Exceptionnellement, la bibliothèque étant trop pleine à leur goût, Blaise et Hermione avaient décidé de travailler dans la salle commune des préfets en chef. Le Serpentard y étant déjà venu en compagnie de Drago, la jeune fille s'était dit que ce dernier n'y verrait aucun inconvénient. Puisque l'ambiance y était plus calme, ils s'étaient dit qu'à partir de ce jour ils viendraient travailler ici. Leur travail avançait très nettement, ils avaient déjà bien réfléchi quant aux effets qu'ils voulaient attribuer à leur potion: ils pensaient en faire un breuvage qui changerait la couleur des cheveux. Ils avaient étudié les propriétés de certaines plantes et l'une d'elle semblait pouvoir faire office de colorant: le floramentus étant une fleur comestible présente dans une grande variété de couleurs, il suffirait de la tremper quelques secondes dans l'eau chaude pour faire fondre ses pétales, qui libéreraient alors une poudre qui, diluée dans l'alcool, deviendrait colorante. Ils avaient aussi découvert une petite pierre appelée l'asphale, s'ils la broyaient et la mélangeaient à la fleur, la potion n'affecterait que les cheveux, car la pierre et les pigments capillaires avaient tendance à s'attirer entre eux, comme deux aimants. Cela restait trop simple à leur goût, ils voulaient chercher des effets supplémentaires, comme boucler les cheveux par la même occasion, ou les lisser. Hermione se demandait d'où cette idée capillaire lui était venue, probablement des conversations avec Lavande, Ginny et Parvati. Blaise avait pensé à autre chose, mais après réflexion les deux amis avaient décrété que ce serait impossible à réaliser pour des amateurs tels qu'ils l'étaient. Un peu fatigués de leur travail, ils prirent une pause. Le vert et argent songeait à repartir mais la Gryffondor l'en empêcha: il leur restait trop de gâteaux pour qu'elle les termine seule et elle ne pensait pas que son homologue reviendrait avant le soir. Face à cet argument, Blaise, qui avait passé plus d'une heure à observer dans les moindres détails les dits gâteaux, ne put que rester. Ils étaient tous deux assis sur le canapé, mangeant des biscuits pour certains à la fraise, pour d'autres au chocolat, parlant de leur vie ou de leur opinion sur certains sujets. Sans s'en rendre compte, ils étaient devenus bons amis, et la compagnie de son binôme semblait à Hermione plus agréable que celle que Ron avait à lui offrir ces derniers temps. Cela faisait une semaine qu'ils ne s'étaient plus parlé, sans doute par agacement l'un pour l'autre. Enfin, lui était bien plus agacé par le fait de voir qu'elle pouvait s'entendre avec d'autres personnes d'une autre maison que par elle. Tandis qu'elle avait toujours le regard perdu dans l'au-delà, sa main tenant son biscuit suspendue dans l'air, son ami la ramena à la raison.

-Dis, Hermione, tu trouves pas que tu as assez mangé de gâteaux comme ça? demanda Blaise.

-Tu dis ça parce que je suis grosse ou parce que tu veux juste le reste pour toi?

-Je vois pas de quoi tu parles... continua-t-il en retirant l'assiette de la table.

-Rends-moi ça tout de suite! cria-t-elle, un sourire au lèvres alors qu'elle tendait le bras pour tenter de récupérer ce qu'il venait de lui voler.

-T'es trop petite! ria-t-il en levant le bras encore plus haut.

-Je te signale que je suis une fille de taille moyenne, et que tu es un garçon de très grande taille! poursuivit-elle, toujours en voulant reprendre l'assiette.

-Ton intelligence n'a vraiment aucune limite, je pense pas qu'un jour j'aurais pu m'en rendre compte tout seul!

-Et toi tu es très drôle! Allez, rends-moi ça, le pressa-t-elle.

-Arrête, je t'ai dit que tu en avais assez mangé!

Ils commencèrent à chahuter, il dut s'allonger et tendre son bras bien en arrière pour qu'elle ne puisse pas atteindre l'objet de sa convoitise, elle fut forcée de l'escalader, s'agrippant à son t-shirt d'une main, tendant l'autre vers l'assiette de gâteau qui avait perdu presque la moitié de son volume depuis que Blaise l'avait récupérée, les yeux brillants lorsqu'elle remarqua qu'elle la touchait presque. Il fit un geste de travers pour éviter qu'elle y arrive, et en moins de temps qu'il en faut pour le dire, tout ce qui restait des en-cas se retrouva au sol. La mine réjouie d'Hermione se transforma en dépit pendant que Blaise arborait un air innocent, au bord du fou rire.

