Le plafond magique de la Grande Salle, identique à celui qu'on apercevait depuis le parc, réapparut, les étoiles scintillant d'un air rieur et sadique à la vue de l'absurdité des évènements terrestres. Mais il aurait été difficile de le leur reprocher, sans doute. Elles avaient assisté à tant de choses qu'elles étaient probablement incapables de se laisser surprendre par quoi que ce fut se déroulant sur Terre, pensa-t-il, mais il dut relever quelque chose de bien plus proche de la surface du monde : un silence total qui était tout à fait en contradiction avec la bataille se déroulant actuellement.
Remarquant que Veraglia, le Sanctuaire de l'Éclair dont il s'était servi en entrant dans la pièce, avait disparu, sans doute à cause de sa « mort », il se redressa en position assise et constata que tout – gens, mais aussi sortilèges et autres maléfices – était figé, comme si le temps s'était arrêté. Seule une femme aux yeux rose pâle et à la longue chevelure vert menthe, qui détaillait Darnell d'un air appréciateur, se trouvait être capable de se mouvoir à sa guise.
̶ Ma… Maman ?!
Il comprenait mieux pourquoi son frère avait tendance à traiter leur père d'« enfoiré » : à l'évidence, Lathar avait « omis » de préciser quelque chose sur l'une des Pierres. C'était l'unique explication à la présence de la nymphe, qui se détourna de Darnell et rejoignit d'un pas joyeux son fils.
̶ Qu'est-ce qu'il ressemble à votre père, commenta-t-elle.
̶ Si tu le dis… Non, attends, attends, attends… Il se passe quoi, ici ?! Tu es… un écho ?
̶ Une empreinte, rectifia-t-elle en s'approchant. Quand Lathar a su que cette vallée accueillerait une école dans laquelle tu serais, mon village a organisé le transfert de nos arbres dans la forêt interdite, et nous avons vécu ici durant quelques millénaires. Je dirais même que nous avons largement contribué à la végétation de cette vallée, et notre magie y est toujours présente. Et celle de ton père aussi.
Le fils jeta un regard autour de lui, commençant à enregistrer une idée complètement folle.
̶ Il pouvait arrêter le temps ?! Je croyais qu'il ne pouvait que voir ce qui allait et pouvait arriver…
̶ Il a dû « oublier » de vous le dire, à ton frère et toi, s'amusa la nymphe. C'est une faculté dont il ne se servait quasiment jamais, car très dépensière en énergie. Quand ton père est revenu du LorMirAl, ce n'est pas seulement parce qu'il avait été blessé dans son combat contre Anteras que les humains ont pu le tuer : c'était aussi parce qu'il n'avait plus de magie, car il avait tout dépensé pour préserver le corps de Byr et lui créer un cercueil qui garderait sa dépouille à l'épreuve du temps. Le peu de puissance que ton père possédait encore, une fois Byr remis à ses proches, servit à ouvrir le portail pour qu'il puisse à son tour rentrer chez lui.
̶ Mais il a aussi confiné ce pouvoir dans l'une des Pierres.
̶ En réalité, c'est toute la vallée qu'il a enchantée, confia Lydia.
̶ Toute… ?!
̶ Toute. Contrairement à ce que tu disais, 'Thanou, Lathar ne voyait que ce qui pouvait arriver, mais il avait une intuition si phénoménale qu'il ne se trompait presque jamais sur ce qui allait survenir. Très probablement parce qu'il avait fréquenté longuement la Dame du Néant, il avait lui-même développé à un niveau extrêmement élevé son propre instinct. Mais, avant de partir pour le LorMirAl, il n'était sûr de rien. Je me souviens qu'il m'a dit : « Harry Potter est le meilleur choix que j'aie trouvé, je pense. Il lui faudra pourtant du temps pour devenir totalement Ethan, mais il ne saurait le devenir grâce à moi ou Asophios : il lui faut sa mère. J'ai soumis la vallée à trois enchantements : le premier permettra à la magie des nymphes de te redonner corps temporairement, le second arrêtera le temps pour que tu aies une conversation avec notre fils, et le troisième protègera ses alliés, ses amis et ses ennemis de sa capacité. »
̶ Quoi ?! s'étonna le Serpentard.
̶ Laisse-moi finir, dit Lydia avec patience. Ton père avait ajouté : « Le problème est que Harry n'est pas né Démon, il ne regarde pas le monde comme Asophios, Lea, Éris, toi ou moi. Il sera trop sentimental, donc trop susceptible de douter – et c'est là, le gros danger. Son pouvoir est bien plus terrifiant que je ne le croyais. Il ne pourra pas que lire les âmes, il pourra les influencer, en bien comme en mal. Et dans un certain nombre de futurs, il en détruira par accident et ne s'en remettra pas. »
Le jeune homme pâlit.
̶ Détruire… une âme ?!
̶ Un peu comme si tu infligeais le Baiser du Détraqueur à quelqu'un, acquiesça sa mère. Lathar a dû te le dire : il n'a jamais pu voir l'issue de cette guerre, mais certains futurs possibles lui montraient que la mort d'une amie risquait de déclencher ce pouvoir à cause de ton manque de sang froid. Tu tuais des centaines de personnes, des amis et des alliés comme des ennemis sans le faire exprès en un instant. Ce que ton père, avec ces enchantements, espérait évi…
Une grande gerbe de flammes multicolores l'interrompit, cédant place à Leo, coiffée d'une couronne à laquelle étaient accrochés deux crochets de Basilic de chaque côté de sa tête. Lydia ne manifesta pas une once de surprise, mais son fils resta bouche bée.
̶ Je suis le Roi-Démon, prosternez-vous devant… ! Tch ! Même ici, ils sont figés, de gozaru. Quelle idée débile de jouer à 1-2-3 Soleil en pleine bataille…
̶ C'est un enchantement de mon père, idiot, lança le Démon, reprenant contenance.
̶ Chouchou ?! Tu peux bouger ! Je me sens moins seul, de gozaru. Wow ! Qui est cette demoiselle ?
Cette fois, la nymphe se laissa surprendre.
̶ Tu peux me voir ?! s'étonna-t-elle.
̶ Qui ne verrait pas une belle jeune femme ne portant pour tout vêtement qu'une culotte de plantes et de fleurs ? Je devrais peut-être en offrir une à Alexa, de gozaru.
̶ Attends, attends, attends ! dit le Démon. Comment tu as fait pour ne pas être figé ?
