Episode 1 – Course pour la vérité – Partie 6
PV ?
« Il est abattu.
- C'est ce qui semblerait... »
Le procès touchait à sa fin. L'avocat ne semblait pas trouver de quoi contredire la théorie de l'accusation. Il ne restait plus beaucoup de temps avant que le juge ne déclare son verdict. La foule l'a compris, et les gens commençaient à chuchoter entre eux. Mais elle... elle ne voulait pas non plus que cela se finisse. Elle secoua la tête.
« Pas dans ce sens là. Je le vois... Il ne veut pas abandonner, mais il ne sait pas comment répliquer.
- S'il savait quelque chose, il l'aurait déjà amené en discussion.
- Il a peur... »
L'homme fut surpris et la regarda. Elle croisa son regard et s'expliqua.
« Vous le savez aussi bien que moi. La raison qui l'a poussé à devenir avocat. Mais il n'a jamais su faire face à l'adversité quand elle est trop grande. Il est l'épaule qui soutient, pas le bouclier qui protège. Il y a eu cette épisode, non, où son ami détective l'a défendu contre un groupe de garçon qui se moquait de lui ? »
Il acquiesça. Par habitude, il parlait souvent de ce qui arrivait à Will quand il était en sa présence. Donc elle aussi était au courant.
« C'est la même chose. Il n'a pas assez confiance en lui pour faire face au procureur. Je suis certaine qu'il a une carte en main.
- Mais le résultat pourrait être le même. Ce témoignage me semble bancal, mais je n'ai aucune idée d'où cela mènera.
- Aidez-le alors ! Permettez-lui un répit ! Son ami détective doit venir, non ? Vous devriez réussir à gagner du temps jusqu'à ce qu'il arrive, non ? »
L'homme hésita un instant.
« Je te confie quelque chose : je ne sais pas si Ben est très objectif sur cette affaire.
- Mais Will a confiance en lui, non ? Donc j'ai confiance en lui aussi ! »
L'homme la regarda un instant avant de sourire, riant même très légèrement.
« J'oubliais avec qui je discutais. » disait-il. Elle souriait largement, les joues rouges. « Mais ne m'en veux pas si cela ne marche pas.
- Jamais. »
Là-dessus il se mit releva.
« UN INSTANT ! »
PV Will
Alors que le juge allait donner son verdict, un cri résonna dans la salle. Une bouffée d'espoir m'envahit quand j'entendais cette voix. Me relevant, je regardais derrière moi et vit Monsieur Henry. J'étais heureux, mais aussi surpris. Je le pensais en voyage. Comment se fait-il qu'il soit là ? Peu importe, il pourra m'aider !
« Non, pas vous... »
Encore plus satisfaisant, le voix terrifiée de Landry. Mais l'entrée surprise de l'ancien avocat avait le monopole de l'attention. Et de la surprise. Celui-ci enjamba la barrière de sécurité et descendit à mes côtés.
« Alors, Will... On abandonne ?
- Non, je ne veux pas abandonner ! Mais... je n'arrive pas à trouver une faille...
- Étrange... J'en vois une, moi. »
Quoi ? Qu'est-ce que j'ai manqué ? Je me retournais vers Landry. Celui-ci était livide.
« H-Henry K-Kesak... ! V-Votre apparition est inutile ici ! Le juge allait déclarer son verdict !
- Ah ? Je peux comprendre qu'il soit pressé. Après tout, sa femme lui fait des plats succulents, et il a toujours hâte de retourner chez lui pour manger.
- Ma foi, c'est bien vrai. » affirma le juge, pris dans l'action, avant de remarquer que quelque chose clochait quelques secondes plus tard. « A-Attendez, comment savez-vous cela ? » Ce qui tira un rire de l'ancien avocat.
« Benji l'a deviné il y a bien longtemps. Il m'en a juste fait part dans une discussion lamda.
- Oh... Et... Vous êtes apparu pour quelle raison ?
- La défense n'avait pas fini son contre-interrogatoire. L'accusation lui a juste fermé la porte au nez avant qu'il ne s'y engouffre.
- Est-ce vrai, monsieur Skass ?
- Euh... Oui... ?
- Il ne semble pas très sûr de lui.
