La liesse des quarts de finale passée, on n'attendait plus qu'à savoir si le tournoi serait traficoté pour que le duel le plus attendu, à savoir celui opposant Lily à Ana, aurait lieu ou si la compétition se déroulerait en confrontant la splendide Serdaigle à Harry et la belle préfète-en-chef au Bébé de Gryffondor. Mais plus urgent encore que cela, c'était sur les révisions, les révisions et les révisions que les élèves se concentrèrent dès le lendemain. Les professeurs ne se gênaient d'ailleurs pas pour rappeler que le mois de mai approchait, donc les examens aussi, et organisèrent des cours de rattrapage pour quiconque souhaitait combler ses lacunes. Petite surprise de Dumbledore, des membres de l'Alliance vinrent apporter leur aide pour expliquer leur perception de la magie et offrir un nouveau regard sur ce qu'ils avaient pu apprendre de la sorcellerie depuis leur arrivée.

Le lundi matin, cependant, tout passa au second plan pour tous les élèves ayant cours avec Lorca, car – enfin ! –, ils allaient découvrir ce qu'étaient ces mystérieux bracelets ramenés samedi par Leo. Certes, Alexa attendait le Dieu de la Mort plus que l'exercice en lui-même, d'autant qu'il lui avait promis, plus par lassitude que par réelle envie, de rester à Lavorsy toute la semaine. Sauf si sa présence était requise par le commandement, évidemment, ce qu'il semblait à moitié espérer pour ne pas laisser Midori lui voler la vedette en cas de mission importante.

Ce fut donc d'un pas presque dansant que la magnifique Serpentard quitta la Grande Salle, mais Harry n'en sut rien. Il n'était pas descendu manger, n'ayant pas faim, et ne percevait jamais les âmes présentes à Lavorsy quand il était enfermé dans l'une des dimensions du troisième étage. Pour l'heure, il contemplait juste les effroyables et improbables ravages qu'il avait lui-même provoqués : l'immense, féérique, verdoyante forêt n'était plus qu'une grande plaine au sol mort jonché d'une multitude de troncs calcinés, de buissons réduits en cendres, de souches encore fumantes. Seul survivant, s'érigeant au milieu d'un petit carré d'herbe, un grand cerisier aux pétales d'un rose pâle. Il ne l'avait pas vraiment épargné délibérément, mais juste parce que…

− Que fait un arbre réel ici ? demanda-t-il.

Lorca venait d'apparaître derrière lui et s'approchait.

− Vous percevez donc son âme, remarqua la Nehoryn.

− Non. Enfin, je ne sais pas. Il y a quelque chose d'étrange qui en émane, quelque chose de familier. Un peu… comme un parfum que j'aurais appris à sentir au quotidien ou… une sorte de résidu d'âme qui y serait accroché. Je l'ai entendu, j'ai senti sa peur, mais il y avait cette impression indéchiffrable qui me dictait de le protéger.

− C'est parce qu'il porte encore l'empreinte spirituelle de Draya. Votre fille adore les sakura, alors quand elle a vu Midori lui en ramener un du Japon, elle s'est empressée de se jeter sur le tronc pour l'étreindre. Cependant, je dois reconnaître que je ne m'attendais pas à ce que vous appreniez à maîtriser le maléfice du Brasier avec une telle facilité. Et en seulement une journée d'entraînement. Il ne semble même pas vous avoir fatigué.

Harry regarda ses mains comme si elles avaient été des écrans indiquant son niveau d'épuisement.

− En effet, je n'ai pas l'impression d'avoir dépensé beaucoup d'énergie. Par contre, je ne comprends pas. Mon frère ne peut produire que des flammes, apparemment, alors que je peux également utiliser les éclairs.

Lorca médita sur la réflexion en faisant apparaître une arcade pour les ramener dans le couloir. Harry retrouva l'accès aux âmes des élèves et des professeurs qui prenaient le chemin des classes, Hagrid retournant à sa cabane avec quelques étudiants libres et passionnés par le jardinage et Madame Pomfresh remontant à l'infirmerie.

− Le processus de fécondation, dit alors la Nehoryn en refermant l'ouverture. Votre frère est à la fois un frère, mais également votre fils. Il a été conçu naturellement, alors que vous êtes littéralement la réincarnation de votre père. Lathar a placé son essence même dans les Pierres, mais sans que ça n'ait de réel impact sur la vôtre. Dit de cette manière, ça peut paraître extraordinaire, mais c'est en réalité de la simple modulation cellulaire. A vingt ans environ, les Umidareens sont capables d'en faire tout autant. Ce n'est ni plus ni moins qu'une sorte de métissage. Quand Midori avons commencé à sortir ensemble, il a fait la même chose avec mon chat, qui a vécu pas loin de cinquante ans.

Harry hocha la tête. C'était quand même une situation un peu bizarre, songea-t-il, mais un détail soulevé par la Nehoryn lui ramena à l'esprit un détail qu'il ne s'expliquait toujours pas.

− Je ne la perçois pas. L'âme de Midori, je veux dire. Enfin, je peux la sentir, mais elle… ne dégage rien. Il est aux petits soins avec Draya, je suis sûr qu'il vous aime, il prend soin de moi, et pourtant… rien. Il semble faire la moindre bonne ou mauvaise action sans aucun sentiment.

