Comme depuis la rentrée, et lorsque les températures le permettaient, les élèves prenaient habituellement leurs repas dans le parc. Même les professeurs jouaient le jeu, en particulier lors du dîner pour profiter des grillades et des rôtis à la broche, mais aussi pour développer une certaine proximité avec leurs protégés afin de les aider plus que jamais à rattraper leur retard ou à leur offrir davantage d'explications sur les devoirs et exercices précis. Une formule magique mal articulée, un geste de baguette trop fébrile, une compréhension erronée, un avertissement à ne pas prendre à la légère quant à la prochaine plante à étudier, diverses astuces pour vaincre les forces du Mal si le sort appris en classe ne fonctionnait pas ou était mal exécuté, etc. Au contraire de Sibylle Trelawney qui devait – peut-être – lui succéder dans deux ans, le professeur Perlabool consultait systématiquement ses notes quand l'un de ses étudiants lui demandait son opinion sur un « signe » et n'affirmait jamais rien, se contentant d'offrir à son questionneur diverses interprétations. Harry n'avait jamais été en colonie de classe, mais il trouvait que toute cette semaine y avait ressemblé.
Ce matin-là, toutefois, si la majorité des élèves prenait son petit déjeuner dans le parc, c'était avant tout pour y apercevoir la foule des spectateurs qui viendraient assister au nouveau tour des phases finales, car les duels ne se limiteraient plus à deux élèves se faisant face à face, mais à « la crème de la crème » des duellistes, avait affirmé La Gazette du Sanglier Lavorsien. Des propos repris par La Gazette du sorcier. A l'exception du duel entre Leo et James, en effet, le suspense était total quant à l'issue de ce nouveau tour.
− Il y a quelque chose que je ne comprends pas, confia Peter en trempant littéralement un toast dans un pot de confiture à la fraise. La finale est des dans deux mois et il y a cinq duels à disputer aujourd'hui. En mai, il n'y en a pas à cause des examens, non ?
− Si tu lisais le tableau d'affichage de la salle commune, tu saurais que les choses ont changé, dit Aurelia d'un ton las. Le vainqueur du duel entre Leo et James accèdera directement à la finale et les demi-finales se joueront à la suite des examens, qui ne durent qu'une semaine. Ce n'est pas plus mal que ça se passe comme ça, ou la finale aurait pu être décevante si Leo avait affronté quelqu'un qui n'aurait pas été du tout à la hauteur.
− Tu pourrais éviter de me rappeler que mes chances de gagner sont quasi-nulles… marmonna James.
− La question n'est pas de savoir si tu vas gagner ou perdre, affirma Alexa. C'est apprendre à savoir qui tu es : ton aptitude à réagir, à analyser, à identifier tes failles et celles de ton adversaire, tes points forts et les siens, les automatismes que vous avez et qu'il vous faut modifier, etc. Les Mangemorts ne viennent pas se divertir, ils sont là pour identifier les potentielles menaces futures et décrypter leurs techniques. Leo le sait, c'est pour cela qu'il a mis un terme à tous ses duels en prenant plus de temps que lors des phases éliminatoires. Quel que soit le surnom que lui donnent les gerfauts, il veut faire croire qu'il n'est pas aussi terrible que ça.
Harry tourna la tête vers le bâtiment central, comme s'il pouvait voir à travers.
− En parlant des Mangemorts, ils viennent d'arriver, annonça-t-il. Avec une bonne vingtaine de personnes qui n'ont rien à voir avec eux, à priori.
− Pour avoir les meilleures places, sans doute, dit Lucretia.
− Pas seulement. J'ai l'impression qu'ils ont un plan en tête. Bellatrix jubile déjà, elle est convaincue que tout va marcher comme prévu. Ma puce, va prévenir Lorca : dis-lui d'entrer dans la tête des Mangemorts pour savoir ce qu'ils préparent.
− Moi-même personnellement pars en mission ! se réjouit Draya.
Elle se dématérialisa aussitôt pour rejoindre la Nehoryn qui attendait près du Sceau de Transfert tracé non loin du stade de Quidditch. Un autre groupe de spectateurs, tout aussi important que celui des mages noirs, apparut à son tour devant le professeur Slughorn, essentiellement composé de personnes du ministère de la Magie, comme Terry Hool, Aquilius, les Moorehead, les Mogg, les Berkelay ou encore Dorcas et Maugrey. Plus surprenant, Mr Weasley était venu avec Bill et Charlie. Le troisième arrivage, mené par le professeur McGonagall, ne fut guère moins inattendu, car comportant les parents de Lily et les Lindon.
− Comment… ? s'étonna Cassie.
− Leo et Gavile ont étudié les enchantements du manoir de mes parents, expliqua Lucretia, et ont créé de petits médaillons pour que des Moldus puissent accéder à des lieux uniquement réservés aux sorciers. Ce n'est pas très différent du Chemin de Traverse, sauf que là, les Moldus doivent être attendus. Allez, on remballe et on va dire à tout le monde bonjour. Ninie, n'oublie pas tes toasts.
Alors qu'ils s'affairaient à transférer la nourriture restante vers les cuisines, Harry s'arrêta à l'arrivée d'un tout nouveau groupe accueilli par le professeur Vector. Si la plupart des âmes lui étaient inconnues, il reconnut assez rapidement celle d'Endory, l'elfe de maison rencontré à son mariage. Apportait-il des nouvelles de leur affaire à propos de Dobby ?
Ils atteignirent le hall d'entrée au moment où le groupe des Mangemorts pénétraient dans la Grande Salle, et il fut manifeste que Lucretia ne s'était pas trompée sur leur désir d'occuper les meilleures places. Restait à savoir à quoi ils s'attendaient. Certainement pas une attaque directe, en toute logique, alors quoi et comment ? Harry était convaincu que Lorca pourrait le découvrir grâce à la magie d'élévation, mais l'exercice semblait plus compliqué qu'il ne le pensait. Elle n'avait pourtant eu aucun mal à déceler le fragment d'âme de Voldemort niché dans son esprit… Se pourrait-il que les mages noirs ignorent de quoi il retournait, sachant juste qu'il se produirait quelque chose ?
Il eut autre chose à laquelle penser lorsque les visiteurs menés par les professeurs McGonagall et Slughorn les retrouvèrent sans prêter attention aux étudiants toujours plus nombreux à s'agglutiner devant le grand tableau des quarts de finale qui s'ouvriraient avec le duel opposant James à Leo. Retrouvailles, présentations de collègues ou de connaissances, reprise de discussions interrompues lors du mariage et qui reprirent comme si rien ne les avait arrêtées…
− Mon cher Mr Potter, dit Hool en s'avançant avec une sorcière à l'air pincé, le cheveu terne et les yeux froids comme les profondeurs d'un puits. Je vous présente Drusilla Trenton, des Services administratifs de recensement britannique et irlandais. Elle est surtout la femme qui a secoué tout son bureau afin que le ministère de la Magie reconnaisse officiellement Draya Lydia Potter comme votre fille.
− Vraiment ?! s'enquit Harry. Merci, madame, merci du fond du cœur…
− Ne soyez pas si modeste, Potter, rétorqua Mrs Trenton. C'est une bien maigre récompense à côté de tout ce que vous avez fait pour le ministère depuis votre arrivée dans ce pays. Terry m'a parlée de vos contributions lors de l'assaut dans les Alpes,, de la capture d'un Mangemort, du sauvetage de vos camarades. Et pour ce que j'ai pu comprendre de ce Midori, il est préférable de ne pas aller contre sa volonté. Continuez comme ça et vous finirez avec l'Ordre de Merlin avant la fin de l'année. Néanmoins, vous aurez besoin de régler certains détails à ce sujet. Que des sorciers adoptent une créature magique apportent son lot de complications et de règles à définir.
− Nous ferons tout ce qu'il faut.
− Dans ce cas, je vous enverrai une lettre début juillet pour un entre… Tiens donc, n'est-ce pas là ce chenapan d'Endory ! s'étonna-t-elle.
L'elfe de maison s'avançait en effet et lança un regard courroucé à la sorcière.
− Pour la énième fois, c'est mon frère qui avait piétiné vos hortensias, Drusilla, et ça remonte à dix-sept ans. Il est temps de tourner la page. Cela étant, et pardonnez mon interruption, mais j'aurais besoin de discuter avec Mr Potter en privé.
− Faites, dit Hool, nous lui avions annoncé le plus important. Bonne chance pour votre duel, Mr Potter.
− Merci, monsieur.
Les deux sorciers s'éloignèrent pour retrouver leur groupe, Endory entraînant Harry un peu à l'écart pour avoir une conversation intime. A en juger son humeur, les nouvelles n'étaient pas des plus encourageantes.
− Astrea ne peut rien faire, c'est ça, dit le Démon.
− Aucun sorcier ne peut rien faire, précisa l'elfe de maison. La magie de servitude de mon peuple est ancienne, si ancienne que même nous sommes incapables de la situer dans le temps. Déjà dans l'Antiquité, nous étions à la solde des humains, mais des légendes, des anecdotes sont nées au fil des siècles. Votre belle-mère m'a orienté en direction de Newt Scamander, le célèbre autour de Les Animaux Fantastiques, mais même lui ne connaît qu'une seule méthode infaillible – la même que tout le monde – pour libérer un elfe de maison.
− Le don d'un vêtement, acheva Harry, pensif.
− Il y a malheureusement plus alarmant : Gorom est mourant. Dobby s'occupe des tâches, mais il est beaucoup trop jeune et inexpérimenté pour fournir un service digne de ce nom. Les punitions qu'il reçoit sont « légères » si je puis dire, car les Malefoy ne supporteraient pas l'idée d'avoir à tout faire par eux-mêmes, mais connaissant les vermines de ce genre, leur patience atteindra tôt ou tard son seuil de tolérance.
Et pourtant, dans une autre vie, Dobby avait survécu durant vingt ans au moins. Quelque chose avait-il changé ? La perte du journal intime de Jedusor avait-elle précipité la mort de Gorom, sur qui les Malefoy auraient passé leur frustration au point d'aggraver sa santé et accélérer le moment où Dobby deviendrait actif ? Que faire ? Il ne voyait que deux solutions : ruser ou innover, voire même les deux.
− Connaissez-vous des elfes de maison qui sont en bons termes avec leur maître ?
− J'ai bien peur que non, avoua Endory. Les affranchis comme ma famille sont très mal perçus, même dans les cuisines de Lavorsy.
