Episode 1 – Course pour la vérité – Partie 3

J'étais arrivé au tribunal seul, pleins de doutes et de réflexions. A vrai dire, mon cerveau n'avait, ce matin, que tourné sur deux points : le fait que j'avais mon procès, et l'affaire en cours. Le fait qu'un pilote se trouvait dans le coin vers l'heure du crime laissait une opportunité de nouveau suspect. Cependant, Ben m'avait dit que nous n'avions aucun lien pour le relier à l'affaire. En résumé : nous allons devoir nous battre pour gagner un délai supplémentaire. Et donc, installer le doute dans l'esprit du juge. Facile à dire...

« Bonjour Will. »

La porte s'était ouverte, laissant entrer notre cliente. Je remarquais directement qu'elle n'était toujours pas à l'aise.

« Bonjour Marine. Comment allez-vous ? » demandais-je avec douceur.

« Ça va aller... Mais... J'ai un peu peur... de ce qui va se passer...

- Essayez de vous détendre, nous ne vous abandonnerons pas. Promis. »

La journaliste acquiesça doucement et prit une lente respiration. Puis elle passa la salle du regard.

« Où est Ben ?

- Il devrait bientôt arriver, normalement... A moins qu'il ait réussi à se perdre.

- Non, non, je suis là. »

La porte s'ouvrit au même moment, et Ben entra... accompagné. Mon visage se décomposa dès que mes yeux se posèrent sur le visage de mon adversaire.

« Surpris, Will Stach ?

- Je... Je, je... Non, je... » Je commençais à paniquer sérieusement. Mais cela laissa le procureur de marbre.

« Quelqu'un a vu votre ami discuter avec l'accusée. Je dois dire que ton témoignage est très intéressant. Mais la prochaine fois, sache que tout le monde n'a pas autant de temps libre que vous ! »

Ben détournait les yeux, ne parlant pas. Landry était un peu irrité, mais redevint vite lui-même.

« Quoi. Qu'il. En. Soit. Si tu tentes à détourner la vérité, cela se payera.

- Avertissement inutile. Je suis bien trop attaché à la vérité pour jouer à ce jeu.

- Hmph... Nous verrons cela. »

Puis, sans plus de cérémonie, le procureur sorti de la salle. Je ressentais la tension dans l'air. A vrai dire, j'étais moi-même tendu, mais je pris une bonne respiration pour me calmer.

« Bonjour Ben. » disait alors Marine, coupant le silence. Ben se retournait vers elle.

« Bonjour Marine. Ne vous inquiétez pas pour le procès, nous vous sortirons de là. »

Puis il parti aussi de la salle. Je clignais des yeux, assez stupéfait. Ben agissait vraiment bizarrement, en ce moment.

« Est-ce qu'il va bien ? » me demandait ma cliente, qui avait remarqué aussi cette attitude étrange.

« J'espère...

- Peut-être que sa discussion avec le procureur a eu... un effet quelconque ?

- J'avoue n'en avoir aucune idée. » Je regardais la porte encore un instant, mes pensées brouillonnes, avant de me retourner vers la jeune femme. « Mais il a raison, ne vous inquiétez pas. Nous avons une piste, mais pas les preuves... Donc je ne vous promets pas de vous disculper aujourd'hui. Ayez confiance en moi... et surtout en Ben.

- D'accord... mais pourquoi vous dévaloriser ? » Je riais un peu jaune sur la question.

« Je n'ai pas beaucoup de confiance en moi actuellement... Mais je ferais de mon mieux. Je suis convaincu de votre innocence, si je garde ça en tête, je devrais réussir à aller de l'avant.

- Oui, j'ai confiance en vous. »

Je fus surpris, malgré moi, de cette affirmation, mais souriait finalement.

« Merci. Allons-y. »


Le procès commença à l'heure. Marine était assise dans le box des accusés, moi et Ben étions derrière notre bureau, nos maigres informations mises sur la table. Landry, évidemment bien plus informé, avait bien plus d'affaire sur le sien. Je respirais calmement afin d'éviter de stresser. Puis le juge arriva. Un juge que je ne connaissais pas. Il s'assied et le procès put commencer quand il frappa du marteau.