-Ah bah c'est malin, maintenant y en a partout par terre! cria le Serpentard.

-Mes précieux gâteaux... se plaignit Hermione, mimant des pleurs. Tout est ta faute!

Elle se jeta sur lui, riant de bon cœur, et le chatouilla. Il se mit à rire à n'en plus pouvoir, des larmes perlant aux coins de ses yeux. Il la supplia d'arrêter, mais plus il suppliait plus elle continuait. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas amusée ainsi, et cela lui aurait coûté de le dire, mais elle ne savait même pas si elle s'était déjà autant amusée que depuis qu'elle avait commencé à voir Blaise. Il était quelqu'un d'adorable malgré qu'il soit l'ami le plus fidèle de Drago Malefoy, il écoutait Hermione, tentait de la comprendre, l'aidait. Elle se sentait bien en sa compagnie, peut-être aussi bien qu'elle pouvait se sentir avec Harry. Elle sourit, et se rendant compte qu'elle avait calmé la torture qu'elle lui infligeait, elle reprit de plus belle.

Mais sans que ni l'un ni l'autre ne s'en soit rendu compte, un autre Serpentard était entré, les trouvant là, riant, elle à califourchon sur lui, en train de le chatouiller. Sans qu'Hermione ne puisse l'expliquer, l'attitude que Drago avait adopté depuis le début l'année semblait envolée: un regard dégoûté, des yeux tueurs, les poings et la mâchoire serrée, il n'avait plus rien du Drago avec lequel elle aurait presque pu se lier d'amitié. Il explosa.

-Bordel Blaise qu'est-ce que tu fous ici?! hurla-t-il, hors de lui.

Hermione s'était rassise sur le bord du canapé, honteuse que quelqu'un les ai trouvé dans une position dont elle ne s'était presque pas rendu compte. Blaise se redressa.

-Un devoir de potion, répondit-il la bouche pleine, très calmement malgré l'outrage que son ami portait dans sa voix. Pourquoi?

Drago jeta un œil aux biscuits éparpillés au sol, à l'assiette posée sur le canapé et aux deux amis.

-Je suis désolé, Blaise, mais ça avait pas franchement l'air d'un devoir de potion! Putain, mais il t'arrive quoi?!

Hermione assistait à la scène, gênée et incrédule.

-Calme-toi, mec, on faisait rien de mal, sauf si tu considères que manger des gâteaux soit suffisant pour faire de nous des malfaiteurs, reprit-il du même calme, un regard pour Hermione. On faisait juste une pause dans notre truc.

-Sors d'ici.

-Eh, t'as pas besoin de...

-Sors! le coupa-t-il.

Il avait hurlé. Hermione sursauta. Elle ne se rappelait pas l'avoir déjà vu si énervé et ne comprenait pas ce qui pouvait le mettre dans un tel état. Blaise soutint un instant le regard de Drago, et comprenant que ce n'était sans doute pas le moment de le chercher encore plus, il prit ses affaires et sortit, sous le regard satisfait mais toujours aussi enragé du blond. La Gryffondor, quant à elle, ne semblait pas intimidée par cette colère.

-Malefoy, c'était vraiment obligé toute cette scène?! cria-t-elle en se levant. Je croyais que tu avais mûri mais tu viens de criser d'une manière encore plus ridicule qu'un gosse! Qu'est-ce que ça peut te faire qu'il soit là, si je me souviens bien la dernière fois c'est toi qui l'as fait venir, non?!

-Commence pas, toi, tu peux pas comprendre! s'énerva-t-il.

-Et bien alors explique-moi! Mais qu'est-ce que vous avez tous en ce moment?! Non mais sérieusement, on croirait voir Ron et sa jalousie! brailla-t-elle.

-Va pas croire que je suis jaloux que tu passes du temps avec lui! T'es loin du compte!

-Mais explique-moi, alors! J'en ai marre de ne jamais rien savoir, à la fin! s'énerva-t-elle, excédée.

-Ça t'avancerait à quoi de savoir que je suis juste inquiet pour ce con, hein?! T'es pas au courant de tout ce qui se passe dans ma vie, ni dans la sienne, et crois-moi tu as bien de la chance de pas le savoir! Alors si tu veux bien arrêter de chercher à comprendre des choses dont tu soupçonnes même pas l'existence, ça m'arrangerait pas mal, ok?!

Ils se fixèrent longuement. Hermione ne s'énervait que très rarement, mais elle avait l'impression que c'était beaucoup plus facile de le faire contre lui. Il allait tourner les talons, mais avant cela il ajouta:

-C'est pas à toi que j'en veux, alors je vais partir avant de m'énerver contre toi et de dire des trucs que je devrais pas dire. A plus, Granger.