Harry fit courir son regard sur les élèves rassemblés devant le tableau, qui pariaient sur les vainqueurs. Le duel entre Leo et James ne faisait l'objet d'aucune mise, mais les autres étaient l'objet d'âpres enjeux : dîner en tête-à-tête, échange de cartes de Chocogrenouille, soutien à un devoir difficile, emprunt d'un livre que la bibliothèque ne contenait plus. Les couples trop timides pour s'avouer leurs sentiments se promettaient même un baiser ou un tour de Lavorsy en catimini. Mais ce qui était intéressait surtout le Démon, c'était eux : Rogue et Regulus.
Il tira sa baguette pour décocher un Hermès à l'intention des deux Serpentard, qui se laissèrent surprendre puis se tournèrent vers leur camarade et l'elfe de maison. Echangeant un regard perplexe, ils hésitèrent un bref instant et consentirent à les rejoindre, Endory se raidissant avec une certaine méfiance. Un nouveau geste et Harry créa, tout autour d'eux, une bulle insonorisée.
− Qu'est-ce que tu nous veux ? interrogea Regulus, méfiant.
− Faire des Black la noble famille qu'elle prétend être, répondit Harry.
− Qu'est-ce que tu… ?!
− Laisse-le finir, coupa Rogue. Depuis le temps, tu devrais savoir que Potter a toujours une idée qui se révèle à peu près efficace, mais je suis d'accord avec Regulus : comment comptes-tu faire ça ?
− Avec ces deux-là.
Ils se retournèrent sur Sirius et Avery, qui s'approchaient d'un air quelque peu perplexe. Regulus grommela un flot de paroles peu flatteuses et inintelligibles sous le regard dédaigneux de son frère aîné, qui semblait être venu uniquement parce que c'était Harry qui le lui avait demandé. Ils pénétrèrent dans la Bulle d'Insonorisation.
− Mon combat contre Rogue étant le dernier, nous avons le temps de faire une petite escapade dans un endroit très particulier, poursuivit Harry. Je tiens toutefois à vous prévenir que je donne les ordres, que vous obéissez au doigt et à l'œil et, surtout, que vous allez faire fonctionner vos méninges. J'ai des dispositions pour la stratégie et non pour la science infuse, raison pour laquelle j'aurai besoin de vous. Tendez vos mains.
Il le fit lui-même au milieu du cercle. Rogue, Sirius et Endory l'imitèrent pour les poser sur la sienne. Avery se concerta silencieusement avec son meilleur ami et s'exécuta à son tour. Regulus hésita un peu plus longtemps, ne sachant à quoi s'attendre. Harry prit une profonde inspiration en concentrant toutes ses pensées sur sa destination et, en une fraction de seconde, les cinq compagnons d'aventure quittèrent Lavorsy pour se retrouver subitement sur la rive d'un vaste lac noir enfermé dans une immense caverne enténébrée. La seule source de lumière luisait au cœur de l'étendue d'eau, brillante d'un vert émeraude.
Harry alluma sa baguette en ressentant un frisson. Il aurait souhaité ne jamais revenir ici.
− Ne touchez pas l'eau, dit-il, alors que ses camarades faisaient également jaillir des lueurs de leur baguette.
− Qu'est-ce que cet endroit a à voir avec ma famille ? interrogea Regulus.
Le Démon lui jeta un bref coup d'œil.
− Ce sera ton tombeau. Contrairement à ce que Sirius peut penser, tu es plus héroïque que tu ne le penses toi-même. Dans environ un an, tu trahiras Voldemort pour lui dérober un objet très précieux que tu chercheras à tout prix à détruire, en vain. La potion verte que nous apercevons n'a qu'un remède : l'eau du lac. Un lac qui s'avère rempli d'Inferi. Dès que tu toucheras l'eau, ils surgiront et t'entraîneront dans les profondeurs pour te noyer. Vos querelles fraternelles ne m'intéressent pas, elles ne me concernent pas, je veux juste que vous réalisiez que James est à Rogue ce que Sirius est à toi : les meilleurs ennemis que vous ne rencontrerez qu'une fois dans votre vie.
− Tu nages en plein délire… dit Avery.
− Non, assura Rogue. Potter est le fils du Démon du Temps. Son père lui a fourni quelques bribes du futur que nous réserve la vie qui nous attend et crois-moi, ça n'est pas très rassurant.
− Je suis moi-même un Démon, ajouta Harry. Celui des Âmes. Sous ma forme sorcière, je peux sentir chacune des émotions des personnes entrant dans mon champ d'action. Rogue aime Lily autant, voire plus, que James, et il a pourtant consenti à abandonner toute chance pour son bonheur. Toi, Avery, tu redoutes d'être Mangemort car tu redoutes de perdre définitivement Aurelia. Regulus a une camarade de classe qui lui fait tellement confiance à propos des paris sur les duels qu'elle a fait les mêmes. Sirius, sans être convaincu du futur de son frère, aimerait croire qu'il s'émancipera vraiment de cette haine insensée que vos parents ont inculquée à Regulus. Endory, lui, n'aspire qu'à rompre cette servitude des elfes de maison à l'égard des sorciers. Et je sais tout cela en n'étant que sous ma forme sorcière. Sous la démoniaque, je pourrai même voir ce que vous faîtes. Beauchesne n'est pas très différent de vous : il en pince pour Melanie, pourtant née-Moldue, mais il a peur de l'image qu'il donnerait s'il le reconnaissait ouvertement. Kenny veut demander Berenis en mariage, mais il a peur que ce soit trop tôt… Toutes ces choses, je peux les percevoir. Il est une question à laquelle les gens savent rarement répondre : suis-je qui j'ai l'impression d'être ou suis-je qui je suis ?
Harry les laissa méditer sur la question et contempla la lueur verdâtre, les sourcils légèrement froncés. Quand ? Quand donc le médaillon de Serpentard rejoindrait sa cachette ? Mais surtout, comment Regulus était-il arrivé au centre du lac sans être diplôme ?
Le déclic se fit instantanément dans son esprit.
− C'est ça ! murmura-t-il.
− Ca, quoi ? s'étonna Sirius.
− Voldemort se croit plus intelligent, supérieur que n'importe qui, expliqua le Démon. A ses yeux, la menace, la seule, ne peut venir que d'un sorcier. Il a donc créé un enchantement Antitransplanage pour empêcher que l'un de ces ennemis ne puisse accéder à l'île, à moins d'être diplômé et d'emprunter le bateau immergé, mais il a fait une erreur : les sorciers ne sont pas les seuls à transplaner. La preuve, j'ai pu nous amener ici directement. Autre preuve, les elfes de maison peuvent aller partout. Il ne se méfie pas des « créatures inférieures ». Endory ?
− Compris.
CRAC ! L'elfe de maison disparut et réapparut sur l'île, sa petite silhouette se détachant dans la lueur verdâtre, confirmant au passage le soupçon de Harry.
− Rogue, tu t'y connais en potions de magie noire, non ?
− A un certain niveau. Il faudrait que je sache quels sont ses effets.
Harry réfléchit. La moindre erreur de description pourrait leur faire commettre une erreur.
− Une sorte de… résurgence de souvenirs douloureux, je crois. Elle affaiblit et fait revivre des évènements qui ont profondément marqué la vie du buveur, si je ne me trompe pas.
Il l'avait soupçonné le jour où Dumbledore lui avait demandé de ne jamais lui montrer la bague de Gaunt. Il ne possédait pas encore ses pouvoirs de demi-démon, mais il avait senti que la Pierre de Résurrection horrifiait plus que tout le directeur. La potion, il en était sûr, avait ravivé les pires souvenirs du mentor de son ancienne vie : les pertes de ses parents et de sa sœur, en particulier.
Harry attrapa Rogue par le bras et le fit transplaner jusqu'à l'île. Ils plissèrent les yeux sous la clarté émeraude, mais rejoignirent Endory près de la bassine. Comme il s'y attendait, le Démon n'aperçut aucun médaillon. Rogue tourna autour du bassin, tenta de plonger un doigt dedans mais se heurta à la barrière invisible.
− C'est une potion sacrificielle, apparemment, dit-il. Seule la volonté de la boire peut l'atteindre, mais c'est un niveau largement supérieur à mes connaissances. Je ne suis même pas sûr que Slughorn pourrait l'identifier, pour être honnête.
− Emporter un échantillon est possible, non ?
− Je pense.
Harry sortit de nouveau sa baguette et fit apparaître un gobelet d'or.
− Vous avez tous les deux des souvenirs pénibles en mémoire, dit-il, alors je suis le mieux disposé à la boire, il me semble. Endory, s'il vous plaît, ramenez Rogue, les Black et Avery à Lavorsy, puis revenez me chercher si je tarde trop à revenir. Cette potion, même si elle n'a pas les effets escomptés, peut tout de même m'affaiblir assez gravement. Rogue, préviens Slughorn et Lorca, je te prie… et assure-toi que Regulus et Avery se taisent sur tout ce que je leur ai dis.
− Je ne pense pas qu'il me sera nécessaire de le leur dire, tu en as assez fait et dit pour qu'ils se taisent par eux-mêmes, mais je leur en toucherai un ou deux mots quand même. A Clément aussi. Depuis que Marius est parti, il nous montre progressivement son vrai visage : il n'est pas venu en France pour rejoindre les Mangemorts, je suis presque sûr qu'il est venu pour Barnes. Depuis deux ans, elle passe ses vacances d'été en France. Il l'a sûrement rencontrée à un moment ou à un autre. C'est comme pour Fellini : il a beau la détester, il prend sa défense si une parole déplacée la vise.
Il jeta un coup d'œil vers la berge où leurs camarades les attendaient.
− Je ne pourrai jamais pardonner les six années infernales que j'ai vécues à cause de ton cousin et de ses amis, Potter, mais tu pourras compter sur moi pour collaborer avec eux si nécessaire. Aide-moi juste à ouvrir une voie pour que Caleb réussisse à atteindre, ne serait-ce qu'amicalement, Andrews.
− J'ai une opinion différente de tes relations avec Sirius et les autres, mais il est toujours préférable de regarder la vérité par soi-même plutôt que de l'entendre d'un autre. Tu as beau croire être très intelligent, tu l'es bien plus que tu ne l'imagines. Il te manque juste de l'objectivité. Pour ce qui est d'Avery, je crois qu'Endory pourrait être notre sauveur. Votre femme confectionne bien des compositions florales, non ?
− Tout à fait, répondit l'elfe de maison d'un ton jovial. Elle espère pouvoir ouvrir un commerce sur le Chemin de Traverse, mais du fait de notre condition… Enfin bon, elle reçoit tout de même des commandes. Terry Hool a même sollicité ma femme pour offrir un bouquet à Millicent Bagnold, quand elle lui a succédé.
