Apprendre que l'« attaque » du Sorcier Extraordinaire avait en réalité été organisée par Leo et Midori sans dire à quiconque, pas même à Lorca ou les professeurs, ne manqua pas de se faire réprimander assez violemment tant la Nehoryn que par tout le Lavorsy et l'Alliance. Cependant, après les émotions fortes vécues par les élèves, les jours qui suivirent apportèrent certains changements dans le comportement des camarades, comme si se voir dire des vérités occultées, rejetées ou même inconnues par soi-même avait eu le mérite de débloquer certaines choses. Et bien évidemment, les petites amies prenaient un soin particulier à ce que les jeunes hommes exécutent chacun des conseils reçus ou entendus. Certains, il n'y avait aucun miracle non plus : Rogue et James se haïssaient avant l'exercice comme après, mais leur amour commun pour Lily les encourageait à se montrer moins agressifs quand ils se retrouvaient tous les deux en compagnie de la préfète-en-chef. Remus s'acceptait un peu plus, notamment parce que Dumbledore avait organisé une réunion entre Damoclès et l'Alliance pour essayer d'accélérer le projet du potionniste, mais sa hantise de la pleine lune n'avait pas faibli. Beauchesne semblait avoir reçu une vraie gifle face à lui-même et paraissait de plus en plus modeste, sociable, comme s'il s'était rendu compte qu'avoir été à la tête de sa bande, à Beauxbâtons, l'avait convaincu qu'il était un leader-né à l'autorité infaillible. Dernier détail à noter : Leonie, bien aidée de ses amis et qui s'était entendue traitée de « bébé capricieux et dépendant », essayait peu à peu de surmonter l'angoisse que lui inspirait la distance avec les filles – mais hors de question de renoncer à la moindre peluche !
Deux questions demeuraient toutefois sans explication : comment Leo et Midori étaient-ils parvenus à faire la connaissance du Sorcier Extraordinaire et que préparait donc ce dernier pour samedi ? Car le rendez-vous n'était pas annulé, mais le Gryffondor et le samouraï ne savaient rien à propos de cette merveilleuse visite. Quand à leur rencontre, les deux « farceurs » n'avaient pas attendu que l'indignation retombe pour se volatiliser dans la nature afin d'être certains de ne pas être retrouvés trop facilement.
− Et voilà ! lança Lucretia d'un ton théâtral.
Harry se retourna en fermant le dernier bouton de sa chemise et baissa les yeux sur Draya, vêtue de sa nouvelle robe d'été apportée la veille par Hedwige de la part d'Astrea. Elle était simple, blanche et ceinte d'un ruban orné de fausses fleurs d'un joli rose pâle.
− Tu es magnifique, ma puce, assura-t-il.
− Et toi, tu vas t'en prendre une ! gronda sa femme alors que la Shadrian du compliment.
Le Démon cilla et réalisa subitement son erreur : il avait relâché sa démonisation, désormais exigée partout où seules les personnes dans la confidence pouvaient le voir sous cette forme. Ca devenait un réflexe, mais le matin, c'était une véritable torture de sentir toutes ces âmes grincheuses et ensommeillées qui râlaient encore et encore, et ce même le week-end, visiblement.
Plus elles émergeaient, néanmoins, plus l'humeur se transforma en une sorte d'appréhension curieuse, excitée, impatiente : le Sorcier Extraordinaire allait enfin refaire une apparition publique. Plus personne ne l'ignorait, car la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre, mais tout le monde n'était pas encore certain d'avoir une grande confiance dans ce que le visiteur avait préparé. Quand allait-il arriver ? Etait-il déjà là ? Ou plutôt, ils ? Car Leo était très attendu d'Alexa, furieuse d'avoir encore passé ses nuits seule, et Lorca avait bien l'intention de régler ses comptes avec son propre amant, elle aussi.
Harry, revenu à la normale à l'approche des premières âmes, traversa le hall d'entrée avec sa petite famille, qui présenta le cadeau d'Astrea à la petite samouraï quand ils retrouvèrent leurs amis.
