Episode 1 – Course pour la vérité – Épilogue

« C'est du boulot de pro. Bien joué, les garçons. »

Monsieur Henry nous félicita. Tout le monde, y compris les pilotes, s'étaient retrouvé dans la salle des accusées pour pouvoir parler. Même Monsieur Xavier était là. Je remerciais mon mentor. Mais je ne me sentais pas capable de célébrer cette victoire. Malgré le fait d'avoir enfin battu Adrien Landry... Malgré le fait d'avoir emporté pour la première fois un procès... Je ne me sentais pas d'humeur à faire la fête.

« Je dois dire que le final était fort. Tes déductions ont été superbes, Ben. » dit le Détective Noble à son élève. « Je suis bien content d'être arrivé à temps pour y assister.

- J'approuve Xavier, ta logique et tes déductions étaient formidables. J'aurais cru voir ton père. Et bravo à toi Will pour avoir su garder le cap malgré tout. Avoir foi en ses convictions jusqu'au bout... Il faut du cran. »

Uh ? Mes convictions ? Donc c'était bien lui, le mot, donc...

« Et félicitation, Mademoiselle.

- Merci... »

Marine remercia mon mentor mais n'était pas heureuse. Je pouvais la comprendre. Son meilleur ami était mort, et un autre de ses amis avait été emmené comme coupable. Elle fit quand même de son mieux pour sourire.

« Elle a eu du flair pour avoir demandé à Will et Ben de la défendre. » observa Xavier.

« En fait, c'était Monsieur Henry qu'elle aurait voulu avoir...

- Oh. Dans ce cas, elle a eu de la chance de tomber sur vous deux.

- Je suis d'accord. » acquiesça Marine. « Vous avez été formidables vous deux. Merci.

- Ce n'est rien. » répondais-je. Cependant, je regardais Ben qui n'a pas été capable de répondre, gêné, et surtout, rougissant. Je ne pu m'empêcher de sourire. Ce qu'il remarqua.

« Pourquoi tu souris comme ça ?

- Oh, pour rien, pour rien. » répondais-je en me détournant, les mains derrière la tête, comme si j'étais relaxé.

« Hé, je le savais, un duo aussi prometteur que leur mentor. » souriait l'inspecteur Werren.

« Tout rendre dans l'ordre, c'est formidable. » dit alors Alexandra.

« L'adrénaline de ce procès... Ça vaut une course ou deux ! » ajoutait Alain.

« Ah, euh... Désolé de vous avoir inculpé, monsieur Lévytte...

- T'inquiète, c'est déjà oublié ! » répondit-il en faisant une pause cool devant moi. « Et puis appelle-moi Alain, monsieur, ça fait trop vieux.

- Je suis outragé ! Voilà qu'on nous qualifie de vieux ! » réagit alors monsieur Xavier.

« Xavier... Tu ne changeras jamais... » sourit monsieur Henry.

« Pourquoi changer ? Changer, c'est renoncer à notre identité, et tout ce qui s'ensuit.

- Vous en faîtes encore trop, monsieur Xavier.

- Hmpf, jeunesse égocentrique. »

Devant cette scène, Marine ne put s'empêcher de rire.

« Une belle compagnie... » Puis elle baissa la tête, triste. « Dommage que David n'est plus là pour voir ça... Peut-être que cela l'aurait fait changer... par rapport à sa relation avec ses amis... »

Malheureusement, cela plomba l'ambiance. Les mots de Terry Fiand faisait toujours écho. La personnalité cachée de David semblait très lourde, et les conséquences l'ont été aussi.

« ...Marine... »

Ben coupa le silence en s'avançant vers notre cliente. Celle-ci le regarda.

« Qu'y a-t-il ?

- Hum... » A la surprise de nos mentors et de moi, Ben semblait hésitant. Il trifouilla une de ses mèches un moment. « Si cela vous convient... Je connais un bon restaurant pas loin d'ici où l'on peut manger en terrasse. Je pensais vous inviter... pour vous changer de l'enfermement. »

Tout le monde fut surpris, surtout, encore une fois, nos mentors et moi. Ben qui l'invitait pour un rencard ? Je voyais Marine le regarder avec surprise, une main sur sa poitrine, avant de finalement sourire.

« Bien sûr, j'accepte ton invitation. »

Ben souriait doucement, probablement heureux. Je souriais aussi, content pour eux deux. Mais je pensais, et tout les autres aussi, qu'il était temps de leur laisser du temps ensemble.

« Bien, Xav' et moi allons vous laisser, nous avons des choses à faire du fait que nous avons écourté notre trajet.

- Ouais, bon appétit à la petite compagnie. » ajouta monsieur Xavier aux paroles de mon mentor.

« Je vais y aller aussi... Je vais me prendre un bon petit sandwich et le manger en marchant pour décompresser.

- Ah, d'accord... » Ben semblait surpris que j'aille ailleurs aussi. Il était désespérant. Il ne savait vraiment rien à propos des émotions et tout ce qui s'en rapporte.

« Si cela vous dérange pas, nous vous accompagnons, Alain et moi, monsieur Stach. J'aimerais parler de l'enquête avec vous.