« Je déclare la séance ouverte. Est-ce que les deux parties sont prêtes ?

- La défense est prête, Votre Honneur. » déclarais-je.

« L'accusation est prête, Votre Honneur. » déclara Landry.

« Très bien. Monsieur... Slash, c'est ça ? »

Je regardais le juge avec surprise. Ce... n'était pas mon nom.

« C'est Stach, monsieur.

- Je ne vous ai jamais vu avant. Est-ce votre premier procès ?

- Non monsieur, c'est mon troisième. J'ai eu le juge à la barbe blonde et longue, auparavant.

- Avec mon frère, je vois... »

Frère ? Deux frères qui deviennent juges ? Voilà qui était rare. Mais je pouvais remarquer leur ressemblance.

« Très bien. Accusée, levez-vous et prenez la barre. »

Marine s'exécuta, et je pouvais de suite voir qu'elle n'était pas à l'aise. Elle devait encore être terrifié par le procès en lui-même.

« Donnez-nous votre nom et votre profession, s'il vous plaît.

- ...Marine Calcant... Je suis journaliste.

- Vous étiez journaliste. » rectifia Landry en insistant sur le mot 'étiez'. « De ce que j'ai ici, vous êtes désormais rédactrice après avoir perdu votre précédent travail. Correct ?

- Euh, oui, mais cela reste dans le même domaine...

- Il y a une grande différence entre reporter et rédactrice.

- OBJECTION ! »

Je sursautais en entendant le cri venir de ma droite. C'était bien la première fois que Ben objectait de cette façon...

« Nous ne sommes pas là pour débattre sur la profession de l'accusée !

- Ne montez pas sur vos grands chevaux. » répondait le procureur.

« Il a raison, cependant. » déclara le juge. « Nous sommes là pour juger un crime. Je vous prie de commencer par l'exposé introductif, monsieur Landry.

- Comme vous le souhaitez, Votre Honneur. »

C'était parti. Ben et moi croisions notre regard. Aucun mots ne sorti de nos bouches, mais nous comprenions très bien nos intentions. Nous acquiesçons alors l'un envers l'autre.

« Samedi matin, vers 9h35, un des pilotes de courses de rallye, David Sgrouyé, a été retrouvé mort dans sa loge. » expliquait Landry, alors que les écrans de la salle montrait une photo du pilote. « Il a été tué par strangulation. Quant à l'heure du crime, il s'est déroulé dans les environs de 9h30.

- Le corps a été retrouvé rapidement ! » remarqua le juge.

« Exactement. Pour le reste des détails, j'aimerais laisser l'inspecteur de l'affaire nous l'expliquer.

- Très bien. Faîtes-le entrer. »

Marine retourna à sa place tandis que l'inspecteur fut invité à prendre la barre. Comme d'habitude, Loïc Werren ne montrait aucune émotion sur son visage. Sa façon d'être calme.

« Nom et profession, s'il vous plaît.

- Je suis l'inspecteur de police Loïc Werren.

- Bien, inspecteur, nous vous écoutons. »

Je regardais l'inspecteur, prêt à écouter et retenir ce qu'il disait. La concentration était désormais très importante.

« Le crime a été effectué peu après 9h30. La victime a été droguée puis étranglée à mort. Quant à l'arme du crime, le coupable n'a pas utilisé ses mains, mais une corde. »

L'inspecteur avait terminé son témoignage. Je réfléchissais à ce qu'il venait de dire. Il n'y avait rien de nouveau, mais... j'étais ennuyé. Je me rappelais que l'inspecteur m'avait promis de donner les résultats du verre, mais comme je m'en doutais, je ne les ai jamais eu...

« La victime a été droguée ? » s'étonna le juge.

« Oui. Le coupable l'a endormi avant de commettre son crime. » expliquait l'inspecteur.

« Je vois... La défense peut désormais mener son contre-interrogatoire.

- Merci Votre Honneur... » Je regardais l'inspecteur. « Pouvez-vous, inspecteur, nous donner plus de détail sur comment le coupable a réussi à droguer la victime ?

- Certainement par voix orale, mais nous ne savons pas plus.

- Nous avions retrouvé des débris de verre hier. N'ont-ils rien donné ?