− C'est parfait, dit Harry. Je ne sais pas quelles fleurs aime Aurelia, mais j'en connais au moins une qui pourra faire son petit effet. A mon mariage, Ily m'a offert des plants d'Orobiss : ce sont des fleurs qui ont la singularité de ne s'ouvrir qu'à la condition que les sentiments du donneur soient sincères. Vous pouvez aller en cueillir une, nous laisserons votre femme imaginer le bouquet qui se mariera le mieux. L'Orobiss est bleu foncé, vous pourrez la trouver à côté de la fontaine de la Porteuse d'eau.
− Caleb n'osera jamais lui offrir le bouquet en mains propres, objecta Rogue.
− Ce ne sera pas nécessaire. Aucune signature, aucun hibou-livreur identifiable : qu'il écrive juste un mot avec une écriture dénaturée, qu'il livre ce qu'il a sur le cœur, mais qu'il le fasse devant l'Orobiss. Cette fleur capte les émotions, elle est comme une confidente, une preuve, un journal intime… Si Avery écrit avec son cœur, elle sera capable de percevoir la puissance de ses sentiments. Depuis que Lucretia a emménagé chez moi, aucune ne s'est refermée, même si je pense que notre absence a changé cela.
− Fleur bleu foncé à côté de la Porteuse d'eau, marmonna Endory pour lui-même. Bien, bien, bien, je ramène à Lavorsy vos camarades et m'en vais cueillir l'Orobiss, puis je retournerai assister au tournoi. Cette Miss Evans a, dit-on, un style d'une élégance stupéfiante. Êtes-vous sûr que ça va aller, Ethan ?
Harry n'en avait pas la moindre idée.
− Oui, prétendit-il. Ne vous inquiétez pas pour moi, j'ai de la ressou…
Il s'interrompit et lança un regard circulaire tout autour de lui. Quelque chose d'indéfinissable s'était répandue dans toute la caverne aussi soudainement qu'une foudre s'abattant sur terre. On aurait dit une âme, sauf qu'il ne l'entendait pas. On aurait dit un esprit, sauf qu'il totalement muet. La seule chose certaine, c'était qu'une menace incommensurable planait quelque part. Ce n'était pas comme se retrouver face à la mort, à Voldemort, à Anteras ou à une horde de gerfauts : c'était une terreur infinie pénétrer votre chair, glacer votre sang, faire trembler tous vos d'effroi et sentir une multitude de mains impitoyables se refermer lentement, avec un sadisme insatiable, sur votre cœur et vos entrailles pour les écraser petit à petit jusqu'à ce qu'ils éclatent.
− Potter ? appela Rogue, alarmé par son teint pâle et sa fébrilité.
− Ce… Ce n'est rien, mentit Harry. Filez. Vite. Ne revenez pas, ne prévenez personne… C'est personnel. Tout ira bien. Si je ne suis pas de retour au moment de notre duel, envoie-moi un Hermès. Demande à Lucretia d'aller chercher la potion de Limitation, aussi, je m'en voudrais d'avoir recours à mes pouvoirs démoniaques pendant le duel. Filez !
Endory, quelque peu troublé, obtempéra et saisit Rogue par le poignet pour le ramener sur la rive. Saisissant la main de chaque étudiant, il les fit transplaner avec lui à destination de Lavorsy, non sans un dernier coup d'œil à Harry, qui tournait sur lui-même comme pour essayer d'apercevoir l'origine de cette sensation terrifiante. Il n'en décelait que l'humeur : amusée, sereine, joueuse et pourtant, l'horreur qu'elle dégageait ne s'effaçait pas.
− Pourquoi maintenant ? interrogea Harry en pivotant vers la bassine.
Il était bel et bien là. Un gobelet d'argent massif incrusté de saphirs à la main, sirotant tranquillement la potion verdâtre comme il aurait pu boire un diabolo à la grenadine, son frère se tenait de l'autre côté du piédestal, coiffé de son grand chapeau aux larges bords souples qui tombaient presque à ses épaules et masquaient son visage, qui bénéficiait également de la « protection » du haut col rigide de son long manteau de cuir. Pour la première fois, il montrait toutefois une certaine partie de sa tête : ses lèvres minces pinçant la paille étaient entourées d'une peau pâle, mais dès que les dents étincelantes de son frère apparurent, son teint sembla lui offrir un superbe bronzage : leur blancheur était plus immaculée que la neige, Hedwige ou même Nala, mais le Serpentard nota surtout que la paire supérieure de canines était sensiblement plus pointue que la moyenne, mais d'une façon différente de celles des vampires.
Il n'y avait aucune hostilité, aucune sournoiserie, mais cette sensation effroyable qu'un danger mortel émanait de lui ne faiblissait pas. Harry imaginait déjà Alyphar, après avoir observé le Sorcier Extraordinaire, décréter que l'énigmatique frère du Serpentard « sentait la mort et le sang ».
− Tu sais pourquoi.
Il avait la même voix grave que Lathar, remarqua Harry, bien que la sienne résonna avec une malice qui n'était agréable, ni même rassurante.
− Azomena ko Gib, c'est ça ?
− Oui et non. En théorie, Azomena ko Gib devrait avoir amorcé son processus le jour même où tu as obtenu tes pouvoirs de Démon. Et encore, je te flatte, car Midori, Anteras, Byr et moi suffisent à déclencher ce phénomène : tu n'es que la cinquième roue du carrosse, en somme. Malgré tout, les Cieux sont toujours les mêmes. Ta femme t'aide dans ton apprentissage, elle te fait même évoluer plus vite que je ne l'aurais soupçonné, mais il ne se passe rien. Azomena ko Gib devrait déjà être actif.
− Et comment expliques-tu cela ?
Le Sorcier Extraordinaire sirota une longue gorgée de potion, l'air de rien.
− Je ne suis pas intervenu à Abbots Leigh pour protéger ta petite famille ou me mesurer à Anteras : j'y ai été à cause d'un soupçon qu'il me fallait confirmer. Depuis que l'Alliance s'est réfugié en Alterion, je mène une assez longue et pénible enquête que les gerfauts et les unités Nehoryns ne facilitent pas. J'ai toujours été meilleur seul, alors qu'avoir des collaborateurs est une perte de temps. Il faut se soucier d'eux, démêler les avis contraires, faire un point unanime malgré les mécontents, etc.
− Qu'as-tu découvert ? coupa Harry.
Son mystérieux frère remplit une deuxième fois sa coupe.
− Anteras joue la comédie. Il dilue son pouvoir dans chaque gerfaut, chaque Lame du Chaos, pour s'affaiblir à petits feux et nous faire croire qu'il se fait vieux, qu'il faiblit, mais la mort de chacune de ses créatures ramène sa contribution à son propriétaire légitime. La vérité, en fait, c'est qu'il a peur. C'est comme… jouer au Quidditch : les Poursuiveurs bataillent pour marquer le plus de buts possibles, mais c'est l'attrapeur qui joue le rôle principal de son équipe.
Le Serpentard plissa le front en contemplant son propre gobelet.
− Il cache son véritable pouvoir pour l'utiliser au dernier moment, donc… Autrement dit, il sacrifiera tous ses alliés pour récupérer sa puissance quand il sentira qu'il n'a plus le choix… Je ne comprends quand même pas en quoi diluer son pouvoir à travers ses sous-fifres empêche l'Azomena ko Gib.
− Pourquoi Aurelia Andrews est-elle plus bronzée que blanche ? Pourquoi Lucretia n'a-t-elle pas la chevelure noire de son père ? Pourquoi Midori est-il incapable d'avoir des yeux « normaux » ? Pourquoi Lily Evans a-t-elle des yeux verts que ses parents n'ont pas ? Pourquoi Sirius Black est-il plus séduisant que son frère ? Le monde a ses lois, certaines sont strictes, d'autres ambigües, voire incompréhensibles, mais elles existent bien. C'est, si je ne me trompe pas, ce que les mortels appellent « l'ordre naturel des choses ».
Il prononça cette dernière phrase d'une bien étrange façon, comme s'il avait cherché à donner un indice sur un mystère encore irrésolu. L'ordre naturel des choses… se répéta Harry, songeur. Il ne lui fallut que dix secondes à peine pour comprendre.
− Il y avait des femmes uniques ! s'exclama-t-il.
Le Sorcier Extraordinaire soupira, las.
−Et moi qui pensais que ça te prendrait une minute avant de le réaliser, dit-il. A chaque Démon, sa promise, en effet. Les choses ne se passèrent pas comme on aurait pu le penser, cependant. En Lorgath, Kasterdie, longtemps avant l'intervention de Byr et de notre père, fut la cheffe de la rébellion contre Anteras. Si j'en crois les légendes, son seul nom l'excitait au point que son pantalon devenait trop étroit. Ils se battirent, elle perdit, mais avant qu'il n'abuse d'elle, elle se trancha la gorge avec l'éclat de son épée brisée. Elle était aussi unique qu'un Démon : elle avait une peau d'une blancheur de neige, les lèvres d'une rose rouge et ses cheveux, dit-on, étaient faits de splendides flammes noires et rouges. Byr adopta un autre chemin, de son côté. Quand il commanda le sabre que possède en ce moment Midori, l'apprenti du forgeron vint le lui apporter avec sa sœur aînée dont il tomba amoureux aussitôt et ce, malgré une femme dont la beauté émerveillait même les époux et les épouses les plus fidèles. Elle ne lui en voulut jamais, elle devint même la confidente et la meilleure amie de la femme de Byr, et lorsque l'humaine vint à mourir, elle se poignarda pour continuer à veiller sur la princesse dans la mort.
− Mais papa a eu une histoire différente, dit Harry.
Il sentit une légère crispation, peut-être même de l'amertume, se dégager de son frère, et ce sentiment terrifiant d'un danger mortel augmenta violemment, comme si le sujet réveillait les instincts les plus primitifs, meurtriers, sanguinaires du Sorcier Extraordinaire… qui répondit pourtant avec un calme olympien :
− La Dame du Néant était une créature habitant une montagne située aujourd'hui en Ardèche, en France. Cette région était fuie, évitée, car ceux qui y pénétraient ne revenaient jamais. Notre père a grandi comme un sauvage, il ne savait ni lire, ni écrire, et ne connaissait que le démoniaque. Les humains étaient encore des nomades, ils ne cessaient de se déplacer sans même imaginer qu'un jour, ils finiraient par se sédentariser. Il existait une fleur que la Dame du Néant protégeait et aimait plus que tout : la kashiria. Magnifique, parait-il, elle reflétait le ciel étoilé, même quand le ciel était nuageux Une petite humaine, fascinée, tenta d'en cueillir une et se retrouva subitement face à ma mère. La gamine aurait dû mourir, mais notre père est intervenu. Pas pour sauver la petite, mais parce qu'il avait senti que ma mère était une adversaire de taille. Il perdit un bras, une jambe et son poumon gauche fut perforé, mais il se releva, encore et encore, souriant comme un dément. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans la tête de ma mère, mais elle a complètement changé à partir de ce jour-là. Elle a offert un bouquet de kashiria aux humains, leur expliquant même quels pouvoirs curatifs ils pouvaient avoir, puis elle s'est attelée à soigner Lathar et à l'éduquer. Potions, lettres, écriture, architecture, arts, magies… puis elle l'a vu devenir adulte, et les plaisirs de la chair sont devenus son principal objectif. Elle savait ce que cela signifiait, mais elle n'a pas hésité…
Harry s'assombrit sensiblement.
