La fin des examens fut célébrée en grandes pompes, surtout par les élèves en Aspic et en BUSE. A présent, les angoisses mises de côté en attendant les résultats qui arriveraient en juillet – « Pour ceux qui seront encore de ce monde », dixit Sirius –, le cours de la vie scolaire reprit presque son rythme normal, à un détail près : les pensées se focalisaient désormais sur le mois de juin, que les étudiants aient prévu ou non de participer à la tentative pour reprendre Poudlard. Signe que cet assaut déterminerait l'avenir de la guerre, les professeurs avaient renoncé aux révisions ou à prendre de l'avance sur l'année prochaine : ils tenaient à présent des ateliers pour aider les élèves à se défendre ou à acquérir de nouvelles connaissances utiles, qu'elles fussent ménagères, culinaires, médicinales ou même immobilières. Plus d'un enseignant rappela que, quelle que pourrait être l'issue de l'offensive, certains assaillants survivraient et auraient alors la charge de protéger les maisons des plus démunis, Moldus ou non. Plus personne, à partir de ce moment-là, ne s'intéressa à l'approche du prochain tour du tournoi de duel, ni même à la mystérieuse surprise que Harry réservait à ses camarades pour le prochain cours spécial de Lorca.

Une semaine et demie après la réunion de la Légion Démoniaque, toutefois, le Démon oublia les évènements à venir, à l'intérieur comme à l'extérieur de Lavorsy, car quelque chose d'inattendu se présenta à lui : parcourant à la diagonale toute une série d'idées stratégiques imaginées par ses camarades de la légion Démoniaque, ce furent les Maraudeurs et les garçons de Serpentard, marchant côte à côte très calmement, qui détournèrent son attention et le poussèrent à se tourner vers l'entrée la plus proche.

Il n'avait pas rêvé : émergeant du bâtiment principal, les sept jeunes hommes s'avancèrent très naturellement à sa rencontre, Remus discutant même très cordialement avec Beauchesne sur une initiative encore « secrète » que le professeur Flitwick avait prise : donner de petits devoirs d'été avancés aux élèves de septième année pour leur permettre de poursuivre l'apprentissage de sortilèges utiles au quotidien. Un spectacle rare, voire miraculeux, car il fallait généralement la présence de Lily pour dissuader James et Rogue de se chercher des poux. Pourtant, tous deux, imités par les autres, s'assirent sans échanger la moindre provocation.

− Des trucs intéressants ? demanda Sirius en désignant la liasse de parchemins.

− Tout l'est tant que nous n'avons pas l'intégralité de la tactique établie par l'Alliance et le ministère, répondit Harry. Peut-être qu'il sera possible d'ajouter un ou deux mouvements, peut-être pas. On verra bien. J'imagine ne pas me tromper en affirmant qu'un groupe aussi insolite n'est pas venu me voir dans le calme juste pour ça ?

− En effet, dit Rogue. En fait, nous sommes ici pour deux raisons. La première, c'est que le père de Caleb nous donne l'étrange sentiment que nous sommes soupçonnés de quelque chose. L'attaque de mercredi, on n'en savait rien, et chaque fois que nous lui demandons ce qu'il y a au programme des Mangemorts, il élude la question afin de recentrer la discussion sur notre stratégie. Sauf que nous n'avons rien à lui donner, ce qui ne joue pas en notre faveur.

Harry se frotta la tempe.

− J'aurais dû y penser avant, concéda-t-il. Voldemort est impatient, soucieux. Contrairement à Anteras, c'est la première fois qu'il participera à un état de siège. Son incapacité à faire confiance à quelqu'un, notamment, ne lui a sûrement pas fait oublier qu'Anteras est plus puissant, plus cruel, plus conquérant qu'il ne l'a jamais été. Aussi, assez logiquement, pense-t-il que les Mangemorts pourraient être sacrifiés et lui, Voldemort, doublé dès que son allié le considérera comme inutile à la suite de ses projets. Sans aller jusqu'à dire qu'il devient parano, il doit être constamment en train de s'interroger sur les personnes en qui il peut se fier.

