Alors que Hermione était assise sur un fauteuil, le livre de Drago ouvert sur les genoux – elle ne le quittait plus depuis des jours, et Harry craignait qu'elle s'attache trop à la magie noire – Blaise arriva dans la salle commune. Elle leva les yeux et lui sourit, puis replongea les yeux sur l'encre noire. Le Serpentard vint s'asseoir à côté d'elle et attendit silencieusement qu'elle termine de lire son paragraphe, après quoi elle posa un marque-page à l'endroit où elle s'était arrêtée, referma le livre et le posa sur la table face à elle. Elle pivota légèrement pour pouvoir parler à Blaise.

- Salut Hermione, commença-t-il en premier. Ça fait un moment qu'on a pas vraiment pu discuter, tous les deux, tu ne trouves pas?

- Oui, c'est vrai, avec tout ce qui s'est déroulé ces derniers temps, c'était assez compliqué… D'autant que la plupart du temps, je m'entraîne avec Malefoy.

- Tu fais de très belles performances, d'ailleurs.

- Merci, sourit-elle. Au fait, je t'ai vu parler avec Harry la dernière fois. C'est une bonne chose que vous vous entendiez bien.

- Oh, je n'ai jamais détesté Harry, c'est Malefoy, ça. Puis je ne lui parlais pas vraiment pour le plaisir de le faire, à vrai dire.

- C'est à dire? demanda la Gryffondor, curieuse.

- On parlait de Luna.

- Luna? Qu'est-ce qu'elle a?

- Oh, rien ne t'en fais pas! C'est juste que, tu vois, je ne la connais pas très bien, et j'aimerais bien en apprendre un peu plus sur elle… avoua-t-il, gêné, et face au sourire grandissant de Hermione, il poursuivit. Oh, ne t'emballe pas trop! C'est juste que je l'apprécie. Et j'ai bien compris qu'il n'y aurait rien entre nous, il faut bien que je passe à autre chose.

Hermione lui sourit d'un air désolé, mais elle était tout de même très heureuse que son ami ne se laisse pas abattre. Luna était très gentille, et Blaise ne l'était pas moins, elle espérait que quelque chose puisse se passer entre les deux. Ils formeraient un assez joli couple. Elle pensa alors à Harry et Ginny, se demandant ce qu'il en était de leur côté, et elle fut très agréablement surprise de les voir tous les deux, main dans la main, assis sur un canapé un peu plus loin.

Plus tard dans la soirée, après le dîner, et alors que tout le monde était couché, Hermione était restée dans sa salle commune pour pouvoir étudier tranquillement. En plus du livre de son homologue, elle avait pris quelques livres à la bibliothèque et une pile aussi haute que le canapé avait été érigée sur le sol. Elle ne savait pas où était Drago, mais celui-ci finit par surgir de l'extérieur. Il haussa un sourcil en voyant tous les ouvrages, et racla sa gorge pour que la rouge et or la remarque. Elle leva la tête et lui sourit avant de retourner à sa lecture. Il s'assit à côté d'elle et jeta un œil par dessus son épaule pour voir ce qu'elle lisait. Ils restèrent ainsi dans le silence durant quelques minutes, Drago lisant en même temps qu'elle, puis elle décida de faire une pause une fois qu'elle eut terminé son chapitre.

- Tu avances vite, Granger.

- Les Mangemorts ne m'attendront pas, alors je prends de l'avance.

- Sage décision, mais n'en fais pas trop.

Elle sourit. Le Serpentard entreprit d'allumer un feu de cheminée à l'aide de sa baguette, le début du mois de janvier s'était avéré plus froid que prévu et si la jeune fille tremblait, cela ne saurait tarder pour lui.

- Tu ne dors pas chez les Gryffondor, ce soir?

- Je préfère être ici. J'ai beau être studieuse, si je vois quelqu'un arriver dans la salle commune, je vais être tentée de discuter au lieu d'étudier.

- Ce n'est pas ce que tu es en train de faire avec moi en ce moment-même? demanda Drago en riant.

