Chapitre 2 : « Approche »

Nota bene : Je suis navrée d'une aussi longue absence… Je vous remercie de me suivre toujours, et d'attendre la suite… Après ce chapitre 2, le troisième ne tardera, il est à moitié terminée… En attendant, j'espère que le second vous rendra curieux du suivant…

C'est un matin où l'on se pose devant le lever du soleil pour soulager son cœur. Benjamin, de la fenêtre de sa chambre, admire l'horizon féerique. La Suisse est un pays magnifique, aux paysages romanesques. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que Robson et Anna aient choisi ces terres pour poser leur valise. De sa fenêtre, il apercevait les pics des montagnes enneigées où à leur pied poussaient des prairies fleuris. Les rayons lumineux de la boule de feu se découvraient derrière ces collines majestueuses. Il rêvait de pouvoir aller gambader en compagnie d'un ballon sur ce grand air de jeu.

Benjamin se moque de lui-même, sa passion pour le football ne peut l'empêcher de le rattraper. C'est un refuge, un confort qu'il maîtrise, bien plus que les relations humaines. Pourtant sociable, curieux, généreux et bienveillant, il sait toute la remise en question qu'il doit apporter à son caractère capricieux. Il a tendance à être borné, têtu, et ne souhaite jamais rien faire à moitié. L'ambition le ronge, et le consume à la limite du perfectionnisme.

En vérité, son cœur est brisé. Anna paraissait meurtrie, blessée, vidée de toute émotion. Une colère habitait son corps, rongeant son âme, et faisait naître une rancune certaine. Benjamin ne pouvait pas la blâmer, la raison pour laquelle elle s'était laissée prendre au jeu de l'amertume était justifiée. Maudite, maudite soit cette conversation échangé avec Catherine. Il avait menti, menti à ces deux jeunes femmes éprises de son cœur. Et le sien devait avouer être complètement perdu…

Comment se faire pardonner d'un tel affront par Anna… ? Il tenait à elle, profondément. Ce n'était pas un mensonge ou une illusion, ils partageaient un lien unique et fort. Ils se comprenaient et s'étaient toujours compris de par leur fort tempérament. Anna avait constamment appuyé ses choix et ses décisions, même les plus hargneuses. La passion du foot le rongeait, et son amie l'avait tout de suite compris. Et puis, ce sport les réunissait davantage, ayant même eu le plaisir de jouer ensemble.

Anna rendait sans cesse les choses faciles. Malgré ses erreurs, elle savait rendre excuse, et prendre seule les responsabilités de ses actes. Cependant, lui qui la pensait forte, il découvrait en réalité une immense tristesse et solitude. L'enchaînement de ses études et activités, prouvaient qu'elle ne savait pas où était sa place. Concernant Anna, c'était impensable, elle était née pour se donner aux autres, et les guider vers leur rêve… Ce statut de bénévole à l'Hôpital et ce rang d'entraîneur de football pour les poussins de la ville ne l'étonnait guère…

Tout, elle avait tout pour être heureuse, alors pourquoi ce néant dans son regard. Qu'est-ce qui manquait à sa vie pour être complètement épanouie, pour se prouver à elle-même que son existence en valait la peine ? Était-ce ce conflit entre eux jamais réglé ? Ou… Était-elle encore… Amoureuse de lui… ?

- Non… Pas après toutes ces années…

- Et pourquoi pas ?

Benjamin sursaute, Roberto vient de le surprendre en pleine réflexion à voix haute. Son ami refermant la porte derrière lui, tend une tasse de café fumante. Il se rapproche de la vue splendide qu'apporte la chambre du capitaine de l'équipe d'Italie.

- Qu'est-ce qui n'est pas possible après toutes ces années ? Demande Roberto

- …

- Tu es vraiment ennuyeux tu sais…

- Quoi ? Râle Benjamin

- Je sais pour toi et Catherine…

- Tu… Tu sais…

Normalement, Roberto n'aurait pas dû être mis dans la confidence, mais Sophia sa petite-amie de toujours très proche de Catherine, s'était confiée. Un lourd fardeau pesait sur ses frêles épaules, et la jeune danseuse ne savait pas comment gérer la situation.

