Réponse commentaire :

JaaksG : D'abord, je m'excuse pour avoir été si longue à produire la suite : le temps et le manque d'inspiration ont toujours raison de moi. J'espère que ce nouveau chapitre sera à la hauteur de mon absence. Je suis contente que tu apprécies cette fiction et que tu lui restes fidèle. J'aime aussi le fait d'avoir inséré Olive et Tom qui est un anime que j'affectionne tout autant, et je signe la pétition de suite mdr ! J'espère que le chapitre 7 te plaira et le 8 ne tardera pas, il est en cours d'écriture… Bonne lecture cher Jaaks.

Amitiés.

Chapitre 7 : « Accepter ».

Une passe après l'autre, Benjamin avait des difficultés à se concentrer sur l'entraînement. Il avait l'impression que ses jambes pesaient lourdes, que son cœur tombait, que sa respiration se coupait, il avait l'horrible sensation de porter toutes les peines sur son dos – Catherine ne le lâchait pas du regard.

Dès son arrivée, elle avait sauté dans ses bras, posé son cœur contre le sien et une sensation de vent froid avait soufflé dans tout le corps de Benjamin. Ils s'étaient excusés auprès du groupe, et étaient directement monté dans la chambre pour pouvoir intiment discuter, se retrouver.

Catherine s'était assise sur le lit, et Benjamin sur la chaise de bureau. Catherine était d'une beauté à couper le souffle, elle portait une somptueuse robe d'été, et avait coiffée parfaitement ses cheveux. Elle avait l'air aussi épuisée, éreintée et avait encore maigri – Benjamin détestait le protocole exigeant des futures danseuses étoiles.

Le silence s'était longtemps installé, Benjamin ignorait ce que pensait Catherine, mais il était tout de suite évident que sa présence remettait tout en cause, absolument tout… Cinq ans, cinq années de relation, intense, complice, aimante, amante, passionnel, mais consumée par la distance, par l'incompréhension du schéma de l'avenir de l'un et de l'autre.

Catherine avait pris la parole, commençant par s'excuser de son comportement, de son égoïsme, d'avoir décidé, désiré à la place de Benjamin. Il avait tout accepté d'elle, qu'elle parte à Paris, qu'elle dédit moins de temps à leur relation, dans une totale confiance, et elle n'avait su qu'être égocentrique et capricieuse.

Benjamin s'excusa à son tour, d'avoir été négligeant dans les intentions sincères de Catherine de le vouloir à Paris pour être plus proche, pour être ensemble, même si son horizon était en Allemagne. Il comprenait que ça puisse paraître blessant pour elle d'avoir été face à un mur de refus, et de ne pas comprendre pourquoi lui refusait la solution de facilité pour être encore plus unis.

Catherine avait ri, comparant leur comportement à deux enfants intrépides qui comprenaient pourquoi on les punissait. Le prix avait été fatal, une rupture par téléphone, quelle indignité face à l'amour qu'ils se portaient. Comment avaient-ils pu en arriver là ? À se dire adieu à travers un appareil électronique, et tout ignorer, bafouer, malmener leurs sentiments amoureux.

Benjamin avait ri également, mais il n'avait pas l'air aussi détendu que Catherine. Pendant cette seconde de rupture, il s'était immédiatement consolé avec Anna. Benjamin avait l'insupportable impression de porter ce secret prêt à exploser comme une bombe à l'intention amoureuse de Catherine d'être venue le retrouver en Suisse. Elle s'était torturée, questionnée, remise en question, pendant que lui vivait des journées romanesques avec Anna.

Pire, Catherine se leva, prenant la main de Benjamin pour qu'il se lève et lui impose sa carrure, sa posture rassurante. Immédiatement, elle l'embrassa, suavement, avec cette manière sucrée qu'elle avait de donner à leurs baisers. Benjamin avait des sensations, mais étrangement, ce baiser avec un goût d'anis, un parfum amer, l'instinct parlait, mais le cœur lui, restait de marbre, pétrifié à l'idée que Catherine ressente ce mal, ce mal être, qu'elle sache que d'autres lèvres furent posées contre les siennes.

Un baiser, ce n'était qu'un baiser, mais après le dîner – qui s'était fait sans Anna, prévenu par Benjamin par message de l'arrivée de Catherine et Sophia – Catherine avait tenu bien évidemment à partager la chambre de son petit-ami. Benjamin ne pouvait pas se résoudre à s'y refuser.