- Il est juste un peu timide ! C'est pour cela qu'il se lance parfois sans attendre son tour, dans certains moments, afin de ne pas être retenu par sa timidité.
- Oh... Maintenant que vous le dîtes... Cela me semble logique... La défense n'a pas à être timide, si le méchant procureur vous fait peur, je lui dirais de se calmer. »
Oh bon sang, me voilà devenu un enfant. Je sais que Monsieur Henry peut faire office de figure paternel, mais là... Enfin, il vaut mieux ravaler cette honte et profiter de cette aubaine.
« Ça ira, Votre Honneur. Merci quand même...
- Alors, que vouliez-vous pointer, dans ce cas, Monsieur Skach ?
- Euh... »
Une ouverture... Je devais trouver l'ouverture que mon mentor a pointé... Mais où est-elle ?
« Will, tu prends trop le témoignage phrase par phrase. Vérifie l'ensemble de son témoignage. La cohérence. Un mensonge trop élaboré manque souvent de cohérence.
- La cohérence ? »
Avec les preuves, peut-être ? Non, attendez... Si on prends l'ensemble... une idée me vint. Je vérifiais le plan des loges. Maintenant que j'y pensais, la loge de Alain Lévytte était... là... ? Mais dans ce cas, son raisonnement ne tiendrez pas à cause de... Ah ! J'ai trouvé ! … Non, attendez, vu la logique du type, est-ce que ça va passer ?
« N'hésite pas, Will.
- ...Pardon ?
- Tu as ton idée mais tu hésites trop parce que tu as peur que ton idée soit un échec. N'ait pas peur de l'échec. Affronte-la.
- … Vous avez raison. »
Oui, je devais foncer. Dès que je réfléchis trop, je m'arrête. Je ne pouvais pas faire ça. La vie de ma cliente est en jeu !
« Actuellement, j'ai quelque chose à dire, Votre Honneur. Monsieur Lévytte nous répète qu'il ne voulait pas être un suspect. Il réalisait donc des actions dans cette optique-là. Dans ce cas, il y a un problème dans ses propos.
- Un problème ? Lequel ?
- La loge de notre témoin se trouve assez loin par rapport à celui de la victime. Difficile d'être discret dans ces conditions. Si une tierce personne le voyait à trimballer une serviette dans le couloir, elle trouverait cela étrange.
- Vous oubliez quelque chose, Will Stach. » m'arrêta Landry. « Le couloir est isolé du reste du stade par ds portes de sécurités. Et cela se passait peu avant la course. Personne ne s'y trouverait là.
- Mais la probabilité n'est pas nulle.
- Hmph. Si c'est cela votre raisonnement, il aurait mieux valu vous taire.
- Je n'ai pas fini. Actuellement... j'ai un témoignage comme quoi un autre pilote se trouvait dans le coin... et discutait avec notre témoin aux environs de l'heure du crime. Et il se trouve que sa loge était bien plus près que la sienne par rapport à celle de David Sgrouyé. Mieux encore, le pilote prenait sa douche, donc notre témoin n'était pas tout le temps avec... » Je pointais alors le témoin du doigt. « Pourquoi n'a-t-il pas profité de l'occasion pour emprunter une serviette ? Et dans le même temps, y mettre les bouts de verre dans la poubelle de cette loge ? Après tout, vu que tous les pilotes étaient censés être aux écuries, la police n'a fouillé aucune autre loge... »
Un léger murmure se fit entendre dans la salle, que le juge arrêta en tapant du marteau. Le procureur fusilla le pilote du regard.
« Je n'étais pas au courant de ça !
- Ce n'est pas étonnant. Le pilote en question n'avait aucune raison de mentionner cela, et ne devait pas être au courant pour le verre. Quand à Alain Lévytte... C'est facile à le deviner à ses actions, il cherche à protéger son image. Après tout, que dirait ses fans s'ils apprenaient que leur idole fréquentait amicalement un concurrent juste avant les courses ?
- Argh ! Non ! S'il vous plaît ! Que cela reste entre nous ! » paniqua soudainement le pilote, confirmant ainsi ma théorie. Ce qui valut à nouveau un regard noir de Landry.
