Après ces événements, je passais le plus clair de mon temps à me reposer ou à faire de l'exercice. Après près de deux semaines alité, mon corps avait du mal à récupérer. Évidemment, j'avais aussi mes rendez-vous régulier à l'hôpital, donc j'avais de quoi m'occuper avant d'être apte à reprendre les cours.

Mais le plus gros changement, c'est que je n'étais pas seul. Voire... jamais. Depuis notre... disons, discussion, Benjamin ne me lâchait plus. Un peu de compagnie ne me dérangeait pas. Mais si cette compagnie était bonne. Benjamin me suivait, mais je sentais surtout son regard observateur sur tout ce que je faisais. Et surtout, il ne disait pas le moindre mot. Même quand j'essayais d'ouvrir une discussion, il ne faisait que d'agiter la tête ou de hausser les épaules. Je comprenais que, après ce qu'il a vécu et tenté, il avait besoin de quelqu'un pour avancer. Une sorte de dépendance affective dont il avait besoin pour avancer, probablement. Si au début, cela ne me posait pas vraiment de problèmes, cela devenait dérangeant au fur et à mesure des journées. J'avais finalement profité d'une soirée où les adultes n'étaient pas là pour en discuter. Je ne voulais pas demander de l'aide à Monsieur Henry ou à son tuteur, c'était à moi de le régler. Ainsi, pendant le dîner – qui consistait de pizzas commandés – je pris la parole.

« Benjamin, je vais te reposer la question... Pourquoi tu me suis comme ça ?

- …

- Je veux dire, je ne suis pas vraiment opposé, mais ta façon d'observer et le fait que tu restes silencieux... C'est vraiment gênant.

- ... »

Je posais finalement ma part et décidais d'insister mon regard afin d'essayer de le faire réagir. Il croisa mon regard, mangeant toujours tranquillement sa part. Il m'a fallut un mental et une concentration phénoménal pour tenir ce duel de regard pendant une bonne minute avant que, à mon grand bonheur, il prenne la parole.

« Je ne te suis pas, je t'observe. »

Je laissais échapper un soupir de déception. Pour quelqu'un de supposé très intelligent, je le trouvais... trop simplet. C'est à se demander qui s'est cogné la tête il y a quelques semaines...

« Qu'y a-t-il à observer ? Je ne fais pas grand chose, tant que je suis obligé de rester à domicile.

- Toi. Ta façon d'être. De faire. Mon père me disait qu'il était important de connaître chaque personne que je fréquente.

- ...Je doute que ce soit la façon de faire que ton père parlait... » disais-je à mi-voix, détournant le regard.

« Qu'est-ce que tu en sais ? »

Sur ces mots glaciales, je le regardais à nouveau avec surprise. Ses sourcils s'étaient froncés. Il me fallut une dizaine de secondes pour me reprendre.

« ...Désolé, ce n'est pas... »

Je soupirais légèrement, me sentant mal. J'avais senti ma poitrine se serrer. Je m'y étais très mal pris, et je l'avais certainement blessé. Je baissais la tête, retournant à mon repas, décidant de prendre sur moi pour éviter de le blesser encore plus ou de faire une autre erreur de ce genre.

« ...Désolé, je ne voulais pas m'énerver. »

Le fait qu'il s'excuse m'étonna, et je relevai la tête subitement. Son visage s'était adouci, ce qui me surprenait tout autant. Après tout...

« Pourquoi tu t'excuses, j'ai parlé de choses que je ne connaissais pas, c'est normal que tu t'énerves...

- C'est surtout que tu sembles l'avoir mal pris.

- ...Hein ? »

J'avouais intérieurement être perdu sur ce moment. Heureusement, Benjamin continua.

« La tête que tu as fait... Tu semblais très peiné. J'ai dû dépasser une limite.

- Euh, je... Non...

- Ecoute, Will. Les expressions que tu fais, la façon dont tu réagis, dont tu agis... Tout cela permet d'apprendre de la personne. Nous allons travailler ensemble une fois que tu seras avocat, je me dois donc de te soutenir parfaitement. Et donc, je t'observe pour savoir comment réagir. »

Je clignais doucement des yeux. Ce qu'il venait de dire... Cela me semblait... extravaguant ! Je ne pu m'empêcher de sourire au final, car je trouvais cela un peu ridicule.

« Attends, tu es sérieux ?

