Découvrir l'introuvable. C'était à peu près à ce en quoi ressemblait la mission que le professeur Grindelwald poursuivait à travers sa quête d'identification de l'enchantement utilisé par Leo pour récupérer le médaillon de Serpentard, car il l'avait fait : au retour de l'escapade de la Légion, Dumbledore attendait tout le monde avec le Horcruxe en main. Le Dieu de la Mort ne s'était pas attardé, se contentant de le lui transmettre avant de repartir sans même donner une seule explication. Hélas, malgré la richesse de la bibliothèque de Poudlard-Lavorsy, l'ancien Mage noir et les élèves qui l'aidaient dans ses recherches étaient bloqués, car rien ne se rapprochait un tant soit peu du maléfice recherché par le professeur Grindelwald. Et si quelqu'un avait le malheur d'évoquer un « Imperium amélioré », la réplique de l'enseignant était toujours la même :
− Si tu pouvais éviter d'améliorer ta connerie !
Les longues heures passées à enquêter ensemble avaient brisé quelques barrières, le criminel repenti se montrant familier et lançant des regards menaçants à quiconque l'appelait « professeur » et non « Gellert ». Preuve qu'il s'était totalement intégré. Parallèlement, il n'y avait pas que lui et les étudiants à travailler au mystère susceptible d'expliquer comment Leo avait réussi à tromper Voldemort, car Dumbledore et les professeurs Bresch et Slughorn faisaient jouer toutes leurs relations – nationales et internationales – pour tenter d'obtenir des copies de très anciens textes jalousement gardés par des ministères étrangers. En vain.
Les investigations sur la mystérieuse Sentence du Dieu de la Mort n'étaient pas la seule chose où ça coinçait, toutefois : les garçons de Serpentard étaient toujours un peu plus pressés par le père d'Avery à fournir des informations utiles sur le plan de l'offensive que l'Alliance et le ministère comptaient lancer sur Poudlard. Or, aucune réunion n'était encore prévue. Malgré de nombreuses théories élaborées et communiquées aux Mangemorts, Lord Voldemort et Anteras n'étaient pas satisfaits – ce qui n'avait rien d'étonnant. Le connaissant, Harry se doutait bien que le Seigneur des Ténèbres désirait la stratégie finale, et non des éventualités. Or, l'Alliance estimait que le plan retenu jusqu'à présent était insuffisant, mentionnant un atout de taille que les Mages avaient encore à mettre au point. Quel atout ? Ni Lorca ni Dumbledore ne le savaient. Aussi Harry passait-il tout le temps possible devant le tableau où figurait la tactique de reconquête de l'école de sorcellerie, sans succès. Il pouvait changer ou remplacer ou déplacer ceci ou cela, rien n'y faisait : il ne voyait vraiment pas quelle meilleure stratégie on pourrait trouver à celle-là.
Ce jour-là ne fit pas exception. Planté devant la carte de Poudlard, Harry avait certes renoncé à essayer de deviner à quoi le commandement et le ministère pensaient, cela ne lui interdisait pas pour autant l'opportunité de trouver un plan d'attaque que les garçons de Serpentard pourraient communiquer aux Mangemorts, car cela devenait urgent. Voldemort s'impatientait, et ce n'était jamais bon signe quand il le faisait. Si Avery ne transmettait aucune information capitale à son père dans des très brefs délais, il n'aurait plus aucun accès aux évènements se déroulant du côté des mages noirs. Son père avait d'ailleurs commencé à éluder toutes ses questions pour inlassablement recentrer leurs échanges sur la stratégie de l'Alliance et du ministère.
Harry soupira, mais son souffle se bloqua dans sa gorge alors qu'il faisait subitement volte-face, sa baguette bondissant de sa poche pour rejoindre sa main, ses yeux écarlates aux iris étoilés balayant toute la pièce, alertes. Qu'était-ce ? L'atmosphère tout entière s'était brutalement transformée, compactée, comme si des mains immenses avaient attrapé l'air pour l'écraser. Un danger ? Il ne sentait aucune âme hostile en approche. Un sortilè…
Une douleur fulgurante lui transperça les jambes alors qu'une puissance monstrueuse s'abattait sur ses épaules, le jetant au sol, l'aplatissant contre les dalles fraîches. Ten Ko Gibba ?! Impossible ! L'enchantement provenait de l'extérieur de Lavorsy, sa violence traversant la montagne comme une gigantesque vague. Comment pouvait-il être affecté par un sortilège lancé loin de lui ? Et qui était derrière ce sort ? Anteras ? Darnell ? Midori ? Leo ? Qui pouvait déployer une telle puissance ? s'étonna-t-il, luttant de toutes ses forces pour se redresser.