− Vous auriez quand même pu laisser les sabres dans sa chambre, fit remarquer Mary, mais elle est à croquer ! En quel honneur, ce relooking ?
− Ma grand-tante a tanné mes parents pour que Draya soit présentable pour rencontrer son demi-oncle, soupira Lucretia. Forcément, Armelle perçoit le frère d'Ethan comme un meilleur parti parce qu'il a « l'intelligence et le charisme, cet été l'a bien démontré, pour être digne d'épouser une Mogg, lui ! » On a hésité pour les wakizashi, mais un sabre est l'âme d'un samouraï, alors… Daimao, je te vois venir, touche au beurre et je t'en mets une !
Le chaton noir émit un miaulement faussement innocent et alla s'asseoir sur les genoux de la fillette, attendant qu'elle partage son petit déjeuner avec lui. Encore un peu boudeuse des efforts ordonnés par son sosie, Leone ne bénéficiait plus du luxe de s'asseoir sur l'une de ses amies. A chaque repas, elle prenait place sur une petite pile d'oreillers installée sur une chaise, car elle était si petite qu'elle peinait à attraper les plats ou même à bien viser son assiette, qui lui arrivait tout juste sous le nom.
Chaque à chaque repas, elle tira la langue à Draya, confortablement installée sur les genoux de sa mère, qui lui répondit de la même façon.
− On a dit que c'était grossier, protesta Lily. Que font les Maraudeurs ?
− Ils essaient de tirer Sirius du lit, répondit Harry après une brève seconde.
− Tant pis pour eux, je veux mes saucisses juteuses maintenant, dit Aurelia en tendant un plateau d'or croulant de saucisses crues. Un peu moins cuites qu'au dîner de la veille, si possible.
Le Démon inspira. Chaque fois qu'ils en avaient l'occasion, ils soumettaient Harry à un exercice pour l'aider à utiliser sa magie démoniaque sous sa forme sorcière. Lucretia était bien évidemment la plus inspirée, puisqu'elle et lui habitaient ensemble Ce n'était pas toujours facile quand il s'agissait de simples sortilèges ne craignant pas de blesser quelqu'un, mais il progressait plutôt vite quand le risque était présent.
Brandissant une main au-dessus du plateau, calculant du regard les dimensions du plat, la hauteur de la pile de charcuterie et sa longue, il fronça légèrement les sourcils : une flamme tomba de sa paume en fondant comme un aigle sur sa proie et se sépara en une multitude de serpentins qui se faufilèrent par tous les interstices séparant les saucisses, qui chauffèrent, sifflèrent, se craquelèrent, fumèrent en une seconde, leur graisse continuant à frémir le temps que ça refroidisse.
− Oh, celle-là est belle ! s'enquit la belle métisse en en attrapant une avec des pinces. Comment tu sais où elles sont, quand elles sont cachées ? Tu n'as pas le même pouvoir que Midori, après tout.
− Parce qu'il y a une infime différence de température entre elles. Si les saucisses avaient été carrées, elles me donneraient probablement plus de difficulté à déceler ce changement, mais comme elles s'arrondissent aux deux bouts, ça devient plus facile. L'autre souci, c'est que les flammes refroidissent quand elles ont un trajet plus long que les autres. Les contrôler, c'est simple, mais pour les maintenir à la même chaleur, c'est une autre histoire.
− Conclusion : prenez les saucisses qui sont au-dessus avant que les Maraudeurs ne nous les piquent, dit Tara.
Et ils ne se firent pas priés pour se servi en hâte, Harry surveillant les quatre Gryffondor. Sirius avait enfin eu la force de se lever. Le laissant se préparer, les trois descendaient déjà par l'un des passages éphémères, comme on appelait ces accès qui ouvraient momentanément des raccourcis.
