Auteur : Ariani Lee

Fandoms : Lost Souls? / The Walking Dead

Bêta-lecture : Lyly [u]

Personnages : Steve Finn,Ghost, Nothing

UNDEAD / Deuxième partie

You better get up out the way,
Tomorrow we'll rise so we fight today,
And no, I don't give a fuck what you think and say,
'Cause we are gonna rock this whole place anyway.

( "UNDEAD!", Hollywood Undead )

Aucune décision ne fut prise ce soir-là. Ils passèrent de longues heures à discuter de tout et de rien, comme des amis de longue date. C'était certes le cas pour Steve et Ghost, qui étaient plus proches l'un de l'autre que les meilleurs des meilleurs amis, mais en réalité – Nohing s'en rendait compte – lui ne les connaissait guère. Bien sûr, ils avaient occupé une place importante dans son cœur pendant très longtemps, même avant qu'il ne les rencontre, mais ils ne s'étaient jamais beaucoup parlé, d'autant que les circonstances de ladite rencontre n'avaient rien eu de propice à la naissance d'une amitié. Le vampire pensait que sûrement, Steve et Ghost auraient préféré finir leur vie sans jamais le revoir.

Mais la situation faisait qu'ils n'étaient plus des personnes qui pouvaient simplement décider de ne pas se voir ou se parler parce qu'ils ne s'aimaient pas. Ils étaient des survivants, et faisaient partie d'un groupe de gens disséminés à travers le monde et dont le nombre devait s'amenuiser à chaque instant. Ils n'auraient pas pu se permettre le luxe de s'ignorer, et Nothing en était soulagé car à présent que ses compagnons n'étaient plus avec lui, si les deux garçons n'avaient pas été là, il aurait eu de très longues années de solitude devant lui. De surcroît, Ghost avait prédit son arrivée alors qu'ils étaient plus ou moins décidés à quitter Missing Mile, et ils l'avaient attendu. C'était pour eux trois le moment de faire table rase du passé et d'apprendre à se connaître.

Nothing écouta les récits de Steve et Ghost en les observant, par moments interpellé par leur complicité, par leur intimité. Ils étaient extrêmement proches l'un de l'autre, sans pour autant de se toucher. Il devait y avoir entre eux quelque chose comme un ou deux centimètres, pas plus, et quand l'un bougeait, l'autre le suivait sans même sembler s'en apercevoir, naturellement, s'éloignant ou se rapprochant juste ce qu'il fallait pour maintenir cet écart presqu'insignifiant mais bien présent. Ils finissaient les phrases de l'autre, semblaient se comprendre sans avoir besoin de se parler, et si Nothing connaissait les facultés de Ghost, ceci était simplement dû à leur amitié et à leur parfaite connaissance de l'autre.

Ghost et Steve racontèrent leur première rencontre et la sensation de retrouver un ami perdu de vue depuis longtemps, la surprise de Steve face à l'étrangeté de Ghost et de ses capacités, comment il n'en avait jamais douté, jamais cru que Ghost était fou. Ils parlèrent des années passées à grandir ensemble, des phénomènes qui entouraient le jeune médium, de sa grand-mère, de la naissance de Lost Souls ?

Ghost raconta ses peurs face à son don, l'acceptation, des choses qui remontaient à bien avant qu'il ne rencontre Steve mais que ce dernier savait déjà. Il parla de la mort de sa grand-mère, de comment il l'avait su avant que cela n'arrive et comment ils avaient, grâce à cela, pu se dire au revoir. Nothing se demanda ce qu'il aurait fait s'il avait su avant, pour Zillah d'une part, et d'autre part – surtout – pour Christian. Christian qui lui avait été arraché si brutalement, si rapidement…

Ghost eut un regard surpris pour Steve lorsque celui-ci commença à parler d'Ann. Pas des évènements qui s'étaient produits trois années plus tôt et qui l'avaient conduite à la mort, non, Ann avant. Ann et lui.

