Episode 1 – Course pour la vérité – Partie 4

PV Ben

« M-Mon Dieu... Je suis désolée... »

Marine détourna le regard. J'étais persuadé qu'elle se sentait désormais coupable de m'avoir questionné à propos de comment Henry Kesak a fini par perdre son badge, ensuivit par la mort de mon père et de ce qui s'était passé après. Je lui avais même expliqué comment Will m'avait sauvé de ma tentative de suicide. Je pouvais comprendre qu'elle se sente mal après tout cela.

« J'ai beaucoup appris de tout cela. Je ne comprends toujours pas comment mon père, pourtant si fort psychologiquement, ait pu se suicider, et pour moi, je reste certain que ce n'est pas le cas. J'ai décidé de travailler pour la vérité, et uniquement la vérité... Peu importe le reste. Cependant, j'ai compris comment réussi grâce à vous.

- A-A moi ? »

Marine clignait des yeux, surprise visiblement. J'acquiesçais avec douceur, souriant tout aussi doucement.

« Croire. Croire en ses convictions. Croire en ce que je crois juste. Pendant toutes ces années, j'ai été plusieurs fois touché par des affaires en quoi je ne croyais pas, ou dont les résultats m'ont déçu. Mais cette fois, je peux tout donner car je crois en vous. Je vous sais innocente. J'en suis convaincu. »

La journaliste restait un temps surprise par ce que je disais, puis changea petit à petit d'expression. Elle ferma un instant les yeux, commençant alors à sourire, avant de me regarder dans les yeux.

« Je vois... Je comprends mieux... Je ne savais pas pourquoi vos mots, que vous aviez prononcé avant le procès, m'avait aidé à tenir tout le temps dans la salle d'audience. C'était votre conviction que j'avais ressenti. Mais... je peux vous poser une autre question ? Ne croyez-vous pas en votre ami ? »

Je voyais où elle voulait en venir. Je répondais alors.

« Bien sûr que si. Will est mon meilleur ami, mais avoir confiance en son ami est différent d'avoir confiance envers quelqu'un que vous ne connaissez pas.

- Ah, oui, pardon... Je comprends...

- Je crois en Will et en ses capacités. J'avais juste besoin d'avoir une preuve que je pouvais faire confiance à d'autres avec autant de... ferveur, je dirais. » Marine acquiesçait doucement, comme si elle avait déjà deviné cette explication.

« ...Je suppose qu'il est difficile de se mettre à votre place... Compte tenu de tout ce que vous avez vécu.

- Se mettre à la place des autres est de toute façon hautain et égocentrique, si vous voulez mon avis. Personne ne sait ce que pense exactement l'autre, ni ce qu'il a vécu exactement. »

La jeune femme fut surprise de ma déclaration, mais pouffa rapidement.

« Vous avez raison. C'est ce qui nous permet d'être différent. Mais vous savez, c'est aussi ce...

- ...Marine Calcant, nous avons des questions à vous poser. »

Un des gardes du centre entra dans la salle, du côté des pensionnaires, coupant court à notre discussion.

« Désolée, je dois y aller.

- Vous n'avez pas à vous excuser. Je vous attendrais de toute façon. J'ai l'impression que ma compagnie vous permet d'oublier votre claustrophobie. »

Visiblement, j'avais encore surpris notre cliente, qui posait une main sur sa poitrine. Il se passa quelque secondes avant qu'elle ne reprenne la parole.

« Vous n'aidez pas Will ?

- Si. » affirmais-je en lui montrant mon portable, indiquant ainsi que s'il avait besoin d'aide, il pourrait m'en faire part ainsi. « Il risque d'avoir besoin de mon aide pour trouver des informations en ville, à la bibliothèque, par exemple... ou grâce à vous. Donc au lieu de faire des allez-retour qui nous feront perdre du temps, je reste ici, en ville.

- Eh... Un beau travail d'équipe. Dommage que le détective soit obligé de rester en retrait. » Je haussais les épaules sur ses paroles.