La sensation d'être écrasé disparut soudainement, beaucoup plus vite qu'elle était apparue, et Harry souffla un grand coup, levant les yeux sur Lorca. La Nehoryn semblait avoir dressé une barrière pour protéger le Serpentard du Ten Ko Gibba, mais le temps qu'elle avait mis à intervenir ne rassurait pas vraiment le Démon : à l'évidence, elle n'avait pas été informée qu'une telle manifestation magique serait déclenchée. Ce qui signifiait que…
− Anteras, c'est ça ? dit Harry en se relevant, fébrile.
− Non.
Il cilla, aussi bien par la réponse que par l'improbable intonation attristée de Lorca. Il était si rare qu'elle communique une émotion à travers sa voix qu'il n'eut guère à poser la question pour savoir quelle en était la cause.
− Midori… Qu'a-t-il fait ?
− Lancé le premier raid sur Poudlard, je pense.
− Quoi ? s'étonna Harry. Mais Leo est le seul qui puisse transplaner à l'intérieur, non ?
− C'était le cas il y a une semaine, admit la Nehoryn. C'est une information que nous ne voulions pas vous communiquer à cause de Draya : Mr Silver, Midori et Darnell ont disparu sans prévenir qui que ce soit il y a près d'une semaine. Cette affaire n'aurait été qu'anecdotique si Horol, chargé de les retrouver pour leur transmettre des nouvelles, n'était pas rentré à la Cité en s'avouant incapable de les repérer – le premier échec de sa carrière, c'est pour dire. Nous les soupçonnions de rôder autour de Poudlard, sauf que même les Shadrian n'ont pas réussi à les localiser. La dernière carte en main que nous avions était Draya, car elle seule aurait été autorisée à entrer dans le camouflage de ces trois idiots, mais elle est « à la retraite », désormais.
− Donc… Ils auraient passé toute cette semaine à trouver un moyen pour que Leo ne soit plus le seul à pouvoir s'introduire dans l'école ?
− Il semblerait.
Harry ouvrit la bouche, mais se ravisa subitement, levant les yeux au plafond. Les âmes présentes dans Lavorsy s'agitaient, courant en tous sens pour en rejoindre d'autres, se regroupant dans les salles communes ou encore à la bibliothèque. Quelque chose se passait. Quelque chose exigeant que les élèves, mais aussi les professeurs, se réunissent à divers points précis. Filant à travers le parc ou les couloirs, les membres de la Légion convergeaient également vers leur « quartier général ».
− La radio ! souffla le Serpentard, frappé d'un éclair de lucidité.
Il tourna son regard écarlate vers le vieux poste cédé par Sarah. Celui-ci s'alluma aussitôt, un instant avant que la porte ne s'ouvre à la volée sur les filles de Gryffondor immédiatement suivies des Maraudeurs, des Poufsouffle, des Serdaigle puis des Serpentard.
La transmission mit quelques secondes à s'établir, comme s'il y avait eu des interférences, puis un bref silence précéda une détonation assourdissante qui fit sursauter bruyamment plusieurs personnes présentes dans le studio. Une voix lointaine hurla des ordres inintelligibles.
− L'Alliance et le ministère avaient prévu une attaque sur la RITM ? demanda Rogue.
Harry comprit parfaitement l'inquiétude de son camarade : si Voldemort perdait le contrôle d'un média, sa confiance vis-à-vis des Serpentard n'en serait qu'affaiblie davantage. Et peu lui importait qu'ils aient été au courant ou non.
− Non, répéta Lorca en retrouvant son habituelle indifférence.
Le grincement puis le claquement d'une porte retentirent, reportant l'attention générale sur le poste de radio. Un homme au souffle court, visiblement éprouvé, s'approcha juste assez des micros pour indiquer que ses comparses jusqu'alors retranchés dans le studio étaient tout près de l'installation audio.
− Le ministère ? interrogea une voix grave et méprisante. Combien sont-ils ?
− Ce n'est pas… Ce n'est pas le ministère, haleta le nouvel arrivant.
− L'Alliance ? dit un autre.
− N-non. C'est… Il n'y a qu'un seul type.
Un nouveau silence, incrédule cette fois, s'installa momentanément.
