Tic. Tac. Tic. Tac. L'aiguille de la montre tourne. Tic. Tac. Le cours va bientôt s'achever et la journée sera terminée. Tic. Tac. Drago pourra se rendre dans la salle commune de sa maison. Tic. Tac. Il pourra aller voir ses amis qu'il ne voit plus que très peu depuis qu'il ne partage plus leurs appartements. Tic. Tac. Tic. Tac.

-Et n'oubliez pas que, demain, vous devez me rendre un parchemin de trois pages regroupant les propriétés et autres éléments intéressants concernant la plante de votre choix. Vous pouvez y aller.

Drago décolla les yeux de sa montre, ne prêtant même plus attention au bruit que pouvait faire l'aiguille, se leva et sortit parmi les premiers, son sac pendant négligemment derrière son épaule. Cette journée ne lui avait pas paru différente des autres. Elle n'avait pas été éprouvante, juste longue et morose. Peut-être légèrement plus amusante s'il est pris en compte le fait qu'un première année soit tombé juste sous ses yeux quelques heures auparavant. Mais cela ne suffirait jamais à briser cette routine qui s'était installée et qui, comme chaque année, ne serait délogée que lorsque les vacances seraient venues. C'est pour cela qu'il était heureux de se rendre dans son ancienne salle commune, celle qu'il avait partagée avec les autres verts et argent durant six ans avant de la quitter. Cette salle lui rappelait bien des souvenirs, et comme il n'avait attendu que cela durant toute la journée, il était en route pour s'y rendre.

-Malefoy! hurla une voix derrière lui. Il n'y prêta pas attention et poursuivit son chemin. Malefoy, par Merlin arrête-toi!

Il soupira. Qui diable était-ce? Il ne fut même pas étonné de la réponse lorsqu'en tournant les talons, il aperçut Hermione se diriger vers lui, l'allure assurée.

-Qu'est-ce que tu me veux? Tu ne pouvais pas attendre d'être dans la salle commune pour me parler? Je suis devenu trop important pour toi, c'est ça?

-Oui, en plein dans le mille, ironisa la rouge et or. Et bien, non figure-toi que je ne pouvais pas attendre. Tu dois t'occuper de la ronde de ce soir.

-J'ai quelque chose de prévu, ce soir.

-Ce ne sont pas mes affaires. Tu t'occupes de la ronde de ce soir, un point c'est tout.

-Tu te permets de me donner des ordres maintenant? Et pourquoi ce ne serait pas toi qui t'en chargerais? Je prendrai celles des deux prochains jours si ça te chante, c'est pas un problème.

-Si, c'en est un! commença-t-elle à s'énerver. Ça fait trois jours que c'est moi qui m'occupe de ça, tu peux faire un effort, non? Tu n'avais qu'à prévoir que tu serais occupé ce soir et prendre de l'avance.

-Je n'ai aucun compte à te rendre, Granger. Alors si tu pouvais avoir l'amabilité de me laisser tranquille, je t'en remercierais. Tu n'as qu'à faire la ronde jusque vingt-et-une heure, je te remplacerai ensuite.

-Il en est hors de question! J'ai déjà dit au professeur McGonagall que c'était ton tour de surveiller les couloirs, aujourd'hui, alors s'il arrive quelque chose à un élève parce qu'il se promenait dans le château au beau milieu de la nuit, ce sera ta faute.

-Très bien, s'il arrive quelque chose à ce fameux élève, je dirais que je patrouillais autre part que sur les lieux du crime. J'en prends l'entière responsabilité. Maintenant, laisse-moi tranquille, s'impatienta le blond platine. Il se détourna et reprit son chemin vers la salle commune des Serpentard, mais la lionne vint se planter juste devant lui pour l'en empêcher.

