Il faisait beau, bien que le ciel était un peu grisâtre, sans doute allait-il pleuvoir ces prochains jours. Hermione achevait de se préparer dans la salle de bain, elle avait décidé de ne pas passer par la Grande Salle ce matin, l'appétit lui faisant défaut. La Grande Salle, cela lui rappelait qu'elle allait devoir solliciter Drago pour l'aider à préparer le bal de Noël. Il leur restait encore du temps mais mieux valait voir en avance ce qui était bien et ce qui ne l'était pas. Elle se regarda une dernière fois dans le miroir, se jugea présentable et décida de sortir: elle devait rejoindre Blaise à la bibliothèque afin qu'ils commencent leurs recherches. Au passage, elle prit un sac dans lequel elle fourra une plume, de l'encre et un parchemin et elle se dirigea hors de la salle commune.

Arrivée à la bibliothèque et après un rapide coup d'œil, elle se rendit compte que son binôme n'était pas encore arrivé. Elle alla donc se planter devant la porte, lâchant un soupir d'impatience, elle se dit qu'elle s'était dépêchée pour rien mais lorsqu'elle regarda l'heure, elle comprit qu'elle ne pourrait pas blâmer le vert et argent. Une fois de plus, elle était en avance d'une bonne dizaine de minutes. Finalement, elle tourna les talons pour entrer dans la salle pleine de livres, déposa ses affaires sur l'une des tables les plus proches de l'entrée afin d'être sûre que Blaise la remarque et commença à parcourir les rayons, laissant promener ses doigts sur les tranches de chaque livre. De temps à autre elle s'arrêtait, lorsqu'un titre lui attirait l'œil, et se rendant compte qu'elle s'était stoppée sur le livre en question plus par intérêt personnel que parce que cela pouvait s'avérer utile pour le projet, elle reprenait sa recherche. Finalement elle avait rassemblé quelques livres sur la table, commençait à en feuilleter les pages dont le parfum ancien embaumait les alentours, tout en surveillant la porte de la bibliothèque. Peut-être avait-il d'autres choses à faire avant de venir? Peut-être était-il déjà arrivé, lorsqu'elle cherchait des livres, et qu'il n'avait pas remarqué son sac? Ou tout simplement, peut-être n'avait-il pas reconnu son sac? Après tout, personne ne fait vraiment attention au sac des autres. Elle allait se résoudre à faire le tour de la bibliothèque pour voir si le Serpentard ne l'attendait pas ailleurs dans la pièce lorsque la porte s'ouvrit sur ce dernier. Il salua la bibliothécaire, parcourut rapidement la salle des yeux et sourit lorsqu'il reconnut la Gryffondor. Il s'approcha de la table et s'assit en face d'elle.

-Je vois que tu as déjà commencé sans moi, remarqua-t-il.

-Je n'aurais pas dû? s'inquiéta Hermione en refermant le livre sur lequel elle s'était penchée.

-Si, si, tu as bien fait!

Ils sourirent puis se répartirent les tâches: Blaise allait fouiller dans les rayons pour dénicher le livre adéquat pendant que Hermione s'occupait d'en lire quelques pages. La matinée se termina aussi rapidement qu'elle avait commencé, et après avoir emprunté quelques ouvrages, les deux jeunes gens sortirent de la bibliothèque, partant ensemble en direction de la Grande Salle, puisque l'heure du déjeuner approchait. Arrivés à destination, ils se séparèrent pour aller s'asseoir à leurs tables respectives. Harry et Ron étaient déjà présents à celle des rouges et or, et le rouquin décocha à Hermione un regard plus méchant qu'il ne l'aurait voulu.

-Hermione, on ne t'a pas vue de la matinée! cria-t-il.

-Je sais Ron, j'étais à la bibliothèque avec Blaise. On voulait prendre de l'avance sur le projet de Rogue, il n'y a rien de mal à ça. Si? demanda-t-elle en se tournant vers Harry. Ce dernier allait répondre, mais Ron le devança.

-Non, renchérit-il, non, il n'y a rien de mal à passer une matinée entière avec l'un de nos chers amis les Serpentard!

Hermione leva les yeux au ciel en s'asseyant face à Harry.