̶ Aucune idée, avoua Leo en se laissant tomber sur les fesses, assis en tailleur, à côté de la mère et du fils. J'étais en train de ramasser les écailles du Basilic en me disant que j'allais en faire une robe pour Sale Conne de la Mort quand tout le monde s'est brusquement arrêté de bouger, de gozaru.
̶ C'est parce que Lathar ignorait ta nature, expliqua Lydia. Le Gel du Temps ne fonctionne que si on connaît la nature de la ou des personnes qu'il faut figer.
Le Dieu de la Mort la regarda, regarda son ami, regarda la nymphe, regarda son ami, et percuta.
̶ Tu es la mère de Chouchou, de gozaru !
̶ Brillante déduction, ironisa le Serpentard.
̶ Chouchou, l'ironie ne te va pas, contente-toi de faire des bébés à Lulu', de gozaru.
L'intéressé eut tout à coup l'impression d'entendre Leonie, qui lui avait dit une chose très semblable dans la cabane de Hagrid.
Mais la présence du Gryffondor donna une idée au Serpentard, qui pivota sur son propre fessier pour lui faire face.
̶ Tu pourrais nous aider, dit-il. Je suis sûr qu'Alexa t'a déjà tout révélé sur mon passé.
̶ Brillante déduction, de gozaru, ironisa à son tour le Gryffondor. Je dois vous aider en quoi ?
̶ Ethan n'est pas encore tout à fait Ethan, expliqua Lydia.
Leo ne sembla guère étonné de l'apprendre.
̶ Et son pouvoir pourrait échapper à son contrôle, de gozaru ?
̶ C'est ça.
Le Dieu de la Mort fronça légèrement les sourcils en croisant les bras… et les étoiles cessèrent tout de suite de scintiller au plafond magique, même si elles continuèrent à le faire par les fenêtres. Le long des murs, les torches s'immobilisèrent au même moment, tandis que la légère brise nocturne retint son souffle. Mais il y avait autre chose d'indéfinissable, comme si l'air s'était compacté, alourdi. Lambert n'avait rien exagéré des étranges phénomènes qui se produisaient quand Leo « réfléchissait » avec trop d'intensité.
Lydia jeta des regards tout autour d'elle, plus intéressée que surprise par les flammes immobiles ou les lueurs célestes à l'arrêt.
̶ C'est donc ça, l'Iomarehm, dit-elle pour elle-même.
L'Iomarehm ? Le Démon consulta rapidement toutes les compositions que de telles syllabes étaient susceptibles de signifier, mais « Forêt du pied agile du soutien » ou même « Casser le bois léger de la tête » n'avait aucun sens. Sans doute s'agissait-il de la langue de la Dame du Néant, pensa-t-il.
̶ L'Iomarehm ? répéta-t-il.
̶ Ton père m'a dit que ça n'avait aucune traduction, un peu comme si tu voulais expliquer pourquoi une colline s'appelle colline, une rivière s'appelle rivière, etc. Il m'a juste raconté que Lea, quand elle se concentrait intensément, arrêtait la Nature sur des centaines de kilomètres, mais pas les êtres vivants – et que lorsqu'elle ressortait de ses réflexions, elle savait quoi, quand, comment ou où faire.
Le Serpentard repensa à l'anecdote de Lambert, quand Leo avait provoqué l'Iomarehm pour sa robe de bal. Il avait fallu que la première Brigade intervienne pour que la neige recommence à tomber, mais il ressassa aussi ce que Thörel lui avait dit : le Dieu de la Mort était encore jeune, il n'avait pas encore atteint la maturité de son Intuition Absolue. Pourtant, sa concentration ne s'était pas troublée d'un iota malgré la conversation mère-fils.
Lydia tourna soudainement la tête, comme si elle avait perçu quelque chose d'alarmant.
̶ Le Gel du Temps s'estompe, annonça-t-elle.
C'était vrai : quasi-imperceptiblement, les gens recommençaient à se mouvoir, les sortilèges aussi, bougeant et « fusant » d'un demi-millimètre toutes les quarante ou cinquante secondes.
̶ Yosh ! s'exclama soudainement Leo, faisant sursauter son ami. Je crois que j'ai trouvé, de gozaru. Chouchou, est-ce que tu tuerais ou neutraliserais Voldy' et les Mangemorts pendant qu'ils sont inaptes à se défendre ?
̶ En sachant que tu sauverais des alliés et des amis, renchérit la nymphe qui comprit, visiblement, où le Gryffondor voulait en venir.
Bonjour la question ! songea le Démon, qui médita tout de même dessus. Bien sûr, il était tentant de le faire, mais n'était-ce pas lâche ? Ce n'était pas une exécution : c'était une bataille, c'était un duel. Et pire, s'il s'attaquait à eux alors qu'ils étaient sans défense, ne se comporterait-il pas comme Voldemort ou les Mangemorts ? Comment pourrait-il se regarder dans un miroir, s'il agissait de la sorte ? C'était sans compter que les Malefoy, Crabbe, Goyle, Nott devaient avoir des enfants dans les années à venir ! Supporterait-il l'idée d'avoir « tué » leurs progénitures ?
Le souvenir de Drago baissant la baguette subtilisée à Dumbledore, lui revint en mémoire. Malgré la discorde, la rivalité, la haine même qui avaient régné entre eux, « son » ennemi juré n'avait-il pas montré une certaine tentation à se détourner de Voldemort ? Le Démon avait-il le droit de décider qui méritait de vivre ou pas, lui qui connaissait certains aspects d'un avenir qui serait inévitablement changé grâce à sa présence à cette époque ?
La voix de Lathar résonna dans son esprit, reprenant les mots rapportés par Lydia un peu plus tôt : « Libre à lui… », et la voix de la Dame du Néant de renchérir : « Tout simplement parce que je suis moi et qu'il est lui. » C'était l'une des dernières phrases qu'elle lui avait dites lors de son passage parmi les morts, mais il n'en comprit tout le sens profond qu'à cet instant. D'autant qu'il avait Leo et Voldemort sous les yeux et qu'ils étaient les parfaits exemples de ce que Lea, sa mère et son ami cherchaient à lui expliquer.
Le Dieu de la Mort, qui avait sorti de son kimono une grande flasque en argent dont le contenu était sans nul doute de l'alcool, porta le goulot à ses lèvres avant de se raviser, comme saisi par un détail. Il se pencha vers le Serpentard, tandis que Lydia rayonnait.
̶ Quoi ? demanda le Démon.
