Chapitre 3 : « Attache ».

Nota bene : JaacksG merci pour ta fidélité ! Ravie que le chapitre t'ait plu, j'espère que tu apprécieras ce nouveau et les autres qui suivront… !

Émerveillement. Tous les adjectifs existants définissant la beauté s'accordent avec la Suisse. Benjamin est une fois de plus captivé par le paysage. Le bus s'est arrêté à l'entrée d'un parc sur une route de campagne. Au loin, des tables et chaises de pique-nique patientent en attendant une joyeuse famille. L'endroit est romanesque une forêt verdoyante où une odeur de sapin se dégage. Ces arbres d'ordinaires festifs sont époustouflants. La hauteur vous rend minuscule, et les branches en épis vous piquent presque le nez.

La journée est chaude et le ciel dégagé, rien ne pourrait tâcher ce moment. La situation avec Anna ne se passait certes pas comme désiré, mais il aspire confiance en ce déjeuner.

Efficace, il aide les mères de famille à installer le repas sur les tables toutes sous le charme de cet attrayant jeune garçon.

Anna ne serait démentir. Benjamin a toujours été serviable et il avait été bercé d'une bonne éducation par ses parents. Ils seraient fiers, sans aucun doute.

Secouant la tête, elle remet sa concentration en place, son esprit ne serait-il que constamment en revenir à lui ?!

D'imposant drap furent posés sur l'herbe coupée afin que plusieurs petits groupes puissent s'installer confortablement. Les salades fraîches, les fruits colorés le parfum de la viande grillées, sans oublier les mousses aux chocolats, ce festin simple et sain ressemblait à Anna. Facile et gourmand, tels étaient les qualificatifs.

Se regroupant, la plupart des enfants souhaitaient déjeuner en compagnie de Benjamin afin qu'il continue ces récits footballistiques. Les rires, l'agitation et l'appétit bien garnit font de cette matinée une réussite.

Les parents se mettent de leur côté pour tous savourer un reposant café. La mère d'Elias demande à Anna de cesser de vouloir faire tout le nécessaire seule ayant déjà commencé à ranger et de profiter de la belle journée.

- Allez voir les enfants, ils adorent votre compagnie…

Anna acquiesce difficilement, mais ne veut contrarier la charmante attention de cette mère volontaire. C'est avec anxiété et le cœur palpitant qu'elle s'approche des enfants, tous réunis en cercle autour de Benjamin. Il est décidément le centre de l'attention et Anna ne sait comment gérer son désarroi.

Cherchant comment ôter le malaise qui la tourmente, un enfant s'approche vivement d'elle et l'attire vers le groupe. La question qui va suivre de la part d'Elias est surprenante.

- Dîtes coach, c'est vrai que vous et Benjamin avaient joué dans la même équipe en Italie ?!

- C'est pas possible, les filles ne jouent pas avec les garçons ! Ronchonne l'un d'eux

- Si Benjamin le dit c'est vrai ! Défend Elias

Anna se met à rougir, mystérieusement, si soudainement. Son cœur vient de flotter à l'idée que Benjamin puisse parler d'elle. Évidemment, ça relatait une fois encore du football, mais c'était une valeur sûre le concernant.

Elle est franchement gênée car c'est une période de sa vie qu'elle a savouré et adoré, mais qui a été trop courte, et soyons honnête,

- Je n'étais pas au niveau, mais oui, c'est vrai… Se confit-elle

Ce qu'Anna ressent de manière douteuse, fascine les poussins. Une « fille », intégrer une équipe de garçon, et se mesurer à eux, quel cran ! C'était impensable !

Benjamin avait bien remarqué que les enfants admiraient Anna, le prénom du « coach » avait été nombreuses fois prononcé depuis tout à l'heure. Et malgré qu'elle soit une femme, ce statut ne semblait pas les déranger, bien au contraire. Anna avait toutes les qualités. Bien qu'ils soient trop jeunes pour posséder encore un ego, elle avait les connaissances pour les temporiser. Les garçons avaient tendance à dorer le blason de l'individualité. Les places étaient chers dans les équipes nationales et internationales, sans parles des grandes équipes européennes et c'est à ce jeune âge que les génies du football étaient repérés.

