Episode 1 – Course pour la vérité – Partie 6
Ce que venait d'affirmer le pilote Alain Lévytte avait surpris tout le monde. Une personne déjà présente sur les lieux quand la police arrivait ? Mais cela...
« Alain Lévytte, si vous n'arrêtez pas vos mensonges, je vais vraiment...
- Je ne mens pas, le proc' ! » vociféra le pilote contre Landry.
« Votre amie nous a dit qu'elle n'a vu personne passer !
- Je dis ce que j'ai vu, hein !
- Savez-vous qui c'était ?
- Je sais pas ! Il avait juste l'air baraqué. C'est tout ce que je me souviens. J'ai pas été dans la loge d'Alain longtemps, avec ces flics qui me disaient de m'écarter et tout... »
Qu'est-ce que cela signifiait ? Si quelqu'un était déjà dans la loge, tous ceux qui y sont passés l'aurait vu ! J'ai vu la scène du crime, ce n'est pas comme s'il y avait beaucoup de place pour se cacher... Voire pas du tout.
« Dans ce cas, Alexandra Ailaire, êtes-vous certaine d'avoir bien surveillé le couloir ? »
Landry semblait dans tous ses états, et s'en prenait maintenant à la pilote, qui lui renvoya un regard noir. Et même si je n'étais pas visé, j'eus froid dans le dos. Son visage était... terrifiant. Je commençais à la croire quand elle disait qu'elle était une vraie lionne sur les circuits de courses...
Cependant, avant qu'elle ne puisse répliquer, la porte s'ouvrit à nouveau. Et le soulagement put se lire sur mon visage ainsi que celui de Marine : Ben était là. Et il semblait... à court de souffle ? Il avait couru ? Lui ? Mon ami regarda la salle et laissa échapper un petit soupir de soulagement, apparemment heureux de ne pas être en retard.
« Adrien, on vous entends dans tous le couloir, vous savez. » disait-il alors envers le procureur, d'un ton taquin.
« Benjamin Ledrert... Qu'est-ce qui amène ici si tardivement... ?
- De ce que j'ai entendu... Je dirais la réponse à la question sur l'identité de la personne présente dans les loges.
- Oh ! Votre timing semble excellent, Monsieur Ledrert. Mais j'aurais préféré une entrée plus tôt de votre part. » dit alors le juge.
« Désolé, Votre Honneur, mais je me devais de vérifier quelque chose. Nous devons prendre le temps qu'il nous faut pour découvrir la vérité. »
Ah ah... C'est ça son excuse d'être toujours en retard ?
« Ça fait longtemps que je n'avais pas entendu ces mots... » dit alors le juge, nostalgique.
Je fus surpris. Mais Monsieur Henry m'expliqua d'une voix basse que c'était une des phrases fétiches du père de Ben. Je comprenais alors.
« Bien, nous vous écoutons. Quelle était la personne dont parles ce jeune homme ?
- Objection Votre Honneur ! Peu importe son identité ! Comment cette personne a pu se trouver dans les loges ? A moins que vous contestiez le témoignage de ces deux pilote, je...
- Je sais comment. Et je sais qui. » coupa Ben. « Mais d'abord, faisons venir le principal intéressé. N'est-ce pas, monsieur Terry Fiand ? »
Mon ami regarda alors les tribunes derrière le banc du procureur. Curieux, j'y fixais mon regard, comme nombre de personne le faisait, tentant de suivre le regard du détective. Finalement, un rire retentit. Puis, doucement, un homme se leva de son banc avec un grand sourire. Je le reconnu instantanément. C'était ce type qui m'avait dit que Marine était innocente.
« Impressionnant. Comment saviez-vous que j'étais ici ?
- Quand Will m'a dit que quelqu'un de costaud lui avait soudainement affirmé que Marine était innocente, je ne pouvais m'empêcher d'être curieux. Mais surtout, j'ai compris que vous suiviez le procès de très près. Sinon, vous ne pourriez pas savoir qu'il était vraiment l'avocat, et ne l'aurez pas accosté ainsi.
- ...Hé... »
Le grand type finit par descendre de la tribune de la même façon qu'Alexandra et se dirigea vers Ben. Il s'arrêta devant lui, le dominant de toute sa hauteur et de sa carrure. Malgré la position, Ben ne semblait pas le moins du monde intimidé. Quelle impassibilité... !
