Aussi sinistre que fut sa réputation, Grindelwald devint rapidement un professeur très respecté. Il était amusant de le voir hésiter sur la réaction à adopter quand quelqu'un le saluait avec chaleur, comme si son incarcération ne l'avait pas seulement embrouillé intellectuellement mais aussi émotionnellement. Harry suivait souvent l'âme de Dumbledore qui assistait à la métamorphose de son vieil adversaire avec un mélange de satisfaction, de tristesse, de nostalgie et de compassion, comme s'il retrouvait une personne chère depuis trop longtemps perdue de vue. Il ne faisait aucun doute pour le Démon que les deux hommes n'avaient pas que leur duel épique en commun, qu'il s'était passé quelque chose bien avant leur affrontement, mais il n'avait pas l'intention de poser une question qui risquerait de rouvrir une vieille blessure. Pour le moment, il était trop concentré sur les cours, l'arrivée alarmante des examens, les révisions, la vie de famille, son apprentissage, ses réflexions sur les Horcruxes restants, etc. Les professeurs avaient fort heureusement stoppé la distribution de devoirs, mais il n'en restait pas moins débordé et, en toute honnêteté, surexcité : la magie démoniaque devenait étrangement plus simple à utiliser, comme s'il avait inconsciemment enclenché la seconde vitesse grâce aux sollicitations de ses amis, comme si le fait de passer plus de temps sous sa forme démonisée libérait quelque chose. A présent qu'il s'était révélé au grand jour, en effet, sa femme l'encourageait à passer des journées entières en tant que Démon, ce qui avait perturbé les élèves au début puis était devenu tout à fait normal pour tout le monde. Dumbledore – et les elfes de maison – participaient aussi, le contraignant à cuire tous les plats à cuire, à remplir tous les brocs et les verres, et ce sans même se lever de sa chaise. Tout ça sous l'œil vigilant de Lorca, évidemment.

Ce matin-là, son sac sur l'épaule, il sortit de la classe du professeur McGonagall qui était revenue sur les cours sur la métamorphose humaine, la discipline qui posait le plus de problèmes à une grande partie des élèves qui ne parvenaient pas à se transformer complètement, en étouffant à grand-peine un bâillement avec sa main valide. La nuit avait été dure, sans raison aucune – c'était même la première fois qu'il dormait si mal depuis qu'il était avec Lucretia. Ce n'était pas le stress des examens, ce n'était pas à cause d'un quelconque cauchemar : c'était quelque chose d'autre de non identifié qui n'avait eu de cesse de le réveiller, encore et encore. Il n'était même pas certain d'avoir dormi une heure complète. Et bien malgré lui, la journée n'était pas encore terminée.

− Donne ton sac, dit son épouse, je vais le ramener à l'appartement, mais ne laisse pas la réunion s'éterniser ou tu vas tomber de sommeil je-ne-sais-où.

− Mer-merci, bâilla Harry.

Il l'embrassa brièvement en lui confiant son fardeau et transplana aussitôt devant la porte menant au bureau de Dumbledore. Ce ne fut qu'au moment où il leva le poing pour frapper qu'il perçut plusieurs âmes à l'intérieur. Il avait, en revanche, perdu la trace de celles de ses camarades. La fatigue semblait diminuer considérablement son pouvoir, constata-t-il.

− Entrez, l'invita le directeur quand il eut toqué.

Harry ouvrit la porte, mais à peine entrouverte, celle-ci fut bloquée.

− Pas encore, dit la voix indifférente de Midori. Ethan, combien y a-t-il de personnes dans la pièce ? Sans nous inclure, Albus Dumbledore et moi.

− Hein ? s'étonna le Serpentard. Heu…

Il avait déjà du mal à identifier les âmes de Midori et de Dumbledore, alors compter le nombre qu'il y avait de gens de l'autre côté de la porte. Deux étaient assises sur des chaises… Non, trois. Trois autres restaient debout et une autre se tenait apparemment près de la cheminée… Non. Il y avait quelque chose d'anormal dans l'air.

− Sept.

Il sentit l'atmosphère frémir d'une certaine satisfaction, comme s'il avait parfaitement réussi le test. Il entra, le samouraï refermant derrière lui. Alyphar était adossé au manteau de la cheminée, tandis que Dorcas, Maugrey et le professeur Bresch étaient assis face à Dumbledore. Appuyé sur son grand bâton, Ooghar se tenait près de l'une des fenêtres, tandis que Leo – sans doute la présence à l'origine de l'anomalie détectée dans l'air – dégustait très précautionneusement une brochette de porc caramélisé, assis sur une table. Ce fut néanmoins le dernier invité qui étonna le plus le Serpentard, cependant : Endory, l'elfe de maison libre.

− Vous avez une mine affreuse, mon cher Ethan ! s'exclama celui-ci en le saluant chaleureusement.

