Hermione claqua la porte de sa chambre, plus énervée que jamais. Elle tenta de se calmer pendant que son colocataire continuait de brailler depuis la salle commune, certes ils avaient toujours été plus ou moins ennemis mais jamais ils ne s'étaient disputés à ce point, et c'était la première fois depuis le début de l'année que cela franchissait la barrière des simples tensions qui régnaient habituellement entre eux. Elle essayait de ne pas faire attention à ce qu'il disait, mais elle n'avait pas besoin de faire tant d'efforts que ça, puisque le Serpentard ne donnait pas l'impression de faire autre chose que baragouiner tant il parlait vite. Néanmoins, elle ne put s'empêcher d'entendre une phrase qu'elle aurait préféré ignorer, à l'instar de toutes les autres.

-De toute façon, c'est toujours pareil! Les enfants de moldus ne comprennent jamais rien à rien! hurla-t-il de plus belle comme s'il voulait être sûre que la fille de moldus en question l'entende.

C'était réussi, puisque la Gryffondor ouvrit sa porte à la volée, les poings serrés, rouge de colère, apparaissant devant un Drago qui lui aussi bouillonnait de rage.

-Tu sais ce qu'elle te dit la fille de moldu? Tu le sais Malefoy? Cria-t-elle si fort qu'elle s'en fit mal à la gorge.

-Je m'en fous, tu peux bien dire ce que tu veux! Ça ne changera rien, Granger!

-Ça faisait longtemps que j'avais pas eu droit à une insulte sur mon sang, je me disais bien que ça pouvait pas durer! poursuivit-elle, criant toujours aussi fort.

-J'ai dit enfant de moldus, tu préfères Sang-de-Bourbe, c'est ça?! Ça convient mieux à tes oreilles, peut-être?! Tu as l'habitude de me l'entendre dire après tout, après six ans!

-La ferme, enflure! se défendit-elle cette fois-ci en hurlant, se faisant mal aux paumes de la main tant elle y enfonçait ses ongles.

Sa colère était si forte que des larmes commencèrent à couler sur ses joues, et elle ne tenta même pas de les cacher. Il l'avait poussée à bout.

-Parle-moi autrement, Granger, ou ça ira très mal pour toi! J'ai fait l'effort depuis le début de l'année de me montrer plus cool avec toi parce quitte à passer un an enfermé là avec une personne que je déteste, autant faire en sorte que les choses se passent bien, alors ne te permet pas de me parler comme tu viens de le faire! ragea-t-il, le regard tueur.

-Quelle résolution sage et mature, Malefoy, dit-elle en appuyant bien sur son nom, dommage que tu sois trop con pour te rendre compte que tu ne t'y tiens pas du tout!

-Tu vas me rendre sourd, à brailler comme ça! Calme-toi, bon sang!

-Par Merlin, je vais te tuer! Non mais je rêve, c'est toi qui as commencé à brailler parce que tu trouvais mon idée minable, c'est toi qui as commencé à me rabaisser, c'est toi qui as parlé d'enfant de moldus et tu viens dire que je braille?! Moi?! elle rit jaune. Va te faire soigner, Malefoy.

Ce dernier serra la mâchoire, sans quoi il ne pourrait se retenir de la frapper. Ce qu'elle pouvait être agaçante, et à ce moment il en était certain: jamais il personne ne l'insupporterait plus que Hermione Granger. Cette dernière commençait à devenir folle en face de lui, elle faisait des grands gestes, à tel point qu'elle manqua plusieurs fois de lui décocher une main au visage (peut-être était-ce vraiment ce qu'elle voulait faire) et elle prononçait chaque syllabe encore plus fort que la précédente.

-Eh, détend-toi, tu vas devenir cinglée et je veux pas avoir ça sur la conscience!

Bien qu'ils ne furent pas violents ces mots furent ceux de trop.

-Va-te-faire-voir, hurla-t-elle en lui infligeant des coups de poings si faibles qu'ils étaient inoffensifs entre chaque mot. Je te haie, je te haie, je te haie, je te haie!

