Blaise et Hermione étaient dorénavant dehors, et la jeune fille espérait inconsciemment que les professeurs soient intervenus, bien qu'aucun d'eux n'était présent dans la salle au moment de l'incident. Elle devinait sans peine l'anarchie que pouvait causer Drago une fois énervé et elle connaissait bien suffisamment Ronald pour savoir qu'il tenterait de se défendre. Seulement, dans l'état dans lequel il se trouvait, jusqu'où pourrait-il aller s'il parvenait à prendre le dessus sur le vert et argent? Bien que la jeune fille doutait fortement que ce scénario se produise, elle prenait peur et avait commencé à se ronger les ongles. Elle ne s'en rendit compte que lorsque son ami lui ôta la main de la bouche.
-C'est inutile de t'infliger ça, Hermione.
-Ne t'en fais pas, je le fais souvent quand je suis stressée...
-Eh, reprit-il en s'arrêtant de marcher, tu n'as pas à être stressée! Tout ira bien pour eux, d'accord, Drago essaie juste de maîtriser Ron et il m'a demandé de t'accompagner dehors parce qu'il sait très bien que si tu restais près de lui, seul Merlin aurait pu savoir comment les choses auraient tourné.
-J'aurais dû rester... J'aurais dû rester et m'occuper moi-même de ça, ce sont mes affaires après tout... Et après il va dire que je m'occupe trop de sa vie...
-Tu veux qu'on aille s'asseoir près du lac pour te changer les idées? On retournera dans la salle après, si tu veux.
-Oui, merci.
Ils continuèrent de marcher en direction du lac, Hermione réalisant à peine ce qui était en train de se passer pour Ron et Drago au même instant, et elle se sentit soudain bien idiote de marcher tranquillement avec son ami pendant que deux personnes se battaient par sa faute. Elle s'apprêta à faire demi-tour quand le Serpentard l'attrapa par le bras, ayant prédit sa réaction.
-Hermione, ça ne sert à rien d'y retourner maintenant. J'ai quelque chose à te dire, de toute façon.
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Drago se massa la joue sous l'impact du coup. Celui-là, il ne le laisserait pas passer. Il leva le poing et rendit le coup au rouquin, qui l'accusa avec un regard assassin. Sous le regard étonné du blond et d'autres élèves qui se tenaient maintenant prêts à intervenir si un autre coup était porté, Ron se mit à rire, d'un rire froid, méprisant et mauvais. Le ton de ce rire aurait facilement pu impressionner son adversaire, si seulement celui-ci n'avait pas été Drago Malefoy.
-Tu me dégoûtes, Malefoy. Tu dégoûtes tout le monde, en réalité. Ils sont juste trop cons pour le voir ou bien ils ont peur de toi parce qu'ils te considèrent comme un danger, mais tu n'as pas lieu d'être vu comme ça. Toujours à vouloir défendre ton pseudo-honneur, là, je sais même pas pourquoi tu viens me faire chier alors que j'étais bien avec elle! Pourquoi tu veux jouer les héros dans une situation où personne n'a besoin de le faire, hein?! Pourquoi?! hurlait-il désormais. T'es même pas un héros! T'es juste une minable petite fouine, t'es juste un con qui sait plus quoi foutre de sa vie, à tel point qu'il vient foutre la merde dans celle des autres!
Drago leva une nouvelle fois le poing, mais Harry venait de s'interposer entre les deux garçons, écartant au passage son ami de la trajectoire du coup du Serpentard. Ce dernier semblait fulminer de rage: tout son corps était tendu, ses yeux s'étaient assombris et sa respiration s'était faite plus irrégulière et plus saccadée. Son état de rage sembla s'affaiblir en voyant le survivant et son bras retomba le long de son corps.
-Écarte-toi, Potter. Pour une fois ce n'est pas toi que j'ai envie de tuer.
-Tu ne tueras personne, Malefoy. Ron est ivre mort. Tu ne voudrais pas perdre ta dignité en t'en prenant à plus faible que toi, si? le défia-t-il.
Bien que cela le fit rager, Drago reconnut qu'il avait raison. Il recula de quelques pas, peu habitué à faire preuve d'autant de contrôle sur lui-même et contempla Harry, jouant avec ses mains afin d'éviter de serrer les poings.