Hermione ouvrit la bouche, puis la referma aussitôt et se saisit de l'épais livre noir. Drago posa sa main sur la sienne avant qu'elle ait pu le relever à sa hauteur et alors que Hermione releva la tête vers lui, il lui prit le livre des mains et le posa sur ceux qui étaient près de lui.

- Tu as assez travaillé pour aujourd'hui. Toi aussi, tu as le droit de te reposer.

- Parce que Voldemort se repose, peut-être?

- J'en sais rien, et c'est pas mon problème. Mais j'ai pas envie que ma partenaire d'entraînement tombe de fatigue et m'abandonne. C'est pas très drôle, de s'entraîner seul.

- Tu es un égoïste, Malefoy, rétorqua-t-elle en souriant. M'enfin, contente de savoir que je te manquerais si ça arrivait.

- Je n'ai pas dit que tu me manquerais, tu t'imagines des choses. J'ai juste dit que ce serait plus ennuyeux si tu n'étais pas là.

- Tu devrais assumer tes pensée, parfois.

- Tu me sur-estimes.

Les deux jeunes gens se regardèrent et se mirent à rire. Il avait raison, elle avait bien assez travaillé pour aujourd'hui et cela lui faisait le plus grand bien de se détendre un peu, même si c'était aux côtés de Drago Malefoy.

- Tu veux aller marcher? proposa-t-elle. J'ai besoin de me dégourdir les jambes.

- Je te suis.

Après que Hermione se soit davantage couverte pour faire face à la température extérieure, ils se dirigèrent vers la sortie de la salle commune puis vers celle du château. Ils marchèrent sans mot dire, Drago sur les talons de Hermione, tandis qu'elle se laissait guider par ses pas qui, inconsciemment, la menèrent vers le lac où Blaise l'avait conduite le soir du réveillon de Noël. Ils s'assirent tous deux au bord de l'eau, face au reflet de la nuit, et bien qu'elle se soit vêtue du manteau que Harry lui avait offert deux semaines plus tôt, la rouge et or commença à claquer des dents. Drago retira son propre manteau et le posa sur ses épaules.

- Tu ne vas pas avoir froid?

- De base, je ne l'avais pas pris pour moi. Je sais que tu es frileuse.

- Je peux savoir d'où tu tiens cette information? demanda la jeune fille en souriant.

- Oh… hésita Drago en faisant mine de réfléchir. Blaise a dû me le dire, un jour. En tout cas, c'est inquiétant que tu ne te connaisses pas assez pour t'habiller en conséquence.

- Je ne pouvais pas prévoir qu'il ferait si froid! cria-t-elle, et après une pause, elle reprit. Au fait, tu as fait la paix avec Harry?

- Ce n'est pas comme si j'avais le choix, en fait. Si on doit coopérer, autant arrêter de se comporter comme les gamins qu'on pouvait être en première année.

- Tu sais, je ne dis pas ça parce qu'il est mon meilleur ami, mais je crois que le seul de vous deux à avoir été un gamin en première année, c'est toi. Harry n'a jamais été immature.

- C'est mignon, la façon dont tu défends toujours tes amis. Tu devrais te montrer plus objective.

- Je pense l'être suffisamment. Et Ron? poursuivit-elle, cette fois-ci en regardant son homologue.

- Weasley… Non, lui, il n'y a rien à faire. Il m'insupporte. Autant, ses frères, les jumeaux pouvaient parfois être amusant, autant lui, il me tape sur les nerfs.

- Pourquoi tu acceptes de mettre tes différends avec Harry de côté mais pas ceux que tu as avec Ron?

- Je t'ai déjà dit de ne pas être aussi curieuse, Granger, lui reprocha Drago, mais face au regard insistant de la Gryffondor, il n'eut d'autre choix que de répondre. Disons que si je n'aimais pas Potter, c'était par défaut, quand j'étais plus petit je me laissais trop influencer par mon père. Je n'avais aucune raison concrète de ne pas l'aimer, et même si ça me fait tout drôle de dire ça maintenant, je pense qu'on pourrait réussir à s'entendre. Mais si je n'apprécie pas Weasley, c'est parce que… Je n'en sais rien en fait. Je ne l'apprécie pas, c'est tout. Il y a des gens avec qui le contact ne passera jamais, c'est comme ça.