̶ Ton œil gauche vient de retrouver le vert émeraude de Harry James Potter, de gozaru.
̶ Tout en restant aussi démonisé que celui d'Ethan Lathar Potter, ajouta sa mère en souriant, fière de son fils. 'Thanou, le plus important n'est pas que tu réfléchisses comme un Démon, un nymphe ou un humain : il faut simplement que tu sois…
̶ Moi, je sais. Je viens de le comprendre.
Leo but une longue rasade et rangea sa flasque avant de jeter des regards en tous sens. Les personnes et les sortilèges se mouvaient de plus en plus vite, même s'ils le faisaient encore au ralenti. Dans deux ou trois minutes, le Gel du temps prendrait fin, semblait-il.
Ethan Lathar Potter ramassa sa baguette, lâchée quand il avait été « tué », et se releva, imité par Leo et Lydia.
̶ Il faut agir vite, déclara-t-il. Leo, je ne peux pas sentir les âmes tant que le temps ne sera pas revenu à la normale. Il faut que tu trouves les Malefoy, Crabbe, Goyle et Nott et que tu les emmènes loin d'ici en t'assurant qu'ils seront hors-service jusqu'à la fin de la bataille.
Le Dieu de la Mort plaqua une main sur son torse, sans poser de question.
̶ Sombaseri !
Sous les yeux atterrés du Serpentard, quinze Leo sortirent du propre corps du Dieu de la Mort, mais Lydia se contenta d'arquer un sourcil vaguement étonné.
̶ Les gars, vous avez entendu les consignes de Chouchou et vous connaissez les descriptions de tous ces Mangemorts : dispersez-vous, trouvez-les et stupéfixez-les. Moi, je reste pour jouer avec Anteras, de gozaru ! Et toi ! dit-il en pointant le doigt sur l'un de ses sosies. Ne t'avise pas de regarder quelque chose d'autre que le visage de Narcissa !
̶ Comme si elle était à mon goût, de gozaru !
Et les quinze se dispersèrent dans tous les sens, certains transplanant sans bruit ni flamme, alors que quatre autres se précipitaient vers les Mangemorts présents dans la Grande Salle soit pour examiner le regard de chacun d'entre eux, soit pour soulever leurs cagoules afin de les identifier sans faute.
Lucius Malefoy, rapidement repéré, fut aussitôt emporté par l'un des Leo, tandis que les trois autres, après avoir remarqué que leurs cibles n'étaient pas dans la pièce, transplanaient pour aller chercher ou dans les étages ou dans le parc, vraisemblablement.
̶ Cinquième Sentence ?! interrogea Ethan, encore déconcerté.
̶ Et quatrième sortilège : Matérialisation de l'Esprit, de gozaru.
̶ C'est la magie du Néant, révéla la nymphe. Lathar m'en a parlé : afin d'accélérer la création de son royaume, la Dame a donné corps à ses émotions. Le toi que tu as rabroué est donc…
̶ Mon moi artistique, de gozaru.
̶ « Pervers », tu veux dire… rétorqua Ethan.
Lydia et Leo échangèrent un regard, exactement comme Thörel et Alexa dans le couloir menant à la salle du trône. Ce qui ne manqua pas d'irriter le Serpentard.
̶ Quoi encore ?! s'agaça-t-il.
̶ Rien, dit sa mère. Tu es toi, après…
Elle disparut si brutalement qu'Ethan et le Gryffondor se laissèrent surprendre. L'enchantement était fini, tout comme le Gel du Temps : le vacarme de la bataille, la mobilité des combattants revinrent une fraction de seconde plus tard, tout comme les sortilèges reprirent leurs courses Et le Démon fixa momentanément l'endroit où se tenait sa mère, la main tendue, comme s'il avait inconsciemment et vainement essayé de la retenir.
Ethan se ressaisit et surveilla du coin de l'œil Voldemort, que des Mangemorts relevaient.
̶ Lâchez-moi ! s'énerva le Seigneur des Ténèbres. Qu'est-ce que tu as fait, Po… ?!
Il remarqua l'étrange couronne aux crochets de Basilic qui coiffait Leo.
̶ Tu as… ?!
Sa stupeur furieuse de découvrir que l'immense serpent avait été tué, lui fit décocher un faisceau de lumière verte en direction de la poitrine du Dieu de la Mort, qu'Ethan dévia pour l'expédier – avec une certaine chance – droit vers l'encadrement d'une des nombreuses fenêtres brisées.
̶ Je te rappelle que c'est moi, ton adversai…
Elles arrivèrent si soudainement, si violemment qu'il en fut presque assommé. Les âmes – toutes les âmes présentes à Poudlard ! Même celle d'Éris, si gigantesque qu'elle paraissait s'étendre bien au-delà de la vallée, retentissant d'aussi innombrables émotions que les intonations de sa voix. Juste à côté de la déesse, cependant, il était une âme encore plus grande, encore plus ancienne et bien plus facile à lire : avec une sérénité prudente pour protéger l'intégrité physique de sa descendante comme les élèves qui se trouvaient derrière elle, Moira massacrait sans pitié tout gerfaut s'approchant un peu trop. Chose un peu étrange, Anteras avait une âme à peine capable de dépasser les frontières de Poudlard, mais elle ne manquait pas d'une intelligence, d'une cruauté, d'une capacité d'analyse hors-normes – le Démon de la Guerre portait bien son nom, visiblement. Le plus surprenant restait néanmoins l'âme de Darnell : il s'ennuyait, il était même déçu, comme si Anteras ne représentait finalement aucun défi amusant, bien que tous deux se neutralisaient. L'âme de Midori était totalement vide d'émotions et de pensées, tandis qu'il tranchait à une vitesse et une facilité surréalistes les gerfauts, mais celle de Lorca, immense aussi, était concentrée : à l'instar de Moira, elle se souciait des étudiants tout en réfléchissant à…
Ethan s'arrêta de lire l'âme de la Nehoryn, gêné et déconcerté. A part Alexa, il n'aurait jamais pensé que quelqu'un ait pu penser à de choses aussi intimes au beau milieu d'une bataille… Visiblement, la professeure de défense contre les forces du Mal comptait faire de son lit un « champ de bataille » avec Midori, une fois Poudlard récupéré. Si Poudlard était récupéré…
Le Démon, se reprenant, sonda les âmes de ses amis. La Légion était intacte, même si sa blessure au genou démangeait Sirius, mais les Maraudeurs veillaient sur lui. Melanie, épuisée malgré sa joie d'être utile, aidait les Médicomages tout en apprenant auprès d'eux.