La balance entre l'esprit de compétition et de solidarité se voyait difficile à équilibrer et son amie semblait avoir le talent pour une justice sportive. Les enfants étaient unis et partageaient réellement la passion de ce sport.

Le côté séduction y était également pour beaucoup. Anna était une femme attentive, douce, avec un caractère maternelle, mais savait aussi faire preuve d'autorité et de discipline. L'expérience avec son père, Monsieur Robson, à Colombus l'avait probablement consolidé. Son père était un bon entraîneur, connaissant les meilleures techniques de ballon. Le raffinement du social restait Bertini. Anna avait hérité gracieusement de l'âme de deux merveilleuses personnes et uniques en matière de football.

Benjamin cesse de penser au passé quand lui vient une idée qui lui bouscule l'esprit de plein fouet. C'est un fait, il l'avoue, il n'est pas doué avec les mots et sa tentative de tout à l'heure dans le but a été un véritable fiasco. Alors, peut-être qu'avec son domaine, peut-être qu'à l'aide de cette passion qui les a unis en Italie autrefois, peut-être que la chance d'une réconciliation se ferait par le football.

- Ça vous direz une partie de foot les enfants ! Propose-t-il

Une vague de « oui » submerge Benjamin, son idée semble faire l'unanimité et Elias le soutient plus qu'espéré dans sa demande.

- On pourrait former deux équipes, une avec le coach comme capitaine, et l'autre avec Benjamin !

Sans comprendre pourquoi, Benjamin expulse un cri de satisfaction et d'engouement. Et sans comprendre la raison de son rire, Anna souffle un rictus amusé. Elle met la main devant sa bouche pour cacher son émoi honteux. C'est la folie de Benjamin qui l'a rendu joyeuse et nostalgique. Lorsqu'il s'agit de football, il est toujours en extase et rien ne serait capable de l'arrêter, ni pluie ni vent ni orage et pas même une femme…

Soudainement les enfants se mettent à rire, un rire ou moqueur ou interrogateur. Ces deux jeunes adultes ensembles sont étranges. Les poussins ne reconnaissent pas leur coach qui d'ordinaire serait encore plus enthousiaste que Benjamin pour disputer un match.

Se mettant d'accord pour disputer un petit match, Anna et Benjamin nommaient chef d'équipe doivent former leur troupe. Les parents se sont rassemblés pour former une vraie tribune de supporter où chacun encouragera son ange du football.

Anna choisi en premier Elias. Ce petit garçon est particulier pour elle. Émigré des pays des sables, orphelin, Elias avait été adopté par une riche famille allemande. Vivant dans la houleuse ville de Berlin, les parents étaient tombés en amour pour Spiez. Venus y séjourner en vacances dans la villa familiale de son père, ils s'étaient instantanément merveilleusement bien entendus, Robson sachant parfaitement accueillir ses hôtes. Elias, quant à lui, n'avait pas quitté Anna de tout le séjour. Elle lui avait montré les endroits qu'elle préférait pour peindre et taquiner un ballon de football.

Par ce lien, quelques mois plus tard, voilà cette chaleureuse famille installée dans leur village. Le père d'Elias est un brillant avocat. Il ne connaissait rien au sport et encore moins au football, mais il appréciait les valeurs qu'on lui attribuait : esprit d'équipe, rigueur, compétition, et plaisir du partage. La mère, elle, est styliste pour une célèbre marque de prêt-à-porter de luxe. Gentille, aimante, contrairement aux a priori qu'on imaginait dans ce milieu, Kristin était une bonne épouse, et une fantastique mère.

