Nota pour JaaksG : Je suis ravie de rencontrer quelqu'un qui n'aimait pas ce couple comme moi x)
Je suis heureuse que la fiction te plaise toujours, et je pense que ton interrogation sera rapidement satisfaite d'une réponse. Encore merci de me suivre, et à bientôt ! Hime-Lay
Chapitre 6 : « Apparier »
Anna sentit une plume caresser son dos, partant de sa nuque jusqu'à ses fesses. Lisse, elle donnait des frissons agréable à l'italienne. Un sourire s'esquissa sur son visage, adorant, appréciant la câlinerie. Et puis, dans son cou, une cajolerie fiévreuse se glissa. Elle aussi descendit de son cou en terminant par la courbure de ses reins : ce fut les lèvres de Benjamin.
Benjamin la regardait dormir depuis quelques minutes, au pied de sa porte de chambre, sans bouger, saisi par la beauté d'Anna. Allongée sur le ventre, son corps à moitié recouvert par le drap, il l'avait contemplée comme un pirate contemple son trésor. Malgré le tableau séduisant qu'elle gravait dans la mémoire du jeune homme, il n'avait plus résisté longtemps à son appel. Enlevant ses chaussures, il s'était posé à ses côtés, et impatient, commença à embrasser son corps.
Anna ouvrit les yeux, déjà heureuse au réveil, et se retourna vers Benjamin. Il posa une main sur sa joue, et s'avança pour embrasser ses lèvres rosées, sensuellement. Le baiser d'abord salutaire, se transforma en gourmandise matinale, et la jeune femme se fondit dans les bras de Benjamin. Quel délice de lui appartenir, de le sentir tout contre elle… Hier soir encore, elle doutait, elle pensait réellement qu'il reviendrait sur leur nuit, et que ce fut un écart, un souvenir éphémère, mais visiblement, il était revenu de son grès, et déterminé à ne pas être sage.
- Dis-moi, tu dors souvent toute nue quand tu es seule… Sourit-il, déjà taquin
- J'ai pris une douche en rentrant hier soir… J'avais chaud, j'ai dormi nue… ! Sourit-elle, vicieuse
- Tu es certaine de ne pas avoir reçu une visite nocturne ?
Benjamin avait prononcé cette phrase, ou plutôt cette accusation sur un ton serein, et bien trop sérieux, pour qu'encore une fois, Anna ne se sente pas humiliée. Elle s'ôta de ses bras, et enfila une nuisette, et désira quitter la chambre, mais Benjamin lui boucha le passage.
- Excuse-moi, je suis désolé, je ne sais pas ce qu'il m'a pris ?!
- Écoute Benjamin, si tu as eu des doutes concernant Catherine, ce n'est pas à moi de les payer ! Je ne suis pas du genre à être infidèle !
Anna quitta sa chambre, car Benjamin la laissa s'échapper, à son tour blessé par la réponse de l'italienne. Contrarié, il devait s'avouer que ce fut le second sous-entendu déplacé qu'il dictait à son amie. Il s'acharnait à penser qu'elle était dévergondée au point de se coucher dans tous les lits. Qu'avait-il ? Est-ce que comme Anna venait de le certifier, il se vengeait sur elle ne pouvant le faire avec Catherine pour une éventuelle infidélité. Ou est-ce qu'il était inconsciemment véritablement très jaloux de Rodrigue ? Pourquoi dès le matin, il remettait en cause la fidélité d'Anna, et lui cracher au visage un comportement libertin ? Mettait-il réellement Catherine en surbrillance, ou il avait déjà peur de perdre Anna ? Est-ce qu'il était perdu ?
Pourtant, ce matin, dès son réveil, Benjamin avait encore le souvenir agréable du parfum d'Anna au creux de ses bras. Il s'était levé tôt, bien avant le soleil, avait pris un café, une barre de céréale, et était partit faire un footing pour calmer ses ardeurs – elles ne cessaient de jouer avec sa libido depuis qu'il avait fait l'amour à Anna… Rentrant à la villa, il avait pris une douche, pour ensuite retourner au village de Spiez, et acheter des viennoiseries dans cette boulangerie à côté de l'école. En soit, depuis le réveil, seule Anna envahissait ses pensées, et la trouver nue sur ce lit avait envahie de plaisir Benjamin.
Descendant la rejoindre dans le salon, elle installait une table pour le petit-déjeuner, observant les appétissants croissants et pains au chocolat. Anna faisait la moue, s'attendant probablement à un autre réveil que ce dernier : mi ensoleillé mi orageux.
- Je n'aime pas Rodrigue ! Dit-il subitement, se surprenant lui-même
- Et ça justifie le fait que je suis une garce ?
- Ça justifie le fait que je sois jaloux…
Anna regarda Benjamin, intriguée. Jaloux ? Est-ce qu'elle avait bien entendu ? Il était jaloux, envieux, méfiant, inquiet de Rodrigue ? Il répondit par la suite avec conviction qu'il trouvait le suisse fortement arrogant, prétentieux, impoli, vulgaire et pas du tout sympathique. Et ces qualificatifs énumérés de manière enfantine par Benjamin, firent rire Anna. Elle n'aurait jamais imaginé qu'il puisse voir en Rodrigue un quelconque rival, au point de le détester.
N'est-ce pas un peu tôt pour avoir peur de la perdre ? Qu'arrivait-il à Benjamin ?
- Excuse-moi, je ne sais pas ce que j'ai… Dit-il s'asseyant sur le canapé
En effet, Benjamin ne savait pas ce qu'il avait. Pourquoi faire une crise de jalousie à Anna, dès le matin, alors qu'elle avait répondu à son interrogation sur Rodrigue, hier soir même. Est-ce qu'elle n'avait pas été assez claire ? Est-ce que des fantômes rodaient encore dans l'esprit du jeune homme et qu'il se vengeait sur Anna ? « Non ! ». Non, il n'y avait rien de tout ça… Alors ? Que lui passait-il par la tête ?