− Donc, il a besoin de connaître la stratégie ennemie pour se rassurer dans sa défense de Poudlard et exige une preuve de notre loyauté, résuma Avery. Et comment sommes-nous censés faire ça ?

Le Démon n'eut guère à réfléchir bien longtemps, car la solution se trouvait dans sa main.

− Avec ceci.

Il agita les parchemins.

− Prendre d'assaut Poudlard peut se faire de plusieurs manières, même si tous les accès seront les mêmes dans la plupart des cas. L'avantage que nous avons, c'est qu'on ignore, nous comme nos ennemis, l'étendue du savoir, du pouvoir de Leo. Autrement dit, Anteras et Voldemort ne peuvent négliger l'éventualité qu'il puisse ouvrir une brèche protégeant l'école afin d'y infiltrer une multitude de personnes – et ce, sans se faire remarquer. Toutefois, il y a un petit hic : nous ne pouvons assembler toutes ces stratégies nous-mêmes.

− Ce serait trop naïf, approuva Remus. Anteras a combattu à travers tout le LorMirAl, il doit connaître presque toutes les tactiques possibles et imaginables que pourrait adopter l'Alliance. Or, s'il ne trouve pas la signature de ses vieux ennemis dans le faux plan, il comprendra tout de suite qu'il s'agit d'une entourloupe.

− Exact. Il faudra que je transmette ça au commandement pour qu'il organise une réunion avec le ministère, la Légion et l'Ordre. Il est impératif que nous concevions une stratégie-leurre crédible et ensemble. Ce que tous les trois pourriez faire, par exemple, c'est informer le père d'Avery qu'une « réunion importante » se profile, mais la date n'a pas encore été transmise. Non seulement ça apaisera un peu la méfiance de Voldemort à votre égard. En plus de lui mettre un peu la pression.

− C'en est où, d'ailleurs, le vrai plan ? intervint Peter.

Harry haussa les épaules.

− Sans le dire ouvertement, Dumbledore m'a fait comprendre que le ministère posait quelques soucis. Il estime que la Légion, du fait d'être composée de jeunes adultes, n'a rien à faire ni dans la préparation, ni dans l'action – bref, l'habituelle arrogance de vieux cons convaincus que plus jeune signifie plus incapable. J'avais espéré qu'on ne se retrouverait pas dans un tel cas de figure, mais bon… L'Alliance et Dumbledore arrangeront ça… Et votre deuxième motif ? Pour être venu me voir.

La seconde raison semblait avoir momentanément échapper aux Maraudeurs et aux trois Serpentard.

− Ah ! dit James, se remémorant. En fait, c'est à propos du prochain tour du tournoi de duel, mais Lily n'a pas voulu rentrer dans les détails…

− Parce que je lui ai demandé d'attendre que j'en ai discuté avec Potter, coupa Rogue. Ce n'est qu'une théorie, pour le moment, mais outre les réticences du père de Caleb a parlé des activités des Mangemorts, il s'avère qu'il n'a pas cherché à connaître la date des inscriptions pour assister aux quarts de finale. Quand Caleb lui a posé une question à ce sujet, il a simplement répondu : « Les habituels ne viendront pas, cette fois. »

− Les habituels… répéta Sirius, un pli entre les sourcils. Donc…

− Il se pourrait que le Seigneur des Ténèbres envoie quelqu'un d'autre, acheva Beauchesne. Avec une mission bien précise. Même si j'ai un peu plus de doutes que Severus sur son soupçon, je pense aussi que ce Mangemort, ou ces Mangemorts, viendra pour Evans. Silver, Fellini et toi, Potter, avez occulté les anciens de Poudlard grâce à vos coups d'éclat, mais Evans n'en demeure pas moins un personnage atypique de la Légion de par son étrange technique de duel. Mulciber est un abruti, mais Alan est trop intelligent pour ne pas avoir posé le doigt sur toutes les complications qu'elle pourrait représenter.