− Dans tous les cas, dit Nadège, la journée promet si les trois zigotos nous refont un coup comme lundi. Reste à espérer qu'ils expliqueront ce qu'ils ont réellement en tête, cette fois, et ce que nous aurons vraiment à faire. Et que ce sera moins choquant…
Elle eut un frisson. James, Remus et Peter les saluèrent et commencèrent à se servir à leur tour, Sirius arrivant à grandes enjambées. A la grande satisfaction de Harry, les Maraudeurs ne semblèrent ne rien trouver de suspect aux saucisses, apparemment à leur goût. Le Démon tourna la tête vers Dumbledore et Lorca, qui observaient très attentivement les réactions des quatre jeunes hommes. Le directeur lui adressa un sourire pour le féliciter de son progrès, la Nehoryn se contenta d'un hochement de tête approbateur.
− Ta grand-tante a encore fait des siennes, commenta James en remarquant la nouvelle robe de Draya. Elle n'a pas exigé à venir ?
− Elle en aurait été bien capable, admit Lucretia, mais elle n'est pas encore prête à faire face à sa petite-nièce à qui elle reproche d'avoir jeté la honte sur la famille pour avoir perdu contre une née-Moldue. L'ironie est qu'elle n'est même pas une Mogg : elle était la tante maternelle de mon père, mais comme ça fait toujours bien de dire à qui veut l'entendre qu'on est un membre proche… Bref, j'ai au moins la garantie d'avoir la paix un bon moment, en particulier depuis que j'ai mon Potter de mari. A se demander pourquoi elle tient à ce que Draya soit belle à la venue de son oncle, d'ailleurs, alors qu'elle n'a pas mon sang et qu'elle est « née » Potter.
− Sans doute pour pouvoir annoncer à tout le monde que l'arrière-grand-tante de la nièce du frère d'Ethan… Il serait intéressant de voir sa réaction si elle apprenait ce qu'il est, dit Tara avec un sourire carnassier.
− A mon avis, elle n'y survivrait pas, dit Berenis.
Harry inclina légèrement la tête à l'entente d'une batterie de bruissements en approche : le courrier arrivait. La Gazette du sorcier semblait s'essouffler, depuis quelque temps, n'ayant qu'à se grignoter sous la dent les assauts, les faits divers et quelques communiqués et conférences nébuleuses du ministère de la Magie. Ce dernier donnait cependant l'espoir d'une coalition internationale pour combattre Anteras et Voldemort, car les articles traitant de la politique internationale se révélaient les plus évasifs. La rumeur avait fait son bonhomme de chemin, mais par mesure de sécurité, afin de semer le doute chez les ennemis, le gouvernement n'avait ni admis ni démenti un vrai débat sur la question.
Les élèves et les professeurs regardèrent les hiboux et les chouettes pénétrer dans la Grande Salle. Harry plissa le front, surpris : Vallys et Hedwige étaient plus agitées et alarmées comme elles ne l'avaient jamais été. Et tous ceux qui reçurent les premiers n'améliorèrent guère l'ambiance, qui plongea très bientôt dans un silence soudain, perturbé ici et là de jurons stupéfaits à mesure que tout le monde était livré.
Une attaque ? La mort d'un allié important ? Rien de tout ça : en première page, plusieurs portraits s'alignaient en plusieurs colonnes – et pas n'importe lesquels : Dumbledore, Midori, Leo, Lorca, Ooghar, Alyphar, Garwir et Harry lui-même étaient ainsi affichés sous la manchette ENNEMIS PRIORITAIRES.
− Putain, regardez le nom du… lâcha Peter dans un souffle estomaqué.
Mais ils l'avaient tous regardé au moment d'apercevoir la une : La Gazette du LorMirAl. Le nom n'était pas la seule chose qui avait changé, le style en avait tout autant fait et donnait presque l'impression à Harry d'entendre Voldemort les lui souffler à l'oreille.
