Heureusement, cette fois, lorsque Drago toqua à sa porte, Hermione était déjà réveillée. Malgré cela, elle trouvait qu'il se permettait ça trop souvent ces derniers temps, mais elle ne broncha pas et se dirigea vers la porte pour l'ouvrir.

-Malefoy, que me vaut l'honneur de ta présence de si bon matin?

-Abuse pas, Granger, il est neuf heures et demie. Je viens de croiser McGonagall. Elle veut nous voir pour le bal de Noël.

Elle sortit de sa chambre et suivit le jeune homme jusque dans le bureau du professeur. Elle ne savait toujours rien quant à l'histoire ayant failli le tuer mais avait arrêté d'insister, de peur qu'il se braque. Elle s'était dit qu'un jour peut-être lui viendrait l'envie de lui en parler.

Lorsqu'ils arrivèrent à destination, faisant face à une porte ouverte, ils pénétrèrent dans la pièce. Minerva McGonagall les attendait déjà, assise sur son fauteuil. Hermione la salua et le professeur initia la discussion.

-Vous n'êtes pas sans savoir que le bal se tiendra la veille de Noël, à partir de vingt heures. Il vous reste peu de temps pour parler des décorations, du menu et du reste, d'autant qu'il faudra en parler au personnel de cuisine d'ici peu. Nous avons choisi, cette année, d'organiser le bal sur le thème des contes de fée, déclara-t-elle alors que Drago lança un regard noir vers Hermione. Monsieur Malefoy, votre camarade ici présente m'avait précisé que vous n'étiez pas inspiré par ce thème, mais le temps pressait et aucune autre idée n'a fusé. Avez-vous commencé à parler des décorations?

-Pas encore, professeur, répondit la Gryffondor. Nous ne savons même pas ce que nous avons à notre disposition.

-Je m'en doutais, c'est pour cela que je vous ai convoqués, reprit la vieille femme avec un sourire. Prenez ça, poursuivit-elle en tendant une clé à la jeune fille, et allez voir au troisième étage, dans une petite pièce se trouveront toutes les guirlandes, banderoles et autres choses que nous possédons à Poudlard. Vous me rendrez la clé lorsque vous aurez terminé.

Sur ces mots, les préfets en chef partirent en direction du troisième étage et n'eurent pas grand mal à trouver la pièce dont venait de leur parler leur professeur de métamorphose. La Gryffondor inséra la petite clé dorée dans la serrure, poussa la porte et entra, Drago sur les talons. Elle toussota, n'ayant pas imaginé que le lieu serait si poussiéreux. Le Serpentard utilisa un sortilège afin d'éclairer le petit espace et progressa difficilement entre les cartons entassés.

-Quand elle parlait d'une petite pièce je m'imaginais pas qu'en fait ce serait un placard à balai. Tu devrais en parler à Potter, peut-être qu'il se mettrait à venir ici... plaisanta Drago.

-C'est sûr que toi, avec ton manoir, t'es pas habitué à vivre comme ça. Mais tu devrais essayer, ça forge un moral que tu seras jamais capable d'avoir, le nargua la rouge et or.

-Allez, mettons-nous au travail.

Les deux jeunes gens se mirent à chercher des guirlandes aux couleurs pastelles, des décorations murales, des étoiles, des fleurs... Hermione cherchait sérieusement, elle regardait dans les cartons, elle triait les décorations qui s'y trouvaient pour mettre dans une autre boîte celles qui l'intéressaient, mais le vert et argent, quant à lui, se lassa rapidement et au bout de quelques minutes, il se contentait d'enfiler des guirlandes autour de son cou ou de se confectionner un trône à partir des cartons que la brunette avait déjà triés. Il la regardait faire, elle ne semblait pas gênée qu'il ne fasse rien. Finalement, il se leva après avoir trouvé au sol une longue tige ornée d'une étoile dorée et s'approcha de la Gryffondor. Il réprima un rire et la tapa doucement avec sa nouvelle arme.

-Aïe! Mais qu'est-ce qui te prend?! sursauta-t-elle. Tu ferais mieux de m'aider au lieu de t'amuser!