« Je suis impliqué dans l'affaire en tant que témoin. Le procureur ne pourra pas dire que j'ai trop interféré ainsi. »

Marine pouffa à nouveau puis suivit le policier. Je me levais à mon tour pour sortir. J'avais désormais le temps de réfléchir. L'image de la scène du crime était toujours fraîche dans mon esprit. Et il me restait une grande interrogation à laquelle j'avais besoin encore de m'interroger...


PV Will

Peu après la fin du procès, j'étais reparti vers le Stade Parkour. Avant cela, Ben et moi avions discuté, et nous avons été d'accord, ou plutôt j'ai été d'accord, sur son plan, où il resterait en ville en cas de besoin d'informations, mais qu'il m'aiderait via une conversation téléphonique si besoin. Il m'avait laissé aussi des informations, ceux qu'il était allé chercher à la bibliothèque l'après-midi après que j'ai pris l'affaire. Il s'agissait d'un article de journal parlant justement du reportage réalisé par Marine Calcant. Celui-ci concernait un tout nouveau type d'essence, écologique mais tout aussi efficace que celle utilisé par les voitures de courses... mais qui causait apparemment des dégâts critiques sur les moteurs. C'était ce point-là que David Sgrouyé avait pointé quand il avait détruit le reportage de son amie.

« Désolé, mon gars, mais le stade est fermé au public. »

Relevant le nez de l'article que je lisais, je remarquais être entré dans le Stade machinalement. Une femme vint me voir.

« Euh... Je suis l'avocat qui travaille sur l'affaire.

- Ah bon ? Dans ce cas, autant vous le dire : y a un garçon blond, assez beau garçon, avec une longue tresse et une veste violet qui discutait avec votre cliente... Enfin, je crois que c'était bien elle ? J'ai oublié son nom... Enfin, ils discutaient ensemble peu avant le crime. »

Je regardais l'inconnue d'un air intriguée. Serait-ce elle, le témoin qui a vu Ben et Marine discuter ?

« Je suis au courant. Et ce garçon est mon ami. Quant à la jeune fille, elle s'appelle Marine Calcant.

- Ah oui, c'est ça...

- Et qui êtes-vous ?

- Je m'appelle Alexandra Ailaire. Je suis une des pilotes qui devait participer à la course. » se présentait-elle, ce qui ne faisait aucun doute au vu de sa tenue.

« Et vous avez vu ces deux-là discuter, donc ?

- C'est ça.

- Je croyais que les pilotes devaient être prêts pour la course, à cette heure-là ? Je sais pour David Sgrouyé, mais...

- Oh, j'ai juste trop dormi ce matin-là. »

Disait-elle avec un grand sourire. Mais cela me paraissait un peu suspect. Je préférais poser la question.

« Et à l'heure du crime, où étiez-vous ?

- Oh, je prenais ma douche...

- A cette heure-là ? Vous étiez autant en retard ?

- Bah... Ouais. J'étais parti prévenir mon écurie avant de retourner dans ma loge pour finir de me préparer. Et en passant, j'avais vu votre ami.

- Dans ce cas, personne peut confirmer que vous étiez bien dans votre loge à cette heure !

- Si, un autre pilote, Alain Lévytte.

- Qu'est-ce qu'il faisait dans votre loge ? » questionnais-je, très surpris de savoir que quelqu'un pouvait confirmer son alibi. « Ce n'est pas comme si c'était le moment ni l'endroit...

- Oh, nous discutions, simplement. Je l'ai juste invité pour continuer notre discussion, même pendant que je prenais ma douche. »

Ils... discutaient ? Je commençais à me dire que David Sgrouyé ne devait pas être le seul pilote bizarre ici...

« Et vous êtes sûre qu'il était toujours là, même pendant que vous preniez votre douche ?

- Absolument. Comme je l'ai dit, nous avons continuer notre discussion.

- ...C'était quoi comme discussion, pour que vous la continuiez ainsi... ? »

J'étais plutôt impressionné par le fait qu'ils se retrouvaient à discuter même dans ces conditions... Mais je trouvais ça louche aussi. Surtout qu'elle me répondait qu'ils discutaient de la course. Mais sans rien préciser. Malheureusement, elle ne voulait rien dire de plus, donc je changea de direction pour notre discussion, me rappelant de quelque chose.