Bien sûr, il était déjà au courant de toute l'histoire, d'abord parce qu'il avait connu la jeune fille et qu'elle lui avait parlé, un peu avec sa voix, plus avec ses pensées puisqu'elle savait qu'il pouvait les voir et les entendre, et qu'il avait pratiquement tout vécu aux cotés de Steve, ensuite parce que le guitariste avait été tellement obsédé par tout ce qui était arrivé que ça avait été comme s'il l'avait porté écrit en caractères gras sur son front. Ghost n'avait pas pu ignorer tout ça, aussi savait-il. Bien sûr, Steve savait que Ghost savait, mais c'était la première fois qu'il en parlait à haute voix.

Sa voix qui était un peu rauque, son regard fatigué au-delà des mots. À un moment, sa main trouva celle de Ghost – le premier contact que Nothing constatait depuis son arrivée – et leur doigts se nouèrent étroitement pour ne plus se lâcher. Le garçon avait beau découvrir tout cela, il savait que ce que Steve faisait, c'était se libérer de regrets et de remords qu'il ressassait depuis des années. Tout le mal qu'il avait fait à Ann, ses propres actes et sa violence, sa colère, toujours cette maudite colère… C'était lui qui l'avait poussée à faire ce qu'elle avait fait. Si Ann était morte, c'était de sa faute.

Steve acheva sa confession le visage enfoui dans celle de ses mains qui n'étreignait pas celle de Ghost, et Ghost affichait sa mine la plus sereine malgré le déferlement d'émotions qui le submergeait et le bouleversait, malgré la douleur qui pilonnait ses phalanges broyées. Il savait que Steve pleurait, et il savait également qu'il crèverait plutôt que de l'admettre, donc il prit la parole et fit mine de l'ignorer, tout en caressant le dos de sa main avec son pouce.

À son tour Ghost parla. Il raconta la longue quête que lui et Steve avaient accomplie, à la poursuite d'Ann pour tenter de la sauver. Il raconta le cimetière dans lequel il l'avait retrouvée, décrivit la virulence des esprits dans cet endroit et comment il avait cru s'y être égaré. Puis la gorge un peu serrée, il raconta ce qui avait été sur le point d'arriver avec Arkady, sa proposition et comment Ghost avait accepté pour [Steve] Ann, puis l'intervention de Steve, sa colère. Il n'évoqua pas les mots qu'ils avaient prononcés l'un et l'autre – l'homme avait dit « Ann mourra, Ghost, et peut-être que ton précieux Steve mourra aussi. La culpabilité peut détruire un homme, tu ne pourras pas toujours le protéger. » puis il avait repoussé les draps et Ghost avait cédé. Steve était intervenu un court instant après, chaque fibre de son être vibrant d'une colère que Ghost pouvait percevoir même en se trouvant à deux mètres de lui, et il avait prononcé des mots que Ghost n'oublierait jamais. Ce n'était pas tant ce qu'il avait dit que le ton sur lequel il l'avait dit, et que Steve avait peut-être oublié. « Vire tes mains de lui. », « Lâche-le, espèce d'enculé. », « Je m'en fous que tu sois un putain de sorcier ou je sais pas quoi. Là, je pourrais t'enfoncer mon bras dans la gorge et t'arracher ton cœur pourri. Avec plaisir. » Arkady l'avait lâché et Steve avait voulu qu'ils s'en aillent, quitte à laisser Ann à son sort puisque c'était celui qu'elle avait choisi. « Je te laisserai pas devenir une pute pour elle. Ni pour moi ni pour personne, t'es foutrement trop bien pour ça. » Et il pleurait, même s'il faisait semblant de rien. Cet épisode, tout comme le baiser qu'ils avaient échangé, Ghost avait choisi de laisser Steve l'oublier ou faire semblant de ne pas s'en souvenir s'il le désirait, parce que son attitude avait eu des implications qui auraient été intolérables pour lui, parce qu'il avait montré des sentiments qu'il n'admettrait jamais pouvoir éprouver.