-Tu ferais mieux d'aller le coucher, conseilla le blond.
-Comme si je ne m'en étais pas rendu compte tout seul, Malefoy.
Le vert et argent dévisagea son ennemi et s'écarta pour le laisser passer, tandis qu'il soutenait Ron, aidé de Ginny qui, en sortant de la Grande Salle, tourna la tête en direction du dehors, probablement dans l'espoir d'y trouver Hermione.
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-Qu'as-tu à me dire?
-Rien d'extraordinaire, de ce que j'en juge. C'est même plutôt banal. Assieds-toi
Il lui tendit la main pour l'aider à se poser sur l'herbe, au bord du lac. Elle l'accepta et prit appui dessus pour ne pas glisser. Le froid se faisait sentir, il gelait probablement à en juger par le sol glissant et elle frissonna. Blaise ôta sa veste pour la poser sur ses épaules et, d'un regard, elle le remercia.
-Bon, je t'écoute maintenant.
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Drago était parti s'adosser contre un mur dans un coin de la pièce, reprenant haleine. Personne n'avait osé venir le rejoindre jusque là, mais bien vite il fut rejoint par l'une des filles de sa maison, qui pour une fois n'avait pas en tête de le séduire, mais simplement de s'assurer qu'il allait bien.
-Drago? demanda-t-elle pour être sûre qu'elle ne risquait rien en s'approchant de lui. Comment te sens-tu?
Il ne répondit pas et la jeune fille remarqua que ses yeux brillaient toujours d'une lueur de rage. Elle reprit donc:
-Pourquoi as-tu volé au secours de la Sang-de-Bourbe? Son sort ne t'a jamais tant préoccupé que ça.
-Eh bien figure-toi que les choses changent, Pansy. Les gens aussi changent. Tu devrais y réfléchir, ça ne te ferait pas de mal d'essayer de faire preuve d'un peu d'intelligence, parfois.
Sur ces mots qui laissèrent Pansy Parkinson dans le flou le plus total, Drago s'éloigna en direction de la sortie.
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-Bon, je sais qu'on ne se parle pas depuis très longtemps, tout ça, mais je tiens à dire que j'ai pas fait exprès.
-Tu commences à me faire peur... Ne me dis pas que tu as perdu les parchemins avec le début de la recette de notre projet?
-Non, non, rien de tel! assura-t-il en riant. Ecoute-moi au lieu de théoriser sur des sujets qui n'ont aucun rapport!
-o-o-o-
Drago était monté dans sa chambre, sa soirée incontestablement gâchée. Il soupira. A quoi bon s'être autant cassé le crâne pour organiser quelque chose dont il n'avait même pas eu le temps de profiter. Il allait sans doute se contenter de terminer la soirée ici, les yeux vers le plafond, jusqu'à ce que la Gryffondor revienne, auquel cas ensuite il irait...
Le flot de ses pensées s'interrompit. Il sursauta.
-Merde, merde, merde!
Il se leva en vitesse, courut en direction de la sortie de sa salle commune et ne s'arrêta pas, il ne faisait qu'accélérer l'allure, à tel point qu'il y eut des moments où il manqua de chuter. Il n'avait pas pris la peine d'enfiler des chaussures et s'enfonçait des gravillons sous les pieds à chaque pas.
Peu importe. Il devait absolument garder un œil sur elle.
-o-o-o-
Le vent avait commencé à souffler, faisant danser les cheveux d'Hermione au gré de sa musique. Elle attendait patiemment que Blaise parle enfin.
-Bon, voilà. Je me suis beaucoup attaché à toi ces derniers temps. J'ai l'impression que mes meilleurs moments, depuis qu'on a commencé à se parler, ce sont ceux que je passe avec toi. Tu as toujours le mot pour me faire rire. Drago ne me parlait pas vraiment bien de toi mais je n'ai jamais voulu construire mon avis à partir de fondations peu fiables. Et j'ai eu raison. J'ai découvert en toi quelqu'un d'extraordinaire, une personne intelligente, avec le cœur sur la main mais qui sait s'amuser. Ne change pas, Hermione Granger. Reste qui tu es. Le monde à besoin de rayons de soleil comme toi. Mais ils pourront trouver d'autres rayons. Car moi, j'ai sincèrement besoin de toi. Bien plus que n'importe qui.