− La nuit a été difficile, admit le Démon avec un léger sourire.

− Nous essaierons de faire au plus vite, assura Dumbledore en faisant apparaître un siège pour le Serpentard. Il y a plusieurs sujets à aborder, le plus épineux étant évidemment la reprise de Poudlard. Quelles nouvelles avons-nous à ce propos ?

Alyphar se redressa légèrement.

− Nous ne connaissons malheureusement que les contraintes, pas les solutions, indiqua-t-il. L'unité d'Erigor se charge d'espionner Poudlard. Les personnes passant par l'école s'y installent dans certains cas ou semblent juste rendre visite. Pour celles entrant dans la seconde catégorie, il ne nous est pas toujours facile de savoir si la venue de l'individu est motivée par son plein gré ou par une quelconque menace. La nuit, les gerfauts émergent soit des sous-sols du château, soit de la forêt interdite et emplissent le parc. Ils sont innombrables, à tel point qu'il a fallu détruire la maison de Rubeus Hagrid et son potager pour essayer de gagner un minimum de place. Hélas, nous ne pouvons laisser l'unité d'Erigor s'approcher trop près à cause des gerfauts susceptibles de déceler sa présence. A Pré-au-Lard, des patrouilles s'effectuent de jour comme de nuit. L'unité de Lusanna y écoute les conversations et les ragots des Mangemorts comme des habitants. La seule « bonne » nouvelle qu'elle nous ait transmise, c'est un affaiblissement considérable d'Anteras qui, apparemment, travaille sans relâche depuis plusieurs semaines pour renforcer son armée. Son humeur a changé, paraît-il : il est plus impatient, plus songeur, plus irritable.

− A cause de mon frère, c'est ça ? dit Harry.

− Nous le pensons. Comme vous le savez, la bataille d'Abbots Leigh a révélé des traces de magie démoniaque, mais après une étude approfondie, les Mages ont constaté qu'il s'agissait de l'empreinte d'Anteras, et seulement la sienne. Nous avons renvoyé une équipe sur les lieux pour une fouille plus minutieuse : rien. A nos yeux, il n'y a deux explications logiques à ce détail : la première est que votre frère a effacé toute trace de son intervention et la seconde, que la trace de ladite intervention a été éradiquée, effacée, engloutie par le dernier maléfice lancé par Anteras.

− Et laquelle de ces hypothèses vous paraît la plus crédible ? demanda Dorcas.

− La première, répondit Midori. Le fait que la première édition de La Gazette du LorMirAl n'ait pas évoqué le frère d'Ethan laisse à penser qu'Anteras ne comprend pas à quelle magie il a eu affaire à Abbots Leigh. Pourtant, il s'agit bien de magie démoniaque, mais comme un certain goinfre complètement allumé de notre connaissance, il arrive à manier diverses magies, mais à un niveau très inférieur de celui de Leo. Il peut au maximum en utiliser deux d'un seul coup, une par main.

Dumbledore joignit ses mains, entrecroisant les doigts, et posa son menton dessus en contemplant le plafond.

− En d'autres termes, dit-il, il faudra frapper très fort dès le portail franchi.

− Extrêmement fort, approuva Ooghar en se détournant de la fenêtre par laquelle il observait le parc, mais très intelligemment. Le sabre de Midori lui permet de se déplacer à une vitesse surréaliste sur des distances tout aussi improbables, mais les attaques qu'il peut lancer avec puisent directement dans son énergie. S'il s'affaiblissait un peu trop avant l'apparition des Lames du Chaos ou d'Anteras, cela pourrait inverser nos chances de réussite. Et il en va de même pour Leo, Ethan et Darnell. Si les choses se passent comme nous l'espérons, les envoyer d'abord pourrait causer des dommages conséquents qui faciliteraient l'invasion, mais s'ils en font trop dès le début, nous aurons du souci à nous faire quand les choses deviendront vraiment sérieuses. Coordonner un assaut pareil exige une minutie à laquelle l'Alliance n'est pas habituée : nous avons toujours été assiégés, pas l'inverse. La moindre erreur de timing nous serait fatale.

Ils restèrent silencieux quelques secondes. Harry se frotta la tempe, contemplant un point invisible. Il n'y avait pas encore vraiment réfléchi, mais la question se posait effectivement : comment récupérer Poudlard ? Imaginer, ne serait-ce qu'une seconde, un parc de la taille de celui de l'école de sorcellerie encombré de gerfauts était tout, sauf rassurant. Tout comme les nombreuses versions possibles et imaginables qu'une attaque pourrait avoir face à autant d'adversaires mortels… Rien que les gerfauts seraient un problème, alors s'il fallait y ajouter les Lames du Chaos, les Mangemorts, Anteras et Voldemort…