− Tu te fous de moi ?! s'exclama le premier, alors qu'une nouvelle détonation résonnait.
− Puisqu'il te dit qu'il n'y en a qu'un.
Harry et Lucretia sursautèrent, reconnaissant sans peine la voix de Darnell. Il y eut un bruit étrange, sec, des soupirs las, un concert de chutes laissant deviner que les Mangemorts tenant la RITM s'étaient effondrés, puis le couinement d'une chaise. Il ne fit aucun doute que Darnell s'était installé à son aise à la place du présentateur.
− Chères auditrices, chers auditeurs, bienvenue sur Radio Alliance, annonça-t-il d'un ton désinvolte. Au cas où vous seriez encore indécis quant à ce que vous avez pu entendre, j'ai malencontreusement dû reprendre les locaux de cette station après une cuisante défaite à pierre-feuille-ciseaux. Pendant ce temps, Midori, le grand vainqueur de la partie, s'occupait de lancer un raid sur l'école de sorcellerie Poudlard, tandis que Leo, arrivé deuxième, s'occupait de débarrasser Ste Mangouste ainsi que le siège de La Gazette du sorcier de la vermine qui infestait ces deux endroits. En attendant qu'ils viennent témoigner, je vous propose une page de publicité… Ah, et à l'attention de ma nièce : il y a des morts à compter un peu partout.
− Oh, chouette ! se réjouit Draya.
Elle se dématérialisa aussitôt, ne laissant même pas le temps à Lucretia de protester. D'un nouveau coup d'œil, Harry fit se baisser le volume de la radio alors que la première publicité, vantant les ouvrages accessibles chez Fleury&Bott, était lancée.
− Ils… se battent en fonction du résultat de… de pierre-feuille-ciseaux ?! dit Roby, déconcerté. Ils considèrent cette guerre comme un jeu ?!
− La conception de la guerre n'est pas l'apanage de l'humanité, répondit Lorca. Ce n'est pas parce que vous définissez une confrontation comme telle que les autres peuples doivent la percevoir de la même manière. Les gerfauts et les sorciers sont à Midori, Darnell, Mr Silver et moi-même, ce que des vers de terre sont pour vous : des êtres inoffensifs, voire insignifiants. La véritable guerre, pour nous, se limite à la dernière Lame du Chaos, à Anteras et peut-être à Lord Voldemort.
− Peut-être… murmura Erin, ahurie.
Après huit années de terreur, il devait effectivement paraître déstabilisant d'entendre quelqu'un considérer le Seigneur des Ténèbres comme une menace sans réelle importance, mais c'était oublier que derrière la belle brune qu'était Lorca, se cachait l'Istriya, une Nehoryn hors-du-commun dont le pouvoir pouvait, d'après ce que Harry avait cru comprendre, presque rivaliser avec celui de Midori. Ou pas…
Quelque chose le tracassait depuis plusieurs minutes. La puissance du sortilège employé par le samouraï, certes, mais aussi le profond regret de Lorca lorsqu'elle avait reconnu que son amant était derrière le pouvoir terrifiant qui avait cloué Harry au sol. Que cachait-elle ? Que redoutait-elle ? Inutile de l'interroger à ce sujet devant autant de monde, le Démon était sûr que ce n'était ni le moment, ni l'endroit, mais il était déterminé à obtenir certaines réponses.
− Quoiqu'il en soit, intervint Beauchesne, l'air soucieux, les attaques lancées ne vont pas nous arranger. On aura beau dire qu'on n'était au courant de rien, je ne suis pas certain que les Mangemorts s'en contenteront.
− Sauf si vous leur fournissez des renseignements prouvant votre bonne foi, dit Harry.
− Comme quoi ?
Le Démon tourna les yeux vers le tableau où figurait le plan d'attaque initial. Son intuition était-elle bonne ? Qu'elle le fût ou non, rien ne lui interdisait de soumettre l'idée qui avait germé dans son esprit en apprenant que Midori était celui qui avait lancé le premier raid sur Poudlard.
− Vous allez leur transmettre la stratégie officielle, déclara-t-il.
Tout le monde cilla.
− Tu… Tu déconnes ?! s'exclama Sirius, abasourdi.