Ses pleurs redoublèrent, ses coups aussi, et Drago finit par attraper ses poings avant qu'ils n'atteignent son torse.

-Bordel, Granger je t'ai dit de te calmer! On dirait deux gamins qui s'engueulent parce que l'un a volé le gâteau de l'autre! Je te croyais plus mature!

-La ferme, c'est toi qui as commencé à me provoquer, c'est ta faute, et c'est moi l'immature?!

-Pourquoi est-ce que c'est toujours censé être ma faute?! Je suis le grand méchant de l'histoire, c'est ça?! se défendit-il.

-Tu sais autant que moi qui est le méchant dans l'histoire!

-Parce que toi tu es une sainte, n'est-ce pas?!

-Je n'ai pas non plus dit ça!

Un long silence s'en suivit, les deux jeunes gens restèrent l'un en face de l'autre, les yeux dans les yeux, Hermione non sans quelques larmes, Drago impassible. Après quelques secondes qui pour l'un comme pour l'autre semblèrent interminables, Hermione tourna les talons et retourna dans sa chambre. Cette fois, Drago ne la retint pas. Il s'assit sur le fauteuil qui trônait derrière lui, sans mot dire.

Hermione soupira, elle avait mal au crâne et son nez commençait à couler. Elle s'était emportée bien vite, comme à son habitude, et hurla dans son oreiller pour se calmer. En l'espace de deux jours, elle s'était mise deux personnes à dos. Qu'est-ce qui n'allait pas, chez elle? Elle avait réussi à se disputer avec quelqu'un à cause d'un fichu thème de bal! Certes, il était chose aisée de se prendre la tête avec Malefoy, mais au point d'en arriver là! Elle s'allongea dans son lit, complètement étendue, sachant que par fierté jamais le vert et argent ne viendrait s'excuser, et surtout pas auprès d'elle. Elle se claqua doucement les joues pour se reprendre en main et décida de se rendre à la bibliothèque. Lorsqu'elle sortit de sa chambre, elle savait que Drago était encore là, mais aucun ne prêta la moindre attention à l'autre.

Sur le chemin qui la séparait de la bibliothèque, elle ne fit que ruminer. Pour ce qui était de l'histoire avec Ron, les deux étaient en tort, mais pour Malefoy, elle n'y pouvait rien s'il n'était qu'un idiot arrogant, fier et prétentieux. Lorsqu'elle fut rendue devant la bibliothèque, elle secoua la tête pour chasser ces pensées et entra. Elle salua madame Pince et se dirigea vers le rayon des livres concernant les sortilèges. Elle en choisit un quelque peu au hasard et s'assit sur la chaise la plus proche. Elle commença sa lecture, parfois elle était forcée de relire la même phrase plusieurs fois parce que l'image de Ron et celle de Drago reprenaient le dessus. Elle finit par s'énerver contre elle-même et décida alors de reposer son livre puis de repartir. Prendre l'air lui ferait sans doute du bien, mais elle était sortie si rapidement qu'elle n'avait pas vu que quelqu'un arrivait à l'angle où elle allait tourner.

-Oh, pardon, s'excusa-t-elle après s'être cognée dans ce qu'elle identifia comme un torse. Blaise?

-Oh, salut, Hermione, salua-t-il sans prêter attention au fait qu'elle venait de lui rentrer dedans. Tu m'as l'air pressée.

-Non, rien de tel. Je suis juste un petit peu sur les nerfs.

-Il s'est passé un truc?

-Tu n'auras qu'à demander à ton grand ami Drago Malefoy, plaisanta-t-elle en accentuant bien la dernière partie de la phrase.

-Il t'a fait quelque chose? s'étonna Blaise, un sourcil haussé.

Ils commencèrent à marcher dans la direction vers laquelle se dirigeait Blaise initialement et Hermione entreprit de lui résumer ce qu'il s'était passé quelques dizaines de minutes plus tôt, puis une fois le récit achevé, le silence se fit, après quoi Blaise finit par lui répondre.