- Bien sûr. Tout ce que tu fais me permet d'en savoir plus sur toi. En regardant tes réactions par rapport à des films ou à des émissions, je peux savoir ce que tu aimes ou les sujets qui te touchent le plus. En te regardant travailler, je peux savoir comment tu t'organises. Mon père m'a appris à lire les émotions et à remarquer même les plus petits détails. »

Je restais silencieux, assimilant ce qu'il venait de dire. J'étais surpris qu'il soit si... Non, pourquoi cela me surprend ? Son père a dû l'obliger à être perfectionniste. Je souriais finalement.

« Tu n'as pas besoin de faire cela pour moi, Benjamin.

- Pourquoi ça ?

- Parce que je... Ah, comment dire ça... ? Ah, je sais. Je me fiche que tu sois parfait. Je veux que tu sois toi. C'est mieux ainsi.

- ...Que je sois... moi ? »

J'acquiesçais, souriant. Je trouvais mon idée brillante. J'espérais ainsi lui permettre d'avancer sans qu'il ait besoin de modèle, et que cela lui permettrait de revivre un peu aussi. Je le voyais plongé dans ses réflexions. Je décidais de développer un peu mes paroles.

« Je ne dis pas que tu ne sois pas comme ton père. Ton père était quelqu'un de brillant dans son travail, donc... enfin... ce que je veux dire, c'est que tu ne dois pas t'obliger non plus à lui ressembler. Il t'a certainement appris pleins de choses utiles ou intéressants, mais je ne veux pas que tu t'obliges à être Monsieur Parfait non plus. Euh... Attends, je suis clair, là ?

- Oui, j'ai compris. J'en tiendrais compte. » répondait le blond en acquiesçant. Même si sa dernière phrase me fit arracher à soupir. Mais bon, je pensais que cela suffirait pour le moment. J'étais content d'avoir eu cette conversation.


Les jours suivants, je n'avais pas vu beaucoup de différence par rapport à avant, mais il semblait être moins sur l'observation, et surtout, il discutait bien plus. C'était bien plus agréable, et j'avais même remarqué le sourire de Monsieur Henry en nous voyant discuter. Même sans rien dire, je sentais qu'il était content de mon apport pour le fils de son ami.

Puis un jour, il fallait bien que je reprenne les cours. J'avais encore quatre années d'études – au mieux je ne pouvais les abandonner même si Monsieur Henry m'avait promis de me recruter dans son cabinet. Cependant, le souci venait de Benjamin, qui continuait de me suivre. Pendant ma période de convalescence, il n'y avait aucun souci à ce sujet, et je préférais le voir me tenir compagnie plutôt que tenter de se suicider. Mais désormais, cela ne devenait plus possible. Cependant, Benjamin semblait déterminé à me suivre, et finalement, il fallut une intervention de Monsieur Henry et de Monsieur Silvares pour régler le soucis...

...Mais pas dans la manière que je le pensais.

« ...Je vois. Tant qu'il ne dérange pas, je ne vois pas de raison de refuser. »

Mon professeur me remit le mot que le tuteur légal de Benjamin avait écrit. Celui-ci expliquait la situation de Benjamin et demandait si cela ne posais aucun problème s'il suivait les cours. J'avais dû me résigner, pour le coup. Cela ne me plaisait pas à 100%, mais je me disais que ce serait temporaire.

Pendant la semaine de cours, Benjamin ne parlait jamais, écoutant chaque cours, et je le voyais même parfois prendre des notes – mais aussi, je l'entendais parfois avoir un léger rictus, mais je n'osais pas poser la question sur les raisons de ses réactions. Je me concentrais surtout mes études, au final.

Puis commença une nouvelle semaine, et rien ne semblait avoir changé. Cependant, le soir du premier jour, deux de mes camarades de classe vinrent me voir alors que je me dirigeais vers la sortie de l'établissement.

« Hé, Will !

- Oui ?

- On se demandait... Ton pote, là, ce serait pas le fils du détective Ledrert ?

- Il l'est, pourquoi ? »

J'étais autant surpris de la question que du fait qu'elle fut posée une semaine après son arrivée. Mais aussi, je ne m'attendais pas que, en répondant affirmativement, l'expression des regards de ces deux camarades passaient alors au dégoût.

« ...Tu sais qu'il est le fils du type qui a fait tomber Henry Kesak, hein ?

- ...Et ? »

Les regards se portèrent alors sur moi. Ma réponse ne semblait pas leur plaire. Je n'arrivais pas à lire leurs expressions, mais ils continuèrent alors comme s'il voulait me prévenir que c'était mon dernier choix.

