Episode 1 – Course pour la vérité – Partie 1

« Il a forcément laissé des notes quelque part ! »

Je regardais Ben avec surprise. Je ne l'avais jamais vu aussi... actif, dirons-nous, auparavant. Il cherchait dans tous les papiers que son mentor avait laissé au cabinet des informations qui concernerait le meurtre d'hier. Mais il n'en trouvait pas.

Ce matin, nous avions salué nos mentors avant qu'ils ne prennent le train, puis nous étions reparti pour le cabinet... sur l'insistance de Ben. Visiblement, l'affaire d'hier le tracassait.

'J'ai juste un mauvais pressentiment.'

Voilà ce qu'il avait dit hier, alors que nous partions du Stade Parkour. Et généralement, je faisais confiance aux jugements de Ben... sauf quand il s'agissait du chemin à prendre.

« Il n'a peut-être pas pris de notes, vu qu'il partait aujourd'hui ?

- Cela me semble étrange.

- Ou alors il les a gardé pour y réfléchir le long du trajet ? »

Cette fois, Ben ne répondais pas. Il continuait de chercher avec vigueur, avant qu'une sonnerie ne l'arrête, celle de son téléphone. Il le sorti de sa poche et le regarda, laissant échapper un « Oh. » après quelques secondes.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Mais Ben ne répondait pas. Je me déplaçais pour regarder son visage, et remarquais son air sérieux. Il semblait une nouvelle fois en pleine réflexion. Mais avant que je ne puisse prononcer le moindre mot, la sonnerie, cette fois de la porte d'entrée du cabinet, retenti. Je fus surpris, mais je me déplaçais pour ouvrir la porte... et je vis une jeune fille aux cheveux blonds portant des lunettes et deux policiers à ses côtés.

« Bonjour... Je peux vous aider ? » demandais-je, pas très à l'aise de voir tout à coup deux policiers, me questionnant sur leur raison de venir ici. Mais ce fut la jeune femme qui prit la parole.

« Excusez-moi... est-ce que monsieur Henry Kesak est ici ? »

Je voulu répondre, mais une réaction très inattendue se fit : celui de Ben qui prit une respiration, comme choqué.

« Marine ? »

La voix de Ben semblait avoir surpris tout autant la jeune femme.

« Ben ? »

Et là, je me demandais qu'est-ce que c'était que ça. Mon meilleur ami et cette jeune femme qui se mettent à être surpris d'entendre la voix l'un de l'autre ? C'était nouveau. Surtout chez Ben. Je regardais ce dernier, qui sortait de derrière le bureau pour venir à côté de moi. Je n'avais cependant jamais vu l'expression qu'il faisait cette fois, un mélange de surprise et d'inquiétude et... autre chose. Je ne saurais dire ce qui se passait dans la tête de mon ami, mais quelque chose venait de dégeler l'homme si glacial depuis plus de quatre ans. Puis tout à coup, quelque chose me revint à l'esprit. Je me rappelais, hier, quand j'avais ramené Ben chez lui, avant que je ne parte, il m'avait dit :

'Oh fait, Will... Je crois que je me suis fait une amie.'

C'était tellement enfantin que j'en avais rit, mais j'avais demandé des précisions. Il m'avait parlé d'une journaliste. Je regardais la jeune femme. C'était elle ? Par contre, elle avait baissé le regard, comme honteuse.

« Je suis désolée de vous revoir dans de telles conditions...

- C-Ce n'est pas vrai... ?

- Si seulement...

- Attendez... Attendez deux secondes... Qu'est-ce qu'il se passe ? »

J'étais complètement perdu, largué, ce que vous voulez. Trop de choses se passait. Je n'arrivais plus à suivre. Ben tourna son visage vers moi.

« Ma mauvaise impression.

- Hein ? »

Ben ne me donna pas plus de précision. Il regarda à nouveau la jeune femme.

« Donc... je suppose que David Sgrouyé est mort, et qu'on vous a accusé de l'avoir fait... »

La journaliste acquiesça doucement, affirmant les dires de Ben. Mais ce ne fut pas ce qui me choqua le plus.