-Oh, excuse-moi, mais tu avais l'air de t'amuser, toi aussi! Et tu fais fausse route, je m'ennuyais. Comme si ça pouvait être drôle de regarder quelqu'un d'autre fouiller dans des boîtes poussiéreuses. Faut bien que je trouve de quoi m'occuper, moi aussi!

Elle l'ignora. Si elle lui répondait, il penserait qu'elle voulait rentrer dans son jeu et il continuerait ses âneries. Il soupira. Il s'ennuyait probablement autant qu'elle pouvait s'ennuyer lorsqu'elle avait terminé de lire tous les livres qu'elle avait emprunté à la bibliothèque, et que celle-ci n'ouvrirait pas de la journée car madame Pince était absente. Elle retourna à ses occupations, déballant guirlandes sur guirlandes, mais Drago n'était pas de cet avis et continua de la gêner avec le bâton. Hermione souffla.

-Malefoy arrête ça ou je..

Elle se retourna et prit un coup sur la joue. C'en était trop pour elle: elle saisit une autre décoration qui pourrait servir d'arme et commença à se venger en donnant un coup sur la tête de son homologue, qui lui rendit. Ils chahutèrent ainsi, comme deux enfants, durant quelques minutes avant de s'arrêter, essoufflés. Ils s'assirent et commencèrent à rire de bon cœur. Hermione se dit qu'elle avait bien besoin de cela, ces derniers temps.

-Tu te bats bien, Granger, tu aurais fait un bon chevalier.

-Je suis bien contente de ne pas en être un, tu vois.

-De toute façon j'ai dit bon chevalier, j'ai jamais dit meilleur que moi.

-Malefoy, je peux te poser une question? risqua-t-elle.

-Mmmh?

-Je me demandais... Pourquoi tu as passé six ans à me mépriser, m'insulter et tout ce qui va avec et qu'aujourd'hui on s'entend presque bien? Enfin, je veux dire, je comprends pas vraiment. Je croyais que tu me détestais?

-Ne va pas croire que je t'apprécie ou quoi. J'ai juste tendance à m'ennuyer rapidement, alors on est là coincés dans un placard miteux à chercher de quoi décorer la Grande Salle, je m'amuse, c'est tout.

Elle le regarda en clignant des yeux, comme si elle ne comprenait pas.

-Eh bien, ça peut te paraître étonnant mais j'ai mûri, Granger. Je me comporte comme quelqu'un de civilisé. On aurait pu être en bons termes dès le début, mais j'ai voulu en faire autrement. J'ai changé, c'est tout.

Le silence se fit. La rouge et or empila tous les cartons, en mit deux autres de côté, ceux qu'elle avait rempli avec les objets qu'elle avait aimé, et fit demi-tour. Sans demander son reste, le blond la suivit, et tandis qu'elle ferma à double tour et qu'elle partit en direction du bureau de MacGonagall pour lui rendre la clé, il se dirigea en sens inverse, se rendant dans leur salle commune.

-o-o-o-

Hermione se rendait à la Grande Salle pour déjeuner, elle était un peu en retard, sa recherche de décorations s'étant un peu éternisé, et lorsqu'elle arriva, Ron et Harry ressortirent. Elle profita de cette occasion pour tenter de discuter avec le rouquin.

-Ron! l'appela-t-elle. Ron, je peux te parler une seconde?

Ce dernier, le regard plein de questions, s'approcha d'elle.

-Oui, qu'est-ce qu'il y a?

-Je peux savoir ce qui t'a pris de parler comme ça à Blaise, hier?

-Quoi? De quoi est-ce que tu parles?

-Fais pas l'innocent, Ron. Je sais ce qu'il s'est passé.

-L'enflure. Il t'en a parlé, c'est ça?

-Oui, et je lui en suis reconnaissant.

-Je vais le tuer, bordel, je vais le tuer, et toi pourquoi est-ce que cherches à le défendre?! brailla-t-il, son regard s'emplissant de haine. Il te plaît, c'est ça?

-Mais qu'est-ce que tu racontes, enfin?! Et puis calme-toi! Si je le défends, c'est juste parce que ça m'arrangerait que mes amis évitent de traumatiser mon partenaire de potions.