« Vous payerez les conséquences de vos mensonges, Alain Lévytte ! Ma patience a des limites par rapport à vos idioties !
- Hé, va te faire voir, le proc' ! » réagissait le jeune homme suite à l'insulte.
« Messieurs, un peu de tenue ! » coupa le juge. « Témoin ! Ici, les mensonges sont mal vus ! Veuillez nous raconter réellement ce qui s'est passé, en prenant en compte le fait que vous étiez avec un autre pilote !
- Maismaismais... Je n'ai pas menti ! J'ai juste omis ce détail... » répliquait-il alors en se grattant le cou. « Ah, et, effectivement, j'ai pris une serviette chez Alex. »
Le pilote avait dit ça comme si cela n'était pas important, mais la réaction générale fut l'inverse.
« Donc vous avez effectivement profité qu'il prenne une douche pour prendre une serviette, je vois... » conclua le juge.
« 'il' ? Je vous arrête, Alex est une femme.
- Quoi ? Mais vous aviez déclaré plus tôt que vous n'entrez pas dans les salles de bains quand une femme s'y trouvait ! Vous mentiez donc sur toute la ligne... Vous êtes coupable de voyeurisme, je vous fait arrêter sur-le-champ !
- Maismaismais ! »
Le 'pauvre pilote' se faisait attaquer des trois côtés désormais. Je me sentais un peu désolé pour lui, et décidais de lui accorder un répit... temporaire.
« Votre Honneur, ce n'est pas un procès pour cela...
- Oh... Pardon, je me suis emporté.
- Cependant, le témoin a avoué être allé sur la scène du crime vers l'heure du crime. Il doit être aussi compté comme suspect !
- Ne soyez pas stupide, Will Stach ! Comment le témoin aurait pu faire avaler les somnifères à la victime ? Ce dernier n'avait confiance qu'en l'accusée. »
Effectivement. Ce point posait problème. Aucune preuve qu'un mot ait été posé n'a été trouvé. Mais... c'était pareil pour Marine. Elle n'en avait pas la possibilité.
« Un mot, peut-être, en signant comme si c'était l'accusée ? Ou même sans signature ? Nous n'avons aucune preuve pour ma cliente, alors cela peut être pareil pour n'importe qui. Marine est censée être la seule à savoir pour son état et le fait qu'il prenne des médicaments à ce sujet, mais il l'a peut-être découvert par hasard et en a profité. Mais comme vous l'avez dit, c'est impossible à prouver. Dans un sens comme dans l'autre. Il a peut-être créé un mot, l'a récupéré après l'avoir tué puis l'a mis dans une poubelle avant de le récupérer plus tard ? Personne ne saura.
- Hmph. De ce que j'ai compris, le témoin a accompagné cette Alexandra Ailaire à sa loge. Mais un détail rend votre théorie impossible, car c'est cette dernière qui m'a signalé que votre ami discutait avec l'accusée. Donc David Sgrouyé était déjà dans la loge. Il ne peut avoir écrit de mot pour que la victime prennent les somnifères. »
Ah ! J'avais complètement oublié ce détail ! Ce n'est pas possible ! Je me serais vraiment trompé ? Non, ce n'est pas possible. Marine est innocente. ''Suit tes convictions''. Tiens, d'ailleurs, c'était M. Kesak qui a écrit ce papier ? Ah, non, je me disperse, là. Quoi qu'il en soit, mes convictions, c'est que Marine est innocente. Je devais trouver quelque chose... S'il n'a pas pu le faire à ce moment-là, alors...
« ...avant ?
- Vous disiez quelque chose, Monsieur Sash ? »
Ohé, où est passé mon 't', là ? Mais cela me fit remarquer que je pensais tout haut.
« Ah, non, je me demandais juste si le témoin n'a pas pu faire un mot avant qu'il ne vienne...
- Ne soyez pas stupide. » réagit Landry. « A quel moment aurait-il pu écrire le mot sans que l'accusée ne le remarque ?