Le Démon baissa les yeux sur sa main gauche où étincelait son alliance. Un simple arrangement politique qu'il avait signé par compassion et solidarité était devenu un mariage officiel rempli d'amour, mais entre les deux, que s'était-il produit ? La stupéfaction de voir Lucretia prendre leur rôle de « fiancés » assez au sérieux pour s'inviter dans son bain, dans son lit, dans son appartement. Des moments gênants devenus agréables effacés, à l'annonce du mariage, par un mélange complexe d'émotions contradictoires. N'était-il pas trop tôt ? Etait-ce réellement une nécessité de se marier si vite ? Quel avenir pour leur couple ? étaient des questions qui s'étaient muées peu à peu sur d'autres sujets tels que le futur prénom du bébé en fonction de son sexe, une destination pour partager pour la première fois une véritable lune de miel dès que la guerre le leur permettrait, comment assurer l'enseignement de ses pouvoirs à Draya quand elle les recevrait, etc. Mais de la reprise de Poudlard, ils n'en avaient que peu parler, voire pas du tout.

A présent qu'il regardait ce bijou dans un contexte tel que celui de cette réunion, cependant, il s'interrogeait. Il était marié, sa femme portait leur premier enfant de sang et la situation, à l'extérieur, ne s'arrangeait pas du tout, loin de là. Quand attaquer ? Comment attaquer ? Ton ami est très surprenant, mais reste prudent, 'Thanou, car il ment comme il respire. La voix de sa mère résonna dans son esprit, le Serpentard tournant son regard vers Leo, le Gryffondor engloutissant un beignet de crevette. Plus de Sept Sentences, hein ? se répéta-t-il.

− Les nerfs, lâcha soudainement le Démon en reportant son attention sur Ooghar.

Dumbledore sourit, comme s'il avait eu la même idée mais s'était fait devancer.

− Jouer avec leurs nerfs… grogna Maugrey. Comment ? Anteras a probablement protégé Poudlard pour que ni l'Alliance, ni toi ni ton frère ne puissiez transplaner dans son enceinte.

− Il reste Leo.

Le professeur Bresch s'était attendu à la réponse, mais il ne dissimula pas sa réticence, alors que l'intéressé, en faisant disparaître la queue de la crevette dans une étincelle rouge feu, daignait enfin porter un réel intérêt à cette réunion, ses pieds se balançant au-dessus du sol.

Doshita ? interrogea-t-il.

− Tu es le seul, jusqu'à preuve du contraire, qui puisse transplaner dans Poudlard, car Anteras n'a toujours rien compris à ta magie, répondit Harry. Si tu fais du grabuge irrégulièrement, tu vas mettre nos ennemis sur les nerfs et les pousser à renforcer la sécurité. Qui dit renforcer dit augmenter l'activité, donc diminuer le repos. Il est très simple de se fatiguer, ça l'est bien moins de récupérer. Mais comme l'a souligné Ooghar, il faut que tout soit très minutieusement calculé. Tes premières interventions leur feront croire qu'une attaque massive se prépare, ce qui ne sera pas faux, mais si elles se répètent trop longtemps, ils comprendront que c'est un leurre pour les pousser à s'affaiblir. Si tu agis dans un délai trop court avec la date de l'assaut, ils n'auront peut-être pas eu le temps d'être assez usés pour qu'on bénéficie d'un réel avantage sur eux.

− C'est pour moi, de gozaru ! se réjouit le Dieu de la Mort.

− Ne t'emballe pas, abruti ! répliqua le professeur Bresch d'un ton sec. Ce n'est pas pour maintenant ! Et on a bien parlé de grabuge : ça veut dire que tu apparais, tu lances un sort et tu te barres illico ! De toute façon, il faut d'abord régler tout un tas de détails. A commencer le temps que ça nous prendra de construire un plan viable et à quelle date nous l'appliquerons.

− Avant la fin des vacances d'été, affirma Dorcas.

Personne ne s'étonna de la recommandation de la sorcière, qui était tout à fait logique : il fallait à tout prix que les élèves puissent rentrer chez eux en paix, ou ils seraient immanquablement ciblés. Or, plus Anteras ferait face à la magie de la Mort, plus le risque qu'il en comprenne le fonctionnement grandirait, et alors même Leo n'aurait plus l'avantage qu'il a sur tous les autres. Les sceaux protégeant les maisons seraient brisés petit à petit et de plus en plus facilement, rapidement, si bien que l'on reviendrait à une situation où les Mangemorts s'infiltraient dans les foyers sorciers sans grand-peine.

− Ca fait un peu court, commenta Alyphar en croisant les bras, mais ce n'est pas irréalisable si Prerian accepte d'organiser des conseils réunissant des représentants des peuples de l'Alliance et des sorciers.

− Et les elfes de maison ! intervint Endory avec fougue. Nous subissons la suprématie des humains depuis déjà trop longtemps, ce sera l'occasion de leur montrer que nous ne sommes pas des esclaves, mais un peuple digne et fier qui peut se battre ! Leur mépris vis-à-vis de nous leur fait depuis trop longtemps oublié que nous avons aussi des pouvoirs dont ils ne soupçonnent même pas l'étendue !