Harry fronça à son tour les sourcils. Il fallait reconnaître que les Serpentard marquaient plus d'un point, surtout que la belle rousse était devenue comme la « chouchou » du professeur Grindelwald. Sa capacité à associer et les sortilèges, et la métamorphose et une autre magie dont elle semblait avoir le secret, lui permettaient de briser des maléfices sans même en connaître les contre-sorts. Une prouesse, selon l'ancien Mage noir, qui essayait tant bien que mal de comprendre comment la préfète-en-chef parvenait à manipuler un art pareil.

− Si je comprends bien, reprit James, Voldemort compte envoyer quelqu'un pour… analyser sa technique ?

− Je ne vois que ça, admit Rogue. Qu'il ne parvienne pas à saisir toute la subtilité de ses sortilèges n'est pas le pire qui pourrait arriver : c'est s'il décrypte les réflexes, les mouvements, l'intelligence de la duelliste de Lily qui serait catastrophique, car il serait alors en mesure d'expliquer aux Mangemorts comment elle se bat.

− Et trouver des failles, dit Remus. Il y a donc fort à parier que l'« analyste » sera un Mangemort dont vous ne connaissez pas l'allégeance.

− Pas forcément, assura Harry. Il peut s'agir d'un expert en duel soumis à l'Imperium ou à un mauvais sort qui lui aura été lancé par Anteras. Dans les deux cas, on sera tout de même coincés : je capte les âmes, pas la santé et l'intégrité des esprits… A moins que vous n'ayez déjà trouvé une solution ?

Rogue acquiesça.

− Lily propose de déclarer forfait.

Personne ne réagit, comme si tout le monde avait vu le coup venir. Un coup qui déplaisait beaucoup à Harry. Il avait tout misé sur son duel contre la préfète-en-chef pour faire un bilan complet de ses avantages, de ses défauts et, s'il se qualifiait, de régler tous les problèmes pour le tour suivant pour être fin prêt lorsqu'il se retrouverait en face de Leo. Cependant, un détail le chiffonna, mais Sirius fut le plus rapide :

− Et Ana ? Ninie ? Si elle abandonne, l'organisation du tournoi va être chamboulée, non ?

− En réalité, non, dit Avery. Dumbledore est déjà au courant de tout ça, il en a parlé avec elles. A entendre tout le monde, le prochain tour est très attendu, mais c'est faux : ce que les élèves attendent réellement, c'est la finale, et il n'y a personne pour en souhaiter une autre que Potter contre Silver. Moorehead considère qu'elle aura assez de temps comme ça pour se battre avec Potter pendant leur formation d'Aurors et Cordell, comme d'habitude, ne veut surtout pas participer à une compétition s'il n'y a plus ses meilleures amies en lice. Bien sûr, Dumbledore a tenu à ce que ce petit remaniement reste secret jusqu'au tout dernier moment.

− Et Ninie ? dit Peter, perplexe. Elle est quand même la nièce de Dorcas Meadowes…

− C'est différent, affirma Remus. Ninie est le soleil autour duquel gravitent de nombreuses planètes : personne ne la laissera seule, ni nous, ni des élèves, ni plein d'adultes et encore moins sa tante. Il faudrait vraiment que les Mangemorts aient un plan infaillible leur permettant de l'isoler pour qu'une étude de sa technique vaille la peine d'être menée, et ce même si notre Bébé de Gryffondor national n'a pas encore montré son véritable potentiel.

La messe était dite. Ou presque, car pendant que Harry réfléchissait déjà à un moyen d'appréhender la finale le plus rapidement et efficacement possible, une âme très familière pénétra tout à coup dans Lavorsy, l'obligeant à lever les yeux sur l'édifice îlien.

− Qui ? interrogea Avery.

− Endory. Il est venu me voir, en début de semaine, après avoir appris par l'un de ses contacts que Gorom était porté disparu depuis plusieurs jours. Tout comme vous, j'ai moi aussi émis une hypothèse : celui que, furieux de perdre Dobby et ne voyant plus aucun intérêt à garder leur elfe de maison, les Malefoy l'avaient sacrifié. Grâce à Astrea, mon soupçon s'est renforcé quand elle a indiqué à Lulu' que Lucius était effectivement venu acheter l'un des elfes déchus du Bureau de replacement.