Hermione l'observa, confuse. Elle encaissait doucement les paroles. Elle sentit son cœur battre à tout rompre et ressentit des choses étranges, qu'elle ne se souvenait pas avoir déjà ressenti. Elle se dit que c'était là l'accumulation de toutes les émotions de la soirée, et elle se mit à fondre en larme. Les yeux écarquillés de surprise, Blaise ne put que la prendre dans ses bras, ne s'étant pas douté que ce qu'il venait de lui dire aurait un si grand impact. La brunette accepta l'étreinte et pleurait désormais contre lui.
-Eh, Mione, je te demande rien. La relation qu'on a tous les deux me rend déjà très heureux, tu sais. Tu n'as pas besoin de t'emballer à ce point...
-Je suis désolée, tenta-t-elle de se reprendre, pardon...
Elle se recula juste assez pour faire passer son bras entre le torse de son ami et son visage, afin d'essuyer les larmes qui coulaient le long de ses joues, après quoi elle reprit:
-C'est juste que, plus rien n'a de sens en ce moment... Je ne pensais pas Ron capable d'agir comme il l'a fait tout à l'heure, ni comme il l'a fait ces derniers temps, dit-elle entre deux sanglots, et en plus, Malefoy se comporte étrangement avec moi depuis le début de l'année, et maintenant toi tu me dis ça... Je me sens juste plus coupable que jamais de ce qui m'entoure et même en plein jour je n'arrive plus à y voir clair...
-Shhht, la rassura-t-il, calme-toi. Tu n'as pas besoin de parler.
Il avait posé sa main derrière sa nuque pour l'attirer encore un peu plus contre lui, tandis qu'elle continuait de déverser ses larmes. C'était alors un doux et paisible moment de calme qui dura quelques minutes, apprécié tant par l'un que par l'autre. Moment de calme qui fut ensuite interrompu par Drago, qui s'était fait entendre bien des secondes avant son arrivée tant ses pas martelaient le sol.
-Granger?! Blaise?! Vous êtes où, putain?!
-Ici! cria l'intéressé.
Drago laissa échapper un soupir de soulagement lorsqu'ils les retrouvèrent. Hermione ne pleurait plus et s'était détachée de Blaise. Le second vert et argent s'assit près d'eux.
-Bordel Blaise je t'avais juste dit de l'emmener dehors, pourquoi vous êtes allés si loin?!
-Désolé, Drac, j'ai pensé que marcher lui ferait du bien et on s'est finalement posés ici. Et puis, calme-toi, on va tous les deux très bien.
-On devrait retourner à la fête, conseilla Drago pour changer de sujet.
-Est-ce que... commença Hermione. Est-ce que Ron va bien?
-Si ça peut te rassurer, je ne l'ai pas tué. Pas même amoché. J'espère pour lui qu'aucun professeur n'entendra parler de ça, sinon il risque de prendre pour son grade. Potter est monté le coucher.
Personne ne répondit, mais tous se levèrent d'un même bond. Ils marchèrent ensemble en direction du château. Jamais le blond n'avait ressenti une si grande vague de soulagement qu'en retrouvant Hermione au bord du lac, en compagnie de leur ami commun. Mais cela n'empêchait en rien le fait qu'il allait devoir se montrer plus prudent.
Lorsqu'ils arrivèrent enfin à l'entrée de la Grande Salle, tous les trois alignés, les regards des élèves qui étaient encore présents se tournèrent vers eux. Harry et Ginny étaient là eux aussi, et Hermione accourut vers eux, sautant dans les bras de son meilleur ami.
-Hermione, tu vas bien? s'inquiéta Ginny. Pourquoi ça a tourné comme ça, qu'est-ce qu'il s'est passé?
Hermione rompit l'étreinte qu'elle avait créée avec le brun et sentit le dégoût monter en elle. Alors c'était ça qu'elle ressentait pour Ronald, maintenant? Elle entama le récit de ce que ce dernier lui avait fait et alors la rouquine la prit dans ses bras.