Elias avait été éduqué dans la simplicité. Certes, ils vivaient dans une belle villa, fréquentant un monde prestigieux, mais le chemin de la vie que lui traçaient ses parents se voyait modeste. Elias était placé dans une école publique et jouait au football dans le club de son village et non dans une équipe convoitée comme Gènes.

Anna admirait cette famille éclectique où ce mélange de différence formait une bulle d'amour inexplosible. Elias était gentil, ouvert, il n'avait pas toujours confiance en lui, ce qui rendait son jeu au football quelque peu faible, mais elle croyait en ses capacités.

Les deux équipes formées, le match se ferait en deux mi-temps de quinze minutes. L'arbitre serait un père de famille qui c'était joyeusement proposé. Tirant à pile ou face, c'est l'équipe de Benjamin qui eut l'avantage de la première place.

Benjamin frappe dans le ballon comme s'il le passait à Éric, mais il se rend rapidement compte qu'il jouait avec des enfants et non de jeunes adultes. Le spectacle du ballon qui roulait vers la forêt du parc fit rire la tribune, amusée par la passion fugueuse de Benjamin. Quelque peu honteux, il se frotte le derrière de la tête, gêné.

Le coup d'envoi est donné de nouveau et Benjamin prends soin de ces jeunes poussins avec qu'il joue le tact.

Le match est d'allure enfantine, mais lorsque l'équipe de Benjamin jouant avec le capitaine des poussins marque le premier but, la tension de compétition grimpe.

- Alors Elias, tu dormais ! Se moque le capitaine.

Benjamin avait déjà repéré ce petit garçon tout à l'heure. C'était le même qui n'avait pas cru qu'une fille puisse jouer avec des hommes au football. Il se nommait Gavin, et semblait ne pas manquer de caractère. Il paraissait aussi être celui qui s'entendait le moins avec Elias. Est-ce qu'il y avait déjà une rivalité entre ces deux bambins ?

Ce comportement faisait sourire Benjamin et lui rappelait sa jeunesse à Colombus lorsque lui et Éric étaient rivaux. C'est toujours glorifiant d'avoir un joueur à qui se mesurer, quelqu'un qui nous donne envie de nous améliorer, de nous surpasser. Toutefois, en voyant le regard d'Anna sur Gavin, elle semblait prendre au sérieux cette relation brouillée.

- Tes petites jambes ne parviennent pas à tacler !

- Tais-toi, prétentieux !

Benjamin voit Anna marcher jusqu'aux deux poussins et dessine un air furieux.

- Elias, Gavin, si vous ne vous respectez pas, je vous expulse tous les deux, je suis claire ?

Benjamin s'étonne d'une telle fermeté. Mais si elle en fait preuve, c'est qu'elle a de bonne raison. Par ailleurs, après son intervention, les deux jeunes joueurs se séparent et reprennent la partie.

Dans les minutes qui suivent, Anna met tout en œuvre pour qu'Elias puisse marquer et à la dernière minute de cette première mi-temps, Elias parvient avec son aide à percer la défense et égalise. Le petit garçon est ravi et saute dans les bras de son coach. Mais sa joie est vaine, et s'estompe quand son camarade vient encore une fois le charrier brusquement.

- Tu es ravi de ce but alors que c'est le coach qui a tout fait !

- Tu n'es qu'un mauvais perdant !

- Menteur ! Mauvais perdant toi-même !

- Les enfants ne recommençaient pas ! Intervient Anna

Les parents d'Elias et de Gavin viennent près de leur enfant qui se dispute grossièrement. Anna ne sait plus que faire et dire pour arranger la situation qui dure depuis trop longtemps maintenant. Comment leur faire comprendre ?

- Eh, Gavin, approche ! Lui demande Benjamin

Le petit garçon, peu fier, le rejoint et ce dernier s'agenouille à sa hauteur.

- Tu sais, je comprends que tu es un rival…

- Elias est nul !

