L'atmosphère de Lavorsy se transforma progressivement tout au long de la semaine. Même celles et ceux qui resteraient en retrait lors de la bataille pour la reconquête de Poudlard, paraissaient de plus en plus anxieux, de plus en plus déterminés à se surpasser durant les cours de duel, comme si un échec les obligerait inévitablement à reprendre le flambeau pour reprendre le collège à Anteras et Voldemort. Bien évidemment, Draya était la seule à s'enthousiasmer : la pensée d'avoir des dizaines, des centaines de morts à compter ne pouvait que la rendre folle de joie. Haziriel semblait quant à elle totalement détachée, mais il s'agissait probablement d'un trait de caractère typique de son peuple. Tout comme elle ne comprenait pas l'intérêt de se faire la guerre, craindre la mort ou pleurer des personnes décédées lui échappaient complètement. Ou peut-être était-elle juste trop jeune ? Harry avait beau poursuivre sa lecture de l'histoire du Royaume, les archanges n'étaient toujours pas mentionnés dans les neuf premiers tomes. Or, il aurait bien aimé savoir quel pouvoir possédait sa nouvelle fille adoptive : l'idiot qui lui servait de frère lui avait demandé de ne rien dire pour laisser au Serpentard le soin de trouver par lui-même la réponse. Tout ce qu'on savait pour le moment, c'était qu'elle pouvait faire disparaître ses ailes quand bon lui semblait.

Mais plus personne ne s'intéressait à cela, ni à la future Confédération, ni aux facultés de Haziriel, ni même à l'impatience de Draya d'assister à un massacre comme on en avait rarement vu : la bataille approchait à grands pas, d'autant que, comme prévu par Darnell, Anteras ou Byr étaient parvenus à dissiper le Pilier deux jours auparavant, et Lavorsy était sur les nerfs tandis que Harry entrait dans le bureau de Dumbledore pour y découvrir Alyphar, Bartemius Croupton, Lorca et Dorcas Meadowes.

Il salua les visiteurs, quelque peu frappé par la tranquillité de leurs âmes, puis s'installa sur la chaise qui lui était destinée.

− Nous vous écoutons, Alyphar, invita le directeur.

− Nous avons dû modifier le plan initial, annonça le Nehoryn. Depuis qu'Éris a levé le sceau apposé sur Alexa, celle-ci est un véritable danger public dès que Leo s'éloigne un peu trop d'elle. Conséquence, sans doute, d'avoir toujours privé l'accès à Moïra. Darnell s'est personnellement occupé de lui apprendre à maîtriser son pouvoir, mais il leur aurait fallu plus de temps pour qu'elle y parvienne. Elle accompagnera donc Leo dans son assaut. Prerian et ses hommes se chargeront des renforts que l'Ennemi a cachés dans la vallée, soutenus par la brigade magique. Il reste juste un problème à régler : nous ne savons pas où ils devront les affronter.

− Dans le parc, décréta Harry. J'y ai réfléchi toute la semaine : les affronter à Pré-au-Lard ou sur le chemin de Poudlard est trop dangereux, car les gerfauts pourraient trop facilement les contourner et les prendre à revers. En outre, je ne tiens pas à ce que la Légion s'approche de trop près de mon frère. S'il utilise son pouvoir et que mes camarades affrontent quelqu'un d'une puissance égale ou supérieure à l'Annihilation, ils seront tués. Je pensais plutôt à les positionner comme seconde charnière au groupe qui aurait à protéger nos arrières. J'ai déjà chargé Melanie de se désintéresser des combats dès que le parc serait sûr et de préparer le diagnostic de chaque blessé pour simplifier l'intervention des Médicomages. Elle traitera qui elle pourra traiter, bien sûr. Erin, Larissa et Joanna s'occuperont de la protéger de toute menace.

− Pompom pourrait être rattachée à la Légion, suggéra Dorcas.

− Je pense que c'est judicieux, en effet, approuva Dumbledore. Savons-nous quelle stratégie Anteras et Voldemort seraient susceptibles d'adopter ?

− Malheureusement, non, répondit Alyphar. Les élèves semblent avoir parlé de Firagan et du sortilège Hermès à l'Ennemi, qui a interdit tout écrit, toute parole concernant leur défense. Le Basilic lui-même semble avoir reçu pour consigne de ne plus s'approcher d'une fenêtre afin que Firagan ne puisse connaître ses mouvements. Nous savons qu'il effectuait des rondes dans le château quand tout le monde était couché, mais il nous est difficile d'anticiper où et quand il interviendra dans la bataille.

− Leo comprend le Fourchelang, dit Harry. Sa Sentence basée sur l'ouïe devrait lui permettre de le trouver rapidement, et il peut transplaner n'importe où. Dès qu'il l'aura localisé, il filera se confronter à lui. A moins que Voldemort ne cherche à s'en débarrasser dès le début. Ils savent déjà que Darnell, Leo et Midori, voire Lorca, sont des monstres qu'il leur faudra éliminer le plus vite possible, ça ne m'étonnerait pas outre-mesure qu'ils utilisent l'un de leurs atouts dès la première attaque.

− Si c'est le cas, intervint Croupton, il faudra retarder l'entrée des alliés censés passer par le portail. Voir un Basilic est un peu trop tentant, même en étant conscient de la menace que représentent ses yeux. Il faudrait que Miss Fellini envoie le signal pour indiquer que le parc est sécurisé… Quoique, n'est-il pas dangereux qu'elle accompagne Silver si Potter a raison ?

− Non, assura Alyphar. Selon Éris, le Basilic est un serpent comme un autre pour les Démons, les Lois et certains êtres. Le sceau levé, Alexa est plus proche d'une Loi que d'une humaine, il n'y a donc rien à craindre de ce côté-là. Mais il est vrai que si Ethan a vu juste, il ne vaut mieux pas engager nos forces dans Poudlard tant que le chemin ne sera pas dégagé. Nous ferons ça en trois vagues : Leo et Alexa nettoient le parc, les Médicomages et nos alliés entrent au signal et les Lorgathiens et la brigade suivent.