-Pourtant je trouve que c'est une bonne idée, le thème des contes de fée. Je veux dire, on voit pas ça souvent! Tu sais, il me semble bizarre ces derniers temps. De temps en temps, ça arrive qu'il vienne dans notre salle commune, mais il est toujours froid et distant. Enfin, il a toujours été froid et distant. Mais pas autant, et pas envers moi et Pansy. Enfin, si, parfois envers Pansy parce qu'elle peut se montrer agaçante, mais, oh là n'est pas la question!

Hermione sourit en se remémorant ce que Drago lui avait dit à propos de Pansy quelques jours plus tôt. « Physiquement, elle est d'une banalité presque dégoûtante, et mentalement elle est presque aussi insupportable que toi. ». De plus, voir Blaise s'emmêler les pinceaux comme il le faisait l'amusait et lui remontait un peu le moral.

-Bref, tout ça pour te dire, je pense qu'il va se calmer. Il doit avoir une phase hormonale compliquée, ou quelque chose comme ça.

Hermione tourna son visage vers celui du Serpentard, et tandis qu'ils réalisaient tous deux l'absurdité de ce qu'il venait de dire, ils se mirent à rire de bon cœur, toujours en continuant de marcher.

-Je ne vois pas ce qui l'insupporte, dans ton rire, poursuivit Blaise.

-Tu as dit quelque chose? répondit la rouge et or qui n'avait visiblement pas fait attention.

-Rien, laisse tomber.

Il lui sourit, elle fit de même, et deux voix familières parvinrent jusque ses oreilles. C'étaient Ron et Harry. Déjà que Ron était en rogne contre elle, qu'allait-il dire s'il la voyait encore avec Blaise? Elle ne pourrait pas lui dire qu'ils étaient encore en train de parler du projet, car si Hermione était prête à travailler un dimanche matin, elle doutait fort que ce soit le cas de son binôme et elle était certaine que ses amis seraient du même avis. Par chance, elle remarqua que le couloir se séparait en deux et que Blaise continuait tout droit.

-Écoute, c'était sympa de te parler, mais je dois vraiment y aller là! A plus tard! dit-elle en se dépêchant de tourner.

-Euh, à plus?

Elle avait décelé une pointe d'incompréhension dans la voix du jeune homme et regrettait de le laisser ainsi, mais elle n'avait pas le choix, auquel cas même Harry et Ginny pourraient penser qu'elle abuse. Mais Hermione, elle, ne trouvait pas qu'elle abusait, et elle savait qu'elle n'abusait pas, c'était le plus important non? Elle entendit les voix se rapprocher d'elle, visiblement ils avaient pris le même chemin. Elle redoutait qu'un malaise s'installe s'ils se croisaient: elle ne pouvait juste pas ignorer Harry, mais d'un autre côté, il était avec Ron, mais le brun, voyant qu'elle était seule, voudrait probablement l'intégrer au groupe. Ce couloir semblait être d'une longueur interminable, et ce que la brunette redoutait arriva.

-Hermione! entendit-elle dans son dos. Hermione, attends-nous!

Elle ne put que s'arrêter, la mine crispée.

-Hermione, Ron a quelque chose à te dire, reprit Harry, qui s'éloigna après avoir jeté un dernier coup d'œil au rouquin, sans doute pour s'assurer qu'il était prêt.

-Écoute, Hermione, je suis désolé d'avoir rejeté tes excuses, hier, commença-t-il maladroitement. C'est juste que je t'en voulais de m'avoir humilié à ce point, et je t'en veux toujours un petit peu, d'ailleurs...

-Je m'en veux aussi, tu sais, le coupa-t-elle, j'aurais dû te dire ce que je ressentais plus gentiment, mais comme je te l'ai dit mes paroles ont dépassé ce que je pensais.

Hermione réprima un sourire en voyant Harry qui les observait un peu plus loin, pensant sans doute être discret.