− Parce qu'il en est incapable. Quand un Démon ou un demi-démon enfreint certaines lois, il devient maudit et subit les conséquences de ses actes. Comme vous le savez, il vous a donné le prénom de son frère. Sûrement pas pour se racheter de l'avoir assassiné, mais pour que vous lui en donniez une meilleure image. Ethan a détesté que son frère ait hérité de l'héritage de Byr. C'était viscéral. La simple évocation de Midori le mettait hors de lui, lui faisait se sentir rabaisser, alors qu'il était le plus apprécié, le plus toléré de la famille, car perçu comme normal et nettement plus sociable. Mais ça ne lui suffisait pas, alors il a attiré Midori dans un coin reculé, l'a poignardé et a déclenché ce qui devait arriver : cette tentative de meurtre a déçu, blessé, vexé, énervé Midori, qui était alors trop jeune pour contrôler ses pouvoirs. En Mirvira, il existe une nuance entre assassiner et tuer : le premier acte est un geste volontaire pour nuire à la vie de quelqu'un, le second est, selon les circonstances, tolérable à condition que la chose ait été faite pour protéger. En Alterion, Midori aurait sans doute été condamné, mais la Cour des Mages a jugé qu'il y avait légitime défense. Hélas, le pire était déjà fait : l'âme de cet idiot avait scellé ses émotions. Il a des sentiments, mais il ne les ressent pas, il est incapable de les manifester. Il a juste conscience qu'ils sont bel et bien quelque part. Midori aime bien plus de gens et de choses qu'on ne pourrait le penser. Il lui a fallu plus d'une centaine d'années pour être accepté par les Nehoryns, moitié moins par les Mages, mais ce n'était pas par gaieté de cœur, plus par utilité. Enfant, tout le monde l'admirait. Une fois adulte, on s'en méfiait, car sa puissance était, et ne cessait d'ailleurs, de croître.

− Heureusement, les choses ont changé depuis.

− Il aurait été déraisonnable, indigne, scandalisant que ça ne se passe pas ainsi. En trois siècles, il y eut bien de nombreuses guerres, raids, escarmouches, cataclysmes, que Midori régla parfois à lui seul, allant jusqu'à mettre sa vie en danger. Dans sa jeunesse, ma mère et son village furent les proies des flammes allumées par un Moldu, comme on dit en Alterion. Un raciste doublé d'un braconnier. Tout le monde luttait et essayait de protéger notre village, puis Midori est arrivé, a éternué et l'incendie s'est éteint. Il aime bien les mises en scène ridicules. C'est, je crois, la raison pour laquelle il prend plaisir à accepter ou à défier toutes les compétitions de Mr Silver.

Le Serpentard sentit une curieuse sensation se répandre dans l'esprit de la Nehoryn.

− Et ça ne vous plaît pas, affirma-t-il.

− Pas vraiment. Il n'y a qu'une seule chose que cet imbécile aime presque autant que moi : ce sont les défis se révélant à sa hauteur. Autrement dit, les personnes capables de lui tenir tête. Mr Silver soit aussi puissant n'a rien de réellement extraordinaire, bien de jeunes personnes ont démontré des pouvoirs improbables à divers âges plus ou moins jeunes, mais… Quelque chose cloche. Non sans honte, je suis entrée dans la tête d'Aurélien pour tenter de comprendre qui était vraiment ce garçon, mais je me suis heurtée à un enchantement bien trop puissant. Enfin, pour cette forme-ci.

Le Démon plissa le front.

− Bresch s'est ensorcelé ?

− Non : Mr Silver l'a ensorcelé. Et cet enchantement est d'une puissance assez stupéfiante. J'ai fait tout un tas de recherches possibles et imaginables, Albus m'a apporté son aide car il est lui-même intrigué par ce détail. Nos premiers soupçons se sont tournés vers le sortilège de Fidelitas, mais il s'est avéré que c'était autre cho…

Elle s'interrompit, car les élèves approchaient. Draya, un grand plateau à moitié rempli, engloutit en toute hâte un croissant aux amandes et se précipita vers son père d'un pas joyeux.

− Ze t'ai gardé plein de miamer, papa !

− Dont tu as mangé la moitié, visiblement, s'amusa le Serpentard.

− Même pas vrai ! Grande sœur Ninie m'a aidée parce que tata Alexa a dit que les pains au chocolat donnaient des gros nénés si on en mangeait au moins quatre par jour !

− Hé ! protesta le Bébé de Gryffondor. Ne parle pas de mes… mon corps devant des garçons !

Elle balaya toutes les braguettes, méfiante, d'un rapide regard, puis sembla rassurée de n'apercevoir qu'aucune bosse suspecte n'était apparue dans les pantalons de ses camarades masculins. Lorca, s'autorisant l'un de ses très rares sourires, posa la main sur le mur. Les pierres ondulèrent comme d'habitude et ouvrirent une large arche sur un bien étrange spectacle, quoique très semblable à celui du cours dernier : une forêt morte, Poudlard, une vaste prairie de coquelicots, une ferme au poulailler bruyant, un manoir sinistre aux fenêtres condamnées – s'il y avait de tout, Harry capta surtout une forme de menace assez alarmante. Et elle ne provenait probablement pas de Leo, entré on-ne-savait-quand-et-comment, qui inspectait le carton contenant les bracelets tout en se grattant la fesse droite.