« ...T'es sérieux, Will ? On te parle de Henry Kesak, là ! Ou tu es tellement dans ton trip de suivre ton modèle que tu t'es décidé de faire copain-copain avec lui pour l'imiter ? Tu connais la réputation du détective Ledrert, non ? Il y a très peu de chance que son fils soit pas comme lui. Il te fera un coup foireux dans le dos qui te coûtera aussi ta place d'avocat... ou pire, ta vie. »

Je me retournais alors directement face à eux en écoutant leurs paroles. Moi qui pensait que je m'entendais bien les camarades de classes que j'avais, voilà que ceux-ci montraient leur vrai visage. Je ne pouvais que m'énerver en écoutant ces inepties.

« Et on est pas les seuls à penser ça, tu sais.

- ...Et ? Vous vouliez me prévenir de ça ?

- On s'inquiète pour toi, hein. »

Je me mordais la lèvre en entendant ça. Quel mensonge. Je ne pouvais accepter cela.

« Comme si. Vous vous inquiétez pour moi mais vous vous en prenez à un innocent en même temps ?

- Ce type est loin d'être innocent !

- Il l'est ! »

Je criais pour la première fois depuis longtemps, ce qui surprit Benjamin.

« Ce n'est pas parce que son père a été pris pour responsable d'une fausse preuve que son fils hérite de cette responsabilité ! Comment vous pouvez dire une chose pareille ? Vous ne savez même pas ce qu'il a vécu. Vous n'êtes même pas sûrs que les accusations contre son père est justifié ! Je n'y crois pas une seconde ! Il s'est fait piégé, j'en suis certain. Toute cette histoire n'est que... stupidité ! Henry Kesak et Benjamin Ledrert Sénior n'ont toujours que représenter les innocents, les vrais innocents, aucun n'irait jusqu'à fabriquer une preuve, encore moins Benjamin Ledrert.

- Mon dieu, Will... » L'un d'eux soupira. « Tu peux pas être aussi niais, rassure moi.

- S'il faut être niais pour croire en eux, alors je l'assume. »

Mes paroles semblaient repousser les deux gars, qui commencèrent à partir... ou plutôt, à s'éloigner. Mais ce ne fut pas sans paroles.

« Bien, dans ce cas, on te laisse avec tes niaiseries. On te laisse avec ton nouveau copain. Bonne chance pour ta vie, la Tache. »

Alors qu'ils s'éloignèrent avec un rire, j'encaissais mal le surnom. Mes yeux étaient grands ouverts à cause de la surprise et mon cœur s'était serré. Sans attendre, je repartais vers la sortie en serrant des dents. Je détestais ce surnom. Les souvenirs liés à ceux-ci n'étaient pas bons. Et c'était un euphémisme.


Quand j'étais au collège, j'avais remarqué un jour que quelqu'un de ma classe était malmené par un groupe de notre classe. J'avais alors choisi mon camp : celui du souffre-douleur. Je voulais que cette personne puisse se reposer sur quelqu'un, même si, du fait que je le défendais – moralement – je ne pouvais rien faire contre le groupe ni le surnom de « La Tache » que je recevais alors. Et même si tout cela rendait mes années difficiles, j'encaissais bien car je savais qu'ainsi, j'aidais quelqu'un. Jusqu'à un certain point. Je ne sais pas vraiment ce qui avait déclenché tout cela, peut-être quand je m'étais retrouvé couvert de bleus un jour, mais la personne que j'aidais avait fini par se suicider. Il avait laissé une lettre qui m'était destinée, expliquant qu'il avait fait cela car il ne supportait plus que je prenais les coups pour lui, mais qu'il me remerciait quand même d'avoir été son ami. Depuis, quand on me donnait ce surnom, ce souvenir revenait et me faisait mal. Même si, peu après ces événements, j'avais trouvé ma voie, celle de devenir avocat de la défense afin de protéger ceux qui sont dos au mur – car, avouons-le, je n'étais pas doué pour la baston, je détestais même la violence, et je n'avais pas le physique pour non plus – ce surnoms me rappelait mon impuissance et surtout la mort de cet ami.


Benjamin, qui n'avait pas remarqué mon départ soudain, me rattrapa.

« Tu vas bien, Will ?

- Oui, ça va... T'inquiète pas. »

Je ne voulais pas qu'il se sente responsable et que cela finisse comme l'autre ami. De toute façon, j'avais dit la vérité. Même si beaucoup d'avocats bossent pour l'argent, même si je sais que pour mes débuts, je devrais certainement défendre de vrais criminels, mon objectif de devenir comme mon mentor restait. Je jetais un regard furtif vers Benjamin, mais celui-ci ne montrait toujours aucune émotion. Je me rappelais sa tentative de suicide, et la raison qui m'a poussé à l'empêcher de faire cela était ce souvenir de cet ami du collège.