- Je suis contente de voir que les choses se passent correctement au moins avec l'un d'eux.

- Oui enfin, ne va pas t'imaginer que Potter et moi on va devenir inséparable, hein. C'est juste que je suis capable de me comporter correctement avec lui, et qu'il est capable d'en faire de même.

- Je ne t'en demande pas plus.

- Et même si tu m'en demandais plus, tu aurais pu aller te faire voir!

Elle lui mit un coup de coude dans les côtes, auquel il répondit par une légère plainte puis par un petit rire. Hermione sourit.

- Par contre, je suis capable de vraiment m'entendre avec toi. Je n'avais pas non plus de raison de te détester autant, mais à force tu connais la chanson, mon père. Quand je lui ai dit que Harry Potter avait fait ami-ami avec une Sang-de-Bourbe de sa maison, il m'a directement mis en tête que je devais te haïr. Le sale môme que j'étais l'a écouté. C'est pour ça que l'autre fois, je t'avais dit qu'on aurait pu être en bons termes dès le début, ç'aurait sûrement été le cas si j'avais décidé de me faire mon propre avis sur toi. Même si j'ai souvent bien du mal à te comprendre, je t'apprécie énormément, Hermione Granger.

- Eh bien! Si cet été on m'avait dit que je serais là, assise avec toi, au bord d'un lac, et que tu m'aurais dit tout ça, j'aurais probablement fait un malaise! plaisanta-t-elle sans vraiment réaliser les paroles du jeune homme. Quand est-ce que tu as autant changé, au juste? Tu n'étais pas moins arrogant qu'au début de Poudlard, l'année dernière.

- Toi aussi tu as changé, tu es de moins en moins perspicace! Ou alors tu travailles trop et ça te fatigue, il doit aussi y avoir de ça.

- Dis-moi!

- Au cas où tu aurais déjà oublié, mon père m'a demandé de te tuer! Et quand la figure masculine que tu estimes le plus te donne pour mission de mettre fin à la vie de quelqu'un, ça te fait remettre beaucoup de choses en question, et après tu réfléchis, et tu n'es plus la même personne. Je me suis même plusieurs fois surpris à m'inquiéter pour toi parce que je ne t'avais pas vue de la journée, j'avais peur que mon père se soit lui-même chargé de ton cas vu que je m'en étais déclaré incapable, et comme ce fameux soir il n'avait eu aucun mal à accéder à ma chambre, je me disais qu'il n'en aurait pas eu plus s'il avait voulu te rendre une petite visite. Je ne m'étais jamais inquiété pour quelqu'un d'autre que moi avant, Granger. Jamais.

- Pourquoi est-ce que tu t'inquiètes autant pour moi?… Je veux dire, je te remercie de ne pas vouloir me tuer, mais au début de l'année on ne se parlait même pas pour se dire bonjour, qu'est-ce que ça aurait pu te faire que je disparaisse!

- Au début, pas grand-chose, tu as raison. Mais moi-même je ne saurais pas l'expliquer. Je pense que tu ne pourras pas comprendre avant qu'on t'ait demandé de tuer quelqu'un qui n'est pas particulièrement ton ennemi.

- Je ne pense pas que ça puisse arriver un jour, tu sais.

- Si on t'avait demandé de me tuer... Tu l'aurais fait?

- Je… Non! Bien sûr que non! Comment peux-tu me poser la question? Enfin, Malefoy, je sais qu'à la base je ne te portais pas dans mon cœur, mais pas de là à te tuer!

- Oui, c'est à peu près ce que je me suis dit quand mon père m'a soumis sa requête. Puis à force de ne penser plus qu'à ça, j'étais dégoûté par le simple fait de me dire qu'on m'avait demandé de faire ça. Je te souhaite que ça ne t'arrive jamais, oui.