Au début, le moment avait été plutôt agréable, bien que beaucoup occupé au sujet de leur « pause », de leur rupture. Catherine parlait, parlait, et Benjamin écoutait, écoutait tout en pensant à l'erreur qu'il avait fait avec Anna ?

« Une erreur » était-ce vraiment une erreur ? Ou un désir assumé ? Lorsqu'il regardait Catherine, il repensait à leur jeunesse, à leur enfance, à l'Italie, à cet amour pur et innocent, fort et incassable. Et aujourd'hui, il avait trompé Catherine, abandonné l'idée de leur amour à la première difficulté.

Et pourtant… Ce qu'il avait vécu avec Anna ces derniers jours ne sortaient pas de son imaginaire, il avait savouré ces instants, ces moments intimes avec Anna et rien n'aurait pu les rompre ni les briser ni les arrêter, pas même le temps qu'il pensait suspendu.

Benjamin était officiellement perdu… Catherine, Anna, Anna, Catherine, le corps, le cœur, la tête, la chair, l'esprit, l'âme, il avait l'impression que tous s'étaient dispersés et qu'il était à nu, debout devant un jury qui ne se composait que de sa propre conscience.

Heureusement, les entraînements officiels avaient été avancés d'une journée, et l'entraîneur italien avait demandé à son équipe de commencer les exercices dès aujourd'hui. Mais les passes, les attaques, les exercices cardio ne changeaient rien à l'esprit de Benjamin, complètement obsédé par Catherine et Anna.

Catherine ne lâchait pas son regard, se demandant sûrement pourquoi il avait refusé de se donner de corps à elle la nuit passée. Catherine avait posé sa main sur son torse, capturée ses lèvres et s'était laissée aller à des caresses intimes, pour se réchauffer, embraser la flamme du désir qu'ils pensaient avoir perdu. Benjamin s'était laissé faire, jusqu'à une certaine limite, celle des vêtements censés valser dans toute la pièce par l'euphorie de l'excitation. À chaque touchée de Catherine, à chaque baiser, chaque geste tendre et charnelle, sa tête renvoyer l'image de ces échanges charnels avec Anna. Il confondait les deux jeunes femmes, et Benjamin refusait de tricher.

Il avait simplement quitté le lit, confus, navré, désolé, anéanti de ne pouvoir lui offrir ce qu'elle désirait de lui, mais il était incapable de se donner à elle, la réconciliation était trop brève, trop courte.

Benjamin se demandait bien pourquoi il avait franchi le cap avec Anna, sachant l'amour qu'il avait pour Catherine. Est-ce qu'il avait rompu, certes maladroitement, mais rompu parce qu'il en avait vraiment envie, vraiment besoin ? Est-ce qu'il avait fauté avec Anna, uniquement par envie de liberté, de pouvoir pour une fois écouter ses désirs, ses envies, prendre des risques, sans que personne ne viennent décider à sa place, le faire douter ?

Est-ce que Benjamin aimait encore Catherine ?

Est-ce que Benjamin s'était menti avec Anna ?

- Ok les gars, c'est fini pour aujourd'hui ! Cria l'entraîneur.

Benjamin était comme écartelé. L'entraînement avait été un refuge pour lui, mais en même temps, il n'avait réellement pas pu se concentrer, et maintenant qu'il était terminé, il allait devoir revenir à la réalité. Si seulement il pouvait se confier à quelqu'un, à un ami : Roberto. Mais il ne lâchait pas Sophia, trop heureux de la retrouver après temps de mois de séparation.

Voilà un couple sans faille. Pourtant, Roberto avait ramé, galéré pour conquérir Sophia, mais elle avait craqué pour ce garçon si maladroit et en même temps si sûr de lui. Sophia était elle aussi rentrée au conservatoire à Paris et ils se voyaient au même rythme que Catherine et Benjamin, mais leur amour était intact. Ils se disputaient, comme tous les couples, mais jamais leur amour n'avait été remis en cause : ils s'aimaient, point.

Pourquoi ? Pourquoi eux, pourquoi Roberto et Sophia et pas Benjamin et Catherine qui avaient traversé bien des épreuves, et pourtant toujours ressorti ensemble et plus unis. Aujourd'hui, cette fois-ci, leur amour n'en ressortait pas vainqueur, du moins pas celui de Benjamin, visiblement trop faible, si faible qu'il s'était consolé dans les bras d'une autre en oubliant de respecter l'amour qu'il avait pour Catherine.