- Juste la confirmation que la victime a bu le sédatif avec. Nous n'avons aucune empreintes dessus. Elles ont été toutes effacées.

- Quoi ? Alors comment avez-vous su que c'est dans ce verre que la victime a bu ?

- Par la salive, je suppose. » disait Ben.

Ce que l'inspecteur confirma. Il posa le verre sur la table des preuves avant de retourner à sa place. Le verre était entièrement reconstitué, bien qu'il était visible qu'il avait été en morceau. Cela restait un travail de pro. J'imaginais que l'agent Vebyen est vraiment un très bon policier de la scientifique. J'indiquais ensuite au juge que j'avais terminé. Nous pouvions continuer.

« Très bien... Nous savons comment a été effectuée le crime... Mais j'aimerais savoir pourquoi l'accusation a décidé d'arrêter cette jeune demoiselle. »

Je regardais Marine du coin de l'œil. Elle se tenait les bras, comme pour se protéger d'un ennemi invisible venu l'agresser. J'avais de la peine pour elle. Mais c'est à partir de maintenant que je me devais d'attaquer et laisser des doutes.

« Inspecteur, je vous laisse l'honneur de leur expliquer vous-même. » indiqua Landry. Je pouvais voir l'inspecteur lui envoyer un regard noir. Mais il s'attela à la tâche.

« Concernant l'arrestation, les cordes ne possédaient que les empreintes de la victime et de l'accusée. Nous avons aussi trouvé une boîte de somnifère avec ses empreintes...

- UN INSTANT ! »

J'avais sauté sur le moment en entendant quelque chose qui me choquait, n'ayant même pas attendu que ce soit à mon tour. Mais j'étais déjà lancé.

« Quelle boîte de somnifère ? Je croyais qu'elle avait disparu ou quelque chose comme ça ?

- Nous l'avons retrouvé peu après que vous êtes parti. Après avoir su que des poubelles pouvaient être dans les murs, j'ai revérifier la scène, et... il y en avait une aussi dans la loge. Nous l'avons retrouvé dedans.

- Je... Je rêve... »

Je fondais comme neige au soleil. Le juge en profita pour taper du marteau.

« Monsieur Cash, veuillez attendre la fin de la déposition pour réaliser votre contre-interrogatoire ! Là-dessus, inspecteur, veuillez mettre cette bouteille avec les preuves, s'il vous plaît. »

Encore un élément qui ne m'aidait pas. Et le juge n'arrivait même pas à prononcer mon nom. Je soupirais. Le juge invita l'inspecteur à continuer.

« Tout ce que j'ai à dire de plus, c'est que la personne qui a remarqué le corps a vu aussi l'accusée dans la salle de bain de la loge de la victime, en train de toucher aux médicaments. Tout concordait, et nous avons arrêter mademoiselle Calcant. »

Encore cet inconnu. Il était plus suspect que jamais à mes yeux. Je passais de suite à l'attaque.

« Et qui est cette personne ? » questionnais-je.

« Nous n'avons aucune raison de révéler son identité pour le moment. Si le besoin est, je l'inviterais à témoigner. Ce qui n'est pas le cas pour le moment. J'ajouterais que même l'accusée a reconnu que quelqu'un l'avait appelé quand elle était dans la salle de bain, pour avertir de la mort de David Sgrouyé. »

Argh, je ne peux rien répondre à ça ! Marine a effectivement dit que c'était un pilote... J'aurais dû demander plus de détail ! Quel idiot ! Et puis, Landry a certainement deviné où je voulais en venir, s'il a caché son identité. Bon sang !

« La défense a-t-elle quelque chose à dire à propos de ce témoignage ? » questionnais alors le juge. Et oh que oui, j'avais des choses à dire.

« Oui, Votre Honneur. J'aimerais rappeler que David Sgrouyé et Marine Calcant étaient amis ! Ah, et, autre chose, vous croyez réellement que la victime aurait avalé des médicaments alors qu'il avait une course peu de temps après ? Dîtes que la victime était idiote, dans ce cas ! »

Je ne mangeais pas mes mots, mais c'était tellement absurde que cela devait être dit. Il y eut un silence après mes paroles, mais quelques secondes plus tard, j'entendais un petit rictus. Évidement, cela venait d'en face. Je regardais Landry avec un regard noir, mais aussi avec crainte. Je le voyais agiter son doigt. Qu'est-ce qu'il allait me sortir, cette fois ?