- ...Ils étaient déjà peut-être parti ? Je viens juste d'y penser. S'il était encore à sa loge quand Marine et ses amis sont arrivés, a remarqué leur arrivé, puis a profité d'un moment entre celui où les amis de David Sgrouyé sont partis et celui de sa dispute avec Marine pour se faufiler dans la loge de David, écrire un mot et laisser des somnifères dans le verre... Puis il repart des loges, va aux écuries, croise Alexandra sur la route qui lui dit qu'elle va prendre rapidement une douche, et profite de l'occasion pour se créer un alibi en revenant avec elle, avant de terminer le travail pendant que la pilote prend sa douche... Et vu que Marine était dans la salle de bain, occupé par l'armoire à médicament, il peut tuer silencieusement David, renverse cependant le verre malencontreusement et s'occupe alors de le faire disparaître avant de faire croire qu'il venait de découvrir qu'il était mort... Cela ne semble pas un scénario plausible, pour vous ?
- Hé, belle réflexion, Will. »
Je remerciais mon mentor pour ce compliment, mais attendez de voir ce que Landry répondrait. Ce dernier secoua le doigt, à mon grand regret.
« L'accusée a remis la corde correctement autour de la taille de la victime quand elle est revenue dans la loge. Cela ne rentre pas dans votre scénario.
- Oh, euh... La victime a dû mal la mettre elle-même...
- Pardon ?
- Si c'était la victime qui l'avait vraiment mal mise ? Alors endormi par les somnifères, il se couche dans le lit, incapable de lutter contre le sommeil... Par la suite, Marine est entrée dans la loge, le voit endormi mais remarque que son ami a mal mis la ceinture autour de sa taille, et par acte de gentillesse, la met correctement avant de s'occuper de l'armoire à médicament... Après tout, elle l'avait laissé dormir, se disant de le réveiller un peu plus tard. Pendant ce temps, Alain Lévytte entre, défait la corde, tue la victime avec avant de la remettre... Et vu qu'il est pilote, il doit facilement avoir des gants pour ne pas laisser ses empreintes !
- Oh, effectivement, vu comme ça... » acquiesça le juge. « Est-ce que l'accusation a quelque chose à redire à ce propos ? »
Landry semblait réfléchir un moment avant de finalement serrer les dents.
« Tch... Non, je n'ai pas les informations nécessaires pour contredire cette théorie.
- Je vois... » conclua le juge. Dans ce cas, je crains que je sois obligé de suspendre ce procès pour que vous ayez plus d'information à ce sujet. »
Ces paroles furent une bouffée d'air frais. J'avais réussi à gagner du temps ! Et beaucoup, même !
« A-A-Attendez ! Pourquoi je suis suspect ? J'ai tué personne !
- Un meurtrier dirait la même chose.
- Pourquoi j'irais tuer David ? Nous étions rival ! » vociféra le pilote. Je secouais la tête.
« Oui, vous étiez rivaux... Mais le tuer vous donnerait un avantage... Notamment en vous permettant de pouvoir devenir le meilleur !
- Quoi ? Mais non ! Enfin, je suppose que oui... Mais non ! »
Peu importe vos objections, Alain Lévytte, j'ai encore un atout dans ma poche, concernant votre mobile. Je ne lâcherais pas mes convictions. Je vis le juge secouer la tête juste après.
« Les deux parties semblent avoir un suspect bien défini chacun. Vous allez devoir élaborer pour conclure le procès demain. Là-dessus, je déclare la séance...
- ATTENDEZ ! »
Une autre voix s'éleva dans la salle. Je regardais la salle entière avant de remarquer une personne debout. Et mon estomac se noua instantanément. La jeune femme qui venait de crier... C'était Alexandra Ailaire. Son intervention... Non, ce n'était pas le moment !
« Qui êtes-vous ? » demanda le juge, tandis que cette dernière sauta des tribunes avant d'atterrir agilement au sol. C'était plutôt impressionnant à voir.
« Alexandra Ailaire. » répondit-elle en allant vers le banc des témoins, là où Alain pleurait presque pour sa venue providentielle pour le défendre. « Je suis le pilote dont l'avocat a parlé.
- Oh... Je vois. Quelle est la raison de votre apparition, mademoiselle ?
- Je veux rectifier quelque chose. Alain n'est pas coupable. Ni même suspect. Je voudrais expliquer cela en détail.
- ...Je vois. Puisque c'est ainsi, nous vous écoutons. Je suppose que ça vous va, Monsieur Chtach ?