Benjamin frappa dans le mur, hors de lui, se haïssant, se détestant si fort.

- Tu veux de l'aide ?

Benjamin se retourna et vit Roberto, grimaçant, son ami venait de s'infliger un sacré coup à la main, mais surtout son visage traduisait le dégoût, la peur, la confusion. Roberto n'était pas très doué pour consoler, ou conseiller, néanmoins, observer son meilleur ami dans cet état le rendait furieux, lui qui pensait que Benjamin avait grandi, et qu'il ne serait plus jamais lâche.

Benjamin et Roberto avaient profité du calme des gradins du stade pour s'y rendre, et discuter discrètement.

- Roberto, comment tu as su pour Anna et moi… Questionna Benjamin, en train de se faire un bandage à la main

- Toi !

Benjamin s'interrogea, qu'est-ce qui avait fait que c'était « lui » la preuve d'une relation avec Anna ?

- Tu te fiches de moi ? S'emporta Roberto

Roberto n'en revenait pas d'une telle naïveté. Benjamin avait complètement changé, du jour au lendemain. Il n'était que mélancolie, renfermait sur lui-même, rongé par sa rupture inconfortable avec Catherine après tant d'année de relation, incapable de motiver son équipe pour la coupe d'Europe Junior, et il avait fallu seulement quelques jours à Anna pour faire éclore le Benjamin qu'il avait rencontré en Italie. Ambitieux, mordu, passionné, courageux, voulant en découdre pendant la compétition.

- Et s'il n'y avait que le football !

Benjamin n'avait pas uniquement retrouvé son âme de footballeur, il se levait tous les matins aux aurores pour rejoindre Anna, partant vagabonder dans tous les coins de Spiez avec elle, revenant le soir le regard fourbe, le geste complice, le sourire indécrochable, quoi d'autre qu'une relation naissante, nouvelle, fraîche pour rendre un homme heureux…

- J'avoue aussi vous avoir surpris en train de vous embrasser et de vous déshabiller à moitié chez Anna, ça m'a aidé à conclure ! Rit-il

Benjamin n'avait aucune envie de rire, car le sentiment qui grignoter son cœur ne voulait pas le lâcher, le laisser même une seconde pour réfléchir à ses véritables sentiments. Il fallait qu'il soit honnête, et qu'il pose de véritable mot sur ce qu'il avait fait à Catherine : il l'avait trompé. Benjamin avait trahi cinq années de relation et de confiance. Mais s'il avait trompé Catherine, ça voulait bien résultait qu'il ne l'aimait plus ?

- C'est impossible ! Hurla Benjamin, s'attrapant la tête

Roberto se voyait désarmé devant la détresse de son meilleur ami, il avait la désagréable impression de ne pas pouvoir l'aider, et que lui seul avait la solution. Est-ce que la vérité faisait mal à Benjamin ? Est-ce qu'il se mentait pour préserver ou Catherine, ou Anna ?

- Écoute Benjamin, demain, c'est le grand jour pour nous, l'ouverture de la coupe d'Europe Junior…

- En quoi ça peut m'aider ça ?

- Tu dois te concentrer sur ça, et uniquement sur ça !

Puisque Benjamin ne parvenait pas à trancher, il devait se contenter d'un terrain neutre : sa passion. C'étaient leur première coupe d'Europe, ils avaient rêvé, imagé, attendu cette aventure depuis si longtemps, Benjamin se devait de penser avant tout à son bonheur avant de décider avec qui il souhaiterait le partager.

- Et Catherine ? Et Anna ? Je fais quoi en attendant ?!

- Tu n'es pas en mesure de répondre Benjamin !

- Il le faut bien pourtant !

- Donne-toi du temps ! Concentre-toi sur ce qui nous attend, et ne pense à rien d'autre ! La réponse te viendra forcément !

Benjamin ne pouvait pas faire ça, ses défunts parents ne l'avaient pas éduqué ainsi. Il mentait à Catherine, venait d'anéantir le cœur d'Anna et lui, il devait simplement faire comme si rien n'était et continuer son bonhomme de chemin.

- Parfait ! Je t'écoute ? Tu veux faire quoi alors ? S'emporta Roberto

- Je veux être honnête !