A peine les premiers élèves entrés à la suite de l'enseignante, il jeta un regard vitreux, injecté de sang, vers eux et leva mollement une main pour les saluer en marmonnant :

Ohayō…

Ohayō, futur tonton Leo ! répondit joyeusement la Shadrian.

Alexa respira profondément pour ne pas laisser éclater sa colère d'avoir encore passé la nuit toute seule, mais à vue d'œil, ses amies se tenaient prêtes à intervenir pour l'empêcher de provoquer un esclandre avec l'homme qui lui manquait tant, surtout la nuit. Harry détecta néanmoins un certain changement de l'âme de Lorca, qui parut à la fois surprise et suspicieuse quant à la présence du Gryffondor. A l'évidence, elle ne s'attendait pas à le trouver déjà ici, mais le soupçonnait tout de même d'avoir percé le mystère de la salle créée par Midori. La question était bien entendu : comment ?

A mesure que les adolescents entrèrent, cependant, l'attention générale se tourna surtout vers… eux-mêmes. A chaque endroit apparut un sosie d'un élève. S'ils se ressemblaient en tous points, toutefois, Harry percevait tout de même une légère différence de la vibration spirituelle de ces clones. Ce n'était comme l'alter-ego de chacune et de chacun, ça ressemblait plus à… Le Démon cilla.

− L'achèvement, dit-il pour lui-même.

− Chouchou, t'es méchant de gâcher mon plaisir, de gozaru ! s'offusqua Leo en se redressant, la boîte dans les bras, pour rejoindre l'assemblée alors que l'arcade se refermait. Quoi que, quand on y pense, tu te trompes. Votre copie n'est pas vous, c'est votre ignorance. Qu'est-ce qu'un être humain ? Rien qu'un animal se prétendant avoir évolué plus que les autres. La société ? Elle existait bien avant qu'un homme sache dire « Bonjour » ou « Faim ! », « Soif ! », « Feu ! », « Prout ! »… Bref, bien avant que le primate ne sache construire un vocabulaire. Si vous pensez à l'art, la nature s'en est chargée avant même que la Terre ne se forme. L'architecture ? Un essaim ou une fourmilière n'est pas qu'un truc d'où sortent des insectes, c'est tout un réseau de galeries solidement calculé pour en faire une véritable cité. Même la musique n'est pas une création humaine : les oiseaux chantent tout comme la baleine, le murmure d'une brise dans un feuillage, le battement de la pluie en hiver, le ronronnement d'un chat et j'en passe…Et ne me dîtes pas que les humains y ont apporté la voix, Vallys peut chanter et se faire comprendre. L'humanité n'a apporté que trois choses : la pollution, l'illusion et la discorde.

− Et tu es qui pour affirmer ça ?! lança Wheeler.

− A ta place, j'éviterais de le provoquer, glissa Johanna du coin des lèvres.

− Qu'est-ce qu'un cerveau ? répondit Leo.

− Quoi ?! s'étonna le Poufsouffle. Bah, c'est un cerveau.

Le Dieu de la Mort posa le carton au sol et, avec une rapidité à la fois surprenante et pourtant connue de tous, dégaina sa baguette magique pour la brandir sur Wheeler.

Avada Kedavra !

L'éclair de lumière produisit un son semblable à une violente bourrasque qui atteignit, avant que quiconque ne puisse réagir, le Poufsouffle à la poitrine. Celui-ci blêmit, mais il resta en place, bien vivant, choqué, incrédule et complètement dépassé.

− Un cerveau, poursuivit Leo d'un ton très naturel, est une planète. Il possède deux hémisphères séparés par la ligne médiane généralement appelée « équateur ». Chaque hémisphère a un nom : l'un s'appelle « conscience », l'autre « inconscience ». Le traitement de chaque donnée transmise par les hémisphères est traitée par l'équateur, qui pèse alors le pour et le contre, la véracité entre le désir conscient et celui enfoui au plus profond de l'esprit du propriétaire. La puissance magique entre, bien évidemment, en compte. Clément, par exemple, m'a toujours haï, mais il serait incapable de m'assassiner pour la seule et bonne raison qu'au-delà de sa haine, son âme lui importe bien plus. Tuer quelqu'un déchire votre âme. Seul un profond et sincère repenti peut la réparer, et croyez-moi, ça n'arrive pas souvent, de gozaru.

Cela prit un petit moment à tout le monde pour enregistrer les paroles du Gryffondor.

− On va se battre à mort avec notre sosie ? demanda Lambert, perplexe.