-C'est ça, trouve-toi des excuses. Tu sais quoi, fais ce que tu veux, mais viens pas te plaindre plus tard. Salut.

Il la contourna et partit. Elle soupira, et fit demi-tour elle aussi. Elle n'avait plus envie de manger. Harry marchait à ses côtés, sans un mot, et lui aussi semblait blessé à chaque fois qu'une dispute survenait entre eux deux. Certes, Hermione avait peut-être tort de s'entêter à défendre Blaise face à Ron, mais c'était aussi sa faute puisqu'il n'était pas capable de se contrôler. Les deux amis continuèrent de marcher ensemble, sans but précis, et finalement leurs pas les guidèrent vers la salle commune des Gryffondor. Hermione se demanda quand était la dernière fois qu'elle s'y était rendue et se contenta de suivre le Survivant. Ils trouvèrent Seamus et Dean assis sur un canapé, un groupe de quatrième année jouant aux cartes, et encore d'autres groupes d'élèves. La jeune fille sourit face à cette ambiance qu'elle n'avait plus connue depuis un certain temps et c'est à cet instant qu'elle se rendit compte à quel point cela lui manquait. Avoir une salle commune presque pour elle seule était très plaisant, il est vrai, et dormir sans avoir à supporter les ronflements de Lavande l'était tout autant, mais cette salle commune avait rythmé la plupart de ses soirées durant six longues années, et le calme qu'elle connaissait à présent était si différent. Elle eut beau chercher, Ron n'était pas là. Elle ne savait pas où il s'était rendu, et Harry l'emmena s'asseoir sur un fauteuil. Il lui proposa de jouer aux échecs, elle accepta, l'image de Ron dans la tête. Pourquoi diable fallait-il qu'il réagisse ainsi?

-o-o-o-

Plus tard dans la journée, la brunette retourna dans sa salle commune. Elle donna le mot de passe au tableau, et fut surprise non pas de voir que Drago y était présent, mais de voir qu'il était accompagné de Blaise. Jamais encore quelqu'un d'autre qu'eux d'eux n'était entré ici, à moins qu'elle ne le sache pas, ce qui ne serait pas étonnant. Ils semblaient concentrés dans leur conversation, elle décida donc de se rendre directement dans sa chambre. Elle y trouva les chocolats que ses parents lui avaient envoyé quelques jours plus tôt: elle avait faim, mais maintenant il était trop tard pour qu'elle aille manger. Elle en avala quelques uns, prit un livre posé sur sa table de chevet pour le déposer dans son sac et sortit. Cette fois, les deux garçons la remarquèrent. Blaise salua Hermione, elle lui dit qu'elle comptait se rendre à la bibliothèque pour travailler sur leur projet, il lui répondit qu'il la rejoindrait d'ici dix minutes, elle acquiesça puis elle sortit.

En effet, rapidement, le jeune homme la rejoignit. Il s'installa en face d'elle, alors qu'elle était en train de lire, et attendit patiemment. Son paragraphe terminé, Hermione leva la tête.

-Au fait, j'ai parlé à Ron pour hier.

-Et alors, comment ça s'est passé? demanda-t-il, curieux.

-Je sais pas vraiment. Pas très bien, je pense. Enfin, il a dit que je me cherchais des excuses et il est parti.

Il grimaça.

-Donc pas très bien, tu as raison. Peu importe. Je suis désolé d'être la cause de ça, mais je ne peux rien faire pour vous réconcilier. Ça me regarde pas, je t'ai dit ce qu'il avait fait, c'est tout.

-Je sais, je t'en demande pas tant de toute façon. Bon, on se met au travail?

Blaise sortit de sa poche quelques notes pour les montrer à Hermione. Elle y jeta un œil, lui montra ce qu'elle venait de lire. Elle se demandait sérieusement comment Rogue voulait qu'ils préparent d'eux-mêmes une recette de potion et qu'ils la créent lors d'un cours en étant certains qu'il n'y avait aucun risque. En combinant les propriétés magiques de différents ingrédients, ils avaient déjà trouvé quelques résultats susceptibles de convenir, mais ils n'étaient sûrs de rien. Après une heure de recherches, Blaise s'excusa auprès de Hermione car il avait quelque chose à faire et qu'il devait partir. Cette dernière fit donc de même, trop peu motivée pour travailler seule après cette énième dispute avec son ami.