− Alors, vous serez ce représentant, dit le Nehoryn. Midori, on…

− Je sais, l'interrompit le samouraï d'un ton détaché.

− Tu peux t'en occuper maintenant ?

Le demi-démon acquiesça, tira légèrement la poignée de son sabre et disparut sans un mot de plus.

− Que se passe-t-il ? demanda Dumbledore, intrigué.

Ooghar et Alyphar échangèrent un regard éloquent : le sujet n'était pas simple à aborder, visiblement. Il l'était même encore moins sans l'autorisation de Midori, semblait-il, mais le Mage abdiqua en laissant échapper un très long soupir.

Zosou ta, dit-il.

Une curieuse sensation se répandit dans la tête de Harry. Pas sur son crâne, mais à l'intérieur même de as tête, comme si un frisson avait parcouru tout son cerveau pour lui lancer un appel, pour essayer de l'amener jusqu'à la bibliothèque intégrée à son esprit. En vain. Il remarqua néanmoins qu'Ooghar et le Nehoryn étaient très attentifs, vraiment très attentifs, à sa réaction. Ils ne paraissaient guère en savoir mieux que lui, d'ailleurs.

Harry haussa les épaules, les yeux piquants.

− J'ai l'information quelque part dans la bibliothèque de mon père, admit-il, mais je n'arrive pas à y accéder.

− Je vois, dit Alyphar sans paraître déçu. Zosou ta est une expression familière, c'est tout ce que nous savons à ce sujet, mais elle a eu des répercussions phénoménales sur Midori. Il ne l'a utilisée qu'une seule fois. Vous avez peut-être entendu parler de son histoire, de son enfance difficile : abandonné par ses parents, rejeté par les Mages et les Nehoryns, de son adoption par l'ancêtre de Damar… Les choses ne se sont pas arrangées durant toute notre adolescence. J'appartenais à une bande d'idiots qui surveillait la lisière de notre forêt pour l'empêcher d'y entrer, pendant que son grand frère Ethan, lui, menait un autre groupe. La nature de Midori était le problème, mais nous avions deux motifs différents : pour les Mages, il rappelait la nature d'Anteras, l'assassin de leur bien-aimé Byr, et pour nous, il évoquait juste une créature susceptible de devenir une menace quand elle aurait appris à contrôler ses pouvoirs. C'était pourtant un garçon comme les autres, mais nous étions trop sots pour le comprendre et nous enchaînions les attaques à répétition, essuyant défaite humiliante sur véritable raclée. Il savait qu'on ne jouait pas et qu'on ne voulait pas de lui, mais être pris pour cible le divertissait. C'était énervant de le voir sourire et rire en nous mettant des roustes, en rectifiant les positions de nos aînés, en nous donnant des conseils pour la prochaine fois… Il connaissait nos arts mieux que nous-mêmes, ses plus petits sortilèges brisaient les plus puissants lancés par les Mages les plus âgés, il maniait son couteau de chasse mieux que nos camarades en dernière année…

Il se frotta le front, un pli entre les sourcils.

− A force de prendre des déculottées, nous nous sommes associés au groupe de son frère. Je me souviens qu'à la seconde où je suis sorti de chez mes parents, j'ai voulu rentrer ou au moins les prévenir. Je sentais que quelque chose n'allait pas, qu'il ne fallait pas que j'y aille, mais j'étais un imbécile orgueilleux : je voulais voir, ne serait-ce qu'une fois, Midori mordre la poussière et perdre ses airs de pseudo-professeur. Nous lui avons donc tendu un guet-apens et avons lancé l'attaque au moment où il revenait de la chasse. Mages et Nehoryns contre lui seul – je ne vous décris même pas le plaisir qu'il a pris à nous voir lui foncer dessus tous ensemble. Mais pendant que tout le monde s'en prenait plein la poire, Ethan a profité de la confusion pour se faufiler derrière lui et le poignarder à plusieurs reprises. Nous qui voulions juste le tabasser, lui avait un tout autre projet en tête. Il a réussi à lui crever un œil et c'est là, à ce moment précis, que j'ai compris pourquoi je ne voulais pas venir. Quelque chose a changé. Midori ne souriait plus, il ne riait plus, il ne s'amusait plus, son regard lui-même s'était complètement fermé. On a cru qu'il allait mourir, mais à la place, il a prononcé ces deux mots. Zosou ta. Comme s'il les avait recherchés pendant un long moment. Il s'est redressé et a donné une gifle à Ethan, le décapitant sur le coup. Sans hésitation, sans regret, sans rien. Celui que nous prenions pour un monstre n'était qu'un garçon différent : le monstre, c'est nous qui l'avons créé.