- Benjamin, ce n'est pas compliqué : ou tu dis à Catherine ce qu'il s'est passé et tu prends le risque de la perdre !

- …

- Ou tu ne dis rien et tu gardes une chance de sauver ton couple !

- …

- À moins que tu n'es pas envie de tenter cette chance avec Catherine ?!

- Tu veux en venir où ?

- Benjamin, tu sais très bien où je veux en venir, c'est toi qui une fois de plus te conduit en lâche pour éviter de faire souffrir qui que ce soit !

Benjamin était énervé, mais Roberto avait raison, et il le savait. Anna en avait payé les frais la première, lorsqu'il n'avait pas su trancher entre son amitié pour Anna et sa relation avec Catherine. Éric avait su faire ce choix à sa place et il avait perdu l'amitié d'Anna pour vivre sereinement son amour avec Catherine. Le même schéma se produisait aujourd'hui, mais il ne savait plus laquelle des deux il voulait épargner.

- Benjamin, dis-toi que c'est impossible que l'une ou l'autre ne souffre pas, tu essayes juste de gagner du temps pour trouver une solution, mais il n'y en a pas…

- …

- Une chose est sûr… Tu aimes l'une des deux, à toi de ne pas te trahir toi-même, au risque de te rendre malheureux toute ta vie !

Benjamin enrageait, mais il devait avouer que Roberto avait raison : il était pour l'instant incapable de réfléchir, incapable de prendre une décision, incapable de savoir ce qu'il ressentait pour Catherine ou pour Anna.

Malgré les bonnes paroles de son meilleur ami, Benjamin, de retour à la villa, fut accueilli par la chaleur de Catherine, par sa douceur et sa légèreté. Un gracieux sourire, le regard grand, des lèvres rosées venant l'embrasser tendrement. Il sentit une cassure, son cœur se brisait, et il faisait un bruit si strident, et une douleur insupportable, que Benjamin demanda à Catherine de le suivre dans sa chambre, afin de lui parler.

Une fois Catherine en face de lui, belle comme un ange, Benjamin repensa aux mots de Roberto, à savoir s'il désirait donner une chance à leur amour, même avec un mensonge sur la conscience. Il se remémora les bons moments avec Catherine, les moments d'amour et de partage, et ses souvenirs l'empêcha d'être complètement honnête. Mais il ne pouvait pas faire semblant, à chaque échange, à chaque baiser, à chaque caresse, il déchantait et souffrait comme si on lui plantait une aiguille dans le cœur.

- Catherine, tu sais, je…

- Je sais…

- Tu… Tu sais… ?

- Je vois bien que tu es distant et pas du tout comme d'habitude…

Catherine connaissait bien Benjamin, il était aimant, gentil, attentionné, et depuis son arrivée, il était distant, comme coincé, en pleine conversation avec lui-même. Elle avait deviné qu'il prenait leur rupture au sérieux, comme une étape importante, ce n'était pas qu'une simple dispute ou une discorde, ils avaient d'un commun accord, décidé de terminer leur histoire.

Catherine en souffrait, leur histoire d'amour avait éclot d'une si belle manière, pourquoi devrait-elle se finir dans la boue, au bout d'un téléphone, sans chercher à réparer leur erreur et combattre ensemble les désaccords.

- Tu sais, je suis aussi affectée que toi qu'on n'ait pu rompre après un simple appel téléphonique… Avoua Catherine

- Tu ne crois pas que ça signifie quelque chose ? Quelque chose qui n'existerait plus entre nous… ?

- Tu penses donc que… C'est… C'est fini…

Catherine semblait anéantie par ce conditionnel et il brisa le cœur de Benjamin, réalisant tout l'amour qu'ils s'étaient portés et qu'il était impossible que tout se finisse ainsi : vite et au bout d'un appareil électronique. Le regard de Catherine donna raison aux paroles de Roberto, est-ce que Benjamin comptait anéantir la chance à leur amour de renaître, de renaître plus fort après cette épreuve.

- J'ai besoin de temps… Répliqua soudainement Benjamin, combattant avec la réalité

- Je comprends, et tu l'auras… J'ai réalisé que tu m'avais toujours encouragé dans mes choix, et que j'ai freiné les tiens !