-Malefoy. Tu abuses sincèrement. Comment un sorcier aussi sage et réfléchi que Dumbledore a pu se dire « tiens, faisons de Drago Malefoy le second préfet en chef, cette année », imita Hermione, comment diable a-t-il pu penser que ce serait une bonne idée?! hurla-t-elle, la voix chargée de colère et de reproches. Tu ne prends pas la moindre de tes responsabilités au sérieux! Tu ne fais rien pour m'aider! Sérieusement, qu'as-tu fait d'utile dans ton rôle depuis le début de l'année? J'en ai marre, tu comprends, marre de me taper tout le boulot toute seule! Je te préviens, tu n'as pas intérêt à me regarder préparer le bal de Noël les mains dans les poches ou ça ira très mal pour toi!

-C'est bon, tu as fini avec tes jérémiades? Je peux y aller? répondit Drago le plus normalement du monde, comme s'il n'avait pas écouté un traître mot de ce que lui avait dit la jeune fille. Il posa ses mains sur épaules, l'écarta de son passage et continua pour de bon son chemin. Bonne soirée, Granger!

La Gryffondor, hors d'elle, s'accroupit et réussit à trouver un caillou au sol, qu'elle saisit pour jeter droit sur le Serpentard. Ce dernier le reçut dans la nuque, poussa un petit cri rauque, avant de grimacer, toujours dos à elle. Il posa sa main à l'endroit où il avait reçu le projectile, mais ne dit rien, continuant d'avancer, sous le regard haineux d'Hermione.

-o-o-o-

La jeune fille sursauta. Quelqu'un tambourinait à la porte. Elle ne se souvenait pas de ce qu'elle faisait juste avant. Si, elle s'en souvenait: elle s'était plongée dans la lecture d'un énième livre emprunté à la bibliothèque jusqu'à ce qu'elle tombe de fatigue. On continuait de tambouriner à la porte. Elle souffla bruyamment, dans l'espoir que le gêneur l'entende et arrête. Raté. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu'il s'agissait là de Malefoy, seuls lui et elle pouvaient accéder à la salle des préfets en chef. D'une voix encore ensommeillée, elle décida de se manifester.

-Qu'est-ce qu'il se passe, encore, Malefoy, arrête ça...

Il arrêta de toquer à la porte. Elle s'assit dans son lit, s'étira et se frotta les yeux.

-Debout, c'est l'heure. Tu as déjà manqué le petit déjeuner.

Prise de panique, son cœur manqua un battement. Les yeux écarquillés, elle s'agita. Le jeune homme, toujours de l'autre côté de la porte, sourit en entendant le vacarme qu'elle causait. Elle agrippa son uniforme soigneusement plié sur le rebord de sa chaise et l'enfila. Tandis qu'elle tentait d'enfiler son pull, elle réalisa que Drago Malefoy venait tout juste de la sauver d'un retard en classe.

-Attends... Depuis quand est-ce que ça t'importe que je sois à l'heure en cours?

Il ne répondit pas. Elle ordonna rapidement ses cheveux, et voyant qu'elle n'y parvenait pas, elle fouilla dans ses poches pour y trouver un élastique, avec lequel elle fit un chignon. Elle ouvrit la porte et trouva son homologue assis sur le même sofa qu'habituellement, le regard vers le feu de cheminée.

-Bien, tu es prête, lança-t-il avec dédain, sans lever les yeux vers elle.

-Je t'ai posé une question, insista-t-elle.

-Ah, oui, remarqua-t-il enfin. Il se tourna vers elle, tout sourire. A vrai dire, tu as raison, je m'en fiche comme de l'an 40. Mais hier, j'étais épuisé parce que je me suis levé à cette heure-ci et j'ai terminé ma ronde très tard. Ce soir, c'est à toi de faire ta ronde, décréta-t-il, et voyant qu'elle commençait à ouvrir la bouche, il reprit: tu n'as pas le choix, McGonagall est déjà au courant. Pour en revenir où j'en étais, hier je me suis levé très tôt, et je comptais me coucher tout aussi tôt pour rattraper le coup. Mais puisque miss-je-sais-tout a décidé de m'ennuyer avec ses histoires de ronde, j'ai pris sur moi, et j'ai fait ma ronde. Après un court silence, il finit son discours: bref, je t'ai réveillée pour que tu saches ce que ça fait de dormir si peu et de devoir se coucher si tard.