« Oh, Will Stach, voilà pourquoi vous n'êtes encore qu'un amateur. » Il tapota sa tempe. « Réfléchissez. C'est justement parce que Marine Calcant était l'ami de David Sgrouyé qu'elle a pu faire un coup pareil. S'il y a quelque chose que les autres pilotes s'accordent à dire, c'est que la victime avait une confiance absolue en l'accusée.

- Mais il n'allait pas boire des médicaments, que Marine soit son amie ou non !

- Actuellement... si. » Je le voyais soulever un papier. L'écran du tribunal afficha la page en même temps, afin que tout le monde puisse lire. « Il y a un détail que le public ne connaissait pas. David Sgrouyé prenait des calmants à cause d'un état mental non stable quand il est sujet principalement à une forte adrénaline... comme pour les rallyes. Evidemment, sa meilleure amie était au courant... Et vous savez quoi ? Ces calmants... il les buvait dans un verre d'eau. »

Un coup de grâce. Landry salua la foule respectueusement, comme pour remercier des applaudissements imaginaires. Je tombais des nues. Je regardais Marine, qui baissait la tête. Il n'y avait aucune contradiction dans son raisonnement. J'étais presque foutu.

« Tout cela semble sensé... » analysa le juge.

« Tout à fait, Votre Honneur. L'accusée n'a pas la carrure pour étrangler la victime si ce dernier se défendait. Elle a donc eu recours à cette ruse pour commettre son crime. Hmph... Dans un sens, cela reste de la gentillesse. Il est mort dans un prolongement de sommeil. Charmant. »

Je serrais les poings, furieux. Il voulait nous ridiculiser nous ET notre cliente ? Je ne le supportais pas. Mais qu'est-ce que je pouvais dire à tout ça ?

« C'est ce qu'on appelle un dossier complet. Est-ce que la défense a quelque chose à en redire ? »

Le juge était bien gentil de me donner la possibilité de pouvoir répliquer, mais je ne voyais rien... Mais je ne voulais pas abandonner... Je ne voulais pas l'abandonner elle ! Pas seulement pour son bien, mais pour le bien à nous trois. Ben serait forcément affecté, je perdrais encore plus confiance en moi, et Marine finirait en prison. Mais...

« La défense a encore quelque chose à dire. »

Je me redressais, surpris, regardant Ben. Quelque chose ? Il avait vu un problème dans tout ça. Je le voyais me regarder.

« Will, regarde bien, il y a un problème dans tout ce qui a été démontré.

- Mais son discours n'a pas d'incohérence !

- Son discours, non, mais les preuves, oui. »

Les preuves ? Je vérifiais chacune d'entre elles. Une incohérence sur une preuve ? ...Non, peut-être sur plusieurs preuves ? Attendez une minute... Je réarrangeais les informations sur les preuves d'un certain ordre... et quelque chose devint plus claire. Je fus surpris, mais ce fut un gros souffle d'air frais.

« Votre Honneur, il y a une incohérence dans les preuves !

- Oh ? Où ça ?

- Je vais le démontrer. »

Je sortais de derrière mon bureau, faisant face au juge, me plaçant aussi de façon à ce que les personnes dans les tribunes puissent voir ce que je faisais.

« Le coupable sort les somnifères... » Je mimais chaque geste. « ...en mets dans un verre puis donne le verre à la victime. La victime boit le verre et les comprimés, et s'endort. Le coupable récupère ensuite la corde et l'étrangle avec avant de le remettre. Nous sommes tous d'accord que cela s'est passé ainsi si nous considérons la théorie de l'accusation comme la bonne ?

- Euh... Oui... » répondait le juge, confus.

« A quoi jouez-vous, Will Stach ? » répliquais Landry.

« Je ne joue à rien. Réfléchissez. La bouteille, le verre puis la corde. Rien ne vous choque, procureur Landry ?