Qu'on se le dise, la guerre est terminée. Le ministère de la Magie a fui et se terre quelque part, ne tentant tout sauvetage qu'à la condition d'être soutenue par cette organisation, l'Alliance, constituée de deux mondes qui se sont réfugiées dans en Alterion, amenant avec elle le Démon Anteras et ses armées, qui ont semé la mort, parfois pire, que les Mangemorts réunis. Pourquoi a-t-elle attendu aussi longtemps pour s'associer au ministère ? Pour quelle raison n'est-elle pas intervenue avant plusieurs mois pour se présenter, laissant pères, mères, amis, fils et filles avant de se décider à sortir de l'ombre ?Où est donc passé Albus Dumbledore, que tout le monde affirmait être le seul rempart au Seigneur des Ténèbres ? Il se cache, lui aussi.
Acceptez-le ou non, le Lord noir et Anteras ont bel et bien remporté cette guerre, mais ils savent, comme nous tous, qu'il reste des renégats. N'allez pas croire que c'est une bonne chose : ils ne sont qu'une poignée face à de milliers de gerfauts et des Mangemorts toujours plus nombreux. Oser défier une armée en soutenant un groupe à peine composé de quelques dizaines d'adversaires est pur suicide Admettez la défaite et vous vivrez comme si le pays était revenu en paix, résistez de vos familles – tout votre entourage – en subiront les conséquences. Mais le Seigneur des Ténèbres et le Démon Anteras sont généreux : quiconque contribuerait à la capture, mort ou vif, du moindre rebelle se verrait récompenser au-delà de toutes ses espérances et garantirait une totale sécurité de ses proches.
Ces « héros » sont-ils si héroïques ? Ce samouraï, Midori, est réputé pour ne pas faire grand cas de ses alliés comme de ses ennemis sur les champs de bataille. C'est à ce demi-démon que l'on doit les dégâts considérables ayant été constatés près de Londres, à lui encore la dévastation d'une partie de la forêt séparant Pré-au-Lard et Poudlard, et qui sait si certaines victimes attribuées aux gerfauts et aux Mangemorts ne sont pas les siennes lors de la bataille de décembre ? Inutile de menacer, ensorceler ou torturer pour s'apercevoir que cet individu est un danger pour tout le monde, comme l'atteste Orlando Platt, un Cracmol :
« Il est admirable quand on en entend parler, c'est vrai, reconnaît-il. Quand j'ai su qu'il y avait quelqu'un de cette force, j'ai retrouvé espoir. Puis une attaque a eu lieu dans le quartier et je l'ai vu se battre. Je l'ai trouvé à la fois incroyable et terrifiant : il tuait tout sans sourire, sans la moindre émotion, et détruisait tout sans se poser la question de savoir s'il y avait quelqu'un dans les maisons. Son sabre – un seul coup de sabre – a tranché l'un des cottages voisins, heureusement sans blesser quiconque, mais les habitants ont dû déménager car le coût des dommages était beaucoup si élevé qu'ils n'avaient presque plus un sou. Ca refroidit de voir ça ! »
Un guerrier au visage impassible et insouciant. On ne peut pas en dire autant de Leo Silver, dont la famille fût bannie de longs siècles de l'archipel, et dont la nature elle-même reste bien mystérieuse. Doté de pouvoirs assez étonnants pour un si jeune homme, c'est avant tout son comportement qui a le plus marqué les esprits.
« Un dément, affirme un élève de Poudlard. J'ai participé à la bataille de décembre pour voir mes progrès, les gerfauts et parce que je pensais vraiment que nous étions tous en danger, à ce moment-là. Surtout ma sœur, qui était décidée à se battre. Mais pendant que tout le monde reste bien en ligne ou en groupe, lui a foncé dans le tas en souriant comme un dément, exterminant tous ses ennemis avec un sourire et un regard à glacer le sang. Il est comme un animal sauvage dès qu'il a quelqu'un à tuer ! »
C'est sans parler de sa présence le jour où le bâtiment du ministère de la Magie a été détruit, dont il est en fait l'auteur. Le Démon Anteras l'admet lui-même, il ne se serait jamais attendu à un adversaire aussi coriace, mais ce sont surtout les pouvoirs du Gryffondor au long casier judiciaire qui l'ont le plus surpris.