− Donc… Ca veut dire que la caverne… dit Beauchesne.

− A accueilli ce qu'elle était censée renfermer. Parfait : le cours spécial que j'ai préparé avec Lorca peut enfin commencer.

Il tira sa baguette magique et décocha une multitude d'Hermès.

− Quoi ? Maintenant ? s'étonna James.

− Il vaut mieux que les cours normaux servent à l'entraînement pour la bataille, dit Harry. En outre, je n'ai pas accepté que la Légion soit créée pour qu'elle se contente de simples cours. Un véritable danger est celui que l'on sait présent, qu'il soit identifié ou non, et qui est mortel. Dans les dimensions du troisième étage, on savait qu'on tomberait sur des pièges tout en sachant qu'on n'avait rien à craindre. Or, dans une guerre, si tu n'es pas fichu de faire appel à ton instinct de survie, tu peux tout aussi bien t'enterrer toi-même.

− Traitement de choc, hein… dit Rogue pour lui-même.

A la surprise des Maraudeurs et des trois Serpentard, le professeur Grindelwald fut le premier à les rejoindre, à peine une seconde avant que Lorca n'apparaisse juste à côté de son collègue. Surgissant des angles, des murs ou de l'ouverture la plus proche du bâtiment, les élèves qui avaient rejoint la Légion ne tardèrent pas à arriver, aussi bien curieux qu'intrigués par cette convocation inattendue.

Harry sonda rapidement Lavorsy, mais Dumbledore n'avait toujours pas bougé de son bureau, discutant autour d'un verre de vin avec Endory. A l'évidence, le directeur n'estimait pas sa présence comme nécessaire.

− C'est quoi, le topo ? s'enquit Straton.

− Nous partons à l'aventure. Dangereuse aventure, pour être plus précis, d'où les présences des professeurs, dit le Démon. Je vais me montrer très clair dès le début : Lorca et le professeur Grindelwald n'interviendront qu'à la condition qu'un élève soit en danger de mort et évalueront, comme n'importe quel cours, le niveau de chacune et de chacun. Ce que nous allons traverser, ce n'est pas une dimension : c'est la réalité de la guerre, de surcroît l'un des endroits que Voldemort souhaiterait qu'on ne découvre jamais. Je ne veux aucune question. Je vous ai dit, au cours de la réunion, que je vous expliquerai tout en temps et en heure, et ce ne sera pas aujourd'hui.

− Nous ? répéta Lambert, surpris. Ca veut dire que tu vas participer ?

− Oui, car Lorca et moi ne sommes pas les seuls à avoir participé à l'élaboration de ce cours. Personne n'a pas manqué de remarquer que depuis une semaine, il manque quelqu'un, n'est-ce pas ?

Preuve, s'il en fallait une, que l'année scolaire était terminée pour les septième année, Alexa avait bénéficié du traitement de faveur « le plus injuste qui soit », selon ses camarades, car la magnifique française avait été libérée de toutes ses obligations par le professeur Bresch. Pas envie d'aller en cours ? Accordé. Shopping à Pré-au-Lard, sur le Chemin de Traverse ou n'importe où ailleurs ? Accordé aussi, même si le directeur de Beauxbâtons n'avait pas manqué d'insister pour que Leo l'accompagne. Toutefois, et sans grande surprise, Alexa avait déménagé à la Cité dès le lendemain de la fin des examens pour s'y installer avec son ami-amant – sans même le prévenir, bien évidemment.

− Tu es en train de dire que Silver est intervenu… dit Beauchesne, méfiant.

− J'ai communiqué le contenu du cours spécial d'Ethan à Miss Fellini pour qu'elle en parle à Mr Silver, avoua Lorca. Si Ethan est le leader de la Légion Démoniaque, lui aussi a encore des preuves à faire, il fallait donc qu'il ait des défis à relever. Même si vous n'aimez pas ce genre de commentaires, vous êtes encore jeunes. Le groupe que vous formez est jeune. Vous ne disposez pas du luxe de vous fractionner en petites unités : vous devez suivre votre chef. L'avantage que vous avez, cela dit, c'est qu'Ethan est ouvert aux suggestions, et c'est un détail qui ne doit surtout pas être oublié.