Anna se posa à ses côtés sur le canapé, et prit sa main dans la sienne. Lorsqu'il souffrait, elle avait toujours souffert avec lui, et le voir malheureux la rendait maussade. Pourtant, hier après-midi, dans les montagnes, elle l'avait trouvé souriant, enjoué, fier, et rien n'aurait prédestiné que la soirée se finisse en rêve pour Anna… Et en cauchemar pour Benjamin… ? Il regrettait peut-être déjà d'avoir fait l'amour avec son amie d'enfance ? Il se sentait sûrement perdu entre l'abandon, sa rupture avec Catherine, et l'amour qu'Anna pouvait lui donner. Mais, et ce matin ? Pourquoi être venu la réveiller intimement, et de s'être subitement sentit en danger ?
Anna était aussi perdue que Benjamin, mais qu'importe son soucis, elle devait lui remonter le moral. Et ce qui allait lui redonner de la force et du courage était facile, voir complètement évident à trouver : le football. Ce fut radieuse qu'elle se leva, et se positionna devant lui, impatiente de lui proposer son idée.
- Est-ce que ça te dit que je t'enseigne l'une de mes techniques footballistique ?! Sourit-elle
- Le partenaire imaginaire ? Se réjouit-il, se levant immédiatement
« Bingo ! ». Il apparaissait de nouveau le Benjamin sportif, frivole, impatient et motivé. Le jeune homme fut ravi et fier de la proposition d'Anna, et se hâtait d'ores et déjà de commencer. Ils prirent un petit-déjeuner sur la terrasse, l'été avait décidé d'être doux, et de rendre cette matinée agréable. Ils parvinrent à retrouver une complicité, papotant, d'un tout et d'un rien, en s'amusant, et partageant avis et idée.
L'horloge d'Anna indiqua huit heures, et ils partirent tous les deux en vélos au stade de Spiez. Habillés pour le marathon d'exercice qu'Anna avait réservé à Benjamin, le jeune homme n'avait pas réalisé qu'il avait fallu autant de techniques à son amie pour parvenir à ce résultat. Au début, ils commencèrent par des échauffements classiques, course, parcours d'obstacle et finirent par des étirements.
Ensuite, Anna expliqua comment mathématiquement, et avec l'aide d'un professeur d'acrobatie et de danse pop, elle avait inventé ce tour du « partenaire imaginaire ». Le bénévolat qui occupait la plupart de son temps, avait fait rencontrer les deux professionnels à la jeune femme. Elle rêvait de créer un tour à sa manière, à sa façon, et qui n'avait jamais encore été vu. Et ce n'était pas étonnant pour Benjamin qu'elle eut l'imagination sportive de créer cette technique. Anna était un véritable génie du football, bien trop forte pour rester dans une équipe de football féminine, elle avait fait ses preuves à leurs côtés à Gênes. Toutefois, aucunes fédérations officielles ne permettraient de mettre des filles dans une équipe d'homme, bien que l'idée ne déplaise pas à l'esprit tolérant et ouvert de Benjamin.
Anna avait fait nombreuse activité différente depuis six ans : peinture, médecine, bénévolat, entraîneuse pour les poussins, avait-elle, elle aussi, perdue son identité ? Benjamin perdit le fil de son interrogation, il devait se concentrer sur les explications et démonstrations de son amie. Tout se jouait sur la puissance qu'on donnait au ballon, et bien évidemment, sa rotation. Le tour n'était pas simple à réaliser, et le jeune homme se voyait dépassé. Toutefois, c'était sans compter sur sa hargne et sa détermination, et son refus de l'échec. Et Benjamin n'était pas n'importe quel joueur, il était doué, et devait décupler sa capacité à exécuter des exercices compliqués s'il voulait être à la hauteur de la prestigieuse équipe de Hambourg SV.
Et lorsque sonna midi à l'église, Benjamin surpris Anna en exécutant parfaitement son tour du « partenaire imaginaire ». Les doutes sur leur chemin lors de cette coupe d'Europe qui approchait ne cessaient de le travailler, et il savait qu'avec ce joker en plus, il donnerait une place honorable à son équipe d'Italie. Il laissa éclater toute son exaltation, et courut vers Anna pour la soulever et la faire tourner, heureux. Elle ria, complètement charmée par la folie de son ami, et fut contente qu'il eut réussi en si peu de temps à maîtriser sa technique.
Benjamin fit glisser Anna dans ses bras, et la serra contre lui. Il la regarda, droit dans les yeux, profondément, et réalisa soudainement qu'il ressentait un plus grand sentiment. Une émotion encore plus forte que l'euphorie d'avoir réussi une technique liée au football, sa passion viscérale. Assurément, le sentiment qu'il éprouvait venait de son ventre, de son cœur, de sa tête qui bourgeonnait. Il posa une main sur sa joue, et s'approcha de ses lèvres pour les embrasser, langoureusement…
- Anna… Prononça-t-il, fermant les yeux, et collant son front au sien
- Oui… ? Répondit-elle, fébrile
- Emmène-moi quelque part… Où tu aimes aller…
Anna sourit à cette demande, et fut encore, et plus fort embrasser par Benjamin. Décidément, elle ne savait pas sur quel pied danser avec son ami, que pensait-il ? Que voulait-il ? Où voulait-il en venir ? Qu'importe… Ils rentrèrent se rafraîchir chez Anna, et la jeune femme prépara un programme qui redonnerait la vivacité de vivre à Benjamin.
Anna avait demandé à Benjamin de se vêtir d'un short, et d'un tee-shirt, et de se chausser fortement. Elle prépara aussi deux sacs à dos, remplis et préparés pour affronter une randonnée.
