Nota bene : Cher JaaksG, toujours aussi heureuse de savoir que la fiction te plaît toujours au fil de la lecture… J'espère que les prochains te plairont également car ça va devenir chaud-bouillant, ah ah ! Bonne lecture, et merci de me laisser à chaque fois un petit mot…
Chapitre 4 : « Apparence ».
C'est un matin frais qui se lève sur la Suisse. Benjamin enfile une veste avant de sortir pour se rendre au stade de Spiez. C'est une véritable furie depuis qu'il s'est réveillé, il ne tient plus en place. Il s'est levé à l'aube, a déjà pris un petit-déjeuner digne des plus grands sportifs et il a même commencé des séances d'étirements dans le jardin.
Trop tôt, il est bien trop tôt pour se rendre au stade, mais Benjamin décide de chevaucher son vélo et de partir au point de rendez-vous.
Le chemin est agréable, l'air est humide, mais les rayons du soleil tapent fort. Benjamin est d'une humeur lumineuse, il ne cesse de sourire et prend plaisir à dire « bonjour » au passant. Les suisses paraissent aimables et leur personnalité neutre se pose dans leur regard. Ce pays à tout pour plaire…
Benjamin arrive au stade. Il prend le temps de le regarder, de respirer l'ambiance future. Il admire la bâtisse lorsqu'il s'aperçoit qu'il n'est pas seul. Un ballon rond le guette sur sa droite. Il est posé là, tranquillement, attendant qu'un joueur entreprenant vienne s'amuser en sa compagnie. Ne pouvant plus attendre, il accourt immédiatement vers l'objet de sa convoitise. Avec élan, il frappe dans la balle, et commence à franchir un parcours fictif, devant des adversaires imaginaires.
Benjamin frappe avec ferveur dans les cages et son compagnon de jeu fini dans les mailles du filet. D'abord fier de sa performance, et malgré sa ferveur de l'aube armée d'un sourire pouvant défaire toute peine, il chute dans la mélancolie.
Benjamin est réaliste, et s'il y a bien un domaine où la naïveté ne le trompe pas, c'est en football. Il sait que son équipe ne fera aucunement le poids face aux équipes de ce monde rond comme ce ballon qu'il serre fort entre ses doigts. Aucun de ses joueurs n'a été dans d'autre club que l'Italie. Tous sont restés dans leur pays à évoluer dans leur club respectif. Indéniablement, ils sont moins préparés que les autres concurrents en ne sachant leur mode de jeu ou tactique. Leur gardien est certes le meilleur de la génération européenne, mais les noms et les performances des rivaux font trembler. Un gardien japonais répondant au nom de Thomas Price se dit être le meilleur également. Et dans cette même équipe, leur attaquant, Olivier Atton n'est pas sans reste. C'est aussi sans citer l'allemand Schneider ou le brésilien Santana.
Benjamin enrage ! L'équipe d'Italie sera pitoyable face aux challengers mondiaux. Le niveau sera haut et les matchs rudes, il le sait par avance. « Le ridicule » voilà le titre qui apparaîtra dans les journaux devant le nom de leur pays.
Capturé par ses pensées noires, brusquement, on l'y fait sortir. Le ballon lui est volé, et l'adversaire s'amuse déjà à le provoquer.
- Tu dors Benjamin !
- Bonjour à toi aussi Anna ! Sourit-il
Anna lui rend son sourire, un rictus de compassion ? En réalité, elle est arrivée au stade depuis près de dix minutes et il ne l'avait pas remarqué. Benjamin est resté planté droit comme un piquet, la tête baissée et le regard vide fixant le sol.
Parce qu'elle le connaissait bien, elle avait deviné immédiatement ses tourments. Après avoir tiré un magnifique but, il s'est figé et a affiché une moue de défaite. Le rêve doit être grand pour ce passionné. Affronter des géants mondiaux du football elle sait qu'il trépigne d'impatience. Mais ce qu'elle voit aussi c'est de la quiétude, la peur de ne pas être à la hauteur face aux concurrents et de passer pour des joueurs obsolètes.
Ce manque de confiance, il le doit au fait de ne pas avoir intégré un club européen, et Anna se demande toujours quelles en sont les raisons,
- Benjamin… Pourquoi ne pas avoir intégré un club européen ?
Le concerné se tourne vers elle, et sourit, gêné, mais il doit la vérité à Anna, elle pose la question de manière si douce, si respectable.
- Catherine voulait que je rejoigne l'équipe de Paris, mais elle ne répondait pas à mes attentes…
- …
- Donc, c'était Paris ou rien pour elle ! Refuser de rejoindre l'équipe, c'était refuser de la rejoindre elle !