- Je voulais t'en parler depuis un moment mais… Anna n'a pas tort, Éric te colle comme un vrai garde du corps ! Ricane Roberto

- …

Alors, son ami savait, il savait que Catherine et lui s'étaient accordés une pause, un temps mort offert à chronos. C'était risible et ridicule pour Benjamin, même s'il avait engendré l'interruption temporaire du couple. Il n'en pouvait plus des conflits, des disputes sans fond ni forme, ils perdaient de l'énergie et de l'assiduité dans leur travail. Inconcevable pour le sérieux Benjamin. Un matin, au téléphone, après une électrique centième altercation, il avait dans une lâcheté parfaite, supplié qu'ils stoppent la lutte qui les séparait maintenant depuis plus d'une année. Il n'en pouvait plus de ne pouvoir s'adresser à celle qu'il aimait qu'avec des mots équivoques. Leur humeur aléatoire l'épuisait, et l'idée de se séparer un temps lui était venue comme la plus évidente des solutions.

- Je suis certain que ça va s'arranger… Conforte Roberto

- Non… Je ne crois pas…

- Pourquoi dis-tu ça… ?

- Parce que… Ce n'est pas comme ça que je conçois une relation…

Maintenant qu'il y pensait, Benjamin et Catherine étaient passés par toutes les émotions. Les moments heureux et malheureux se divisaient à part égales. Beaucoup éloigné l'un de l'autre, la danseuse se sentait constamment écartelée entre les deux rivales de Benjamin : Anna et le football. Il avait sans relâche eut confiance en sa bien-aimée, que ce soit pour sa passion, ou des rivaux masculins car elle plaisait énormément sa Catherine. Mais elle, aucune éclosion, pas une parcelle de confiance ne s'était tissée. À perpétuité, elle doutait, se rongeait, et d'autant plus que Benjamin refusait de gagner Paris. Au fond, peut-être avait-il peur de l'engagement ? Ou peut-être…

- Tu sais… Il y a des personnes, comme moi, Sophia, ou Anna qui tombent amoureux, et ne s'en déferont jamais… Explique Roberto

- …

- Et puis… Il y a des personnes comme toi et Catherine, prit par une passion tellement viscérale, qu'ils ont peur de terminer seul…

- …

- Je crois aussi que vous étiez jeunes, et que certaine chose ont une fin…

Benjamin ne concevait pas l'amour de la façon dont Catherine et lui, le bâtissait. L'amour c'était fort, il souhaitait être bien plus passionné par ce sentiment que par le football. Il voulait aimer au point de pouvoir quitter son pays, sa patrie, sa vie entière juste par amour…

Comme Anna…

Benjamin était orphelin, et même s'il n'avait pas manqué d'amour du vivant de ses parents, il avait dû survivre sans modèle depuis bien trop jeune. Peut-être était-il en réalité incapable d'aimer, et que comme Roberto l'avait souligné, il ne voulait pas juste finir seul… ? Non ! Il était bien trop jeune et insouciant pour penser déjà à une telle éventualité. Alors… Peut-être que la dernière possibilité de son ami était la bonne… Peut-être que c'était la fin et qu'il était douloureux de se l'avouer…

- Et pour Anna… Tu comptes fuir aussi ! Se moque Roberto

- Toi aussi tu penses que j'ai fui !

- Évidemment… Même si tu ne voulais pas rester en contact avec Anna pour Catherine, tu ne t'es jamais soucié du départ de ta soi-disant « meilleure amie » !

Roberto avait encore une fois raison. Benjamin avait eu vent du départ de Robson et Anna un matin qu'il eut croisé Bertini. L'italien n'avait pas plus d'explication ou souhaitait les garder pour lui. Assommé par la nouvelle, c'est vrai, il n'avait rien fait, rien tenté, pas même de chercher à savoir pourquoi et où ils étaient partis. Lâchement, il s'était servi de la fuite de son amie, pour régler son conflit de couple.