-Écoute, Ron, ce n'est pas comme si j'avais le choix. Que tu le veuilles ou non, toi aussi tu vas devoir passer du temps avec Millicent pour faire des recherches, à moins que vous ne vous répartissiez les choses à faire et que chacun fasse le travail de son côté. Mais puisque ce devoir a pour but de nous rapprocher les uns les autres, autant jouer le jeu jusqu'au bout!

-Nous rapprocher les uns les autres, marmonna-t-il, quelle connerie. Il n'a pas intérêt à trop se rapprocher de toi, ce Zabini. D'ailleurs, tu l'as appelé Blaise tout à l'heure? Depuis quand est-ce qu'on a décrété qu'on appellerait les Serpentard par leur prénom?

-Il m'a toujours appelée par mon prénom, Ronald! s'énerva Hermione. Et puis, il n'y a pas besoin d'un quelconque décret pour appeler les gens par leur prénom! Et quant à Blaise, il n'est pas si méchant, loin de là!

-Mais il traîne avec Malefoy! lui rappela-t-il.

-T'as deviné ça tout seul? Tu m'impressionnes! lança-t-elle sur un ton agacé. Je n'ai jamais dit que j'allais devenir sa plus grande amie, alors calme-toi, bon sang! Je fais encore ce que je veux! Si ça ne te plaît pas que je passe du temps avec quelqu'un d'autre que toi dans l'optique d'un devoir, tu n'as qu'à aller t'en plaindre directement au professeur Rogue! explosa Hermione, agacée de cette énième crise de jalousie de la part de son ami. Je ne t'appartiens pas, Ronald Weasley, dit-elle en prenant soin de détacher chaque mot, se levant, les deux bras tendus, appuyés sur la table. Je vais aller m'asseoir avec Lavande et Ginny.

Sur ces mots, et sous les regards choqués des deux garçons, elle se dirigea vers le groupe de jeunes filles qui s'était formé un peu plus loin. En s'approchant, elle put entendre que leur discussion tournait autour de vernis à ongles et de vestes en cuir, et bien qu'elle n'ait jamais été une grande passionnée de mode, elle jugea que c'était bien mieux que d'entendre les reproches de Ron, et de loin. Elle s'assit alors avec ses amies et prit part à leur conversation.

-o-o-o-

A la fin de la journée, Hermione se rendit compte qu'elle y était peut-être allée un peu fort avec Ron, mais ses nerfs l'avaient lâchée. Il s'énervait à chaque fois qu'elle les laissait, Harry et lui, au profit de quelqu'un d'autre. Elle y repensa, et décida qu'elle irait lui parler le lendemain. Ce soir, elle mangerait encore avec Ginny et les autres, ce qui était finalement assez divertissant. Leur façon de parler de mode et de maquillage rendait le sujet plus intéressant qu'il ne l'était en réalité.

Elle avait passé l'après-midi dans sa chambre, allongée sur son lit, à parcourir les pages des livres qu'elle avait empruntés. Peu de gens auraient tenu un après-midi entier à s'atteler à cette activité, mais elle, cela ne la dérangeait pas plus que ça, qu'avait-elle de mieux à faire de toute façon? Mais maintenant que le soir était arrivé, et que la faim commençait à lui tirailler l'estomac, elle devait vraiment se rendre à la Grande Salle pour le dîner. Elle avançait donc dans le couloir, au rythme auquel ses pas la guidaient, sans vraiment regarder où elle allait. Elle pensait encore à Ron. Elle devrait aller lui parler maintenant, tout compte fait. Non, elle ne devrait pas. Mais il allait lui en vouloir, si elle attendait trop longtemps pour lui présenter ses excuses, ou il penserait qu'elle ne s'en veut pas du tout. Et si, en fait, elle...

-Aïe! Fais attention où tu marches, Granger!

-Désolée, répondit-elle instinctivement avant de lever la tête et de reconnaître son interlocuteur. Malefoy. Je ne t'avais pas vu.

-Ça alors, c'est bien la première fois que quelqu'un ne me voit pas.

-Je te signale que d'habitude tu es entouré de tes vautours. Mais là, comme tu es seul, ça en impose beaucoup moins. Ah, au fait, il va falloir qu'on commence à discuter du bal de Noël assez rapidement. Maintenant, je dois aller manger. A plus tard.

Elle contourna le jeune homme pour poursuivre son chemin. Celui-ci haussa un sourcil. Décidément, il ne comprendrait jamais la psychologie de cette fille.