« Détective Ledrert, c'est ça ? » Ben acquiesça, le regardant dans les yeux sans ciller. « J'aimerais bien savoir votre raisonnement. Qu'est-ce qui vous dit que j'étais là-bas ? Et sans demander à Marine de confirmer ou infirmer quoi que ce soit.
- Vos empreintes. » répondait mon ami. Terry leva un sourcil. « J'ai retrouvé vos empreintes dans la loge. »
Le type costaud le jaugea silencieusement, mais il semblait réfléchir.
« Oh, les draps, c'est ça ? J'ai dû en laisser quand j'ai apporté le costume et que je l'ai posé sur le lit. Mais c'était bien avant tout ça. » Ben souriait alors.
« Oh, voilà qui est intéressant.
- ...Quoi ? »
Le type fronça son regard. Mais quelque chose prit mon attention : Monsieur Henry ne put retenir un petit rire discret. Je le regardais alors.
« En train de jouer sur la psychologie... Il n'est pas le fils de son père pour rien... »
Mon mentor me regarda alors avec un petit sourire. Je retournais alors mon regard vers Ben. C'était aussi une méthode enseignée par son père ? Le gars costaud avait perdu son sourire.
« C'est effectivement vrai, nous avons retrouvé des empreintes de doigts... un peu partout sur les draps du lit. Ce qui fait beaucoup pour avoir juste déposé un costume dessus...
- Euh... Ah oui ! Je me rappelle. Je m'étais assis sur le lit un instant. Mes empreintes doivent venir de là. »
Ben le regarda silencieusement. Personnellement, je trouvais que cela fait une bonne justification. Mais visiblement, mon ami ne semblait pas trouver cela suffisant. Mais avant qu'il ne parle, Landry intervint dans leur discussion.
« Benjamin Ledrert, désolé d'interrompre votre face-à-face, mais avant de le considérer comme suspect, il faudrait d'abord nous expliquer comment il aurait fait pour venir dans la loge ! Je vous rappelle que des portes de sécurités empêchent les visiteurs d'y entrer, et surtout, que personne ne l'a vu dans la loge, ni y entrer !
- Je suppose que oui... Car cet homme s'y trouvait depuis le tout début... Caché. »
Landry secoua la tête, comme s'il venait d'entendre quelque chose d'absurde.
« Avez-vous perdu votre esprit ? Encore, j'aurais pu comprendre si vous auriez dit qu'il s'était caché dans une autre loge, ce qui demanderait plus d'investigation... Mais vous voilà à dire que cet homme, grand et baraqué, était caché à la vue de tous dans une si petite pièce ?
- Exactement.
- Arrêtez de vous moquer de nous !
- Landry, laissez-le s'expliquer ! » intervenais-je.
Calmement, Ben se dirigea vers le bureau de l'avocat, préparant quelque chose sur l'interface tactique qu'il contenait. Je le voyais alors faire afficher un plan de la loge sur les écrans.
« Eliminons les impossibilités. L'armoire est trop remplis, s'il devait y entrer, il aurait eu à bouger des affaires, ce qui ce serait fait remarquer. La salle de bain était occupée la plupart du temps par Marine. Je ne la vois pas protéger le tueur de son ami d'enfance.
- Ce ne sont que des présomptions. » coupa Landry.
« Cela veut dire que vous annulez vos charges concernant notre cliente ? Faîtes donc, le procès sera terminé ainsi. Mais vous perdez le chance de coincer le véritable tueur. »
Landry serrait alors les dents. Je n'avais jamais vu Ben jouer avec lui ainsi. Non... Je ne l'avais jamais vu comme ça... Est-ce que... ce serait parce qu'il était convaincu de la vérité, désormais ?
« Je continue. Cependant, comme vous voyez sur le plan, il ne reste plus qu'une seule possibilité. » Il fit alors illuminer le rectangle représentant le lit.
« ...Vous voulez dire qu'il s'est caché sous le lit ? » s'étonna le juge.
« Non plus. Il était sur le lit... caché à côté de la victime.
- Vous avez vraiment perdu l'esprit. » ria le procureur.
« Il y avait un détail que j'ai toujours trouvé étrange. Voici une photo du lit de la scène du crime. Dessus, vous pouvez voir que les draps... sont collés contre le mur. Pourquoi ? Cela n'avait aucun sens de faire cela. Même la victime n'avait aucune raison de faire cela pour dormir. Ces draps devaient donc avoir une utilité.