- Tu m'emmènes faire une randonnée ? Fut surpris Benjamin
- Il y a un chemin de randonnée au lac où nous étions hier !
Benjamin fut enchanté, et il devançait Anna en vélo sur le chemin qui menait vers la cascade. Laissant leurs vélos près de la rivière, posés sous un arbre, ils commencèrent la marche. L'italienne était devant, servant de guide, mais rapidement, le français se positionna à ses côtés, et souhaitait la suivre de près. Traversant la forêt, ils la quittèrent rapidement pour descendre une petite colline, et là, ce fut une vision paradisiaque pour Benjamin.
Benjamin et Anna empruntèrent un chemin de terre, où à gauche d'une barrière en bois, s'apercevait une rivière, laquelle se colorait d'un bleu ciel transparent magnifique. La verdure et des arbres moyens, et bien fournis, entouraient ce tableau. De l'autre côté, encore d'imposants pavés où des amoureux déjeuner. Il s'arrêta pour prendre une photo d'une ancienne maison de pierre, un berger y résidant encore. Avant de traverser, il captura encore sur son téléphone, ce féerique pont de pierre. Après l'avoir traversé, ils continuèrent leur marche, mais en mangeant, midi étant déjà bien passé.
Benjamin était fasciné par la beauté de la forêt, des vallées verdoyantes et des montagnes enneigées au plus haut de leur sommet. Ce fut une marche calme, apaisante. Anna lui conta des anecdotes, et des points historiques pendant la randonnée. Une bonne partie de la marche se traversa dans une plaine où les monts étaient les seuls décors. Pendant leur chemin, ils croisèrent d'autres randonneurs, marcheurs, et ils purent discuter, et partager ce moment avec convivialité.
Au bout, pratiquement de leur point d'arrivé, ils durent descendre une petite pente armée de haute herbe. À ce point de chute, Benjamin prit la main d'Anna, croisant ses doigts avec les siens. Le cœur de l'italienne chuta, adorant ce geste intime qu'il invitait à partager. Ils se sourirent, et descendirent avec prudence la petite colline.
- C'est là… Chuchota-t-elle, intimidée
Benjamin regarda l'horizon, et comprit immédiatement pourquoi il était l'endroit préféré d'Anna. Il put apercevoir les montagnes comme des gardiennes du village de Spiez qu'il voyait en panorama. Et que dire des sapins, majestueux, encore plus avec ce point de vu. Le soleil se situait au centre de deux montagnes qui éclairait ce paysage serein. Et pour savourer encore davantage cet instant de quiétude, il s'assit, et dirigea son amie à venir s'asseoir entre ses jambes. Le dos de l'italienne se posait amoureusement sur son torse puissant et sécurisant.
- Tu aimes cet endroit ? Demanda Anna
- Je l'adore…
Tandis qu'ils profitaient tous les deux de ce moment unique, ils ne soupçonnaient pas que depuis dix minutes déjà, un regard irritable se dirigeait vers eux. L'observateur fronçait les sourcils, et se répugna encore plus en étant le témoin d'un baiser pour le moins gourmand entre Anna et Benjamin. Il se répugna, et avait une envie mordante de venir corriger ce blanc-bec. Toutefois, Rodrigue n'en fut rien, il fut tiré par le bras par un ami et continua sa route.
Anna et Benjamin profitèrent de ce tableau encore de nombreuses minutes, où l'italienne parlait de son endroit favori avec passion. Le jeune homme pouvait sentir son euphorie, et son attachement à ce lieu. Il se trouvait fier d'être là, avec elle, et il avait encore cette impression d'être seul sur terre en présence d'Anna. La séduction, le romantisme de l'endroit, il ne savait pas ce qui procurait ce sentiment foudroyant, la seule certitude qu'il avait, ce fut son irrésistible envie d'elle…
Benjamin glissa sa tête dans le cou d'Anna, et déposa des baisers papillons. Les mains du jeune homme se baladèrent sur les bras nues de l'italienne, puis vinrent se positionner sur son ventre, et remontèrent discrètement en direction de sa poitrine. Il la serra fort, et respira son parfum, qu'il adorait humer. Anna posa sa main sur sa joue, et profita du bien-être que procuraient les tendresses de Benjamin. Et puis, elle ne résista pas au caprice de l'embrasser.
- On rentre… Glissa Benjamin, entre deux baisers
- On rentre… Murmura Anna, sous l'emprise de la frénésie.
Anna et Benjamin rentrèrent main dans la main, en profitant du paysage et de la beauté que prêtait la nature à l'Homme. À peine eurent-ils passé la porte de la maison de l'italienne, qu'ils montèrent dans la chambre et s'unir avidement. La pudicité semblait s'être évanouie sous la confiance, et ils osèrent se posséder sans timidité, et laissèrent la faim l'un de l'autre, se libérer pleinement.
Allongés sur le lit, ils se câlinaient, se souriaient comme deux adolescents innocents et naïfs. Benjamin se trouvait ridicule, il repensait à son comportement de ce matin, et qui restait sans explication pour sa part… Pourquoi avait-il polémiqué une seconde fois sur la relation avec Rodrigue ? De surcroît, il était le cadet de ses soucis, mais savoir qu'il avait pu se trouver à sa place, à ses côtés, non seulement dans ce lit, mais également dans les endroits fétiches d'Anna, le rendaient fou.