Un grand silence suivit le récit. Voilà donc comment le samouraï en était venu à tuer son propre frère, pensa le Serpentard, affligé. Il était un peu glauque d'imaginer qu'il portait désormais le prénom d'un frère décapité, mais peut-être n'était-ce pas innocent, peut-être Midori espérait-il au fond de lui-même que Harry redorerait ce nom et lui ferait définitivement tourner la page sur le fratricide dont il avait été la cible, mais qu'il avait commis.

− Lorca m'a raconté une histoire plus… édulcorée, confia Harry.

− Une personne souhaitant protéger les personnes chères à son cœur minimisera toujours leurs erreurs. Elle n'a pas menti sur le déroulement des évènements, elle a juste cherché à taire ma responsabilité dans ce triste, stupide incident, en s'appuyant surtout sur la légitime défense de Midori, j'imagine.

− Il y a quelque chose que je ne comprends pas : comment se fait-il qu'il ait ses deux yeux, s'il a été éborgné ? reprit Dorcas.

− Les êtres démoniaques possèdent une capacité de régénération exceptionnelle, répondit le Nehoryn. Après le guet-apens et le temps qu'il rentre chez lui, Midori avait déjà soigné la grande majorité de ses blessures, mais il a fallu une bonne semaine pour que son œil perdu se reforme. Depuis qu'il l'a récupéré pour la première fois, toute sa vision des choses a changé, comme son attitude.

− Midori est parti enterrer son œil près de Poudlard pour utiliser un enchantement sacrificiel, dit Ooghar. Il lui permettra d'explorer l'école dans ses moindres recoins, d'observer l'organisation des ennemis avant puis après la première intervention de Leo et, bien sûr, de récolter des informations qui nous auraient échappées. Il n'entendra rien, mais il verra tout ce qui est et depuis ce qui est en contact de la terre. D'où la nécessité de bien préparer tout ce qu'il faut, car il aura besoin d'un peu de temps pour se régénérer. Avec un seul œil, il est terrible, mais dans le cadre de l'opération qui nous occupe, je préférerais qu'il ait les deux.

Dumbledore hocha la tête, tout à fait d'accord.

− Alastor, où en sommes-nous avec la mobilisation ?

− Difficile à dire. Qui est fiable, qui ne l'est pas, qui ne le sera plus demain ? Tout le monde écoute les avis de tout le monde sur la question, mais sous Imperium ou simple bon menteur, il est facile de tromper l'autre. Pour le moment, on se concentre sur l'entourage de l'entourage de l'entourage de l'entourage des membres de l'Ordre et même là, on a quelques doutes sur certaines personnes. La grande majorité des Aurors répondra présente, mais je me méfie de quelques brigadiers. Nous savons que des Oubliators ont aussi à cœur de mettre un terme à la guerre et de ramener la paix, mais là encore, qui croire ?

− Avec ça, de gozaru.

Les têtes se tournèrent vers Leo, qui tenait dans la paume de sa main un flacon de verre teint en violet à travers lequel un liquide, apparemment encore plus sombre, semblait frémir gentiment. Il donna une pichenette à la fiole et celle-ci fendit les airs pour atterrir sur le bureau du directeur et glisser jusqu'à s'arrêter devant Maugrey.

− Potion d'annihilation totale, annonça le Gryffondor d'un ton badin. En examinant les plans du ministère créé par l'Alliance, j'ai remarqué qu'une seule conduite d'eau alimentait le bâtiment. Je travaillais déjà à une potion à peu près similaire au Maléfice du Moldu de Chouchou, mais je ne savais pas comment l'utiliser. C'est alors qu'il a été annoncé par La Gazette du sorcier qu'un employé avait été placé en détention pour soupçons de complicité avec des mages noirs. Ca m'a pris du temps, mais j'ai réussi à concocter ce machin. A n'ouvrir que sous l'eau ou la potion s'évaporera, de gozaru.

− Et comment fonctionne-t-elle ? interrogea l'Auror en examinant la bouteille.

− Elle contamine l'eau dans laquelle elle est libérée en s'adaptant aux divers corps étrangers que celle-ci chope sur son chemin puis, une fois l'eau immobilisée, la potion réagit à tout corps étranger en libérant un gaz incolore et inodore qui pénétrera l'organisme de la personne l'ayant inhalé. Elle peut être bue, ça ne change rien. Dans la plupart des cas, selon moi, ce sera aux toilettes qu'elle fera le plus de victimes. Si quelqu'un est ensorcelé, divers symptômes apparaîtront petit à petit et s'étendront sur plusieurs heures : grosse fatigue, teint changeant, fièvre ou même malaise pour les personnes de faible constitution, etc. Les pupilles, notamment, se dilateront tellement que les iris en seront presque effacées.

Y avait-il une limite à son intelligence ? se répéta, pour la énième fois, Harry en regardant Leo s'intéresser de nouveau à son repas pour piocher dans la boîte une petite barquette de takoyaki.