- Mais non, il a beaucoup de compétences et tu sais qu'elles seraient meilleures s'il avait confiance en lui…

Gavin ne répond pas, et baisse les yeux. Benjamin a raison, si son équipier travail un jour la force de croire en lui, en ses capacités techniques, il serait bien meilleur que lui.

- Quand j'étais à Colombus, en Italie, moi aussi j'avais un rival, mais, tu sais, au-delà d'être plus fort, il y a un point commun qui vous unis : le football ! Et c'est en ça que doit naître le respect… Tu comprends…

Gavin fuit toujours du regard Benjamin. Il sait qu'il a raison et que son caractère capricieux l'a rendu méchant envers son ami.

Timidement, il s'avance vers Elias et lui tend sa petite main. Il veut échanger une poigne avec son meilleur adversaire. Elias, lui, sourit et vient accepter son statut en riant avec bonne humeur comme à son habitude.

Les mots de Benjamin semblent avoir atteint le cœur de ce futur grand joueur de football.

Anna admire la grâce de Benjamin. Il a su avec de simples mots, convaincre Gavin en cinq minutes alors qu'elle se désespère à le faire depuis des années ! Ce petit poussin doit avoir développé une pure admiration en lui pour comprendre ses dires et appliquer un geste amical. Elle ne peut rester muette face à ce tableau qu'elle adorerait peindre. Cependant, elle ne sait pas comment l'aborder. Devait-elle s'approcher de lui, le remercier brièvement, et s'éloigner de nouveau ?

C'est ridicule, cette situation entre eux est ridicule et c'est entièrement de sa faute. Mais à chaque fois qu'elle essaye de relativiser, la douleur de trahison galope dans tout son corps et l'empêche de capituler.

- Anna…

Benjamin prononce une fois de plus son prénom dans une amertume lasse. Il est presque effrayé par elle, craignant les répercutions.

- Écoute… Prononcent-ils tous deux

- Je… Disent-ils encore à l'unisson

Ils se regardent, soucieux. Ce n'est pas naturel qu'ils soient embarrassés et pris au dépourvu l'un l'autre. Où était passé leur amitié complice, la simplicité, l'osmose réservée.

- Merci pour Elias et Gavin… Dit-elle, discrètement

- Je t'en prie… Ces enfants sont tous prodigieux !

Anna est touchée par ce compliment. Reconnaître qu'elle est un bon coach de la part de Benjamin est un honneur pour elle… C'est aussi parce qu'elle sait que c'est un professionnel et qu'il prend le football très au sérieux, même un peu trop parfois…

- Anna, on…

- Le match reprend ! S'écrit le père, arbitre

Interrompu dans son élan, il regrette déjà de voir s'éloigner Anna alors qu'elle avait enfin ouvert le dialogue.

Le match reprend. C'est une ambiance bonne enfant et conviviale qui s'opère. Bien que, Gavin ayant particulièrement apprécié le soutiens de Benjamin, une motivation nouvelle émerge en lui et il marque un second but pour lui et son équipe avec un ravissement authentique.

Elias prend ce point de plus comme un défi et c'est avec la même hargne qu'il compte égaliser. Mais l'adversaire ne compte laisser sa défense être percée et il est en difficulté. Anna le motive, et lui répète que tant que le coup de sifflet final n'est pas donné, tout est possible. Seulement, c'est sans compter sur la détermination de Gavin qui ne laisse aucune chance à Elias de le dépasser. Déstabilisé, Elias perd le ballon et Benjamin récupère la balle perdue. Se retournant pour avancer et pénétrer dans la transversale, il se retrouve en face à face avec Anna.

C'est une sensation confortable et attrayante, il sentirait presque le soleil d'Italie taper sur leur peau grâce à ses souvenirs.

Anna à de la détermination dans ses yeux et ne compte pas laisser de répit à Benjamin, ni une chance de mener.