« Attends, comment tu sais ça, toi ? » demandais-je à mon acolyte. Il se tourna enfin vers moi et sorti son portable, l'agitant.

« Simple. J'ai reçu un mail d'Adrien me demandant de venir le voir. Probablement pour avoir un témoignage. Donc cela devait être à propos de quelque chose qui s'est passé récemment. Et si Marine est là, il n'y a qu'une seule possibilité : David Sgrouyé a été tué, et elle a été accusée du crime. »

La journaliste avait relevé la tête après avoir entendu les déductions de Ben. Bien qu'au courant, voir Ben être capable de faire une déduction aussi correcte avec seulement deux petites informations reste incroyable. Le talent des Ledrerts restait absolument monstrueux. Ou leur intelligence. Probablement plus ça. En tout cas, même les policiers étaient surpris.

« ...Effectivement... Belle déduction... »

C'était d'une petite voix admirative que la jeune femme avait dit cela. J'étais à peu près sans voix de mon côté, mais principalement pour ce que je voyais après : Ben gêné. Il n'avait rien répondu, mais sa gestuelle avait tout du mec embarrassé. Je me posais la question la veille, mais je crois que j'ai ma réponse : mon ami est complètement tombé amoureux de cette Marine. J'en étais persuadé. Et à la façon dont elle avait réagit en entendant sa voix, je ne pense pas qu'elle soit insensible à lui. Même si je peux me tromper, n'étant pas un expert en la matière...

'Will ?'

Tiens ? Cela me semblait familier. Je me retournais, réfléchissant à cette impression. Je ressentais une légère douleur à la tête cependant, et je n'avais qu'une impression. Mais très vite, je repensais à la situation actuelle, et je me retournais à nouveau vers la jeune femme.

« Au fait, pourquoi êtes-vous ici ? »

Cette question semblait l'avoir tiré de tout autre pensée qu'elle avait.

« Ah, euh, oui... Est-ce que monsieur Henry Kesak est là ?

- Non, il est parti pour affaire.

- Oh... »

Elle semblait déçu. Mais quelque chose clochait quand même.

« Vous vouliez quelque chose ?

- Vous vouliez qu'il vous défende, c'est ça ? »

Ce fut Ben qui répondait, demandant affirmation à sa nouvelle amie. Celle-ci acquiesça doucement. Voilà donc ce qui clochait.

« Mais vous savez qu'il a perdu son badge, non ?

- ...Quoi ? »

Elle semblait surprise. Ce qui m'étonna. Elle était une journaliste, non ? Et l'affaire a fait parlé d'elle, non ? Comment peut-elle ne pas savoir ?

« Nous vous l'avions dit, mademoiselle. Retournons au Centre, maintenant. » disait alors un policier

Elle semblait abattu. Je pouvais voir qu'elle comptait sur l'aide de monsieur Henry. Mais en la voyant aussi mal, je ne pouvais pas rien faire. Ce serait contre mes principes. Elle était désespérée.

« Attendez, je peux vous défendre, si vous le souhaitez ! »

Alors que la jeune femme et les policiers allaient repartir, tous s'arrêtèrent. Marine me regardait avec surprise.

« Vous êtes avocat ?

- Oui. En fait, le cabinet est ouvert un peu à cause de moi... désolé si cela vous a fait croire qu'il continuait à défendre. Enfin, il a aussi un autre élève, mais elle ne travaille plus ici...

- Vous êtes son élève ? A Henry Kesak ?

- Oui.

- Ça me va.

- ...Hein ? »

Bon, d'accord, j'ai dis que j'étais prêt à prendre l'affaire, mais sa réaction m'a un peu perturbé.

« Je veux bien que vous soyez mon avocat, monsieur...

- Ah, euh, Will Stach. Appelez-moi Will.

- D'accord. Merci, Will.

- C'est normal. Est-ce que je peux juste vous demander pourquoi vous vouliez voir monsieur Hen... monsieur Kesak. J'ai l'impression que vos escortes avaient déjà dit qu'il ne professait plus. »

Je voyais le regard de Marine se diriger vers Ben plusieurs secondes avant de répondre.

« Parce qu'il est... un de ces fameux chercheurs de la vérité que j'admire. Et... Adrien Landry a toujours perdu face à lui, donc je me disais que... C'était ma meilleure chance...