− On devrait pouvoir faire passer une annonce sur une maladie sans danger, commenta Dorcas. Si personne ne se doute du subterfuge, tout le monde se présentera à l'infirmerie sans se méfier. On a juste à ensorceler quelques membres travaillant au ministère, les soumettre à la potion et quand leurs collègues les verront revenir comme si de rien était, ça passera tout seul.

− Ah ? s'étonna Leo. J'ai oublié un de gozaru, de gozaru. Ethan, tu aurais pu me prévenir. Tu vas devoir subir la punition divine.

− Et c'est quoi ?

− Ca, de gozaru.

Le tranchant d'une main gantée s'abattit sur la tête du Serpentard, qui fut plus surpris que souffrant du choc. Il se retourna sur… le Sorcier Extraordinaire – son frère, rectifia-t-il intérieurement. A quel moment était-il arrivé ? Dumbledore lui-même, bien qu'assis face à eux, ne semblait pas l'avoir remarqué non plus, pas même du coin de l'œil. Dans l'obscurité de son large chapeau, si invisible fut-il, le regard de Darnell détaillait Harry avec une telle intensité que le cadet avait l'impression d'être transpercé.

− Mouais, dit le nouveau venu d'un air peu convaincu. Pas encore assez fatigué, mais ça devrait le faire.

Harry plissa les yeux.

− C'était toi… C'est toi qui me réveillais sans cesse !

− Qu'il est perspicace. Je vous emprunte mon petit frère, on doit causer famille.

− Ah ! Attendez ! s'affola Endory. J'ai encore une chose à lui dire !

Le Stratège de la Mort se désintéressa aussitôt de Darnell, rempli d'espoir. Il s'en était douté en voyant Endory présent à la réunion, mais il ignorait toujours si les nouvelles étaient bonnes ou mauvaises à propos de Dobby. Et la réponse fut précédée d'un grand sourire :

− Il est libre, déclara l'elfe de maison. J'ignore encore les détails, mais Astrea m'a envoyé un courrier pour me faire savoir que le fils de Gorom qui m'intéressait tant était arrivé hier soir au ministère pour se faire recenser en tant qu'elfe libre. Je lui ai fait part de votre souhait de le recueillir, mais je vais d'abord profiter des deux mois de votre scolarité pour l'héberger et le former aux tâches qui lui incomberont. Je pense que votre épouse saura gérer la paperasse.

− Merci, Endory. Merci infiniment.

L'elfe de maison s'inclina légèrement, comme pour dire que ce n'était rien, voyons. Darnell posa une main sur l'épaule de Harry et tous les deux se retrouvèrent instantanément au troisième étage, où l'aîné fit apparaître dans le mur une arcade donnant sur une gigantesque prairie qui se perdait à l'horizon. Ils s'avancèrent côte à côté dans la dimension, le Serpentard observant les alentours. Tout n'était qu'herbe : aussi loin qu'il pouvait voir, tout était verdoyant. Aucune silhouette de colline ou de montagne, pas le moindre bosquet ou la plus petite forêt qui soit – il n'y avait rien, sauf cette prairie interminable.

Entendant un bruissement, il se tourna vers son frère. Celui-ci avait retiré son grand chapeau et son manteau de cuir, révélant son visage. Beau jeune homme pâle aux traits arrogants plus prononcés que ceux de Harry, il avait des cheveux noirs, brillants et lisses, noués en une petite queue-de-cheval. Ses yeux entièrement verts avaient des iris aussi étranges que les siennes ou celles de Midori : chacune possédait six anneaux dorés et imbriqués les uns dans les autres pour formant un cercle autour d'une pupille d'un violet très pâle, presque lilas. Voici donc à quoi ressemblait Darnell, fils de Lathar et de la Dame du Néant. Ils ne se ressemblaient pas beaucoup et pourtant, tous deux avaient un petit air de famille comme pourraient en avoir deux cousins.

− On va se battre ? s'inquiéta un peu Harry.

− Oui et non. Ton véritable adversaire sera toi-même. Vois ça comme un examen théorique dans tes études de jeune Démon. Compte tenu du peu de temps qu'il nous reste avant la grande bataille, il faut que je te botte le cul. Ca fait partie des responsabilités d'un grand frère, après tout.

− Et tu avais besoin de pourrir ma nuit pour ça ?

Darnell eut un sourire en coin.

− Tu es naïf, Ethan. Quand sait-on que nous sommes qui nous sommes ? n'est pas une question demandant de réponse orale, mais une réponse par tes actes. Comment peux-tu prétendre être toi si tu ne sais pas comment tu es quand tu es fatigué ? Ivre ? En colère ? Triste ? Contrarié ? Tu vis sur un petit nuage depuis que tu évolues et que tu t'es marié. Je suis même prêt à parier que tu ne sais pas pourquoi tu progresses brusquement aussi vite dans ta formation, ni pourquoi tu as tout à coup été capable de sentir la présence de Leo dans le bureau de Dumbledore.