« Se battre contre Midori était déjà assez difficile en soi, indique-t-il, mais les affronter tous les deux ensemble était quelque chose que je ne pensais pas aussi compliqué. Je sais reconnaître la valeur d'un soldat, et c'en sont deux braves, mais les pouvoirs et les méthodes de ce Silver démontrent un certain radicalisme. Quand il a vu que personne ne lâcherait ou ne parvenait à prendre le dessus, il a créé un maléfice que Midori et moi avons senti de très dangereux. C'est de justesse, je l'avoue, que j'en ai réchappé sans dommage. »
Il semblerait toutefois que Silver ne soit pas le seul étudiant à intriguer – et pas seulement par ses pouvoirs. A peine arrivé en Grande-Bretagne, on apprenait l'existence d'un improbable Ethan Potter Aymeric Baldwin, un Mangemort bien connu identifié deux ans auparavant, nous fait entrer dans les coulisses de l'enquête menée sur ce nouveau Potter prétendument originaire d'Australie.
« Contrairement à ce que tout le monde croit, quand un mage noir rend visite à quelqu'un, ce n'est pas afin de lui faire peur, nous annonce-t-il. Nous cherchons simplement à déterminer si la personne représente une menace ou non, ce qui est tout naturel en temps de guerre. L'émissaire qui a été envoyé chez Potter ne l'a jamais vu. On a trouvé cela étrange qu'il vienne d'emménager et soit continuellement absent, alors nous avons chargé l'un de nos camarades de pousser nos recherches en Australie. Rien. Les Potter existaient bien, mais juste surle papier, leur tombe également, mais personne n'en avait jamais entendu parler, n'avait croisé Potter. Personne, à part la directrice de l'OSM (ndlr, l'Oceanian School of Magic). »
Le « camarade » envoyé de l'autre côté de la planète aura notamment été frappé par un enchantement bizarre et quasi-inviolable que le Démon Anteras, après l'avoir brisé, révèlera être de la magie démoniaque – la même que la sienne.
Harry interrompit sa lecture ici, car les âmes des élèves commençaient à s'agiter. Ses amis et les personnes sur qui ils pouvaient compter, comme Rogue, Johanna, Avery, Beauchesne, Cassie, etc. semblaient également venir, ondulante comme une anguille, la menace d'un chaos estudiantin. Ana avait déjà tiré sa baguette discrètement et Kenny n'avait pas tardé à l'imiter, tous deux surveillant les Serdaigle assis autour d'eux pour intervenir.
− De quel côté ? glissa Lily du coin des lèvres.
− Aucun, pour le moment, répondit Harry. Ils sont trop troublés par les révélations.
− Il y a de quoi, dit Peter, toujours penché sur son journal. D'Après Anteras, un aussi jeune Démon « atteint sa véritable personnalité autour de vingt ans », insinuant que tu pourrais devenir un barbare sanguinaire fou allié. Il donne des exemples de peuples à la personnalité changeante une fois un certain âge atteint… C'était peut-être de ça que ton frère parlait quand il te parlait d'aujourd'hui, non ?
Le Démon en doutait, mais Queudver n'avait peut-être pas tort. La coïncidence était quelque peu énorme. Il ne sentait toujours aucune menace pointer le bout de son nez. Soupirant, il posa ses couverts, attrapa le journal et se leva dans un déluge d'éclairs rouge et or qui fit sursauter les élèves, surtout lorsque les foudres jaillissaient d'une assiette proche ou de leur chaise. Harry remonta l'allée sous le regard encourageant de Dumbledore et celui, plus neutre mais dont l'âme approuvait son initiative, de Lorca, tandis que son corps aspirait les éclairs, qu'il arrêta de produire dès qu'il fut monté sur l'estrade de la table des professeurs. Il tourna alors son regard démonisé sur tous les visages fixés sur lui, certains faisant un léger un bond sur place.