- Tu devrais reprendre ta veste… Tu trembles.

- Oh. Ne t'en fais pas pour ça, ce n'est rien. Tu peux garder la veste.

Drago savait pourquoi il tremblait. Il savait qu'il n'y était pour rien et qu'il aurait dû se savoir gré d'avoir refusé, mais il se haïssait d'avoir eu pour mission de tuer Hermione Granger, suffisamment au point de le chambouler, et la colère et la frustration que tout cela engendrait aurait pu lui faire perdre la tête. Et même s'il arrivait peu à peu à se rendre compte que la Gryffondor commençait à prendre une place dans sa vie un peu plus grande que ce qu'il s'était autorisé, il préférait qu'elle n'en sache rien tant que lui-même ne serait pas sûr de ce qu'il ressentait. Mais il devait bien se l'avouer, elle était magnifique sous la lumière de la lune. Elle faisait ressortir sa peau pâle et faisait briller ses cheveux, qui sentaient toujours la pomme depuis la dernière fois, il n'avait pas oublié cette odeur. Il se faisait violence pour ne pas la prendre dans ses bras et devait tenir ses propres mains et se mordre les lèvres au point d'en avoir mal pour ne pas craquer lorsqu'elle le regardait dans les yeux. Merlin, cette fille allait le rendre fou et il ne le supportait pas. Dépendre de quelqu'un n'avait jamais fait partie de ses plans et il ne comptait pas revoir ce point dans les jours à venir, mais plus le temps passait, plus il avait besoin de savoir la rouge et or en sécurité, de préférence auprès de lui parce qu'il n'avait confiance en personne d'autre pour assurer la survie de la jeune fille. Il savait que les partisans de Lord Voldemort voudraient sa peau sitôt qu'ils la verraient, et il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour les empêcher de lui faire du mal.

Ils restèrent près du lac quelques instants encore, Hermione faisant des ricochets avec des cailloux qui lui tombaient sous la main, Drago essayant de l'imiter sans grand succès. Puisqu'elle avait essayé de lui apprendre comment faire mais qu'il ne s'améliorait pas beaucoup, et que l'heure avançait, ils décidèrent de remonter au château. Hermione rendit sa veste au Serpentard, après quoi chacun alla se coucher dans sa chambre respective, le sourire aux lèvres.

Hermione ne parvint pas à s'endormir de suite, l'odeur de la veste du garçon encore en mémoire, odeur très perturbante elle le reconnaissait, mais si elle l'étant tant, c'est parce qu'elle était la sienne, et qu'elle y était tellement peu habituée. Elle songea à tous ces moments passés avec Drago, du début de l'année où ils s'ignoraient, au commencement de leurs devoirs de préfets en chef qui les avait obligés à se parler, puis la préparation du bal de Noël, et ce bal lui-même, avec cette robe et ces boucles d'oreilles qu'il lui avait si gracieusement offertes. Ce moment où il s'était battu avec Ron simplement pour la défendre, et où il avait risqué sa vie pour protéger la sienne alors que les Mangemorts attaquaient l'école. Plus rien ne tournait rond ces derniers temps, et si elle avait toujours été sûre de détester Drago Malefoy, elle ne savait désormais plus rien. Jamais elle n'avait eu de sentiments si flous envers quelqu'un, et cette sensation si étrange qu'elle n'avait jamais connue jusque là lui faisait peur. Elle ne savait pas si elle ressentait la même chose que Ginny ressentait à l'égard de Harry, mais il y a une chose dont elle était sûre: la compagnie du Serpentard lui était devenue très plaisante, et elle s'avoua enfin que si elle n'allait pas dans la tour des Gryffondor avec les autres, c'était parce qu'elle aimait passer du temps seule avec lui. Son cœur s'emballa à cette pensée, et peinant à se reconnaître, des larmes lui embuèrent les yeux et elle voulut se gifler. Alors qu'elle était allongée, elle se rassit, pris sa tête entre ses mains et se dit qu'elle devrait vraiment écouter Drago et arrêter de travailler autant. Même si elle savait que cela n'avait rien à voir, elle préférait s'en convaincre pour se rassurer, se convaincre du fait qu'elle n'était pas amoureuse de Drago Malefoy, qu'elle trouvait si insupportable mais aussi parfois tellement agréable, se convaincre que c'était sa fatigue qui la contrôlait, et que si elle ressentait toutes ces choses nouvelles à la fois pour le vert et argent, c'était parce qu'elle passait le plus clair de son temps avec lui.