− Sa grossesse la condamnait à mourir.
− Elle a résisté deux ans durant. Dès qu'elle a eu la confirmation qu'elle était enceinte, elle a encouragé Lathar à partir à la découverte du monde. Elle ne l'a jamais reconnu, mais elle l'aimait. J'avais deux ans quand elle m'a fait mander à son chevet. J'étais furieux que mon propre père ne soit pas là pour voir ma mère s'éteindre, mais je me suis calmé dès que je l'ai vue sourire. Je l'avais rarement vue sourire. C'était une femme au visage banal, très commun, et pourtant, son sourire la rendait magnifique. Ses dernières paroles, je ne les ai jamais oubliés : « Mon fils, tout ce que je touchais était réduit à néant. Tout, sauf ton père et toi. J'ai semé la mort, la désolation et bien des catastrophes partout où je passais, regardais, respirais, mais vous deux, vous m'avez survécue. Ton père est un dieu, trouve-le et tu en deviendras un toi-même. Mais n'oublie jamais ceci : Démon ou Dieu, seule la nature a le droit de nous juger. »
Harry resta silencieux. Que répondre à cela ? Il n'imaginait même pas le sentiment que pouvait ressentir le fils de deux ans regardant sa mère mourir sous ses yeux, avec pour dernier message l'éloge d'un père absent dans la vie de son rejeton.
− Tu l'as retrouvé, non ? demanda-t-il. Papa ?
− Non, c'est lui qui est venu à moi, avoua le Sorcier Extraordinaire. J'étais… j'étais seul, arrogant, surpuissant et convaincu de mon invulnérabilité. J'ai écrasé des tyrans avec le doigt dans le nez, j'ai massacré des sorciers de la pire espèce en me grattant le cul, j'ai décimé des armées aussi facilement que si j'avais eu à étendre des draps à faire sécher, mais face à lui… Je suis devenu fou. Fou de colère, de bonheur, de cruauté, de méchanceté ou de démence, je ne sais pas, je ne sais plus… J'étais juste là, en lambeaux, grièvement blessé, face à cet homme dont le sourire ne faiblissait pas, dont la fierté ne cessait de croître et dont les blessures disparaissaient dès qu'elles lui étaient infligées… Quand ma mère est morte, je suis parti à l'aventure sans peur. Quand je me suis effondré face à Lathar, j'ai ressenti une terreur incomparable. Quelque chose que je n'avais encore jamais ressenti ou vu même chez les mortels.
Le Serpentard ouvrit très légèrement les yeux, comme prenant conscience d'un détail.
−Gaw mo diyr tabulh, hein ?
− Tu l'entends donc déjà t'appeler, remarqua le Sorcier Extraordinaire, mais mon Entrave portait un tout autre nom : Gaw dirya bodeskat.
− Pourquoi est-ce que je ne peux pas en comprendre les mots ? Chaque nuit, dans chaque rêve, je me retrouve à arpenter la bibliothèque de notre père et cette porte noire m'appelle en babillant des trucs inintelligibles. Pas le moindre verrou, pas la moindre poignée, pas même un interstice. Je n'arrive pas à la soulever ni coulisser. Mais à chaque fois que je la touche, cette phrase apparaît sur le panneau.
− Comme toutes les langues, le démoniaque a évolué. Il s'est simplifié par certains aspects et complexifié dans d'autres. Gaw est un maléfice d'Entrave dont le rôle est de faiblir à mesure que l'entravé se révèle peu à peu à la hauteur du pouvoir total dont il bénéficiera. Gaw dirya bodeskat signifie littéralement « Entrave le Feu du Cœur du Combattant ». Je dis « maléfice », mais c'est plutôt une maladie innée qui accable tout être démoniaque, qu'il le soit en partie ou totalement. Anteras, Byr, Lathar, Midori et moi, nous sommes tous passés par là. Cette voix a beau t'appeler, tu n'as aucune garantie qu'elle te veuille du bien ou du mal. La seule chose certaine, c'est qu'elle détient ton véritable potentiel, l'intégralité de tes capacités magiques.
Il remplit à nouveau son gobelet. Il aurait tout aussi bien pu boire de la sangria qu'il n'aura pas eu une attitude très différente.
− Gaw mo diyr tabulh, tu dis ? poursuivit-il.
Harry acquiesça, observant son frère se murer dans un silence pensif.
− « Entrave la Flamme Ardente du Passionné », si je ne me trompe pas. Ce serait même plutôt logique. Tout le monde sait qu'Ethan Potter développe un pouvoir gigantesque dès que ses proches sont en danger. Je l'ai senti en décembre : quand Poudlard a été attaqué, ton pouvoir est parvenu jusqu'à Douvres. Il m'a fallu quelques jours, et peut-être même une semaine, pour accepter cette possibilité, mais ta seule Main d'Embrasement déclenche assez de puissance pour être perçue aux quatre coins du pays…
Il but une nouvelle gorgée et vida son gobelet. Emettant d'étranges borborygmes, se tordant comme s'il était à deux doigts de vomir, il recracha quatre billes du même vert émeraude que la potion. Au premier regard, il aurait été excusable de penser qu'il s'agissait de simples billes de savon, mais Harry sut immédiatement que ce n'était pas du tout le cas.
Le Sorcier Extraordinaire cracha au sol.
− J'ai horreur de faire ça, grogna-t-il en faisant le tri dans les sphères gélatineuses et verdoyantes. Tiens, celle-ci, tu la donneras à Horace Slughorn. Celle-là, confie-là à Lorca pour qu'elle la transmette à l'Alliance. Pour la troisième, je m'occupe de l'analyser. Quant à la quatrième, elle est pour toi, mais il te faudra accepter environ… trois conditions, si j'ai raison. La première, Vallys devra utiliser son venin le plus mortel sur toi.
− Quoi ?! Elle n'acceptera ja…
− Elle le fera, coupa son frère. Quand une darderan choisit de marquer quelqu'un, elle s'engage à lui accorder sa confiance en toutes circonstances. Contrairement à ce que vous pourriez tous croire, j'ai passé des semaines à la Cité, séduit des femmes de plusieurs peuples et j'ai même pété sur l'épée de Prerian !
Ce dont il semblait très fier.
− Quelles sont les deux autres conditions ? interrogea Harry, gardant son sérieux.
− Lucretia ne devra pas te lâcher d'une semelle. Elle est la clé de ton pouvoir. Qu'elle soit nue, en nuisette, en pyjama ou déguisée en panda, sa seule présence – son âme – est une ancre à laquelle tu es rattaché plus que tu ne le penses. C'est d'autant plus vrai qu'elle est enceinte, dont que deux âmes seront attachées à la tienne. Quant au troisième point, il sera le plus délicat, celui que toi seul pourras surmonter.
Harry fixa son frère. Il soupçonnait déjà la nature de cette ultime épreuve.
− Devenir totalement, complètement, intégralement Ethan, c'est ça ?
− Oui… et non. Comment peux-tu devenir ce que tu n'es pas ? Comment peux-tu rejeter ce que tu es si tu n'as le mode d'emploi qui te permette de chasser ta nature innée ? Peux-tu t'imaginer aimer Lucretia dans une minute et la considérer comme la pire des garces dans une minute et une seconde ? La dernière étape, Ethan, se compose en deux parties : la psychologie et la pratique. Tu ne sauras qui tu es qu'une fois que tu seras qui tu es – et c'est à ce moment-là, quand il faudra que tu te découvres, que j'interviendrai.
− Pourquoi toi ? Midori ou Lorca pourraient… ?
− Quelle grossièreté. Ton grand frère chéri te propose de t'aider et tu lui préfères un demi-démon semant mort et chaos sur son passage et une femme qui a peur de sa propre puissance…Je vais te livrer un petit secret, frérot : l'Istriya est plus puissante que Midori, Anteras, Byr et toi réunis. En l'An de Grâce 41 après la mort de Byr, une guerre éclata entre Nehoryns, Glorithans, Mages et Krizodis. Des milliers de soldats se présentèrent sur le champ de bataille, mais les Nehoryns n'envoyèrent qu'une personne, une femme prénommée Lucinda. Elle demanda un congrès pour débattre et trouver une solution pacifique. Ils lui rirent au nez. Elle poussa un simple soupir, et plus une seule ramée ne respirait. Elles avaient été anéanties par ce simple souffle.
L'énigmatique frère crispa à peine sa main sur son gobelet, qui éclata instantanément, puis il contourna le petit bassin contenant la potion et saisit le Serpentard par les épaules. La sensation d'un danger mortel s'accentua, mis elle était étrangement agréable. C'était un sentiment bizarre, comme si la mort elle-même lui jurait de le protéger coûte que coûte.
− Je te laisse une semaine, Ethan. Samedi prochain, toi et tes amis viendrez me retrouver au troisième étage de Lavorsy pour accélérer votre préparation à la guerre. Et surtout, t'apprendre à devenir le fils de notre père. Tu me présenteras ma belle-sœur et ma nièce, comme ça… Et ne viens pas me les briser avec tes « Lorca a dit » : tu es le fils de Lathar, seul un autre fils de Lathar peut t'apprendre à contrôler ton pouvoir. Ecoute la porte, même si tu ne comprends rien à ce qu'elle raconte : elle en dit plus que tu ne pourrais le croire. Samedi, sans faute.
Il tourna les talons.
−Attends ! s'affola Harry. Tu pourrais au moins me dire ton prénom !
Son frère s'arrêta et sembla lancer un regard par-dessus son épaule.
− Tu le connais déjà, affirma-t-il, mais il te sera ouvertement donné le moment venu.