Mais finalement, le lendemain matin, Benjamin ne vint pas avec moi. Il n'était pas chez lui quand j'étais parti, et je ne pouvais m'empêcher de m'inquiéter. Même à l'université, et le fait que mon camarade de classe me demandait ce qui s'était passé avec mon « copain », je ne répondais pas, l'ignorant simplement.

Je revis Benjamin le soir, quand je retournais chez lui. Mais je ne m'attendais pas à ce que je le retrouve... avec les cheveux coupés. Sa longue tresse n'existait plus, ses cheveux blonds n'étaient plus qu'à hauteur de la nuque.

« Benjamin, qu'est-ce que...

- C'est Ben.

- ...Quoi ? »

Je ne comprenais pas. Ben n'était qu'un diminutif, qu'est-ce que c'était que cette histoire ? Et pourquoi s'être coupé les cheveux ? Le jeune homme reprit alors la parole.

« Je ne m'appelle plus Benjamin Ledrert Junior, mais juste Ben. Ressembler trop à mon père te pose des soucis, alors j'ai tout coupé.

- ...Coupé ? »

Donc il a coupé son nom... comme il l'a fait pour ses cheveux ? Je ne savais plus s'il fallait rire ou soupirer. Cela me laissait tellement de sentiments partagés que je ne savais plus quoi en dire. Mais je jouais le jeu. Le fis Ledrert continua d'abord :

« Et tu m'avais dit d'être moi-même, non ? »

Je pris quelques secondes avant de pouvoir répondre, prit de court par ces paroles. Après tout, il avait raison.

« ...D'accord, Ben. Mais c'est dommage que tu t'es coupé ta tresse, cela t'allait bien. »

Mais il ne répondit pas, et comme toujours, son expression ne montrait rien.

Et la soirée se passa ensuite normalement. Ben reprit son habitude et vint à l'université avec moi. Encore une fois, il fut le centre d'attention à son arrivée, mais il n'y avait aucun camarade de ma classe pour dire quoi que ce soit. De toute façon, ils verront bien pendant les cours. Mais pour le moment, tout se passait normalement... jusqu'à l'heure du midi.

J'étais resté un peu dans le classe pour terminer des notes par rapport à notre dernier cours, puis une fois terminé, nous partions alors pour la cafétéria. Sur le trajet, un groupe de ma classe, qui mangeait sur une table le repas que chacun avait apporté, me parla... ou plutôt, c'était l'un d'eux, celui avec qui j'avais conversé avant-hier.

« Hé, la Tache, tu devrais dire à ton copain que se couper les cheveux changera rien ! »

Les autres rirent, évidemment, mais je faisais de mon mieux de les ignorer, même si je sentais un gros pincement au cœur.

« Ne fais pas attention à eux, Ben. » disais-je machinalement à mi-voix. Je voulu le regarder, mais je remarquais alors qu'il ne me suivait plus. Surpris, je regardais autour, avant de le remarquer se diriger vers le groupe. « Ben ? »

Mais celui-ci ne m'entendait pas. Il se dirigeait vers eux. L'un des gars du groupe prévint l'autre que « le blond arrivait ». Il tournait alors son visage vers Ben, mais ne s'attendait pas à prendre une droite avant qu'il ne puisse terminer sa phrase. Cela choqua tout le monde, même moi. Alarmé, je me rapprochais.

« T'as un problème, fils de bâtard ? » questionnais le jeune homme qui s'était retrouvé à terre à cause du coup de poing. Ben lui agrippa alors le col.

« Je me fiche de savoir comment tu m'appelles, ou de comment tu appelles mon père, mais tu vas t'excuser envers Will. »

Je m'arrêtais alors, ayant entendu ses mots. J'étais surpris : pourquoi ferait-il ça pour moi ?

« Comme si. » répondait alors mon camarade de classe... ce qui lui valu une autre droite.

Les amis du gars tentèrent alors d'arrêter Ben, d'abord en essayant de s'en prendre à lui. Mais Ben se défendait parfaitement. J'étais certain que son père avait dû l'obliger de prendre des cours d'auto-défense. Ce qui ne serait pas étonnant. Voyant que même à cinq contre un, ils n'arrivaient pas à protéger leur ami, ils tentèrent simplement de retenir ses bras ou de le tirer. L'arrivée d'autres étudiants et d'un adulte arrêta la bagarre. Ben se libéra alors et parti, sachant qu'il ne pouvait plus rester à l'université. Le professeur qui était intervenu obligea le groupe à le suivre, et je savais que je n'étais pas exempt, Ben étant sous ma responsabilité.