− La brigade était affectée à Midori, non ? dit le Serpentard. Qui la remplacera ?

− Personne, répondit Lorca. C'est l'autre changement majeur adopté par le commandement et le ministère : en considérant que Leo attaquera le premier, nous nous attendons à ce qu'Anteras concentre ses forces sur le parc, donc qu'il n'y aura pas de ménage à faire dans les couloirs des étages – du moins, très peu. Éris partira bel et bien de la tour Serdaigle et s'occupera des ennemis s'y trouvant, pendant que Midori et moi nous chargerons des sous-sols. L'objectif est que votre frère, Midori, Leo et moi soyons les premiers à atteindre la Grande Salle, où siègent Anteras et Voldemort.

− Est-on sûr qu'ils y seront ? interrogea Croupton.

− Non, répéta Alyphar, mais à part le parc, nous ne voyons aucun autre endroit assez grand où nous affronter. Anteras nous connaît bien, il sait que les Nehoryns auront l'avantage si le combat se déroule dans les couloirs. Il choisira inévitablement un espace assez vaste pour livrer bataille, pour recevoir des renforts, pour nous prendre à revers.

− Il reste une question sans réponse, dit Dumbledore. Comment faisons-nous pour les gerfauts surveillant les passages que Gellert, Aurélien, Alastor et moi devons emprunter ? Les Shadrian ont confirmé que celui de la Cabane hurlante était vide, ça ira donc bien pour la Légion, mais de notre côté, si nous attaquons trop tôt, Anteras et Voldemort sauront que notre assaut est multidirectionnel.

− Hélas, nous ne pouvons nous en remettre qu'à la chance, sur ce point. Nous espérons que l'attaque de Leo encouragera le camp adverse à rapatrier ses gerfauts dans le château pour vous libérer le chemin, mais si les choses se passaient autrement, j'ai chargé plusieurs de mes unités de couper toute retraite à l'ennemi afin qu'Anteras ne soit pas informé de votre infiltration. Éris ayant toute autorité sur Leo, elle lui a ordonné de prendre son temps pour débarrasser le parc. C'est à la fois pour vous laisser le temps de gagner le château, mais aussi pour encourager Anteras à croire que le garçon n'est pas si fort que ça face à quantité de gerfauts. Prerian doute qu'il se fera berner, notamment parce que ce jeune homme a massacré à lui seul une bonne quantité des forces d'invasion lors des attaques sur Poudlard, mais nous n'avons pas d'autre tactique à disposition.

Il jeta un œil à l'une des fenêtres, contemplant le ciel un court instant.

− Ethan, vous devriez partir maintenant. Les enchantements pour tester le Portoloin amélioré ont été levées, transplaner ne vous posera donc aucun problème. Comme vous avez le passage le plus long à parcourir, il vaut mieux que vous preniez une certaine avance, mais ne vous approchez pas trop de la sortie du tunnel : même si le Saule cogneur n'est pas approché par les gerfauts en raison de sa violence, certains d'entre eux ont un bon odorat et une bonne oreille. Alexa se chargera de vous dire à quel moment vous pourrez sortir.

− Et si les Détraqueurs interviennent avant l'entrée de l'équipe du professeur Slughorn ? demanda le Démon en se levant.

− Ne vous en souciez pas, Alexa s'en occupera. Draya ne devrait plus tarder à revenir avec le nouveau Portoloin destiné à la Légion, pressez-vous.

Harry hocha la tête et transplana dans la vieille cabane prétendument hantée où il avait rencontré les Nehoryns, des siècles auparavant lui semblait-il. Rien n'avait changé, apparemment. Toujours aussi poussiéreuse, ses meubles toujours aussi brisés, lacérés, on aurait presque pu croire que Remus n'y était plus venu les nuits de pleine lune depuis l'été dernier – bien qu'il sut que le loup-garou y avait passé au moins quelques minutes avant que les autres Maraudeurs viennent le chercher pour aller se promener.

Il s'approcha de l'ouverture donnant sur le passage menant au Saule cogneur et… se sentit aussitôt désabusé. Que Darnell ait agrandi le tunnel pour le rendre plus praticable, c'était un fait, mais il en avait trop fait : un long couloir bien carré, lisse et pavé se présentait devant le Serpentard, lui rappelant quelque peu celui du neuvième niveau du ministère de la Magie menant au département des Mystères. Ou bien cette impression était-elle due aux torches aux flammes bleues et froides ? Même si le Démon se lamentait, il fallait reconnaître que le chemin serait bien plus praticable.

Il s'éloigna pour revenir au centre de la pièce et eut tout juste le temps de s'arrêter que la Légion et Madame Pomfresh se matérialisaient avant même qu'il n'ait pu percevoir l'approche de leurs âmes, tenant tous une longue planche qu'ils laissèrent tomber sur le sol.

− Wow ! s'exclama Cassie, impressionnée. C'était rapide !

− Et plus agréable que nos Portoloins, renchérit Mary.

Draya et Haziriel apparurent à leur tour, les deux fillettes ayant également un rôle à jouer dans la bataille, au grand dam de Lucretia.

− Alors ? lança Regulus à Harry. C'était quoi, cette réunion improvisée ?

Le Démon leur rapporta ce qu'il s'était dit dans le bureau du directeur. Certains n'apprécièrent pas vraiment d'être laissés à l'arrière, d'autres en furent naturellement soulagés, même si cela signifiait affronter un nombre inconnu de gerfauts. D'autres encore paraissaient plus intéressés par l'intérieur de la Cabane hurlante, se demandant sans doute où pouvaient bien être ces « esprits frappeurs » dont parlaient les habitants du village sorcier.

− En somme, tu cherches à nous éloigner du vrai combat, conclut Tara.

− Chaque combat est vrai, dit Harry. Une erreur et c'est la mort assurée, peu importe l'ennemi. Nous avons tous vu ce que Midori est capable de faire quand il se bat, nous savons tous à quel point Leo peut devenir terrifiant quand il se bat, mais on a encore à découvrir ce dont sont capables mon frère et Anteras. L'idée n'est pas de vous ménager, mais de vous affecter à des adversaires à votre portée. Être derrière n'est pas une honte, c'est plutôt une marque de confiance : si je sais que vous couvrez mes arrières, je n'aurai pas à m'inquiéter de ce qui se passe dans mon dos… Mais ne traînons pas !