Il se volatilisa sans un bruit, la frayeur qu'il répandait disparaissant avec lui. Dans tous les cas, il était plutôt de la trempe de Leo que de Harry, notamment en raison de son improbable et imprévisible révélation d'avoir – avec satisfaction – lâché une flatulence sur l'épée de Prerian. Le Démon s'était déjà demandé si le Dieu de la Mort ne s'avérait pas être un parent plus ou moins lointain, mais à présent qu'il avait rencontré son frère, la probabilité de la moindre parenté avec le Gryffondor s'était éteinte. Seul réconfort, Leo restait un véritable ami. Bizarre, tordu, imprévisible, mais un ami quand même.
Harry vida son gobelet dans la bassine et le fourra dans une poche, le remplissant des trois billes offertes par le Sorcier Extraordinaire. Puis il transplana dans le hall de Lavorsy, où James, l'air à la fois content et déçu, jouait avec grand plaisir le grand perdant inconsolable pour s'attirer toutes les délicatesses de Lily, qui se prêtait au jeu sans rechigner.
Les portes de la Grande Salle sursautèrent si violemment qu'elles semblèrent à deux doigts d'être arrachées de leurs gonds. Harry sentit les Serpentard se glisser derrière lui, mais pas seulement : si le spectacle émerveillait et tenant les spectateurs en haleine tant l'affrontement entre Leonie et Cassie était incroyable, les élèves qui fixaient le tableau d'affichage assistèrent également à une scène qui en laissa plus d'un bouche bée : les Gryffondor et les Serpentard se réunirent dans le calme autour du Démon. Rogue et James évitèrent soigneusement de se regarder, notamment parce que Lily les surveillait cette autorité menaçante qui décourageait quiconque de la contrarier..
Peter ouvrit la bouche, mais Harry l'en dissuada. Il la sentait comme si elle avait été directement dirigée contre lui : la colère des Mangemorts, leur appréhension d'avoir à donner leur véritable opinion sur les duellistes… sauf qu'ils se rassuraient en silence, attendant… attendant quoi ?
− Quel est le prochain duel ?
− Ana contre Alexa, répondit Mary. Tu vas devoir redoubler d'affection avec Lucretia, par contre : elle n'a pas réussi à battre Lily.
− Ca s'est joué d'un cheveu, tempéra la préfète-en-chef. Je savais qu'elle s'entraînait dur et qu'elle n'avait pas encore montré son vrai potentiel, mais de là à imaginer qu'elle me pousse à avoir recours à mes meilleures bottes secrètes… Ah, la voilà.
La seule élève déjà mariée descendait en effet l'un des escaliers, une main dans la poche. Dans une attitude qui aurait plus convenue à Leonie qu'à elle, la belle blonde tira la langue à Lily d'un air boudeur et sortit le flacon de la potion de Limitation. Harry le glissa dans sa poche, le troquant par sa baguette pour former une nouvelle bulle d'Insonorisation afin de pouvoir parler librement.
− J'aurais préféré que Leonie et Cassie se joignent à nous, mais on va faire sans, reprit-il. Vous le savez tous, à présent, je suis le Démon des Âmes. Depuis l'arrivée des Mangemorts, il se trame quelque chose censé perturber le tournoi. Quoi que ce soit, ça ne visait ni Leo, ni Lulu' et je doute que Leonie soit prise pour cible, surtout avec Dorcas dans les parages. J'ai demandé à Draya de solliciter l'aide de Lorca pour sonder leurs esprits, mais si elle n'a encore pas répondu, cela ne peut signifier qu'une seule chose.
− Lestrange et ses copains ne savent pas non plus ce qu'il va se passer, acheva Remus.
Harry approuva et fit bondir son regard sur Ana et Alexa.
− C'est l'une de vous deux qui sera visée, voire les deux, affirma-t-il.
− Pourquoi elles ? s'étonna Peter. C'est toi qu'Anteras a dans le collimateur, non ?
− Décidément, les miracles existent, dit Avery. J'en viens à être d'accord avec Pettigrow. Mais il a oublié qu'il y avait aussi le Seigneur des Ténèbres qui s'intéresse beaucoup à toi, Potter, surtout depuis qu'Anteras a réalisé que tu étais au moins un demi-démon.
Harry se gratta le cou en contemplant le plafond, qui annonçait les résultats du dernier match de Bavboules qui avait opposé, la veille, l'équipe de Serdaigle, grande gagnante, à celle de Gryffondor.
− Non, dit-il. Je serais la cible trop évidente. Chaque demi-démon ou Démon a une caractéristique personnelle, que les autres ne peuvent acquérir. J'ai les Âmes, Midori a la Puissance, Anteras a la Violence et Byr, la Science. Or, Anteras ignore toujours quel est mon pouvoir, tout comme nous tous ignorons celui de mon frère.
− L'affaire personnelle que tu devais régler dans la caverne ? dit Rogue, perspicace.
− Exact, mais je vous en parlerai plus tard. Pour l'instant, il faut se concentrer sur la menace imminente. Ana, si on devait faire un bilan général et bâclé, est la fille d'Aurors reconnus et l'élève la plus puissante de Poudlard : sept années d'études, des dizaines et des dizaines de duels, mais une seule défaite. La guerre ne dure pas au jour le jour, les Mangemorts ont besoin de prévenir les ennemis dangereux susceptibles d'apparaître plus tard. Parce que Lily est née-Moldue, ils l'ont sous-estimée jusqu'à présent, mais ils ne feront pas cette erreur avec Ana. Pour ce qui est d'Alexa, l'explication est encore plus simple.
− La Reine du Dieu de la Mort, dit Beauchesne. Silver s'est illustré à chaque bataille, les Mangemorts pensent probablement que Fellini a un potentiel comparable au sien, ou alors qu'il lui a appris des sortilèges dont lui seul a le secret... et il en a un sacré paquet, cet abruti.
Les portes de la Grande Salle s'ébranlèrent une nouvelle fois. Harry porta son regard vers les panneaux. Il était conscient qu'il lui faudrait encore du temps pour bien contrôler son pouvoir, il se laissa tout de même surprendre par l'élévation soudaine de l'âme de Leonie. Ce n'était plus celle d'un petit bout de femme-enfant, mais celle de la guerrière, telle une Valkyrie ou une Amazone, qui sommeillait en elle.
− Cassie va perdre dans quelques secondes, annonça-t-il. Organisons-nous vite, dans ce cas.
Il retira les trois billes contenant la potion de la caverne.
− Rogue, donne ça à Slughorn pour qu'il l'analyse, s'il te plaît, dit-il en lui tendant une bille. Je ne sais pas par quel moyen il y parviendra, mais mon frère a bu cette saloperie comme si c'était de l'eau et a créé ces billes. Vallys ?
La darderan apparut aussitôt à ses pieds, l'air encore endormie.
− Apporte ça à Uvon pour un examen. Dis-lui bien que la potion est dangereuse.
− Compris.
Et elle transplana, la bille pincée entre ses lèvres, alors que Rogue profitait de l'ouverture du double panneau de la Grande Salle, de laquelle un véritable tonnerre d'applaudissements provenait, pour se faufiler à l'intérieur à destination du maître des potions, qui semblait avoir arbitré le duel entre Leonie et Cassie. Radieuse, Nala sur les talons et sa peluche de lion blanc sous le bras, le Bébé de Gryffondor s'avançait d'un pas bondissant, accrochée à la main d'une Cassie mi-rieuse, mi-déçue.
Leonie sauta dans les bras d'Ana pour se faire féliciter, puis passa dans ceux de toutes ses amies pour recevoir le même accueil fier.
− Misses Moorehead et Fellini ! appela le professeur Chourave.
− Restez concentrées sur votre duel, on s'occupe du reste, assura Sirius.
Elles hochèrent la tête et rejoignirent la Grande Salle en se chamaillant gentiment. Harry percevait l'excitation qu'elles ressentaient à l'idée de s'opposer l'une à l'autre… mais aussi celle des Mangemorts impatients que cette confrontation commence. Rogue revint après s'être entretenu très brièvement avec le professeur Slughorn.
− Tu avais donc raison, remarqua-t-il en voyant son expression.
− J'en ai bien peur, admit le Démon. Elles ne sont même pas montées sur l'estrade que les Mangemorts se sont déjà réjouis de les voir entrer dans la Grande Salle. Que leur plan échoue ou non, ils n'interviendront pas, c'est la seule chose dont je sois certain. James, envoie Hermès à Dumbledore, McGonagall et Sinistra. Lulu', pareil avec Dorcas, tes parents, les Berkelay et… Ah, Batistus est venu ?! Demande à ton père de prévenir Hool, aussi, mais que personne n'intervienne tant que je n'en ai pas donné le signal. Je ne sais pas ce qu'Anteras et Voldemort ont dans la tête, mais c'est quelque chose de nouveau. Avery, tu peux toujours communiquer avec ton père ?
− Oui.
Harry réfléchit. Tenter le diable ou non ? Il n'avait pas vraiment le choix, lui semblait-il.
− Toi, Rogue et Beauchesne êtes les meilleurs espions que nous puissions avoir. Envoie un message à ton père en lui révélant que je suis un Démon, que le Sorcier Extraordinaire est mon demi-frère et que nous soupçonnons quel est le secret d'Anteras. Juste ça. L'allusion à un secret devrait perturber Anteras, et c'est exactement ce qu'il me faut.
L'édifice tout entier trembla, de ses sous-sols jusqu'au premier étage. Harry vacilla légèrement, rattrapé quasi-aussitôt par Lucretia. Ten Ko Gibba ? s'étonna-t-il. Ana et Alexa étaient capables de produire des sortilèges avec une puissance telle qu'il pouvait y être soumis malgré lui sous sa forme sorcière ? Pire, elles ne faisaient, pour le moment en tout cas, que s'amuser.
− Chok'dio, murmura le Démon.
Le monde se transforma, tout comme ses yeux. Chaque élève était devenu une sorte de haute lanterne de tailles variables : James dépassait à peine Rogue, qui était à la même hauteur que Sirius, mais tous trois paraissaient très petits à côté de Lily et Leonie, apparemment à égalité. Regulus avait du potentiel, mais bien moins qu'Aurelia ou Tara, qui n'arrivaient même pas à la hauteur de Lucretia. Plus surprenant, Peter possédait de réelles compétences qui, s'il en avait eu conscience, l'auraient au moins fait devenir un rival pour Remus ou Avery. Berenis et Mary, elles, étaient à égalité, même si la Serpentard semblait disposer d'un petit surplus de puissance.