S'il demeurait encore quelques réticences à obéir à Harry, elles ne se manifestèrent d'aucune manière. Le chef, puisque c'était le grade du Démon, se tourna vers Lorca pour lui transmettre les parchemins des stratégies tout en lui expliquant rapidement ce que les Maraudeurs, les Serpentard et lui avaient imaginé. La Nehoryn acquiesça, se saisit de la liasse et transplana dans l'éternel panache de fumée noire.

− Elle nous rejoint, dit-il simplement à l'attention des autres.

− Comment on va utiliser le Sceau de Transfert si elle s'en va ? lança Matthain.

− On ne l'utilisera pas. On va se servir de Hajìzo. Regroupez-vous le plus possible.

Laissant ses camarades s'animer sous la tutelle du professeur Grindelwald, Harry posa un index à un mètre de la première ligne des élèves et, aussitôt, une petite lueur blanche étincela. La laissant là où elle était, il se dirigea à la droite du groupe et recommença l'opération, avant de s'attaquer à un point derrière la Légion puis à gauche, comme pour marquer les points cardinaux. Indifférent aux étudiants qui observaient la scène depuis les ponts ou le parc, il s'avança dans le périmètre établi, contourna son « équipe » et se plaça juste devant Lucretia et Nadège.

Il s'accroupit alors et plaqua la paume de sa main sur la pelouse.

Hajìzo, murmura-t-il.

Les quatre points se relièrent pour tracer un grand cercle duquel jaillirent une multitude de traits immaculés se rapprochant de la Légion en brillant de plus en plus.

− Fermez les yeux ! ordonna Harry.

Les lignes étincelantes s'arrêtèrent à quelques centimètres des chaussures et de la main du Démon, et tracèrent un nouveau cercle autour du groupe. Puis il y eut une formidable explosion de lumière éblouissante : Harry sentit sa main et ses pieds se décoller brièvement du sol, comme s'il avait sursauté, mais dès qu'il retoucha terre, il n'y avait guère de touffe d'herbe ou de terre sous ses doigts : c'était une pierre rugueuse, humide, fraîche, et le doux parfum du parc avait cédé sa place à une odeur d'iode et d'algues qui arracha quelques reniflements incommodés ou dégoutés. L'atmosphère elle-même, détendue à Lavorsy, s'était brusquement crispée, s'était transformée en la sinistre ambiance que le Démon avait ressentie la première fois qu'il était venu ici, dans une autre vie.

Rouvrant les yeux, il alluma aussitôt sa baguette, précédé du professeur Grindelwald, pour éclairer les murs de pierre brute et l'escalier de fortune menant à la mer qui s'engouffrait par un tunnel en partie submergé. D'autres baguettes s'embrasèrent pour offrir une lumière dense qui n'enlevait rien à l'ambiance glauque de l'endroit, mais Harry eut vite fait de s'intéresser à autre chose.

− Y a un truc qui cloche… dit-il pour lui-même.

Ou était-ce son imagination ? Depuis qu'il avait évoqué son idée d'emmener la Légion ici auprès du directeur, celui-ci avait régulièrement convoqué Harry pour le mettre en présence avec les Horcruxes en leur possession, et ce dans le but que le Démon s'habitue à l'empreinte magique de Voldemort. Une expérience relativement utile et bâclée, le Serpentard n'ayant pour seule référence le processus de l'emprisonnement de l'âme dans l'objet – mais comme ce n'était pas la première fois qu'il venait ici, il pouvait déceler une perturbation dans la magie pratiquée dans l'antichambre. Restait à savoir ce qui la provoquait : son évolution tout au long de l'année, une intervention de Leo ou une différence de puissance entre le Voldemort de cette époque et celui de son ancienne vie ?

La réponse lui parvint très rapidement.