« Dîtes, vous savez pourquoi il y a d'aussi grosses portes de sécurité avant d'arriver aux loges ? Cela me semble... extrême.

- Oh, ça ? Il y a eu un incident il y a quelques temps, il y a un peu plus d'un mois je crois, un pilote a été agressé... Puis ils ont mis en place ça rapidement après... Mais j'ai entendu dire qu'ils feront des travaux plus tard pour établir un portail de sécurité plus simple mais tout aussi efficace.

- ...C'est un système temporaire, en plus ? »

J'étais confus. Je n'arrivais pas à imaginer comment ceux qui gère cet endroit ont fini par... faire cela. Peut-être pour bien assurer la sécurité, mais quand même...

« Quel pilote a été agressé ?

- Désolée, mais je préfère ne pas dire qui c'était. Et puis, cela n'a pas de lien avec l'affaire actuelle, non ? »

Je restais silencieux. Un lien... Je ne voyais aucun lien, effectivement... Voyant mon silence, la pilote me sourit et partit après m'avoir dit bonne chance pour l'affaire. Je la regardais s'éloigner, en pleine réflexion. Mais ce fut quand elle fut hors de ma vue que je me rappelais de quelque chose. Je récupérais l'article que Ben m'avait laissé, le relisant alors. Celui-ci a été publié le 13 Juin, soit un peu plus d'un mois auparavant. Etrange coïncidence... Non, cela n'en était pas une. Je suis certain qu'il y avait un lien. Mais je n'avais pas de preuve. Dans ce cas, je n'avais plus qu'à appeler Ben... et espérer qu'il trouve des informations sur l'agression d'un pilote, il y a un peu plus d'un mois... et espérer qu'il y trouve un lien...


Je courrais vers la scène du crime. J'avais eu Ben au téléphone, et lui avait expliqué ce dont j'avais besoin. Il ne restait plus qu'à attendre qu'il trouve quelque chose. Mais pour le moment, je devais aller voir l'inspecteur et espérer des nouveautés sur la scène du crime. J'arrivais au niveau des portes de sécurités – toujours ouvertes – quand quelqu'un fila tout aussi vite dans l'autre sens... et eut plus de réflexe en m'évitant... pour tomber au sol, cependant. Je l'aidais à se relever, remarquant alors que c'était le type de la police scientifique.

« Faîtes attention quand vous déboulez ! » me gronda-t-il.

« Je pourrais vous dire la même chose...

- Les policiers sont propriétaires, et les policiers sont pressés, mon gars. »

Il fronçait le visage, se dépoussiérant, avant de finalement tourner son regard vers moi. Son expression changea alors du tout au tout.

« Eh, vous êtes cet avocat qui m'a donné la boîte qui contenant ces succulents entremets, non ? Will... Stass, c'est ça ?

- Non, Stach. Comme 'Pistache'. Vous enlevez juste le 'pi'. »

Cette fois, c'était moi qui était ennuyé. Mon nom n'était pourtant pas si compliqué à dire, non ?

« Enfin, peu importe... J'ai appris que vous étiez un bon agent de la scientifique. C'était vous qui avez réparé le verre, non ?

- Eh eh, yep ! Allez, dîtes-le que j'ai fais un bon boulot !

- Euh... C'est plus pratique que des morceaux de verre, en tant que preuve, ouais... » L'agent Vebyen fut un peu déçu sur le coup.

« C'est pas le genre de compliment que j'attendais, mais soit...

- Vous auriez retrouvé des empreintes, j'aurais dis que vous auriez fait un superbe travail, c'est sûr...

- Agh... Vous vous êtes passé le mot avec le procureur ou quoi ? Il m'a dit exactement la même chose. »

Quoi ? Landry est déjà passé par là ? Mince, nous n'avons pas été assez rapide... J'espérais vraiment arriver avant lui... Et là-dessus, je laissais l'étrange type pour retrouver l'inspecteur sur la scène. Sauf qu'une scène se passait. Un type gueulait envers l'inspecteur, qui bloquait l'accès à la scène. Je souriais doucement... L'inspecteur était facilement de marbre même si on lui criait dessus. En règle général, en tout cas.