Toutefois, Harry se concentra au-delà de son groupe, traversant les murs de la Grande Salle pour admirer deux immenses lumières, l'une d'un bleu saphir, l'autre d'un vert émeraude. Elles étaient gigantesques, atteignant tout juste le plafond, mais elles étaient englouties par d'autres encore plus impressionnantes, qui elles-mêmes avaient presque l'air ridicules comparées à d'autres. Un véritable podium était possible à former. Un Top 5 pas vraiment surprenant, quoique : Bellatrix occupait la cinquième place, surpassée par le professeur Bresch, alors que Dorcas tenait la troisième place, dominée de peu par Dumbledore. Au sommet, et sans grande surprise, Lorca écrasait le reste, étincelant d'un argent sillonné de rouge qui remplissait et débordait même de la Grande Salle.
Le Démon se concentra, non sans difficulté, afin de soumettre son sortilège à son seul œil gauche pour que son œil droit puisse retrouver le monde tel qu'il avait l'habitude de le voir.
− Qu'est-ce que tu fais ? interrogea Nadège, curieuse.
− Il observe le monde spirituel, répondit Lucretia. Il peut voir la couleur et la grandeur de nos âmes. Qu'est-ce que tu cherches, 'Thanou ?
− Ce à quoi nous ne nous attendons pas. A mon avis, Anteras a créé un nouveau type de gerfaut capable de se faire passer pour quelqu'un d'ordinaire. Sinon, pourquoi le tournoi intéresserait-il tant les Mangemorts ? Ils sont plutôt mécontents, pour l'instant, mais Bellatrix est un livre ouvert. Son fanatisme est tel que son occlumancie ne lui sert à rien. Regulus, tu es plutôt populaire, non ? En tant que Black et attrapeur, je veux dire.
− Heu… Assez, oui.
− Ce n'est pas moi qui ai reçu 23 déclarations d'amour à la St Valentin, en tout cas, dit Avery.
Le destinataire rosit légèrement en lançant un regard furieux à son aîné, d'autant que Sirius ne manqua pas de rire sous cape pour accentuer l'embarras de son petit frère.
− C'est une bonne chose, continua Harry comme s'il n'y avait eu aucune interruption. Demande à Straton et à son ami John de t'aider à recenser tous les Serpentard qui n'adhèrent pas aux idées de Voldemort. Discrètement, bien entendu. Berenis, Nadège, faites-en de même chez les filles. Tara, Lulu' et toi avez votre réputation, faites-en sorte que la terreur que vous avez inspirée par le passé revienne en mémoire des élèves. Cassie, occupe-toi de tous les Poufsouffle avec Sarah. Croire que les Mangemorts viennent tous de Serpentard est une aberration. Pour Gryffondor, Remus et Peter s'occuperont de faire le recensement. Berenis, sollicite Kenny pour les Serdaigle. Je me charge de la menace d'aujourd'hui. Même si je ne crois pas que les mages noirs interviendront si le plan foire complètement, je préfère prendre une certaine assurance : James et Cassie, vous garderez le couloir nord. Aurelia et Leonie, vous vous chargerez de celui du sud. Lily et Mary, le couloir ouest. Remus et Peter, celui du sud.
− Et nous ? lança Beauchesne.
− Je te l'ai dit : vous êtes les meilleurs espions que nous puissions avoir. Si vous intervenez, vous vous trahirez et condamnez, au passage, le père d'Avery. Vous ne connaissez pas Voldemort. Si le père merde, le fils trinque – et si le fils merde comme son père, c'est toute la famille qui en subira les conséquences.
Harry amorça un geste, hésita, puis se résigna à l'appliquer, tendant une main.
− Nous ne serons peut-être jamais tous amis, déclara-t-il alors que Lucretia posait la main sur la sienne sans la moindre hésitation. Comme tout le monde, nous aurons une vision des choses différente. Mais à partir de ce jour, à l'instant même où vous jurerez fidélité à notre compagnie, vous mettrez votre honneur, votre dignité afin que la Légion Démoniaque pèse de tout son poids dans cette guerre futile. Dans une semaine, mon frère viendra ici afin de faire je-ne-sais-quoi. Il m'a dit de ramener mes amis, toute personne en qui j'ai confiance : c'est-à-dire, toutes les personnes présentes dans cette bulle. Vous pouvez refuser, vous pouvez accepter, mais sachez ceci : j'ai beau être un Démon, je n'ai pas encore acquis tous mes pouvoirs. Si vous joignez votre main à la mienne, vous prêtez serment de loyauté envers moi, envers nous, envers tout ce que nous avons à protéger. Si un Mangemort tente de vous tuer, nous serons là pour vous sauve. Si un Mangemort tente de me tuer, laissez-le faire. Si Voldemort tente lui aussi, laissez-le faire. Protégez ma femme, mes amis, ma famille, et je protègerai tous les vôtres.
Les Maraudeurs et les filles de Gryffondor et de Serpentard avaient déjà joint leurs mains à la sienne, mais une certaine perplexité fit hésiter les garçons de Serpentard.
− Pourquoi ? interrogea Rogue. Pourquoi devons-nous laisser Anteras, un Mangemort ou le Lord noir te tuer ?
La main de Lucretia se resserra sur la sienne, comme pour le dissuader d'en dire trop.
− Une seule personne peut me tuer, reconnut-il, mais il lui faudra le faire deux fois. Ca n'a rien à voir avec ma condition de Démon, c'est de la vieille magie doublée d'un incident inattendu. Samedi, vous saurez tout sur toute l'histoire de Lord Voldemort. A condition que vous prêtiez allégeance à la Légion Démoniaque. Mentez et ça ne m'échappera pas. Feignez et ça ne m'échappera pas. Faites preuve de loyauté pour mieux nous trahir et je saurais votre plan avant même que vous n'atteigniez la sortie. Je ne suis pas cruel, je ne suis pas méchant, je n'ai même pas envie de tuer Voldemort ou Anteras : je suis juste un sadique qui sait que la douleur psychologique, mentale, morale est pire que la douleur physique. Tu veux détruire un homme ? Ne t'en prends pas à son corps, focalise ta malveillance sur son esprit. Brise-lui un bras, il s'en remettra. Brise son esprit, rien ne dit que tu le reverras face à toi un jour.
− Tu sais que tu commences à me faire peur ? dit Sirius.
− Crois-moi, je me fais encore plus peur qu'à toi, mais je suis lucide. Nous avons presque tous le même âge. Il y en a qui ont dix-huit ans, d'autres dix-sept, mais je suis le seul à avoir vu la mort. Quand j'avais un an, puis dès que j'ai onze, puis douze, puis treize, puis quatorze, puis quinze et depuis mes dix-sept, je ne compte plus toutes les fois où ma vie en danger. Mes parents humains, un serviteur de Voldemort sacrifié sans hésitation, un aîné un à peine plus âgé que moi qui m'aurait protégé coûte que coûte, mon parrain, mon mentor… Ils sont tous morts à quelques mètres de moi. Il n'y a que mon père humain que je n'ai pas vu périr. Mon meilleur ami a failli mourir à cause d'un abruti ne sachant pas comment assassiner mon mentor. Une camarade a été mise en danger à cause de ce même abruti qui manquait d'imagination pour atteindre son objectif. Vous savez pourquoi ? Parce que son père avait considérablement déçu Voldemort. S'il ne tuait pas mon mentor, toute sa famille en paierait le prix. Le père, la mère, le fils y passeraient.
Il serra les poings sans vraiment le vouloir, envahi l'émotion, et des foudres écarlates et dorées s'élevèrent des dalles pour tourbillonner autour de ses jambes et s'enfoncer dans sa chair sans infliger le moindre dégât, ni à son uniforme, ni à son corps.
− J'ai tout dit pour n'importe quel esprit éclairé, avisé et intelligent. La Légion Démoniaque est née et elle fera montre de sa puissance quand il le faudra. Yakusoku da ze !
Les mains se joignirent à celles des jeunes mariés.
− Yakusoku desu yo ! promirent les filles et les Maraudeurs.
Si les Serpentard ne comprirent rien à l'engagement prononcé en japonais, ils le répétèrent avec plus ou moins de maladresse, mais avec sincérité. Conscients que leur présence pourrait mettre à mal leur intégrité, le trio mené par Rogue s'absenta pour que les Mangemorts ne les aperçoivent jamais avec des ennemis déclarés. Certains des soutiens de Voldemort ne manquèrent pas de leur emboîter le pas pour obtenir des explications, mais Harry resta concentré sur le duel entre Ana et Alexa, notamment parce que les portes de la Grande Salle s'ébranlèrent d'une telle violence que des fissures certaines plus profondes que d'autres, se dessinèrent dans le bois.
Harry sourit, rayonna, jubila : les Mangemorts déchantaient. Même Bellatrix ne parvenait pas à avaler cette pilule d'une puissance improbable. Dumbledore et les professeurs Bresch et Flitwick intervenaient sans arrêt afin de renforcer les enchantements protecteurs tant la violence des sortilèges était puissante. Le directeur français ne masquait rien de son plaisir, son minuscule collègue resplendissait de fierté, mais les mages noirs voyaient rouge et ne participaient guère à l'engouement général. De Rodolphus à Thawne, en passant par Lucius et Nott, le duel n'était plus qu'un simple spectacle, mais un cauchemar futur.
− Comment ça se passe ? s'enquit Mary au moment où le bâtiment trembla de ses fondations jusqu'à son toit.
− Elles jouent, dit Harry, mais Ana commet une erreur : ses sorts ont beau être puissants, Alexa utilise la force de chacun d'eux pour la retourner contre lui. Grosso modo, si je tente de désarmer Aurelia et qu'elle utilise cette manière d'opérer, mon Expelliarmus se retournera contre moi en ajoutant la puissance du sien…
− Un produit deux en un, résuma Remus.
− On peut voir ça comme…
Le Démon se braqua.
− Quoi ? Quoi ? Quoi ? s'inquiéta Leonie.
− Une âme vient de disparaître. D'un coup. Mais pas du côté des Mangemorts. Merde, je ne reconnais pas tous ceux qui se trouvent dans la même tribune ! Comment j'ai pu laisser passer un tel détail ?! C'était évident que la menace ne viendrait pas du côté des Mange..
− Vas-y ! ordonna Lucretia.
Il la soupçonna se réjouir de pouvoir faire admire le transplanage-éclair de son époux à leurs amis, mais Harry ne se fit pas prier. Et comme à chaque fois qu'il avait recours à cette méthode de déplacement, tout se passa avec une telle rapidité qu'il lui fallut une bonne seconde pour comprendre qu'il était toujours en face de ses amis, une main refermée autour du cou d'un homme inconscient qu'il soulevait au-dessus du sol comme s'il avait porté un vulgaire mannequin rempli d'air.
− Je n'ai rien pigé, dit Sirius, déconcerté.
− Bah si, affirma Leonie. Il a fait plein d'étincelles rouges et or.