- Arrêtez de tergiverser et... Qu... »

Landry s'était arrêté de parler et avait commencé à vérifier les preuves à nouveau. Je ne pu m'empêcher de sourire en voyant cela.

« Mais qu'est-ce qui se passe ? » demandais le juge, visiblement perdu. Ce fut Ben qui commença l'explication.

« C'est une question d'empreintes, Votre Honneur.

- D'empreintes ?

- La bouteille et la corde possède des empreintes, mais pas le verre. Vous vous souvenez de ma démonstration, Votre Honneur ? » disais-je alors. Ce qui fit réfléchir le juge. Je vis, plusieurs secondes d'intenses réflexions plus tard, que le juge semblait avoir compris.

« Ah ! C'est... !

- Oui, Votre Honneur ! Le fait que le verre, qui intervient au milieu, n'a pas d'empreintes, est incohérent !

- UN INSTANT ! » cria le procureur. « L'accusée a simplement nettoyé ses empreintes sur le verre, c'est tout.

- Je ne crois pas. Vous croyez vraiment qu'elle nettoierait les empreintes du verre, puis le casserait et jetterait les morceaux de verre dans une poubelle, mais qu'elle ne s'occuperait pas de la bouteille ou de la corde ?

- J'y crois, tout à fait. Elle n'a peut-être pas eu le temps de s'occuper de la bouteille et a dû la jeter précipitamment en espérant que personne la trouvera. Pareil pour la corde. »

Je serrais les dents. Il répliquait trop bien à mon goût. Je cherchais un moyen de répliquer à mon tour.

« L'accusation a raison. Ce manque d'empreinte soulève des questions, mais le raisonnement que monsieur Landry propose est justifié. »

Et le juge est de son côté. Je manque clairement de preuves concrètes pour faire face. Je le craignais. Je regardais ma cliente un moment. Que pouvais-je faire pour la défendre ? Je ne pouvais pas croire qu'elle ait tué son ami... Oh ! Bien sûr !

« La défense en a terminé pour ce témoignage. Mais elle aimerait savoir si l'accusation peut répondre à cette question : quelle est le mobile de l'accusée ? »

Ils étaient amis, Marine n'aura pas la moindre raison de tuer son ami. Je regardais Landry avec un regard de défi. Et, à mon grand étonnement, il souriait, balançant sa tête de droite à gauche, comme s'il était exaspéré.

« Will Stach... Je serais un piètre procureur si j'arrêtais des personnes sans qu'ils aient de mobiles.

- ...Ne bluffez pas.

- Oh, je ne bluff pas. Votre Honneur, puis-je appeler mon témoin suivant ?

- Bien sûr, faîtes. » acquiesça le juge.

Je retournais à ma place pour me préparer au prochain témoignage. J'étais persuadé que c'était le témoin pilote. Il était temps de frapper fort. Redressant la tête, je me replaçais, mais voyait que Ben n'était pas là. Il marchait vers la barre, tranquillement, tandis que l'inspecteur lui laissait la place... dans l'incompréhension générale. Des murmures se faisaient entendre dans les tribunes.

« Euh... Que faîtes-vous à la barre, monsieur, euh...

- Allons, Votre Honneur. J'ai dit que je ferais appel à mon témoin suivant. Le voilà.

- QUOI ?! »

Le juge et moi-même étions grandement surpris, tandis que les murmures se firent mieux entendre. Je savais que Ben avait vu ces deux-là ensemble, mais je ne m'attendais pas à ça ! Confronter Ben ? Je n'avais aucune envie de faire ça ! Je regardais Marine. Désormais, même son visage était caché à cause de ses cheveux.

« Je ne comprends pas... » disait le juge. « Vous aidez la défense... et vous voilà tout à coup à témoigner contre l'accusée ?

- Quelqu'un m'a vu discuter avec Miss Calcant. Ne pas témoigner reviendrait à faire une obstruction à la justice.

- Je comprends... » Le juge semblait chercher d'autres mots, sans les trouver. Il était tout aussi choqué que je pouvais l'être.

« Commençons. » déclara Landry. « Témoin, nom complet et profession.

- Ben Ledrert, détective. »

Je regardais les deux interlocuteurs, mais voyait alors Landry secouer son doigt. Je n'aimais pas ça.