- Ah ! »
Sans pouvoir me contrôler, ma voix se laissait porter. J'avais compris l'astuce. J'avais compris... pas mal de choses.
« La défense a-t-elle un commentaire ? » questionna le juge.
« Ah, pardon... C'est juste que... Ben avait fait l'expérience sans même m'en expliquer le but. Je comprends, à présent... »
Ben me sourit et acquiesça. Il continua alors son explication.
« Comme l'a dit la défense, par logique, j'ai été amené à penser à cette possibilité... sans la moindre preuve. Mais j'ai eu, par la suite, la preuve que je cherchais : toutes les empreintes de Terry Fiand. Le détail, c'est qu'elles étaient toutes uniquement sur les draps. J'ai alors compris qu'il les avait aussi utiliser pour éviter de laisser des empreintes sur le corps ou sur l'arme du crime.
- Pouvez-vous arrêtez ces absurdités ? Une telle masse caché sous des draps se remarqueraient !
- C'est de la psychologie, Adrien Landry. En plaçant le corps de la victime de façon à faire croire qu'il dormait, sur le lit, personne ne ferait attention aux draps placés derrière lui ! La preuve, presque personne ne s'est questionné à ce propos, est-ce que je me trompe ? »
Adrien Landry voulait visiblement répliquer, mais ne semblait rien trouver à redire à cet argument de mon ami. Il avait raison. Quand il avait fait l'expérience avec moi, en mettant le mot sur son lit, je ne m'étais jamais dit qu'il était sous le draps. C'était pareil pour la victime : en faisant croire qu'elle dormait, personne ne se serait approché pour ne pas le déranger. Et personne ne s'occuperait des draps. Personne de normal n'aurait imaginer que quelqu'un se serait caché dessous.
Je regardais Ben, admiratif. C'était ça, la perfection des Ledrert ? Remettre en question le moindre petit détail ? Sa logique était juste superbe, en tout cas. Avec ce Ben là, je sais que nous pouvons protéger tous ceux qui en ont besoin.
« Très bien. Je vous laisse ce point. Cependant, mis à part ces empreintes, vous n'avez aucune preuve. Laissons donc ce témoin se défendre, qu'en dîtes-vous, Will Stach ? »
Landry me regardait. Que tentait-il donc ? Me mettait-il peut-être au défi ? Quoi qu'il en soit, je l'acceptais. Avec Ben à mes côtés, je n'avais plus de doutes. Désormais, je me devais d'innocenter ma cliente une bonne fois pour toute. Je frappais le bureau avec le plat de mes mains.
« Aucun problème ! Nous vous écoutons, Monsieur Terry Fiand !
- Hum... C'est à moi de dire ça, normalement... » disait timidement le juge. « Mais... soit. Comme l'a dit la défense, faîtes-nous part de votre témoignage. »
Tandis qu'Alain et Alexandra s'assirent dans la zone des témoins, le nouveau venu prit leur place à la barre.
« Tch. Ecoutez, j'étais venu le voir pour discuter, c'est tout. Vous pouvez pas m'accuser de meurtre pour ça. Mais quand je suis arrivé, il était déjà mort, apparemment. Content ? »
Un silence plana alors dans la salle. Son témoignage était... d'une insuffisance extrême. Cependant, il gardait un sourire en coin. Difficile de juger...
« Ne te laisse pas endormir, Will. » me conseilla Ben, qui avait toujours les yeux rivés sur le témoin. Il avait probablement trouvé quelque chose.
« Bien... Euh... Je laisse la défense contre-interroger le témoin. » dit alors le juge. Je le regardais, acquiesça puis retournais mon regard vers mon adversaire.
« Quand est-ce que vous êtes venu discuter avec lui ?
- Je ne sais pas l'heure. Mais j'étais là quand le pilote est arrivé avec la police, donc je suppose que vous pouvez situer les choses, non ?
- J'en doutes. Alexandra Ailaire nous a certifié n'avoir vu personne venir dans le couloir après que Alain Lévytte soit parti.
- Qu'est-ce que j'en sais ? Je l'ai pas vu non plus, j'ai dû passer quand personne était dans le couloir. C'était qu'une coincidence.
- Rappelez-vous, Will Stach. Nos deux pilotes se sont occupés à déménager la chaîne hi-fi à un moment. Le témoin est probablement passé par là à ce moment-là. » expliqua Landry.