− En effet, approuva lentement le professeur Grindelwald, mais ce n'est pas ce que vous pensez. Il faut que j'y regarde de plus près pour être sûr… Je vous laisse expliquer concrètement le but de l'exercice.

Et il s'éloigna en observant attentivement les parois de l'antichambre. Les français eurent une étrange réaction, méfiante et alarmée, comme s'ils soupçonnaient déjà la nature d'un piège de Leo. Harry se chargea de concentrer l'attention générale sur lui pour briefer les rares élèves encore dans l'ignorance, n'accordant qu'un bref regard à l'endroit précis où Lorca, une seconde plus tard, se matérialisa. La Nehoryn parut elle aussi l'anomalie dans l'air, mais sans doute par manque de connaissances sur le sujet, elle resta en retrait.

− Donc ? dit Greggson, mi-inquiet, mi-excité à l'idée de partir à l'aventure.

− De l'autre côté d'un de ces murs, il y a une gigantesque caverne avec un lac au centre duquel se trouve, outre la bassine la contenant, une potion dans laquelle a été plongé un médaillon, expliqua Harry. Le fameux trésor de Voldemort auquel je faisais allusion lors de la réunion. Trois problèmes : la traversée ne sera pas simple du tout, il y a des Inferi prêts à nous sauter dessus si nous touchons l'eau et, bien sûr, nous ignorons ce quels pièges Leo a pu placer. A moins que nos amis français n'aient deviné quelque chose ?

Les intéressés se concertèrent rapidement, oubliant les vieilles rancœurs et autres rivalités.

− Ca dépendra du verdict de Grindelwald, répondit Lambert. Vous ne vous en êtes pas aperçus, mais vous êtes soumis à un enchantement qui vous empêche de réaliser un certain détail. Nous-mêmes, nous ne pouvons dire ce dont il s'agit si Silver n'a pas rompu la clause de l'enchantement. Seuls Bresch, son prédécesseur, Alexa et, bien sûr, les membres de la première Brigade n'y sont pas soumis. Et si, de notre côté, nous savons être envoutés plus ou moins partiellement, c'est parce que Bresch a lui-même décidé de nous mettre dans la confidence quand nous avons fait le voyage vers Poudlard.

− Pour garder un œil sur Leo, précisa Joanna, et l'empêcher de répondre à des provocations.

− C'est donc pour ça que tu nous retenais de faire le moindre mauvais tour, dit Avery à Beauchesne.

L'« ange gardien » des Serpentard acquiesça d'un air grave.

− La Brigade de la Mort n'est qu'un leurre, affirma-t-il. Silver n'a pas besoin d'acolytes pour mettre une école au pas, mais c'est précisément à cause de sa façon de faire que Bresch l'a encouragé à créer une association avec des élèves destinée à faire régner l'ordre. Avec le recul, cependant, on s'aperçoit que nous avions sous-estimé cet abruti : la magie de la Mort, on en entendait parler, mais presque personne n'en a eu une démonstration. Il y a un an encore, tout le monde croyait que Silver avait besoin d'une baguette pour y avoir recours, mais…

− Sa baguette était elle-même un leurre, conclut le professeur Grindelwald en revenant, suivi de Lorca.

Les élèves se tournèrent vers lui, curieux de connaître les résultats de son inspection, mais à en juger le pli très prononcé entre ses sourcils broussailleux, il devint manifeste qu'il n'était sûr de rien.

− C'est mauvais, monsieur ? demanda Sarah.

− Difficile à dire. Rien que l'enchantement est difficile à comprendre, car les magies de Voldemort et de Silver sont…

− Unifiées, achevèrent les français.

Ils levèrent les yeux au plafond, Lambert poussant un profond exaspéré, Alicia hochant la tête d'un air excédé, Beauchesne fixant le pan de mur d'un air sombre et Joanna, les mains sur les hanches, semblait convaincue qu'il ne servait à rien de rester plus longtemps ici.

− « Unifiées » ? répéta Rogue, déconcerté. C'est possible, ça ?