La jeune fille le regardait d'un air si incrédule qu'il se demanda s'il devait lui dire clairement qu'il avait fait ça pour l'agacer, s'il devait la provoquer ou s'il devait simplement passer outre et s'en aller. Finalement, la deuxième option lui sembla être la meilleure.

-Ah, au fait, tu n'es pas en retard pour le petit déjeuner. Tu as même presque deux heures d'avance. Bonne journée, Granger.

Il se leva et se dirigea vers la sortie, avec une démarche presque arrogante, ce qui ne manqua pas d'énerver la jeune fille, qui venait tout juste de comprendre qu'elle avait été réveillée par vengeance, vengeance très enfantine, certes, mais vengeance tout de même. Elle hésita à retourner se coucher, et se mit en tête qu'elle passerait plus de temps à essayer de se rendormir qu'à vraiment profiter de son sommeil. Par Merlin, ce qu'elle maudissait Drago Malefoy. Elle se fit une raison et décida d'aller prendre un bain, seule chose susceptible de la détendre qui lui vint à l'esprit, quoique frapper le Serpentard en plein visage lui semblait encore mieux, mais la dernière chose qu'elle voulait en ce moment était de le voir. Vivement qu'elle soit assise à table, entourée de ses amis.

-o-o-o-

Le dernier cours de la matinée allait s'achever d'ici une dizaine de minutes, après quoi tout le monde aurait quartier libre jusque leur prochain cours à quinze heures. Hermione écrivait rigoureusement chaque parole du professeur, du moins ce qu'elle jugeait important, autant dire que peu de choses passaient à la trappe. Lorsque Severus Rogue eut terminé son long et intense monologue quant à l'utilité du champifleur dans certaines potions, Hermione posa sa plume et leva la tête. Elle regarda autour d'elle et ne vit là qu'un tas d'élèves ennuyés, certains tenaient leur plume dans la main, mais selon elle, c'était plus pour griffonner que pour prendre des notes.

-Bien. Sur demande de notre cher directeur Albus Dumbledore, je vais maintenant vous faire part d'un projet ayant pour but de renforcer vos talents dans ma matière, mais également, aussi stupide que cela puisse paraître, les cohésions entre différentes maisons. Pour cela, vous allez être amenés, en dehors de vos heures de cours, à faire des recherches et à inventer vous-mêmes, par binômes, une potion que vous réaliserez dans cette salle d'ici quelques temps, je suivrais votre avancement avec vous de temps à autre. Restez dans l'ordinaire, nous ne voulons aucun décès au sein de l'établissement. Comme je l'ai dit, ce projet ayant pour but de rapprocher les maisons entre elle, quelle idée saugrenue, les deux membres du groupe devront venir de maisons différentes. Les Serpentard, vous allez venir piocher un papier dans cette corbeille, ordonna Rogue en désignant un petit panier du menton. Chacun votre tour. Dessus sera écrit le nom d'un de vos camarades de chez Gryffondor. A moins qu'il y ait des volontaires pour former un groupe? suggéra-t-il, mais personne ne répondit. Non? Très bien, alors venez piocher.

Des élèves de Gryffondor commencèrent à s'indigner, pourquoi ce serait aux Serpentard de piocher les papiers et pas à eux? Hermione s'en fichait, que ce soit elle qui pioche ou non, elle finirait avec l'un des serpents. Elle priait juste pour que son binôme ne soit pas quelqu'un comme Pansy, sinon ce serait à elle de faire tout le travail de A à Z. Elle voyait les Serpentard passer devant la corbeille, piocher, annoncer le nom de leur binôme, toujours pas son nom, elle fut soulagée lorsque Pansy Parkinson annonça le nom de Parvati, elle voyait d'autres Serpentard prendre un papier, elle attendait que l'un d'entre eux pioche celui sur lequel était écrit Hermione Granger. Ce spectacle commençait à la lasser, elle finit même par se demander si le professeur n'avait pas oublié de mettre son nom, et alors qu'elle commençait réellement à s'endormir (probablement à cause de ce réveil poisseux que lui avait fait subir son adorable colocataire), son nom retentit enfin.