D'ailleurs, il lui fallait se reposer. L'entraînement commencerait tôt le lendemain. Elle ne devrait pas chômer. Tentant de chasser toutes ses pensées, elle se rallongea finalement et même s'il lui fallut plusieurs longues minutes, elle réussit à s'endormir.

-o-o-o-

Le lendemain, Hermione avait du mal à tenir sa baguette. Elle n'était pas dans son état normal, semblait anormalement peu concentrée et peinait à réussir des sorts qu'elle avait pourtant bien maîtrisé la veille, et Drago s'en était rapidement aperçu. Il s'arrêta un instant et se dirigea vers la jeune fille, qui soupira longuement, aussi frustrée que déçue de sa médiocre performance. Visiblement, Ginny, qui était un peu plus loin dans la salle, l'avait remarqué car elle ne cessait de lancer des regards inquiets en direction de sa meilleure amie.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive, Granger? Si je ne te connaissais pas si bien, je croirais que tu as le niveau d'un quatrième année.

- Oh, c'est bon, je sais! s'énerva-t-elle. Je ne sais pas ce qu'il se passe, je dois être un peu fatiguée.

- Je t'ai dit que c'était mauvais de trop travailler.

- Pour une fois, je suis d'accord avec lui, intervint Harry qui arrivait vers eux. Tu es tout le temps en train d'étudier, à force, tu risques de ne plus être très productive.

- Tu vois, je ne suis pas le seul à te le dire, se défendit Drago en souriant. Je pense qu'aujourd'hui, tu ne te rendras pas plus utile qu'en te reposant.

- Je ne vais tout de même pas rester assise toute la journée en vous regardant! protesta la Gryffondor.

- Et pourquoi pas? De toute façon, si c'est pour que tu nous fasses toute la journée ce que tu viens de nous faire, ça ne servira qu'à te fatiguer. Repose toi, Mione, tu te rattraperas demain.

- Mais…

- Allez, tu vas bien sagement écouter Potter et t'asseoir là-bas, la força Drago en la tirant par le bras.

- Malefoy, lâche-moi! Je suis encore capable d'aller m'asseoir toute seule!

Harry se mit à rire. Ces deux-là semblaient bien s'entendre désormais, et même s'il avait été très étonné de s'en rendre compte, le survivant devait avouer que son ennemi de toujours avait beaucoup changé, et vers le positif. Cela ne le dérangeait pas de voir sa meilleure amie s'être rapprochée de lui, puisqu'il semblait ne plus lui vouloir aucun mal. Ron, en revanche, semblait lutter pour ne pas partir au quart de tour, les poings serrés en voyant le Serpentard la tirer de la sorte sans aucune gêne. Sa façon de sourire face à la jeune fille le mettait hors de lui, et voir que Hermione ne semblait pas être contre la compagnie de Drago n'arrangeait en rien les choses. Cela n'échappa pas à Harry, qui se dirigea vers le rouquin.

- Qu'est-ce que tu as, Ron? demanda-t-il en faisant semblant de ne pas savoir ce qui le troublait.

- Ne fais pas comme si tu ne le savais pas. Ça ne te fait rien, toi, de voir Hermione se rapprocher de ce type?

- Allez, ne recommence pas avec ça, vous vous êtes suffisamment pris la tête à cause de ses fréquentations. Reconnais qu'il n'est plus celui qu'il était par le passé.

- Mais enfin, Harry, réfléchis, ce ne sont que des apparences! Evidemment qu'il est le même, et je n'ai pas envie qu'il fasse de mal à Hermione!