Anna était dans le vrai, Benjamin était répugnant, et son comportement à vomir. Quel ami réagirait de la manière la plus ignoble au départ d'une véritable amie. Elle s'était montrée bienveillante et accueillante pour un jeune garçon, débarquant dans un pays inconnu, avec pour seul objet dans ses valises, un ballon de foot.

Et que dire de Monsieur Robson. Benjamin n'avait pas encore la carrière de rêve qu'il aspirait en pratiquant le football, mais toutes les chances qu'il avait goûté, il lui devait. Encore, il lui offrait l'hospitalité en Suisse, sans rancune ni malveillance, et pourtant, il faisait souffrir la personne qui comptait le plus pour lui sa fille.

Benjamin devait, non, souhaitait obtenir le pardon d'Anna. La tâche n'allait pas être simple, son amie ressentait pour lui une véritable hargne. Il allait devoir deviner les bons mots et les gestes qui convenaient pour la conquérir.

Pour se faire, une seule et unique personne pouvait lui venir parfaitement en aide, c'était Monsieur Robson. Un père connaissait son enfant sur le bout des doigts, et lui demander un premier conseil serait raisonnable.

Préparé à affronter sa journée, il se dirige vers Albert, en train de s'occuper de somptueuses fleurs dans ce convivial jardin.

- Docteur Robson !

- Benjamin ! Comment s'est passé ta première nuit ici ?

- Très bien je dois dire, votre villa est véritablement chaleureuse…

- Je te remercie… Sourit-il. Tu voulais quelque chose ?

Benjamin avait répété mille fois la question dans sa tête, mais il ne pouvait s'adressait directement à son ancien mentor, sans s'être au préalable excusé pour son comportement envers Anna. La scène d'hier soir le rendait honteux, une telle dispute n'aurait jamais dû avoir lieu alors qu'ils se retrouvaient à peine.

- Je suis navré… Pour ce qu'il s'est passé avec Anna hier soir…

- Tu es gentil de venir t'excuser auprès de moi…

- C'est normal… Après tout… C'est de ma faute si…

- Si nous sommes partis ? Tu sais, tu n'es pas responsable à cent pour cent !

Benjamin était la première cause de ce départ imprévu et non organisé, mais pas seulement. Anna et son père avaient déjà envisagé de quitter l'Italie. Ayant formé des joueurs robustes et compétents en façonnant les ailes de Jupiter, il savait qu'un jour ou l'autre, ils partiraient tous pour des clubs européens ou internationaux. Beaucoup d'énergie avait été employé pour cette équipe, et après le départ de ses protégés, Robson n'aurait imaginé pouvoir recréer une seconde troupe de footballeur. Attaché à ses protégés, impensable était l'idée de consacré autant de son temps et de sa passion à d'autres.

Quant à Anna, elle n'avait pas de réels objectifs à Gênes. Vivant un chagrin d'amour, se séparant de la frénésie du football en partie lié à son chagrin d'amour le départ était sur le rasoir, et il ne manquait plus qu'un élément déclencheur,

- Moi ! S'accuse Benjamin

- Mais Anna et toi êtes de jeunes adultes maintenant, et vous êtes capables de dépasser ça, sinon, je n'aurai pas organisé ses retrouvailles avec Bertini ! Sourit-il

- Vous savez où je peux la trouver ?

- À l'heure qu'il est, elle est partie entraîner les poussins de Spiez…

- Parfait, je ne serais pas en terrain inconnu ! Se réjouit Benjamin

Le docteur Robson se met à éclater de rire, et ce son jovial attire l'attention de Bertini, qui arrivait sur l'entrefaite, à également entendu les propos immatures de son protégé.

- Benjamin, che desastro* ! En terrain inconnu ? Tu parles d'una signora* ! Se fâche Bertini

Le problème venait sûrement de cette maladresse. Benjamin n'était peut-être pas fait pour les relations homme-femme. Le football rongeait son âme, et plus rien parfois ne semblait avoir plus d'importance que ça. C'est légèrement abattu qu'il se dirige sur la scelle d'un vieux vélo vers le terrain municipal de Spiez.