Hermione arriva dans la Grande Salle, toujours hésitante quant à Ronald. La question fut vite réglée: il était attablé avec Ginny et Harry, et Lavande et les autres n'étaient pas encore arrivées. S'asseoir seule ne lui ressemblait pas, alors elle se résigna à s'asseoir avec eux, en face de Ginny, Harry à sa droite.

-Salut, tenta-t-elle à l'attention de Ron, mais ce dernier ne répondit pas et semblait l'ignorer.

-Salut, Mione, rattrapa Ginny. Tu vas bien? Tu es drôlement pâle, tu es malade?

-Non, probablement un petit fatiguée, dit-elle en tournant le regard vers la table des Serpentard. Drago n'y était pas, mais les deux heures de sommeil qu'il lui avait fait perdre se faisaient toujours ressentir. Et vous, ça va?

Ronald se renfrogna, semblant en vouloir à Hermione plus qu'elle-même ne s'en voulait. Après un silence qui était pesant pour tout le monde, elle prit son courage à deux mains.

-Ron, je suis vraiment désolée pour tout à l'heure... Mes paroles ont dépassé ma pensée, je ne voulais absolument pas dire ça, c'est juste que...

-C'est juste que quoi? dit-il, le regard noir.

-C'est juste que ça arrive tellement souvent, tes remarques par rapport aux moments où je ne suis pas là... Il y a des moments où je n'ai pas le choix, comme ce matin! Comprend-moi, s'il te plaît... insista-t-elle, la voix brisée, au bord des larmes tant elle s'en voulait et tant elle craignait que son ami ne lui pardonne pas.

-Ouais, ouais, c'est bon, arrête ton cinéma.

Ron se leva et partit. Harry le regarda sans agir et Ginny lança un regard désolé à Hermione. Une larme perla au coin de l'œil de cette dernière, qui souffla bruyamment et essuya la goutte d'eau salée qui commençait à couler le long de sa joue.

-Hermione, c'est vrai que tu y es allée fort, ce midi, lui confia le brun, mais je suis d'accord avec toi sur le fait que les réactions de Ron sont parfois un peu excessives. Tu sais, il t'apprécie énormément. Il veut juste te protéger, il se soucie de toi.

-S'il pouvait se soucier de moi autrement qu'en me hurlant dessus quand je passe trois heures avec quelqu'un d'autre qu'un que vous... Rien que la dernière fois, j'ai plaisanté deux minutes avec Dean et il m'a harcelée pendant un quart d'heure pour savoir ce qu'il me voulait! se remémora Hermione avec de grands gestes, un air dépassé sur le visage. Tu t'en souviens, Ginny, tu étais avec nous!

-Oui, je m'en souviens, Mione, je m'en souviens bien. Mais Harry a raison, il ne veut juste pas que quelqu'un te fasse du mal.

-Comme si Dean allait me poignarder, non mais je rêve! hurla-t-elle, ahurie, les larmes revenant aux coins de ses deux yeux.

Un peu plus loin, Dean, qui semblait avoir entendu son prénom, se retourna vers le trio, mais retourna aussitôt à ses occupations, pensant sûrement avoir rêvé.

-Calme-toi, Hermione, lui demanda Harry en posant une main sur son épaule. Tout le monde t'entend. Laisse-lui du temps, ce que tu lui as dit ce midi lui a fait penser qu'il ne te protégeait pas correctement.

-Eh bien il n'a pas tout à fait tort, reprit-elle d'une voix plus calme, le regard dans le vague.

-Et puis, Mione, continua Ginny, par « il ne veut juste pas que quelqu'un te fasse du mal », je ne voyais pas les choses comme un coup de poignard. Je pense qu'il ne veut pas que tu t'attaches trop à quelqu'un et que cette personne ne te le rende pas suffisamment.

-Une fois de plus, ça reste mes affaires! Pourquoi faut-il toujours qu'il se mêle de ce qui ne le regarde pas...