− Pour Silver, qui sait ? dit Beauchesne. Cet idiot apprend à une vitesse terrifiante, réellement terrifiante. C'est comme si tu lui donnais une liste d'ingrédients improbables en lui demandant d'inventer une potion et qu'il avait juste à la lire pour savoir quoi faire afin d'obtenir un résultat encourageant. Mais ça, encore, ça passerait presque pour quelque chose de banal à côté des Sentences de la Mort.

− Ce que protégeait l'enchantement dont je vous parlais, mais maintenant que la clause a été violée, on devrait pouvoir vous éclairer à ce sujet, annonça Lambert. Le détail qui vous a échappé, c'est qu'il y a Sept Sentences – du moins, officiellement –, mais que vous ne vous êtes jamais demandés ce qu'elles signifiaient. Chacune aborde un thème bien défini. La Première, dont dépend Hermès, concerne la parole : faire voyager votre voix très loin à l'aide sort, vous rendre muet, vous faire baragouiner n'importe quoi ou bien parler une autre langue que vous ne connaissez pas – tout ça, Silver n'a qu'à claquer des doigts pour vous l'imposer. La Seconde s'attaque à l'ouïe et sert uniquement à faire des farces : vous rendre sourd, imaginer des voix ou des pas, en augmenter la portée ou la réduire, etc. La Troisième agit sur la mobilité : bloquer une jambe, un bras, votre corps tout entier, vous obliger à courir, à sauter, danser… Son gros « désavantage », c'est que Silver est obligé de toucher la partie à contrôler. A partir de la Quatrième, on atteint un niveau encore plus élevé et, de fait, dangereux, même si celle-ci est autorisée sans l'accord de Bresch – jusqu'à un certain point. Elle manipule l'air. Bloquer votre oxygène, entrant ou sortant, soulever une brise ou une rafale, Silver peut même comprimer l'air pour se protéger ou dévier un maléfice, briser un rocher en deux ou bousculer un adversaire. Face à peu d'adversaires, il n'en a pas besoin, mais quand il fonce sur les gerfauts, il est constamment entouré de ce vent protecteur et mortel.

Il s'interrompit un petit moment pour laisser le temps aux autres d'enregistrer ses révélations et pour retrouver un peu de salive, sa bouche devenue sèche. Ses compatriotes ne cherchèrent pas à prendre la relève, comme si le Serdaigle était le mieux informé sur le sujet. Harry remarqua cependant que le professeur Grindelwald plissait de plus en plus les yeux, l'air soupçonneux.

− Les trois dernières dépendent presque de Bresch, poursuivit Lambert. La Cinquième touche à l'esprit. S'il le veut, Silver peut vous faire imaginer des choses, inverser votre humeur, changer votre regard sur untel, endormir votre intérêt pour quelque chose et vous passionner pour un sujet qui ne vous a jamais fait envie. Mais comme la Septième Sentence, ça lui demande du temps et de la préparation pour parvenir à ses fins, et même s'il peut avoir besoin d'un tel pouvoir, il ne l'utilise que très rarement. On dit que s'en servir affecte son propre esprit. Quant à la Septième, il s'agit ni plus ni moins de la mort. Elle demande beaucoup d'énergie et d'application à Silver, car s'il se rate quelque part, il n'y a pas que sa cible que son attaque atteindra.

Brythe eut un léger frisson, probablement encore hanté par l'explosion du crâne de l'immense gerfaut, au mois d'octobre.

− Et la Sixième ? demanda Lorca.

− C'est la seule dont on ne sait presque rien, avoua-t-il. Elle est interdite non pas par Bresch ou le ministère de la Magie, mais par la Confédération internationale. Seul son président en connaît la nature et peut décider si elle doit être utilisée ou pas, mais il paraît qu'elle ne comporterait qu'un seul sortilège. Il y a néanmoins une affaire – selon certains, en tout cas – qui pourrait donner une petite idée de ce dont elle est capable.

− L'auberge de La Croisée, hein ? dit Beauchesne. La fameuse bagarre où Silver a tout fait sans rien faire.

− C'est-à-dire ? interrogea James, intrigué.