̶ Ca va, Chouchou ? On dirait que tu as encore plus picolé que moi, de gozaru.
L'intéressé jeta un bref coup d'œil à Leo, reporta son attention sur Voldemort et revint aussitôt sur le Dieu de la Mort, déconcerté. Quelque chose de flamboyant émanait du Gryffondor, comme une espèce de feu ardent et multicolore que son corps ne pouvait contenir totalement.
̶ Ca… ça va, juste un peu sonné par tout ce que j'entends et vois, répondit-il, se ressaisissant.
̶ Qu'est-ce que vous marmonnez ?! interrogea Voldemort, l'air méfiant.
̶ On compare nos goûts sur le concept de la beauté des femmes. Chouchou estime qu'elles sont plus belles quand elles ont un orgasme, alors que je préfère leur nudité, de gozaru. Ah ! Ca me rappelle qu'Alexa et moi sommes en compétition pour savoir si Bellatrix est aussi belle nue qu'habillée !
Un Avada Kedrava, envoyé par l'intéressée, prit Ethan au dépourvu et heurta Leo en pleine tête. Les yeux s'écarquillèrent devant l'inefficacité du maléfice, qui ne fit même pas tituber le Dieu de la Mort.
̶ Mais il est quoi, ce gosse… ? souffla un Mangemort incrédule.
̶ Le Roi-Démon, de gozaru. Regarde, j'ai une couronne avec des cornes. Tu es jaloux, pas vrai ?
̶ ARRÊTE TES CONNERIES ET VA JOUER AVEC ANTERAS ! rugit le professeur Bresch, dont la colère était si grande qu'Ethan se demanda si elle ne recouvrait pas tout-Poudlard. Éris vient de me faire savoir qu'Alexa a permuté !
Il tua sans peine quatre gerfauts et engagea le combat avec trois Mangemorts, en stupéfixant un une seconde plus tard. Malgré son âge avancé, il se déplaçait comme un jeune homme, exactement comme Dumbledore, qui se débarrassa d'un simple mouvement de poignet des cinq monstres d'Anteras qui avaient cru pouvoir l'acculer.
̶ Tch ! Si Moira se pointe, elle va me piquer mes jouets, de gozaru. Chouchou, amuse-toi bi…
Il se tut brusquement, jetant un regard partout autour de lui, alerte. Un sortilège mal dévié l'atteignit dans le dos, mais il ne parut même pas s'en rendre compte. Son attitude troubla quelque peu Ethan, les Mangemorts mais aussi les quelques blessés qui faisaient les morts dans l'espoir de ne pas se faire tuer accidentellement en raison de la pluie torrentielle des sorts et maléfices qui fusaient en tous sens.
̶ Qu'est-ce qu'il y… ? demanda le Serpentard.
Il n'eut pas le temps de finir sa question qu'il les entendit, les sentit même : des âmes jaillissaient de la forêt interdite, mais… sous terre ?! Elles se frayaient un chemin sous la pelouse du parc comme une cuillère le ferait dans une soupe, menées par une femme ancienne, enthousiaste, nostalgique mais aussi prudente.
̶ N'oubliez pas : n'approchez pas d'Anteras ! disait-elle, comme si elle avait parlé juste à côté du Serpentard. Écrasez, étranglez, transpercez les soldats du Démon, mais désarmez, ligotez, bâillonnez les mages noirs. Visez bien les baguettes magiques d'abord ! ALLEZ !
Et une incrédulité paniquée explosa dans le parc, quelques secondes avant que… d'énormes racines – des racines ! – ne surgissent par les fenêtres brisées de la Grande Salle et fondent comme des aigles à la rencontre des gerfauts comme des Mangemorts. « Qu'est-ce que… ?! » fut sans doute la question la plus récurrente qui retentit dans les âmes. Certains mages noirs ne trouvèrent même pas le temps de se défendre tant le spectacle de cet assaut inattendu et végétal les prit au dépourvu. Les gerfauts se firent saucissonner jusqu'à ce que mort s'en suive. Bellatrix chercha à se protéger, en vain : une racine ayant l'étonnante capacité de se dédoubler, évita chacun de ses maléfices en filant droit sur elle à la manière d'un serpent et parvint à la désarmer avant de s'enrouler tout autour d'elle. Voldemort se défendit tout juste un peu mieux, mais la « commandante » de l'attaque, la racine la plus épaisse – plus épaisse que Hagrid, d'ailleurs – le submergea totalement, lui retirant sa baguette d'une violente tape sur la main et l'immobilisa en s'enroulant elle aussi autour du Seigneur des Ténèbres.
Éris apparut à côté des deux jeunes hommes.
̶ Moira s'occupe d'organiser les secours, annonça-t-elle. Altesse, est-ce que tu as… ?
̶ Absolument rien fait : la forêt est intervenue d'elle-même, et je me demande bien comment.
La déesse regarda Voldemort, ligoté et bâillonné. Sa colère était telle qu'il aurait presque pu lancer des sortilèges de Mort avec les yeux. Plus exactement, ce fut la racine qui l'emprisonnait qui parut être le centre de l'intérêt d'Éris.
Les professeurs, Aurors et bénévoles s'avancèrent, se remettant doucement de leur stupéfaction vis-à-vis de l'intervention végétale, tandis que Darnell et Midori continuaient à affronter Anteras, furieux de l'« inutilité » du Lord noir et de ses sbires, tout comme de cette attaque forestière qu'il n'avait pas envisagée. Mais Ethan, encore une fois, eut ce curieux sentiment que son frère et le samouraï venu du Mirvira s'ennuyaient, jouaient ou… ou…
̶ Ils tempori…
Sa voix se bloqua dans sa gorge et il regarda au-dessus d'Anteras. Un instant plus tard, Draya fit son apparition dans les airs, son sabre court à la main et prêt à s'abattre.
̶ Takaoni ! annonça-t-elle joyeusement.
Il fallait vraiment être Draya pour jouer au Démon de la Montagne en pleine bataille. Takaoni était à peu près comme un « chat perché » : le joueur le plus en hauteur gagnait. Mais Ethan comprit l'idée de son frère et de Midori : le wakizashi de la petite Shadrian pouvait tout trancher – et il était prêt à parier son manoir que des améliorations avaient été apportées depuis que le samouraï du Mirvira le lui avait offert.