...C'était vrai. J'avais complètement oublié ce détail. Déjà, j'étais surpris qu'Alexandra ait pensé à ça. Mais vu que j'en étais arrivé à cette conclusion, elle avait été juste parfaitement préventive... ou presque. Quoi qu'il en soit, j'étais bloqué.
« Will, pense différemment. » me dit alors Ben. « Ne pense pas au temps. Pense au lieu. »
Penser... au lieu ? Pourquoi ne disait-il pas alors lui-même ce qu'il avait trouvé ? Ou alors... il essayait de m'apprendre à trouver les incohérences comme il le faisait ? Ah, je diverge. Peu importe sa raison. Il fallait que je pense au lieu... A la loge ? Mais il n'y avait rien d'étrange dans la loge... Attendez attendez... Penser au lieu... au lieu du temps... Au lieu de quand il est venu... je dois penser à... comment ? Ah ! Mais comment avais-je pu oublier un détail aussi énorme, littéralement !?
« Après réflexion, monsieur Terry Fiand... J'aimerais vous poser une question... Comment êtes-vous venu aux loges ?
- ...C'est quoi cette question ? Par le couloir, évidemment.
- Oui, mais... Vous n'aviez pas une porte en plein milieu qui vous bloquer ? Comme celle-ci ? »
Je faisais afficher alors la photo de la porte de sécurité que Ben avait prise sur les écrans.
« Marine nous a expliqué que seuls les pilotes et leur équipe possédait les passes permettant d'ouvrir ces portes de sécurités. Voire, dans de rares exceptions, des personnes de confiance, comme elle l'était pour David Sgrouyé. Mais vous, comment avez-vous franchi ces portes ? »
Terry Fiand perdit son sourire, et semblait réfléchir furieusement. Du coin de l'œil, je voyais Ben acquiescer rapidement, comme pour me dire que j'avais bien joué.
« Je... J'en sais rien ! La porte avait dû être ouverte... Ouais, c'est ça !
- C'est impossible. » répliqua Ben. « Pour que la porte reste ouverte, il faut que le passe reste dans le scanner. Autrement, il se referme au bout de quelques secondes. Vous devriez être au courant, pour avoir aider à transporter le cadeau de David Srouyé dans sa loge.
- Est-ce que Marine ou les deux pilotes ont laissé leur carte pour ouvrir l'une des portes de sécurité ? » questionnais-je alors.
« Je n'ai pas quitté la loge de David, je ne savais pas ce qui se passait à l'extérieur... » avouait ma cliente.
« J'étais parti, et j'avais ma carte avec moi ! » disait Alain.
« J'ai préféré éviter que le coupable s'échappe facilement en laissant les portes fermés. J'ai vérifié que les deux portes soient bien closes. Puis ces portes font assez de bruit quand elles s'ouvrent pour l'entendre à l'autre bout du couloir. » expliquait Alexandra.
« Alors, Terry Fiand ? »
Je confrontais l'homme du regard. Je le voyais transpirer. Il ne pourra jamais répliquer à ce propos.
« La défense marque un point essentiel. Mais... Attendez, comment est-il arrivé dans la loge de la victime, alors ? » questionnait le juge, remarquant ce point important.
« J'ai une explication. » répondit Ben. « Après que lui et les amis de David Sgrouyé ait déposé le cadeau et soient repartis de la loge de David, il leur a faussé compagnie. » Ben prit un temps pour réfléchir. « Marine et David commençaient à se disputer à cause du fait que ce dernier était revenu. Notre cliente a dû leur prêter sa carte pour qu'ils puissent passer, leur demandant alors de laisser la carte dans le scanner, qu'elle récupérera après. Selon ma théorie, Terry Fiand s'est occupé de prendre la carte et d'ouvrir la porte la plus éloignée. Avant de passer à son tour, il leur fausse compagnie et retourne vers la porte la plus proche, se faisant discret. Il a attendu que Marine passe pour retourner à la loge de David.
Par chance, Marine et son ami discutaient encore quand la jeune femme est partie récupérer sa carte. Après tout, je les ai vu se disputer au niveau de la porte la plus éloignée, et les portes étaient ouvertes. J'ai aussi vu Marine récupérer la carte avant de repartir vers la loge de David.
Pendant ce temps, notre homme se faufile dans la loge non verrouillée de la victime, prépare le somnifère puis attends que David revient pour le lui donner, faisant passer la gélule pour son médicament.
- Je vous arrête, Benjamin Ledrert ! Seule l'accusée savait pour le médicament que prenait la victime.