- J'ai des torts aussi…

Benjamin avait la désagréable impression d'étouffer, de ne pas s'en sortir, de se noyer, il ne parlait pas, il ne s'exprimait pas, tout, tout en lui paraissait vide et froid. Catherine s'approcha de lui, le trouvant pâle et vraiment atteint par la situation entre eux. Elle déposa un délicat baiser, en lui promettant qu'ils ressortiraient vainqueur de cette crise et que rien ne saurait résister à leur amour.

Mais Benjamin, lui, savait qu'un élément pourrait tout faire basculer, et cet élément était une personne, une femme : Anna. Et c'est pourquoi, après sa conversation avec Catherine, il se rendit chez elle. S'il voulait être honnête avec lui-même, il devait aussi affronter Anna.

Benjamin allait frapper à sa porte, lorsque Anna sorti au même moment. Le cœur de Benjamin rata un battement, Anna portait une délicieuse robe tee-shirt blanche, avec des baskets où des paillettes argentés se piquaient, un léger maquillage, un délicat parfum, discret mais à la fois enivrant : le corps de Benjamin tremblait.

- Benjamin ? Excuse-moi, je dois partir, je suis attendue !

Anna ferma sa porte à clef et tourna le dos à Benjamin, perturbée, mais s'adressant à lui avec un semblant de force. Benjamin ne s'attendait pas à trouver son amie ainsi, sur le point de partir à une soirée ? À un rendez-vous ?

- Tu vas où ? Questionna Benjamin, un peu vivement, un peu colérique

- Rodrigue m'attends, il m'a invité à une soirée d'étudiant en médecine…

- Chic, très chic !

Anna snoba complètement Benjamin et s'avança dans le chemin pour regagner la route. Benjamin marcha derrière ses pas, en essayant de la retenir, il tenait véritablement à avoir une conversation avec elle…

- Pour me dire quoi ? Se retourna-t-elle, subitement

- Anna, je…

- Tu as fait ton choix, tu n'as pas à te justifier…

Anna se retourna vivement, et marcha vite, encore plus vite, elle voulait absolument fuir Benjamin, fuir cette conversation, fuir ce mal, fuir ce démon qui ne lui permettrait jamais de pouvoir aimer Benjamin en toute liberté.

- Quel choix Anna, de quel choix tu parles ? S'emporta-t-il, curieusement

- Ça fait 5 ans que tu vis avec Catherine et ça fait cinq ans qu'on ne s'était pas vu…

- …

- Ça fait 5 ans que tu aimes Catherine et ça ne fait que 5 jours que tu l'oublies avec moi…

- …

- Ton choix est fait, soit heureux Benjamin, c'est tout ce que je te souhaite, c'est pour ça que je suis parti, pour te savoir heureux, sans mon amour comme fardeau…

Anna tourna les talons, rapidement, marchant vite, encore très vite, et lorsqu'elle savait qu'elle n'était plus dans le champ de vision de Benjamin, elle se mit à courir, courir vite, loin, son cœur tirait, son cœur hurlait, ses yeux se remplissaient de larmes, elle savait. Anna savait que ce n'était qu'un chapitre, qu'une escale, qu'un instant éphémère. Et pourtant, elle s'était permis un instant de rêver, d'avoir l'infime espoir que peut-être, Benjamin l'aimerait et que son amour soit réciproque.

Anna s'arrêta, le souffle coupé, la respiration saccadée entre le rythme de l'effort et les sanglots qui poussaient dans sa gorge pour sortir, pour éclater. Une main se posa sur son épaule et elle sursauta d'effroi. Là, debout, devant elle, le Docteur Robson, son père, son père adoptif, pas officiellement, mais de cœur et de raison, son père.

- Papà…

Anna se jeta dans les bras de Robson, et sentit ces derniers se resserrer sur elle, l'entourant d'amour, de chaleur, et de l'attention dont elle avait besoin. Elle se laissa complètement aller dans les bras de son père, elle avait besoin de vider son cœur rempli de tristesse, de désespoir.

Personne ne pouvait comprendre ce qu'elle ressentait pour Benjamin, l'amour qu'elle lui portait, dès qu'elle l'avait vu, à peine une journée passée à ses côtés et son cœur de jeune adolescente avait valsé. Elle aurait tout fait pour lui, pour avoir de l'importance à ses yeux, pour compter, compter plus qu'une amie dans son cœur, mais c'était Catherine qui avait saisi, happer ses sentiments.