Confirmation immédiate : Anteras fit volte-face en balançant son épée pour parer le coup. Sa lame se brisa aussi nette que si on avait plongé une cuillère dans de la soupe, mais il y eut une autre chose dans le coup porté par la jeune fille : bien que son wakizashi ne fit qu'effleurer le Démon, Draya l'entailla profondément, transperçant son armure et sa chair dans un grand éclaboussement de sang qui l'aspergea sans lui faire perdre son grand sourire.
Anteras, incrédule, se reprit et créa une lueur azurée dans sa main en fixant la petite fille avec haine, mais le sortilège ne partit jamais de sa paume. La lueur s'éteignit, son corps vacilla puis s'effondra. Le pire ennemi du LorMirAl avait été vaincu par une petite fille, et il fallut quelques secondes pour que la totalité des personnes présentes en prennent conscience dans un silence plus assourdissant qu'un coup de tonnerre.
Puis ce fut l'explosion de joie et de larmes.
Prerian et ses hommes déboulèrent, accompagnés de la brigade magique, de la Légion Démoniaque, mais aussi de tous les autres : les centaures, les Palans, les elfes de maison, les Nehoryn, les gobelins à la tête desquels se tenait Endory… Ils parurent tous un peu confus, se demandant sans doute pourquoi une telle euphorie, puis ils virent Voldemort et les Mangemorts neutralisés, Anteras mort, et hurlèrent à leur tour leur réjouissance, se fichant de savoir qui ils serraient dans leurs bras – peu importait leurs différends passés, peu importait le racisme, Ethan les entendait : ils étaient juste heureux que la guerre soit terminée, mais il y avait une puanteur d'hypocrisie profondément cachée dans ses élans de joie, de complicité et de félicitations. Seul Prerian, sobrement satisfait et encensé par ses hommes, s'avérait un des plus honnêtes, même si son opinion avait brutalement changé quant aux Nehoryn et Midori. Même s'il ne les appréciait pas, le général du Lorgath leur témoignait désormais un franc respect.
Et le temps s'arrêta brusquement, encore une fois, figeant tout le monde. Ethan, qui recherchait très activement l'âme de Dumbledore, n'en perçut presque plus aucune, sauf celles des racines et de Leo. Ethan lança une brève œillade à ses camarades, s'attardant en particulier sur Lucretia, mais il reporta très vite toute son attention sur le Dieu de la Mort. Au moment où il voulut lui poser la question qui le taraudait, sa mère se matérialisa à l'endroit précis où elle avait disparu.
̶ Lydia ?! s'exclama la « commandante » des racines.
̶ Madelia ! s'enthousiasma la nymphe.
L'énorme végétale, profitant du Gel du Temps, relâcha Voldemort et se précipita sur Lydia pour se faire dorloter, le Seigneur des Ténèbres restant quant à lui figer dans les airs comme si même la gravité était à l'arrêt.
̶ Oh, ma chérie ! Ce que tu as grandi ! s'émerveilla la nymphe en cajolant la dénommée Madelia. Tu es devenue si belle !
̶ Je ne pouvais que le devenir : c'est quand même toi qui m'as plantée !
̶ On dirait que tu as une grande sœur, de gozaru, chuchota Leo.
̶ On di… Quoi ?! Tu entends Madelia ?!
̶ Chouchou, Chouchou, Chouchou, je suis né de Mère Nature, bien sûr que j'entends la nature. C'est parfois assez chiant, de gozaru. Toutes ces voix qui se chamaillent sur un « vol » de sédiments, ça me casse les oreilles.
Est-ce que ce mec arrêterait de le surprendre un jour ? se demanda le Serpentard, béat.
̶ Cela étant, je ne comprends pas, de gozaru. Lydia, tu nous expliques ?
Madelia s'enroula sous le fessier de la nymphe pour la soulever et la rapprocha de son fils et du Dieu de la Mort.
̶ Tu te demandes pourquoi le Gel du Temps s'est réactivé ? s'amusa Lydia. Lathar était parvenu à le fractionner, au cas où il me faudrait plusieurs tentatives pour faire comprendre à 'Thanou qui il était – un peu comme un séisme a ses répliques, si tu préfères. Quand nous avons appris que les sorciers et les Moldus se préparaient à nous massacrer, mon village et moi endormirent Madelia et les autres pour qu'ils puissent paraître « normaux », que personne ne se doute de leur véritable nature. Quand une nymphe plante une graine, sa magie opère, à son insu ou de plein gré. L'idée était qu'ils ne se réveillent que si une nymphe pénétrait à nouveau dans la vallée.
̶ En s'éveillant, Chouchou a donc déclenché leur réveil, de gozaru.
̶ Exact. Malgré tous les futurs possibles, Lathar savait qu'Anteras finirait par venir ici. Lorsque Byr est venu le chercher pour combattre Anteras, il est donc venu nous voir et a expliqué que la deuxième Pierre transformerait 'Thanou en nymphe quand il s'« éveillerait », comme tu dis. Madelia est la toute première graine qui a été plantée dans cette vallée, car Lathar m'avait amenée ici pour que je fasse du repérage, que je trouve le meilleur endroit où mon village et moi pourrions nous installer. C'est quand j'ai mise Madelia en terre qu'il a eu ces visions de futurs où 'Thanou réveillerait nos enfants après sa « mort ».
Elle caressa d'une main Madelia et tendit l'autre vers la joue de son fils, qui en savoura la chaleur et la douceur. Elle avait réellement pris corps, remarqua-t-il, et peut-être était-ce là le dernier cadeau non avoué que Lathar faisait à son fils. Ce père si distant était finalement plus altruiste qu'il ne voulait bien le faire croire, se dit le Serpentard.
̶̶ Je crois que le moment est venu de dessiner des moustaches et des lunettes, de gozaru, déclara Leo, tirant de son kimono un feutre noir. Éris, c'est fichu, elle va me tuer. Darnell, c'est mort, il va me tuer. Midori, c'est niet, il va me tuer. Et je ne parle même pas des sévices sexuels que je vais endurer si j'en dessine sur la tronche MoirAlexa, de gozaru… Merde, je l'ai encore dit deux fois !
̶ Tu pourrais tout simplement ranger ton feutre et partir à la recherche de Dumbledore, dit Ethan. Sa situation m'inquiète. Tu as entendu Bresch : il n'a pratiquement rien à nous dire sur son groupe… Sauf si tu les as croisés quand tu as été « jouer » avec le Basilic ?
̶ N'y avait personne quand je me suis pointé, de gozaru. Oy, Firagan, ramène-toi !