- …
- Au début, j'étais furieux, et je me disais qu'elle n'avait toujours pas confiance en mes sentiments ! J'ai donc postulé pour l'équipe d'Allemagne, celle que je visais depuis des années !
- Et ?
- J'ai passé les sélections et j'ai été reçu…
- Mais ? Sourit Anna
- Mais c'était une décision prise sous la colère alors, si j'acceptais, pour moi c'était la trahir…
Anna est surprise d'une telle honnêteté. Il vient de se livrer sans hésitation et sans tremblement. Ce qui l'effraie, c'est cette irréfutable déception dont Benjamin semble souffrir dans un silence pudique. C'est douloureux quand les désirs ne sont pas réciproques, elle sait bien ça. L'amour entre Benjamin et Catherine a toujours été sensible, délicat et fragile.
Anna est quelque peu perturbée. Elle pensait que les années, le temps, pouvaient renforcer les faiblesses d'un couple, surtout qu'elle avait quitté l'Italie en pensant que le principal conflit était sa présence quotidienne à ses côtés.
Alors, finalement, ce départ n'avait apporté aucune solution ? Elle en est presque désolée, car malgré les lourdes conséquences de cette fameuse conversation téléphonique et cette amitié brisée, Catherine n'avait pas su faire preuve de tolérance.
- Je suis… Je suis désolée Benjamin…
- Tu n'as pas à l'être !
- Peut-être mais, je peux comprendre ce que tu ressens…
- Ça n'a plus d'importance maintenant, ce qui est fait est fait !
- …
- Pour tout te dire, Catherine et moi, nous… Nous sommes en « pause » depuis plusieurs mois ! Finit-il sur un ton ironique
En « pause » ? Comme ce bouton à deux barres parallèles qui active un mode « pause », ce bouton qui fige une image, un instant, et qui attend un « déclic » un « départ » pour recommencer ? Jamais, jamais Anna n'aurait pu imaginer une seconde ce couple partir dans un tourbillon menant au bord du précipice.
Depuis le tout début de leur rencontre, elle les voyait comme deux amoureux transis, avec leurs blessures et leurs craintes, mais capable de tout surmonter ! Ils paraissent unis et surtout aimants, amants… Ce n'était qu'une illusion ? En réalité, ils avaient passé leur temps et leur énergie à se déchirer, se déchirer si fort qu'ils étaient en chute libre tous deux… Quel désastre…
Anna ne peut imaginer la tristesse que doit ressentir Benjamin et lui qui fait comme si tout allait bien !
- Tu sais, je suis certaine qu'elle voulait seulement du « temps » pour se poser tranquillement et remettre de l'ordre dans ses idées ! Je suis sûre qu'elle va bientôt t'appeler pour te dire à quel point tu lui manques ! Sourit-elle pour le consoler.
Benjamin regarde Anna de manière curieuse. Elle fait constamment « ça », le consoler quitte à souffrir de l'intérieur. Elle ne lâche rien, et ressors indéfiniment le positif d'une situation. Il ne l'a jamais remarqué autant que maintenant, mais Anna est… Indéfiniment prévenante et généreuse.
C'est par ailleurs sous cette même incompréhension qu'il se met à rire, car elle a visiblement mal compris.
- En fait, c'est moi qui ai voulu ça, et pas Catherine…
- Tu as… Euh… Quoi ?
- Ça a l'air de te surprendre ? Riait-il encore.
- Non, enfin… Je…
- Anna, non pas que je n'ai pas envie de me confier à toi, mais tu sais, ça n'a pas d'importance, ne nous préoccupons pas de ça…
- Tu… Tu es sûr ? Parce que moi, ça me va si tu veux un conseil, ou juste une épaule pour confidente… Sourit-elle
- Tu es incroyablement gentille, comme d'habitude… Mais je préfère qu'on fasse ce qu'on a prévu, c'est-à-dire, jouer au foot ! Répond-t-il dans un enthousiasme qui ne manque pas de sincérité.
- Je vois que Monsieur l'a encore très mauvaise par rapport à hier ! Le provoque-t-elle
- Tu n'imagines pas à quel point je désire ma revanche !
Anna lui sourit, sous un air de séduction ou de séductrice ? Elle aime inlassablement ce Benjamin confiant, battant et déterminé.