− C'est vrai, déclara-t-il inutilement, je suis un Démon.
Il n'eut même pas à hausser la voix que celle-ci parvenait très nettement aux oreilles de ses camarades, comme s'il s'était trouvé à parler à côté de chacun d'eux.
− Mais n'allez pas croire tout ce qui est raconté dans ce torchon. Vous avez passé des années à rejeter les idées de Voldemort et vous voulez me faire croire qu'avec un seul journal, vous allez avaler toutes ces inepties ? Leo a sauvé Poudlard à lui seul d'une attaque de Lorods et ce, dans le plus grand secret et sans la moindre égratignure, et il n'a eu de cesse de le faire jusqu'à trouver un moyen de les contenir hors de Poudlard. En décembre, il a filé à la rencontre des gerfauts et des Mangemorts et en est ressorti sans le plus petit bobo. Je sais qu'il fait peur dans ces moments-là, mais cela suffit-il à le juger comme un monstre ? Je n'ai pas pu protéger tout le monde lors de la bataille, il y a eu beaucoup de blessés, mais combien sont morts sous mes ordres ? Aucun élève. J'ai sauvé toute ma famille, les proches de ma femme et mes amis lors de l'anniversaire de Lucretia. Aucune victime. La bataille transalpine coordonnée par les ministères français, italien, suisse et allemand et l'Alliance, a été permise grâce à moi. L'arrestation de certains Mangemorts, encore moi. Ysogür n'est pas venu me chercher pour attendre que je fête mon vingtième anniversaire, il est venu parce qu'Anteras ne veut plus attendre que je devienne trop puissant. Il a déjà Leo et Midori sur le dos, mais également mon demi-frère, que nous connaissons sous le nom du Sorcier Extraordinaire.
L'annonce fit l'effet d'une bombe, laissant Harry le temps de feuilleter rapidement les portraits dressés dans la nouvelle et répugnante formule du quotidien.
− Pourtant, reprit-il et tout le monde se tut, le journal n'en parle pas. Abbots Leigh n'était pas visé par Anteras, c'était Godric's Hollow et, plus précisément, moi qu'il tentait d'atteindre, sauf que mon frère est intervenu et lui a barré la route pendant que l'Alliance évacuait tout le monde. Et rien n'est dit à son sujet.
Il referma le journal qui s'enflamma et se désintégra en un instant sans laisser la moindre cendre.
− Si vous avez peur d'avoir un camarade comme Démon, rentrez chez vous, mais demandez-vous quelles sont les informations que vous pourriez bien communiquer aux Mangemorts quand ils viendront vous interroger ? La position de Lavorsy ? La cachette de l'Alliance ? L'emplacement du ministère ? Qui vous dit que le Cracmol qui a été interrogé n'a pas tenu ces propos parce qu'il rage de voir des nés-Moldus entrer à Poudlard et pas lui ? Que l'élève interviewé était réellement à défendre Poudlard et ne s'est pas contenté de raconter ce qu'il avait entendu ? Pour Midori, je ne dis pas, mais il faut savoir que ses yeux voient à travers tout sur de longues distances. Même s'il est imprudent sur les champs de bataille, tous ceux auxquels il a participé depuis son arrivée n'ont fait état de la moindre victime innocente et alliée. Lorca a un pouvoir spécial, nous l'avons tous vu le mois dernier, mais est-il nécessaire de préciser que personne, dans cette salle, ne l'a encore vue l'utiliser ? Comment pouvons-nous dire avec certitude qu'un type ayant mis à feu et à sang deux mondes soit sincère ? Et pour information, avant d'être en Alterion, Anteras n'avait jamais affronté ni Midori, ni Lorca, ni qui que ce soit de l'Alliance.
Un silence s'installa un court instant.
− OK, dit un troisième année de Gryffondor, mais comment tu expliques le fait que tu n'existerais pas ?