- Si ce n'étaient que des apparences, comme tu dis, je ne pense pas qu'il serait là en ce moment même en train d'apprendre à Hermione comment décimer Lord Voldemort et son armée!

- Tu sais quoi? Je m'en fiche. Elle peut bien faire ce qu'elle veut, mais qu'elle ne vienne pas me voir lorsqu'elle se rendra compte que ce type ne vaut rien. Et toi, tu ne comptes pas t'intéresser à la magie noire?

- Je ne m'en sens pas capable. Puisque je suis lié à Voldemort, j'ai peur que ce lien mêlé à la magie noire ne fasse pas bon mélange. Et puis, Malefoy et Hermione sont les meilleurs de Poudlard en terme de sortilège. Si eux deux approfondissent davantage leurs compétences, et que chacun de nous y ajoute les siennes, je pense que ce sera suffisant.

- Malefoy par-ci, Malefoy par-là. Tu ne vas pas t'y mettre, toi aussi? J'ai l'impression que tout le monde l'idolâtre, ces derniers temps. Même Neville commence à le trouver chouette!

Harry se retint de rire.

- Tu penses vraiment que je l'idolâtre? Non, tu es loin du compte. C'est juste que, contrairement à toi, je sais être lucide et reconnaître quand les autres sont bons, ou même meilleurs que moi. Ce n'est pas parce qu'on n'a jamais été amis avec lui qu'il a tous les vices du monde. Je pense qu'on devrait lui laisser sa chance.

- Laisser sa chance à Malefoy, ben voyons… Bon, désolé Harry, mais je retourne m'entraîner avec Dean. Je préfère ça que d'entendre de telles absurdités.

Le survivant haussa les épaules, levant les yeux au ciel, tandis que son ami rejoignait le reste du groupe.

Du côté de Hermione, elle s'était assise comme ses deux amis lui avaient conseillé – ou plutôt ordonné – et Drago avait décidé de se poser un peu à côté d'elle.

- Dis? interrogea la rouge et or.

- Hmm?

- Est-ce que Blaise t'a parlé de Luna?

- Non, pourquoi l'aurait-il fait? Demanda le Serpentard en levant les yeux vers son ami qui était justement en train de discuter avec la Serdaigle.

- Oh… C'est juste que, enfin, je ne sais pas si je suis censée te le dire du coup, alors je…

- Accouche, Granger, on a pas toute la journée, la coupa-t-il.

- Je crois qu'elle lui plaît.

- Si ce n'est que ça, tout va bien. On ne parle pas vraiment de ce genre de choses, avec Blaise, mais je suis content de voir qu'il ne s'intéresse plus à toi.

- Comment tu pouvais savoir qu'il s'intéressait à moi si vous ne parlez jamais de ça?

- Blaise a bien des qualités, mais la discrétion n'en fait pas partie, répondit-il en s'étirant. Si tu ne m'avais pas dit pour Lovegood, je n'aurais pas tardé à m'en rendre compte. Mais c'est bien qu'il se soit fait une raison par rapport à toi. A cause de ça, il était bizarre ces derniers temps, parfois il avait étonnamment bonne mine, parfois pas du tout.

- Ça t'arrive d'appeler les gens qui ne sont pas de ta maison par leur prénom, parfois?

- Je crois que j'ai fait ça une ou deux fois avec toi, oui… Enfin, peu importe, tant qu'on sait de qui on parle.

- Je ne trouve pas ça très poli!

- Je suis poli avec les gens qui ont de l'intérêt à mes yeux, Granger.

- J'ai de l'intérêt à tes yeux une fois sur deux, alors, se moqua-t-elle en souriant.

- Ne m'en demande pas trop et estime-toi déjà heureuse qu'il m'arrive de t'appeler Hermione!