« J'ai demandé votre nom complet, pas comment vous vous faîtes appeler. » Je m'en doutais.

« OBJECTION ! Le nom complet du témoin n'a pas d'importance !

- Ah oui ? Ce serait comme cacher la vérité... Ce ne serait pas sage de votre part... Monsieur Benjamin Ledrert Junior... »

Il l'a dit ! Ce salaud l'a dit ! Il n'a aucun tact ! Tout le monde, sauf nous trois, était surpris. Le nom était plus que connu. Mais Ben ne voulait plus être associé à son père, car c'était trop douloureux pour lui. Puis, après la surpris, les tribunes parlaient avec plus de ferveur. Le doute s'installait. Les souvenirs de ce procès revenait à la surface pour beaucoup de monde.

« Vous êtes... le fils de... ? » commençait le juge, surpris encore.

« CELA N'A PAS D'IMPORTANCE ! » criais-je, voulant sauver Ben de cette situation. « Donne-nous ton témoignage, Ben ! »

Ben avait la tête baissé, je ne voyais plus ses yeux. Lui qui avait passé plus de quatre ans à se reconstruire. Je l'avais même convaincu de laisser à nouveau pousser sa tresse comme auparavant, en lui disant que s'il aimait cette coiffure, il avait le droit de la garder, peu importe si son père avait cette coiffure aussi. Je ne veux pas que tout cela soit réduit à néant à cause de ce salaud ! Je jetais un regard plus que noir envers le procureur.

« ...Très bien... »

Ben avait parlé à nouveau. Je m'inquiétais pour lui. Il me regarda et m'adressa un sourire, comme pour me remercier de le défendre encore.

« Ça va aller, Will. Je m'y étais préparé. Je recommence... Je m'appelle Benjamin Ledrert Junior. Et je suis détective. Et, oui, mon père est celui à qui vous pensez. »

Les tribunes parlaient entre eux avec ferveur, mais cette fois, le juge tapa du marteau, calmant l'audience.

« Silence, ou je fais virer les fauteurs de trouble !

- Puis-je commencer mon témoignage ?

- Bien sûr, faîtes. »

Ben prit une respiration. Je suis sûr qu'il n'était pas aussi prêt qu'il le disait. Je serrais les poings. Il en faisait toujours trop pour ne pas m'inquiéter... C'était vraiment un idiot, de ce côté là... Mais je ne pourrais finalement demander meilleur ami... Je pris aussi une respiration. Bien. Envoie, Ben. Je suis prêt.

« Ce matin-là, j'étais parti chercher des en-cas, mais je me suis perdu en chemin. A un moment, je suis tombé sur une jeune femme et un jeune homme se disputant. Il s'agissait de l'accusée et de la victime. J'ai appris à ce moment-là que Miss Calcant avait perdu son travail et sa réputation de reporter à cause de son ami. Et pendant leur dispute, elle l'a bien menacé de l'étrangler. Par la suite, la victime est partie essayer son costume pendant que je discutais avec Miss Calcant. »

Oh là là... J'avais tellement de reproche à faire à ce sujet... Mais est-ce que ce serait pertinent ? J'allais devoir essayer.

« Ce témoignage est clair... et nous laisse peu de doutes.

- Tout à fait, Votre Honneur. Des preuves décisives et un mobile, nous avons ce qui fait pour démontrer qu'elle est coupable. » annonçait Landry.

« Pas si vite, procureur Landry ! » réagissais-je.

« Hmph... Je suppose que vous allez quand même réaliser votre contre-interrogatoire...

- Bien sûr ! »

Bien sûr que j'allais le faire... Mais j'allais devoir faire attention... Le public est chaud bouillant, je ne pouvais discréditer Ben. Je ne pouvais non plus abandonner Marine. Donc... Donc quoi ? Qu'est-ce que je pouvais faire ? Il fallait que je réfléchisse pendant que je pose mes questions.

« Euh... Déjà, une menace comme ça, tout le monde peut la faire...

- Ne me sortez pas cette excuse, Will Stach. Il y a eu meurtre, nous ne pouvons l'ignorer. » déclara Landry.

« Je suis d'accord avec l'accusation. » affirma Ben.