− Non, vous allez entendre la vérité, de gozaru. La vérité à votre propre sujet. Celle que vous ne souhaitez pas entendre ou dont vous n'avez pas conscience. Pour faire simple, vous allez affronter qui vous êtes, et non ce que vous croyez être. C'est en cela que je dis que l'humanité a inventé l'illusion. Elle se berce dans ses beaux rêves à longueur de temps. Prenez les croyants : « Ô Dieu, merci pour cette belle planète que tu as créées… et que nous détruisons sans le moindre état d'âme ! » Prenez ce gamin de quatorze ans qui dit à sa petite amie « Je t'aime ! » et se retrouve, cinq ans plus tard, avec une autre nana qu'il a bien l'intention d'épouser avant de la tromper cinq ans encore plus tard. Prenez cette pétasse qui crache sur le dos d'une prétendue « amie » sous prétexte qu'elle est l'amante de trois mecs différents et qui se fait tringler tous les week-ends par des inconnus quand elle s'enivre en discothèque. L'être humain n'est évolué que s'il sait voir au-delà de ce qu'il perçoit. Vos parents sont nés sans le leur avoir demandé à vos grands-parents, puis ils vous ont donnés la vie sans rien vous demander, et que font-ils, aujourd'hui ? Ils vous disent comment mener cette existence. Ton raté de père te dit comment étudier tandis que ta mère, qui n'a pas évolué professionnellement en vingt ans, ose te dire que tu fais un boulot à la con. Fume pas ci, bois pas ça, ne fréquente pas cette conne parce que je ne l'aime pas, ne trompe pas ton copain pendant que je me tape mon collègue… Vos parents ne vous donnent pas seulement naissance, ils vous disent même le chemin à emprunter et vous dirait presque comment vous devriez crever. Ils vous ordonnent même de mourir après eux, ils ne se demandent même pas ce que cela pourrait vous faire de les perdre. Pas seulement parce qu'ils considèrent, assez justement, qu'un parent doit disparaître avant sa progéniture, mais aussi parce qu'ils se foutent totalement de vos propres désirs.

− Tu ne serais pas un peu dépressif ? ironisa Avery.

Leo eut un sourire qui refroidit tout le monde.

− Allez donc affronter vos sosies, nous verrons qui rira le dernier, de gozaru.

− Où est la tienne, d'ailleurs ? lança Roby.

− Je l'ai vaincue à mon arrivée, de gozaru. Cette tapette n'a même pas tenu trois secondes. Bref, les bracelets ! Lorca, vous leur expliquez pendant que je distribue ?

− Entendu, dit la Nehoryn. Les Tokonigü sont des artefacts analysant votre conscience et votre subconscient. Il vous suffit de les enfiler pour que les inscriptions – du Sedulan – s'illuminent, analysent votre esprit et réduisent ou augmentent selon la connaissance que vous avez de vous-même. En d'autres termes, si vous vous connaissez, les gravures diminueront. Dans le cas contraire, elles croîtront. Je tiens néanmoins à vous prévenir : vous aurez à affronter et à entendre des choses que vous refusez d'admettre. La question est : êtes-vous assez stupides pour ne pas reconnaître les illusions que vous avez créées toute votre vie ou êtes-vous assez intelligent pour réfléchir à ce que vous refusez d'accepter ?

− Rien ne nous dit que ce que nous entendrons est la vérité, objecta Rogue. Peut-être que ce sont ces duels, ces échanges verbaux qui seront l'illusion, et non ce que Silver vient de raconter… A ce sujet, où est votre sosie ?

La Nehoryn esquissa un sourire.

− Elle ne peut pas apparaître, car je sais déjà qui je suis. Misses Moorehead et Evans, organisez-vous pour que Miss Cordell ne soit pas seule, mais n'intervenez en aucune manière. Draya, tu peux aller jouer avec toi dans les Monts Embrumés, mais pas le droit de tricher.

Wakarimashita ! Mama, papa, ittekimasu !

Itterasshai, répondirent les jeunes mariés.

La Shadrian se volatilisa, non sans emporter quelques chouquettes. Les élèves commençaient à enfiler, chacun leur tour, le bracelet que distribuait Leo. Certains Tokonigü se mettaient à briller de diverses couleurs, les signes disparaissant parfois plus ou moins complètement, d'autres apparaissant plus nombreux. Peter parut assez affolé à la vue du nombre de symboles s'étant ajoutés à son propre artefact, alors que Harry regardait le sien se limiter, non sans méfiance, à un simple glyphe. Quelle était la seule chose qu'il ignorait sur lui-même ?

Adressant un regard d'encouragement à chacun, et en particulier à Remus, les Gryffondor s'éloignèrent afin de se lancer à la rencontre d'eux-mêmes, comme leurs camarades. Utilisant sa magie intérieure, Harry fila droit vers Poudlard, tandis que Lily, désignée pour accompagner Leonie, suivait la petite fille vers un grand manoir duquel émanait une atmosphère sinistre. Sans nul doute celui de ses parents, pensa le Démon, courant avec une partie de la Légion Démoniaque qu'il avait formée et s'était agrandie tout le dimanche. Il utilisait juste assez de sa magie pour être en tête.

− Que vous le vouliez ou pas, dit-il juste assez fort pour être entendu de tous, écoutez ce que vos copies. Je me fous royalement que vous réussissiez à accepter ces vérités, mais enfoncez-vous dans le crâne qu'ils ne diront ni des conneries, ni des mensonges : ils vous expliqueront ce qu'il vous faut pour survivre. Rogue, tu as sans doute deviné que tu allais entendre exactement la même chose que j'ai dite le mois dernier, alors fais un effort. Lorsque le moment viendra, nous aurons besoin de toi. James, tu as complètement changé en l'espace d'un année, prouve à tous – en particulier à Lily – à quel point tu as mûri. Johanna, quelque chose me dérange chez Larissa. Fais vite et va l'aider, s'il te plaît. Sirius, tu te charges de Remus. Matthain, il y a aussi un truc qui ne va pas avec Brythe, alors occupe-t'en dès que tu peux. Alexa, Ana, je vous confie les autres. J'ai rendez-vous avec moi-même.