- Pourtant, notre homme l'a appris d'une façon ou d'une autre. C'est la seule explication.
Etant donné que David Sgrouyé était en costume, ils ont dû discuter avant qu'il ne prenne le médicament. Notre homme pousse les draps, afin de laisser croire au pilote qu'il le laissait dormir un peu, le promettant par exemple qu'il le réveillerait juste avant la course. Puis, une fois la victime endormie, il utilise les draps pour récupérer la corde, l'étrangler avec, placer le corps dos au reste de la pièce avant de se glisser sous les couvertures en attendant Marine revenir. Il est resté le plus discret possible, puis a attendu le bon moment pour sortir. Apparemment, c'était juste après qu'Alain Lévytte ait nettoyé ce qu'il avait cassé, et ait prévenu Marine. Il sort de sa cachette et fait croire à Marine qu'il a apprit la nouvelle, et reste en sa présence pour partager sa peine. »
Uh ? Je clignais des yeux. Quelque chose venait de... Je venais de comprendre... Si la corde était mal mise en place à cause de l'arrivée de Marine qui s'entendait, alors, le fait qu'elle ait laissé ses empreintes n'étaient pas prévus, non plus par lui. Si c'est le cas... Alors...
Je regardais Terry Fiand. Je ne savais pas si cette pensée allait m'aider, ou si cela allait amener autre chose, mais je me sens comme pris de compassion. Bizarre... Pourquoi aurais-je ce sentiment ?
« Oh... ! Voilà une longue mais bien précise explication. Effectivement, dans ce cas, cela expliquerait le tout.
- C'est une bien belle histoire ! Mais dis-moi, le détective, pourquoi je le tuerais, hein ? Vas-y, je t'écoute !
- Il se trouve que celui qui a en plus grande partie contribué à la création de l'essence écologique mais dévastateur pour les moteurs, celle même utilisé par Alain Lévytte et qui lui a causé d'être passé à tabac par certains de ses admirateurs, n'est d'autre que vous. Evidemment, le renvoie de Marine n'était pas la seule autre conséquence. Vous aussi, avez perdu votre boulot. »
Un temps de silence s'ensuivit, mais après lequel, Terry Fiand... commença à rire.
« Ah ah. Ah ah ah ah. Ha ah ah ah ah ! Donc maintenant, c'est moi que vous prenez pour un idiot ?
- Que voulez-vous dire, témoin ? » demanda le juge.
« Bien sûr que je suis au courant de ce que j'ai fais et des conséquences. J'ai toujours travaillé sur cette essence afin de le perfectionner. J'en connaissais les défauts. Je savais que je risquais mon boulot. Mais je n'ai jamais arrêté. Je voulais créer cette essence plus écologique pour l'environnement. Trouver la formule parfaite pour réduire toutes ces conséquences liés aux essences actuelles. Malheureusement, j'ai été viré, ouais. Plus tôt que je l'avais prévu. Après tout, pour avoir des données, il faut faire des essais. C'est pour cela que je travaillais aussi en tant que technicien auprès des écuries auxquels j'ai fourni cette formule. J'ai été viré, et alors ? Si c'est le cas, c'est ma faute, et aucunement celui de David.
- Effectivement. » souriait Landry, se délectant de voir la théorie de son ennemi réduit en fumée. « Le témoin a effectivement prouvé qu'il n'était pas un idiot. Un technicien et scientifique comme lui peut aisément trouver un autre boulot auprès d'entreprises prêt à tout pour créer cette essence du futur. Prêt à sacrifier de nombreux véhicule pour y arriver. N'en pensez-vous pas de même, Benjamin Ledrert ?
- ...Je ne peux le nier. » avoua mon ami.
« Vous voyez, j'ai pas de raison de tuer David !
- ...Non. »
J'avais écouté d'une oreille distraite ce qui venait de se dire. Ben était impressionnant de logique et doué pour trouver les informations. Mais il pêche dans un domaine : les émotions humaines.
« Non, vous aviez une autre raison de tuer David Sgrouyé.
- Qu'est-ce que tu marmonnes, l'avoc' ?
- Je suis sûr que David et vous... ne vous entendiez pas si bien que ça. Après tout... vous êtes au courant pour sa face cachée.
- ...De quoi tu parles ? De cette rumeur chez les pilotes de rallye, c'est ça ?