Bien qu'elle apprécie qu'il souhaite passer du temps avec elle en jouant au football, elle a la désagréable impression d'avoir été démasqué ! Il a sans doute remarqué sous sa tenue de sportive qu'elle n'a pas abandonné le football et qu'elle s'est entraînée assidûment. Et c'est fondé ! Anna n'a jamais abandonné sa passion première, son grand amour : le football. Ce sport reste son lien privilégié avec son autre grand amour : Benjamin. C'est en pensant à lui qu'elle s'est efforcée chaque jour de continuer à développer ses performances. Sous ses pieds se cachent des techniques dont elle est plutôt fière, mais,
- Tu veux tout savoir et ne rien payer n'est-ce pas ? Le taquine-t-elle, faisant glisser le ballon de son pied à son genou, dont un petit coup le fait bondir dans ses mains.
- J'ai bien vu hier que tu t'étais grandement améliorer ! Et la technique que tu penses être modeste est brillante !
- Que de flatteries !
- Tu as raison, cessons de parler et montre-moi tes capacités, « Robson » !
Anna se met à rire à cette appellation. C'est émouvant de sa part de la nommer par le nom de celui qui l'a élevé et surtout aimé comme un père.
C'est alors que le charme nostalgique opère. Anna et Benjamin sont en osmoses. La chimie prend naturellement et ils partagent une danse footballistique.
Benjamin provoque beaucoup Anna car son caractère buté l'empêche de montrer ses nouvelles compétences. Toutefois, elle ne manque pas de panache et se défend parfaitement. Son jeu de jambe est efficace et ses pieds sont fluides. Ses yeux se fixent objectivement sur le ballon et elle anticipe assez facilement ses futurs gestes. Une brillante joueuse. Mais elle ne se donne pas à fond, elle modère son talent, il le sait, et cela l'enrage.
Une flemme jaillit dans son thorax tellement il souhaite qu'Anna se laisser aller !
- Anna, joue ! Riait-il
- Je te ferais pleurer si c'était le cas ! Rétorque-t-elle
Benjamin est heureux, un souffle chaud envahit son ventre. Ce sont les souvenirs brûlants de l'Italie qui le réchauffent ardemment. Euphorique et également frustré qu'Anna reste sur les acquis – elle s'amuse avec le ballon lorsqu'il arrive dans son dos, l'attrape par la taille et la soulève du sol en la faisant tourner.
- Allez, montre-moi ce que tu sais faire tête de mule ! Insiste-t-il amusé
- Moi ? Tête de mule ?! Riait-elle
Anna ne peut pas se concentrer, la taquinerie de Benjamin l'a fait rire, rire au point qu'elle a peur de ne plus pouvoir s'arrêter. Et puis… Et puis c'est sans compter sur le plaisir qu'elle ressent de sentir Benjamin contre elle, la soulevant avec amusement et entendre sa voix envahit de passion dévorante.
- Ça a l'air amusant cette nouvelle technique de jeu… ?!
Anna se crispe, se fixe, il fait subitement froid et les nuages semblent happer le soleil. Sa voix, cette voix reste un murmure cauchemardesque. Brutalement, elle défait les mains de Benjamin qui entouraient son ventre et regagnant le sol, elle court presque à cent pas de lui, effrayée Éric reste ce cliquetis d'une trotteuse qui compte le temps qui vous sépare de l'être que vous aimez.
Benjamin reste bloqué, Anna a quitté ses bras précipitamment, comme si elle avait pris feu. Simplement la voix d'Éric a suffi pour la faire disparaître… Il s'égare dans la vérité.
Heureusement, il n'est pas venu seul, l'ancienne équipe des ailes de Jupiter du moins ce qu'il en reste s'est rendu au stade de Spiez, tellement vanté par le Docteur Robson. C'est ainsi que Bertini, Robson, Roberto, Luca, Cesare et Éric se sont rendus en ce lieu.
Excités à l'idée de visiter ce lieu bien qualifié, Roberto avait accouru dans la chambre de Benjamin pour le réveiller et lui annoncer l'idée. Cependant, il fut surpris de trouver un lit vide ? Ses amis avaient pensé qu'il était simplement parti déjà de bon matin faire un jogging, mais visiblement, c'est un autre rendez-vous qu'il avait pris ?
- On peut se joindre à vous ? Demande Éric, sans gêne, ne cachant son air agacé.
- Bien sûr ! Sourit innocemment Benjamin.
- Ouais, faisons une partie comme à l'époque ! Se réjouit Luca
- En fait, je dois partir, j'ai du travail… Fuit Anna
Baissant le regard, Anna s'éloigne et gagne la direction de la sortie sous la stupéfaction de Benjamin. Il a ressenti toute sa frayeur en voyant débarquer Éric. Il doit certainement lui rappeler de bien mauvais souvenir pour réagir avec autant d'effroi.
C'est inacceptable pour Benjamin, il en est assez ! Il veut donner tort à Roberto qui l'a traité de « lâche » et souhaite également ôter cette espèce d'emprise qu'à Éric sur lui. Vaillant et encore obstiné, il suit les pas d'Anna et attrape vivement son bras.