« Comment ça, interdit de passer ?! J'ai un truc à récupérer moi !

- L'affaire est toujours en cours, donc la scène n'a pas le droit d'être dérangé.

- Ah ouais, c'est comme ça ? Alors grouillez-vous de la finir votre affaire ! »

Le furibond passa finalement rapidement à côté de moi avant de s'enfermer dans une autre pièce. Je saluais l'inspecteur, et l'interrogea sur l'inconnu. Et il m'expliqua qu'il s'agissait d'un pilote au tempérament exécrable. En l'entendant dire cela, je pensais alors à quelque chose. J'avais encore cette certitude qu'un pilote était lié à l'affaire. D'ailleurs, cette pilote, Alexandra, et l'autre avec qui elle parlait, étaient louches. Il me fallait vérifier quelque chose...

« Dîtes, inspecteur, je peux inspecter les autres loges ?

- Je peux vous en laisser l'autorisation, si vous prouvez qu'ils aient un lien entre eux et l'affaire. Après tout, ils étaient tous aux stands, à se préparer.

- Oh... Actuellement... Cette pilote, Alexandra Ailaire... m'a dit qu'elle prenait sa douche tout en discutant avec un autre pilote vers l'heure du meurtre. Pour moi, c'est assez louche pour mériter une enquête.

- Je doute que vous allez pouvoir prouver qu'elle ne prenait pas de douche à ce moment-là, désormais...

- Non, je parlais de l'autre pilote. Il a peut-être faussé son alibi !

- 'peut-être' ? Vous savez ce qu'Adrien Landry dirait à ce propos ? Les gens plus haut placé ne m'autoriserait pas à donner des autorisation sur des 'peut-être' aussi vague...

- Je croyais que vous étiez Inspecteur en Chef ?

- J'ai toujours des supérieurs. Souvent lié au bureau des procureurs... J'aimerais vous aider, Will Stach, mais il est hors de question que je me fasse remonter les oreilles par Landry ! »

Tch, décidément, Adrien Landry pourrissait ma vie encore et toujours. Même sans être là. Bougonnant, je repartais. Je n'avais plus qu'à attendre que Ben me rappelle, je suppose...

« Hé... »

J'entendais une voix m'appelait, et regarda autour de moi. Je vis finalement une porte un peu ouverte. La personne caché derrière fini par ouvrir entièrement la porte coulissante et sortir juste au-devant de sa loge.

« T'es un avocat, nan ?

- Hein ? Euh... oui, pourquoi ?

- Nan, je voulais être sûr. Mais à y penser, ce serait bizarre d'avoir deux procureurs au même endroit... Bah, oubliez. Je m'appelle Alain Lévytte, au fait.

- Vous êtes un des pilotes, non ?

- Yep ! L'ancien rival de David Sgrouyé en plus !

- L'ancien rival ? Vous ne l'étiez plus ?

- Il est mort, je te signale ! » vociféra-t-il.

« Du calme, je parlais de quand il était vivant !

- Oh... » Le pilote se calma et se gratta l'arrière de la tête. « Désolé, j'avais mal compris. Bah, au final, il a fini par gagner de l'avance, donc mon titre de rival ne tenait plus vraiment...

- Comment ça se fait ?

- Bah, quelques problèmes techniques, on va dire ! Tu veux rentrer ? Je peux te servir quelque chose si vous voulez.

- Oh, euh, je veux bien un jus. »

Après tout, nous étions en été, la chaleur me déshydratait vite. Je rentrais alors à sa suite, me souhaitant la bienvenue dans son « palace » - comparé à son appartement dans lequel il ne vivait très peu, m'avouait-il un peu plus tard. Pendant qu'il avait le nez dans son réfrigérateur, je regardais la pièce. Il n'y avait rien de très extravagant, mis à part une Chaîne Hi-fi de grande marque. Je regardais le pilote. Il m'avait dit s'appeler Alain Lévytte... Maintenant que je m'en rappelais, la pilote nommée Alexandra Ailaire m'avait dit que c'était ce gars qui discutait avec elle. Je pensais alors à une idée, et prit une photo de l'appareil avec mon portable.