- ...Est-ce que j'ai vraiment le choix ? » répondais-je ironiquement, ennuyé.
« Je suppose que non... Nous vous écoutons, mademoiselle.
- Merci.
- En voilà, des retournements de situations. Rien de mieux qu'un bon café avec ça. » déclara M. Henry d'une voix assez faible pour que je sois le seul à entendre. « Un café noir, Will ? » me proposa-t-il ensuite, tendant son thermos.
« Non merci, j'ai assez d'amertume en bouche comme ça...
- Ah ah, j'imagine que c'est pas tous les jours que l'on voit son propre témoin se retourner contre soi. Ecoutons-la. Si Alain est vraiment coupable comme tu le penses, il devrait y avoir un trou dans son témoignage. »
J'acquiesçais. Ma dernière manche... Je ne devais pas perdre... Ben n'était toujours pas là, donc je devais me débrouiller avec mes propres convictions.
« Alain m'a effectivement accompagné jusqu'à ma loge, mais nous avions beaucoup discuté. Nous savions aussi que David devait être encore dans sa loge, vu qu'il n'était pas aux écuries. Alain a voulu aller le voir, et m'a averti. Mais il s'est passé très peu de temps avant qu'il ne revienne, me disant que David était mort et voulant emprunter une serviette. Je lui ai dit alors d'avertir tout le monde, puis j'ai fini ma douche et averti la police. »
Son témoignage était terminé, et le juge acquiesça. Et rapidement, ce fut mon tour de contre-interroger.
« Vous avez dit ''peu de temps'', mais combien, exactement ?
- Oh, euh... Deux minutes maximum. Je n'avais pas d'horloge dans la salle de bain après tout.
- Mais vous étiez en train de prendre une douche ! Votre impression du temps passé devait être faussé !
- Absolument pas. Je suis certaine que cela a duré moins de deux minutes. Entre le moment où Alain m'a averti et son retour, il ne s'est pas passé plus de temps.
- Et votre témoin a raison, Will Stach, Alain Lévytte n'a pas pu tuer la victime en aussi peu de temps. En comptant le fait qu'il devait remettre la corde correctement aussi, cela prendrait plus de temps que ce que votre témoin indique. » ajouta Landry.
« Dans ce cas, il avait préparé un enregistrement...
- Qu'est-ce que vous nous chantez, là ? »
Je faisais alors en sorte que la photo que j'avais prise de la chaîne hi-fi apparaisse sur les écrans.
« Ceci est la chaîne hi-fi d'Alain Lévytte qui se trouvait dans la loge d'Alexandra Ailaire au moment du crime. Il a bien pu l'utiliser en pré-enregistrant sa voix et en la diffusant pour se créer un alibi pendant que la pilote prenait sa douche !
- Qu'est-ce que vous n'allez pas chercher... Bien, témoin, est-ce possible ?
- Hm... Il est vrai que la chaîne hi-fi était dans ma loge... Mais il n'a pas pu l'utiliser pour ça.
- Et pourquoi donc ?
- En fait, avant qu'il ne parte voir David, je lui ai demandé d'approcher la chaîne hi-fi de la salle de bain et de lancer la musique qui était dedans. Cela me permettait de me préparer pour la course. D'ailleurs, c'est grâce à cette musique que je pouvais à peu près mesurer le temps passé.
- ...Quoi ? »
C'est une blague ? Ma théorie commençait à partir en fumée... Je ne devais pas lâcher !
« Vous ne mentez pas pour protéger Alain, j'espère... » Mais ce fut Landry qui réagit en riant de mes mots.
« Voilà la meilleure... Vous mettez en doute les paroles de votre propre témoin ? Vous pensez qu'elle ment ? »
Je ne répondis pas. Je n'avais aucune preuve qu'elle mentait, mais surtout, je sentais qu'elle ne mentait pas. J'étais dans mes derniers retranchements...
« Je voulais protéger Alain, oui, mais je ne mens pas. » indiqua Alexandra avec un sourire qui me faisait froid dans le dos. « Et puis, Alain n'a aucune raison de tuer son rival. David était un grand pilote, grâce à sa rivalité, Alain était aussi considéré comme un grand pilote, pour tenir tête au champion ainsi.