En chemin, Benjamin se rassure, finalement, il n'y a pas que le ballon rond qui compte, car il s'émerveille davantage du paysage Suisse. Une beauté qu'il ne sait comme décrire avec des mots. C'est une poésie pour le regard, un lieu imaginaire pour l'esprit. Les montagnes, les forêts, les tapis de fleur, et ce vent, ce vent frais qui a un parfum particulier l'été doit avoir cette odeur. Dommage que l'équipe de football Suisse ne réponde pas à ses critères de sélection, il abuserait volontiers de la force de ce pays terriblement beau !

- Et voilà, je recommence avec le foot ! Ricane-t-il

Au loin, il aperçoit enfin les rondeurs ovales d'un stade. Les yeux de Benjamin brillent déjà. Il aime l'entrée étroite de ce lieu en réalité si vaste. Le parfum de l'herbe fraîchement coupée et piétinée titille son odorat. Apercevoir les cages droites, les lignes blanches tracées, le ballon qui n'attend qu'une chose qu'on s'amuse avec lui envahit sans attendre son corps entier.

- Attention ! S'écrit une voix féminine

Benjamin est expulsé de sa rêverie, et vient d'être mit à terre par un ballon de cuir sauvage. La frappe n'est pas violente, étant donné que le coup est donné par un pied seulement âgé de cinq ans, mais la surprise, elle, pèse lourd.

- Je suis navrée, vous ne m'avez pas entendu !

- Ce n'est rien Anna…

Anna qui tendait sa main pour aider l'inconnu à se relever, la repousse subitement et recule de trois pas. Benjamin doit avouer que ce comportement lui brise un peu le cœur, son amie est tellement furieuse après lui, qu'elle en vient à faire des pas en arrière.

Dans ce malheur, le fautif vient auprès de Benjamin s'excuser. L'auteur du trouble est un petit garçon de cinq années, haut comme trois pommes, et se présente sous le prénom d'Elias. C'est l'attaquant central qui est le résultat de ce tir, véritablement mal cadré.

- Excusez-moi Monsieur…

- Ce n'est pas grave mon grand, moi aussi ça m'arrive de faire des tirs mal cadré !

- Vous êtes footballeur ? Se réjouit l'enfant

- Capitaine de l'équipe des moins de vingt ans d'Italie jeune homme ! Dit-il, fièrement

- Alors vous jouez pour la coupe du monde ? Dit-il, des étoiles dans les yeux

- Bien sûr !

- Chouette, et les gars, venez, un vrai joueur de football !

Les poussins se réunissent autour de Benjamin. Il l'observe comme un monument historique, glorieux, avec un regard passionné. Ce grand homme, est le capitaine officiel d'une équipe d'Europe, venu dans leur pays pour affronter les meilleurs joueurs de football. Ils sont stupéfaits, et leurs bouches grandes ouvertes attendent un mot, un geste du sportif de haut niveau.

Se relevant, ils sont impressionnés par sa grande taille, sa carrure, sa musculature, et ses longues jambes qui doivent tirés des buts phénoménaux. Benjamin est regardé avec une telle frénésie que ça lui en donne des frissons. Il ne pensait pas pouvoir faire autant rêver ses enfants, alors qu'ils ne le connaissent même pas. Le joueur de Gênes se met à rire, en les observant, il se revoit au même âge, terriblement enthousiaste à l'idée que le jour se lève pour aller taquiner son ballon. Les idoles se comptaient par centaine, il voulait tous leur ressembler, être aussi performant qu'eux pour un jour les affronter.

- Ça vous dit que je vous entraîne un petit peu… Propose Benjamin

C'est une holà de « oui » hurlante qui jaillit, ils trépignent, déjà, impatient d'être entraînés à leur sport préféré par un champion.

Anna est prise au dépourvue. Est-ce que son ami se servirait de ses innocents enfants pour gagner son pardon ? Pensait-il qu'elle allait s'attendrir ?