« Hé, tu fais quoi ?

- Je notais juste la marque de la chaîne hi-fi. Si je me rappelle bien, c'est une marque chère mais de qualité, non ?

- Ouais. J'adore écouter de la musique, et celui-là a un triple plateau. Et la qualité du son, mon gars ! Y a pas meilleur ! Même quand le son est fort ! »

J'acquiesçais doucement, envoyant en même temps un message à Ben : 'Est-ce que tu crois que ce genre d'appareil pourrait permettre de se créer un alibi ?' Puis je continuais de discuter avec le pilote, notamment sur sa présence dans les loges au moment du meurtre... mais simplement pour en tirer qu'il ne voulait pas que des paparazzis le voit sympathiser avec un concurrent. Un truc était clair : il faisait attention à son image avec les fans...


Plus tard, Ben m'appelait suite à de nouvelles informations qu'il avait trouvé. Concernant la chaîne hi-fi, il me répondait affirmativement. Puis, concernant l'affaire du pilote agressé, l'identité du pilote était Alain Lévytte. Donc son « problème technique » avait été qu'il avait été blessé. Et cet incident survint deux jours après que David Sgrouyé ait détruit le reportage de ma cliente. C'était trop pour être une coïncidence. Je décidais alors de retourner questionner la pilote, après autorisation de l'inspecteur. Celle-ci se trouvait dans sa loge.

« Tiens, qu'il y a-t-il, monsieur l'avocat ? » questionna-t-il une fois la porte ouverte

« J'ai quelques questions à vous poser, concernant l'incident qui a impliqué un pilote il y a plus d'un mois.

- Mais il n'y a pas de lien avec...

- Cela s'est passé deux jours après le contre-reportage de David Sgrouyé, et le pilote impliqué était Alain Lévytte. Je pense que c'est trop pour une coïncidence. »

La jeune femme me regarda un instant avant de soupirer. Elle me fit entrer, préférant en discuter plus en privé.

« J'avoue, c'est le cas. Alain a fait la promotion de l'essence qui a fait l'objet du reportage à ses fans. Il l'utilisait aussi, ce qui lui a permit, en plus de son style de conduite, de rester serrer à David tout le long du championnat. Même si David ne l'utilisait pas, lui.

- Quoi ? Mais j'ai lu que cet essence semblait... euh... efficace. Si on ne compte pas le fait que les moteurs ne l'appréciaient pas.

- David Sgrouyé a un style de conduite que tout le monde qualifie d'incroyable. Très dangereux... mais il contrôlait le tout parfaitement. Mais maintenant que je sais que David prenait des médicaments pour contrôler ses nerfs... Je comprends mieux, maintenant...

- De quoi vous parlez ?

- Il y a une rumeur, chez les pilotes. Apparemment, David Sgrouyé aurait une double personnalité... ou quelque chose comme ça. Ou que sa gentillesse était une façade. Le championnat de rallye est impitoyable, un gentillet n'aurait jamais réussi à avoir sa place... et encore moins à être champion.

- Mais vous ne semblez pas 'impitoyable' non plus...

- Oh, moi ? Je suis une lionne sur la piste. Rawr. »

Son 'rawr' était ridicule. Mais son sourire me faisait toujours aussi froid dans le dos. Je commençais mieux à comprendre pourquoi je ressentais ça. Il ne valait mieux pas l'énerver.

« Mais sinon, par rapport à Alain Lévytte... Vous vouliez dire que des fans l'ont agressés ?

- Oui... L'essence commençait à être commercialisé, mais cher et difficile à trouver sur le moment. Mais Alain en a parlé en bien à ses fans et certains d'entre eux ont dû en acheter. Je ne sais pas beaucoup plus que ça, mais je suppose que quand l'effet néfaste a été annoncé par David, ils s'en sont pris à Alain. »

Voilà qui était intéressant. Cela donnait un bon mobile à ce Alain Lévytte. Je changeais alors de sujet de discussion et montrait la photo de la chaîne hi-fi à la pilote, lui demandant si elle le reconnaissait.