-Hermione Granger.

Elle leva la tête. Elle sourit en voyant son binôme. Cela aurait pu être bien pire: elle était tombée avec l'un des Serpentard les plus travailleurs, et il ne l'avait jamais importunée malgré ses fréquentations: Blaise Zabini.

-o-o-o-

Dans la Grande Salle, à la table des Gryffondor, tout le monde ne parlait que de ce projet censé rapprocher lions et serpents, Ginny riait à chaque fois que l'un de ses camarades plus âgés annonçait le nom de son partenaire.

-Rapprocher nos maisons, tu parles, on va tous faire que de s'engueuler. On va finir par faire une potion toxique qu'on va tous essayer de se faire avaler, plaisanta Ron.

-Je te rappelle que Rogue ne veut pas de décès, repris Harry. Mais j'avoue que cela pourrait m'arranger d'empoisonner Crabbe.

-Eh les gars, arrêtez de vous plaindre, intervint Seamus. Je suis tombé avec Malefoy, vous vous rendez compte! Malefoy! J'aimerais mourir... termina-t-il sur un ton plaintif avant de retourner à sa conversation avec Dean.

-Si je résume correctement la situation, commença Ginny, Hermione est la plus chanceuse de vous trois. Entre Crabbe, Zabini et Millicent Bulstrode, le choix est vite fait...

-La ferme, Ginny, supplia Ron. T'es ma sœur, tu devrais me soutenir...

La rouquine rit et termina son verre d'eau, après quoi elle salua ses amis et se dépêcha d'aller en cours. Les sixième année reprenaient les cours plus tôt que les septième année ce jour-ci, et les trois amis se retrouvèrent seuls. Ils décidèrent de sortir pour profiter du soleil, qui se faisait plutôt rare ces derniers temps. Visiblement, ils n'étaient pas les premiers à avoir eu cette idée: une foule de monde s'était amassée près des buissons bientôt dénués de feuilles et autour des murets. Ils finirent par trouver un coin tranquille, ils s'assirent au sol, en cercle et commencèrent à parler de tout et de rien. Ce ne fut que quelques minutes plus tard que quelqu'un arriva vers eux, brisant cette ambiance joviale.

-Hermione, je peux te voir une minute?

Cette dernière, dos à la personne qui venait juste d'arriver, tourna la tête. C'était Blaise.

-Oui, bien sûr, dit-elle en se levant. Blaise lui sourit. C'est à propos du travail de groupe j'imagine?

-Ouais, c'est ça. Je sais que t'es plutôt bosseuse, alors je pense pas que ça te dérange de t'y mettre assez tôt? Rogue ne nous a pas donné de date, et comme il est vachement imprévisible, autant s'y prendre à l'avance.

-Oui, pas de soucis. Au contraire, au moins on aura terminé rapidement et si on est efficaces on pourrait faire quelque chose de bien.

-On pourrait aller à la bibliothèque samedi si tu veux?

-On fait ça!

Après que l'un ait souri à l'autre, le Serpentard repartit dans la direction inverse et Hermione retourna s'asseoir avec ses amis. Blaise semblait être prêt à mettre les rivalités entre leurs deux maisons de côté pour mener ce projet à bien (après tout, le but était là). Qui sait, peut-être pourraient-ils même s'entendre? Finalement, ce travail qu'elle appréhendait tant au début pourrait s'avérer plus amusant qu'elle ne l'avait imaginé.