-o-o-o-

Lors du prochain cours de potions, le professeur Rogue demanda aux élèves s'ils avaient avancé sur leur devoir. A leur grande surprise, Hermione et Blaise constatèrent que seuls leur groupe et celui de Lavande et Théodore Nott répondirent qu'ils avaient quelques éléments. Voyant que les élèves ne semblaient pas déterminés à travailler, Rogue décida que dorénavant, ils seraient placés par binômes. Hermione se déplaça donc de l'autre côté de la salle, à côté de Blaise, sous le regard dégoûté de Ron. Ils ne s'étaient toujours pas reparlé, la brunette n'avait pas envie de faire des efforts pour qu'il les brise dès que l'occasion se présenterait. Ensuite, le cours commença.

-o-o-o-

Il était tard, et Drago était encore réveillé. Il était assis sur le rebord du vitrail, regardant la pluie tomber à travers celui-ci. La Gryffondor qui s'était initialement levée pour aller aux toilettes le vit et le rejoignit. Il avait l'air vidé de toutes ses forces, et dans cet état, il paraissait tellement inoffensif qu'il ne semblait plus être la même personne. Elle s'assit sur la partie du rebord qui était toujours disponible, sans un mot. Ce fut son homologue qui brisa le silence.

-Retourne dormir, Granger, ou je me sentirais coupable la prochaine fois que je viendrais te réveiller. Tu vas être fatiguée.

-Qu'est-ce que ça peut bien te faire, hein? Je suis sûre que tu ne peux même pas te sentir coupable de quelque chose.

-Détrompe-toi, parfois, ça m'arrive.

-J'aimerais bien voir ça.

-Moi, je n'aimerais pas.

Le silence reprit sa place, et cette fois-ci ce fut au tour de la brunette de le rompre.

-Tu ne veux toujours pas m'en parler?

-De quoi tu parles?

-Du soir où je t'ai retrouvé quasiment laissé pour mort.

-Je n'ai pas envie d'en parler tout court. Ni à toi, ni à personne. Et ne te vexe pas mais je ne pense pas t'en parler un jour.

Cette fois, le silence s'installa définitivement. La Gryffondor s'était recroquevillée pendant que le vert et argent fixait toujours l'extérieur. Bien vite, la jeune fille s'endormit là, ce qui arracha un sourire attendri au blond. Il soupira, sachant qu'il ne pouvait pas la laisser ici. Il passa un bras sous ses genoux, l'autre bras dans son dos et la porta jusque sa chambre. Il ouvrit la porte d'un coup de pied, l'allongea dans son lit et déposa la couverture sur elle, jusque ses épaules. Elle bougea. Ne voulant pas la réveiller, il se dirigea vers la porte, et repartit.

-Bonne nuit, Granger.

-o-o-o-

-Lucius... As-tu parlé à Drago?

-Pas encore, répondit l'homme. Je pense lui envoyer une lettre, c'est plus prudent. Nous pourrions nous faire repérer.

-Peu importe comment tu t'y prends, tu ferais mieux de te dépêcher de lui faire parvenir le message... Je pense que tu sais ce qui t'attend si tu ne t'y prends pas rapidement... répondit la sorcière d'une voix pleine de sous-entendus.

-Je le sais, Bellatrix.

-Si ta tendre Narcissa venait à être au courant, elle t'en voudrait tellement... Tu ne protèges pas ton fils en mettant tant de temps à lui dire...

-Laisse-moi tranquille. Cette affaire me concerne, c'est à moi de lui parler, et de juger quand il serait bon de le faire. Alors mêle-toi de ce qui te regarde.

Pour accompagner ses dires, Lucius Malefoy transplana, sous le regard hargneux de la sorcière brune qui grognait, mécontente. Elle se rendit dans la salle voisine, où d'autres Mangemorts étaient sagement regroupés, et c'était une journée comme les autres qui allait s'achever.