- Où est-ce que tu m'emmènes demain… ? Questionna Benjamin, caressant le cou de l'italienne
- Demain ? Euh, est-ce que faire une ballade en canoë te plairait ? Sourit-elle
- C'est parfait…
Le soir à la villa, Éric regarda d'un air accusateur Benjamin et Anna. Aujourd'hui encore, ils avaient passé ce jour ensemble, et son beau-frère assumait fièrement sa compagnie. Aussi, il racontait sa journée avec bien trop d'engouement et de plaisir, comme s'il venait de passer la meilleure après-midi de sa vie. L'anglais avait commencé à se méfier hier soir, mais se disant que Benjamin ne réitérait pas une nouvelle journée avec Anna : faux. Encore, ils s'étaient retrouvés seul à seul, et demain encore, une nouvelle « aventure » les attendait. Et visiblement, ça ne posait problème qu'à Éric. L'instinct du jeune homme présentait un rapprochement plus que nostalgique, plus grand qu'amical.
Le lendemain matin, Benjamin et Anna partirent en direction du lac Thunersee et se réjouissaient déjà de ce parcourir riche en sensation. L'italienne avait déjà fait ce parcours relaxant avec son père, et ce souvenir restait précieux.
Benjamin monta à l'avant du canoë, et laissa Anna lui dictait quelques règles de navigation, mais très rapidement, il sut parfaitement se débrouiller. Et surtout, il fut captivé par le paysage de ces longues roches, ces montagnes toujours aussi impressionnantes. La verdure sauvage, les vestiges abandonnés, coincés dans un temps n'appartenant qu'à eux : quel beau voyage.
Benjamin n'aurait jamais imaginé prendre autant de plaisir ailleurs qu'en jouant au football. Même si ce sport restait sa madeleine de Proust, sa boîte à pandore, il se sentait véritablement heureux en ces moments passés avec Anna. Après un parcours qui fut pour les deux jeunes gens, à la fois reposant et attrayant, ils partirent pique-niquer près du lac.
Les pieds dans l'eau, sous un soleil radieux, et profitant d'un endroit paradisiaque, ils déjeunèrent dans une ambiance particulière. Anna et Benjamin se sentaient biens, comblés, et l'impression de ne s'être finalement jamais quitté, les questionnait. Le français ne cessait de prendre des photos du paysage environnent, et il fit lever l'italienne pour également capturer cet instant à deux. Anna fut d'abord gênée, elle se détestait en photo, comme toutes ironiquement, les jolies filles.
- Arrête un peu, viens par-là !
Benjamin tira Anna à lui en prenant sa main, et des photos du « couple » fusèrent dans son téléphone. Appréciant avoir l'italienne contre lui, il la prit dans ses bras, et l'embrassa. Elle agrippa son cou comme on agrippe un moment de bonheur pour ne plus qu'il s'échappe. Anna avait l'impression de vivre dans un rêve depuis trois jours, elle se demandait ce qu'elle avait pu faire de bien dans sa courte vie pour avoir droit à ce qui la rendait le plus heureuse : Benjamin. Est-ce que ce rêve durait longtemps ? Est-ce qu'elle n'allait pas finir par se réveiller, et réaliser que ces trois jours proche de la perfection faisait partit intégrante de son imagination fantasque.
- Je n'ai pas le souvenir d'avoir été un jour aussi bien… Glissa-t-il, l'embrassant
S'il savait à quel point elle aussi. Depuis six années, elle ne faisait que penser à lui, à ce qu'il devenait, à quoi pouvait ressembler la vie de Benjamin. Et sans savoir ni comment ni pourquoi, ils avaient plongé dans le bain de la luxure en à peine une semaine. Qu'est-ce qui avait changé pour Benjamin ? Car pour Anna, absolument rien de ses sentiments n'avaient changé, elle l'aimait, tout simplement, et son regard à peine croisé après six ans avait fallu pour être encore plus amoureuse… Maintenant qu'elle y songeait, elle avait tant souffert, et elle ne réalisait toujours pas qu'elle se trouvait dans les bras de Benjamin, à sentir ses lèvres parcourir une ligne imaginaire dans son cou.
Fébrilement, elle se recula et s'écarta de Benjamin. Plus elle se sentait amoureuse et heureuse, plus elle savait combien la vie lui reprendrait ce bonheur. Il était irréel : Benjamin était tombé amoureux de Catherine, il l'avait choisi, et Anna restait une amie. Comment croire que tout resterait ainsi, beau, bon, merveilleux, et éviter que son cœur ne se brise de nouveau.
- Anna…! L'interpella Benjamin
- Excuse-moi… Mais, j'ai parfois du mal à réaliser tout ça…
- Vraiment ? Parce que moi, ça me semble tellement naturel… Sourit-il
- Ah bon ?
Benjamin prit le menton d'Anna entre ses doigts, souhaitant avoir son regard droit dans le sien. Le visage lumineux, le jeune homme répondit :
- Je te connais par cœur, et tu me connais par cœur, et j'ai l'impression que tu as toujours fait partit de ma vie…
Anna regarda profondément Benjamin, et elle ne lisait aucun mensonge en lui… Il était sincère, et n'avait ni tremblé, ni hésité en répondant à ses doutes. Ce fut trop fort, et bien trop viscérale pour que l'italienne ne puisse fondre à ses douces paroles. Elle sauta à son cou, et l'embrassa, l'embrassa à perdre haleine. Et quand bien même, l'atterrissage serait douloureux pour Anna, la chute qu'elle vivait avec Benjamin se faisait trop belle pour y résister.
Après être rentrés à la demeure d'Anna, et d'avoir une fois de plus partager un instant charnel, encore et toujours plus ardent entre les deux amants : ils s'installèrent sur la terrasse, une citronnade comme rafraîchissant, et profitèrent du soleil, mi allongés sur une chaise longue.
