Episode 1 – Course pour la vérité – Intro
« Ouf ! »
Je m'étais fait poussé par derrière, comme si quelqu'un m'était rentré dedans. Me retournant, je vis une personne me regarder puis s'excuser. Je hochais la tête, comprenant. Il me le rendit par un sourire, signe qu'il avait compris.
« Il y a vraiment beaucoup de monde... » disait-il.
Moi, Ben, et nos mentors étaient au Stade Parkour. L'endroit est connu pour ses courses de rallye. Ce n'est une passion pour personne, mais Monsieur Gautier avait eu des tickets gratuits, et du fait que lui et Monsieur Henry devaient partir le lendemain, nous avions organisé une sortie ensemble pour l'occasion.
« Que croyais-tu, Will ? » répondait alors Monsieur Kesak. « Une sortie en petit comité ?
- Non... J'ai peut-être perdu l'habitude d'être autant entouré de monde... Les tribunaux n'accueille pas énormément de monde, après tout... »
Voilà quelques mois que j'étais devenu avocat. Depuis, j'ai eu deux affaires... Mais tous deux se sont terminés sur un verdict coupable. Ben, qui était mon associé dans ces affaires, m'aidait peu. Je ne savais pas ce qui le prenait. Un doute sur les coupables ? Peut-être. Je ne pouvais pas être certain qu'ils étaient innocent à cent pour cent. Moi-même j'avais des doutes, mais je devais bien travailler pour vivre. Au final, j'avais pris quelques petits boulots par-ci par-là pour arrondir les mois. Mais je ne pouvais que m'inquiéter pour Ben. Peut-être qu'il n'a toujours pas surmonté ses problèmes lié à son père ?
« Ben n'est toujours pas revenu ? » questionnais-je à haute voix, mais remarquant la réponse en balayant mon entourage du regard. Avant de croiser le regard... ou plutôt, l'œil à travers sa lunette-loupe de M. Xavier. Ce dernier semblait avoir aussi observé son alentour, et malheureusement pour moi, nos regards s'étaient croisés. Et cela me valut un mouvement de recul.
« Ouah ! Je déteste quand vous faîtes ça !
- Désolé. » répondait-il, remettant sa lunette en place. « Mais c'est une excellente question. Que fait-il ?
- Ne me dîtes pas qu'il s'est encore perdu ? » balançais-je alors, connaissant le manque parfois cruel de sens de l'orientation de mon ami.
« Il n'est que parti chercher des en-cas. » disait le détective.
Je soupirais. Même si ce n'était que pour des en-cas, je m'inquiétais qu'il puisse se perdre malgré tout.
« Une chance que nous étions arrivé en avance... Les places... Et maintenant ça...
- Ce n'est pas une chance. C'est l'évidence. Le but à rechercher.
- Vous n'en faîtes pas un peu trop, là ? » réagissais-je, voyant que l'excentricité de Monsieur Xavier apparaissait déjà. Ce qui semblait l'avoir remis en place.
« Si, si, peut-être. » Il toussota ensuite. « Bref, pour être efficace, il faut savoir venir en avance. Une de mes premières leçons pour Ben.
- Cela n'a pas été très efficace... » Des paroles qui firent que le détective perdit la face.
« Certes... J'aurais essayé... » concluait-il, transpirant à grosses gouttes.
PV Ben
Je tournais à l'intersection, imaginant qu'il s'agissait bien du chemin qui menait à la restauration. Le complexe était grand, et j'aurais finalement dû acheter un plan. Marchant, je finissais par réaliser que ce n'était pas le bon endroit du tout. Cela semblait être plus le coin du personnel. Sur une porte que je vis quand je passais à côté, je voyais une affiche d'un groupe connu. Je comprenais désormais.
« Les coulisses des musiciens sont ici, donc ? Je ne suis absolument pas au bon endroit... »
Je m'apprêtais alors à faire demi-tour, quand j'entendais deux personnes parler vivement. Curieux, je marchais jusqu'au bout du couloir, me disant que je pouvais toujours leur demander où se trouvait la restauration. Mais leur discussion prirent alors un ton plus haut.
« Tu sais très bien que ce n'est pas sérieux ! » disait fortement une voix féminine.
« Et moi je te dis qu'y a pas de quoi s'enflammer. Il reste une heure avant la course. J'ai le temps. » répondait une voix masculine un peu plus calme, à moitié ennuyé.
« Prodige ou pas, ça t'apportera des ennuis, sois-en sûr ! »
J'arrivais au bout du couloir, et je voyais les deux personnes. La fille aux cheveux longs et blonds me tournait le dos, mais je voyais bien le garçon avec qui elle discutait. Au vu de sa tenue et de ses cheveux bruns recouvrant une partie de son visage, je ne voyais qu'une seule personne correspondant à cette description : le très-connu pilote de rallye David Sgrouyé, probablement l'un des meilleurs aujourd'hui. Celui-ci soupirait.