-Par Merlin, Hermione, je suis tellement désolée... Je ne sais pas ce qui lui a pris de boire autant, je ne sais même pas pourquoi il avait de l'alcool sur lui... Je ne sais même pas où il l'a eu, mais merde qu'est-ce qui lui a pris?...
-Hermione, reprit Harry, tu penses que tu serais capable de lui pardonner? Il a fait ça sous l'effet de la boisson, je suis sûr qu'il ne l'aurait jamais voulu ...
-Ce qu'il a fait sous l'effet de la boisson, comme tu dis, aurait pu partir plus loin, répondit-elle en luttant contre l'eau qui tentait de monter jusque ses yeux. Il est hors de question que je lui reparle s'il ne vient pas me présenter des excuses à la hauteur, et vu à quel point il accumule les erreurs, je doute très fortement qu'il puisse accomplir un tel exploit!
Personne ne répondit, ils étaient trop choqués de l'événement que leur amie venait de leur raconter, attristés par ce qu'elle venait de dire et finalement peut-être déçus de Ron. Hermione jeta un regard en coin vers la porte en voyant une silhouette la passer. Lorsqu'elle reconnut son homologue, elle décida de le suivre. Elle enlaça ses deux amis et leur dit qu'elle préférait monter se coucher après cette soirée qui ne s'était pas passée comme elle l'aurait voulu.
Elle se mit à courir aussi vite que ses chaussures peu confortables le lui permettaient et se retrouva vite à hauteur de Drago.
-Malefoy?
-Tiens, Granger, répondit-il, indifférent. Tu me suis, maintenant?
-Non, je... bafouilla-t-elle. Non. Je voulais juste te remercier de ce que tu as fait pour moi tout à l'heure... Sans Blaise et toi je ne sais pas ce qu'il se serait passé...
-Attends, je t'ai pas offert cette robe pour qu'un pourri dans son genre te l'enlève de force.
Elle attrapa Drago par le poignet, l'arrêtant dans son chemin. Alors qu'elle-même ne s'y attendait pas, elle l'enlaça. Il sursauta mais lui rendit son étreinte, le menton posé sur sa tête, alors qu'elle commençait à sangloter. Un sourire attendri se dessina sur le visage du jeune homme.
-Allez, Granger, c'est tout. Monte te coucher et demain plus personne n'en parlera.
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Plus tard dans la nuit, Drago ne parvenait pas à dormir. Il s'était ainsi réfugié dans la salle commune, au coin du feu, allongé sur le canapé. Il avait pris un livre qu'il avait trouvé là, sans doute oublié quelques heures avant par sa colocataire. Il lisait là depuis plus d'un quart d'heure mais ce ne fut qu'à cet instant que des bruits venant de la chambre d'Hermione vinrent perturber son activité. Il posa l'ouvrage ouvert sur la table et se dirigea vers la chambre de la rouge et or. Il y approcha son oreille. Elle pleurait encore, ce qui lui tira une grimace. En cet instant, il aurait volontiers tué le rouquin. Il toqua, mais n'ayant aucune réponse, il se déclara autorisé à entrer. La lumière venant de la salle commune qui éclairait la chambre par l'ouverture de la porte laissait voir au Serpentard une petite boule enroulée dans les draps. C'était elle, et elle sursautait au rythme de ses sanglots. Il referma délicatement derrière lui et avança vers le lit de la Gryffondor. Il s'assit, et voyant qu'elle ne protestait pas, il prit même la décision de s'allonger à côté d'elle, un bras sous le second oreiller. Elle s'approcha de lui, collant sa tête à son torse, saisissant le haut du jeune homme des deux mains, et il referma l'un de ses bras autour d'elle. Il ne sut combien de temps elle mit à s'endormir, mais ce qui était certain, c'est que lui avait plongé dans le monde des rêves bien avant elle.
Ses cheveux dégageaient une délicieuse odeur de pomme, mélangée à un douloureux parfum de tristesse.
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Nous devons faire en sorte de mettre notre plan à exécution à la date prévue. Oui, oui, je viens bel et bien de dire que nous maintenons l'action, et peu importe qu'il n'en fasse pas partie. Nous nous y prendrons autrement, après tout, ce n'est pas un problème.
Tu me déçois tout de même un petit peu, Lucius.