Non loin d'eux, caché derrière un arbre, une silhouette les observait depuis leur arrivée. Et ce qu'épiait cette ombre le répugna. Benjamin tenait la main d'Anna, et déposait des baisers papillons sur ses doigts. Il caressait ses cheveux, taquinait sa joue, frôlait sa poitrine pour ensuite approcher ses lèvres des siennes, et les embrasser. Ils riaient tous les deux, comme des enfants, ne cessant de parler, de tout, de tout et son contraire, et le sourire qu'ils esquissaient lui donnait la nausée. Quel tableau « fétide » : Anna et Benjamin… Qui aurait pu parier sur eux ? Personne ! Et surtout pas lui…
Éric avait envie de sauter à la gorge de Benjamin, et de corriger sa faute. Comment osait-il s'offrir à une autre qu'à sa sœur ? Comment osait-il tromper Catherine ? Il savait que le couple battait fortement de l'aile, mais au point de la trahir ? Quel « déchet ». Éric était en colère, furieux du mal que Benjamin allait infliger consciemment et inconsciemment à sa petite sœur… Il se devait de la protéger, et surtout, il devait rapidement agir.
Qu'avait pu dire, marmonner Anna pour envoûter Benjamin ? Avait-elle fait pression sur lui, ou émit du chantage comme elle l'avait déjà fait auparavant ? Qu'importe, à ce moment précis, il ne pouvait plus rester là à les regardait, son cœur hurlait de fureur.
Repartant en direction de la villa, arriver sur le chemin de pierre, il croisa Rodrigue. Ce dernier se rendait visiblement chez Anna, et Éric vu ici une opportunité.
- Je n'irais pas à ta place ! Ta sex-friend est en charmante compagnie ! Cracha Éric
- Encore avec ce gringalet ?
- Exact ! Mon beau-frère roucoule dans le dos de ma petite-sœur !
- Et minable en plus de ça… !
Éric observa Rodrigue, il paraissait aussi furieux que lui de savoir Anna dans les bras d'un autre. Même s'il ne comprenait pas les raisons, Rodrigue semblait tenir à l'italienne, et étant donné son tempérament des premiers jours, il pensait se trouver ici un bon allié.
- Écoute, je dois t'avouer qu'entre ma sœur et Benjamin, ça bat de l'aile ! Affirma Éric
- Il se console vite… Ironisa Rodrigue
- Trop vite même… Je pense qu'il est paumé, et qu'il ne sait pas ce qu'il fait, Anna a toujours eu de l'influence sur lui…
Plus Rodrigue écoutait Éric parler, plus il le trouvait arrogant et prétentieux. Et visiblement, il ne semblait pas apprécier Anna : ce qui le rendait d'autant plus insolent. Toutefois, il avait bien compris sa détermination à les séparer, et remettre Benjamin sur le chemin de l'amour dont la destination serait Catherine. Qu'importe les moyens, l'amour serait le nerf de la guerre, et il était prêt à tout pour récupérer Anna aussi.
- Tu proposes quoi… ? Sourit Rodrigue, corrompu
- Laisse-moi opérer, et je te dirais comment intervenir… !
- Ok ! Ça me va… !
Rodrigue quitta Éric sur ses dernières paroles, une poignée de main serrée pour conclure leur partenariat. D'abord ennemies, ils étaient maintenant prêts à s'allier pour un objectif commun. Et visiblement, tous les coups seraient permis. Qu'importe les moyens tant quels justifieraient la fin….
Éric sortit son téléphone de sa poche, et pianota par cœur un numéro,
- C'est moi… Tu as quelques minutes à m'accorder ? Il faut qu'on discute…
…..
Benjamin s'était levé à l'aube ce matin encore : il adorait venir réveiller Anna, apercevoir son joli corps nu, étendu sur le lit, à moitié couvert par le drap. Il plongeait sa tête dans sa chevelure blonde, parsemer son cou et sa nuque de baiser gourmand. Le parfum de rose qu'elle portait l'envelopper de douceur, et de désir flamboyant.
À pas de loup, il s'avança vers sa terrasse, lorsqu'une vision féerique apparue : Anna portait une magnifique robe d'été légère, laissant apparaître son dos tatoué grâce à une échancrure. Benjamin avait déjà envie de glisser la main dans ce dos nu, et caresser sa peau. Malgré cet horizon cajoleur, le voilà déçu qu'elle soit déjà levée, et visiblement très préparée.
- Bonjour… Glissa-t-il, s'appuyant sur le pas de porte.
- Bonjour… Sourit-elle, ravie de sa visite matinale.
- Tu es sur ton trente-et-un ! Charria-t-il
- C'est pour notre journée ! Dit-elle, s'approchant de lui
- Et où m'emmènes-tu aujourd'hui ?
- Surprise !
Anna prit son sac et lui passa devant, lorsqu'elle sentit sa main être prisonnière. Benjamin glissa ses doigts entre les siens, la poussa vers lui, et la prit dans ses bras. Déposant une main sur sa joue, il l'embrassa, tendrement. Un « bonjour » tendre se murmura à l'oreille de l'italienne, suivi d'un baiser papillon. Quelle douceur : elle savait Benjamin charmant, gentil, attentif, mais empli d'une telle tendresse, elle n'en n'aurait jamais mesuré autant.
Tous deux partirent en direction du village en vélo, puis ils laissèrent leur bicyclette sous un abri. Anna mena Benjamin à un arrêt de bus, et il se posait de vraies questions quant au lieu où le guidait son amie. Néanmoins, elle restait mystérieuse, souhaitant garder intact le secret de sa destination.
Après un peu plus d'une heure de trajet en bus, Benjamin avait deviné où Anna le guidait. Il avait reconnu la beauté de la route qu'il avait plus tôt prit en se dirigeant vers Spiez. En gentleman, en descendant du bus, lorsqu'il vit le nom de l'arrête « Bernes » : il fit mine d'être surpris : et il l'était véritablement.
- Bernes hein ! Sourit-il, taquin
- Je suis certaine que tu meurs d'envie de voir le stade où tu joueras dans quelques semaines !