-Tu sais, je veux juste pas que tu fréquentes de mauvaises personnes, Mione. C'est vrai, j'ai été con de t'en vouloir parce que tu avais vu Blaise à la bibliothèque, c'est pour le devoir, je sais, j'ai été con. Mais je pense que tu devrais éviter de lui parler pour d'autres raisons...

Hermione pensa au moment qu'elle venait de passer avec Blaise et se sentit coupable que ce soit arrivé juste avant que Ron vienne lui dire qu'il était prêt à faire la paix. Elle eut une boule au ventre et finit par répondre:

-Tu sais, ce n'est peut-être pas une mauvaise idée de se faire des amis dans d'autres maisons... Regarde, on est bien amis avec Luna, et on parle correctement à Padma et Cho, qui sont toutes chez Serdaigle! Pourquoi on ne pourrait pas faire de même avec les Serpentard?

-Parce que Zabini fait facilement une tête et demie de plus que Harry et moi, et qu'il est aussi deux fois plus musclé. Si on doit aller te venger de lui s'il te blesse, te fait du mal ou je ne sais quoi, c'est nous qui allons finir en sang!

Hermione se mit à rire, vite suivie par son ami, et les deux s'enlacèrent en guise de pardon. Ils firent demi-tour pour rejoindre Harry, qui fit mine de porter une attention démesurée au mur lorsqu'il remarqua qu'ils se dirigeaient vers lui. Hermione ne put cette fois s'empêcher de sourire devant une réaction si enfantine, mais peu importe, elle se sentait mieux: elle s'était réconciliée avec Ron, l'une des personnes qu'elle ne voudrait jamais perdre. Restait à régler la question de Malefoy, mais cette pensée irritant la Gryffondor plus qu'autre chose, elle décida de ne plus y penser et de passer un bon moment avec ses amis.

-o-o-o-

Le soir venu et Hermione retournée dans la salle des préfets en chef, elle s'assit sur le grand canapé, attendant Drago de pied ferme pour essayer de régler les choses. Bien sûr, elle ne comptait pas tout faire d'elle-même, mais elle espérait qu'y mettre un peu du sien pourrait donner envie à son homologue de faire de même. Comme le temps lui semblait long, elle s'était levée, faisant les cent pas dans la pièce, et maintenant qu'elle attendait depuis presque vingt minutes, la possibilité qu'il se soit endormi lui vint à l'esprit. Elle se dit qu'elle attendrait, qu'elle n'allait pas le réveiller, et quand elle se souvint que lui ne s'était jamais gêné pour ce genre de chose, elle décida de l'imiter. Elle s'approcha donc de la porte de la chambre du Serpentard, toqua, mais personne ne répondit. Elle répéta le même geste plusieurs fois, toujours sans réponse. Elle commença à s'impatienter.

-Malefoy, ouvre cette foutue porte ou j'entre.

Elle continua de toquer et se dit qu'elle devait être ridicule car Drago n'était peut-être même pas là, après tout Blaise lui avait dit qu'il se rendait souvent dans la salle commune des serpents. Elle se demandait si le Serpentard se moquerait d'elle pendant une semaine ou pendant un mois si en revenant ici il venait à la trouver en train de toquer désespérément à sa porte, en attente d'une réponse qui ne viendrait jamais. En pensant à cela, Hermione tenta une dernière approche.

-Malefoy, réponds, je vais entrer, assura-t-elle en posant sa main sur la poignée, et je te jure que si tu me fais encore une mauvaise blague ou quelque chose de ce genre, je te jure que je...

Elle ne put plus parler. Elle était entrée. Ses bras tombèrent le long de son corps. Elle vacilla sous le poids de ce qu'elle voyait, la forçant à s'agenouiller. Ses yeux s'écarquillèrent, se remplirent de larmes. Sa bouche s'entrouvrit et, machinalement, elle vint y porter sa main. Elle se trouvait là, seule, effarée face à un spectacle qu'elle ne se serait jamais imaginé voir un jour: Drago Malefoy allongé au sol, inconscient, au beau milieu d'une flaque de sang.