− Non. Le commandement a un autre plan en tête et je crois que Midori, Darnell et Leo s'en sont inspirés pour vagabonder du côté de Poudlard pendant une semaine afin d'améliorer l'idée de base… ou pour vérifier qu'elle était faisable. Gardez bien en tête que, jusqu'à aujourd'hui, Leo était censé être le seul à pouvoir passer à travers les enchantements d'Anteras et entrer à Poudlard comme dans un moulin. Or, c'est Midori qui a attaqué l'école. Ils ont indubitablement trouvé une faille, et il y a fort à parier qu'ils ne vont pas se gêner pour l'exploiter de toutes les manières possibles et imaginables.
− A quoi penses-tu, exactement ? demanda Tara.
Harry médita sur la question.
− Un Portoloin, confia-t-il. Si mon frère, Midori et Leo ont trouvé le moyen de franchir les protections d'Anteras, alors il y a de grandes chances pour qu'ils puissent créer une sorte de Portoloin capable de la même chose. Je pense.
Lorca eut un quasi-imperceptible froncement de sourcils, mais personne n'eut l'occasion de lui poser la moindre question : le générique de l'émission venait d'annoncer la fin de la publicité et la reprise du flash info. Harry rehaussa le volume d'une simple œillade au poste.
− Bon, dit Darnell d'un ton désintéressé, nos envoyés spéciaux ont apparemment eu la flemme de venir, donc notre envoyée spéciale de secours, à savoir Draya, les remplacera pour ce bulletin d'informations. Commençons tout de suite par le début : comme je vous le disais, le samouraï de l'Alliance, Midori, a gagné à pierre-feuille-ciseaux, remportant ainsi le premier prix, c'est-à-dire lancer un raid sur l'école de sorcellerie Poudlard. Parents, frères, sœurs, oncles, tantes, grands-parents, fiancés, fiancées et j'en passe, rassurez-vous – ou pas : aucun élève n'a été blessé. C'est bien ça, Draya ?
−Tout à fait ! répondit la Shadrian d'un ton joyeux. Z'ai dénombré 1 167 gerfauts tués, mais Boss en a pulvérisé quelques-uns en de si petits morceaux que le bilan complet est difficile à déterminer. Fort heureusement, Poudlard abrite super grave trop plein de gerfauts dans ses sous-sols, alors ceux qui ont été tués devraient très rapidement être remplacés pour que futur tonton Leo et tonton Darnell puissent s'amuser aussi ! Malheureusement, aucun humain n'est mort parce qu'ils étaient dans le château quand Boss a attaqué.
− Histoire d'apaiser les professeurs de Poudlard : les dégâts ne sont pas trop importants, au moins ?
−Les fenêtres de la façade du château ont été brisées par l'onde de choc et la cabane de meilleur ami Rubeus s'est envolée jusque dans les montagnes pour s'y écraser en mille morceaux, mais Boss a fait très attention à ne pas abîmer la pelouse, les buissons et les arbres.
− Si la nature va bien, tout va bien. Qu'en est-il de l'escapade de Leo ?
− Il s'est vachement trop grave ennuyé. A Ste Mangouste comme à La Gazette du sorcier, il a juste eu à éclater leurs têtes aux premiers Mangemorts avant que des gens ne se rebellent contre les méchants et piquent tout plein d'adversaires à futur tonton Leo. Comme on lui volait ses jouets, il a décidé de bouder et de laisser les humains se débrouiller, mais il a réuni tous les morts rien que pour me faire plaisir. J'ai compté 15 Mangemorts et 7 voleurs d'adversaire tués pendant la bagarre, mais futur tonton Leo n'en a tué aucun pour ne pas se faire gronder par grand-papa Aurélien. Déjà qu'il va se faire crier très, très fort dessus par tata Alexa quand il va rentrer.
− Quelque chose me dit qu'il a déjà préparé une parade pour se faire pardonner… Enfin bref, dans une semaine, il pourra jouer sans risque de voir quelqu'un lui piquer ses jouets. Draya, tu vas faire un rapport complet au ministère, puis tu rentres.
− Yokay !
Il y eut une courte pause, le temps que la fillette se dématérialise pour accomplir sa dernière mission du jour, mais Harry – et tous les auditeurs présents à Lavorsy, à en juger le trouble qu'il ressentit dans la grande majorité des âmes – perçut une très inquiétante transformation de l'ambiance du studio. Plus sinistre, plus menaçant, le bref silence qui s'installa annonçait qu'un changement s'était opéré dans l'attitude de Darnell. Un changement si intense qu'il en imprégnait l'atmosphère. Quand il prit de nouveau la parole, sa voix était toujours aussi calme, mais il aurait fallu être sourd pour ne pas déceler une terrible menace tapie derrière ce ton serein. Plusieurs élèves tressaillirent.