Enragée, elle est enragée contre sa propre personne, enragée parce qu'elle succombe sur l'instantané. Pour commencer, comment ne pas fondre devant ses enfants qu'elle aime tant, et les voir s'émoustiller grâce à la passion du football. Et puis, elle n'a jamais su résister à la gentillesse de Benjamin. C'est certain, il n'est pas toujours doué pour les relations avec les autres maladroit et naïf mais il a une véritable capacité à la sociabilité. Malgré tout, il est attentif et généreux.

- Je vous entraîne à la seule condition que votre coach soit d'accord évidemment… ? Sourit-il

Les enfants changent de héros, et se réunissent tous autour d'Anna. Elias attrapa sa main et le supplie de dire « oui ».

Ça ne l'enchante pas, elle ne veut pas passer du temps avec Benjamin pour se rendre compte que la seule à prendre du plaisir, c'est uniquement elle. La seule présence de son ami réussi après toutes ces années à la mettre dans tous ses états. Si elle a joué son numéro hier soir, c'était sans aucun doute pour se protéger, pour s'armer devant le sentiment puissant que faisait éclore Benjamin dans le cœur d'Anna. C'est une évidence absurde, mais elle l'aime toujours, et sans s'y attendre, sans avoir regardé le ciel pour ça, il était là, tel qu'elle l'avait connu en Italie, beau, intrépide, et amusant. Il se tenait droit avec son air innocent, prêt à bondir sur l'occasion de se faire pardonner.

Benjamin est foudroyé par le regard d'Anna. Une torpeur semble tordre son ventre, il brusque soudainement la bulle protectrice qu'elle s'est forgée envers lui. C'est effrayant, c'est effrayant toute la peine qu'il a accumulée dans le cœur de son amie. Pourtant, il savait, il était conscient de son amour envers lui, mais il n'aurait imaginé qu'il soit si fort, si intense, si douloureux. Irrespectueusement, il avait sous-estimé ses sentiments…

- Coach, vous êtes d'accord ! Insiste un autre enfant

- Bien sûr, je ne vais pas vous enlevez ce plaisir ! Sourit-elle

Les poussins sont ravis, ils s'agitent subitement et ils vont être difficiles à discipliner aujourd'hui. Anna sourit instantanément. Ses enfants la rendent toujours heureuse et souriante. Il n'y a rien qu'elle ne puisse leur refuser, et passer des moments avec eux était un privilège.

Benjamin enlève sa veste, et enfile une paire de crampon. Anna l'observe, vivement. Il est en plein ébullition. Les flemmes de la passion s'embrase dans ses yeux, et ses pieds et ses jambes tremblent presque. Le football, c'est la seule chose qui enfièvre son âme. Ce sport, c'est l'ardeur qui le rend vivant, qui lui fait ressentir des émotions fanatiques. Anna se demande s'il a déjà ressenti autant de fougue pour quelqu'un… ?

- « Probablement Catherine », se confit-elle

- Coach, vous venez ! L'appelle Elias

Anna rejoint ses poussins avec les conseils de son père en tête. Ce n'est plus une enfant, et ils ont fait chacun leur vie, en grandissant avec leur expérience, quel que soit la nature. L'immaturité qu'elle montrait, était stupide et grossier. Faisant face à ses responsabilités, elle se concentre sur la joie de ces enfants, et vient avec eux s'exercer au football.

Benjamin fait tout d'abord des exercices d'étirements. Ensuite, il les exerce à faire des passes en créant plusieurs circuits. Les poussins au bout de trente minutes sont déjà éreintés. L'entraîneur italien a omit qu'il conditionnait des enfants de bas âge, et non des adultes. Anna en rit, son ami est poussé par la dévotion de ce sport, et oubli parfois les limites. Accordant une pause à ses protégés, ils se réunissent en cercle et s'hydratent.

Les enfants attisent leur curiosité, et commencent à harceler de question Benjamin. Depuis quand joue-t-il au football ? Pourquoi il aime ce sport ? Avait-il déjà gagné une coupe ? Dans quel club jouait-il en saison ? Est-ce qu'il avait déjà affronté de grand joueur ?