Harry cilla. Touché-coulé, admit-il, sauf sur une question.

− Je progresse parce que mes amis m'entraînent à…

− Tu progresses parce que tu apprends à être Ethan. A qui crois-tu que je parle, là ? Mon frère ? Ou au fils des Potter censé naître dans deux ans ?

Doublement coulé, finalement, concéda le Serpentard en prenant sa forme démoniaque.

− C'est mieux, dit Darnell. Donc, si tu progresses aussi vite depuis une semaine, c'est parce que ta femme et ta bande t'encouragent à te démoniser le plus souvent possible. C'est comme n'importe quel art : on n'apprend pas à être un maestro, un peintre, un danseur, un fabricant du jour au lendemain. Il faut travailler, encore et encore et encore, mais du fait que tu sois en quasi-totalité le fils de Lathar facilite ton évolution. Midori, via Lorca, me fait part de tes progrès : être capable de contrôler l'Anneau des Flammes du premier coup relève déjà de l'exploit. Si on ajoute en plus que tu as réussi à épargner le sakura, on peut littéralement parler de miracle. De nous deux, s'il y en a bien un qui peut prétendre un authentique Démon, c'est toi.

Harry baissa les yeux sur ses mains. Comment réagir ? Être flatté ? Se sentir comme un tricheur ? Aurait-il été capable d'accomplir tout ce qu'il avait fait sans ces pouvoirs démoniaques ? Aurait-il survécu ne serait-ce qu'à la bataille de décembre si Lathar ne l'avait pas prévenu de la menace de la Nudhors qui s'apprêtait à l'attaquer ? Se serait-il montré à la hauteur pour briser les barrières entre les maisons ? Aurait-il intégré la Brigade si son regard écarlate n'avait pas tapé dans l'œil d'Alexa ? Lucretia l'aurait-elle choisi pour « fiancé » ?

Un mouvement soudain de Darnell le ramena à la réalité une seconde avant, le doigt brandi vers lui, son grand frère ne l'envoie valser dans les airs et atterrir une bonne demi-douzaine de mètres plus loin, survolant le sol à la manière d'un véritable avion. La chute ne fut guère douloureuse, mais il glissa sur une courte distance pour enfin s'arrêter. Se redressant, il lança un regard noir à… rien.

− Qu'est-ce que tu regardes ? demanda Darnell, qui se tenait juste derrière lui.

Il semblait avoir transplané dans l'infime laps de temps où Harry avait quitté le ciel des yeux pour fixer le lieu d'où son frère l'avait attaqué, mais il n'avait rien senti, rien perçu, aucune sensation, aucun mouvement d'air. La main de l'aîné s'aplatit à nouveau sur sa tête.

− Dis-moi, Ethan, quelle est l'utilité de se demander si tu aurais pu ce que tu as déjà fait ? Quel est l'intérêt de te demander si tu aurais pu faire quelque chose avec ces pouvoirs alors qu'ils sont tes pouvoirs ? En quoi est-il si important de savoir si Alexa Fellini t'aurait intégré à la Brigade de la Mort puisqu'elle l'a déjà fait ? Mon pauvre petit, tu doutes tellement de toi que je m'étonnerais presque que tu ne sois pas encore interné à Ste Mangouste. Il faudrait, il serait, il se pourrait… Foutaises : ce n'est pas en ressassant un passé alternatif que l'on progresse dans la vie, c'est en apprenant de son passé que l'on tire les leçons qui nous font avancer. Est-ce que tu aurais dû faire ça ? Peut-être, mais il est trop tard. Est-ce que tu devrais faire ça ? Peut-être, mais en quoi hésiter t'aidera à faire ce que tu as à faire ?

Il lâcha Harry pour le laisser se relever et lui faire de nouveau face.

− La vie, petit frère, est une succession de choix : tu as commis, commets, commettras des erreurs, tout comme tu as réussi, réussis et réussiras des choses que tu as et auras entreprises. La question est : est-ce que ton avenir se situe derrière toi ou devant toi ? Est-ce Harry Potter qui protègera tes amis au mois de juin avec sa seule baguette magique ? Ou sera-ce Ethan et ses pouvoirs ? Laisse-moi te prévenir, frérot : si j'estime que tu seras une gêne, le jour venu, je m'occuperai personnellement de te laisser à l'écart. Tes amis, ton entourage iront se battre et toi, tu resteras en sécurité, seul, ruminant, me maudissant, m'insultant de tous les noms si ça te chante, en oubliant juste un petit détail : ce sera toi le fautif. Toi qui auras été trop faible pour assumer ton héritage afin d'offrir à tout ton entourage un avenir que Harry ne leur a pas connu. Toi qui auras été trop faible pour accepter le fait que tu es un Démon, fils de Démon, et non un humain transformé par deux Pierres pour devenir fils de Démon.

