Interlude 1 – L'équipe s'agrandie

« Non, Will ! Attention ! »

Je me relevais en sursaut, transpirant. Mais aussitôt que je me réveille, le cauchemar que je venais de faire disparaissait. Je fermais les yeux à nouveau, les protégeant des rayons de l'aube qui passait à travers les volets. Le matin arrivait déjà bientôt. Mais pour le moment, je reprenais mon souffle afin de me calmer. Tout ce que je me rappelais, c'était un cri... féminin ? Il me semblait que c'était ça. Je me rallongeais, rouvrant les yeux pour regarder le plafond. Qu'est-ce que c'était ? Je me demandais si ce n'était pas lié au fait que je pensais beaucoup à ma discussion avec Terry Fiand. Je bougeais ma main, à la recherche de mon bracelet... mais seulement pour me la cogner contre la table qui se trouvait non loin de mon matelas. Je secouais ma main à cause de la douleur, serrant les dents, regardant de côté pour voir où était mon bracelet, le récupérant alors avant de frotter le dos de ma main endolori avec l'autre.

Une fois la douleur passée, je regardais le bracelet, le tenant au-dessus de moi pendant que je restais allongé. Je restais songeur un moment. Je me demandais pas si mon cerveau m'avait fait revoir mon accident en rêve, mais qu'à cause de la commotion que j'ai subi, ce souvenir s'est tout de suite caché le plus profondément possible... me laissant juste avec cette voix. Je n'étais même pas certain qu'elle était féminine, mais mon instinct disait que c'était le cas. Peut-être... qu'elle a assisté à mon accident ? Les trois mots qui raisonnaient dans ma tête semblait être associé... Après tout, si je me suis fait renversé, je pourrais comprendre qu'on me dise « Attention ». Monsieur Henry avait dit que je – mon cerveau – réagissait mal à ce souvenir. Si mon cerveau a enfermé les souvenirs de cette personne en même temps que ceux de mon accident...

« Attendez un instant... » murmurais-je à personne.

Je me suis souvenu de monsieur Henry malgré l'avoir vu le jour de mon accident. Mais si une personne était effacée de ma mémoire en même temps que l'accident, c'est que cette personne...

« ... »

Non, impossible à dire. Pourquoi j'ai perdu autant de souvenir à cause de cet accident... Je ne sais pas.

« A moins qu'elle soit devenue quelqu'un d'important pour moi ce jour-là ? »

Je me grattais la tête avec la main qui ne tenait pas le bracelet. Est-ce que... par hasard... je serais tombé amoureux de cette fille ce jour-là ? Cela expliquerait l'attachement au bracelet... Un cadeau qu'elle m'a donné ce jour-là, peut-être ?

Je me relevais, avant de me mettre debout, soupirant doucement. C'était vraiment trop complexe. Et je sentais un début de migraine se pointer donc je vais m'arrêter là niveau théorie. Je regardais malgré tout le bracelet pendant un instant encore. Avant de rire à un souvenir.

« Celui-là, je vous jure... »

Je m'étais rappelé un moment, cela devait être plus d'un an après ma rencontre avec Ben. J'étais resté dîner chez lui après une journée en extérieur à la plage. C'est ça, c'était le second été passé en sa compagnie...


Je mangeais calmement chez lui, profitant du repas qu'il avait préparé. Avoir nagé m'avait donné faim, et, heureusement pour moi, la cuisine de Ben me remplissait toujours l'estomac. Je savais qu'il me regardait manger – comme souvent. Mais j'avais l'habitude. En tout cas, il y avait de large progrès depuis l'année dernière.

« Will... ?

- Oui ? » répondais-je, alors que je mâchais ma viande.

« Es-tu homosexuel ? »

A cause de cette question surprenante mais aussi très directe, j'avais manqué de m'étouffer. Je bu mon verre d'eau d'un coup sec, toussant après coup.

« *Kof* D'où elle sort cette question !? *Kof kof*

- J'ai l'impression que tu ne t'intéresses à aucune fille.

- ...Pourquoi ça ?

- Nous étions à la plage, mais je voyais rarement ton regard se diriger vers les filles. » Je clignais des yeux. Voyant ma confusion, Ben continua : « Pour les garçons de notre âge, admirer les filles en maillot est tout à fait naturel. Ce que tu n'as que rarement fait. Je dirais même que ton regard n'avait rien d'observateur. Comme si c'était un passant normal. »

Qu'est-ce que c'était que ça ? Une sorte de question de science socio...-sexo...-quelquechose ? Même si c'est vrai que je n'avais pas plus d'intérêt que ça pour mater les filles en maillot de bain, je n'ai jamais ressenti d'attraction envers les gars non plus.