− L'ignorance et l'arrogance humaines sont des plaies que les humains prennent plaisir à entretenir, voire à élargir, dit-il. Le problème de ces deux maux qui caractérisent votre espèce, c'est que lorsque vous prenez conscience que vous en êtes des victimes, il est bien souvent trop tard. Pour ceux qui l'oublieraient, le monde existait déjà avant que l'humanité n'impose sa suprématie. La plus ancienne archive du monde magique que vous pourriez trouver remonte grand maximum à 7 000 ans. Ce qui pourrait nous amener à nous demander : qu'y avait-il avant ? Il y avait Lathar, comme vous le savez, mais il y avait aussi des peuples dont vous n'avez gardé aucune trace. L'ironie, c'est que certains d'entre eux, après avoir été massacrés par vos ancêtres, ont été élevés au rang de divinités, d'anges, de démons et même de héros pendant l'Antiquité. Certes, vos aïeux ont quelque peu exagéré leurs pouvoirs, mais il y avait une part de vérité dans les capacités qu'ils leur octroyaient. Au-dessus de ces peuples, il y avait une femme que les êtres magiques de l'époque considéraient comme leur reine. Rien ni personne n'eut un jour l'idée saugrenue de la défier, sauf les humains. Bien avant que vous ne sachiez écrire, l'humanité se complaisait déjà à tuer, à s'approprier ce qui ne lui appartenait pas, mais c'était compter sans la reine qui remettait les pendules à l'heure.
− Il parle de qui ? chuchota Cecilia, profitant d'une interruption pendant lequel Darnell sembla boire un peu d'eau pour se réhydrater.
− Sa mère, répondit Harry. Si j'ai bien compris le peu qu'il m'en a dit, la Dame du Néant était la seule personne capable de rivaliser avec Lathar, mais j'ignorais complètement qu'elle avait été reine de quelque chose…
− Malheureusement, continua Darnell comme s'il n'y avait eu aucune coupure, rien ni personne n'est éternel. La reine vînt un jour à mourir et ses sujets se retrouvèrent sans protection, notamment parce que le prince héritier ne voulait pas régner, à l'instar de son père. Plus que son désir de liberté et d'indépendance, le prince avait dû promettre à sa mère de ne jamais – ô grand jamais – se lancer dans une bataille qui n'en valait pas la peine. Autant dire qu'il n'eut jamais à se battre, sauf contre son géniteur. Lathar, avant de partir pour le LorMirAl combattre aux côtés de Byr, lui fit tenir la même promesse, tout en lui affirmant qu'un jour viendrait où une guerre nécessiterait qu'il utilise enfin son véritable pouvoir. Je viens de passer plus de sept millénaires à regarder l'humanité détruire ce monde, à s'autodétruire, à se bercer d'illusions, à se croire qualifiée pour juger les autres civilisations, à les persécuter, à les annihiler, mais ma patience a fini par payer : Antéchiasse, en venant ici, a apporté la guerre évoquée par Lathar. Et qui dit guerre, dit sacrifices.
Il marqua une nouvelle pause, comme pour laisser les auditeurs essayer de deviner ce qu'il sous-entendait.
− Où veut-il en venir ? demanda Brythe, perplexe.
− Tolérance zéro, vraisemblablement, dit James. S'il a reproché à Midori de s'être retenu, c'est sans doute pour que tout le monde prenne conscience qu'il n'en fera pas de même. Par conséquent, s'il attaque Poudlard…
− Il ne fera pas de quartier, conclut Griggs. C'est quoi, « son véritable pouvoir » ?
− J'aimerais bien le savoir, avoua Harry.
Il y eut de l'animation dans les studios de la RITM. Un bruit sourd indiqua que Darnell avait posé la main sur le micro afin de s'entretenir en toute confidentialité, semblait-il, avec des Aurors venus récupérer les Mangemorts mis hors d'état de nuire. Lucretia commença à taper du pied, impatiente, jetant des regards partout autour d'elle, visiblement irritée que Draya ne soit pas encore revenue.
La Shadrian ne tarda toutefois pas, mais il apparut qu'elle avait fait un détour par la Cité pour s'acheter des kozisha, petites boules de pâte fourrées dont la fillette raffolait depuis qu'Elmer et Adiga, des confiseurs, avaient réussi à adapter la recette du Mirvira avec les ingrédients de l'Alterion.