Malgré tout, malgré Catherine, Anna ne pouvait pas tourner le dos à cet amour, il était trop fort, innocent et ne pouvait pas s'empêcher de vouloir se libérer pour conquérir Benjamin. Elle avait fait des erreurs, n'avait pas toujours eu les comportements appropriés, mais elle avait agi avec amour, par amour pour lui.

- J'ai mal… J'ai si mal…

Robson avait raccompagné sa fille chez elle, et avaient pris place sur le canapé pour discuter, échanger. Robson avait constamment eu un regard tendre pour Benjamin et Anna. Ils s'étaient tout de suite entendus, avaient une passion commune : le football, et leur amitié ne trompait personne. Mais Benjamin, son protégé, avait choisi Catherine, sous le regard désespéré d'Anna, sa protégée aussi. Il avait d'ailleurs rappelé à Benjamin de ne pas oublier son entourage et surtout Anna, qui l'avait encouragé tout en souffrant qu'il en aime une autre.

Il y a six ans, lorsqu' Anna avait annoncé à Robson qu'elle souhaitait partir, quitter l'Italie, alors que sa nouvelle vie était ici après son départ d'Angleterre, Robson s'était reconnu en elle. Lui aussi, il avait quitté son pays à cause de l'amour, à cause du décès de la femme de sa vie, il avait décidé de tout abandonner pour reconstruire une nouvelle vie ailleurs.

- Le temps est passé et je ne sais pas si c'était finalement la bonne solution… Avoua Robson

- Pourquoi ? Demanda Anna, surprise

Robson pensait tous les jours à elle, elle lui manquait, terriblement, et c'était normal, il ne la reverrait plus jamais et avait de nombreux regret, les regrets d'avoir consacré tant de temps et d'énergie au football et d'avoir sacrifié du temps avec celle qu'il aimait plus que tout, plus que sa passion.

- Benjamin doit se dire la même chose, et c'est pour ça qu'il est perdu… Conclu Anna

Robson ne pensait pas comme sa fille, il pensait que c'était plus compliqué que ça dans la tête de Benjamin. C'est un jeune homme loyal et aimant, et le fait d'avoir passé le cap avec Anna sachant qu'il avait à peine rompu avec Catherine devait le remettre en question avec lui-même.

- Je parlais de toi, Anna…

- Moi ?

Robson aimait Anna comme sa fille, et il n'avait eu aucune hésitation à la suivre, à vouloir l'accompagner dans un nouveau pays, mais elle avait fui, abandonné bien trop vite, bien trop tôt. Elle ne s'était donné aucune chance. Et puis surtout, elle était parti sur un mal entendu, sans jamais se confesser réellement à Benjamin, elle avait voulu tricher, faire semblant, pensant que le temps ferait le reste, mais la preuve était qu'elle ne savait pas elle non plus qui elle était aujourd'hui.

- Tu n'es jamais autant toi-même que lorsque tu es avec Benjamin…

- …

- Et Benjamin n'est jamais autant lui-même qu'à ton contact…

Benjamin fut frappé en pleine poitrine. Il écoutait la conversation privée de Robson et Anna grâce à la fenêtre du salon restait ouverte. Et les mots de son mentor étaient exactement les mêmes que ceux de Roberto.

Pourtant, Benjamin ne pensait pas s'être trompé avec Catherine, il l'avait sincèrement aimé, et avait été nombrable de fois heureux avec elle. Était-ce simplement une histoire qui se terminait ? Benjamin croyait son amour pour Catherine intouchable, incassable, éternel, véritable, et voilà que le doute s'installait.

Benjamin n'avait jamais été aussi perdu.

. . . . . . . . . .

- « Trois à un pour l'Allemagne, l'Italie s'incline et sort de la compétition de la coupe du monde junior après avoir perdu les quarts de final » !

Benjamin posa les genoux sur le gazon vert abîmé par les crampons des joueurs, acceptant la défaite, mais déçu de s'arrêter à ce stade de la compétition, surtout face à l'Allemagne.

Benjamin s'en voulait, depuis le début de la compétition, il n'avait pas été lui-même, il ne parvenait pas à trouver le plaisir de jouer, de combattre, il n'était qu'obsédé par ses soucis personnels. Il avait complètement délaissé son équipe, heureusement soutenu par le mordant de leur gardien, Gino Fernandez.