Il transplana et se retrouva, la seconde d'après, dans le parc de Poudlard, face à un lui-même démonisé à l'œil torve. Ni pitié, ni hésitation : un Démon pur et dur capable du pire comme du meilleur pour atteindre un objectif, peu importait lequel. Constatation alarmante, il ne tenait aucune baguette..

− C'est donc ça, murmura Harry pour lui-même.

− C'est plus compliqué que « ça », dit une voix familière, grave et sarcastique.

Le Serpentard n'eut même pas à se retourner, ne se laissa même pas surprendre, alors que son frère lui tournait autour jusqu'à rejoindre la copie de Harry.

− Il ne suffit pas d'affronter ses démons pour devenir soi-même, poursuivit le Sorcier Extraordinaire. Il ne faut pas simplement penser que tu vas assumer qui tu es : il faut que tu sois qui tu es. Que tu ne veuilles ni tuer, voire blesser, est tout à ton honneur, mais jusqu'où s'étend cette limite ? Si tes amies étaient sur le point d'être ciblées par les Nudhors, que ferais-tu ? Si Draya intervenait maladroitement et s'avérait en danger, que ferais-tu ? Ethan, il est une chose que quasiment personne de soi-même : la nature profonde ressurgit quand la situation appropriée survient. Rogue entend en ce moment même ce que tu lui as dit le mois dernier, James affronte sa copie de façon plus ou moins agressive car il ne supporte pas l'idée que son vieil ennemi et lui mènent le même combat, Lily est en larmes parce qu'elle découvre la tragédie vécue par Leonie, qui ne parvient pas à surmonter l'horreur de cette nuit où ses parents ont été assassinés. Tu ne sens pas leur colère, leur détresse, leur doute, n'est-ce pas ?

Harry ne répondit pas. Il s'en était rendu compte dès qu'il avait pénétré le parc de Poudlard : toutes les âmes, à partir de ce moment-là, avaient échappé à sa perception. Ce qui expliquait sans nul doute qu'il n'ait pas décelé la présence de son frère avant que celui-ci ne se manifeste.

− Tu as créé une dimension dans la dimension, accusa-t-il.

− Non, affirma le Sorcier Extraordinaire. J'ai recréé les esprits de Harry et d'Ethan. L'un, rattaché à son passé, qui d'ailleurs n'existe pas, et l'autre à Ethan, qui demeure encore incertain. Je te l'ai dit, frangin : tu ne peux pas être les deux en même temps, à moins de vouloir absolument finir schizophrène. Tu ne siffleras jamais plus dans une flûte maladroitement fabriquée par Hagrid, tu ne descendras plus dans la Chambre des Secrets pour sauver la petite Ginny Weasley qui t'aime tant, tu ne sauveras plus Sirius d'une centaine de Détraqueurs parce que tu veux à tout prix que ton parrain soit innocenté... Tu n'es pas et ne seras jamais Harry James Potter.

− Je le sais !

− Oh ? Tu le sais ? Alors pourquoi faisons-nous face à un sorcier, et non à un Démon ?

Le Serpentard cligna des yeux, déconcerté.

− Pourquoi devrais-je me démoniser pour être moi ? rétorqua-t-il.

− Ethan, invita le mystérieux frère vêtu de cuir.

Ces deux syllabes durèrent moins longtemps que le sort subit par Harry. La douleur elle-même prit beaucoup plus de temps à faire réaliser au Serpentard que son sosie avait disparu, asséné un violent coup de genou en plein estomac avec une telle force qu'il l'avait soulevé du sol puis lui avait abattu son coude derrière le crâne aussitôt, l'assommant à moitié. Le Démon cracha du sang, peinant à se redresser, réalisant à grand-peine ce qu'il venait à peine de subir.

Ses souffrances se répandaient dans son corps comme si elles les avaient maintenues, mais au moment où il les encaissa, où il les surmonta, il s'aperçut que son frère s'était déjà accroupi devant lui, l'obscurité de son chapeau à bords larges et souples ne cachant rien de la pitié que son regard invisible posait sur le Serpentard, qui se sentit écrasé par la puissance émanant de l'énigmatique fils de Lathar.

− Même après une telle dérouillée, tu es toujours sa ta forme sorcière, Harry, alors je vais te le dire, te motiver à être autre chose qu'une sous-merde : Leonie Cordell a été violée et assassinée par des Mangemorts juste après le meurtre de Dorcas Meadowes, les Berkelay ont été tués pour avoir été désignés comme des traîtres à leur sang, Ana Moorehead mourra dans deux ans au cours d'une opération de sauvetage de Moldus, sa sœur Lea finira dans à Ste Mangouste car elle ne supportera pas ce décès de plus, leurs parents ayant été eux-mêmes abattus lors d'un raid et Laura, leur nièce, s'étant suicidée, incapable de supporter toutes ces pertes. Nadège Sainton quitta le pays et regardera William Mondhi se faire tabasser par des hommes aussi ivres que lui. Elle le sauvera, non pas grâce à la magie, mais avec son corps. Tara Gardner, elle survivra, mais elle ne sera que l'ombre d'elle-même. James a été affronté Voldemort sans baguette, Lily a protégé son fils, désarmée, en pleurant et en suppliant. Peter ne s'est jamais pardonné sa trahison, si bien que dans vingt ans, et ce malgré lui, il retournera la main argentée contre lui pour se suicider afin que toi et d'autres soient sauvés. Remus Lupin, Nymphadora Tonks, son père et même Fred Weasley mourront…

− La ferme !