- ...Exactement. Comme vous l'avez dit, vous étiez proche de certains concurrents de David Sgrouyé. Vous en avez évidemment entendu parler. Alors vous avez fait des recherches... Non... Non, vous l'avez VU. Sa face cachée. Il a profité de votre position pour affaiblir ses concurrents en parlant de cette essence. Vous saviez qu'il prenait des médicaments pour cela, et en avait profité pour pouvoir le tuer sans avoir à lutter avec lui. Mais surtout... vous vouliez protéger quelqu'un. N'est-ce pas ? »
Je le vis se décomposer un temps. J'avais vu juste. J'en étais convaincu, désormais.
« Vous n'avez pas de preuve pour ce que vous venez de dire ! Vous parlez d'une rumeur ! Je ne suis pas au courant de cette seconde personnalité ou je-ne-sais-quoi de David !
- Non, c'est faux... »
Marine prit alors timidement la parole. A ma grande surprise, le regard de Terry Fiand changea : il passa de celui d'un lion féroce à celui d'un chaton effrayé.
« M-Marine ?
- Je suis désolé, mais je ne peux plus le garder pour moi... Il y a trois semaines... Je l'ai vu... L'autre personnalité de David. Quand je passais devant un club. David avait des propos horribles, et tu semblais vraiment furieux... J'ai préféré partir... ne pas en parler... Je n'ai jamais réussi à me sortir de la tête ce qu'il avait dit à mon propos...
- Est-ce que tu te souviens de quel club, Marine ? » questionnait Ben. Notre cliente acquiesça.
« Dans ce cas, nous avons une preuve. Je suis certain que le patron de ce bar – ou club – se souviendra de quelqu'un d'aussi grand et bronzé que vous se disputant avec David Sgrouyé.
Et j'ai autre chose à dire... Vous n'avez jamais aidé qui que ce soit concernant le meurtre de David. Vous n'avez jamais essayé d'aider Marine, son amie d'enfance, à être disculpé, et m'avait simplement dit qu'elle était innocente !
- Je... Ce n'est... »
Le témoin semblait perdre ses moyens, essayant de sortir des mots, des phrases. Et après de longs balbutiements, il frappa le pupitre.
« RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH »
« Témoin... Qu'est-ce que cela veut dire ? »
Terry Fiand s'était finalement calmé. Mais il avait baissé la tête, en signe de défaite. Le juge était interloqué par la réaction du témoin. Landry, lui... n'en revenait pas. Terry Fiand resta silencieux un moment, avant de finalement prendre la parole.
« ...Je suis désolé, Marine. » Il soupira. « Votre Honneur, c'est exactement ce qu'à dit la défense. Le détective a parfaitement expliqué comment j'avais fait le coup. Et l'avocat... a effectivement donné le mobile...
- Ils n'avaient aucune preuve ! » enragea Landry. « Vous auriez dû vous taire !
- ...Non. Je ne pouvais avoir la conscience tranquille ainsi. Cela n'aurait jamais dû se passer ainsi. Marine n'aurait jamais dû être suspecte. Je ne peux la laisser être accusée de ce crime. C'était... la seule erreur... dans mon plan.
- D-Donc... Vous l'avez tué ?
- ...Oui. »
Il se retourna vers Marine. Je ne pouvais voir son visage, mais ma cliente semblait choquée en voyant son visage. Probablement non habituée à le voir ainsi.
« Je suis désolé, Marine. Je sais que tu ne me pardonneras jamais. Mais je devais le tuer. Il se foutait de ses amis. Il les utilisait. Même s'il se contrôlait encore, j'étais certain qu'il te ferait du mal aussi. Je ne... pouvais pas le laisser faire... »
Puis il fut emporté par l'huissier. Il s'arrêta un instant pour nous regarder, Ben et moi, avant de partir de la salle.
« Eh bien... En voilà un terrible rebondissement. Mais la vérité a été dévoilée. La justice peut être rendue. Accusée, venez à la barre. »
Marine se leva et, doucement, timidement, s'approcha de la barre des témoins. De mon côté, je serrais un poing. Je n'aimais pas ça. Même si j'ai pu innocenter Marine... Je n'aimais pas ce qui venait de se passer. Mon cœur était serré. J'avais même une drôle d'impression. Mais je pris une respiration, laissant mes sentiments de côté pour être seulement heureux pour Marine.
« Je déclare l'accusée, Marine Calcant... Non Coupable ! »
Et le public applaudit. Le juge conclu la séance, et tout le monde sorti de la salle.