Benjamin regrettait que la compétition soit déjà terminée, et la tristesse de ses équipiers à la limite des larmes le faisait encore plus culpabiliser. Les ailes de Jupiter avait fait les beaux jours du football en Italie, mais il réalisait que les équipes d'Europe et probablement celles du monde n'avaient pas attendu de régler leur problème personnel pour être les meilleurs.

Benjamin avait honte, il n'était pas digne d'être sur cette pelouse. Le public italien chantait l'hymne nationale malgré la défaite, ce qui réchauffait un peu le cœur de Benjamin. En Italie, le football était très important dans la culture du pays et même s'il était déçu, le public semblait avoir apprécié ce match.

Benjamin vit une main venir se pencher vers son visage : c'était Karl Heinz Schneider. Il prit sa main et se releva, pour être un peu plus digne et fier de son match, même s'il était perdu.

- Hâte de t'avoir avec nous en Allemagne, tu as un vrai talent pour le ballon !

- Merci…

- Il manque juste un peu de jeu allemand dans ce ballon pour qu'il soit parfait !

Benjamin apprécia la courtoisie – rare – de Karl et retrouva le sourire. Il retrouva ses équipiers dans les vestiaires pour subir ensemble le mécontentement, les remontrances de Panzo. Ils furent aussi félicités pour leur parcours par Bertini qui utilisa des mots encourageants et plus nuancés. Ils étaient jeunes, il y aurait d'autre coupe d'Europe junior, et dans deux ans, la coupe du monde junior.

À la rentrée, ils reviendraient plus forts, prenant cette défaite comme expérience et retenant la frustration pour en faire une performance future. En attendant, ils allaient retournés chez eux, en Italie, revoir leur famille, leur proche, et profiter de leur vacance d'été.

Benjamin rentra à la villa Robson, abattu, malgré le réconfort de Bertini et de son mentor. Roberto avait décidé de partir en centre-ville pour boire un dernier verre en Suisse et fêter malgré tout leur premier parcours en coupe d'Europe Junior. Benjamin aurait préféré rester enfermé dans sa chambre, mais il avait suivi ses camarades, motivé par Catherine.

D'ordinaire, pendant les vacances d'été, lorsque le conservatoire était fermé, elle partait en Angleterre rejoindre sa famille et profiter de cours de danse privée de sa première professeure de danse. Convaincu par son frère Éric de rester pour soutenir Benjamin et sauver ainsi son couple, elle ne manquait pas d'effort pour reconstruire leur amour.

Cependant, Catherine n'était pas aveugle, ou naïve, elle voyait que Benjamin restait distant, imperméable à ses efforts, il était toujours triste et abattu, motivé par rien, même pas pour gagner cette compétition dont il rêvait depuis longtemps de participer.

- Et bien, on fête sa défaite !

Benjamin se retourna, reconnaissant cette voix : Thomas Price. Accompagné de ses amis, Ben, Olivier, Patty, et bien sûr Karl et Hermann Kaltz. Benjamin avait un sentiment de honte en croisant leur regard, il s'était ridiculisé et se sentait bien mince de talent face à ces grands joueurs.

Thomas et ses amis s'installèrent à la table des italiens, et furent bons joueurs en partageant un verre de la victoire. Roberto faisait connaissance avec eux et une complicité autour du football s'installa naturellement. Benjamin, lui, était dans la lune, et ne pouvait pas s'empêcher d'être déçu, déçu de lui-même, de ce qu'il était en tant que joueur, mais aussi en t'en que petit-ami et…

- Excuse-moi…

Benjamin fit mine de partir aux toilettes pour souffler un peu et partir dans les derrières de la brasserie et rejoindre la terrasse. Il s'assit sur une chaise et admira la vue qu'offrait la bâtisse, sur les montagnes de Suisse. Ce paysage allait lui manquer, Spiez, ce village laisserait un souvenir mémorable.

- Je peux ?

Benjamin tourna la tête vers son interlocuteur et fut étonné de voir Olivier Atton se poser à ses côtés. La honte, il ressentait la honte face à ce grand joueur naissant japonais, aux multiples qualités techniques, et qui n'allait pas manquer de surprendre au fil des années. Benjamin se sentait très en retard par rapport aux joueurs de cette équipe flamboyante japonaise, alors que l'Italie ne manquait pas de popularité dans ce sport.

- Tu t'es bien défendu ! Complimenta Olivier

- Défendu : c'est le mot !