Jouant comme des pions sur l'échiquier, empêchant les autres pièces d'avancer, le face à face s'annonce rugueux. Benjamin fait des mouvements légers de droite à gauche tout en gardant le ballon dans ses pieds. Anna l'observe avec attention et ne quitte plus du regard le ballon. Au bout de quelques minutes, il décide de pousser un peu le vice en faisant danser Anna. Or, il avait certainement oublié sa ténacité et son mordant Anna ne lâcherait pas ce ballon et compter fermement le récupérer.

Toutefois, elle omettait le caractère impartial de Benjamin. Après avoir fait danser Anna, il était temps de la semer. Cependant, il était si confiant qu'il ne s'aperçoit pas du pied que vient de glisser Anna entre ses deux pieds. Elle glisse sa jambe droite de manière à bloquer celle de Benjamin et vient à l'aide de la tranche du pied faire glisser le ballon derrière lui. Puis, rapidement, en prenant appui sur l'autre jambe elle se tourne, se trouvant ainsi dos à Benjamin et parvient grâce à son talon à récupérer le ballon en l'immobilisant.

Vivement, elle pivote et se met à courir vers les buts adverses sous les cris d'encouragement de ses équipiers. À la dernière seconde, Anna égalise.

Elias saute et cri de joie. Ils n'avaient pas gagné le match, mais il serait à égalité avec son rival : Gavin. Les deux poussins viennent même se serraient la main une nouvelle fois.

Anna et Benjamin apprécie la salutation fier de ces deux amis.

- Bien joué ! Félicite Benjamin

- Je t'en prie, tu aurais pu m'arrêter… Sourit-elle

Anna savait que même si ce tour était efficace techniquement, Benjamin aurait eu le temps de la contrer.

- Tu es modeste, comme toujours… Sourit-il à son tour.

- Et toi, toujours aussi performant !

- Merci...

- Eh, tous les deux ! On peut être félicité nous aussi ?! Râle Gavin

Anna et Benjamin échangent un rire. Depuis combien de temps n'avaient-ils partageaient un instant de joie, un moment de plaisir, quelques minutes de complicité.

- Vous avez bien joué les garçons… Je suis fière de vous aujourd'hui ! Félicite Anna.

- Merci coach !

Benjamin est en admiration devant Anna et ses poussins. C'était un match très court, mais intense par sa simplicité et son plaisir.

- Tu vois Gavin, Anna est peut-être une femme, mais sur le terrain c'est un honorable et respectable joueur !

Anna est touchée en plein cœur par la flèche de compliment de Benjamin. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il dise une aussi belle confession.

La journée s'achève, et tous se mettent à ranger le reste de ce merveilleux pique-nique. Montant dans le bus, Benjamin se permet de demander à Anna s'il peut prendre place à ses côtés elle acquiesce.

Silencieusement, Benjamin gratte sa tête, puis joue avec ses mains, triturant ses doigts, il essaye des formes improbables pour occuper son esprit torturé. Il caresse ses bras, remue les pieds, il ressemble à un petit garçon qui s'apprête à demander l'impossible et qui craint le refus.

Anna s'attendrit, et un rire force le passage entre ses dents. Benjamin attrape immédiatement ce son amical et le consomme.

- Anna, je suis sincèrement navré pour ce qu'il s'est passé en Italie !

- Oublions ça… Murmure-t-elle dans un sourire fuyant

Benjamin est plutôt ravi d'apercevoir un sourire d'Anna et savoir qu'elle est prête à passer à autre chose, mais il a la désagréable impression que ça ne suffit pas…

- Tu sais, tu peux me dire ce que tu as sur le cœur ! Implore-t-il

- Comment ça… ?

- Comme hier soir par exemple ! Je veux que tu saches que je suis sincère et que je suis prêt à entendre tout ce que tu penses de moi !

Anna regarde Benjamin stupéfaite. Est-ce qu'il vient de l'autoriser, sans limite, a énuméré ses fautes, ses défauts, sans censure ni réprimande ?