- Sauf qu'il a perdu sa rivalité quand Alain a dénoncé l'essence qu'il utilisait ! C'est un mobile parfait !
- Il aurait mieux à gagner en récupérant son retard qu'en tuant son concurrent, non ? S'il devient champion, beaucoup vont penser que c'est parce que l'ancien champion a été assassiné. Pas très glorieux, non ? »
Je n'étais pas du tout convaincu par son explication. Je regardais le juge afin de savoir sa réaction, et à ma plus grande satisfaction, il secoua la tête.
« Le mobile donné par la défense me semble tout a fait acceptable. Cependant, le point que l'accusation a donné est important aussi. A moins que la défense ait encore quelque chose à dire ? »
Il parlait du fait que le crime était irréalisable en deux parties ? Ce qui a été dit semble exact... Mais réfléchissons-en... Alexandra lui a dit de prévenir tout le monde... Oh ! Mais j'avais oublié ça !
« Je suis d'accord que c'est infaisable en deux parties pour Alain Lévytte.
- Heureux de voir que vous acceptez la réalité en face, Will Stach.
- Mais il est faisable en trois parties.
- Arrêtez d'être absurde !
- Ma cliente a été prévenue de la mort de son ami par Alain Lévytte ! Je me trompe ? »
Marine, surprise d'être tout à coup questionnée, hoche doucement la tête, confirmant mes dires.
« Il a bien pu mettre la ceinture en place juste avant de prévenir Marine ! Ce qui fait qu'il a mis en place la scène du crime en trois fois !
- Ma foi, cela me semble possible. Qu'en pensez-vous, Monsieur Landry ? » questionna le juge.
Son interlocuteur semblait cependant dans ses pensées. Puis il vérifia quelques papiers avant de sourire. Ce que je n'aimais pas.
« Théoriquement, je peux comprendre. Mais il y a un détail qui m'interpelle. Mademoiselle Alexandra Lévytte, c'est ça ? J'ai une question pour vous. Alain avait-il des gants sur lui quand vous l'accompagnait ?
- Elle ne peut pas savoir ça, le pilote était parti avertir les organisateurs, non ? » objectais-je.
« En réalité... » réfléchissais la jeune femme. « Je l'ai vu avant qu'il ne parte les prévenir. Je suis sorti rapidement de ma douche sans me sécher complètement, et je l'ai vu quand il revenait de la loge de David. Il ne portait pas de gants.
- Attendez un instant. Comment avez-vous fait pour sortir aussi vite de la douche ? » questionnais-je, me disant qu'il était impossible qu'elle soit sortie en petite tenue... ou pire.
« Oh, ça ? J'ai mis ma tenue de motard, celle que je porte sur moi. Vous voyez, c'est un une pièce, donc c'est facile à mettre rapidement. » répondit-elle avec un sourire, se mettant devant la barre des témoins pour que tous puisse voir sa tenue. « En fait, j'ai dit à Alain qu'il valait mieux qu'il range sa chaîne hi-fi dans sa loge avant qu'il ne parte prévenir les organisateurs.
- QUOI ? »
Deux voix se mélangèrent : la mienne et celle de Landry. Ce dernier semblait irrité.
« Vous avez modifié l'environnement de la scène du crime !
- Oh, arrêtez, ce n'était pas la scène du crime. » Elle fronça les sourcils. « Alain est innocent, c'était qu'un détail sans importance, mais je préférais être prudente pour lui. Il avait déjà pris cher avec cette histoire d'essence, je ne voulais pas que sa carrière sa foutue à cause de faux soupçons.
- Alexandra... ! »
Alain semblait ému. Landry soupira mais secoua la tête, se reprenant alors.
« Peu importe. Le fait qu'il n'avait pas de gants me simplifie la tâche. Will Stach, nous avons trouvé un seul groupe d'empreinte provenant d'Alain Lévytte. Et c'était au niveau de l'épaule... comme s'il l'avait secoué pour le réveiller.
- ...Et alors ?
- Réfléchissez, Will Stach. Pour remettre une corde autour de la taille d'un corps allongé, il faut le soulever ! Et les seuls empreintes trouvés à ce niveau-là sont celles de l'accusée, Marine Calcant !