Argh... Tu es de quel côté, Ben ? … … De celui de la vérité, j'oubliais... Bon, question suivante...

« Est-ce que la perte de son travail est si grave que ça ?

- Mademoiselle Marine Calcant travaillait comme reporter à NWI, auparavant.

- NWI ?! »

Oh mince alors. News World Information, donc NWI, c'était la plus grosse boîte qui s'occupait des reportages à la télé, et aussi du journal le plus lu du pays. Elle travaillait déjà là-bas comme reporter ? Waouh...

« Comme vous pouvez l'imaginer, se retrouver discréditée et renvoyée de cette boîte joue énormément. Son salaire en a pris un coup aussi, et vous savez bien que l'argent est un très bon mobile. Et Marine Calcant était, d'après ses anciens employeurs, une très bonne journaliste, avant l'incident. »

Et Landry ajoute de l'huile sur le feu. Et je viens même d'en avoir le retour de flammes. C'était très mal parti, et je ne trouvais rien, en plus, à dire. Ben a dû penser à quelque chose ! Non ? Je regardais Ben. Celui-ci me regardait, mais n'était ni désolé, ni... rien. Il ne faisait que de me regarder... comme s'il m'attendait ? Non, je suis sûr, il a prévu une porte de sortie ! Il faut que je la trouve ! Réfléchi, Will ! Qu'a-t-il fait ? Il est parti prendre des en-cas mais s'est perdu en route. Quand nous l'avons retrouvé, c'était... après l'annonce... qui... Oh ! Attendez une minute...

« Ben, à quel heure as-tu vu ces deux-là se disputer ?

- Je ne sais pas, par contre, je sais à quelle heure ma discussion avec l'accusée a débuté. Elle avait regardé sa montre, et j'ai remarqué qu'il était 9h10. »

Il a vu l'heure en regardant la montre de Marine, de loin ? Ne jamais douter des yeux de Ben. Encore une belle preuve. Mais c'était parfait !

« Vous avez discuté combien de temps ?

- OBJECTION ! » Evidemment, Landry s'y opposa. « Ce détail n'a pas de rapport avec le crime !

- Objection. » répliquait Ben calmement. « Toute donnée se rapportant à l'une des personnes lié au crime et se passant pendant, juste avant ou juste après le dit crime se rapporte donc à l'affaire. Après tout, vous m'avez appelé à cause de cela, au départ, non, Adrien ? »

Landry frappa son bureau de ses mains, mais n'arrivait pas à répliquer. Visiblement, c'était effectivement le cas. Il ne pouvait que serrer les dents et grogner. Ben me regarda alors à nouveau.

« Nous avons discuter un bon quart d'heure. » disait-il alors.

Quinze minutes ? Depuis 9h10, cela faisait 9h25... Il restait cinq minutes pour réaliser le crime... Attendez... Cinq minutes ? Les somnifères, le verre, le placer sur le lit, l'étrangler, casser le verre, le jeter, revenir... Non, c'est...

« Votre Honneur ! Ce qu'à dit le témoin est crucial ! En discutant quinze minutes, cela signifie qu'ils se sont séparés à 9h25 ! Cela ne laisse que 5 minutes pour réaliser endormir la victime, le tuer, effacer les traces du verre, puis le briser et le jeter dans une corbeille du couloir avant de revenir dans la loge ! C'est tout simplement impossible !

- O-OBJECTION ! T-Témoin ! Ce n'est pas... Vous n'avez pas... !

- Vous ne m'avez pas interdit de répondre aux questions.

- Guh... Tu me payeras ça !

- Monsieur Landry, un peu de tenue, s'il vous plaît ! » réagissait le juge. « Quoi qu'il en soit, le point soulevé par la défense est effectivement cruciale ! A moins que vous pensiez que votre témoin ment, procureur ?

- Non... Il... Raaah ! »

Le juge secoua la tête.

« Nous avons le mobile, mais désormais, il y a un trop grand doute sur le fait que l'accusée ait pu commettre le crime ! Je ne peux prononcer le moindre verdict pour le moment. »

Oui ! Nous l'avons fait ! Nous avons réussi ! Je me retenais de sauter de joie. Nous avons un délai désormais, nous pourrons rechercher le vrai coupable désormais !