« Oui, c'est la chaîne hi-fi d'Alain. D'ailleurs, il me l'avait prêté jusqu'à avant-hier.

- Pourquoi jusqu'à avant-hier ? » questionnais-je, trouvant cela très suspect.

« A cause de ce meurtre, nous n'avons pas eu de course. Il était plutôt frustré et avait besoin de musique pour se calmer. Après que les inspecteurs aient fini de vérifier nos loges, je le lui ait rendu. »

Voilà qui était intriguant. Je ne répondais cependant pas quand elle me demanda pourquoi j'avais posé cette question, prétextant alors que j'avais reçu un message de mon ami et que je devais lui téléphoner. Je repartais alors, ayant ce que je voulais. Ce pilote, Alain Lévytte, avait l'opportunité et le mobile. J'avais ma défense en main. Puis, alors que j'allais sortir du Stade Parkour...

« Hé, l'avocat ! »

Surpris, je me retournais, avant de voir un type grand et costaud derrière moi. Habillé d'une veste exotique et bronzé, il serait facile de le prendre pour un vacancier... Mais son expression et sa carrure me laissa sans voix.

« J-Je peux faire quelque chose pour vous ?

- Ouais, tu peux. Par rapport à votre affaire.

- E-Euh oui ?

- Marine Calcant n'est pas la coupable. »

Je clignais alors des yeux.

« Euh... Pardon ? Je veux dire... Bien sûr ? Euh... Pourquoi vous me dîtes ça ?

- C'est simple. David et Marine sont amis d'enfance, et rien ne peut briser leur amitié.

- C'est... ça votre argument ?

- Je suis un de leurs amis. Je sais comment ils sont. Une menace ? Idiotie ! C'est sa façon pour lui remonter les bretelles, vu que David est du genre à se ficher des conséquences. Je peux vous le garantir. »

Puis il reparti, sans plus de cérémonie. J'étais un peu tétanisé sur place. Il me fallut du temps avant que mon cerveau ne redémarre. Quel drôle de type. Gardant ce qu'il m'avait dit à l'esprit, j'appelais un taxi, afin de retourner en ville...


Finalement, nous nous retrouvions chez Ben après être passé revoir notre cliente, et je lui raconta mon enquête. La dernière partie, avec le type bronzé, semblait l'intriguer. Nous finissions par manger ensemble, mais Ben semblait un peu absent. Finalement, il monta dans sa chambre, me demandant de le rejoindre dans dix minutes. Peu après, j'entendis des meubles être bougé, et je ne pouvais que me demander ce qu'il faisait. Je finissais par le rejoindre dix minutes plus tard. La lumière de sa chambre était allumée, et la porte un peu ouverte.

« Ben ? J'entre. »

Mais une fois la porte poussé jusqu'au bout... je ne le vis pas. Je regardais derrière la porte, mais il ne s'y trouvait pas. Mais l'agencement de ses meubles... ressemblait à celui de la scène du crime. Il essayait quelque chose ? Je l'appelais encore, sans réponse, avant de remarquer un papier sur son lit défait, les draps contre le mur. Sur ce papier était écrit ''Merci d'être venu, Will.'' Surpris, je regardais la pièce une nouvelle fois, avant de finalement descendre au rez-de-chaussé. Mais au bas des escalier, j'entendis quelqu'un me suivre. Ben était là.

« Où est-ce que tu étais ? Je croyais que tu étais dans ta chambre ? D'ailleurs, tu as reconstitué la scène du crime, non ?

- Oui... Mais ce n'était pas important. Dis-toi juste... que c'était juste pour satisfaire ma curiosité.

- ...Hein ? C'est quoi ça ? Qu'est-ce que tu faisais ? »

Mais peu importe combien j'insistais, il ne me disait rien de plus. Et finalement, je rentrais chez moi pour la nuit...