A la manière d'un phénix ou même de Leo, la Mesure apparut dans une gerbe de flammes bleues et blanches. Flammes bleues et blanches, d'ailleurs, qui remplaçaient les plumes qu'on aurait pu attendre d'un oiseau. La Loi avait la taille d'un berger allemand adulte, un long bec orangé ressemblant assez à celui d'un faucon et de grands yeux lilas aux pupilles étoilées, comme Ethan et Anteras, mais blanches et avec une bonne vingtaine de branches.
̶ Bonjour, Osora, dit Lydia.
̶ Lydia, salua l'oiseau enflammé par télépathie.
̶ Je croyais que tu ne pouvais pas t'approcher de Leo sans Alexa, se rappela Ethan.
̶ C'est vrai, mais le Gel du Temps et le fait que ce couillon ait divisé son pouvoir en quinze, me rend sa puissance plus supportable. A ce sujet, tes émotions sont parties boire un verre, Leo.
̶ Les bâtardes ! Elles ne m'ont même pas invité, de gozaru !
̶ Est-ce que tu sais où est Dumbledore ? questionna Ethan en lançant un regard désabusé au Dieu de la Mort.
̶ Son groupe est passé par l'aile est du troisième étage juste avant le premier Gel du Temps, mais je ne les ai plus vus depuis.
̶ Ils sont donc dans des couloirs sans fenêtre… Leo, est-ce que tu peux… ?
Le Gryffondor disparut dans une détonation assourdissante, comme s'il avait franchi le mur du son.
̶ Nous avons un dernier problème à régler, déclara Lydia. Maintenant que les enfants sont réveillés, ils le resteront. Et parce qu'ils sont intervenus, j'ai bien peur que les humains, les bons aussi bien que les mauvais, se lancent à leur recherche. J'ai déjà vu un fabricant de baguette magique abattre quatorze arbres juste pour essayer de dénicher une nymphe, sauf que nous, nous avions une apparence humaine, alors je te laisse imaginer ce qu'ils feraient aux enfants. Il faut les faire déménager.
̶ Tu as raison, reconnut Firagan. Éris devrait suffire à elle seule pour y parvenir, mais il lui faudrait récupérer toute sa puissance. Elle a dépensé pas mal d'énergie pendant cette bataille et…
Il fut apparemment frappé d'une soudaine idée.
̶ Leo !
Le Dieu de la Mort apparut quasi-immédiatement, un verre de vin à la main et dans un total silence. Combien de techniques de transplanage maîtrisait-il ? se demanda Ethan, qui se souvint aussitôt quelle raison avait fait s'absenter le Gryffondor.
̶ Tu as trouvé Dumbledore ? s'enquit-il.
̶ Affirmatif. Il a quelques bobos, mais il est vivant, de gozaru. A croire qu'il est le seul de toute son équipe à s'être battu. Bref ! Firagan, enfoiré, ça ne va pas de me hurler dans l'esprit comme ça ?!
̶ La ferme, sale gosse ! On va avoir besoin de la Sentence Zéro.
̶ Zéro ? répéta Ethan, surpris.
̶ Zéro, confirma Leo. Quand Obsédée Sexuelle de la Mort et moi nous sommes rencontré, à l'hosto', elle m'a parlé de sa capacité d'« emprunt de pouvoir » et des permutations avec Moira, ce qui m'a fait imaginer une Sentence axée sur le transfert, de gozaru. La toute première Sentence était créée… Mais attends ! Pourquoi on va en avoir besoin ?
̶ Il faut rendre à Éris toute sa puissance pour transférer Madelia, Iby, Keyan et les autres loin d'ici, pour leur sécurité future, expliqua Firagan.
̶ Parce que les humains pourraient se lancer à leur recherche, de gozaru, dit Leo en réfléchissant très brièvement. Moira et Alexa connaissent tous les sortilèges de la Sentence Zéro, elles pourraient donc t'emprunter tes pouvoirs et ceux d'Éris pour faire le tour du pays afin de récolter toutes les émotions et les transférer à Déesse de la Mort pour accélérer sa régénération… Mais on transfère les Racines de la Mort où ?
̶ Chez moi, dit Ethan.
Les têtes et racines pivotèrent aussitôt vers lui. Lydia rayonna, visiblement ravie de son idée.
̶ J'ai fait quelques recherches, poursuivit-il. Concrètement, les humains ne savent rien des nymphes, sauf ce qu'on en raconte dans les mythes, qui les décomposent en plusieurs « races ». Qu'on connaisse mon héritage maternel ou non, on m'associera à une nymphe de la foudre, donc personne n'imaginera que je puisse avoir un quelconque lien avec Madelia et les au…
L'âme monumentale de Moira réapparut dans son « détecteur » et la Loi, après un bref coup d'œil au parc, transplana aussitôt dans la Grande Salle, juste à côté de Firagan. Elle était réellement Alexa, mais en plus froide – du moins, en apparence. Car dès qu'elle vit Leo, Lydia, Ethan et Éris, toutes sortes de pensées pas très innocentes excitèrent violemment son âme : ligoter le Dieu de la Mort à un lit pour lui faire l'amour, prendre un bain avec la nymphe pour mieux la tripoter, « ausculter » le jeune Démon de la tête aux pieds et, enfin, jeter un coup d'œil dans et sous la robe de la déesse pour s'assurer que celle-ci n'avait pas gagné en poitrine et en fessier depuis les neuf années où elle était restée dans la Mort.
La première chose qu'elle fit, cependant, fut d'offrir un grand sourire à Lydia en se précipitant. Et la nymphe, glissant de Madelia, en fit de même pour se jeter au cou de l'Équilibre, telles deux amies très proches ne s'étant pas vues depuis longtemps.
Ethan ne s'étonna même pas qu'elles se connaissent. Thörel, après tout, lui avait dit que Lathar avait toujours été considéré comme le Roi, même s'il avait refusé de régner. Il était fort probable que, après avoir appris qu'il fréquentait une nymphe, l'Équilibre s'était intéressée à elle, l'avait rencontrée et, au final, avait noué une grande, totale, sincère affinité.
̶ Ne commencez pas ! dit Firagan, assez pressant.
̶ Commencer quoi ? s'étonnèrent faussement l'Équilibre et la nymphe d'une même voix.
̶ Ne faites pas les innocentes ! La dernière fois que vous avez engagé une conversation, j'ai fait onze fois le tour du monde en volant ! En volant !
̶ Toujours aussi rabat-joie, commenta Moira.