Il ouvrit la porte de sa chambre, y entra et referma derrière lui. La brunette entendit un bruit sourd: il venait de donner un coup de poing dans le mur. Elle décida de le laisser à ses pensées, de toute façon trop perturbée par ce qu'il venait de se passer pour faire quoi que ce soit de plus.

-o-o-o-

Hermione était descendue dans la Grande Salle à l'occasion du dîner. Elle s'arrangeait toujours pour arriver en retard, histoire de ne pas avoir à croiser Ron, et elle y parvenait toujours. En général elle mangeait seule, sauf lorsque Luna s'invitait à la table des rouges et or pour lui tenir compagnie, et elle n'y voyait aucun inconvénient. Mais aujourd'hui, sa meilleure amie semblait elle aussi avoir eu l'idée d'être en retard au dîner, la brunette s'approcha donc d'elle, heureuse de la voir.

-Salut Ginny! Je suis contente de tomber sur toi! Pourquoi tu manges si tard?

-Hey, Mione! Je m'étais endormie... Par contre, toi, ça fait quelques temps qu'on ne te voit plus. Ça a un rapport avec ce qu'il se passe avec Ron?

-Non, mentit-elle, non, je suis juste très occupée en ce moment... Bon, d'accord, poursuivit-elle face au regard insistant de son amie, c'est vrai, mais c'est juste que c'est compliqué en ce moment. Tout est définitivement trop compliqué cette année, entre Ron qui pique une crise tous les quatre matins, Malefoy qui est presque devenu gentil et Blaise et moi qui sommes devenus amis, je sais plus où donner de la tête, tout est trop bizarre...

-Toi, tu as des choses à me raconter, conclut son amie. Allons manger.

Les deux jeunes filles s'assirent à table, prirent une assiette chacune et se servirent. Tout le long du repas, Hermione fit à la rouquine le récit des derniers jours, en commençant par ce que Ron avait dit à Blaise et ce qu'il s'en était suivi, mais Ginny lui avoua qu'elle en avait déjà entendu parler du point de vue de Ron, qui mettait plutôt la faute sur la brunette et le Serpentard. Hermione souffla, avant de raconter les récents élans d'amabilité de la part de son colocataire et de poursuivre sur l'épisode de l'après-midi même, sans mentionner trop de détails pour éviter qu'elle s'imagine des choses vis-à-vis de Blaise, elle évoqua seulement les gâteaux et son homologue entrant, énervé, sans oublier de parler de la discussion qu'ils avaient eue ensuite. Ginny avait écouté l'entièreté de son monologue sans dire un mot, hochant la tête de temps à autre, changeant d'expression du visage. Lorsque Hermione eut terminé, elle parla enfin.

-Ouah... Et ben, quelle histoire. Ouais, donc, si je résume, ils en pincent tous les trois pour toi et ils se battent pour t'avoir, conclut-elle pour taquiner son amie.

-Oula, toi t'as pas tout bien suivi, tu veux que je te raconte encore? répondit Hermione qui n'était pas si amusée.

-Non, merci, ça va aller. Mais pour Malefoy, tu es sûre que ces gâteaux ne lui appartenaient pas? Le fait que vous les mangiez sous ses yeux aurait pu l'énerver, qui sait?

-Ginny, enfin, ce ne sont que des gâteaux!

-Oui, ben, on sait jamais... Pour en revenir à mon frère, il m'a dit qu'il en avait marre que tu n'essaies jamais de le comprendre, et qu'il ne comptait pas te reparler tant que tu ne ferais aucun effort.

-Mais, j'essaie, Ginny, s'indigna-t-elle, j'essaie de le comprendre! C'est lui qui ne fait pas en sorte de rendre ça possible, il change toujours d'humeur, s'énerve pour un rien et par dessus tout il ne se rend pas compte que le problème vient de lui...

-En soit, ça ne me regarde pas. Je pense que vous devriez en parler, Mione. Il n'y a que ça à faire.

La rouquine se leva, dit au revoir à son amie et sortit pour regagner son dortoir. Hermione quant à elle terminait sa part de flan, après quoi elle ferait sans doute de même, pressée que cette énième étrange journée s'achève.

-o-o-o-

Sortant de la douche, désormais en tenue pour dormir, Hermione était bien décidée à parler avec Drago. Même s'ils n'étaient pas vraiment amis, il se montrait trop distant et mystérieux à son goût: elle ne savait toujours rien de l'incident qui avait eu lieu deux semaines plus tôt et ce qu'il s'était passé dans l'après-midi n'arrangeait pas les choses. Son envie d'aller se coucher aussitôt l'embrasure de la porte de la salle commune passée s'était finalement avérée moins forte que son besoin d'en savoir plus à certains sujets. Elle avança donc vers la porte de la chambre du jeune homme, levant le poing pour toquer mais elle s'ouvrit avant qu'elle ait eu le temps de le faire. Le Serpentard se tenait devant elle.