- Reste !
Anna se défait de la prise, mais il insiste, insiste goulûment ?
- Anna, je veux que tu restes…
- Je…
- Rien ! Viens… Ton travail peut attendre et on serait tous ravis de jouer de nouveau ensemble ! Dit-il en s'adressant à ses amis
- Oui, faisons un match Anna ! Insiste Luca
Anna ne peut pas résister face à l'enthousiasme légendaire de Luca. Il a toujours été un ami fidèle et loyal.
- D'accord… Répond-t-elle
- Et puis, tu as promis de me montrer tes nouvelles techniques ! Réitère Benjamin d'un clin d'œil
- Ah ! Et bien je suis curieux moi aussi ! Car elle refuse systématiquement de me montrer ses tours si confidentiels ! Se réjouit son père
Robson se hâte de découvrir les talents cachés de sa fille. Depuis leur arrivé en Suisse, il sait qu'elle s'entraîne vaillamment dans le plus mystérieux secret. Pourquoi se cache-t-elle ? C'est une question à laquelle il aimerait avoir une réponse. À chaque opportunité de l'accompagner, de venir la soutenir ou même l'aider, elle refuse catégoriquement et s'enfuie seule au stade. Sa fille est modeste, il sait son malaise lorsqu'on pose éloges à ses lèvres. Anna se braque, et saura vous démentir tous les arguments qui vous poussent à la complimenter.
La pudeur de sa fille vient incontestablement de sa confiance en ses propres capacités qui est quasi inexistante. Elle s'est très souvent dégradée et surtout comparée à Catherine… Après tout, si Benjamin avait choisi la danseuse de ballet plutôt que la footballeuse, c'est qu'il avait une raison autre que sentimental ! Son caractère trop fort, son tempérament imposant, son physique ingrat ose-t-elle dire, imprégné d'un comportement de garçon manqué. La dégradation que se flageole sa fille lui brise constamment le cœur.
Cependant, il fut rassuré en constatant qu'en grandissant, qu'en acceptant son corps de jeune femme, Anna avait pris l'initiative de se féminiser. Elle avait laissé pousser ses cheveux, apprenant à se vêtir et se maquiller pour accentuer sa beauté. N'est-elle pas devenue une sulfureuse blonde aux yeux bleus noyant… Lorsque ses anciens camarades l'avaient aperçu lors de leur arrivé, Robson avait bien remarqué leur étonnement de ce changement flagrant.
Sorti de ses pensées, Robson et Bertini sont sollicités pour prendre le rôle de gardien de but. Ils acceptent avec plaisir, même enthousiasmés et beaucoup d'amusement semble les attendre. Toutefois, est-ce que leurs vieux muscles âgés vont tenir ?
- On sera gentils avec vous ! Taquine Roberto
Les équipes se font rapidement : Anna jouera avec Luca et Roberto, quand Benjamin sera en partenariat avec Éric et Cesare.
Benjamin trépigne, enfin il retrouve ce panache égaré. Il est motivé et impatient de découvrir les prestigieuses techniques d'Anna.
Dans l'ambiance qui se pose, règne subitement un air morose, presque du regret. Le temps a passé et la vie s'est écoulée à la manière des nuages qui s'en vont, poussés par le vent. C'est presque intouchable, inaccessible et ces moments sont toujours défaits, comme ne pouvant être racontés, mais seulement vécus : c'est la douce définition de l'enfance.
L'innocence, la ferveur, la fougue, l'inconnu et le rêve absolu. Des années plus tôt qui semblent si loin à l'horizon qu'elles en sont imperceptibles ils s'étaient retrouvés ainsi, à tâter le terrain vert où se tracent ces lignes blanches limitatives. La chaleur de cet été suisse qui arrive doucement, impose l'air mélancolique.
Aujourd'hui, ni enfant ni adulte, ils s'imposent à la vie tant que possible. Avant, la simplicité su être l'ordre de conduite. Maintenant, ils adoptent une posture de rivalité. L'électricité est perceptible avec l'obligation de sérieux. Alors, être là, juste eux six et leur deux anciens coach, c'est timidement énigmatique qu'ils s'emportent dans le lointain, dans la lamentation de l'adolescence où seul s'amuser a de l'importance, où le plaisir règne en maître. Car à l'instant, il faut l'avouer, c'est la tension, le contrôle de soi, l'immobilité tels des bêtes prêt à bondir sur l'ennemi qui trône.