- Hé, j'aimerais bien aussi. » dit l'inspecteur. Je soupirais.

« D'accord, d'accord. »

Et ainsi, tous le monde se sépara pour laisser Ben et Marine ensemble. Ce fut un après-midi superbe pour nous tous. A ma grande surprise, la compagnie d'Alain et Alexandra se révéla très agréable. Au point de se promettre de se revoir un autre jour.


Je m'asseyais sur la chaise, attendant la personne de l'autre côté de la vitre. Depuis la fin du procès, j'avais ce sentiment qui m'empêchait d'être heureux pour ma victoire. J'étais donc revenu au centre de détention, et j'attendais la personne appelé. Je vis bientôt la porte de l'autre côté s'ouvrir, laissant passer un accusé et le gardien.

« Ça alors, l'avocat. Qu'est-ce qui t'amène ?

- ...Je... voulais juste parler avec vous.

- Parler ? Ça m'intéresse pas.

- Attendez. Il y a une chose que je n'ai pas dit au tribunal pour vous préserver, Marine et vous.

- ...Quoi donc ? »

Je prenais une bonne respiration et regardais Terry Fiand dans les yeux.

« Vous êtes amoureux de Marine, n'est-ce pas ? »

Le type me regarda un moment sans parler, comme s'il me jaugeait.

« ...Ouais. C'était pour ça que je pouvais pas la laisser être accusée du crime de David. Mais bon, c'est pas comme si je croyais en mes chances. J'étais persuadé qu'elle aimait David. Mais j'ai pas fait ça pour espérer la conquérir, j'ai fais ça-

- Pour la protéger. C'est pour ça que j'ai cette impression. Malgré vos actes... vous êtes quelqu'un de bien.

- Pfah, si j'étais vraiment quelqu'un de bien, je l'aurais pas tué. Mais j'ai pas trouvé d'autres solutions. Marine peut être vachement sensible parfois. C'était plus simple que je focalise sa colère sur moi. »

A ma grande surprise, il soupira. Tout cela lui était finalement douloureux. Je n'arrivais pas à imaginer son état, mais de ce que j'ai vu de lui, il ne se laissera pas aller.

« Je me suis dit aussi... que je pourrais être votre avocat.

- Ah ! Ha ah ah ! Non mais regardez-moi ça ! L'avocat qui me fout sous les barreaux veut me défendre désormais ! »

Je ne répondais pas et restais silencieux, gardant mon regard rivé sur lui. Je le voyais s'arrêter de rire et me regarder à nouveau intensément.

« ...J'vois qu't'es sérieux. Mais non. Si les gens apprennent que tu me défends, cela te discréditera.

- Je voulais au moins défendre votre cas pour aller votre peine...

- Garde tes actes de bon samaritain pour ceux qui en valent la peine. Je me débrouillerais. Je pourrais toujours cogiter sur ma formule en cellule. » dit-il en riant. Puis il changea de sujet. « Prenez soin de Marine. Elle a besoin de vrais amis.

- Je le promets. Et j'essaierais d'éviter que Ben ne fasse des bêtises. Il ne connaît rien dans le domaine sentimentale.

- ...Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Je suis certain que Ben est amoureux d'elle. Je pense pas qu'elle soit insensible à lui, mais... l'amour est un domaine particulier...

- Ah ! Monsieur est expert, c'est ça ? T'as une petite amie ?

- Non, je n'en ai pas...

- Hm ? Une histoire compliquée peut-être alors.

- Uh ? Pourquoi vous dîtes ça ?

- Arrête ton charabia, je vois bien ta main. Ce bracelet est un cadeau d'une de tes amourettes, c'est ça ? »

Je regardais vers le bas, en direction de mon bracelet. Celui que je ne savais pas d'où il pouvait venir. A ma grande surprise, je l'avais serré avec l'autre main sans m'en rendre compte. Je m'étais déjà demandé si je n'avais pas été amoureux d'une fille, mais que je l'aurais oublié...

« ...Pour dire la vérité, j'ai perdu une partie de mes souvenirs dans un accident. Je ne sais même pas d'où vient ce bracelet. Mais... peut-être que, comme vous le dîtes, c'était un cadeau d'une fille que j'aimais.

- Étrange histoire.

- Je sais...

- Mais si tu veux mon avis, cette fille devait t'aimer aussi. J'ai jamais vu ce genre de bracelet, et soit il est fait main, soit il doit être cher. C'est pas le genre de cadeau qu'on offre comme ça. »

Je regardais le bracelet aux motifs en forme de neuf. Enfin, si c'était bien des neuf. Je n'avais jamais vu ce symbole avant... Etait-ce vraiment le cadeau d'une fille... avec qui je partageais une relation ?

« Si elle m'aimait, elle serait venue me voir à l'hôpital.

- Ou p't'être qu'elle peut pas pour certaines raisons. Ou qu'elle t'a vu quand t'étais dans les vapes ! »

Terry riait. Mais moi, je me perdais en pensée. Ce qu'il disait... était possible. Tout ce mystère... qu'est-ce que cela pouvait être ?