Si les poussins étaient attentifs à toutes ces réponses, Anna les écoutaient avec attention. Benjamin commençait son récit de son départ de la France à son arrivé en Italie. Les souvenirs passèrent de ses compétitions en sélection nationale Colombus à sa titularisation en équipe d'Italie junior. Il contait ses matchs les plus marquants en ventant le talent de ces adversaires il démontrait le côté humble du football.

Les enfants s'y voyaient déjà, ils vibraient avec les souvenirs de Benjamin et se projetaient dans l'avenir. Un point l'étonnait toutefois, il n'avait pas fait allusion à son expérience en équipe européennes ? N'avait-il piétiné que les terrains italiens ? Anna n'osait poser la question, peut-être qu'une raison qui glacerait ce moment serait la réponse, et elle ne le souhaitait guère.

Les poussins paraissaient heureux et s'amusaient énormément des histoires footballistique de Benjamin.

Après une pause méritante, les enfants s'entraînèrent encore trente minutes. Exténués après un entraînement hors du commun n'ayant rien à envier aux professionnels ils partirent rejoindre les vestiaires pour se doucher, se changer, et partir ainsi rejoindre convenablement leur parent à l'extérieur. Ils attendaient leurs futures graines de football avec impatience.

Elias raconte à sa mère qu'un joueur de l'équipe d'Italie les a entraînés aujourd'hui. Les enfants semblent avoir passé un bon moment avec Benjamin tous font part de ses exercices et de sa pédagogie. Par ailleurs, Elias est tellement conquis par ce joueur aux grandes valeurs, qu'il demande à sa mère qu'il peut les accompagner au pique-nique de fin de saison.

Anna est contrariée par la requête de son protégé. Non pas qu'elle ne soit fière de la générosité de ses poussins, mais elle ne supporterait davantage de se trouvait aussi proche de Benjamin.

- Je ne veux pas déranger… S'intimide-t-il

Benjamin avait remarqué que la demande d'Elias effarouchait Anna. Il avait peut-être était trop entreprenant envers elle. Sa venue soudaine, presque forcée, se trouvait impolie et entreprenante.

- Vous ne dérangez pas, les enfants ont l'air d'avoir apprécié votre entraînement et vous rateriez l'excellente cuisine d'Anna…

Anna sourit devant le compliment de la mère d'Elias. Tous les ans, à la fin de saison, elle organise un pique-nique pour les enfants et les parents qui s'investissent beaucoup dans leur activité sportive. Absolument tout est pris en charge par Anna – soutenue financièrement par le club – de l'organisation à la chaleur humaine qu'il convient pour que la journée soit une réussite.

- Dans ce cas… Se force aimable Benjamin.

Un bus vient chercher la joyeuse compagnie. Installant les enfants en toute sécurité avec leur parent, Anna vient prendre place à l'avant du véhicule, et se pose du côté de la fenêtre. Une place vide se trouvait pourtant aux côtés de Benjamin, mais il avait fallu que son amie têtue choisisse de le snober. Prenant les devants, il se lève et vient s'asseoir auprès d'elle.

Anna l'a entendu prendre place auprès d'elle, et aperçoit désormais son visage dans le reflet de la vitre. Elle ne veut pas faire l'effort de se retourner pour l'affronter. Qu'avait-il à s'obstiner de la sorte ? Il souhaitait se faire pardonner ? Mais rien, rien ne serait suffisant pour qu'une telle chose arrive.

Anna expire de doléance. Bien sûr que si, bien sûr qu'il ne fallait qu'un seul mot, qu'un seul geste pour qu'elle pardonne. Loin d'elle, à des milliers de kilomètres, c'était facile de le haïr, de l'imager comme la plus horrible des personnes. En ce jour, c'était compliqué, presque intenable. Parce que Benjamin n'avait pas changé, parce qu'il était resté le même : gentil, passionné, chaleureux, bien élevé et fougueux. Tout ce qui avait fait qu'Anna soit tombée amoureuse lui éclatait au visage.

Et puis, il était aussi encore plus beau sa taille imposante et sa musculature développée comme il fallait.