− Je n'ai rien vu de tel. Il n'a même pas bougé de sa place.
− C'est parce qu'Ethan se déplace trop vite pour l'œil humain, de gozaru, dit Leo en les rejoignant, un grand carton porté sur l'épaule.
Il posa son fardeau en même temps que Harry en faisait de même avec son prisonnier. Il était si facile à bouger que le Démon eut plus que jamais l'impression de tenir une coquille vide de forme humaine. Leo ouvrit la boîte : à l'intérieur, une multitude de bracelets semblant en verre étaient gravés d'étranges et fins symboles qu'il n'avait pas souvenir d'avoir déjà vu à la Cité. Entassés pêle-mêle, les accessoires étaient empilés contre une sacoche que le Dieu de la Mort extirpa sans se soucier du risque que les bijoux, d'apparence fragile, ne se brisent.
− En réalité, c'est plus complexe que cela, mais il faudrait que j'étudie la question pour bien comprendre cette technique de transplanage, de gozaru. Sirius ne peut pas voir les scintillements, mais Lucretia les perçoit à peine. Remus, en revanche, a dû voir Ethan disparaître un très bref instant, non ?
Mal à l'aise, le Maraudeur acquiesça.
− Ce que tu es stupide, soupira Aurelia. On sait toutes pour ton « petit problème de fourrure », comme disent si bien James et Sirius. Après toutes les années où Rogue a gonflé Lily avec ses théories, la régularité dus maladies lunaires de ta mère, on ne pouvait que finir par découvrir la vérité. Alors, tu vas me faire plaisir et arrêter de voir en toi une immondice… Tiens, quand j'y pense, on pourrait lui présenter ta voisine, Nad' !
− Non, dit Harry. Il faut le présenter à Damoclès. Il travaille sur une potion qui permettrait au loup-garou de ne rien perdre de son humanité pendant ses transformations. Je demanderai à Slughorn d'organiser une petite soirée, il pourra te le présenter, d'autant que c'était l'un de ses élèves préférés. Pour l'heure, je crois que notre cher Dieu de la Mort a oublié de nous dire un petit quelque chose.
− Tch ! Il a remarqué, de gozaru.
Des élèves commençaient à s'approcher, curieux, intrigués, menaçant d'entrer dans la bulle d'Insonorisation et renoncèrent finalement à s'avancer davantage lorsque Lorca apparut, émergeant de l'habituelle fumée noire avec le professeur Bresch, dont elle lâcha le bras. Le sol trembla violemment, manquant de faire tomber tout le monde à l'exception de Leo, solidement ancré sur ses appuis. Il arqua néanmoins un sourcil vaguement surpris.
− Eh beh, Ana doit vraiment être coriace, de gozaru. Dommage qu'elles soient toutes les deux de la Brigade, il ne me sera pas possible de punir la perdante.
− J'ai perdu, signala Lucretia.
− Contre la Beauté de la Mort, donc contre une Brigadière officieuse, mais si tu y tiens, j'ai quelques idées qui vous feraient découvrir le monde sadomasochiste à Ethan et à…
−Ta gueule ! l'interrompit le professeur Bresch en abattant son poing sur son crâne, sans effet. Pourquoi même Firagan n'a pas réussi à identifier la menace ? Il l'a pourtant sentie pénétrer dans Lavorsy, alors comment ce type a pu lui échapper ?
Leo ne répondit pas tout de suite et ouvrit sa sacoche pour en déballer trois fioles, une éprouvette, un anneau à six pointes, une flasque argentée qu'il déboucha avec les dents pour avaler une longue rasade de son contenu – le professeur Bresch parut sur le point de le frapper une nouvelle fois –, puis, pour finir, un long poignard Nehoryn au manche noir brodé d'or de katakana, les syllabes utilisées par les japonais pour les mots étrangers. Si les cours de Draya se concentraient surtout sur les hiragana, Harry put néanmoins déchiffrer que le manche portait le nom de Leo.
− C'est une très bonne question, de gozaru. Depuis l'attaque lancée par Ysogür sur le manoir de Chouchou, un détail me taraudait l'esprit pourquoi envoyer une Lame du Chaos ayant échoué contre des sorciers et Garwir se jeter à l'assaut d'une créature qu'Anteras soupçonne, au mieux, d'être seulement un demi-démon ? Pourquoi être obstiné à envoyer son général le plus faible pour affronter un adversaire dont il ignore la puissance, alors qu'il le sait très bien entouré ? Gavile, l'Ethrossie Yula et le capitaine Omergan m'ont aidé à réfléchir à ces énigmes, car elles les perturbaient également. La réponse est venue de la petite Sedulan qui vend ce fromage super bon.
− Anorys, dit Lorca.
Harry sentit l'humeur de la Nehoryn s'assombrir légèrement. Elle tendit la main vers Leo, qui lui transmit sans se poser de question le poignard. Elle s'accroupit et, d'un geste vif, le planta dans la poitrine de l'homme, faisant sursauter les spectateurs, qu'ils fussent dans la bulle d'Insonorisation ou non. Aucune goutte de sang ne jaillit de la plaie, pas plus qu'il n'en dégoulina une de la lame quand Lorca la retira.
− Il était déjà mort ? interrogea le professeur Bresch, incrédule.
− Non, il n'existait pas. Ran'go-ky était une ville Sedulan réputée pour ses produits alimentaires. Au point que seules des personnes vraiment aisées pouvaient s'offrir certaines de leurs productions. Il y a huit ans, nous avons été complètement stupides : Anteras avait lancé un assaut massif dans le nord, alors qu'une troupe massacrait, au sud, les habitants de Ran'go-ky. Quand nous avons été prévenus de la seconde attaque, nous avons laissé Midori et Damar s'occuper de l'offensive et avons accouru jusqu'à la ville. Il n'y avait personne, aucun cadavre, mais le sol était recouvert de sang. Les Shadrian ont parcouru la région dans l'espoir de trouver des survivants : Zorith et sa sœur Anorys étaient à la tête d'enfants affamés, assoiffés, terrifiés… Les Sedulans ne sont pas des guerriers, la haine de l'autre est un sentiment qui leur est totalement étranger, mais que des parents doivent protéger une fille ou un fils, voire même l'enfant d'un autre, ils font tout pour attirer l'attention pour leur permettre de fuir.
Ses doigts grincèrent sur le manche du poignard. Malgré son hermétisme, la colère la gagnait.
− Un an plus tard, les habitants de Ran'go-ky sont revenus, miraculeusement sains et saufs, se comportant très naturellement. Souvenirs, tics, expressions, sentiments, larmes de joie pendant les retrouvailles. Zorith a couru à la rencontre de son père et l'a poignardé. Pas de sang, pas de douleur, même pas une once de surprise de son père qui, la seconde d'après, lui a brisé la nuque. Une bataille s'est engagée, mais elle a tourné court dès que Damar y a mis son grain de sel. Quatorze enfants tués, certains par leurs propres parents, oncles, tantes, frères, sœurs, puis ça ne s'est jamais plus reproduit. Les horreurs de la guerre hantent les esprits, mais nous commettons souvent cet acte impardonnable : oublier qu'un incident isolé peut se reproduire à n'importe quel moment.
Leo ouvrit une main. Une flamme violacée striée de vert pomme jaillit pour faire apparaître un gros flacon qui contenait un liquide d'une couleur peu ragoûtante. Il vida à l'intérieur la première fiole, remplie d'une substance jaunâtre, et une bouffée brunâtre s'éleva par le goulot. Il ajouta la suivante, bleu azur, mais il ne se passa rien, ni panache, ni changement de couleur, ni même un bruit. La dernière, semblable à du café mais plus épaisse, glissa à la manière d'une épaisse crème noirâtre.
− Chouchou, tu me dis stop, de gozaru, décréta le Gryffondor en bouchonnant la grande fiole.
Il se mit à la secouer sans plus d'indication, tel un barman, sous les regards perplexes des autres. Harry, moins informé qu'eux, comprit toutefois l'expérience assez rapidement : il la sentait naître, grandir, vieillir, s'assagir…
− Arrête ! s'exclama-t-il, ahuri. Comment… ?
− Comment quoi ? interrogea Tara.
Le Dieu de la Mort agita légèrement le flacon avec un sourire rusé.
− Je viens de créer une âme, de gozaru. Artificielle, évidemment, et bien entendu, soumise à des directives très strictes. Firagan ne peut pas percevoir les âmes comme Ethan, et même s'il laisse Draya gagner contre lui quand ils jouent ensemble, ses pouvoirs sont immensément plus développer. Si vous dîtes « air », vous dîtes forcément « Firagan ». Il a remarqué que quelque chose n'allait pas car quelqu'un ne respirait pas, mais avant qu'il n'ait pu le détecter, ses poumons ont commencé à fonctionner comme tous ceux des autres. Il n'a donc pas pu l'identifier. Anteras… non, plutôt Byr, a dû améliorer ce procédé afin de le rendre plus difficilement détectable. Une idée qui pourrait être à la fois utile et dangereuse.
− Comment ça ? demanda James.
− Car je risquerais de me trahir, dit Harry. Tout au moins, orienter Anteras vers la nature de mon pouvoir. Plus d'âmes artificielles disparaîtraient avant d'atteindre leurs objectifs, plus il finirait par penser que ce sont elles que je perçois.
Tout le bâtiment vibra à nouveau, plus violemment que jamais. De la poussière tomba des murs, des boiseries craquèrent en se fissurant, quelques élèves perdirent l'équilibre, mais Harry savoura cet instant : les Mangemorts ne comprenaient toujours pas que le plan, à moitié expliqué sans doute, ne s'était toujours pas déroulé, alors qu'il leur devenait de plus en plus difficile d'accepter que deux adolescentes puissent être aussi puissantes. Et dire que même maintenant, Ana et Alexa ne faisaient que s'amuser, même si un semblant de sérieux avait commencé à se manifester.
Harry réprima un soupir et posa une main sur la poitrine transpercée de l'homme. Il n'aurait su dire comment, ni même pourquoi, mais il avait eu le sentiment qu'il lui fallait faire ce geste. Une intuition ? Non, il en était sûr. Cela venait de quelque part de son esprit, peut-être bien la bibliothèque de son père. Mais c'était une intuition de qualité, réalisa-t-il.
− Cet homme était un Moldu, affirma-t-il.
− Comment tu le sais ? s'étonna Peter.
− Je suis marié.
− Ah… Oh ! Ca veut dire qu'il y a une différence entre les sorciers et les Moldus ? Au niveau des corps, bien sûr.