Nothing était toujours assis face à eux, et se disait qu'il y avait bien des choses à leur sujet qu'il n'avait pas comprises avant cet instant – l'inextricable complexité des nuances et des mystères qui composaient le caractère et la personnalité de Ghost, forgée dans un nuage d'éclats de rire, des larmes évaporées et de douleur diffuse, combien insondables étaient les profondeurs du marasme et de la souffrance dans lesquelles Steve se noyait chaque jour un peu plus. Il songea combien il avait été puérile de se plaindre pendant toutes ces années où il se sentait seul et incompris. Ghost savait ce que ça faisait d'être différent, Steve savait ce qu'était réellement la douleur. Il se sentait soudain tout petit, insignifiant, comme un enfant sans aucune expérience de la vie, mais à son tour il commença son récit.

Il raconta ce qu'on [Christian] lui avait dit sur sa naissance, Mère et Père, sa jeunesse faite de solitude incomprise et de questions sans réponses. Il raconta son départ, quand il avait quinze ans, sa quête pour découvrir qui il était, d'où il venait, il raconta comment il n'avait pas su que sa rencontre avec les trois vampires recelait la plus importante des réponses qu'il cherchait. Il décrivit brièvement sa relation avec Zillah, comme il avait été fasciné par sa beauté intoxicante et par sa sensualité exacerbée, puis sa surprise en apprenant qu'il était son père et en constatant que cet état de fait ne le faisait pas se sentir mal de tout ce qui s'était passé entre eux. Il évoqua sa hâte et son excitation à l'idée de rencontrer les membres de Lost Souls ?, son sentiment que l'un d'entre eux était peut-être un frère perdu il y avait longtemps, son besoin désespéré d'appartenance, et aussi sa détresse face à l'absence de sentiments de Zillah – quitte à faire comme eux et à tout raconter, autant le faire car au fond, ils étaient leurs uniques chances de soulager le poids de leurs consciences +1, de se confesser ou tout simplement de dire ce qu'il avaient sur le cœur. La seule chose dont il ne parla pas fut Christian, car il craignait d'évoquer le sujet. D'une part parce qu'il pensait qu'en parler à haute voix risquait de le faire fondre en larmes, ce qu'il ne voulait pas, et d'autre part parce qu'il se trouvait en face de l'homme qui l'avait tué et qu'il ne voulait pas en parler avec lui. Il ne voulait pas que Steve s'excuse, pas non plus voir son expression si on amenait ça sur le tapis.

Finalement, quand Nothing eût terminé son histoire, il faisait nuit noire. L'horloge de grand-mère dans le coin du salon remplissait le vide de son lourd tic-tac et indiquait presque deux heures du matin. Steve roula un joint, l'alluma et le fit passer à Ghost qui tira une longue bouffée. Il se laissa aller contre les coussins du canapé et souffla lentement la fumée, les yeux mi-clos. Steve se leva et quitta la pièce tandis que le medium le passait à Nothing et quand Steve revint, il le lui échangea contre une des bouteilles de bière qu'il ramenait.

Nothing n'avait jamais été un grand amateur de bière, il préférait à cette amertume la brûlure ambrée du whisky, mais celle-ci n'était pas mauvaise. Dixie, disait l'étiquette. Il reprit une longue gorgée et s'affala purement et simplement dans son fauteuil.

- Dites, demanda-t-il aux deux amis en face de lui qui avaient repris leur position collés-sans-se-toucher, si c'était la fin du monde…

Les deux autres haussèrent les sourcils dans sa direction et il ricana un peu.

- Okay, je la refais… C'est la fin du monde. Comment vous voulez passer vos derniers instants ?

Steve eut un petit sourire, et même s'il n'avait rien de très heureux, ça faisait du bien de le voir.