-Oh, Granger. Je ne t'avais pas vue.

-C'est normal, Malefoy, j'étais de l'autre côté de la porte... fit-elle remarquer.

-Oui, c'est vrai, je pense que c'est pour ça. Qu'est-ce que tu veux?

-Parler.

-Ne m'en veux pas mais j'ai des choses à faire, je suis sûre que tu trouveras quelqu'un d'autre qui sera ravi de parler avec toi, dit-il en essayant de la contourner. Elle lui bloqua le chemin.

-Non, je voulais dire, parler de quelque chose en particulier, avec toi.

Il soupira.

-Et de quoi est-ce que tu veux parler?

-D'un tas de choses, à vrai dire. Tu es obligé de faire ce que tu as à faire maintenant?

-Eh bien, disons que ça peut attendre... Je t'écoute.

-Bon, ça va pas trop te plaire mais j'ai toujours autant envie de savoir ce qu'il s'est passé la dernière fois...

-Si c'est pour me parler de ça, alors non, mes occupations ne peuvent pas attendre, la coupa-t-il en essayant de passer.

-Non, attend, insista-t-elle, c'est bon, j'ai compris! Il n'y a pas que ça, répondit-elle. Tout à l'heure, tu as dit que je savais pas tout ce qu'il se passait chez toi et chez Blaise, et...

-Granger, la coupa-t-il une seconde fois. Granger, quand est-ce que comprendras que ma vie n'est pas la tienne et donc qu'elle ne te regarde en rien? Je ne comprends même pas pourquoi tu t'y intéresses, franchement, tu t'ennuies à ce point?

-Malefoy... Réponds honnêtement, s'il te plaît. Qu'est-ce que tu penses de moi?

-Je peux savoir pourquoi est-ce que tu me demandes ça? s'étonna-t-il.

-Moi-même j'en sais rien. C'est juste que, tu as tellement changé, tu agis totalement différemment, tu n'es plus le même et c'est vraiment bizarre d'avoir connu quelqu'un d'ingrat et de se rendre compte que cette même personne peut devenir appréciable.

-Ah parce que tu m'apprécies? demanda-t-il à son tour, un sourire moqueur se formant sur ses lèvres.

-Je n'ai pas non plus dit ça! s'écria-t-elle. Je dis juste que si tu avais été comme ça dès le début, ça aurait pu arriver... Et tu n'as pas répondu à ma question.

-Ah, oui, ta question. Et bien, je n'ai pas l'habitude d'étiqueter les gens. Je n'ai pas d'amis, ou d'ennemis, ou quoi que ce soit. Je ressens juste des choses différentes en fonction de chaque personne, mais je trouve que c'est inutile de les considérer par des mots.

-Et je peux savoir ce que tu ressens envers moi?

Il fit mine de réfléchir un instant, les yeux vers le ciel.

-Appelle ça comme tu veux, déclara-t-il finalement.

-Tu ne m'aides pas beaucoup, tu sais!

-Tu n'as pas à savoir ce que je pense des gens, et je ne suis pas sûr que ce soit très poli de demander aux autres ce qu'ils pensent de nous-même.

-Parce que tu te soucies de la politesse maintenant? Ce n'est pas moi qui te réveille en toquant à ta porte, à ce que je sache!

-Ça n'a rien à voir, Granger, ça c'est juste pour jouer. Toi, tu es juste impolie.

-Mais va te faire foutre! répondit-elle sur un ton amusé.

-Tu ferais mieux d'aller te coucher, il se fait tard.

-Malefoy, il n'est que huit heures et demie...

-C'est ça, Granger, il est huit heures et demie. Bonne nuit!

Cette fois-ci il parvint à sortir de sa chambre, et une fois de dos, il fit un signe à la jeune fille qui le regardait s'éloigner. Elle leva les yeux au ciel, réalisant que cette discussion avait presque été inutile, et entra dans sa chambre, épuisée. Tout compte fait mais sans vraiment le vouloir, elle écouta les conseils de son homologue et s'allongea, après quoi elle entra peu à peu dans le monde des rêves.

-o-o-o-

Il va de soi qu'il faut mettre un terme à tout cela. Cela ne peut plus durer, qu'il s'agisse de Poudlard ou du monde magique en général. Les Sangs-de-Bourbe doivent disparaître. Nous mettrons tout en œuvre. Je compte sur lui, Lucius.