Les deux préfets rirent ensemble, ce qui arracha un regard noir et un long soupir frustré à Ronald. Il secoua la tête pour chasser ces images qui le blessaient et se mit en position d'attaque face à Dean. Voyant Hermione se lever pour se diriger vers la sortie de la salle, puis Drago la suivre, il sentit son estomac se serrer et lança une attaque un peu plus violente qu'il ne l'avait voulu à Dean, et ce dernier, qui ne parvint pas à la parer, vola sur plusieurs mètres et vint s'écraser sur le mur d'en face. Au moins, voir celle qu'il aimait se rapprocher de quelqu'un d'autre lui permettait de s'améliorer… Lorsque Harry lui lança un regard lourd de reproches, Ronald haussa les épaules et marcha en direction de son binôme pour l'aider à se relever.

-o-o-o-

Hermione et Drago sortaient du petit passage qui débouchait vers l'extérieur. Il avait beaucoup neigé ces derniers jours et leurs pas faisaient de légers craquellements dans le tas de flocons qui s'amassaient sous leurs pieds. N'ayant pas pris le temps de repasser par leur salle commune pour prendre des manteaux avant de sortir, les deux jeunes gens avaient froid. C'était lui qui avait proposé de sortir un peu, même s'il ne comptait pas faire retravailler la Gryffondor aujourd'hui, il avait jugé qu'il serait bon qu'elle prenne l'air, ne serait-ce que pour s'aérer l'esprit. Elle n'avait pas refusé, reconnaissant que cela lui ferait le plus grand bien, et les voilà qui étaient dehors sous la neige et le froid hivernal. Malgré tout, un grand soleil trônait fièrement dans le ciel bleu, et le reflet de ses rayons sur le sol clair faisait mal aux yeux de Hermione, alors elle s'efforçait de regarder droit devant elle, bien qu'elle était toujours très amusée de voir ses traces de pas perdurer derrière elle. Avant de sortir, le Serpentard avait expliqué aux professeurs qu'ils avaient travaillé bien plus que nécessaire ces derniers temps, ce qui n'était qu'à moitié vrai car la rouge et or était la seule à avoir dépassé ses limites, le fait pour lui de s'inclure dans cette affirmation n'était que pour trouver une excuse pour ne pas la laisser seule. Il avait alors demandé une journée de repos, ce que les professeurs ne leur auraient jamais refusé étant donné que ce n'était même pas une obligation pour eux d'être encore là.

Hermione avait tellement froid qu'elle tremblait bien plus qu'on pouvait normalement trembler, ses dents claquaient assez fort pour que Drago puisse les entendre, mais cela ne suffît pas à éteindre la lueur de malice qui s'était formée dans le regard du garçon à l'instant même où il avait constaté la quantité de neige qui peuplait le décor. Alors que la jeune fille avançait encore dans l'espoir de trouver un coin ensoleillé où ils pourraient s'asseoir, elle reçut une boule de neige dans le dos, ce qui la fit hurler.

- C'est gelé! Malefoy, tu es cinglé ou quoi?! Tu veux me faire attraper la mort?!