− La vérité n'est jamais bonne à entendre, frérot. La question est…

− Je t'ai dit de la fermer !

La main gauche du Sorcier Extraordinaire se referma violemment sur sa gorge. Il le souleva sans peine et posa sa paume droite au niveau de son cœur avec une satisfaction mêlée de déception.

− De toute évidence, dit-il avec regret, tu n'es rien de plus qu'un idéologiste qui croit qu'il suffit de brandir un drapeau blanc et dire « Peace & Love » pour que la paix revienne en ce monde. Tu aurais dû te présenter à l'une de ces stupides compétitions de Mister Monde… Dommage, tu aurais pu mourir avec un peu plus dignement. Je plains notre père pour s'être planté aussi lamentablement.

Une vive lueur blanche apparut entre le torse du Serpentard et la paume brandie du Sorcier Extraordinaire, tout cela sous le regard indifférent du sosie de Harry. Mais soudainement, un éclair argenté fendit les airs, frappa très violemment l'aîné de Lathar en parvenant à peine à le faire reculer de deux pas, et l'Istriya apparut. Etincelants à la manière de rubis, sa longue chevelure brillant d'argent, Lorca – la vraie, l'authentique – apparut en posant une menace visuelle sur le Sorcier Extraordinaire que le Serpentard souhaiterait ne plus jamais voir.

Celui-ci parut néanmoins satisfait, étrangement satisfait, un peu trop satisfait, comme si…

− C'était un piège… ?! souffla-t-il.

− Ce que tu peux être con, soupira son frère. C'est un cours, abruti.

− Auquel vous n'êtes pas invité, rétorqua Lorca.

− Et auquel je participe malgré tout, chère amie. Que vous le vouliez ou non, vous avez besoin d'un formateur digne de ce nom. Personne ne peut être assez dur avec Harry pour le faire devenir Ethan, pas même Midori dont l'idée de blesser sa belle et tendre effraie. Je ne suis pas aussi vieux qu'Anteras, mais je le suis bien plus que tous les pensionnaires de Lavorsy, de Poudlard et des employés du ministère réunis. Je n'ai même qu'un doigt à lever pour que les Antilles soient englouties par la mer des Caraïbes. Et ce, sans même sortir de cette salle, mais je n'ai pas l'intention de le faire. Ce qu'il faut vous demander, c'est : est-ce que votre crainte de votre pourrait suffire à m'en empêcher ou pas ? J'ai écouté le discours de Leo. Il est vrai, sauf qu'il s'est trompé de terme : « l'illusion » ne se limite pas aux humains, mais aux mortels. Ethan, tu t'occupes de ce fils indigne. Moi, je me charge de cette beauté argentée aux yeux sanguinaires.

− Comme par hasard… grommela le sosie.

Tout se passa tellement vite que Harry comprit à peine la scène. Le Sorcier Extraordinaire disparut, apparut un mètre devant Lorca, l'attrapa par le coup, puis tous deux se volatilisèrent, avant que sa copie n'en fasse de même juste devant lui, lui attrapa le bras, le soulève comme dans une prise de judo et ne l'envoie voler droit sur le haut château hérissé de tours pointues, dont il traversa une fenêtre avant d'heurter brutalement un mur. Le choc vida à l'instant même ses poumons, mais au lieu de s'écrouler au sol, des éclairs rouge et or surgirent de partout afin de ralentir sa chute, le redresser et lui permettre d'atterrir sur ses pieds.

− Sais-tu pourquoi toutes ces personnes sont mortes pour Harry James Potter ? cria le double depuis le parc. Il refusait d'assumer sa nature ! Quand Dumbledore t'a demandé comment tu réagirais si Voldemort tuait plein de gens, qu'as-tu répondu ? Pour mémoire, c'était juste après la mort du parrain que tu n'auras jamais. Tu lui as dit : « Je voudrais le tuer moi-même », non ?

− Si tu crois que tu vas me provoquer avec ça, tu te plantes ! lança Harry en s'accroupissant derrière la fenêtre brisée.

− Te provoquer ? répéta sa propre voix, juste derrière lui.

Il fit volte-face et reçut un coup d'une telle puissance sur le crâne qu'il s'étala de tout son long aux pieds de sa copie, qui s'accroupit en poussant un profond soupir, sa puissance écrasant le Serpentard, qui eut tout juste assez de force pour redresser la tête.

− Lucretia est enceinte, reprit Ethan. Draya n'obtiendra ses pouvoirs qu'à ses quinze ans. Je viens de te mettre la branlée de ta vie, alors qui de nous deux les protègera de la guerre contre Anteras ou Voldemort ? Toi ? Je me pisserais dessus de rire si tu osais le prétendre. Il reste la coupe de Poufsouffle, le médaillon de Serpentard et cet enfoiré lui-même à éclater avant d'en finir avec Voldemort. Sans parler des Horcruxes déjà en ta possession et de la probabilité qu'Anteras ait lui-même créé un ou plusieurs Horcruxes… Je viens de t'exploser la tronche sans un misérable sortilège démoniaque, Harry. Qui vas-tu protéger ? Ta petite mémoire à la con d'une vie à la con ou tu as été con au point de regarder Ron être blessé lors d'une partie d'échecs, Ginny au bord de la mort, Sirius obligé de prendre la fuite sur le dos de Buck, Cedric se faire…

− Ta gueule !