Et il les entraîna à sa suite à travers l'ouverture donnant sur le couloir, qui déstabilisa quelque peu les Maraudeurs et Rogue, ceux-ci ne s'attendant clairement pas à une telle transformation du passage. Madame Pomfresh resta imperturbable, sûrement pour ne pas trahir la raison pour laquelle elle aurait pu avoir déjà à parcourir le tunnel.

− Si Fellini doit nous donner le signal pour sortir et que Flitwick n'est pas encore entré, on fait comment ? interrogea alors Avery.

− Draya immobilisera le Saule cogneur, répondit Harry. Chourave lui a expliqué comment faire. S'il reste des gerfauts, ne vous en préoccupez pas, j'en fais mon affaire. Dès que nous serons sortis, filez au portail pour rejoindre ou accueillir Prerian, ses hommes et la brigade magique, puis expliquez-leur le rôle que je vous ai donné… A ce sujet, il vaut peut-être mieux que je désigne quelques « commandants » : Rogue pour Serpentard, Ana pour Serdaigle, Lily pour Gryffondor et Cassie, tu seras à la tête de Poufsouffle. Communiquez constamment, organisez-vous rapidement, alternez attaque et défense comme Bresch et Grindelwald nous l'ont appris. Et je suis sûr qu'à la fin de la bataille, on se retrouvera tous.

Tout le monde resta silencieux, mais seulement un bref instant.

− J'ai l'impression d'entendre Albus, commenta Madame Pomfresh. Il y a juste une question qui me turlupine, Potter : ton rôle. Pourquoi est-ce à toi d'affronter Tu-Sais-Qui ?

Harry s'y attendait, mais il avait espéré que personne ne soulèverait le flou sur cette mission spéciale qu'était la sienne.

− Parce qu'il doit me tuer, confessa-t-il.

− QUOI ?! s'écrièrent plusieurs, leurs voix se répercutant contre les parois pour créer un écho.

Chut ! siffla Lucretia.

− Je vous ai déjà tout expliqué sur les Horcruxes et la face de serpent de Voldemort, dit Harry. Ce qu'il ignore, c'est qu'il a créé accidentellement un Horcruxe : moi. Je n'avais qu'un an, donc je ne me souviens pas des détails, mais d'une manière ou d'une autre, un fragment de son âme s'est implanté dans la mienne. S'il ne me tue pas une première fois, il sera impossible de le rendre mortel, car lui seul peut me débarrasser de son morceau. Je ne suis pas Fourchelang : c'est le Horcruxe qui l'est. La présence de Haziriel s'explique comme ceci : dès que Leo aura tué le Basilic, elle arrachera un crochet et l'emmènera aussitôt à Perlabool et Brûlopot pour qu'ils détruisent les Horcruxes que nous avons déjà amassés, puis il ne restera plus qu'à pousser Voldemort à me tuer. Ce qui sera assez facile. Après ça, n'importe qui pourra le vaincre.

− C'est lui qui a tué tes parents ? demanda Matthain. C'est pour ça que tu le comprends ?

− Il a voyagé pendant des années et des années pour s'instruire, pour se plonger dans les formes les plus dangereuses de la magie noire. Je ne sais pas pourquoi il s'en est pris à mes parents humains, mais j'ai presque toujours su que c'était lui qui les avait assassinés. Quand il a commencé à faire parler de lui, je n'ai raté aucun article, aucune émission radio, afin d'essayer de le connaître, de me mettre à sa place, mais c'est surtout à mon arrivée à Poudlard que j'ai le plus progressé dans mon enquête. Avec l'aide de Dumbledore. Ma cicatrice a cette forme d'éclair à cause du maléfice foiré qui a fait de moi un Horcruxe, mais je ne l'ai découvert que lorsque Midori, Lorca et Kirya se sont penché dessus.

C'était, du moins, la version officielle que le directeur, Lucretia et lui avaient choisi d'adopter, même si tout n'était pas un mensonge. Son passé nébuleux d'australien, ses parents humains qui n'avaient jamais existé, leur tombe ensorcelée pour que personne ne puisse révéler quoi que ce soit sur lui et, bien sûr, la complicité de la directrice de l'Oceanian School, qui était la seule à se « souvenir » d'un Ethan Potter dans son école, avaient quelque peu compliqué le récit justifiant qu'il était l'un des fragments d'âme de Lord Voldemort, mais ils avaient fini par trouver une histoire à peu près sensée.

Ils continuèrent à discuter tout en suivant le chemin. Étrangement, converser aussi normalement semblait leur donner cette drôle de sensation d'être en réunion ou en route pour une salle de classe, l'anxiété ayant cédé place à des propos légers, voire à des plaisanteries.

Puis Harry s'arrêta brutalement en tendant un bras pour stopper tout le monde : il captait les âmes du tout-Poudlard, signal qu'ils avaient dépassé les remparts de l'école de sorcellerie, mais il y en avait tant qu'il peinait à s'y retrouver – et encore, les gerfauts échappaient totalement à sa perception, tout comme Anteras et Byr visiblement ou elles auraient sans doute attiré son attention immédiatement.

− On va attendre ici, déclara-t-il. La sortie n'est plus très loin.

− Ca se présente comment, au-dessus ? interrogea Straton.

Le Démon resta silencieux quelques secondes, essayant de faire le tri dans toutes les âmes qu'il ressentait, mais pour il ne savait quelle raison, la lecture était confuse, brouillée, comme si quelque chose interférait avec son pouvoir.

− Je ne sais pas, avoua-t-il. Soit il y a beaucoup trop de monde pour moi, soit c'est moi qui suis inconsciemment perturbé à l'idée de la bataille, mais ma faculté ne fonctionne pas comme d'habitude. Je ne pense pas qu'Anteras et Byr aient deviné ma capacité à lire les âmes. Il se peut aussi qu'ils aient créé sans le vouloir quelque chose affectant ma perception. Un artefact ou un sortilège… Je commence à comprendre ce que la dernière note laissée par mon père, dans ma bibliothèque, entendait : « A-t-on déjà vu un enfant naître adulte ? »

− Ce qui veut dire ? lança Greggson, perplexe.