− Bien, reprit alors Darnell, je pense que vous avez eu tout le temps de cogiter à mes propos, alors nous allons faire un jeu. Puisque je suis arrivé grand perdant à pierre-feuille-ciseaux, il faudra attendre au moins deux semaines avant que je ne fasse un passage par Poudlard. C'est un quizz, si vous préférez. Première question : l'idéologie des parents supportant Voldecul et les Mangemorts a-t-elle plus d'importance que la vie de l'enfant qu'ils ont renvoyé à Poudlard ? Deuxième question : est-ce que Voldemerde tolérera que papa et maman retirent fiston et fifille ? Troisième question : que se passe-t-il quand je pose un pied trop brusquement sur le sol ? Et enfin, quatrième et dernière question : obtiendrez-vous les réponses à ces questions une seconde avant de mourir ou grâce aux médias ?
Harry plissa légèrement les yeux. Il ne le voyait certes pas, mais il le sentait : un sourire rusé étirait les lèvres de Darnell. Il cherchait visiblement à provoquer Voldemort et Anteras pour qu'ils renforcent les défenses de Poudlard. S'ils le faisaient, les dégâts que son frère pourrait causer seraient considérables, en espérant que son piège ne se retourne pas contre lui.
− Une dernière petite chose et je libère les ondes. Les peuples que protégeait ma mère sont éteints, mais il reste une femme encore en vie. Une déesse, puisque vos ancêtres la considéraient comme telle. Bien malgré moi, elle n'a jamais renoncé à me désigner comme son roi. Elle possède un pouvoir très, très intéressant, et comme je ne suis pas du genre égoïste, je compte la convier à cette guerre. Je ne vais pas vous dire ce dont elle est capable, il est toujours plus amusant de le découvrir par soi-même, mais je veux bien vous donner un indice : vous hurlerez ce que vous ne dites pas et verrez ce que vous refusez de voir. Et puisque je suis de bonne humeur, je vais vous offrir un avertissement : quand vous êtes soumis à son pouvoir, les choses se passent rarement, très rarement bien. Sur ce, à dans deux semaines !
La radio s'éteignit d'elle-même, ne captant plus aucune onde magique. Les âmes, dans tout Lavorsy, s'agitèrent aussitôt. Si le discours de Darnell n'avait pas manqué de créer un certain malaise tant la menace qu'il avait annoncée avait été palpable et effrayante, ce même malaise se transformait subitement en une source d'espoir, comme si personne ne doutait qu'il frapperait un grand coup lorsque son tour viendrait d'attaquer Poudlard.
Les élèves, de la Légion ou non, se dispersèrent rapidement pour retrouver des amis afin de commenter les offensives et les mots tenus par Darnell. Comme chaque fois qu'un évènement majeur se produisait, Leonie s'empressa de retourner dans son dortoir pour écrire une lettre à sa tante, Draya la suivant avec enthousiasme. Sans surprise, leurs amies les imitèrent, Lucretia pour ne pas perdre sa fille de vue, les autres emboîtant le pas au Bébé de Gryffondor et à la jeune mariée comme s'il était tout à fait inconcevable qu'elles s'éloignent les unes des autres. Les garçons de Serpentard, de leur côté, emportèrent le plan pour se hâter de le communiquer au père d'Avery, se concertant sur le meilleur moyen de se défendre si jamais on leur reprochait de ne pas avoir prévenu les Mangemorts que des attaques auraient lieu aujourd'hui.
Harry et Lorca se retrouvèrent de nouveau en tête-à-tête. Si la Nehoryn n'avait pas anticipé que le Démon avait envie de la questionner sur certaines choses, elle paraissait avoir décidé d'aborder le sujet d'elle-même.
− Quel est le problème avec Midori ? interrogea le Serpentard. Vous n'aviez pas l'air très heureuse qu'il ait attaqué…
− Son assaut n'a rien à voir. Le problème est qu'il a brisé Kanzen'zeitan.
Harry réfléchit rapidement. C'était du démoniaque, aucun doute là-dessus, mais ça n'avait aucun sens. Du moins, pas en le lisant comme s'il s'agissait d'un sortilège. Singularité de sa langue paternelle, les mots avaient deux significations différentes selon qu'on les lisait comme un sortilège ou comme…
− Une malédiction, hein ?