Harry serra le poing.

− Si tu crois que c'est facile… siffla-t-il entre ses dents.

Le sourire narquois de Darnell s'effaça légèrement.

− A qui crois-tu parler, gamin ? interrogea-t-il. Même en comptabilisant le nombre total de fois où les élèves et les professeurs se sont torchés le cul dans leurs vies, tu n'atteins même pas la moitié du nombre des enterrements auxquels j'ai assisté. J'ai dû tuer des ennemis, beaucoup d'ennemis, mais aussi des personnes que j'appréciais en raison de guerres entre clans, de mauvais chemins empruntés ou de souffrances insupportables et incurables. J'ai tendu la main à des gens qui la refusaient et étaient retrouvés morts quelques jours plus tard à cause de dettes, de pères ou de maris trop violents, de femmes jalouses ou vénales, de frères ou de sœurs ne supportant de n'être que deuxième sur le testament. J'ai apporté les cadavres d'amis tués de ma main à leurs enfants que j'avais regardés grandir, j'ai vu des proches se flétrir au fil des ans, mal tourner, s'autodétruire, perdre la tête, se suicider… Mais, c'est indéniable, 12 000 ans de mort, de sang, de larmes, de détresse ne sont pas absolument rien face à la lourde tâche qu'est celle d'accepter son identité.

Harry pâlit et déglutit en fuyant le regard de son frère, honteux. Peut-être était-ce dû à la fatigue, mais il s'était momentanément cru en face d'un simple jeune homme d'une vingtaine d'années, qu'il se tenait devant l'une des créatures – si ce n'était LA créature – la plus ancienne encore en vie.

− Comprends-tu pourquoi je t'ai empêché de dormir correctement, à présent ? poursuivit Darnell avec sérénité. Pour que tu prennes conscience que le discernement est capital, aussi bien dans tes relations que sur un champ de bataille. Les gens ont tendance à dire et à penser ce qu'ils ont sur le cœur quand ils sont fatigués, en colère ou un peu ivres, mais parce qu'ils ont peur de vexer, de perdre une amitié, de passer pour les connards de service, ils se confondent en excuses. S'excuser pour avoir été honnête, c'est mentir à l'autre et à soi-même. Le tout est dans la manière d'exposer la situation. Quelque chose t'énerve, explique-le calmement. Tu vas péter les plombs, prends le temps qu'il faut pour reprendre le contrôle de toi-même. Tu te sens mal à propos de quelque chose, parle à qui t'écoutera. Tu veux savoir qui tu es, alors deviens qui tu veux être, mais n'oublie pas que le monde ne tourne pas autour de toi : il avance avec toi.

Le long manteau et le grand chapeau apparurent sur le dos et la tête de l'aîné, qui fouilla dans une poche et jeta un objet étincelant d'or à Harry. Celui-ci l'attrapa au vol, n'ayant rien perdu de ses réflexes d'attrapeur, et baissa les yeux sur une petite coupe aux anses finement ciselées et ornée d'un blaireau.

Un Horcruxe ! s'exclama le Serpentard, incrédule, en reconnaissant l'un des deux trésors volés par Jedusor à la vieille Hepzibah Smith, quand il travaillait encore chez Barjow&Beurk.

− J'ai trouvé ça en venant, prétendit Darnell en ouvrant une nouvelle arcade. Je te laisse deux semaines pour te mettre dans le crâne que tu es Ethan Potter, frangin. Le délai écoulé, je m'occuperai sérieusement de ton cas, et il y a intérêt à ce que tu ne me déçoives pas. Il n'est pas dans ma nature d'être patient avec mes élèves.

− Je… Merci… Attends ! dit Harry avec autant de maladresse que de précipitation. Zosou ta, ça veut dire quoi, exactement ?

Il perçut un léger changement d'humeur chez son frère.

− Où as-tu entendu ça ?

− C'est lié à l'histoire de Midori.

Darnell resta silencieux un court instant.

− Ca veut dire « Je te tiens ! », mais dans un contexte compétitif, comme si tu recherchais un but à atteindre et que tu y parvenais enfin. C'est dangereux, extrêmement dangereux, car en échange d'un pouvoir bien particulier, il y a un tribut à payer. Si jamais tu entends une voix que tu ne connais pas te proposer un pouvoir plus grand, tu refuses catégoriquement. Notre père commençait déjà à perdre ses pouvoirs quand il est parti à la guerre au côté de Byr, justement parce qu'il avait accepté le défi du Zosou ta. Pour Byr et Anteras, je ne sais pas. Dans tous les cas, je t'interdis d'accepter un marché avec quelqu'un que tu ne connais ni ne vois. Il n'en ressortira rien de bon. A plus !

− At…

Mais Darnell s'était déjà volatilisé.