̶ Et j'assume. Mais l'heure n'est pas à la papote : le Gel du Temps ne devrait plus tarder à s'arrêter et nous avons besoin de toi. Il faut que tu empruntes mes pouvoirs et ceux d'Éris pour qu'elle récupère toute sa puissance afin de déménager Ata et les autres jusqu'au manoir du prince Ethan… Maintenant que j'y pense, emprunte également l'Iomarehm de Leo. Plus vous serez nombreuses et disséminées, et plus vite vous reviendrez.
̶ Très bien, monsieur le piaf-commandeur.
Elle sembla vouloir dire quelque chose à Lydia, et Ethan sut très bien quoi : la nymphe ayant disparu du monde des morts, c'était probablement la dernière fois que la Loi pouvait la voir, lui parler. C'était aussi son cas, d'ailleurs, car il commençait sérieusement à croire que le Gel du Temps n'avait qu'une seule « réplique ». Même Firagan ne trouva pas la force de s'offusquer de l'« insulte », sachant sans doute que sa très vieille amie allait en perdre une qui lui était très chère.
Moira déposa un délicat baiser sur la joue de Lydia et sembla lui murmurer quelque chose à l'oreille lorsqu'elles s'étreignirent, puis elle se volatilisa.
̶ Piaf-Commandeur de la Mort, on… commença Leo.
̶ Appelle-moi encore comme ça et je te fais flamber !
̶ Toujours aussi rabat-joie, de gozaru, dit le Dieu de la Mort avec un sourire sarcastique inimitable et en se penchant pour prendre Firagan dans ses bras. Je crois que nous sommes de trop. Et toi, tu es con, car si quelqu'un de mal intentionné t'aperçoit, il se lancera à ta recherche. Maman de Chouchou, ce fut un honneur de te rencontrer. Racines de la Mort, on se reverra chez Chouchou et Lulu' pour un grand barbecue le mois prochain.
̶ Quel barbe… ? s'étonna Ethan.
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Leo transplanait pour emporter Firagan très loin. Mais en le regardant disparaître, le Démon prit brutalement conscience que le Gryffondor avait visé juste : tout le monde retrouvait sa mobilité – et même si c'était très lentement, ça s'accélérait bien plus vite que la première fois.
̶ C'est la seule réplique, c'est ça ? dit Ethan en se tournant vers sa mère.
̶ Ton père avait bien plus confiance en nous que tu le crois, affirma Lydia en lui saisissant les mains. Quand il est parti pour rejoindre Byr et l'entraîner dans la guerre contre Anteras, il m'a dit ceci : « J'ai mis près de seize mille ans à comprendre comment fractionner le Temps en deux, mais Ethan sera très intelligent, il comprendra qui il est au mieux, au premier Gel, au pire, au second. »
̶ Encore une chose qu'il ne m'a pas dite…
̶ Il est des choses qu'il faut apprendre en temps et en heure, parfois par soi-même, d'autres fois avec l'aide des autres.
Ca ressemblait drôlement aux propos de la Dame du Néant, remarqua-t-il, mais il n'y pensa plus dès que sa mère, le prenant dans ses bras pour le serrer fort contre elle, lui fit comprendre que c'était fini : le Gel du Temps touchait à sa fin. Pire, c'était la dernière fois qu'il voyait sa mère. C'était encore plus étrange que lorsque Lathar avait choisi de quitter son esprit, sans doute parce qu'il savait que son père serait encore dans la mort pour 761 ans.
Ethan profita néanmoins de l'étreinte, enregistrant dans sa mémoire ce qu'un câlin maternel pouvait détendre. C'était un peu comme quand Lucretia l'enlaçait, mais il y avait autre chose.
Puis Lydia disparut, les âmes rugirent à nouveau leur bonheur du côté des alliés, elles rugirent d'une rage profonde du côté des vaincus, et le Serpentard regarda ses bras qui s'étaient refermés sur le vide.
̶ Le Gel du Temps, hein ? dit Éris.
̶ Tu le savais ? demanda le Démon en arrachant finalement son regard de l'endroit précis où sa mère s'était tenue quelques secondes auparavant.
̶ A l'inverse de ton frère, je m'entendais très bien avec Lathar. En outre, Madelia a lâché Voldemort, tu as changé de place, Leo, Moira, Firagan sont hors de ma portée et le trouble dans ton cœur, en plus de la présence de tous ces arbres, me laisse à penser que Lydia t'est apparue. Donc, non, je l'ignorais – j'étais très loin de cette île, à l'époque –, mais j'en savais pas mal sur les pouvoirs de ton père. Ne dis rien à Darnell, il va me priver de câlin pendant mille ans, ajouta-t-elle dans un murmure.
Ethan sourit.
̶ Je tiendrai ma langue.
̶ Paaaaaaaaaaaaaaaaaapaaaaaaaaaaaa ! Tante Éris ! s'enthousiasma Draya en accourant, le visage et le kimono maculés du sang d'Anteras. Regardez comme moi-même personnellement suis super grave trop jolie !
̶ Absolument magnifique, assura Éris.
̶ Et dans la merde si maman te voit dans cet état, ajouta Ethan. 'Yaya, tu rentres à Lavorsy pour faire un brin de toilettes et te changer et tu dis à Hazi' et aux professeurs Brûlopot et Perlabool que la guerre est finie. Nous avons une dernière chose à régler, ici.
̶ Yokay !
Et la petite Shadrian se dématérialisa pour filer vers sa destination à une vitesse impressionnante.
̶ Je crois que je n'ai pas fini de m'entraîner, mais ce n'est pas le moment, dit le Démon. Éris, est-ce que tu peux voir avec Darnell, Leo et Lorca s'ils pourraient aider à stupéfixer les Mangemorts très vite ? Mais pas toi : Moira est partie récolter toutes les émotions qu'elle pourra pour te redonner toute ton énergie.
La déesse regarda Madelia et les autres racines. Elle avait déjà compris le plan, mais n'en parla pas – sans doute parce que les Mangemorts alentours pouvaient les entendre. Elle s'approcha simplement de Voldemort, qui se débattait vainement, et posa une main sur son torse pour le figer totalement, comme s'il avait été emprisonné dans une sorte de Gel du Temps ou de Stupefix.
̶ Ca ne durera que quelques heures, annonça-t-elle. Occupe-toi d'organiser les arrestations ici.
̶ Entendu.
Il pointa sa baguette sur sa propre gorge tandis qu'Éris s'éloignait vers Darnell et Midori.
