous retourniez à la Cité, Leo, suggéra le directeur. Mais cette fois, envoyez de temps à autres des Hermès à Alexa, au moins jusqu'à ce qu'elle vous ai pardonné de l'avoir abandonnée seule chez vous pendant une semaine sans donner de nouvelle.
− Ah ? A ce point ? Je vais faire ça, de gozaru. Toujours se méfier d'une Fellini en rogne est la première loi de survie qu'un homme plein de bon sens doit respecter. Mata ne !
Il transplana dans un silence total. Dumbledore resta silencieux quelques secondes, comme s'il temporisait une idée, puis il reprit.
− Alyphar, savez-vous ce que Leo a fait de l'échantillon de sang d'Ethan ?
La question étonna aussi bien les deux Nehoryns que les sorciers et le Démon.
− Aux dernières nouvelles, il l'examinait toujours. Midori refuse de lui dire comment créer la potion qui sert à « démoniser » quelqu'un qui n'a aucun gène démoniaque, alors il travaille actuellement là-dessus. Pourquoi cette question ?
− Parce que c'est Leo. Après l'attaque d'Ysogür sur le Manoir Potter, il a baissé sa garde quand il s'est hâté de retenir Ooghar de soigner la blessure d'Ethan pour faire un prélèvement de son sang. Je n'ai pas eu l'occasion de pénétrer dans son esprit, mais ce n'était pas par intérêt expérimental. Il savait déjà ce qu'il allait en faire, ce qu'il lui permettrait d'accomplir. Ce qui est étrange, c'est que Midori n'a toujours pas été blessé, alors comment sait-il à quoi peut lui servir un sang démoniaque ?
Bagnold posa son verre vide sur le bureau.
− Parce qu'il est doté de la Divine Intuition, dit-elle.
− La Divine Intuition ? répétèrent les autres, déconcertés.
− C'est comme ça que les français l'appellent. Quand j'étais encore au département de la coopération magique internationale, et après avoir rencontré Silver pour la première fois, j'ai profité d'un passage à Paris pour poser à plusieurs personnes quelques questions à son sujet. Histoire de trancher sur son dossier. Ce garçon n'est pas plus intelligent que les autres : il possède un don qui lui permet de deviner la solution à un problème. En regardant un sorcier à la terrasse d'un café, il peut deviner ce qu'il va commander, s'il attend quelqu'un, s'il a un journal dans son sac, s'il le boira complètement ou non. Et ce, avant même qu'il ne choisisse ce qu'il va boire ou lire. J'ai fait la connaissance d'Agathe Herbin, en novembre.
− Oh, la petite brune qui complexe sur son accent ? s'enquit Hool. Quelle jeune femme charmante ! Elle rougit dès qu'elle butte sur un mot et apporte des merveilles de France à chaque fois ! La tome des Pyrénées est un vrai délice !
− Je préfère le cantal, dit la ministre, mais passons. Quand je lui ai cité le nom de Silver, Mademoiselle Herbin s'est illuminée comme un sapin de Noël. Elle a répété une phrase que cet olibrius lui avait sortie quand elle avait décidé de rompre avec son ancien petit ami et, pour je ne sais quelle raison, ça m'a marquée : « Si tu pars de A à Z, pourquoi abordes-tu un sujet si tu n'en prends pas toutes les variables ? » Je n'ai toujours pas compris ce que cela voulait dire.
Dumbledore sourit.
− C'est une recette, déclara-t-il. Comment fait-on une sauce à l'échalote si nous n'avons que des échalotes ? Il s'agit de prendre la peine d'analyser toutes les variables d'un objectif. Prenons Ethan en exemple : il s'est fiancé à Lucretia par compassion, solidarité, sans se douter qu'il finirait par tomber amoureux d'elle, sans même savoir, soupçonner qu'au moment où il avait signé le contrat, les préparatifs étaient déclenchés, et voilà où ça l'a mené : il est marié, aimé de sa femme et bientôt père pour la seconde fois. Chaque action a ses conséquences, mais dans notre étourderie, nous oublions que ces conséquences ont leurs répercussions. Leo l'a compris et anticipe ce tout. En cela, il est vrai qu'il n'est pas plus intelligent qu'un autre : il est bien plus que ça. Alyphar, pouvez-vous avoir un œil sur ses expériences, je vous prie ?
− Je chargerai les Mages de cette tâche.
− Merci. Millicent, nous aurons besoin de tout le ministère. Si Midori en sait autant sur Azomena ko Gib, il est possible qu'il puisse savoir quand le phénomène entrera en action. Ethan, vos sentiments sont votre force. Même si Midori l'espère, nous n'avons aucune garantie que le troisième étage supportera votre entraînement – gardez à tout prix en tête que Lucretia, votre bébé et Draya sont à Lavorsy. Alastor, prévenez l'Ordre, essayez de recruter autant de personnes que possible. Sollicitez Dorcas, elle a du flair pour ça. Lorca…
− Je sais.