- Tu manquais de mordant et de rage, c'est vrai… Continua-t-il, mais souriant

- Je suis désolé de vous avoir présenté un aussi mauvais jeu !

- Je m'attendais effectivement à voir tes nouvelles techniques !

- Je n'aurai pas dû me vanter…

Benjamin se leva et s'appuya sur la rambarde pour plonger son regard dans les montagnes. Olivier avait raison, il avait manqué de mordant, de rage, de passion et surtout de plaisir. Obnubilé par ses problèmes personnels, il en avait même oublié son amour pour le football. Et il avait lamentablement échoué dans la compétition.

- Tu manquais de supporter !

Olivier se leva et le rejoignit en s'accoudant lui aussi sur la rambarde. Benjamin ne comprenait pas les dires d'Olivier : les supporters avaient été comme d'habitude, présents, encourageants, avec une ferveur non dissimulée, même après l'échec de l'Italie.

- Je ne sais pas ce que je ferais sans Patty… Confessa Olivier

- …

- Même quand je suis en Espagne, ou au Brésil, je sais qu'elle m'encourage… Et je pense à elle…

Benjamin trouvait la confession d'Olivier touchante. Ce joueur était connu pour sa passion dévorante du football, ne pensant qu'à ça, ne vivant que pour ça, mais il n'oubliait pas les personnes autour de lui qui l'encourageait, le soutenait. Patty était sa petite-amie depuis de nombreuses années maintenant, et malgré la distance, ils s'aimaient et se soutenaient mutuellement.

Benjamin comprenait où voulait en venir Olivier : il manquait une personne dans le public, il manquait une âme à ses côtés, une présence, une femme, prête aux mêmes sacrifices que Patty pour Olivier, prêt à faire des concessions, à prouver l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre, même à des milliers de kilomètres l'un de l'autre. Dans les gradins, Benjamin s'avouait l'avoir cherché du regard, et s'il n'avait pas montré ses techniques sur le terrain, c'était parce qu'il n'en ressentait pas le droit, ou tout simplement que le regard qu'il cherchait à impressionner n'était pas présent.

- Thomas et Karl pensent que tu as un réel potentiel ! Et ils ont plutôt hâte de faire de toi un joueur allemand ! Ricana Olivier

- C'est gentil… Merci pour vos mots !

- C'est normal… J'ai hâte d'affronter le vrai Benjamin Lefranc sur un terrain de foot dans deux ans !

Benjamin partagea un rire avec Olivier, le fervent joueur de football n'était pas loin de l'homme censé et rempli de sagesse.

Olivier laissa Benjamin avec ses pensées, mais ne fut très longtemps en tête à tête avec sa solitude, Catherine vint le rejoindre sur la terrasse.

La conversation échangée avec Olivier donnait raison aux mots de Roberto et de Robson, et il devait affronter cette épreuve en adulte, et ne plus fuir, ne plus mentir, ni à Catherine ni à lui-même.

- Catherine, je dois te parler…

. . . . . . . . . .

Anna portait un tee-shirt court blanc, recouvert par une salopette en jeans. Les cheveux attachés en chignon, un léger maquillage et pourtant, une divinité. Elle avait enfilé ce vêtement pour entamer la peinture des murs de son salon : un mélange de beige et de gris. Une artiste, elle peignait le mur de plâtre aussi bien qu'elle peignait les forêts de sapin de Spiez.

Anna était très concentrée sur sa peinture, elle faisait attention au bord, changeait de forme de pinceau pour certain contour, elle était minutieuse, concentrée et ne sentait pas le regard posé sur elle depuis quelques minutes. Une paire d'yeux qui avait attendu dix longs jours avant de venir. Il fallait bien ça, un peu de repos, un peu de distance, un peu de solitude avec soi-même pour comprendre son cœur et sa tête. Et puis, un matin, la certitude, la fougue, la folie, une réservation de dernière minute dans le siège d'un train en partance pour Spiez de Gênes…

Anna sursauta, on frappa à sa porte, surprise qu'on lui rende visite alors qu'elle ne demandait à voir personne depuis des semaines – sûrement son père. Elle ouvrit la porte, prête à demander à son père – adoré – de la laisser seule, qu'elle avait besoin de temps et de tranquillité, mais elle en lâcha le pinceau imbibé de peinture grise sur son carrelage tellement la surprise fut grande – inespérée.

- Benjamin…

à suivre….