− Tuer par un vieil ami de ton père, regarder Sirius se faire balancer à travers le Voile de la Mort par sa propre cousine, contempler Drago perdre de plus en plus la tête car n'assumant pas sa mission, Rogue tuer Dumbledore sans te mettre dans la confidence de leur plan.

− TA GUEULE !

La copie écarquilla légèrement les yeux, sentant visiblement quelque chose de dangereux approcher, et abattit, sans la moindre hésitation ni précaution, un poing féroce qui n'atteignit même pas Harry et, pourtant, l'assomma aussitôt, le plongeant dans l'inconscience à contempler un superbe ciel étoilé, allongé dans le parc de Poudlard et savourant un délicieux parfum qu'il n'avait encore jamais senti, mais qu'il reconnut sans peine. Il ne s'étonna ni d'être là, ni même d'être étendu à côté de Lydia. C'était à peine s'il se souvenait du cours spécial de Lorca, mais malgré la tournure des évènements, de sa défaite, il avait la curieuse sensation d'avoir réussi.

Il jeta un bref coup d'œil aux innombrables fenêtres illuminées du château.

− Suis-je vraiment le fils de mon père ? interrogea-t-il.

− Tout dépend. Es-tu toi ou lui ? Te soumets-tu à tes amis ou restes-tu toi ? Reconnais-tu tes erreurs ou sais-tu faire amende honorable ? As-tu renoncé à participer aux sélections de Quidditch parce que Regulus Black était à ce poste que tu aimes tant ou l'as-tu fait parce que tu détestais l'idée de contribuer à une éventuelle victoire de ta maison ?... Ton père n'a jamais été assassiné, 'Thanou : il a accepté de mourir. Ces sorciers, il aurait tous pu leur ôter la vie en bâillant, mais il ne l'a pas fait, car il savait à quoi ressemblerait le monde dans les futurs.

Harry observa silencieusement une étoile jaune-vert étonnamment brillante.

− Pourquoi Ethan est-il si différemment de moi ? soupira-t-il.

− Parce qu'il a peur pour tout ce qui illumine ta vie. De Lucretia à Draya en passant par James ou Remus, il est furieux que tu ne fasses pas ce qu'il faut pour tous les protéger. L'intervention de ton demi-frère a été orchestrée par Midori et Leo : il était impératif que Lorca ait un adversaire insensible capable de la pousser à bout, mais pas la peine de s'inquiéter, ni lui ni elle ne seront trop gravement blessés dans leur combat. Ce qu'il faut que tu aies, t'enfonces et ancres aussi profondément que possible dans ton crâne, 'Thanou, c'est que la guerre est une horreur basée sur des horreurs. Êtres magiques ou pas, nous en avons tous menés, mais les humains… Ils en ont fait une véritable « mode », un cycle interminable… Pas un siècle n'a passé sans qu'ils ne s'entretuent, nous détruisent et envahissent ce monde au nom de toutes sortes de…

Elle laissa échapper une exclamation dédaigneuse, lasse, désemparée.

− 'Thanou, ce n'est pas ce que tu as accompli qui fait de toi quelqu'un de bon ou de mauvais, ce sont les actes, la manière et les conséquences qui déterminent tes actions. C'est exactement comme Leo Silver l'expliquait : un meurtre est une chose répréhensible s'il est commis de façon égoïste, alors que tuer pour sauver est d'une grande différence. Ton père a massacré d'innombrables personnes, mais jamais par méchanceté ni intérêt personne : il a juste protégé des gens pacifiques menacés par des dictateurs, des barbares et des criminels de toutes espèces.

Harry continua à contempler le ciel étoilé. Les étoiles avaient changé de place en quelques secondes. Les unes avaient même changé de couleur, alors que d'autres avaient grossi.

− Tuer pour protéger ou pas, la conscience en garde tout de même une cicatrice. Et je dis la conscience, hein, pas l'âme.

− Et que crois-tu que laisser un tueur assassiner sa cible pourrait bien laisser sur ta conscience ? La vie est une chose extrêmement cruelle, 'Thanou. Les humains pleurnichent sur des drames, mais ils ne vivent qu'à peine un centenaire. Pour ton père, moi, tes grands-parents et d'innombrables êtres magiques, ce sont des siècles, voire de nombreux millénaires, pendant lesquels nous avons assisté à des carnages innommables. Pour quoi ? De l'or, du fer, de l'argent, du cuivre, du plomb, du terrain, du bois… Ma sœur a été rasée jusqu'au dernier cheveu pour tout juste 8 drachmes, alors qu'ils étaient magnifiques et brillaient comme le soleil. L'humain qui les achetait a utilisé ses mèches pour décorer une robe qui lui a rapporté 300 drachmes, payée par une princesse !

Elle soupira, attristée, nostalgique, anéantie, inquiète, puis elle rayonna.