Où se situait l'euphorie, l'adrénaline qui née de l'envie irrésistible de jouer au football ? Robson s'en préoccupe. Les conversations entre lui et Bertini ces derniers jours ont beaucoup tourné autour de son équipe d'Italie. L'ami italien collabore désormais avec un entraîneur, un manager payé pour les faire gagner ! Les sponsors sont devenus les principales sources de motivation un titre à ses marques, voilà ce qu'il faut donner.
Robson est heureux d'être parti de ce système footballistique qu'il répugne. Car à cause de la pression médiatique, l'équipe n'est pas soudée, n'est pas en adéquation avec les valeurs de chacun. Les anciens des ailes de Jupiter ont été formés avec la passion du jeu, les autres joueurs plus officieux ont été bercés dans le dépassement de soi.
Honteusement, Bertini avait confié à Robson qu'il ne croyait pas une seconde à la qualification des huitième de finale pour l'Italie. L'entraîneur Italien Panzo, né dans ce pur système commercial, n'a fait preuve d'aucun effort pour créer une coalition de groupe. Et puis, ces meilleurs joueurs comme Benjamin, Cesare, ou Éric n'avaient pas tenté l'expérience au-delà de la frontière et le nouvel entraîneur ne se concentrait par conséquent que sur leur gardien star, Gino Fernandes.
Que va-t-il advenir de l'équipe d'Italie que Robson chérit tant ?
Qu'importe, le jeu de l'instant présent est jeté et c'est Benjamin qui lance le ballon le premier à Éric. Le trio fonctionne tout de suite, et soudainement, Bertini devient le menteur de l'histoire. Les deux hommes ne reconnaissent pas les cinq garçons. Eux qui semblaient désarmés, perdus dans la vaste équipe officielle du pays italien, ils sont soudainement redevenus les magiciens du football. Leur avancé est fluide, les passes précisent, les arrêts ferment et le ballon a des difficultés à se libérer de l'emprise fiévreuse de ces joueurs.
Anna en reste ébahie, rien à voir avec les doutes de Benjamin énumérés plus tôt ! À croire que les prestigieuses ailes de Jupiter sont emprisonnées dans ce concept national et préfèrent le collectif d'une union territoriale.
Benjamin est prodigieux, confiant, et Anna se voit une fois encore et davantage en admiration devant lui. Elle sourit de manière lumineuse tellement Ô combien son Benjamin est impressionnant. Avait-t-il de son arrivé incertaine pour le mondial à sa conversation avec Anna, trouvé une motivation sur le sol et l'avait ramassé comme le plus précieux des trésors qui vous enrichit soudainement, par surprise ?
Benjamin marque deux buts explosifs. Robson n'a rien vu venir et a juste eu à peine le temps de sentir l'air provoqué par la vitesse du ballon effleurer sa joue. Un démon habite son corps et le rempli de puissance combatif. Étrangement, son envie de combattre est revenue, et sa détermination aussi ! Qu'importent à quel stade de la compétition ils iront, Benjamin à la ferme intention de mener l'équipe Italienne jusqu'au bout, la tête haute, et fier de pratiquer le football.
Des ailes sont presque visibles dans son dos. Un déclic un sentiment semble le faire s'envoler dans le positif, un détail matériel ou… Quelqu'un… ?
- Eh, Anna, viens chercher ta revanche ! Taquine-t-il subitement
Anna se met à rire amusée d'abord, et jaune par la suite. Benjamin la provoque, la cherche en tournoyant autour d'elle avec le ballon en oubliant complètement ses équipiers autour d'eux.
- Arrête Benjamin !
- Quoi ! Tu as peur ?
- J'ai peur de t'humilier surtout !
- Ah oui ? Et bien viens dans ce cas…
Anna s'effondre intérieurement. Le fait seul que Benjamin soit là, la rend instinctivement euphorique. Elle ne cessera jamais d'aimer sa voix, la fluidité de ses gestes, son tempérament espiègle qui la rend irrésistiblement amoureuse de lui.
Anna l'aime, elle l'aime toujours et n'en n'a jamais été aussi certaine que maintenant. Observer ses lèvres bouger et mordiller son prénom suffit à ouvrir la boîte aux papillons qui viennent s'envoler dans son ventre et tournoyer autour de son estomac. Les formes de ses mains, ses jambes, de ses pieds qui dessinent des lignes, des formes footballistiques enivrent sa passion…
Et que dire de ses bras, de ce thorax qui respire profondément, de ce torse où elle n'aspire qu'à une seule tentative venir se blottir et l'agripper, l'agripper si fort qu'il ne pourrait plus s'enfuir…
À ce moment, à cette minute même précise dont l'aiguille peut indiquer vingt-quatre, tout se fige….