- Oh, ça va, ne dramatise pas! Tu n'avais qu'à ne p…

Il fut interrompu par une autre boule de neige qu'elle lui avait envoyé en guise de réponse, après quoi elle s'était mise à courir, s'attendant aux représailles. Elle ne fut pas déçue: alors qu'elle se déplaçait en zig-zag pour maximiser ses chances d'éviter les projectiles du Serpentard, celui-ci mettait beaucoup de sérieux dans la confection de ses boulets de canon et tentait d'anticiper les mouvements de la jeune fille pour espérer la toucher. Se laissant prendre au jeu, elle aussi commença à former de petites boules blanches au creux de ses mains et tentait de viser le jeune homme, mais elle fut touchée avant lui et elle commençait sérieusement à mourir de froid. Malgré tout, puisqu'elle s'amusait énormément, elle gardait le sourire et continuait de s'acharner sur lui. A force de courir pour tenter de s'esquiver mutuellement, ils s'étaient éloignés du château et Hermione pouvait voir le lac qui commençait à lui devenir familier à force d'y venir. Elle s'arrêta, essoufflée, et Drago la rejoingnit, presque aussi essoufflé qu'elle. Il se tenait les genoux en tentant de reprendre son souffle, alors la brunette voulut profiter de cette opportunité, mais il ne lui laissa pas cette chance en se redressant vivement et, arrivant derrière elle, il passa ses bras autour d'elle pour essayer d'attraper ses mains, la forçant à lâcher le peu de neige qu'elle avait réussi à accumuler. Elle sentit alors le contact chaud de Drago dans son dos et, alors qu'elle se penchait en avant pour tenter de reprendre la neige qu'elle venait de laisser tomber, il ne la lâcha pas et tenta de la redresser, mais puisqu'ils s'était trop rapprochés du lac sans s'en rendre compte, elle glissa et Drago chuta, l'emportant avant lui, et en moins de temps qu'il en faut pour le dire, ils étaient dans l'eau. Celle-ci était gelée, et Hermione crut que son cœur avait cessé de battre tant elle avait eu froid, et si le vert et argent riait de sa réaction, il ne faisait pas le fier non plus. Remarquant qu'ils étaient vraiment loin de l'entrée de Poudlard, Drago s'inquiéta, ils auraient vraiment le temps de tomber malade entre le moment où ils ressortiraient de ce lac et celui où ils pourraient se mettre au chaud. Il nagea vers la Gryffondor et la prit dans ses bras.

- On va rentrer, lui souffla-t-il à l'oreille.

- Tu es fier de toi? Regarde où on en est! Si j'attrape une grippe ou quelque chose comme ça, je te jure que je te tue!

- Si tu attrapes une grippe, je te prêterais l'ordinateur pour que tu joues avec, promis, plaisanta-t-il en se décollant d'elle. Allez, viens.

Il sortit du lac et lui tendit la main pour l'aider à en sortir également. Elle s'en saisit et ne s'attendait pas à un choc thermique si violent, son pull était désormais trempé et la laine n'avait plus aucune forme. D'un sortilège, le vert et argent la sécha puis se sécha lui-même. Elle soupira et ils se mirent à courir vers l'école. Une fois qu'ils eurent pénétré l'enceinte, ils se dépêchèrent de remonter dans leur salle commune, même si la chaleur des murs les avait déjà légèrement réchauffés. Une fois arrivée dans sa chambre, Hermione se changea et s'enroula dans un plaid, encore tremblante, puis elle se dirigea vers la salle commune et alla s'asseoir sur un canapé. Drago était déjà là et avait pris l'initiative d'allumer un feu de cheminée, elle lui en était reconnaissante. Elle ne savait pas si c'était le froid qui la perturbait, mais elle posa sa tête sur l'épaule du jeune homme, qui sursauta face à ce contact inattendu.

- Tu vas bien? demanda-t-il.

- Non. Je suis frigorifiée, et c'est ta faute.

- C'est toujours ma faute, hein? se moqua-t-il, baissant les yeux vers elle.

- Oui, toujours.

Elle avait planté son regard dans le sien. Ils se fixèrent ainsi durant plusieurs secondes et elle se sentit rougir. Le Serpentard replaça une mèche de cheveux qui tombait devant le visage de Hermione, et toujours les yeux dans les yeux, elle lui sourit. Peu à peu, il rapprocha son visage du sien, et, alors qu'il avait fermé les yeux, posa ses lèvres sur les siennes.

Le froid n'y était pour rien, et elle le savait désormais. Ce baiser était le premier qu'elle recevait, et elle sentit son pouls s'accélérer, puis de temps à autre s'arrêter au rythme des mouvements des lèvres du Serpentard. Elle se sentit réchauffée, et ne sachant ce qu'elle devait faire, elle se contentait de répondre au baiser, les yeux fermés. Elle se sentit vraiment vivante, oubliant tous les problèmes qui avaient surgi depuis le début de l'année. Plus rien n'avait d'importance. Elle n'aurait su dire depuis combien de temps durait ce baiser, mais peu lui importait, tout était parfait et elle n'éprouvait pas le moindre regret. Rien n'aurait pu entraver ce moment de bonheur.

Rien, excepté l'explosion qui retentit depuis la Grande Salle.