Finalement, la journée se termina. Pendant ma discussion avec le directeur, j'avais bien expliqué que je comprenais la situation et les conséquences. Je m'étais excusé pour ne pas avoir été assez responsable, et comprenait que Ben ne pouvait plus revenir désormais. Mais je n'eus aucun blâme, n'étant pas une cause directe de cette bagarre. Je m'inquiétais seulement pour Ben.

Il n'était pas au portail quand les cours étaient terminés. Je me disais que je le retrouverais chez lui, mais je ne pouvais m'empêcher de m'inquiéter. J'espérais qu'il allait bien. Puis finalement, à la moitié du chemin vers sa maison...

« Hé, Will... »

Je tournais la tête dans la direction de cette voix qui m'appelait. C'était Ben. Il avait deux sacs dans les mains. Mais je ne pouvais m'empêcher de sourire en le voyant.

« Ben. Tu vas bien ? »

Je pouvais remarquer qu'il avait quelques bleus, mais il ne semblait pas s'en préoccuper.

« C'est moi qui devrais poser cette question. Je t'ai causé beaucoup d'ennuis. Je suis désolé.

- Je t'avais dit que ce n'était rien.

- Vraiment ? Avec la tête que tu faisais ? »

Je le regardais avec des yeux ronds. Ma détresse avait été si visible ? Peut-être avait-il continué à m'observer ? Mais même dans ce cas, son inquiétude me concernant me surprenait. Surtout que cela l'a amené à aller jusqu'à se battre... Pour quelqu'un qui avait tenté de se suicider quelques semaines plus tôt, je trouvais cela incroyable. Ou était-ce cette dépendance affective – dont je n'ai jamais eu confirmation et qui me semblait stupide après notre première vraie discussion ?

« Ce n'était pas si grave. » disais-je finalement.

« Mais cela n'empêche pas le fait que je t'ai causé trop d'ennuis. Tiens. »

Il me tendit un petit sac. Je le pris, regardant dedans. C'était des beignets fourrés.

« J'ai pensé que tu aurais faim. Tu n'as pas mangé ce midi, je me trompe ?

- ...Bonne déduction, Ben. » affirmais-je en souriant.

C'était vrai. Du fait de mon rendez-vous soudain avec le proviseur, je n'avais plus eu le temps de manger à la cafétéria après cela. J'avais acheté un snack ou deux au distributeur, mais c'était tout. J'avais très faim, donc je ne me privais pas, pris un des beignets et commença à le manger... avant d'être surpris par la saveur.

« … ! Framboise... !

- Ta saveur préférée, si je ne me trompe pas. J'ai remarqué que la plupart de tes desserts étaient à la framboise, donc je me suis dit que cela te ferait plaisir.

- ...Merci Ben. »

Je finissais par avaler le beignet entier comme si je n'avais pas mangé depuis des jours. Et je pouvais voir qu'il y en avait d'autres dans le sac. Je les regardais alors, pensif. Je ne pouvais en vouloir à Ben de ce qu'il s'est passé. Au contraire, il me défendait. Et le voilà à s'inquiéter pour moi...

« ...Tu pleures... ? »

Ben était surprit, mais effectivement, je n'avais pu retenir quelques larmes de joie. Je lui souriais alors.

« Désolé, c'est juste que, j'ai toujours été l'aidant, pas l'aidé... Je n'ai jamais su qu'être soutenu par un ami nous faisait nous sentir aussi bien...

- ...Tu me considères comme un ami ?

- Comment veux-tu que je te considère autrement ?

- Je ne sais pas... Je pensais être une gêne. Je t'ai imposé ma présence, causé des ennuis et des soucis... Je n'aurais pas été surpris que tu me détestes.

- Allons, tu as eu des problèmes que personne ne peut comprendre, c'est normal de s'appuyer sur quelqu'un pour se relever. Si j'ai pu t'aider, tant mieux.

- ...Tu es vraiment quelqu'un de gentil, Will. Peut-être trop.

- Hmm... Je m'aime bien comme je suis. »

J'étais content de voir que Ben s'ouvrait un peu. Finalement, tout ce temps avait servi à quelque chose. Mais quelque chose me surprit alors. Je vis Ben sourire... pour la première fois.

« ...Oui, tu es bien comme tu es. Je te considère aussi comme un ami, Will. »