− Que j'ai encore du chemin à parcourir. Il n'a jamais cessé de me dire que j'étais un jeune Démon. Autrement dit, j'ai cru, assez bêtement, que j'avais le contrôle total de mon pouvoir, alors qu'en réalité, celui-ci a encore besoin de mûrir. J'aurais dû m'en apercevoir quand j'ai accompagné Darnell dans son raid sur Poudlard : l'Annihilation a exterminé tous les gerfauts sans s'en prendre aux enchantements. Or, les remparts étaient plus proches de lui que la première créature qu'il a tuée… Mais bon, ce n'est ni l'endroit ni le moment pour m'entraî…

Il s'interrompit et tourna la tête vers, il le savait, le portail de Poudlard, comme s'il pouvait brusquement voir à travers mur et terre. Malgré le capharnaüm des âmes, deux apparurent un court instant, se détachant de toutes les autres, l'une pour sa soif de combat, l'autre pour sa joie de vivre teintée de sadisme.

− Leo et Alexa sont arrivés, annonça-t-il. Je ne sais pas comment, mais j'ai capté leurs âmes assez nettement, et ils sont de très bonne humeur.

− C'est bien ce qui me fait peur… dit Beauchesne. Maintenant qu'ils sont là, on devrait pouvoir s'approcher, non ?

Harry tendit l'oreille, mais il n'entendit rien, pas même grâce à l'extension auditive apprise par Ooghar. Avancer ou rester ici ? Demander à Draya de se dématérialiser pour aller jeter un œil était trop dangereux : Byr et Anteras connaissaient un peu trop bien les Shadrian pour ne pas avoir omis de permettre aux gerfauts de les détecter. Devrait-il recourir à Haziriel ? Il n'en avait pas la moindre idée : le Démon de la Science avait parcouru l'Alterion de long en large, il avait fréquenté Lathar durant des années, qui pouvait dire s'il n'avait pas eu vent de l'existence des archanges ? S'il n'avait pas étudié des moyens pour les repérer ou s'en protéger ?

Il fut tiré de ses réflexions par une étrange détonation, assourdissante et assourdie, semblable à une onde de choc, qui fusa, apparemment, à travers tout le parc en soulevant une bourrasque telle qu'ils l'entendirent hurler en passant au-dessus du trou caché par Saule cogneur.

− C'était quoi, ça ? lança Sirius.

− « Bouddha applaudit », répondit Joanna. Enfin, c'est comme ça que Leo l'appelle, mais il s'agit d'un phénomène dont le nom est imprononçable. Le premier à l'avoir développé était un sorcier aztèque, maya ou inca, je ne sais plus, qui concentrait son pouvoir magique dans ses paumes et tapaient des mains pour déclencher une onde tranchant tout sur son passage. Bonfort en est capable, il nous en a fait une démonstration pendant notre troisième année. Leo n'a jamais réussi à l'imiter, mais Alexa provoque un désastre chaque fois qu'elle l'utilise. Clément a raison, on devrait avancer.

Harry ne protesta pas, ne tergiversa pas et mena la Légion vers la sortie, que Darnell avait aménagée en petit escalier. Bien plus près, ils pouvaient entendre les gerfauts grogner, gronder, siffler, feuler, aboyer – mais surtout agoniser, massacrés peu à peu, les cadavres et les mourants se rapprochant de plus en plus du Saule cogneur.

Le leader de l'organisation estudiantine tourna sèchement la tête, comme s'il pouvoir cette fois-ci voir le château. Pourquoi ne captait-il pas les âmes normalement ? Malgré tout, il les avait presque senties.

− Les groupes de Dumbledore-Grindelwald et Bresch-Maugrey sont passés à l'action, indiqua-t-il. Éris aussi, je pense, sauf que les Mangemorts s'activent aussi… et les alliés commencent à entrer dans Poudlard. 'Yaya, immobilise le Saule cogneur, s'il te plaît.

− Yokay !

La petite Shadrian dématérialisa la main armée de son court sabre sagement rangé dans son fourreau et donna le signal. Le Démon sortit le premier pour assister à un véritable massacre : tailladés de bas en haut, de la tête à la queue, démembrés mais tous ensanglantés et mourants, les gerfauts dessinaient une sorte d'allée à Alexa, qui en tua un dernier d'un simple regard, sa robe d'été lilas et son chapeau de paille maculés du sang de ses victimes. Plus loin, Leo ne se battait même pas avec sa magie, mais avec ses deux katana, tranchant les soldats d'Anteras comme s'ils avaient été du beurre fondu et jubilant comme un petit garçon qui découvrirait pour la première fois un parc d'attractions grandiose. Les alliés entraient du portail pendant que, dans les étages, on apercevait des éclats de lumière indiquant que ceux passés par les passages du troisième et du quatrième étaient déjà engagés dans de rudes combats.

A la tête de sa propre escouade, le professeur Bresch se précipita vers la forêt interdite au moment où d'autres gerfauts et la foule impressionnante de Mangemorts déferlaient du château pour prendre part aux combats. Les Médicomages emboîtèrent le pas aux alliés une seconde après l'apparition des mages noirs, puis Prerian, ses hommes et la brigade suivirent, alors que la Reine, tout sourire, se précipitait sur Leonie, Draya et Haziriel pour les cajoler.

− Comment t'es super grave trop jolie avec tout ce sang, tata Alexa ! s'émerveilla la petite Shadrian.

− N'est-ce pas ! Je trouve que ça fait ressortir mes yeux.

− Ce n'est pas le moment de papoter ! lâcha Ana, autoritaire. Les Mangemorts et les gerfauts ne nous ont pas remarqués, et je ne tiens pas à ce qu'ils le fassent tant que nous ne nous serons pas mis en route pour le portail, surtout qu'un truc me gêne : Rogue, Avery, Beauchesne, le mage noir qui affronte Sinistra, ce ne serait pas… ?