« Vous et votre père... » fulmina Landry. « Toujours à détourner les choses à votre avantage... »

Ben demanda au juge s'il pouvait reprendre sa place, ce que ce dernier lui accorda. Peu importe les rumeurs circulant dans l'audience, désormais.

« Bien, je vais désormais...

- UN INSTANT ! »

Landry coupa le juge alors que ce dernier allait donner congé. Pourquoi ? Je remarquais, avec horreur, qu'il avait repris confiance.

« Je vous l'accorde, réaliser le crime en cinq minutes est impossible. Mais s'il était réalisé en deux parties ?

- ...Comment ça ? » demandais-je, craignant la réponse.

« Et si l'accusée avait préparé le verre avec les sédatifs à l'avance ? Avant que la victime ne retourne à sa loge ? Ainsi, l'accusée retournant à la loge, verrait David Sgrouyé endormi, peut-être déjà sur le lit du fait qu'il ressentait le sommeil venir, et n'avait plus qu'à faire le reste. »

J'ouvrais les yeux avec horreur. Il avait rebondit mais en plus trouvé une justification qui tiendrait la route ?

« Non... Impossible... !

- OBJECTION ! » Ben vint à ma rescousse, cette fois-ci. « Donc vous considérez la victime comme un idiot.

- Pardon ?

- Qui boirait un verre avec des médicaments sans savoir ce qu'il contient ? De plus, je n'ai jamais entendu Miss Calcant lui dire que ses médicaments l'attendaient, ni envoyer un message pendant que nous discutions.

- Elle a peut-être laissé un mot sur la table à côté...

- 'peut-être' ? Cela ne vous ressemble pas, Adrien. En avez-vous la preuve ? »

Landry se repliait à chaque réplique que disait Ben. C'était impressionnant à voir. Je commençais à comprendre pourquoi il n'avait jamais gagné contre Benjamin Sénior et Henry Kesak. Je me surpris à ne plus voir Landry comme un obstacle insurmontable.

« Non... Ou peut-être avait-elle laisser son portable avec un message dessus...

- Désolé de vous décevoir, mais Miss Calcant avait son portable sur elle. La preuve en est que nous avons échangé nos numéros après notre discussion. »

Cela me surpris. Ben... a pris le numéro d'une fille ? Il va neiger alors que nous sommes en été... Pour sûr.

« Donc je suppose que pour prouver que votre théorie est juste, vous allez devoir retrouver ce... 'mot'.

- Argh ! Pas besoin de me le dire, Benjamin Ledrert ! » répliquait le procureur en frappant le bureau du poing.

« Messieurs, un peu de calme, je vous prie. Bien. Ce procès ne pouvant avancer plus loin pour le moment, nous le reprendrons demain. Que la défense et l'accusation nous reviennent avec des faits nouveaux afin de pouvoir régler cette affaire. Le procès est ajourné. »

Il frappa du marteau, annonçant ainsi de la séance du jour.


« On l'a fait, on a réussi ! Merci Ben ! Tu es un génie ! »

Incapable de contenir ma joie à la fin, je lui avais sauté au cou une fois que nous étions dans la salle des accusés.

« Du calme... Mais tu devrais te féliciter toi. Je n'ai fais que mon travail. C'est toi qui a trouvé les bonnes questions.

- Arrête d'être aussi modeste et soit content de toi aussi ! » répliquais-je en frappant gentiment son épaule.

« Bravo et merci à vous deux. »

Marine était arrivée dans la salle. Elle semblait beaucoup plus sereine qu'auparavant. C'était la première fois que je la voyais ainsi. Je lui souriais.

« Félicitez Ben, Marine. Il le mérite.

- ...C'est vrai. J'ai vu que vous aviez passé un mauvais moment, mais vous avez fait un superbe travail, Ben. »

Cette fois, le détective ne put rien dire, détournant le regard, gêné. Amusé, je lui passais le bras autour de son épaule, un grand sourire sur le visage.

« La première étape est faîte ! Maintenant, nous passons à la deuxième étape, trouver le vrai coupable ! »

J'étais optimiste comme jamais. Avec Ben à mes côtés, je me sentais invincible...