Hermione prit sa tête entre ses deux mains, pendant qu'Harry et Ginny se regardèrent avec des yeux confus et désolés. La brunette n'avala presque rien de son gratin, se contentant de donner des coups de fourchette par-ci par-là, perdue dans ses pensées. A la fin du repas, les pommes de terre étaient devenues presque aussi liquides que la sauce qui les accompagnait, à force d'appuyer dessus. Elle offrit sa part de pudding à Ginny, qui elle-même la proposa à Luna puisqu'elle n'avait plus faim. « Merci », avait alors répondu la blondinette d'une voix doucereuse tout en prenant une cuillère de son propre dessert. Hermione se leva après avoir adressé un faible « bonne nuit » à Harry et Ginny, qui lui répondirent, inquiets, mais ils la laissèrent partir. Elle monta lentement les escaliers, donna le mot de passe une fois arrivée devant le tableau qui bloquait l'entrée de ses appartements et entra directement dans sa chambre. Elle n'avait pas le courage de traîner dans la salle commune, ni d'aller prendre une douche ou un bain, bien que cela aurait pu lui faire du bien. Elle plongea sa tête dans son oreiller, poussa quelques cris d'énervement, sanglotant, et avant qu'elle n'ait eu le temps de s'en rendre compte, s'endormit.

-o-o-o-

Elle entrouvrit les yeux. Quelqu'un toquait à la porte. Elle souffla en se rappelant de l'épisode qui avait eu lieu quelques jours auparavant. Que lui voulait-il, cette fois?

-Malefoy, laisse-moi tranquille, je suis pas d'humeur, dit-elle d'une voix fatiguée.

-Tu ne voulais pas qu'on parle du bal de Noël? s'étonna ce dernier.

-Pas un dimanche matin... répondit-elle en s'enroulant encore un peu plus dans ses draps, passant ses mains sous son oreiller. Laisse-moi dormir encore un petit peu...

-Perdu, Granger. Nous sommes samedi soir, et il est vingt-et-une heure.

La jeune fille fronça les sourcils, ne comprenant pas s'il s'agissait là encore d'une blague. En tournant la tête vers sa montre qui était posée sur la table de chevet, elle comprit que non. Elle se remémora les événements de la journée, ce qui lui mit un coup au moral.

-Va t'asseoir, j'arrive, réussit-elle à placer entre deux bâillements.

Elle attacha ses cheveux avec une pince qui lui était tombée sous la main, enfila des vêtements un peu plus confortables que ceux qu'elle avait portés jusque là et rejoignit son homologue dans la salle commune. Hermione savait qu'il avait remarqué ses yeux bouffis, mais à son plus grand soulagement, il n'en dit rien.

-Eh bien, j'espère qu'au bal, tu seras mieux habillée que ça, plaisanta Drago, je n'ai pas envie de danser avec un sac.

-Premièrement, je m'habille comme je veux, et deuxièmement... Quoi? remarqua-t-elle en criant. Qui t'a dit que je serai ta cavalière?

-Dumbledore en personne. Je pensais que tu le savais, ce sont les préfets en chef qui ouvrent le bal, suivis des quatre couples de préfets, comme chaque année. Tu avais oublié? De toute façon je ne compte pas passer ma soirée avec toi, si ça peut te rassurer, Granger. J'ai l'intention de m'amuser! On a juste à danser deux minutes ensemble et après ça chacun fait sa vie de son côté.

-Génial, ironisa-t-elle, la première danse de ma soirée sera avec une fouine qui passe son temps à mettre son nez dans les affaires des autres...

Elle pencha la tête en arrière, la nuque soutenue par le dossier du fauteuil.

-Dit-elle alors que c'est elle qui vient m'emmerder pour me dire de dormir au lieu de lire.

-Va te faire voir, Malefoy. Bon, tu as une idée pour le thème du bal? Ce serait bien si on pouvait demander leur avis aux professeurs d'ici la fin de la semaine prochaine.

-Tu as raison de me laisser le choix du thème, si c'est toi qui t'en charges tout le monde va s'ennuyer ferme, dit-il, un début de sourire sur son visage.

-Je ne te laisse pas le choix du thème, je te demande juste si tu as une idée, rétorqua-t-elle, agacée. Bon, tu m'excuseras, mais je suis fatiguée. Alors on va tous les deux réfléchir au thème dans nos chambres et on en parlera demain. Bonne nuit, Malefoy.

-Eh, c'est toi qui as voulu qu'on voit ça maintenant!

Il avait crié, mais c'était trop tard, la jeune fille avait déjà refermé la porte de sa chambre. Elle était même probablement déjà confortablement installée dans son lit. Drago soupira, se leva et partit en direction du sien. Il était pourtant tôt, mais lui aussi était fatigué, fatigué de tout, des cours, des gens, et aussi fatigué de Hermione Granger, qui était probablement la seule fille de l'école qu'il ne parviendrait jamais à cerner.