Tous les yeux se tournèrent vers la silhouette massive qui enchaînait sortilège de Mort sur sortilège de Mort dans son duel d'avec la professeure d'astronomie.

− Marius ! s'exclama Avery. Il a obtenu…

− Non, dit Harry. Voldemort a caché les élèves qui le soutiennent parmi les Mangemorts. Il ne prendrait jamais un étudiant qui n'a pas terminé ses études comme serviteur, sauf circonstances particulières. Ninie, tu es celle que les profs écouteront en ne cherchant pas à réfléchir : explique-leur la situation et dis-leur bien de ne pas hésiter ! Alexa, si tu veux bien, accompagne la Légion. Si Mulciber aperçoit Ana et réussit à échapper à Sinistra, il se précipitera sûrement vers l'une d'entre vous. 'Yaya, Hazi', restez cachées pour le moment. Melanie, Madame Pomfresh, rejoignez les Médicomages.

− Tu es sûr de vouloir aller jusqu'au château tout seul ? s'inquiéta quelque peu Berenis.

Le Démon sourit.

− C'est vrai que nous ne vous l'avons pas dit, concéda-t-il, mais la raison pour laquelle je ne participais pas aux sessions de duel, c'est parce que j'étais presque vidé de mon pouvoir. Tous les matins, je me levais au beau milieu de la nuit pour accéder au troisième étage afin de m'entraîner. Atteindre le château ne sera pas un problème : c'est plutôt ce qu'il va falloir affronter à l'intérieur dont je me méfie. Rogue, Ana, Lily, Cassie, je vous confie la Légion.

Ils se séparèrent, Harry et Lucretia échangeant un dernier regard pour se souhaiter bonne chance, tandis que leurs filles se volatilisaient. Des gerfauts et des mages noirs remarquèrent le groupe et le Serpentard solitaire assez rapidement, mais ils ne purent se lancer à leurs rencontres, trop occupés à combattre les « envahisseurs » ou concentrés sur Leo qui ne faiblissait pas, anéantissant toujours plus de créatures. Leonie envoya des Hermès à chacune des personnes venues pour reprendre l'école, et malgré un léger flottement indigné quant à la stratégie de Voldemort, la volonté de tout faire pour remporter la victoire parut se renforcer. Les sirènes émergèrent du lac, lançant avec une précision effrayante leurs lances sur les gerfauts qui retardaient le Dieu de la Mort, tandis que Mashiro, bien que hors de vue, faisait s'élever d'immenses tentacules d'eau pour supporter – et faciliter – la progression des groupes arrivés par les étages, défonçant sans vergogne les fenêtres des étages afin d'emporter les gerfauts dans les profondeurs du lac pour les y noyer. Mais toujours aucune trace des Détraqueurs, dont les pouvoirs maintenaient centaures et araignées dans l'obscurité la plus totale, les empêchant d'intervenir.

Des gerfauts se précipitèrent vers Harry et dérapèrent, paniqués, prenant conscience de la menace qui se présentait comme l'avaient fait ceux patrouillant à Pré-au-Lard face à Darnell, le jour de son raid. Le Démon leva un index au bout duquel jaillit une petite étincelle verdâtre, qui fusa dans tous les sens en transperçant les monstres, ciblant les points vitaux pour les tuer le plus proprement possible.

Un Mangemort, tout juste sorti du château, vint à son tour à sa rencontre.. Le Serpentard brandit sa paume et décocha vers lui une longue flamme blanche qui ronfla comme un brasier, transperça le bouclier du mage noir et l'engloutit afin de lui faire perdre connaissance. Harry contempla ses mains tout en poursuivant sa route. Il avait beau l'avoir déjà entendu dire, le savoir, il peinait quelque peu à réaliser à quel point sa condition de Démon le rendait puissant. Sans aller jusqu'à se croire supérieur à un quelconque autre peuple, il fallait reconnaître que sa nouvelle nature, sa nouvelle magie étaient à un tout autre niveau. Et il se demanda soudainement si un Avada Kedavra de Voldemort serait assez puissant pour le « tuer »… Il serait franchement problématique qu'il ait acquis la même immunité que Midori et Darnell.

Un monstre gigantesque fonça vers lui, le tirant de ses songes, mais avant même de l'avoir atteint, avant que Harry ait fait le moindre geste ou que la créature ait compris le danger que sa cible représentait, le soldat d'Anteras fut réduit en morceaux sanguinolents ressemblant, de manière assez répugnante, à des bouts de viande comme on en trouvait chez les bouchers et les charcutiers.

Surpris, le Démon regarda Éris s'avancer au milieu du carnage répugnant que son maléfice avait engendré. Un mage noir à proximité, ayant assisté à la scène, préféra prendre ses distances pour aller se battre contre un adversaire moins cruel, plus à sa portée.

− Osora nous a appris que le gros de l'armée d'Anteras était en réalité le groupe caché dans la vallée, annonça la déesse en rejoignant Harry. Environ 10 000 gerfauts approchent.

− 10… ?!

− Ne t'inquiète pas, je vais aider les Lorgathiens, la brigade magique et tes amis à les combattre, Altesse. Dès que Lorca en aura fini avec la Lame du Chaos, elle nous rejoindra. Toi, tu attends que Leo ait fini de jouer pour entrer dans le château, il te frayera un passage jusqu'à Voldemort. Il serait préférable que tu ménages tes pouvoirs tant que tu ne seras pas débarrassé du fragment d'âme, car on ne sait pas si ton frère et Midori suffiront contre Anteras.

− Il est si fort que ça ?

Éris tourna ses yeux célestes vers le mur aux fenêtres éclatées de la Grande Salle.

− Je pense que ton frère ferait jeu égal avec lui s'il se battait sérieusement, mais il ne peut pas. Tu as dû le comprendre lors de son attaque de Poudlard : l'Annihilation émane de lui. En temps normal, il la restreint autour de lui, un peu comme s'il en faisait un vêtement invisible, mais s'il se lâche complètement, toute la magie de l'école, voire au-delà, disparaîtra. Sauf celle d'Anteras, probablement.