Benjamin en abandonne le ballon et ne peut plus détacher son regard d'Anna. Les yeux qu'elle pose sur lui sont profonds et il croit être aspiré dans l'azur de ses iris. Jamais, jamais de son vécu il n'a vu regard si profond qu'il en perce son thorax pour venir s'écraser dans son cœur et asperger son âme d'amour inconditionné. Jamais il n'a fait respectueusement attention aux yeux amoureux d'Anna.
Benjamin a l'impression d'être inexplicablement précieux, comme si la vie, le secret de mère nature se trouve au plus profond de son être. Il est la lumière quand la nuit tombe, le refuge lorsque l'égaré se perd, l'air qui plonge dans les poumons pour redonner du souffle tout, Benjamin à l'impression d'être tout et son essentiel dans le reflet de son regard amoureux.
C'est la première fois ? Non ! Mensonge ! La seconde fois qu'il croise ce regard qui définit, traduit tout l'amour qu'elle lui porte depuis le premier instant.
La première fois qu'il l'avait croisé, c'est lorsqu'elle s'était mise à genoux, face à lui, en jurant qu'elle n'aurait jamais dû tomber amoureuse de lui, tellement cet amour fut néfaste et douloureux. Au dépourvu et face à cet amour rempli de mystère, mais surtout de chagrin, il avait cette fois-là aussi lâché le ballon pour la prendre dans ses bras et consoler son cœur meurtri…
Et maintenant… ?
Et maintenant ce qu'il désire est bien plus féroce, bien plus hardi, tellement qu'il a presque honte à avoir d'aussi luxueuse pensées en public il maudit presque cette visite improvisée de ses amis.
Dans la réalité, il ne peut faire aucun geste et ne prononcer aucun mot. Consciemment, à l'intérieur de son être, Anna et lui sont seuls, et…
Benjamin sursaute. Il voit bondir vers lui violemment Éric qui vient récupérer le ballon qu'il à laisser s'échapper. La provocation : elle se définit dans le regard durci de l'anglais. Il interrompt en toute conscience l'échange intime spirituel de Benjamin et Anna. Il est hors de question pour lui de laisser si peu d'espace émotionnel entre eux. Il n'est pas dupe, et il ne compte pas une fois encore laisser Anna envoûter Benjamin pour le séduire machiavéliquement comme ce fut le cas des années plus tôt.
- Alors Anna, quand est-ce que tu nous montres tes fameuses techniques ?! S'emporte Éric
- Je n'ai rien à prouver… Répond-t-elle avec le même air snobe
- Ça ne m'étonne pas de toi… Une véritable baratineuse…
Anna remue la tête et sourit à Éric. Croit-il qu'elle a encore treize ans et qu'elle ne comprend pas son manège ? S'il est intervenu, une fois de plus entre Benjamin et elle, c'est qu'il a pleinement conscience du trouble qui les habite tous deux depuis tout ce temps. Il se mêle de surcroît non seulement de leur relation, mais également de celle entre Catherine et Benjamin. Il est égoïstement envahissant, capable de tout pour qu'absolument tout fonctionne à sa façon, exactement comme l'éducation bourgeoise, gâtée qu'il a reçu. Anna ne souhaite pas rentrer dans le jeu de ce prétentieux dénué de tous sentiments compatissants, mais elle bouillonne intérieurement de lui faire ravaler sa puante fierté.
- Si tu crois autant que je baratine, pourquoi me provoques-tu ? Contentes-toi simplement de jouer…
Éric enrage, il se déstabilise lui-même par la colère et ne voit pas arriver Luca qui lui vole sans difficulté le ballon. L'acrobate ne perd pas de temps et il passe immédiatement le ballon à Anna. Sous l'extase de Benjamin, il suit sa course jusqu'à la cage et admire.
Cesare se présente devant elle, mais une feinte semblable à celle de la veille si ce n'est qu'elle y met plus de puissance contre un premier adversaire. Après ce passage facile, voilà que se plante devant elle Éric. Elle ne ralentit pas sa cadence, bien au contraire, ce puissant joueur ne l'effraie aucunement et dans une parfaite démonstration : elle l'esquive. Benjamin n'en croit pas ses yeux. Anna a pris appui sur ses pieds entre lesquelles elle a bloqué le ballon et dans un saut que la génuflexion de ses genoux ont méthodiquement effectué, elle se lance dans un élan puissant - frère au saut périlleux - et passe au-dessus de la tête d'Éric béat. Anna se réceptionne adroitement et continue sa traversée.
Benjamin sent ses ailes qui ont poussées plus tôt se développer encore davantage et il ne souhaite plus qu'une seule richesse : la stopper.