- A-Adrien Landry ? C'est lui le procureur ?

- J'ai pourtant dit qu'il m'avait convoqué, tout à l'heure. » réagissait Ben

« J'avais pas vraiment percuté, sur le coup... » avouais-je, avant de marquer un temps de silence. « Attends, il t'a convoqué ? Pourquoi ? » Il haussa des épaules.

« Probablement parce que je dois être la dernière personne a les avoir vus, quelque chose comme ça.

- Ah, parce que tu les as... VUS ?! »

Ben acquiesça. J'avais l'impression de perdre pied, tout à coup. Deux mauvaises nouvelles à la suite, ça fait mal.

« Ow... Quoi qu'il en soit, je ne peux laisser cette affaire à quelqu'un d'autre. Si Ben est impliqué, je préfère l'être aussi. Comptez sur moi, mademoiselle, euh... Marine, c'est ça ?

- Marine Calcant. Merci, Will.

- Bien, vous avez votre avocat, nous pouvons rentrer, désormais, non ? » questionnais alors ironiquement l'un des policiers. Marine acquiesça doucement, triste. J'eus un dernier élan avant qu'ils ne partent.

« Ne vous en faîtes pas. Et Ben travaille avec moi. Vous pouvez comptez sur nous deux ! »

Elle releva alors la tête et sourit avant de se faire embarquer définitivement. Il y eut alors un silence. Je regardais Ben, qui fixait toujours la porte ouverte. Je finissais par lui donner un coup de coude dans la hanche.

« Aïe ! C'était pour quoi, ça, Will ? » questionnait un Ben qui ne comprenait pas ce geste mais qui n'était pas énervé – ce qui ne m'étonnait pas.

« Pour rien... » répondais-je comme si la réponse était trop évidente pour être dite. Je refermais la porte, souriant. J'étais content pour mon ami. Il reprenait des couleurs. Et des belles. Pour un humain, en tout cas. Je ne suis pas certain encore s'il est vraiment humain ou s'il était une machine sous cette chair humaine. Ah ah.

« Bon, ne tardons pas. Je compte sur toi, Ben.

- Désolé, mais ça va devoir attendre.

- Pourquoi ?

- J'ai mon rendez-vous avec notre adversaire.

- Argh, c'est vrai ! »

Encore une fois, j'oublie vite quelque chose qui me dérange. Et connaissant le personnage, il va retenir Ben le plus longtemps possible. Ce type a une dent contre nous, c'est certain. Pourquoi je n'affronte que lui, il y a d'autres procureurs sur cette planète, non ? Je soupirais.

« Et je vais aller à la bibliothèque aussi. Je dois vérifier quelque chose.

- D'accord...

- Mais tu peux y aller, je peux toujours essayer de te rejoindre si je fini tout ça rapidement.

- Hors de question. Tel que je te connais, tu vas prendre la voiture et je te retrouverais dans la ville voisine.

- Elle a un GPS intégré, tu sais.

- Et j'ai pas confiance aux gens qui conduisent et regardent autre chose en même temps. Je te rappelle que j'ai eu un accident de la route, je suis persuadé que celui ou celle qui m'a renversé faisait deux choses à la fois. Donc je refuse que tu conduises tant que t'as pas un copilote. »

Ben ne réagissait pas, gardant son expression neutre. Je dois probablement être ennuyant, mais j'ai pas confiance avec les voitures. C'est notamment pour cela que je n'ai pas le permis. Je finissais pas décider :

« Je viens chez toi à 10h, demain. On partira ensemble. Je vais profiter de mon après-midi pour faire du sport. J'ai besoin de changer d'air, pour le moment, d'évacuer cette tension.

- Très bien. A demain, donc.

- Ouais. Et ne te perds pas. Je sais pas si Landry serait aussi indulgent que moi si tu arrivais plusieurs heures en retard. Quoique, en y repensant... Fais lui perdre du temps. »

Ben riait doucement et sorti. Je récupérais ma veste et sortait peu après. Ma troisième affaire... Je sentais que quelque chose allait changer, cette fois. Cette fois-ci, je gagnerais... !