̶ Sonorus, récita-t-il.
« Plus puissant qu'il ne croit » avait dit Lathar, et il fallut bien l'admettre, car son sortilège permit à sa voix de retentir bien au-delà de Poudlard – même si ce fut involontaire –, mais Ethan ne se laissa surprendre que deux secondes, se souvenant de la raison pour laquelle il voulait se faire entendre.
̶ A l'attention de tout le monde, dit-il, sa voix résonnant comme s'il avait parlé dans un micro.
Les personnes présentes dans la Grande Salle se tournèrent vers lui au moment où Midori et Darnell transplanaient dans le parc.
̶ Je m'appelle Ethan Potter, pour celles et ceux qui entendent ma voix pour la première fois. Je sais à quel point la fin de la guerre vous soulage, je sais aussi que certaines et certains d'entre vous rêvent de se venger d'un ou plusieurs Mangemorts – en les maltraitant ou en les tuant –, mais vous ne vaudriez, dès lors, pas mieux qu'eux. Croyez-moi ou non, mais je suis presque sûr que la Mort leur réserve déjà des châtiments bien plus terribles qu'un séjour à Azkaban. Et, personnellement, je trouve plus sadique et satisfaisant de les savoir croupissant dans une cellule, seuls avec leurs pensées. Alors, enchaînez-les, menottez-les, stupéfixez-les, mais faites attention aux racines. Nous nous interrogeons toutes et tous à leur sujet : sont-elles intervenues d'elles-mêmes ? D'où viennent-elles ? Ont-elles été envoyées ? Sont-elles un enchantement ? Nous l'ignorons. Le fait est qu'elles ont sauvé de nombreuses vies en tuant les gerfauts d'Anteras et en neutralisant les mages noirs. Nous venons de mettre un terme à une guerre, je pense que vous serez d'accord avec moi pour dire qu'il serait stupide d'en déclencher une nouvelle, en particulier contre des racines qui semblent pouvoir surgir de n'importe où. Évitez donc d'en blesser.
Et les âmes s'activèrent dans tous les sens, dans tous les étages. La haine profonde refoula, toujours présente mais maîtrisée, et Ethan annula son sort pour retrouver sa voix à une portée normale. Et toute cette foule prit soudainement conscience de l'ampleur de l'horreur qui s'était déroulée à Poudlard : les morts, les blessés légers comme critiques étouffèrent le bonheur des uns et des autres, qui pleurèrent le vieil ami ou une connaissance perdus, paniquèrent à la vue des blessures d'une proche, d'un voisin ou d'une collègue…
Éris revint auprès du Serpentard.
̶ Tu devrais peut-être songer à te lancer en politique ou dans la communication, Altesse, le taquina-t-elle.
̶ Très drôle… J'attire déjà assez l'attention comme ça, sans compter qu'il y a un journaliste qui m'a vu « mourir » et qui ne manquera pas de le rapporter dans son article… Explique-moi plutôt une chose : comment le wakizashi de Draya a pu trancher Anteras sans même le toucher ?
̶ Quatrième Sentence, huitième sortilège : « Expulsion par absorption », dit le professeur Bresch, les rejoignant tout en stupéfixant les Mangemorts sur son chemin sans même leur accorder un regard.
̶ Son sabre absorbe l'air qu'il déplace dans son mouvement pour prolonger le tranchant de sa lame à l'instant où Draya frappe, renchérit Éris. Ta fille pouvant se mêler à l'air, il lui suffisait de prendre tout l'élan nécessaire avec son wakizashi dégainé pour produire cette « lame aérienne ».
̶ Et j'imagine que Leo ou Alexa a oublié d'en parler ?
̶ C'est Moira qui l'a installé au beau milieu de la bataille, rectifia la déesse. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai dû utiliser autant d'énergie, il fallait que je les protège le temps qu'elle termine.
̶ Moira est donc de retour, nota le professeur Bresch pour lui-même.
Ethan haussa puis fronça les sourcils.
̶ Je croyais que vous ne l'aviez jamais rencontrée…
̶ Et c'était la vérité, j'ai juste omis de préciser que je ne l'avais jamais rencontrée « personnellement ». J'ai été le professeur de sa grand-mère et de sa mère, qui étaient parfois moquées quand elles étaient surprises à parler toutes seules. Alain et moi leur avons même demandé si elles se sentaient bien, elles ont toujours répondu : « Je parle juste à Moira. » Nous avons donc étudié la généalogie de sa famille maternelle pour découvrir que l'une de ses aïeules s'appelait Moira. Seulement Moira. Aucun nom de famille. Puis il y a eu ces histoires : quand je croisais Lucile, la mère d'Alexa, elle me décrivait sa fille comme une joyeuse enfant un peu trop téméraire à son goût, sauf que je n'avais jamais vu, comme j'ai dit l'autre jour, Alexa joyeuse avant que j'aille lui rendre visite à l'hôpital après la mort de son père. Je dois bien l'admettre, ce n'est que lorsque Leo a commencé à créer ses Sentences que j'ai commencé à me demander si Moira n'était pas la moïra.
̶ Parce que Leo nomme toujours un sortilège d'une Sentence en hommage à une divinité grecque, dit Ethan. Et Alexa lui a parlé de Moira dès leur rencontre.
En parlant de la Loi, elle réapparut dans le parc pour saluer Darnell, nota Ethan, qui vit Éris détecter son retour elle aussi.
̶ Je vais aller aider dans le parc, prétendit-elle. Altesse, ménage-toi également, nous ne savons pas si tes pouvoirs ne vont pas t'échapper aussi longtemps que ton frère ne t'aura pas formé. Aurélien, Moira est dans le parc, je vous présente ?
̶ Avec grand plaisir. Juste une dernière chose : Ethan, où sont Leo et Albus ?
̶ Moira a dû emprunter les pouvoirs de Firagan, donc Leo l'a emporté au loin. Dumbledore arrive, il est... Il descend l'escalier de marbre.
̶ Parfait !
Et la déesse et le professeur de s'éloigner vers les portes de la Grande Salle. Le Démon se tourna sur Madelia qui s'approchait de lui.
̶ Je crois que vous pouvez désormais relâcher tous les Mangemorts, ils sont tous neutralisés, dit-il à voix basse.
̶ Nous allons retourner dans la forêt en attendant qu'Éris récupère tout son pouvoir. Nous devrions nous revoir ce soir, je te parlerai de Ly… maman.
̶ J'ai hâte, assura Ethan.