Un jet de lumière verte l'atteignit à l'épaule, sans effet. La déesse pivota vers une Mangemort que Leo assomma d'un coup de poing avant de décapiter un dernier gerfaut dans un coup de sabre d'une rapidité stupéfiante, rivalisant presque avec celle de Midori.

− On dirait qu'Anteras ne compte plus faire sortir ses bestioles, de gozaru.

Maintenant qu'il le disait, il était vrai que cela faisait quelques minutes que les portes du château ne laissaient plus passer le moindre gerfaut, ni même de mage noir, mais ceux présents dans le parc étaient toujours si nombreux que les duels étaient partout, enragés, désespérés et innombrables.

− Tu y as réfléchi ? interrogea Éris.

− Tant que je ne me retrouve pas face à Anteras, Violeuse de la Mort peut disposer de tous mes pouvoirs, sauf que Voldy' est aussi dans la Grande Salle, donc je vais devoir m'approcher d'Anteras en escortant Chouchou, de gozaru.

Il lança un regard vers Alexa, seule personne assez folle pour s'asseoir sur un mage noir vaincu. Inactive, elle paraissait se concentrer sur ce que lui rapportait Firagan, même si un Mangemort, pensant profiter de son attitude, vit son maléfice parer et la Reine le stupéfixer sans lui accorder le moindre regard.

− Qu'elle prenne tout, sauf la Septième et le transplanage, de gozaru.

A l'autre bout du parc, la magnifique blonde désormais franco-britannique se releva.

− Prends soin de Son Altesse, dit la déesse.

Elle transplana pour rejoindre Prerian, Leo rengainant ses sabres tout en entraînant Harry vers le large escalier de pierre.

− Je pensais qu'il y avait tout un truc à faire pour qu'elle t'emprunte tes pouvoirs, avoua le Serpentard. Genre, un rituel ou même un sortilège.

− Eh non, même si je ne sais pas trop comment t'expliquer ce phénomène. Disons que Pot-de-Colle de la Mort est comme « connectée » à moi. Ou, plus exactement, à mon existence. Si je meurs, peu importe la distance qui nous sépare, elle le saura instantanément. Lathar t'a dit qu'elle était née une minute après moi, non ? La vérité, c'est qu'elle est née à l'instant précis où ma conscience s'est éveillée. En fait, je crois que quelque chose – le monde ou la magie – a senti que j'allais apparaître dans quelques temps et que ce truc a fait en sorte que la mère d'Alexa tombe enceinte, de gozaru. Ce n'est qu'une supposition de ma part, mais j'imagine mal une femme accoucher en une minute. Toi, ta gueule !

Il rôtit littéralement un gerfaut qui courait vers eux, décochant une longue flamme blanche et verte pour l'occire. Fumant et mort, la créature s'effondra, tandis que les deux amis montaient les marches menant aux immenses portes du château.

Le hall ressemblait au parc, mais parce qu'il était beaucoup plus petit, les cadavres s'entassaient. Le sang avait éclaboussé tous les murs, les portes menant aux sous-sols et à la salle commune de Poufsouffle ainsi que les marches et les rampes en or de l'escalier de marbre. Le sablier de Serdaigle avait explosé, déversant ses saphirs sur les corps, essentiellement des gerfauts, bien qu'il y eut ici et là certains des Aurors menés par Darnell. Atrocement mutilés, démembrés, tranchés, réduits en miettes, carbonisés, les victimes offraient un spectacle tout aussi répugnant que la créature abattue par Éris, quelques minutes plus tôt, mais ça ne dérangea absolument pas Leo, qui marcha sur les carcasses des soldats d'Anteras comme si le sol avait été balayé et lavé une seconde auparavant.

Des cris, des ordres, des incantations s'élevaient de la Grande Salle et des étages, tandis que le réfectoire laissait échapper parfois des sortilèges et des maléfices détournés, esquivés ou imprécis. Le Dieu de la Mort s'arrêta un peu avant d'atteindre les portes, s'adossant au mur en tendant l'oreille.

− Bon, dit-il, une trentaine de Mangemorts combattent les Aurors tout en protégeant Voldy', plusieurs gerfauts sont en vie, ton frère et Anteras se neutralisent, Midori est parti à la recherche de Byr et Lorca en met plein la gueule à la Lame du Chaos sans même passer en « mode Istriya », de gozaru. La question est : comment faire pour ne pas tuer tous les humains ? J'aurais peut-être dû garder Firagan avec moi, finalement, j'aurais eu une meilleure vision de ce merdier.

Harry mit un petit moment à comprendre ce que l'ancien Gryffondor venait de dire.

− Attends, quoi ?!

− J'ai laissé Firagan à Éris et Alexa, de gozaru. Il leur sera plus utile qu'à…

− Oui, non, mais justement… Comment tu sais ce qui se passe à l'intérieur sans regarder et sans ses infos ?!

Leo parut surpris par la question.

− Ah, mais c'est vrai que vieux dirlo' ne vous en a pas parlé, de gozaru, se souvint-il. Contrairement à ce que vous croyez, je ne suis pas un génie, ni même surpuissant : de par ma nature, je suis doté de ce que vieux dirlo', Firagan et Éris appellent « l'Intuition Absolue ». Selon qui m'affronte et seulement après quelques échanges, je devine comment le vaincre. Quand il me prend l'envie d'inventer, je fais quelques tests puis je devine comment parvenir à mes fins. Pareil pour ma magie, les gens en qui je peux faire confiance, comment négocier, etc. Ca n'a rien à voir avec mon intellect, c'est ce don qui me permet de faire ce que je cherche à faire. Je suis très fort, c'est vrai, mais pas plus que Midori ou toi. Tu m'enlèves ce don, c'est sûr que pour les humains, je serais un monstre de puissance, mais face à vous, je serais à peine votre égal.