Arrivant à son niveau, il cherche un moyen astucieux de la tacler. Mais Anna se défend aujourd'hui. Oubliée la pieuse joueuse d'hier, c'est une tigresse qui galope sur le terrain son terrain. De surplus, sans s'y attendre, elle lui offre une opportunité en voyant que son pied droit faiblit c'est l'occasion espérée. Toutefois, son sourire provocateur montre que c'est un leurre, et c'est un tour paranormal qu'elle lui démontre. Anna n'a aucunement perdu l'équilibre, elle positionnait seulement son pied de façon tactique afin que la frappe dans le ballon fasse un effet. Par ailleurs, c'est sous la stupéfaction de tous qu'ils voient le ballon faire des tours sur lui-même, comme une toupie, en s'éloignant de Benjamin et Anna – elle appelle ce tour : « le partenaire imaginaire ».
Éric pense faire barrage en courant rattraper ce ballon qu'il considère comme perdu, mais c'est alors que la rondeur le snobe, et tel un boomerang fidèle, il revient mystérieusement en direction d'Anna. Elle le réceptionne, et tire, vivement, mettant toute sa passion dans le coup et marque un but transperçant.
Aucun des joueurs n'a vu le tour venir prodigieux.
Pendant qu'Éric et Cesare se battent avec leur ego, Benjamin, Roberto et Luca accourt vers Anna pour la couvrir de compliments et de questions. Quel colossal parcours, quelle précision, quel jeu de jambes, c'est impressionnant, ils ne trouvent pas de mot pour décrire ce qu'ils viennent d'observer, c'est hallucinant.
Robson vient soulever sa fille de fierté. Il ne soupçonnait pas cette incroyable facilité d'exécution de la part d'Anna. Quel plaisir de l'avoir vu si souriante, si vivante…
- Bravo, c'était impressionnant ! Finit par avouer Cesare.
- Merci… Sourit Anna.
Éric ne desserre pas les dents. Il préfère se casser un pied plutôt que de complimenter Anna. Ce n'était qu'un coup de chance, suppléé par le fait qu'ils y sont allés doucement parce que :
- Tu es une femme, c'est plus facile pour toi de faire ce genre de gymnastique ! Griffe-t-il
- Tu dis ça parce qu'elle t'a lamentablement esquivée ! Défend Benjamin d'un premier sourire
- Je dis ça parce que ce jeu ne vaut rien formellement ! Tu as touché mes épaules pour aider ton corps à se soulever lors de ta pirouette ! C'est interdit en match officiel !
- Et l'effet donné dans le ballon que tu n'as pas su récupérer, c'est aussi défendu en match officiel ?! Continue de défendre Benjamin
Benjamin ne supporte pas la mauvaise foi dont Éric fait preuve envers Anna. Pourquoi agit-il de la sorte ? Parce que c'est une femme ? Ou parce que c'est simplement… Anna… ?
- Tu es un charlatan ! Continue-t-il, malgré les prévenances de Benjamin
- Arrête de lui parler sur ce ton ! Se fâche-t-il à présent
- C'est rien… Intervient Anna. Il a raison, mes techniques restes imparfaites, j'ai encore beaucoup de travail… !
Benjamin se désole devant le comportement d'Éric et la sérénité subite de son amie. Visiblement, elle ne souhaite pas le conflit, mais si Éric continue ses serments enfantins, il est prêt à lui infliger un coup de poing dans ce visage enlaidi par la jalousie.
- C'est du vent… Comme d'habitude !
S'en est assez pour Benjamin. Que prends-t-il à son ami de se comporter comme un véritable insolent ? Il est ridicule, cupide et exécrable. S'apprêtant à corriger cet impertinent, Benjamin sent les deux mains d'Anna se poser sur son bras et l'empêche de commettre une faute qu'il regrettera.
- Ce n'est rien… Sourit-elle
- Bien, alors, si on allait se relaxer et ensuite déjeuner ! Mh ? Propose joyeusement Luca
- Excellente idée ! Appui Roberto
Robson et Bertini emboîtent le pas de leurs jeunes disciples. Décidément, rien ne change entre les caractères affirmés et non affirmés.
Roberto, Cesare et Luca débattent déjà sur les performances d'Anna. Elle leur en a mis plein la vue malgré les défauts véridiques d'Éric. Benjamin sourit. Il est heureux de constater que ses amis ont appréciés à leur juste valeur les compétences d'Anna. À ce propos, où sont passés Éric et Anna ? Il se retourne et constate qu'ils ne les suivent pas !
Retournant sur ses pas, Benjamin surprend une lourde conversation entre eux.
- Tu recommences ! Accuse Éric
- Je recommence quoi ? S'agace-t-elle un peu
- À séduire Benjamin… !