Harry eut un sourire en les sentant arriver. Midori et Leo apparurent à côté de lui. Un beignet aux pommes fila, la seconde d'après, de la table occupée par une majorité de Serdaigle pour atterrir dans la main du samouraï. Leo fit comme s'il n'avait pas remarqué qu'Aurelia et Nadège avaient retenu Alexa pour l'empêcher de venir lui faire passer un sale quart d'heure.
− Vous avez donc réussi, remarqua Dumbledore.
Son humeur changea du tout au tout. Un mélange d'appréhension, de nostalgie, de méfiance, d'espoir aussi, le saisit au cœur comme un danger potentiel qu'il osait croire inoffensif.
− Ah ? s'étonna Leo. Vous le saviez ?
− Je ne vois pas aussi loin que Midori, mais j'ai de bonnes oreilles.
− Tch ! Et nous qui voulions faire une surprise à tout le monde, de gozaru.
− Vous parlez d'une surprise, grommela le professeur Bresch.
Son état d'esprit était semblable à celui de son homologue et ami britannique, mais beaucoup plus hostile. Les autres enseignants n'étaient guère plus enthousiastes, en vérité. A quoi fallait-il s'attendre avec ces trois-là ? Nul, sinon les professeurs, ne le savait, mais le Sorcier Extraordinaire tardait à faire son apparition.
Constatant que ni Midori, ni le Dieu de la Mort n'avait l'intention de faire un discours, Dumbledore se leva en semblant réprimer un profond soupir. Rien qu'à l'annoncer paraissait lui arracher le cœur, lui écraser la gorge, le menaçant presque d'en devenir aphone. Il se racla justement la gorge à plusieurs reprises, tel un présentateur qui aurait le trac à l'idée d'improviser une annonce difficile à encaisser.
− Vous ne l'avez peut-être pas remarqué, mais depuis la moitié de la semaine dernière, les noms des articles de La Gazette du sorcier ont commencé à changer, déclara-t-il. Un plan tout en douceur dont nous avons découvert, ce matin, le résultat avec ce journal faisant la propagande de Voldemort et d'Anteras. Des changements qui n'ont pas visiblement pas échappé à Midori, Leo et le Sorcier Extraordinaire, qui ont eu la… l'étrange idée d'appeler à notre… rescousse, dirons-nous, un allié des plus inhabituels et improbables. Malgré ses réticences légitimes et la dangerosité d'une telle initiative, le ministère allemand de la Magie a pris en considération les arguments donnés et a consenti, sous certaines conditions, d'accéder à la requête. Reste à savoir si les conditions sont raisonnables, cependant.
Midori tourna légèrement la tête comme pour lui jeter un regard en coin, comme s'il défiait le directeur d'oser remettre en doute la parole des trois comploteurs.
−Dans ce cas, nous vous faisons confiance.
A grand regret, au goût des professeurs, mais Harry s'intéressa soudainement à l'apparition d'une âme sinistre, hésitante, contrariée, affaiblie, et pourtant réjouie, savourant l'air pur, déterminée à tenir sa parole et prouver que malgré tout, aider l'apaiserait peut-être un peu. Le Démon ne sentait pas celle de son demi-frère, mais il n'en fut guère surpris : l'aîné de Lathar avait largement eu le temps de toucher aux Pierres, comme l'avait fait Leo.
Le Sorcier Extraordinaire entra en compagnie d'un vieil homme lugubre, le crâne dégarni, sa barbe clairsemée mal taillée sous une bouche mince bordée de joues creuses. Il avait dû être un bel homme, dans sa jeunesse, mais son regard n'incitait guère à la sympathie ou s'était transformé au fil du temps. Son visage, semblable à une tête de mort, faisait passer les détenus pour des personnes en pleine santé, mais ses yeux sombres n'avaient pas perdu cette lueur qui le rendait antipathique, intimidant. A la vue de Dumbledore, il étira une fine bouche, révélant des dents jaunes, noirâtres, voire manquantes.
Le directeur prit une profonde inspiration.
− Je vous présente à tous Gellert Grindelwald.