- Comme ça, dit-il en tirant sur le pétard et en le passant à Ghost. De la bière, de l'herbe et des potes.

Sa réponse fit sourire Ghost et noua quelque chose dans les tripes de Nothing qui brûla d'envie de demander si lui et Steve étaient « potes », maintenant. Mais il choisit de se taire, l'expérience lui ayant appris qu'il valait mieux, parfois.

- Et toi, Ghost ?

Le jeune homme sembla réfléchir une seconde avant de répondre.

- Comme Steve, je crois. Je vois pas ce que je pourrais demander de plus… à part peut-être que le monde ne soit pas envahi par des hordes de rôdeurs prêts à bouffer tout ce qui passe à leur portée. Et non, Nothing, je ne te mets pas dans le même sac.

Le vampire se sentit rougir de gêne et s'adressa à Steve.

- Il fait ça souvent ?

Le jeune homme rit un peu, d'un rire qui sonnait vrai.

- Depuis que l'apocalypse a commencé, il prend moins de gants.

- On a trop peu de temps pour le perdre en ronds de jambes, tu crois pas ? Plaida Ghost.

Nothing hocha la tête.

- T'as raison.

Il descendit encore quelques gorgées de sa bière et tira une bouffée sur le joint presque mort avant de le rendre à Steve.

- Et toi, gamin ? Demanda le brun.

Nothing hésita avant de répondre, parce qu'il connaissait son vrai désir mais le savait impossible. Il aurait voulu s'enfermer quelque part et s'endormir jusqu'à la fin, plonger de plus en plus loin dans les limbes du sommeil jusqu'à ne plus se réveiller, être juste assez vivant pour rêver et rêver jusqu'au bout que Christian était à nouveau vivant et près de lui, à vivre dans un fantasme tout ce qu'ils avaient manqué. Il préféra émettre un souhait plus réaliste et qui faisait un excellent second choix.

- Comme vous. Si on m'avait dit la première fois que j'ai écouté votre cassette que quelques années plus tard je serais assis dans votre salon à boire et à fumer en attendant la fin, je l'aurais pas cru.

- C'est le destin, dit simplement Ghost.

- Ça existe pas, le destin, rétorqua Steve en laissant tomber le mégot noirci dans un antique cendrier en cristal massif déjà plein.

- On s'en tape. De toute façon on va tous crever, ajouta Nothing.

Ghost acquiesça.

- Et grâce à mes dons, à ma grand-mère et à notre bien-aimé Steve Finn ici présent, on peut attendre ce moment tranquillement en fumant, en buvant, sans mourir de faim et en ayant un toit au-dessus de la tête. Je doute que beaucoup de survivants jouissent d'un tel confort.

- Un toast à Miz Deliverance, déclara Steve en levant sa bouteille.

Ghost l'imita, une expression cérémonieuse sur le visage et Nothing fit de même, l'air grave. Il avait appris au cours de la soirée que cette maison, dans laquelle Steve et Ghost vivaient depuis des années, avait été celle de feu la grand-mère de ce dernier. Tous finirent leur bière et reposèrent les bouteilles vides sur la table basse. Ghost déclara venue l'heure d'aller se coucher et Nothing ne pensa même pas à contester la proposition. Il avait tellement d'infos à digérer et de pensées à trier que l'idée de se coucher dans le noir et le silence lui semblait idéalement indiquée. Il n'y avait que deux chambres mais les deux autres lui offrirent le canapé. Les volets oblitérés occultaient aussi bien la lumière que des rideaux et les coussins du vieux sofa étaient aussi confortables qu'un matelas – la vie qu'il avait mené ces dernière années avaient habité Nothing à moins de commodités.

Ce ne fut que quelques minutes après s'être allongé et avoir un peu vidangé tout ce qui lui encombrait la tête qu'il se rendit compte que quelque chose l'avait surpris quand les deux autres lui avaient dit qu'il n'y avait pas de chambre vide. Il aurait cru qu'ils partageaient la même.