« A chaque fois tu as des reproches à me faire. Quand je te dis que ça va aller, ça va aller.
- Tu es-
- Irrécupérable ? Je sais ce que je fais, Marine. Jusque là, j'ai jamais perdu mon job, contrairement à une certaine personne... » coupait le pilote en détournant son regard. La fille semblait perdre ses moyens.
« Je ne... ! » Elle semblait être capable d'exploser à n'importe quel moment, mais fit finalement un pas en avant, se retenant probablement de hurler. « C'est de ta faute ! Tu n'as pas pensé aux conséquences de tes actes !
- Où est le problème ? T'as retrouvé un boulot derrière, non ?
- Ce n'est pas... J'adorais mon travail, David ! Ce nouveau boulot n'est pas aussi bien, même si c'est dans le même domaine. Bon sang, David... Parfois, j'ai vraiment envie de t'étrangler, même si tu es mon ami !
- C'est ça, c'est ça. Je crois pas en tes menaces. Enfin, c'est pas tout ça, mais je vais aller essayer ton cadeau. A plus tard, Marine !
- Hé ! Non, ce n'est pas... Reviens, David ! »
Mais le pilote partait plus loin dans le couloir, saluant sans se retourner son amie de la main. La fille restait, elle, sur place, soupirant. Elle finissait par se retourner après avoir vérifié sa montre. Mon attention avait été pris par leur discussion animée, mais en la voyant se retourner vers moi, je réagissais enfin et essayais de repartir sans me faire repérer...
« Hé, vous ! »
...Mais c'était trop tard. Je restais sur place, alors que la jeune femme s'avançait vers ma position.
« Qu'est-ce que vous faîtes... ici... ? »
Décidant de faire face, je m'étais retourné, ce qui semblait avoir causé une certaine surprise chez elle. Je voyais son visage pour la première fois. Elle portait des lunettes et avait un carnet en main. Mais surtout, je la trouvais plutôt jolie, même si elle avait du caractère.
« Excusez-moi, je crois que je me suis perdu. Je cherchais le snack-bar, mais...
- Oui, ce n'est pas ici, effectivement. Vous êtes bien loin, même.
- A ce point ? »
Elle souriait doucement sur ma question, puis ouvrit son carnet avant de récupérer un papier qu'elle déplia ensuite.
« Regardez. » disait-elle en me montrant un plan. « Nous sommes ici, le snack-bar est là. »
Je ne répondais rien, fixant la carte pour retenir le chemin, essayant de mémoriser chaque virage à prendre. Finalement, elle reprit la parole.
« Vous vous êtes vraiment perdu ? » questionnait-elle. Je relevais la tête vers elle.
« Je crois que mon sens de l'orientation est très mauvais. Ou que ma curiosité l'emporte et que je perds mes repères sur le coup... Quelque chose comme ça. »
« Et moi qui pensait que les personnes qui avaient un affreux sens de l'orientation n'étaient que des mythes... Hi hi hi... Pardon, je ne devrais pas en rire.
- Je ne le prends pas mal. Même mon meilleur ami est exaspérer par ce côté là, parfois.
- Il faut de tout pour faire un monde, comme dit l'expression. » souriait la jeune fille. Je me grattais le cou par gêne, avant de me surprendre moi-même par mon propre geste. « Vous pouvez garder le plan. » disait-elle alors.
« Oh, merci. Puis-je savoir votre nom ? Je m'appelle Ben Ledrert.
- Marine Calcant. Je suis journaliste. Enfin, j'étais... » rajoutait-elle d'un air assez contrarié et triste.
« J'ai entendu que vous aviez perdu votre boulot... à cause de votre ami ?
- Vous nous écoutiez ?
- Ce n'était pas mon intention, je suis arrivé quand votre conversation a haussé d'un ton.
- Je vois... Enfin, je ne vous en veux pas, c'est à cet idiot que j'en veux. Et pour vous répondre... Comment dire... Disons qu'il a fichu en l'air un de mes reportages... Et mon patron n'a pas aimé cela.
- Comment cela se fait ?
- C'est une longue histoire... Mais pour résumer, il s'est occupé de démontrer que le reportage que j'avais fait était du chiqué... Sa côte de popularité en a grimpé et moi, j'ai perdu mon boulot. »
Je réfléchissais, ayant l'impression que cette histoire me disait quelque chose. J'en avais probablement entendu parler.
« Les reporters ne sont pas censés dévoiler de véritables faits ?