− La seule que Byr ait léguée aux Mages, précisa Lorca. Il faut avoir plus de 290 ans ou bien avoir partagé la vie de Midori pour le savoir, mais suite à l'incident avec son frère, le Cercle des Mages l'a condamné à se soumettre à Kanzen'zeitan. C'est une malédiction qui limite le pouvoir de la personne maudite. La raison pour laquelle cet idiot utilise tant son sabre n'est pas seulement due à la faiblesse de ses ennemis, mais parce qu'il avait aussi besoin d'un certain temps pour accumuler le pouvoir nécessaire à ses sortilèges.
− Alors… C'était sa vraie puissance ?
− Oui et non. Bien qu'il ne soit pas considéré comme un authentique Démon, Midori n'en dispose pas moins d'une faculté qui lui est propre, que ni vous ni Darnell ne pourriez imiter. Lathar voyait dans le futur, Byr avait la science, Anteras est sans nul doute le plus grand guerrier qui ait jamais existé et vous, vous avez la capacité de fédérer, même si votre pouvoir a encore besoin de mûrir. Midori, lui, peut inverser son potentiel en fonction de sa conviction. Moins il croit qu'il peut faire une chose, plus il obtient le potentiel pour y parvenir. Dans une certaine mesure, évidemment. Cet imbécile a toujours été très doué pour se mentir à lui-même.
Elle eut du mal à dissimuler une certaine amertume qui, à l'évidence, lui était inspirée par sa romance avec le samouraï. La Nehoryn, même si Harry le soupçonnait depuis un moment, avait très clairement des projets plus ambitieux que Midori quant à l'avenir de leur couple. Peut-être même les nourrissait-elle déjà lors de leur première aventure.
− Et le Portoloin ? poursuivit Harry. Vous pensez que Midori, Darnell et Leo ont vraiment l'intention d'en créer un ?
− Ce n'est pas impossible. Quand vous avez émis cette hypothèse, vous avez souligné un détail que j'avais oublié : c'est un phénomène que les Sedulan appellent « la zoyah ». Quand une personne possède un trop grand pouvoir magique qu'il ne peut contenir intégralement dans son corps, il se répand autour de lui et s'accroche à l'aura magique des gens qu'il fréquente aussi régulièrement que depuis longtemps. Les Sedulan sont des experts en matière de manipulation d'aura, mais Midori peut aussi s'adonner à cet art.
Harry contempla un point invisible.
− Il a extrait la zoyah diffusée par Leo pour… quoi ? Lui permettre d'entrer dans Poudlard ?
− Probablement. Il a dû la synthétiser pour s'accorder la capacité de transplaner où bon lui semble. Ou peut-être se sont-ils déjà munis d'un Portoloin basé sur la faculté de Mr Silver à transplaner n'importe où. Je pense que Miss Fellini devra bientôt se soumettre à quelques expériences pour récolter davantage d'extraits du pouvoir de Mr Silver.
Connaissant Alexa, le Serpentard s'attendait à ce qu'elle accepte avec joie.
− Serait-il possible d'en apprendre davantage sur Leo grâce à la zoyah ? s'enquit-il, curieux.
− Je ne pense pas. Pour identifier la nature de sa magie, il faudrait d'abord savoir où chercher. Or, Aurélien et Albus n'ont jamais rien vu de comparable et les recherches effectuées par les Mages n'ont donné aucune piste. Le réel souci, c'est que son histoire en elle-même est incompréhensible. Les mystères sur son enfance mis à part, il descend d'une lignée de sorciers dont les précédentes générations ont toujours méprisé les créatures magiques, alors comment expliquer que Mr Silver en soit une ? Il y a également une véritable énigme qu'Aurélien s'acharne à garder secrète quant aux prétendus parents de votre ami. Selon les investigations menées par Albus, Mr Silver tient son nom de famille non pas de son père, mais de sa mère, morte il y a 18 ans lors de l'accouchement d'un bébé mort-né.
Harry plissa le front, intrigué.
− Une usurpation d'identité ? suggéra-t-il.
− Albus le croit. Aurélien était déjà directeur de Beauxbâtons quand il a rencontré Mr Silver et son prédécesseur, devenu le directeur du ministère français de la Justice, était parfaitement placé pour falsifier des documents officiels. Il est possible que son influence lui ait aussi permis de bénéficier de l'aide de personnes tout aussi importantes afin que personne ne s'intéresse de trop près à votre camarade.
Le Démon eut l'ombre d'un sourire. La situation de Leo ressemblait étrangement à la sienne, quand il y réfléchissait. Faux noms, faux passés et intégrés à la société grâce à des manipulations administratives. Restait toujours à savoir qui était Leo, ce qu'il était et comment il s'était retrouvé dans une telle position.