− La toute première fois où j'ai rencontré Lathar, j'avais à peine trois cents ans. D'après une rumeur, quelques géants s'étaient installés non loin de notre forêt, alors mes amis et moi avons été discrètement observés la scène. L'un de mes compagnons d'aventure, plus idiot que téméraire, s'est avancé beaucoup trop près, a été aperçu et a été attrapé. On n'osait même plus respirer, on ne savait pas quoi faire, puis il est arrivé. Lathar leur a ordonné de relâcher mon ami, les géants lui ont ri au nez, il a tapé du pied et le sol les a engloutis. Réellement ensevelis, puis il nous a ramenés au village en nous bottant les fesses. Par chance, les miennes étaient plus fermes, alors je n'ai pas manqué de m'en vanter… et c'est comme ça que j'ai fini par devenir sa préférée. Humains ou pas, femmes et hommes restent des hommes et des femmes, mais ton père était différent. Procréer ne l'intéressait plus et je n'en connaissais pas la raison, mais elle était sans doute liée à ton demi-frère et la longue cicatrice qu'il avait dans le dos.

− Il ne t'en a jamais parlé ?

− Très peu, mais j'étais-moi quelque peu réticente à aborder le sujet. Il était à moi, après tout. Pourquoi aurais-je dû m'intéresser aux autres femmes qu'il avait aimées ? Mais, si tabou fut-il, je sentais bien que son fils aîné le tracassait, car il devenait puissant, très puissant.

Harry cilla.

− Mon frère m'a dit qu'il s'était fait éclater !

− La cinquante-six premières fois, oui, mais pas à la cinquante-septième. Ton frère a fini par réaliser que pour vaincre un adversaire, il fallait utiliser ses faiblesses contre lui. Il a donc ciblé un village avec un maléfice d'une puissance surprenante, que ton père a encaissé pour sauver les habitants… et pour la première fois, il s'est énervé pour de bon contre quelqu'un. Même gravement blessé, il ne lui a fallu que quelques secondes pour laisser pour mort ton frère. Il lui a laissé juste assez d'énergie pour qu'il survive, mais jamais plus ils ne se sont revus. Quand ton père est mort, je suis retournée sur sa tombe dès le lendemain et y ait découvert une gigantesque couronne de ses fleurs préférées accompagnées d'un seul message : « Je viens de comprendre. »

− Comprendre quoi ?

− Que tous les beaux discours sur le pacifisme sont ridicules. Aucun être vivant ne saura s'abriter d'un soudain accès de violence, qu'elle soit verbale ou physique. L'important est, comme je te l'ai dit, quelle sera la nature de cette violence ? Dirigée par haine envers l'autre ou par amour pour protéger un autre ? L'esprit est un dédale que l'on découvre avec pénibilité, difficulté, temps et humilité. Pense à Drago. Si fier, si arrogant, si réjoui d'avoir le beau rôle et qui s'est pourtant retrouvé devant un Dumbledore affaibli, désarmé, qu'il a été incapable de tuer. La raison ? Parce qu'il a vu en cet homme ce qu'il refusait jusqu'alors d'admettre : le tuer n'aurait pas protégé papa et maman, ça n'aurait fait que retarder le moment où il aurait à les perdre. La moindre nouvelle erreur de Lucius l'aurait probablement remis dans une situation identique

Lydia se redressa.

− On dirait que tu vas reprendre conscience, remarqua-t-elle en constatant que les étoiles s'éteignaient les unes après les autres.

− Est-ce que je vais te revoir ?

− Non. Leo Silver t'a emprunté du sang pour en extraire les infimes cellules que j'y ai laissés pour que tous les deux ayons, si nécessaire, cette discussion. Tu as un ami très surprenant, mais reste prudent, 'Thanou, car il ment comme il respire.

Le Serpentard, à moitié debout, se figea, incrédule.

− Que veux-tu dire ?

− Que son pouvoir ne s'arrête pas à Sept Sentences de la Mort, qu'il est capable de bien pire que ce qu'il a pu déjà te montrer et, surtout, que sa puissance rivalise au moins avec celles de Dumbledore et Bresch réunis. Garde un œil sur ton ennemi est une règle de base, à la guerre, mais n'oublie jamais de surveiller ton meilleur allié. Fais un bisou à Lucretia et à Draya de ma part, mon chéri.

Oi!

Bon, je fais dans la facilité : c'est rapide, c'est net, mais la logique est assez tordue. Tant mieux, c'est quand on ne la comprend qu'on s'aperçoit que notre propre logique est limitée (Prétentieux, moi ? Mais nooooon…)

Pour répondre à Square Enix (qui me rappelle curieusement un label), il est vrai que je m'inspire pa mal de manga et d'anime. Sans même m'en rendre compte, d'ailleurs. Mellon50 m'avait fait réaliser qu'il y avait une certaine ressemblance entre Kenpachi et Yachiru (dans Bleach) et Midori et Draya. Le côté samouraï provient plus que très super grave trop probablement de Gintama. L'idée de trois royaumes doit venir de cette légende des Trois Royaumes de Chine (dont je ne suis pas sûr du nom et que je n'ai même jamais lu.)

Quant au japonais, il est vrai que ça doit être gonflant de ne pas tout comprendre. La vérité, c'est que je me sers d'expressions prises dans les anime (mais il ne faut pas le répéter). J'en suis encore à l'apprendre : c'est une belle langue d'une facilité super difficile, ou inversement. Au choix.

Pour ce qui est du fameux « de gozaru », c'est une forme archaïque de « desu » qui veut dire « être », mais à moins que je ne me plante totalement, c'était une expression qui avait aussi une connotation virile, utilisée, en conséquence, uniquement par les hommes. J'en abuse gravement dans la fic, mais j'adore cette expression