- Bien sûr, j'ai mis cinq ans à apprendre ses tours uniquement pour l'impressionner et toi t'humilier dans le cas éventuel où l'on se reverrait !
Benjamin rit quelque peu. Il est fier qu'Anna ne s'écrase pas devant cet orgueilleux accusateur.
- Je te connais Anna ! Tu vas profiter que le couple de Benjamin et ma sœur bat de l'aile pour t'infiltrer !
- M'infiltrer ?
Anna se met à rire nerveusement.
- Éric, tu n'as décidément rien compris !
Encore, il pense à cette vieille histoire ? C'est vrai, ce jour-là, Anna a tenté de séduire Benjamin en l'absence de Catherine. Mais ce jour n'avait rien de bien heureux. Benjamin c'était profondément ennuyé et lorsqu'elle avait voulu se fondre dans ses bras, il était tellement raide qu'il devait fortement la rejeter psychologiquement. Alors oui, elle avait tenté, mais non, ça n'avait rien donné !
Cependant, qui, qui pouvait vraiment lui refuser de vouloir tenter un pas vers celui qu'elle aime. Qui un jour n'avait capturé un court passage de son courage pour en faire une force et de saisir l'occasion. Qui, qui peut résister à l'appel de la tentation ? Qui peut se taire complètement face à l'être désiré… ?
- Tu ne comprends rien… Répète-t-elle
- Qu'est-ce que je ne comprends pas ? Que tu es une manipulatrice ?
- Visiblement, tu ne me connais pas pour penser ça de moi… Mais surtout…
Surtout…
- Tu n'as jamais dû tomber amoureux pour parler de l'amour ainsi…
Benjamin sent soudainement son cœur rater un battement. Anna vient de prononcer ce mot avec tant de tristesse. C'est vrai, dans le passé, elle c'était effondrée dans ses bras, mais cette fois-ci, c'est différent. Anna est comme profondément blessée par les propos d'Éric. Il ose traduire ses gestes de femme amoureuse comme une sorte de plan de séduction, mais c'est bien plus fort que ce qu'il pense.
Anna n'a jamais tenté de le piéger comme on l'accuse et comme Benjamin a pu un instant le croire elle a juste voulu essayer d'être aimé par lui et par n'importe quel moyen… Elle a eu le courage il y a six ans de tout quitter pour effacer ce mal entendu qui est en réalité un simple amour.
Non, pas simple, ni compliqué, juste puissant, envoûtant, incassable !
- Je te plains Éric, vraiment…
Anna lui tourne le dos et décide de rompre la conversation sur ces derniers mots, c'est sans doute trop pour elle…
Benjamin s'écarte afin de ne pas être vu. Il voit Anna s'éloigner avec précipitation et Éric suivre ses pas sans laisser place à aucune émotion de regret.
Benjamin se sent mal, il est blessé pour elle et une colère se met à le ronger. Cette situation ne peut durer ! Tout se passait tellement bien avec Anna et il a fallu qu'Éric sème le trouble pour que tout s'effondre.
Benjamin ne peut laisser une telle erreur traîner. Toutefois, il attendra après le déjeuner pour aller parler à Anna afin que la tension retombe.
…
Après le repas qui c'était passé dans un silence de plomb pour Benjamin bien trop torturé par la situation rapidement, il ne tenait plus en place, et se décide dans l'absolu de rejoindre Anna chez elle.
Traversant les bois, sans comprendre les raisons, il se sent angoissé, apeuré à l'idée qu'Anna puisse une nouvelle fois le rejeter.
Hier, tout était si parfait, et voilà qu'il suffisait de l'emportement d'une personne pour que la situation se renverse en un rien de temps.
Arrivant près de chez elle, il constate à la porte d'entrée qu'elle n'est pas seule puisqu'elle semble s'adresser à quelqu'un. S'approchant discrètement, il remarque qu'il s'agit de Rodrigue. Anna le fait rentrer chez elle avec un sourire bien plus qu'accueillant.
L'image de Rodrigue qui rentre chez Anna le met dans une incompréhensible colère noire. Il n'a pas oublié ses propos, Anna et lui son amant « sex-friend » comme il a osé le prétendre.
Benjamin décide de partir. Il s'éloigne d'un pas lent d'abord. Il faut qu'il digère cette réalité… Et puis, lorsque celle-ci évolue en quelque chose de concret, il accélère le pas, une enjambée plus une autre, il se met à courir, à courir jusqu'à ce que son cœur batte rapidement pour une bonne raison. Il est hors de lui, affligé par le comportement de Rodrigue ?
Non ! C'est contre Anna qu'il en a, mais pourquoi ?
Depuis hier, le monde de Benjamin tourne à l'envers,
Depuis hier, rien n'a plus de sens…