− Je vais consulter le commandement, annonça Lorca. A présent que Messieurs Rogue, Avery et Beauchesne doivent livrer le plan initial aux Mangemorts, nous devons accélérer la cadence pour lui trouver une alternative. Organisez une réunion avec la Légion en prenant en considération l'éventuelle existence de ces Portoloins, nous regrouperons toutes les idées et aviserons le moment venu.
Harry hocha la tête et Lorca disparut dans l'habituel panache de fumée noire, laissant le Démon seul avec ses pensées. Que penser, d'ailleurs ? Il avait l'impression que toutes les informations enregistrées aujourd'hui s'emmêlaient, l'empêchant de se concentrer sur un sujet précis. Entre la menace de Darnell, l'incertitude sur les relations entre les garçons de Serpentard et les Mangemorts malgré la transmission du plan d'attaque originel, les révélations sur Midori et les mystères entourant encore et toujours Leo, il ne savait pas par où commencer sa longue série de réflexions. Se changer les idées semblait être sa seule issue, histoire de laisser le temps à son esprit de faire le ménage par lui-même.
N'ayant pas la tête à convoquer tout le monde pour une réunion stratégique, à laquelle il lui faudrait d'abord réfléchir avant de la présenter et obtenir les avis de ses camarades, il sortit du local de la Légion et longea le couloir en direction du parc, ses pas l'entraînant machinalement vers l'âme de Lucretia. Les filles, après s'être armées de parchemins, de bouteilles d'encre et de plumes, étaient ressorties pour écrire tout en profitant du ciel ensoleillé. Si Leonie s'appliquait à orner sa missive de petits dessins sans oublier de tremper la patte de Nala dans l'encre pour qu'elle signe aussi avec ses coussinets, Draya écrivait quant à elle à ses grands-parents sous l'œil attentif de sa mère et de ses tantes, à l'affût de la moindre faute.
Sans surprise, elles assénèrent le Démon de questions sur sa discussion avec Lorca. S'il répondit docilement à une majorité d'entre elles, il occulta soigneusement le passage concernant Leo. Il ne sut même pas pourquoi, le Dieu de la Mort étant l'ami des jeunes femmes comme le sien. Peut-être voulait-il être le premier à tout découvrir, ou bien estimait-il inconsciemment ne pas avoir le droit d'en parler, préférant que Leo se livre de lui-même ? Il était incapable de le dire, mais sans étonnement, il se rendit compte qu'il n'avait pas trompé Lucretia, dont la maîtrise du Kato Distra ne cessait de s'améliorer.
Vallys apparut, de retour de son bain. Bien que Harry et Lucretia eurent appris à la traire, la darderan ne manquait jamais la moindre occasion pour retourner auprès d'Ily et de ses congénères lorsqu'il fallait la débarrasser de la coloration verdâtre de ses écailles.
− J'en sais plus sur la Sixième Sentence, annonça-t-elle d'un ton triomphant.
− Vraiment ? s'étonna Harry.
Lucretia répéta l'information aux autres, qui concentrèrent toute leur attention sur Vallys.
− Comment ?
− Alexa s'est plus que très bien intégrée au sein de l'Alliance, elle a beaucoup d'amies parmi tous les peuples, mais elle a surtout eu un coup de cœur pour Tirÿn. Elle ne lui refuse jamais rien et la traite comme si c'était sa propre fille. En passant à côté de l'enclos, Tirÿn a abordé le sujet parce qu'elle déteste être confrontée à des mystères, alors je les ai suivies. Quoi que Leo ait pu faire à Voldemort pour récupérer le médaillon de Serpentard, il ne pouvait pas s'agir de la Sixième Sentence.
− Pourquoi ça ?
− Parce que la Sixième Sentence ne comporte pas de sortilège.
Harry haussa les sourcils, surpris.
− Qu'est-ce que c'est, alors ?
− Alexa elle-même.
Yo !
Dur, le chapitre. Très dur -_- J'ai dû m'y reprendre quinze fois pour savoir quoi écrire. J'en dis un peu plus que je ne le voulais au début, mais comme la fin approche, il fallait bien que je me décide à livrer certaines réponses ^^
Je ne promets pas que je vais retrouver un rythme de publication comme lors des précédents chapitres, mais je ferai de mon mieux.
Bonne lecture ! :)