Anna souriait, comme le soleil sourit à la nature, venant éclairer, réchauffer les âmes terrestres. Et en cet instant, c'était ainsi que le ressentait Benjamin, il se sentait la personne la plus importante de ce monde, dans le monde d'Anna, et elle aurait remué le ciel et la terre pour le combler. S'avançant vers elle, ce fut encore avec cette boule au ventre envahissante qu'il la prit par la hanche pour l'embrasser : comment lui dire autrement que son geste le rendait heureux, très heureux.
- Allons-y !
Benjamin prit la main d'Anna, et ne la lâcha plus durant toute la matinée où ils visitèrent la ville et le stade. Il était immense, immensément beau, la pelouse était d'un vert rare, et le joueur passionné qui grondait à l'intérieur de lui en frémissait d'avance. Il s'imaginait déjà en train d'exécuter son nouveau tour à ses concurrents. La route vers la victoire serait longue et fastidieuse, mais Benjamin avait retrouvé toutes les armes pour motiver son équipe d'Italie.
Soudainement, il sentit son bras être tiré, il s'était éloigné inconsciemment d'Anna, et il lui manquait déjà ?
- Regarde ! Dit-elle, attirant son attention en pointant une ombre du doigt
Benjamin suivi l'horizon qu'indiquait Anna, et il réalisa soudainement qu'il n'était pas le seul joueur à être venu savourer ce terrain avant les autres. Et il ne s'agissait pas de n'importe qui, c'était le joueur du moment, le héros de son pays, la graine de star, un champion né qui resterait dans l'histoire du football assurément : Olivier Atton.
Comme lui, il s'était avancé sur le terrain, respirant l'air frais de l'été et l'odeur du terrain fraîchement bichonné. Sa carrure était imposante, voir impressionnante, et il vibrait à l'idée d'admirer ici la coupe d'Europe. C'était par ailleurs surprenant qu'il soit venu ici, en cet endroit, ni lui ni son ami Thomas Price ne jouaient officiellement pour les clubs européens : avait-il était happé par la curiosité.
- Viens, allons le saluer ! Proposa Anna, aussi excitée que lui
- D'accord…
Benjamin et Anna s'avancèrent vers eux, et ils furent d'abord accueillis par la jeune femme qui l'accompagnait. Elle les salua, en s'inclinant devant eux, véritable tradition japonaise. Ils en firent de même et restèrent un long moment sans discuter, ne souhaitant pas interrompre la méditation d'Olivier.
- Quelle concentration… Admira Benjamin
- Presque autant que vous à votre arrivé… Sourit la convive
Olivier se retourna enfin, et rejoignit sa petite-amie Patty. Il commençait déjà à râler, et à sa façon la plus attendrissante, devenir capricieux de ne pas pouvoir faire partit officiellement d'une équipe européenne et de jouer sur ce beau terrain, contre ces fabuleux joueurs. Benjamin s'en amusa, il avait rarement croisé un joueur aussi vivement mordu que lui pour le football. Olivier semblait respirer, vivre ce sport de toutes les façons possibles.
Olivier avait remarqué également à son arrivé, la ténacité de ce garçon - Benjamin - et s'adressa enfin à lui en lui tendant la main. La poignée fut ferme, et souriante, et la conversation se tissa rapidement autour du football.
- Vous allez jouer pour la coupe d'Europe ? Demanda Olivier, gardant son sourire
- Oui ! Je suis le capitaine de l'équipe d'Italie ! Répondit-il, fièrement
- Vraiment ! Quel est votre nom ?
- Benjamin Le Franc… !
- C'est aussi notre futur attaquant chez Hambourg SV !
Une voix venue du ciel prononça ces mots. Levant la tête, Benjamin aperçu dans les gradins le célèbre gardien de but : Thomas Price et à ses côtés, Ben Becker, milieu de terrain qui n'a pas son pareille également. Il voulait se pincer la joue pour savoir s'il ne rêvait pas, il avait devant lui la crème de l'équipe montante du Japon, et en plus de ça, le gardien de Hambourg connaissait déjà son nom.
- Nous partions déjeuner, vous voulez vous joindre à nous ? Proposa Patty
- On ne veut surtout pas vous déranger… Répondit Anna
- Pas du tout, au contraire ! Et j'ai l'impression que ces Messieurs ont beaucoup de chose à se dire ! Taquina Patty
- Certainement ! Ria Anna
Anna et Benjamin s'installèrent à une terrasse et déjeunèrent avec les quatre jeunes gens. Comme prédit par Patty, les quatre hommes ne cessèrent de bavarder de football. Patty sympathisa avec Anna, et la jeune italienne en fut surprise. Elle qui avait d'ordinaire des difficultés à s'entendre avec la gente féminine, elle avait devant elle, une femme à l'écoute et parfaitement adorable.
Néanmoins, Patty remarquait qu'Anna était attentive à la conversation des garçons, et qu'elle manquait de participer. Était-elle une fervente supportrice comme elle ? Une petite-amie de footballeur passionné ? Ou alors ?
- Vous jouez au football vous aussi Anna ? Questionna Patty
Les quatre garçons furent comme bousculés par la question de Patty, et fixèrent Anna. Benjamin connaissait bien évidemment la réponse, et savait par avance que son amie serait modeste, très modeste. Il prit donc les devants, et répondit, apercevant l'italienne bégayante.
- Anna est la meilleure joueuse d'Italie, et de Suisse aussi ! Dit-il, fièrement
- Benjamin, tu exagères… ! Dit-elle, rougissante
- Vous savez qu'Anna a même joué avec nous en régional !
- Benjamin !
- Une fille dans une équipe de garçon ? Quel culot ! Fut admiratif Olivier
- Je ne suis pas restée longtemps ! Répondit Anna
- Elle entraîne les poussins de Spiez maintenant et m'a appris l'une de mes techniques actuelles !