- … Quoi ? Non, impossible !
- Arrêtez de vous voiler la face et accepter la réalité ! »
Non... Cette preuve était incriminante. Pas définitive car des empreintes peuvent être cachés, mais sans preuve pour contrer cela... Alain disparaissait de la liste des suspects ! Pourquoi ?
« Hm... C'est ce que je craignais. » disait soudainement M. Henry d'une voix faible.
« Qu'est-ce que vous voulez dire ?
- Will, tu es convaincu de l'innocence de ta cliente, c'est ça ?
- Oui... Enfin Ben en est convaincu, et je ne la vois pas tuer qui que ce soit non plus...
- Tu ne t'es jamais demandé comment Ben s'est retrouvé embarqué dans cette affaire ? »
Qu'est-ce que mon mentor voulait dire par là ? Ben s'est retrouvé mêlé dedans car il discutait avec Marine au moment du meurtre... Oh. Je voyais où il voulait en venir. Je secouais la tête.
« Je vois où vous voulez en venir, Monsieur Henry. Mais je n'y crois pas. Ben ne se laisserait pas aveuglait par ses sentiments.
- Mais tu ne l'as jamais vu ainsi avant, n'est-ce pas. N'oublie pas, il a été émotionnellement dépendant à son père, puis à toi pendant un moment. S'il est tombé amoureux, ce ne serait pas illogique de le voir tout faire pour l'innocenter, même si elle serait vraiment coupable. »
Je refusais de croire cela. Je croyais en Ben. En son objectivité à toute épreuve. Il a toujours été froid envers tout le monde... Sauf elle... Merde ! Ben... ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ? Non... non, je croyais en lui ! Et en Marine ! Si je ne croyais pas en elle, je ne serais pas Will Stach ! Je n'abandonnerais pas !
« Il a peut-être pu effacer ses empreintes après, pendant que la police arrivait ! » Landry soupira et secoua la tête.
« Je vous l'ai déjà dit, Will Stach, ne creusez plus quand vous êtes déjà au fond. Je peux comprendre que vous ne voulez pas abandonner, mais voyez la réalité en face.
- Et Alain n'est pas repassé par la loge de David après. Il n'est revenu qu'avec la police. » ajouta Alexandra. « Personne n'est venu entre-temps non plus, je surveillais l'endroit en attendant la police.
- Donc il n'y a pas d'autre troisième partie non plus. Marine Calcant ne peut qu'être le coupable. » conclu Landry.
« Cela semble être le cas. »
Non ! Non, non, non ! Je refuse d'y croire ! Ben ! Où es-tu ? Est-ce que tu t'es trompé ? Je suis désolé... Marine, excusez-nous... Je regardais timidement ma cliente, ayant peur de voir son expression...
« Je pense que tout a été dit. » déclara le juge. « Je ne vois nulle raison de continuer ce procès. Et je suis près à rendre mon verdict. Je déclare l'accusée, Marine Calcant...
- UN INSTANT ! »
J'avais crié comme jamais. Je venais de voir quelque chose. En regardant vers ma cliente, j'ai vu Alain Lévytte en pleine réflexion... !
« Alain Lévytte ! Vous venez de penser à quelque chose ! Dîtes-nous ce que c'est ! » lui hurlais-je, ce qui le surprit.
« Yargh ! Non ! Je ne dis plus rien à celui qui a voulu me rendre coupable du meurtre de David ! Je ne vous parle plus! Vous allez encore chercher à me rendre suspect !
- Oubliez ça ! Dîtes-moi ce à quoi vous pensiez ! Si cela aide le procès, je vous revaudrais ça !
- ...Vraiment ? Vous promettez ?
- Oui, promis !
- ...Dans ce cas... » Toute l'attention était portée sur le pilote. « En fait, quand le procureur parlait de troisième partie ou ce genre de truc, je me suis souvenu de quelque chose...
- Et c'est quoi ? » insistais-je.
Le pilote me regarda alors, sérieux.
« Quand je suis revenu vers la loge de David avec la police, il y avait quelqu'un d'autre dans la loge, en train de consoler la journaliste...
- QUOI ?! »