Ils n'eurent pas besoin de le dire pour que tout le monde sache que le directeur faisait allusion à l'Istriya que la Nehoryn redoutait tant, mais qu'il lui fallait adopter complètement. Toutefois, les instructions annoncèrent que la réunion était terminée et tout le monde se sépara : Bagnold et Hool par la cheminée, les Nehoryns transplanant et Harry sortant par la porte. Le professeur Slughorn resta avec Dumbledore pour empocher son paru gagné et, sans nul doute, discuter avec lui.
Traversant les couloirs, le Démon attrapa Draya au vol quand celle-ci apparut subitement dans les airs, devant lui, au moment où il atteignait le corridor menant à l'appartement.
− Est-ce que c'est grave, papa ? Maman a dit qu'y avait une super grave trop importante réunion, mais elle n'a pas voulu que je vienne espionner parce que je ne suis plus la lieutenante de Boss !
− C'est grave, oui, mais je suis sûr que maman te laissera compter les morts quand tout sera terminé.
− Oh, chouette !
Portant la Shadrian, il entra dans leurs quartiers, Lucretia accrochant les cadres de leurs vacances en tant qu'un couple marié et une famille unie sur les murs ou les posant sur les meubles déjà remplis de leurs vêtements pliés à la perfection. Vallys dormait sur un oreiller.
− Alors ? demanda-t-elle en se tournant vers eux.
− Ca craint, mais j'expliquerai tout au dîner pour ne pas avoir à me répéter encore et encore. Hool va faire tout ce qu'il peut pour accélérer l'adoption officielle de notre petit cœur et il semblerait que Leo doive se tenir assez loin de Lavorsy pendant quelque temps.
Lucretia partit à rire.
− Il vaut mieux, approuva-t-elle. La première chose qu'elle ait dite en arrivant, ça a été : « Où est cet enfoiré ?! Ce sale connard qui laisse une femme féconde s'ennuyer dans un lit sans pénis ? Cette ordure qui rejette toutes mes propositions indécentes alimentées par mes désirs primitifs ?! Je n'ovule pas pour le plaisir, merde ! » Tara et Nadège étaient hilares, mais Alexa s'est calmée dès que Ninie lui a proposé un Câlin de la Peluche de la Mort. Mon ange, où est Daimao ?
− Il joue avec Ninou et Nala. Ze crois qu'il est amoureux de Ninou ! s'enthousiasma Draya. Il lui faisait plein, plein, plein de bisous !
Harry posa la petite fille sur le lit parental et s'assit à côté d'elle.
− Mulciber et Wilkes ne sont pas revenus, révéla-t-il.
− Ca ne m'étonne pas. Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais je suis contente qu'Avery n'ait pas pris cette même décision. On peut peut-être encore le sauver. Quant à Beauchesne, je pense qu'il est comme Severus : bien plus gentil et tolérant qu'il ne veut bien l'admettre. J'en parlerai aux filles. Je doute sérieusement qu'Aurelia soit capable de se laisser séduire par Avery, mais Beauchesne s'est montré très calme depuis son arrivée.
Elle réajusta un cadre un peu de travers, puis se tourna vers son mari et sa fille.
− Draya, au bain ! ordonna-t-elle.
− Yokay, maman !
Tandis que la Shadrian se précipitait dans la salle de bain, la jeune mariée rejoignit son époux et l'embrassa en souriant d'un air mélancolique.
− Si grave que ça ? murmura-t-elle en laissant ses lèvres tout près des siennes.
− Anteras a voulu en finir avec moi. Il sent que la grande bataille approche, tout comme Midori et mon frère, à en croire Leo. Il va falloir que j'accélère mon entraînement si je veux être à la hauteur le moment venu. A un tel niveau que Lorca n'a plus le droit d'entrer dans la salle du troisième étage quand je m'entraîne.
La belle blonde le scruta attentivement.
− Donne-toi à fond, dans ce cas. Pour moi, pour nous, pour les autres, pour tout le monde. Un sang-mêlé vingt ans plus jeune que moi est devenu un Démon voyageant dans le temps dont je porte l'enfant, qui m'a offert une fille, qui m'a fait découvrir l'amour, qui m'a présentée des amis chers à mon cœur : 'Thanou, l'impossible est un concept que les Potter ne connaissent pas. Tu vas m'éclater sa gueule à Voldemort et à Anteras, me faire d'autres enfants, m'aimer jusqu'à ma mort et surtout, baisser tes mains parce que ça fait déjà douze heures que je ne les ai pas senties sur mes fesses.