− Tu exagères un peu, là. Je suis loin de rivaliser avec Midori et même sans ce don, je ne suis pas sûr que…

− Chouchou, Chouchou, Chouchou, ne sois pas si naïf. Ton frère a 12 000 ans, Midori en a 300 et toi, en tant que Démon – ou même demi-démon –, tu n'as même pas un an, de gozaru. Ils ont vécu, appris, compris des trucs que même dans ta vie, tu ne vivras, apprendras et ne comprendras jamais. Les deux seules différences entre vous, ce sont l'expérience et le savoir. Pour ce qui est de ton frère, j'admets tout de même que son pouvoir est à un niveau phénoménal. Quoiqu'il en soit, se comparer au voisin ne sert à rien si ça te rabaisse : si tu juges qu'il a un plus beau jardin, fais tout ce que tu peux pour que le tien devienne encore plus beau. Jalouser ou envier n'ont jamais permis de gagner confiance en soi, de gozaru… Ah, merde, je l'ai dit deux fois…

Un éclair de lumière le frappa à la tête, sans succès. Les deux garçons se tournèrent vers l'escalier de marbre pour regarder, sans surprise, le professeur Bresch en descendre les marches, accompagné de Maugrey et de l'équipe qu'ils menaient – parmi laquelle se trouvaient Arthur Weasley, Terry Hool et les pères de Lucretia et Berenis. Une détonation retentit dans la Grande Salle, un gerfaut poussa un long hurlement suraigu et plaintif.

− Tes sortilèges vieillissent plus vite que ton corps, de gozaru.

− Je t'emmerde ! répliqua l'enseignant français alors que son unité s'arrêtait de l'autre côté des portes. Qu'est-ce que vous foutez à bavasser ?!

− On vous attendait. Si je dois amener Chouchou jusqu'à Voldy' par moi-même, il y aura plein de morts, donc je me suis dis qu'on allait attendre que vous vous pointiez pour éviter un massacre encore plus massacrant, de gozaru.

Le directeur de Beauxbâtons lui lança un regard furieux.

− Ne me dis pas que tu as gardé la Septième ?! Je t'avais dit la Neuvième, espèce d'idiot !

− Ah ? s'étonna Leo. Bah, avec tous ces « -ième », je ne m'y retrouve plus, donc j'ai confondu, de gozaru.

Un gerfaut vola, littéralement, de la Grande Salle et à travers le hall avant de s'écraser contre un mur en y laissant une trace de sang assez importante qui dégoulina. Tombant au sol, il remua légèrement puis mourut, et les baguettes s'abaissèrent, les nerfs se détendirent légèrement et les soupirs… se bloquèrent dans les gorges lorsqu'une silhouette floue, propulsée dans les airs, alla imiter le chemin emprunté par la créature quelques secondes plus tôt.

A son tour, elle heurta le mur, sans mourir, sans douleur, sans grognement, et se réceptionna sur ses pieds, alors que Lorca, sa robe lacérée et brûlée en de multiples endroits mais n'affichant aucune plaie, sortait de la Grande Salle. La dernière Lame du Chaos ressemblait énormément à un humain, mais ses ongles noirs étaient plus longs et effilés et ses dents faisaient penser à celles d'un requin. Affaibli, amoché, saignant, transpirant, haletant, il parut vaguement surpris de constater la présence des deux jeunes hommes et du groupe du professeur Bresch et de Maugrey, mais il se concentra de nouveau sur la Nehoryn – qui ne daigna même pas accorder une œillade à ses alliés.

Subjugués, les spectateurs regardèrent le général d'Anteras se précipiter sur la professeure de défense contre les forces du Mal en créant une boule de lumière bleue dans chaque main pour les lui envoyer à la figure, mais celles-ci furent écartées par de simples revers. Il bondit alors, griffes dehors, prêtes à transpercer la chair, et elles le firent dans les épaules de Lorca. Elle ne sourcilla pas, ne grimaça pas, se contentant de poser une main sur le torse de la Lame, qui s'affola. Trop tard : une épaisse lumière écarlate traversa son torse, ressortant par son dos et alla percer un profond trou dans le mur que l'être artificiel avait percuté un peu plus tôt.

Un cri rageur, furieux, vengeur retentit aussitôt dans la Grande Salle, avant même que la Lame n'ait pu s'effondrer, et un mince éclat violacé fusa en prenant la Nehoryn pour cible, visant directement son cœur. Personne ne put réagir, pas même la belle brune. Personne, ou presque : jaillissant de nulle part, Midori bloqua le sort avec son sabre, luttant quelques secondes avant de l'expédier vers le sablier de Gryffondor qui, comme celui de Serdaigle, éclata et déversa ses rubis sur les morts.

Il repartit aussitôt à son combat, se volatilisant en rangeant et tirant légèrement sur son katana, mais son passage referma la double porte de la Grande Salle. A l'évidence, il voulait à tout prix que Lorca disparaisse de la vue d'Anteras pour ne pas que le Démon de la Guerre tente encore de s'en prendre à la Nehoryn.

Le silence soudain provenant de la Grande Salle interpella tout le monde, qui comprit que les portes avaient été soumises à un sortilège de Silence particulièrement puissant.

− Vous l'avez vaincu plutôt facilement, dit Maugrey.

− Non, assura Lorca en s'approchant, ne semblant guère souffrir de ses blessures. Si je ne l'avais pas laissé me blesser, s'il ne m'avait pas permis de le toucher directement, j'aurais probablement perdu. Aurélien, où en est Albus ?

L'intéressé s'assombrit.

− Je ne sais pas, avoua-t-il. Son dernier message me disait de ne plus le contacter, car les gerfauts du passage du quatrième étage ne sont pas tombés dans le panneau : alors que celui du troisième que nous avons emprunté s'est vidé dès que l'attaque de Leo et Alexa a été lancée, le leur est resté rempli de gerfauts. Même avec le soutien des Nehoryns, il faudra du temps pour arriver jusqu'ici. Éris a nettoyé tous les étages supérieurs, mais nous avons nous-mêmes laissé échapper plusieurs gerfauts. Je ne sais pas où ils sont partis, je peux seulement dire que ceux du quatrième n'ont pas bougé, même en nous apercevant quand on descendait le Grand Escalier.