La Croisée est une auberge malfamée, expliqua Joanna. Les Aurors y font même régulièrement des passages sans jamais réussir à trouver la moindre preuve contre le gérant. Il y a un peu plus d'un an et demi, elle a fait très longuement parlé d'elle à cause d'un incident sans précédent : tout le monde a pété un câble. Zoé, une prétendue rivale d'Alexa en ce qui concerne Leo, est brigadière et est intervenue là-bas. A ce qu'elle nous a raconté, Leo et des individus jouaient aux cartes quand l'un d'eux, bien éméché, a commencé à voir des tricheurs partout – il ne s'était pas trompé pour la plupart, d'ailleurs. Ca a commencé à barder quand les baguettes sont sorties et presque tout le monde s'est mis à se jeter des sorts et à hurler des choses étonnantes : le patron se vantait de faire dans la contrebande, une bonne femme a vociféré tout un tas d'insultes à un collègue, la serveuse qui aguichait avec une efficacité phénoménale a reconnu les délester d'une ou deux pièces… Bref, un boxon plein d'aveux dérangeants. Puis à la fin, quand tout le monde était KO ou blessé, Leo s'est levé de table pour regarder l'ampleur des dégâts et aurait simplement dit : « Ce n'est pas tout à fait au point… » S'il avait été plus sobre et malin, il aurait évité ce commentaire, car c'est ce qui a amené le ministère a le soupçonner d'être derrière l'incident.

Le professeur Grindelwald se gratta la joue, l'air absent.

− J'imagine, dit-il alors, que les clients sont revenus sur les témoignages, n'est-ce pas ? Sauf celui de Silver ?

− Dès le lendemain, répondit Beauchesne d'un air surpris. Vous savez de quoi il retourne ?

− Je peux en concevoir l'idée globale, mais cette Sixième Sentence est soit à un niveau inégalé, soit dénaturée par la capacité de Silver à manipuler autant de magies en une seule fois. Il me faudrait me rafraîchir la mémoire, c'est quelque chose que je n'ai pas lu depuis très longtemps et que je n'avais pas totalement compris. Ce dont je suis sûr, en revanche, c'est que Voldemort n'a jamais déposé le médaillon dans la caverne.

− Pardon ?! s'exclamèrent plusieurs, Harry le premier.

− Il n'a même jamais franchi l'Arcade de Sang pour le faire, renchérit l'ancien Mage noir. Il est venu, il a jeté son sort et est reparti illico. Le piège de Silver était là : vous faire croire que vous iriez dans la caverne. La vérité, selon moi, c'est que Voldemort lui a donné le médaillon sans même s'en rendre compte.

Entre scepticisme, incrédulité et une légère déception occultée par un profond trouble, les élèves semblèrent ne pas savoir comment réagir.

− Co… Comment serait-ce… ? balbutia Remus. Voldemort sait sûrement résisté à l'Imperium, non ?

− Sans doute, mais je ne pense pas que Silver irait se contenter d'un vulgaire maléfice sorcier contre lui. Je l'ai dit : je vais avoir besoin de relire certains bouquins pour en avoir la certitude. Et si je ne me trompe pas, il faudra réviser la stratégie de reconquête de Poudlard. Lorca, je vais avoir besoin de… d'Uvon, je pense, et d'Ooghar. Il y a quelque chose que j'aimerais vérifier avec leur aide.

La Nehoryn hocha simplement la tête avant de repartir à la Cité.

− Bien, c'était une agréable promenade, dirons-nous, ironisa l'enseignant. Potter, ramenez-nous à Lavorsy, s'il vous plaît.

Minna-san, pour le retard : sumimasen deshita !

Le chapitre n'est pas à la hauteur de ce que j'espérais, mais je dois reconnaître que je perdais un peu le fil à mesure que je l'écrivais, effaçais, réécrivais, effaçais de nouveau, réécrivais, etc. Alors j'ai réorienté le truc. Je ne sais pas quand je pourrai publier le prochain (j'ai un peu de mal à cause de trucs parallèles), mais je ne lâcherai pas le morceau jusqu'à la fin. Patience, donc ^^