− Théoriquement, non, dit Lorca, mais Ethan perçoit les âmes et, dans ce cas-là, il y a une nuance qu'il doit lui être possible de capter. Que la personne soit morte ou non. Une âme est comme une empreinte digitale : dans un délai relativement restreint, elle laisse sa trace. Quand un être humain meurt, ses empreintes digitales finissent tôt ou tard par disparaître. Quand une âme quitte un corps, c'est la même chose. Miss Berkelay, prévenez Mr Ash du besoin que nous aurons de la photo de cet homme. Aurélien, assurez-vous que le Premier ministre je puisse avoir un entretien avec lui. Mr Silver, les Tokonigü sont-ils opérationnels ?
− Mochiron, de gozaru. Même si ça ne marche pas sur moi, je vais quand même venir à votre cours, ça sera un peu rigolo.
Il y eut une explosion d'acclamations qui fit presque trembler le bâtiment, tant le duel entre Ana et Alexa avait passionné. Harry aurait été incapable de dire qui avait gagné, car les deux jeunes femmes semblaient aussi ravies l'une que l'autre. Les portes de la Grande Salle s'ouvrirent sur leur passage, au même moment où les Serpentard revenaient dans le hall d'entrée, sans doute alertés par les applaudissements tonitruants des spectateurs.
Dans un petit saut joyeux, Alexa s'arrêta devant Leo.
− J'ai perdu ! annonça-t-elle gaiement. Quand est-ce que j'aurais ma punition ?
− Tu as fait exprès de perdre, connasse.
− Même pas vrai ! Ana a juste été plus maligne que moi ! Et tu as oublié de dire « de gozaru ».
− Ah, merde… de gozaru.
Harry échangea un regard avec la Serdaigle. Impossible de connaître la vérité, constata-t-il. Ana paraissait être à bout, mais Alexa, malgré sa bonne humeur, n'avait guère l'air en meilleur état. Mais Leo n'était pas du genre à exagérer : à un moment ou à un autre, la Reine avait dû délibérément baissé sa garde pour subir sa défaite... Une étrange coïncidence attestait l'éventualité d'une défaite voulue, car au prochain tour, les demi-finales se feraient par tirage au sort. Si Leo était déjà qualifié pour la finale, le Démon avait la très curieuse impression que Lily et Ana se retrouveraient, comme par magie, face à face.
Leonie sembla s'être faite la même réflexion, car elle se précipita sur lui d'un air paniqué.
− C'est quoi, l'animal que tu détestes le plus ? Qui te fait peur ?
− Une peluche ne me perturbera pas, tu sais ? Et puis, je n'ai pas encore gagné.
− Oui, mais si tu gagnes, je vais peut-être me retrouver contre toi, alors c'est pas rigolo si je ne peux pas avoir un avantage !
Harry sourit.
− Je ne raffole pas des chiens. Surtout les bouledogues.
− C'est la vérité vraie véridique, hein ?
− Promis. Surtout si tu l'appelles Molaire.
Le petit bout de femme-enfant rayonna et s'empressa d'attraper la main de Mary pour la trainer derrière elle en direction de la Maison de Gryffondor, où elle avait visiblement l'intention de commander la peluche de Molaire, fichu bouledogue qui avait rendu la vie infernale à Harry à chaque visite de la tante Marge.
Plongeant une main dans sa poche, il en sortit la potion de Limitation et ôta le bouchon. Être fair-play était, de temps en temps, un état d'esprit regrettable, mais il devait au moins ça à Rogue, notamment parce qu'ils devaient s'affronter des Mangemorts et qu'il fallait à tout prix que son camarade prouve sa valeur. Le laisser gagner serait stupide, même si une défaite n'était pas à exclure, mais il fallait jouer le jeu jusqu'au bout, montrer que Rogue se révélait être un allié non négligeable pour les Mangemorts. Restait à espérer que la guerre se terminerait avant ce jour fatidique où l'éventuel futur maître des potions aurait à risquer sa vie en tant qu'agent-double.
Engloutissant la potion, non sans adresser un dernier baiser à Lucretia et confiant l'homme-marionnette à Leo et à Lorca, il vida le flacon et retrouva Rogue aux portes de la Grande Salle, où le professeur McGonagall venait d'apparaître pour les accueillir, visiblement destinée à arbitrer leur duel.
− Elle fonctionne vraiment, au moins ? interrogea son camarade.
− Ouais. Sous ma forme sorcière, elle m'empêche d'avoir recours à ma magie démoniaque. Sous une forme de Démon, elle régule mon pouvoir. Notre duel sera celui de deux sorciers, ni plus ni moins. Est-ce qu'Avery a écrit à son père ?
− Il le faisait quand je suis parti. Ca n'a pas été facile de trouver une explication au comment nous avons eu les informations te concernant, mais ça devrait passer.
− Tenez-moi au courant, alors. Et samedi prochain, rendez-vous au troisième étage. Mon frère a quelque chose de prévu pour nous tous. En attendant ce jour où vous découvrirez à quel point cet idiot file les chocottes, prouve à tout le monde que le Prince de Sang-Mêlé est digne d'un Démon.
Rogue esquissa un sourire.
− Compte sur moi.
Le professeur McGonagall les regarda passer devant elle avec l'ombre d'un sourire, comme si elle savourait ce nouveau rapport social entre les deux Serpentard. Les tribunes étaient plus hautes, plus larges, que jamais et plus que tout, plus bondées que les mois précédents. Daimao sur les genoux et elle-même assise sur ceux de sa grand-mère, Draya arborait un kimono vert brodé d'un serpent argenté. Ady la Sedulan était également présente, assise sur les genoux de John Guard, dont la petite amie semblait trouver la scène « familiale » très intéressante. Armés d'une longue banderole rouge, or, vert et argent, Bill et Charlie brandissaient un message assez inattendu : « Nul papa de Draya ne peut perdre ! »
Rogue avait ses propres soutiens. D'anciens élèves de Serpentard, évidemment, mais surtout celui de sa mère : plus maigrichonne, pâle, banale, l'air grognon, elle paraissait tout de même heureuse d'être là et adressa même à Harry, très discrètement, un petit geste de la tête pour le saluer. A l'évidence, elle lui était reconnaissante d'avoir rabiboché son fils et Lily, qu'elle appréciait visiblement.
Le professeur McGonagall appela les deux duellistes à se saluer, puis tous deux se tournèrent le dos, s'écartant l'un de l'autre de dix pas, puis attendirent le signal. Le combat commença sur les chapeaux de roue, et c'était peu dire : un feu d'artifice serait passé pour une misérable étincelle, à côté des éclairs, des flammes, des détonations, des étincelles, des crépitements aux couleurs flamboyantes qui éclatèrent, se heurtèrent, se neutralisèrent au beau milieu de l'estrade. Rogue était vif, mobile, réactif, précis, concentré, déterminé – pas parce qu'il était le rejeton d'Eileen Prince, pas parce qu'il voulait retrouver Lily dans une prochaine phase finale, mais pour la seule raison que, pour la toute première fois de sa vie, il avait réellement l'occasion de montrer ce qu'il était capable de faire face à un adversaire inhabituel.
Il était fort, très fort. Harry le comprit très vite. Acculé, bondissant, roulant, se défendant, parant, il sentait une certaine irritation monter en lui tant il avait l'impression d'être dominé, de subir. Rogue imposait le rythme, et il ne trouvait rien d'autre à faire que de s'y soumettre. Pourtant, c'était lui qui était en position de force : même s'il était mené par le bout du nez, qu'il esquivait, bloquait ou encore déviait, il n'avait pas encore eu la moindre botte secrète à révéler, contrairement à son challenger, qui décocha une longue ligne bleutée qui manqua de le prendre de court.
Harry planta sa baguette dans la paume de sa main gauche, la transperçant non sans une grimace, et secoua très énergiquement sa main ensanglanté pour répandre le liquide rouge aussi vite que possible. Il attrapa le maléfice à main nue sous le regard estomaqué de Rogue et des spectateurs : le sortilège grésilla, blanchit, se transformant en une véritable foudre qu'il leva comme un lanceur de javelot.
Rogue comprit aussitôt, mais il ne se débina pas, traçant un large cercle avec sa baguette pour invoquer un très grand bouclier invisible. Harry réprima un sourire, se retourna et balança son éclair grésillant. Sa baguette pointa un endroit particulier qui ondula comme une flaque perturbée par une onde : la foudre la traversa, disparut, puis, dans un cri étouffé, comme quelqu'un s'endormant avec surprise, Rogue s'écroula, inconscient.
Le Démon sentit ses jambes flageoler et tomba à quatre pattes, rampant péniblement jusqu'à son adversaire. Il appliqua deux doigts sur sa nuque et se sentir rassuré : son stratagème avait marché correctement, malgré ce tout premier essai. Aspirant le sang restant sur sa paume, il le recracha sous la forme d'une sphère, comme un bonbon ou l'une des billes données par son frère, et l'inséra dans la bouche de Rogue. Celui-ci se réveilla en sursaut avec une forme olympique, mais le regard hagard.
− Qu'est-ce… ?!
− Sortilège des Points Jumeaux, indiqua Harry, sans prêter attention aux ovations quelque peu décontenancées. Si je crée un vortex à une certaine distance de moi, il s'en créera un à la même distance de toi. Ainsi, ce que j'ai lancé derrière moi est arrivé derrière toi. Je t'apprendrai, c'est assez amusant, car tu peux tout faire passer. Tu te sens bien ? La Foudre Blanche est quelque chose de très dangereux. Elle n'est pas mortelle, en général, mais tout le monde n'a pas la même résistance…
− Ca… Ca va, ça va. Juste un peu raide au niveau des épaules. J'espérais juste gagner…
− Tu l'as fait, assura Harry. Aux yeux de ta mère, tu as été prodigieux. Aux miens, tu as été terrible. Je pensais que tu poserais de sérieux problèmes, mais j'avais tort : tu as été une véritable épine plantée dans mon pied. Mais notre objectif est atteint : les Mangemorts ont pris conscience de ta valeur. Samedi prochain, toi et les Serpentard qui auront été identifiés comme hostiles à Voldemort, retrouvez-nous au troisième étage. Mon frère s'est décidé à entrer en jeu. Sérieusement.
Minna, omatase shimashita !
Ca m'a pris un peu beaucoup vachement grave trop de temps pour écrire ce chapitre, mais j'ai eu un, deux, trois ou quatre soucis, donc j'ai ramé pour l'écrire. Et comme excuse, je l'ai fait très long ! Enfin, plus long que d'habitude. Rien de bandant-bandant, mais j'ose croire que ça annonce la couleur des chapitres à venir ! Car je vais accélérer l'histoire en essayant d'en faire un truc épique… ou pas.
Bonne lecture ! :)