- Anna…

Son prénom est prononcé dans une fragilité déconcertante. Benjamin effleure son prénom, le murmure presque, comme s'il avait peur de l'interpeller. Craignait-il qu'elle l'insulte encore ?

Anna était perdue, elle ne savait pas comment réagir avec Benjamin. Auprès de lui, un sentiment indescriptible naissait. Un seul désir la traverser, se blottir contre lui, échanger pendant des heures sur le football en se contentant facilement de l'écouter et de regarder ses yeux pétiller.

Ces moments privilégiés faisaient partis intégrantes de son imaginaire. Rien de tout ça n'arriverait. Essayer de le piéger, de le séduire, rien n'y faisait. Benjamin ne voyait en elle que l'amie loyale, la confidente, celle qui tient la seconde place.

Après tout, peut-être serait-ce une belle histoire que de se contenter de ce sentiment d'amitié. Seulement, en avait-elle réellement la force ?

Benjamin se décourage et s'attriste de plus en plus en observant le visage d'Anna. Elle souffre, elle souffre inlassablement par sa faute. Comment retrouver cette amitié ? La retrouveraient-ils ? Impossible… Il était évident que rien ne serait comme à l'époque de Gênes. Mais dans ce cas, devaient-ils repartir de zéro ?! Une idée vient à l'esprit de Benjamin, ce n'est certainement pas la solution miracle, mais il devait s'avouer être totalement aux abois.

Tendant sa main, il la présente devant Anna.

- Enchanté, Benjamin Lefranc !

Anna se retourne instinctivement devant cette présentation. À quoi jouait Benjamin ?

- Je suis ravi de vous rencontrer, j'ai cru comprendre que vous étiez l'entraîneur des poussins de Spiez ?

Anna dessine un visage de surprise, et de stupéfaction moqueuse. Qu'est-ce qui prenait à Benjamin de se comporter comme un étranger qui se présente. Jouait-il le jeu qu'elle lui infligeait se considérer comme des inconnus ? Elle ne le regardait pas comme un inconnu, comment le pourrait-elle après tout ce qu'ils avaient vécu ? Est-ce qu'il se moquait d'elle ?

- Ces poussins semblent vous respectez et appréciez vos entraînements…

- Benjamin, à quoi joues-tu ?

- Au football également ! Sourit-il

- Arrête, ce n'est pas drôle…

- Excuse-moi mais… Je ne sais pas quoi faire pour que tu acceptes de me parler…

Anna est étonnée d'une telle confession soudaine. Après la dispute enfantine de la nuit dernière, avec l'intervention grotesque d'Éric et la totale incompréhension de Benjamin, elle n'avait imaginé une seconde l'éventualité qu'il puisse éprouver… de la peine… ?

Non ! Non pas de la peine, des regrets ? D'honnêtes et sincères regrets ? Pendant toutes ces années à lui en vouloir, à le détester, le réprimander pour ce qu'il avait fait ce jour-là, jamais elle ne s'était faite la réflexion de ce qu'il ressentait lui, Benjamin.

Mais comment deviner ce qu'il avait sur le cœur ? Même si elle était partie sans explication, il n'avait aucunement cherché à savoir pourquoi ! De surcroît, qu'elle sache, jamais il n'avait essayé de prendre contact avec elle, pas même avec son père, le Docteur Robson. De l'ingratitude, voilà ce qu'il devait ressentir. Il voulait se faire pardonner par pure bonne conscience, car il était impossible qu'il imagine par quelles épreuves douloureuses elle était passée. L'humiliation, la rancœur, le dégoût de n'être finalement qu'une personne comme les autres à son égard. En y pensant, en y pensant fort, c'était bien trop difficile pour Anna de lui pardonner pour l'instant…

- Je te l'ai dit à ton arrivé ici… Rendons-nous service en évitant de nous parler… Dit-elle, froidement

Benjamin ne peut que se plier à l'exigence d'Anna. C'est elle qui détient la clé de leur amitié perdue. Au long de cette route qui les conduisait dans un endroit féerique pour pique-niquer, le voyage fut silencieux pour les deux amis italiens.