Lorca resta silencieuse, se perdant dans ses pensées, tout en s'arrêtant devant les portes closes de la Grande Salle.

− Comment réfléchit un Basilic ? interrogea-t-elle alors.

La question prit tout le monde au dépourvu, mais Harry la trouva singulièrement pertinente.

− Il est au quatrième ! s'exclama-t-il, et tous les yeux se tournèrent sur lui. Dumbledore a passé des dizaines d'années ici, à Poudlard, donc son odeur est encore présente. Or, Voldemort, même s'il le craint, veut surtout prouver qu'il lui est supérieur : il a sans doute ordonné au Basilic de se débarrasser de lui dès qu'il flairera un parfum y ressemblant. Quelques mois passés à Lavorsy ne suffisent pas à modifier complètement l'odeur naturelle d'une personne. Le Basilic doit déjà être…

Leo transplana dans une gerbe de flammes multicolores.

− N'était-il pas censé escorter Mr Potter ? lança un homme, un bras en écharpe, décontenancé.

− En toute honnêteté, je préfère le savoir loin de nous, confia le professeur Bresch dans un long soupir. Alexa et lui se sont montrés dangereusement inspirés quant à la Septième Sentence… Bref, Alastor et moi protégerons Ethan pour qu'il atteigne Voldemort. Essayez d'occuper le plus possible les Mangemorts et les gerfauts. Lorca, rejoignez au plus vite l'arrière-garde, je vous prie.

La Nehoryn hocha la tête et posa la main sur les portes pour les rouvrir, comme si elles avaient été ensorcelées par Midori, puis elle disparut dans l'habituel panache de fumée noire provoqué par le transplanage de son peuple. Harry sortit sa baguette pour la première fois depuis son arrivée. Il n'aurait pas à l'utiliser contre Voldemort avant de mourir une première fois, mais il n'acceptait pas l'idée de rester les bras croisés pendant que Maugrey et Bresch – et les autres – le protégeraient.

Ils entrèrent et eurent enfin une vision claire et nette de la scène. Ramené d'entre les morts sans être vivant pour autant, de nombreux millénaires après sa mort, Byr était un homme à la longue barbe noire tressée, les cheveux courts, blafard, les yeux totalement blancs, vides. Pour un Démon qui n'était pas un guerrier, il avait tout de même réussi à trancher le bras gauche de son descendant depuis que celui-ci avait sauvé Lorca, mais à présent, embroché par le sabre qu'il avait lui-même commandé et ensorcelé, il s'autorisa un sourire et parla dans une ancienne langue, semblant presque remercier Midori de le renvoyer à la mort. Plus loin, au niveau de l'estrade où mangeaient habituellement les professeurs et le personnel, un vieil homme, robuste, barbu, le visage parcheminé, le regard vif, sage, cruel, autoritaire, jaune aux pupilles étoilées de vert, affrontait Darnell, usant tantôt de son épée pour décocher des sorts, tantôt de sa main valide pour attaquer ou se défendre. Les deux Démons n'avaient guère l'air de pouvoir se vaincre. On aurait même pu penser, au premier abord, qu'ils ne cherchaient même pas à remporter le duel, comme s'ils voulaient seulement gagner du temps. Et partout ailleurs, des combats : les Aurors, bien organisés, luttaient contre les gerfauts et les Mangemorts qui, comme annoncé par Leo, veillaient sur Voldemort. Celui-ci tuait sournoisement – ou du moins, essayait de tuer – les employés du ministère dès qu'il pensait pouvoir profiter d'une faille, mais les collègues se montraient vigilants et protégeaient le chasseur de mages noirs ciblé.

Maugrey s'avança, mais Harry le retint.

− Ne bougez plus, ordonna-t-il. Sous aucun prétexte.

Il tapa dans ses mains. Le claquement retentit comme un coup de tonnerre, prenant tout le monde de court, interrompant la bataille qui se livrait devant lui, alors que les têtes se levaient vers une série de grésillements de plus en plus sonores. Sous le plafond magique, des boules d'électricité crépitaient en grossissant toujours un peu plus, jusqu'à atteindre la taille d'une balle de handball.

− Oh ? dit Darnell, assez surpris. Tu peux donc utiliser la magie de ta mère sans l'adapter à la nôtre… Enfoiré de Lathar, il s'est bien gardé de m'en parler.

Anteras tenta d'en profiter, mais au moment où il leva le bras, une foudre surgit d'une boule et il dut renoncer à attaquer le Démon de l'Annihilation pour finalement se protéger. Deux gerfauts n'eurent pas la même chance : ils furent frappés de plein fouet dès qu'ils firent un pas et rejoignirent les cadavres déjà étendus sur le sol. Tout le monde comprit toutefois qu'il était un peu trop dangereux de remuer le petit doigt.

Harry s'avança tranquillement, sans déclencher la moindre foudre, tout en laissant un Hermès tomber de sa baguette et filer jusqu'à chacun de ses alliés pour leur confirmer qu'un mouvement trop ample pourrait leur être fatal. Il n'était pas très fier de les prendre en otages, mais Veraglia, son enchantement, était vraiment d'une complexité assez impressionnante. Depuis qu'il avait reçu les livres de Darnell sur la magie des nymphes, c'était le seul sort qu'il avait réussi à apprendre au cours des nuits, des nuits et des nuits à s'entraîner pour le maîtriser – et encore, il ne le contrôlait pas totalement.

− J'avais espéré que je n'aurais pas à utiliser un tel sortilège, annonça-t-il, mais je ne peux décidément pas me faire à l'idée que des personnes puissent se mettre en danger pour m'aider à atteindre mon but. Ce qui est assez paradoxal, puisque c'est du coup de ma faute si elles sont menacées par le Sanctuaire de l'Éclair. Ceci étant dit, laissons tomber les masques : Tom Elvis Jedusor, fils du Moldu Tom Jedusor et de la sorcière de sang pur Merope Gaunt, tu es mon adver…

Voldemort, furieux d'entendre se rappeler ses racines, ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase, lui décochant un Avada Kedavra que Harry accueillit avec un léger sourire. Il sombra dans le néant dès que le maléfice mortel le toucha.