- Benjamin… ! Le secoua Anna
Benjamin énumérait la vie d'Anna comme si ces six années ne les avaient pas séparés. Il semblait la connaître par cœur, et être terriblement fier de ce qu'elle fut, était, et devenait. La passion roulait dans ses yeux, et annonçait avec ferveur ce que faisait son amie italienne à toutes les oreilles du monde fut évidente.
- Tu es comme ça toi ! Tu piques les techniques de jeu de ta petite-amie ! Charria Thomas
- Euh… Souffla Anna
« Petite-amie » : voilà bien un statut auquel elle ne répondait pas. Anna n'était pas la petite-amie de Benjamin, ni sa compagne, ou son amie intime, elle n'était rien, elle ne savait par ailleurs ce qu'elle était aux yeux de son ami… Avait-il rompu réellement dans son cœur, dans sa tête et dans son âme avec Catherine ? Est-ce qu'ils vivaient un conte d'été dont l'histoire se terminerait à la fin de la saison… Et si cette relation ne fut qu'un leurre ? L'italienne pensait toujours rêver, impossible pour elle que Benjamin puisse avoir des sentiments autre qu'amical pour elle : il était à la danseuse étoile…
- J'ai envie de faire une partie de foot, ça vous dit ! Proposa Olivier
Les garçons ne pouvaient pas répondre « non » à une telle offre. Ils partirent dans un parc de la ville de Bernes, et se mirent à taquiner avec dévotion, un ballon. Benjamin ne pouvait pas espérer meilleure journée que celle-ci, il partageait sa passion avec des passionnés et il n'aurait rien échangé pour être ailleurs, avec quelqu'un d'autre.
Anna et Patty rirent devant tant d'enfantillage, elles étaient convaincues que si elles disparaissaient, ils ne le remarqueraient même pas. Le football était leur véritable maîtresse. Patty observait Anna, et une pointe de tristesse se lisait dans son regard, à quoi pensait-elle ?
- Vous êtes inquiètes ? Sourit Patty
- Pardon… ? Fut surprise Anna
- Votre petit-ami va partir dans un autre pays, certes pas très loin de la Suisses mais, c'est une sacré épreuve pour un couple…
- Oh, mais, euh, nous, nous ne sommes pas un couple ! Paniqua Anna
- Ah oui ?
Patty fut stupéfaite. La vénération avec laquelle Benjamin avait parlé de l'italienne, démontrait pourtant une symbiose complète en ce couple. Elle aurait pariée qu'ils étaient ensembles, et très amoureux. Sur le terrain de Bernes, elle avait remarqué leur complicité, la main qu'il avait lâchée précautionneusement avant de marcher sur la pelouse. Et puis, cette impétuosité lorsqu'elle s'était avancée vers lui pour lui indiquer qu'Olivier se trouvait aussi sur le terrain : énigme.
- Je suis désolée, je ne voulais pas être indiscrète… S'excusa Patty
- Vous ne l'avez pas été… Sourit-elle
Benjamin et Anna durent partirent en début d'après-midi, ils ne voulaient pas rentrer tard à Spiez. Ils saluèrent sympathiquement leurs nouveaux amis et partirent en direction du bus. Prenant place dans le véhicule, Benjamin ne tenait plus en place. Il n'avait jamais passé une aussi bonne journée, entouré de grands joueurs qu'il admirait, et dont bientôt, il côtoierait. Il se hâtait déjà de fouler les terres de l'Allemagne, et de parvenir à leur niveau déjà bien plus avancé que le sien. Quel regret il avait désormais de ne pas avoir intégré un club européen plus tôt.
Dans tous les cas, il devait sa motivation et son bonheur à Anna, et à elle seule. Tournant son visage vers le sien, il la vit regarder avec peine le paysage défiler sous ses yeux. Quel égoïste, il ne pensait qu'à lui et sa joie depuis tout à l'heure, et il n'avait pas remarqué avant le petit moral d'Anna. Qu'avait-elle ? Qu'est-ce qui écrasait subitement son dynamisme.
Délicatement, il prit sa main, et croisa ses doigts avec les siens. Ce geste eut pour effet de sortir Anna de ses pensées, et regarda la main de Benjamin dans la sienne. Que faisaient-ils tous les deux ? Une partie de football avec leur cœur et leur sentiment ? Qu'est-ce qu'ils étaient l'un pour l'autre ? Des amants fougueux ? Anna l'aimait, l'aimait de plus en plus, jour après jour, mais lui, est-ce qu'il l'aimait ? Probablement pas… Il était simplement perdu.
- Merci pour cette journée… Souffla Benjamin
- Je n'y suis pour rien… Le hasard était avec nous… Sourit-elle, modeste
- Le hasard fait bien les choses en ce qui nous concerne…
- Il n'y a pas de « nous » Benjamin…
Anna avait murmuré cette phrase en retenant un sanglot dans sa gorge. Benjamin fut quelque peu furieux. Après toutes ces journées passées ensembles, et ce passif, même s'il n'était pas recouvert à cent pour cent de bonheur, ils n'étaient pas de simples inconnus. Est-ce que son amie italienne doutait de lui au point de croire qu'il ne faisait que passer du bon temps, et que lorsqu'il partirait pour l'Allemagne, il l'oublierait, et effacerait ces instants précieux et heureux.
Benjamin ne saurait certes pas mettre de mot précis sur leur relation de ces derniers jours, mais il était sûr, indéfectiblement certain de n'avoir jamais été aussi heureux depuis fort longtemps que durant cette semaine. L'envie charnelle qu'il possédait pour Anna ne fut pas un leurre, et là encore, maintenant, à l'instant, il ne pensait qu'à une chose : rentrer chez elle et assouvir tout le désir qu'il éprouvait pour elle.