- C'est bien plus compliqué que ça, croyez-moi. Même si j'adorais mon travail, je savais que certains reportages bien plus sensibles avaient quelques envers de la scène dont il ne fallait pas parler... Les grosses entreprises évitent en général de se plonger dans des problèmes trop grand pour être mesurés et contrés. C'était comme ça là où je bossais, en tout cas. Mon patron m'a du coup renvoyé. 'Le reporter ayant caché la vérité a été renvoyée'. Voilà l'histoire...
- Je suis désolé pour vous...
- J'adorais bosser là-bas car la réputation de ce journal faisait qu'ils pouvaient parler de pleins de choses et de pleins de scandales sans trop de soucis. C'était épanouissant. Je peux comprendre que David ait montré la vraie vérité, mais j'aurais préféré qu'il m'en parle d'abord... C'est par rapport à ça que je lui en veux. Une tête brûlée...
- Mais il reste votre ami ?
- Nous sommes amis d'enfance. Je le connais mieux que personne. Et il a des bons côtés, il m'a beaucoup aidé dans d'autres domaines.
- Je vois... C'est une belle relation. »
Elle souriait, gloussant même légèrement, avant que son visage ne se décompose.
« Il y a un problème ?
- Euh, non, pardon. Ce n'est rien. Et vous, monsieur Ledrert, vous faîtes quoi dans la vie ?
- Je suis détective. Mais ne m'appelez pas 'monsieur'. 'Ben' ira.
- Très bien, Ben. Donc nous sommes tous deux des curieux ambulants. »
Je me surpris à rire avant de répondre :
« Des chercheurs de la vérité serait mieux. En quelque sorte. Je suis un chercheur, vous présentez.
- Cela me va. »
Nous rions doucement ensemble. Je me surprend à tisser un lien aussi rapide avec une autre personne que Will. Je n'avais pas ressenti cette chaleur depuis longtemps...
PV Will
Je commençais à m'impatienter. Et à m'inquiéter. Cela faisait plus de trois quart d'heures que Ben n'était pas revenu. La course commençait dans un quart d'heure, mais je n'arrivais plus à tenir en place.
« Ce n'est pas possible, il a dû se perdre pour de bon... Il sait où sont nos places ? Oh, si ça se trouve, il est dans la tribune Ouest...
- Du calme, Will, nous irons le chercher s'il n'arrive pas d'ici cinq minutes. » disait monsieur Henry pour tenter de me calmer.
- Je ne sais pas si je pourrais attendre plus que... »
Je fus coupé par le son d'annonce des hauts-parleurs. Une voix se fit alors entendre :
« Mesdames et Messieurs, nous avons le regret de vous annoncer qu'à la suite d'un incident indépendant de notre volonté, la course d'aujourd'hui a été annulée. Vos tickets seront remboursés dans les plus brefs délais. Merci de votre compréhension. »
Dans les tribunes, un brouhaha se créait, les gens se demandant ce qu'il s'était passé. Monsieur Henry semblait grave.
« Je n'aime pas ça.
- Moi non plus. » répondais-je.
« Allons retrouver Ben. »
Nous retrouvons finalement Ben dans le hall, des boites contenant probablement les en-cas qu'il était parti chercher sous le bras. Nous savions qu'il n'était pas à l'aise dans les foules, c'est pour cela que nous avions accepté sa proposition de le laisser prendre des snacks, mais je ne m'attendais pas à la suite...
« Ben ! »
Je courrais vers lui, mais ce dernier ne semblait pas m'apercevoir. Même une fois devant lui. Il était dans ses pensées. Je cherchais à avoir son attention, criant finalement son prénom avant qu'il ne réagisse enfin.
« Ah, vous êtes là.
- Tu sais que ça faisait presque une heure que tu étais parti ! Tu faisais quoi ?
- J'étais... occupé. Enfin, peu importe. Voilà vos en-cas. » disait-il le plus naturellement du monde, donnant une boite à chacun, vu que nos mentors étaient arrivés à notre niveau aussi désormais. Je mettais la mienne dans ma poche.
« Est-ce que tu sais ce qu'il s'est passé ? »
Son visage changea alors du tout au tout. Son air sérieux me laissant imaginer le pire.
« Il y a eu un meurtre. L'inspecteur Werren est arrivé il y a peu. D'ailleurs, il vous demande, Xavier. »
Le noble détective soupira alors.
« La veille de notre départ... Bon sang, les criminels choisissent mal leurs jours... Bon, j'y vais. Je rentrerez tard, probablement.
- D'ac Xav'. » répondait monsieur Henry. « Les gars, on y va. Je vais appeler un taxi. »
Nos mentors se séparèrent, et je suivais le mien. Ben, lui... était resté planté sur place.
« Ben, on y va !
- J'ai entendu.
- Il y a un problème ? »
Il secoua finalement la tête et vint.
« J'ai juste un mauvais pressentiment. »