- Très bien ! Alors je pense que tu es capricieux, un peu arrogant et tu as cette manie de vouloir te mettre en avant !

- Je vois… Grimace-t-il

- Tu es… Tu es aussi hautain, oui, hautain, comme si tu paraissais parfait et qu'on ne pouvait rien te reprocher… !

- D'accord, mais…

- Tu es naïf aussi et quelque peu ennuyeux, tu es, comment dire, froussard !

- Froussard ?

- Oui, froussard, tu ne donnes pas l'impression de vouloir prendre des risques, tu es dans un confort paresseux !

- Un… Confort paresseux… Oui ?! Et euh, c'est tout…

- Non, il y a autre chose…

- Ah ! Et quoi ? Dit-il redoutant le dernier supplice

- Je préfère nettement ta coupe de cheveux actuelle que l'ancienne…

- Ma ?! Ma… Coupe de cheveux… ? Dit-il les remettants en place

Anna et Benjamin se mettent à rire à l'unisson. Ils se trouvent presque ridicules et certainement enfantins. C'est appréciable, c'est appréciable de retrouver cette complicité égarée.

Toutefois, même si Anna avait énuméré une liste de défaut avec ironie, Benjamin trouvait la plupart justifiés. Ennuyeux, froussard et naïf, il avait surtout retenu ces trois ci. C'était ce qu'il ressentait depuis quelques mois. Le confort dont il faisait preuve pour sauver son couple ne le rendait pas heureux et l'amenait à devenir ennuyeux et froussard, poussés par une naïveté pitoyable.

Prendre des risques il aimerait tellement en prendre, mais c'est bien parce qu'il pensait sans cesse aux autre et agissait en conséquence qu'il n'en prenait pas.

- Anna, tu veux bien qu'on aille s'entraîner tous les deux demain au terrain de Spiez ?

- S'entraîner ? Tu n'as pas des équipiers pour ça ?

- J'aimerais bien que tu m'apprennes ce tour avec tes pieds et tes jambes… Sourit-il

Anna se met à rire. Benjamin n'est pas croyable, il est unique et elle appuie ses dires sur son caractère naïf et capricieux.

- Benjamin, tu n'as pas besoin que je t'apprenne ce tour ! De un tu serais très bien l'apprendre tout seul, et de deux, je sais que tu aurais pu m'arrêter sans problème !

- Tu crois que je t'ai laissé passer exprès ? Riait-il

- Parfaitement, et je pense même que c'est insultant ! Boude-t-elle

- D'accord, dans ce cas, viens prendre ta revanche demain ! Provoque-t-il

- Si tu y tiens…

- J'y tiens…

Anna se trouvait flatter par Benjamin, mais c'était beaucoup pour une seule journée et il devait tempérer ses excuses. Elle désirait retrouver le véritable ami Italien.

- Tu sais, tu n'es pas obligé de me faire tous ces compliments, je ne veux rien d'autre que retrouver notre amitié d'en temps…

Benjamin est heureux d'entendre qu'elle souhaite lui pardonner et reprendre leur amitié là où ils l'avaient laissé.

La journée s'achevait plutôt bien. Il avait regagné sa confiance et percé l'abcès qui les empêchait de communiquer. Étrangement, il avait déjà même hâte d'être demain pour aller taquiner le ballon sérieusement avec elle. Car malgré qu'Anna est modérée sa technique et qu'il était vrai que Benjamin avait peu dosé sa force pour la contrer, il distinguait un certain style de jeu qu'elle ne possédait pas en Italie…

Benjamin secoue sa tête. Elle est remplie de sensation nouvelle, tout son corps vibre ? Pourquoi ? Depuis longtemps, il n'avait passé une aussi agréable journée, où ni dispute ni reproche ni cri ne s'étaient prononcés… Juste lui, Anna et le football…

Benjamin avait la curieuse impression que c'était les deux choses qui allaient compter le plus dans ce voyage Suisse…