Aujourd'hui, Hizashi ne voulait pas.

Il n'avait pas envie de voir encore mourir Shouta. Il voulait juste avoir une vie en paix et, oui, peut être avec lui. Mais peu importe ses efforts, et combien il pouvait essayer, il n'arrivait jamais à le sauver.

De tout évidence, c'était son destin de mourir. Alors pourquoi il était condamné à le voir disparaître en boucle, à deux doigts de le sauver à chaque tentative ? Puis au final, il avait appris à le connaître, à savoir qui il était, quelques uns de ses petits tics nerveux qui le rendait d'autant plus adorable.

Il avait eut le temps de l'observer, remarquant de plus en plus de détails. Comme par exemple, ce petit geste qu'il faisait de remettre ses cheveux en place derrière son oreille lorsqu'il était embarrassé. Ou bien cette petite cicatrice qu'il avait sous l'oeil, dont il ne connaissait toujours pas l'origine malgré leur cinquante trois rencontres. Mais il n'avait jamais le temps de gagner suffisamment sa confiance pour parler de cela. Cela le frustrait un peu, de devoir éternellement rencontrer quelqu'un, prétendre ne rien savoir sur lui et espérait en apprendre plus. Car oui, il voulait mieux le connaître et il s'accrochait au moindre détail qui pouvait passer entre ses doigts. Mais rien ne restait, et il redevenait un parfait inconnu sans que rien ne puisse les relier.

Il avait mal. Il avait l'impression de mourir avec lui à chaque moment fatidique. Cela le tuait de devoir découvrir son corps, de voir qu'il a lamentablement échoué en donnant toute son âme pourtant. Son coeur se tordait déjà dans sa poitrine alors qu'il releva les yeux sur l'immeuble en imaginant malgré lui comment il allait le voir se tuer une nouvelle fois. Il ne voulait pas bouger, il n'y arrivait pas. A quoi bon ? Il allait encore se rater, et il allait encore recommencer, encore et encore.

Il se fit distraire dans ses lugubres pensées,qui ne lui ressemblait pas, par les déménageurs qui lui demandèrent où ils devaient mettre les meubles. Hizashi leur donna les indications d'un air distrait, un peu triste même. Les gars durent le sentir car ils proposèrent de rester avec lui une partie de la soirée. Chose qu'il refusa, évidemment. Il n'avait pas la tête à passer la soirée avec qui que ce soit. Surtout qu'ils étaient des incompétents, et les deux seuls fois où ils étaient restés, cela avait été de vrais catastrophes. Il secoua la tête pour enlever les souvenirs de sa tête et leur indiqua plutôt les endroits sympas de la ville s'il voulait se détendre. Il avait eut le temps d'en faire la visite à plusieurs reprises alors qu'il cherchait du matériel pour l'aider dans sa quête.

Cette fois-ci il ne sortit pas. Il n'avait même pas la force de le croiser dans les escaliers, et surtout de s'y viander magistralement pour se taper la douleur pendant deux heures. Il pourrait bien reproduire les événements de la veille mais il savait que ça ne marcherait pas. Mais cela avait valu la peine, il l'avait vu rougir. Il savait que pendant certaines tentatives il avait réussi à lui plaire sans que cela ne suffise. Pourtant c'était là, Shouta n'avait pas été indifférent à ses charmes et lui était loin de l'être aux siens. Il ne lui avait pas reluqué le dernière à leur première rencontre pour rien. Les types aux cheveux long et bouclés, avec un air fatigué étaient juste tout ce qui lui plaisait. Il n'y pouvait rien, il craquait toujours pour ce style de garçon. Mais là en plus il était le suicidaire le plus déterminé qu'il connaisse, et c'était peu dire.

L'hésitation le prit, mais il réussit à se retenir, restant assis contre le bois de la porte, l'écoutant remonter les marches jusqu'à son chez lui. Il aurait bien voulu y être invité un jour. Il frappa doucement l'arrière de sa tête contre l'ouverture. Il n'était qu'un imbécile. S'il était aussi amoureux, pourquoi il n'arrivait pas à le sauver ? Dans toutes les belles histoires d'amour le héro arrive à sauver sa belle sans problème, alors que lui il ramait et sa belle semblait ne pas vouloir être sauvée...

Il ouvrit les yeux et se redressa. Il devait tenter quelque chose de nouveau et il avait eu une idée. Il prit sa basse, l'accorda rapidement et la brancha à l'enceinte pour que le son soit décuplé. La chanson devrait être inspirante pour Shouta, lui montrer qu'il compte pour quelqu'un peut être...

Bel ange, pourquoi veux-tu tomber de ton nuage ?

Le paradis ne te suffit-il plus ?

Bel ange, pourquoi as tu tant de rage ?

Les autres ne comptaient-il plus ?

J'en ai vu tomber avant toi,

Des anges qui ne pouvait plus rien supporter.

Je voudrais pouvoir être ton roi,

Rien que pour espérer te sauver.

Mais je ne peux pas, oh-oh

Je n'y arrive pas, oh-oh

Alors je t'en prie crois moi,

La vie n'est pas si mal, crois moi,

Tu y arriveras, oh-oh

Tu t'en sortira, oh-oh

Il laissa un petit solo de guitare juste après le refrain de son improvisation. Puis on toqua à la porte. C'était lui, cela ne pouvait être que Shouta. Il acheva ses accords, reposa l'instrument et vint lui ouvrir.

Le brun le regarda, un peu rougissant, les yeux un peu humides.

" -C'est vous qui jouiez ?

- . . . Oui, ca vous a plus ?"

Il hocha la tête, et passa son poignet sur ses joues avant de secouer la tête pour se reprendre.

" - C'était un peu fort.

- Vous pleurez...

- Absolument pas, c'est juste une pouss-"

Hizashi ne put résister à l'horrible tentation de le prendre dans ses bras. Shouta avait pleuré en écoutant sa chanson. Il le serra de toute ses forces contre lui, les larmes lui coulaient déjà le long du menton. Le brun resta immobile, surement à cause de la surprise. Mais rapidement il tenta de se détacher du contact.

"- Non je t'en prie reste. Je veux pas que tu meures moi... J'en ai marre de te voir te tuer à la fin. Tu veux pas juste profiter de la soirée avec moi au lieu d'aller faire ça ? Y'a plein de chose bien et...et..."

Il se perdit dans ses sanglots. Il s'attendait à s'en prendre une. Se faire insulter de pauvre type totalement taré. Il s'attendait à tout.

Mais pas à ça.

" - . . . D'accord. . ."

D'accord..? Il restait vraiment avec lui ? Il se détacha un peu, pour le regarder comme pour s'assurer qu'il ne se moquait pas de lui. Pourtant sur le visage de Shouta il lut du soulagement, comme s'il venait de prononcer les mots que le brun attendait depuis bien trop longtemps.

Hizashi attrapa sa main et en silence il entra dans son appartement avant de fermer la porte. Il ne savait pas ce qu'il allait faire, mais il se remit à jouer de la guitare pour lui. Plus tard, ils commandèrent à manger, ils rièrent, pleurèrent aussi. Finalement, il fut quatre heure du matin quand, sans avoir vu l'heure, les deux jeunes adultes s'endormirent dans les bras de l'autre.