- Anna… Je ne sais pas si nous sommes un couple, ou autre chose… Dit-il, gêné
- …
- Mais, si tu veux entendre mes sentiments, soit déjà certaine d'une chose…
- …
- Je ne voudrais en cet instant être avec personne d'autre que toi…
Benjamin termina sa confession en embrassant passionnément Anna. Il avait envie de la rassurer, et surtout, ne pas être lâche face à ses doutes, à ses craintes, à ses peurs… Jamais, plus jamais il ne la ferait souffrir, et assumerait jusqu'au bout ses sentiments. Il ne comptait pas jouer à l'amant transi qui venait assouvir toutes les nuits sa galante : bien au contraire. C'était le doux début d'une histoire…
Réconciliés face à ses tracas sentimentaux, Anna et Benjamin retrouvèrent leur complicité. Ils parlèrent tout le voyage de cette journée atypique à Bernes. Le joueur de football qu'il était, fut fort charmé par la ville et ses environs : à croire que la Suisse pourrait devenir son nouveau fief. Dommage que l'Allemagne ronge autant son ventre, autrement, il intégrerait un club de ce pays fantasque.
Arrivé à l'arrêt de bus, ils descendirent et s'avancèrent vers leur vélo pour reprendre le chemin de la maison d'Anna. Le temps fut superbe, beau, et chaud, mais pas étouffant. La journée fut parfaite, et Benjamin demanda même à son amie italienne où elle la conduisait déjà demain, dernier jour avant l'entraînement où ils pourront profiter pleinement l'un de l'autre.
Anna se mit à rire, et elle attendit qu'ils soient arrivés à sa maison, et descendus de leur vélo pour répondre.
- Et bien, peut-être pourrions-nous faire une ballade en vélo, et pique-niqué dans les montagnes au sud du village… Proposa Anna
- C'est parfait pour moi !
- C'est un peu moins exotique que ces derniers jours… ! Dit-elle, faisant la moue
Benjamin s'approcha d'elle, et il la prit dans ses bras et la souleva, sous ses rires joyeux. Elle baissa la tête, et l'embrassa, passionnément, aussi fort qu'elle le put. Une peur irrationnelle de le perdre gagna son esprit tout à coup, et elle le serra fort, très fort, jusqu'à lui couper la respiration. L'adrénaline monta dans le corps de Benjamin, et assouvir Anna en cet instant fut son plus chaste désir.
Avançant vers la maison, Benjamin tenait toujours Anna dans ses bras, et devait avouer que sous ses baisers ardents, il ne parvenait pas à avancer correctement. Riant tous deux encore comme des enfants, il fit glisser l'italienne dans ses bras jusqu'à temps que ses deux pieds touchent le sol. Et maintenant que l'italienne ne cachait plus l'horizon, Benjamin sursauta en observant une ombre sur la terrasse d'Anna.
- Roberto ? Fut étonné Benjamin
Roberto se leva, assit sur la marche depuis des heures. Il attendait avec impatience Benjamin, il devait absolument lui parler. L'affaire paraissait urgente, et malgré tout le respect qu'il avait pour ce « couple », il insista fortement.
- Écoute Roberto, pour Benjamin et moi… Essaya de se justifier Anna
- Oui, oui, j'écouterais vos explications plus tard, de toute façon, je le savais !
- Tu le savais ? S'étonna Benjamin
- Évidemment, je suis ton meilleur ami ! Mais là, il faut vraiment que tu rentres à la villa Robson avec moi, et que je te parle !
- D'accord, d'accord, j'arrive dans une minute… !
Roberto commença à emboîter le pas de son ami, mais l'attendit près d'un arbre. Benjamin embrassa Anna et lui promis de ne pas être long, et qu'elle pouvait l'attendre sans quiétude. L'italienne glissa un secret farouche à l'oreille de son ami, et promis d'être patiente jusqu'à son retour.
Benjamin et Roberto se dirigèrent vers la villa, mais le français commençait à perdre patience face au silence de son ami italien. Que pouvait-il y avoir de si grave pour qu'il soit aussi muet qu'une carpe ? Était-ce l'équipe qui organisait une mutinerie ?
- Ce n'est pas drôle Benjamin, il faut que je te parle de quelque chose !
- Ça j'ai bien compris, mais pourquoi tant de mystère ?
- Parce que tu vas avoir un sacré… Problème…
Roberto termina sa phrase dans un abattement total. Trop de temps s'était écoulé entre l'information et le retour de Benjamin, et désormais, face à eux, se trouvait la raison de cette précipitation.
Benjamin comprit. Il comprit pourquoi Roberto souhaitait se dépêcher, et surtout pourquoi il ne voulait rien dire devant Anna, attendant qu'ils soient tous les deux pour en discuter.
- Bonjour…
Catherine se trouvait dans l'embrasure de la porte de la villa Robson et son cœur rata un battement dès plus sonorisant. Il sentit subitement le parfum de Sophia, sautant dans les bras de son petit-ami Roberto, heureuse de le retrouver.
Benjamin ne réalisait pas, il ne comprenait pas, et avait une envie effroyable de hurler pour se réveiller de ce cauchemar. Catherine fut là, en face de lui, la bouche en cœur, et les yeux prêt à faire échapper des larmes de désarroi. Que fallait-il faire ? Que fallait-il dire ? Que voulait-il ? Il ne savait plus… Comment cela avait-il pu arriver ? Comment Catherine pouvait se trouver devant lui en ce moment même…
Et sans qu'il comprenne, sans qu'il n'ait le temps de réaliser, il sentit deux bras l'entourer, et une tête s'enfouir dans son cou… Catherine avait entouré de ses bras le corps de Benjamin, et le jeune homme avait tel un robot resserré également son étreinte, et posa une main sur sa chevelure d'orée…
Catherine était à Spiez.
Anna était à Spiez.
Et Benjamin ne savait plus sur quelle terre il avait posé ses pieds.
Interrogation.