« Hmm... Peut-être que ton orientation est pansexuel... Ou asexuel ?

- Je t'arrête tout de suite, Ben. Mais c'est si grave que je préfère profiter de l'océan et de regarder l'horizon que de mater des bikinis ?

- Sur un jour, non. Mais je ne t'ai jamais vu porter le moindre intérêt sur la moindre fille depuis le temps que je te connais. Ni même sur les garçons, d'ailleurs... Donc tu es asexuel.

- S'il te plaît, ne décide pas de chose de ce genre là, ça m'embarrasse sérieusement !

- Oh, pardon. »

Je soupirais. Qu'est-ce qu'il pouvait être terrible, parfois.

« Mais pour te répondre, je préfère les filles, bien sûr. » Mais intérieurement, je me demandais si mon traumatisme m'avait fait perdre de mon intérêt dans... ce genre de domaine. J'ai lu que cela pouvait arriver. Je me servais un autre verre d'eau, que je bu aussitôt avant de questionner Ben.

« Et toi alors ?

- Je ne sais pas.

- ...Tu... ne sais pas ?

- Je ne sais pas où mon intérêt sexuel se porte.

- C'est pas ce que je demande ! » Je commençais sérieusement à rougir à cause de l'embarras. « Ce que je voulais dire, c'est est-ce que, toi aussi, tu... 'mâtes' les filles ?

- Je regarde tout le monde de la même façon. J'essaye de deviner le genre de personne qu'ils sont. C'est un bon entraînement. »

Je soupirais alors et retournais mon repas, coupant la discussion là.


A ce souvenir, je riais doucement. Finalement, il avait éprouvé de l'intérêt pour une fille. Ils semblaient en bons termes, même si je doute que leur relation aille vite, connaissant mon ami. Je pense que Marine sera celle qui prendre plus les devants... si, du moins, elle éprouve des sentiments amoureux envers Ben.

« Bon, allez, à la douche... »

Quand je revins de la douche, retournant dans la pièce principale – qui servait donc de salle à manger, salon et chambre – je remarquais une lumière sur mon téléphone. Un message. Je le récupérais et allumais l'écran. Le message venait de Monsieur Henry.

Peux-tu venir au cabinet dans une heure ?

Je voudrais te présenter quelqu'un.

Je clignais des yeux. Me présenter quelqu'un ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Je voyais, en haut de l'écran, qu'il était déjà presque huit heures et demi. Je fus surpris. J'étais persuadé que j'étais réveillé aux aurores, quelque chose du genre. J'ai du perdre du temps en pensée. Je m'habillais alors, vérifiais les boulangeries sur le chemin grâce à internet puis sorti. Marcher jusqu'au cabinet me fera du bien, au lieu de prendre les bus ou le taxi.


J'arrivais un peu en avance au cabinet. J'avais pris mon petit déjeuner en marchant, donc j'étais prêt à affronter la journée. Je me demandais si c'était un client ? Mais au vu du message de monsieur Henry, j'en doutais grandement.

« Bonjour monsieur Henry... » disais-je en entrant... avant de remarquer qu'il n'était pas seul. Ben était déjà là, mais surtout... « Marine ? Que faîtes-vous là ? » Mais l'instant d'après, je me disais qu'elle était venue rendre visite à Ben, ou quelque chose comme ça.

« Bonjour Will. Tu peux me tutoyer, tu sais.

- Ah oui, pardon. Et salut Ben. » Ben me répondit avec un sourire. « C'est rare que tu viennes ici.

- Ah ah. Elle est là pour une bonne raison. » intervint mon mentor. « En réalité, Marine va commencer à travailler avec nous. »

En entendant ça, je restais un instant stupéfait. Marine... travailler avec nous ? Je savais qu'elle était journaliste, mais en quoi cela apporterait quelque chose au cabinet ? A moins qu'elle ait un autre rôle ici ?

« Hi hi, tu as l'air bien surpris. Tiens, je te laisse ma carte. »

Marine me tendit sa carte de visite. L'arrière possédait un coquillage attrapant une feuille... une coquille saint-jacques ? Cela y ressemblait, en tout cas. Les traits du coquillage était en bleu tandis que ceux de la feuille était en rose. Je retournais ensuite la carte, regardant l'inscription.

Marine Calcant

Journaliste Free-Lance

Je m'arrêtais sur cette ligne.

« ...Free-lance ? Tu es indépendante ?

- Oui. Après mon procès, j'ai décidé d'arrêter mon poste de journaliste-rédactrice à mon ancien boulot. J'ai toujours été intéressée par écrire des articles pleines de vérités, tout autant que j'admire ceux qui travaillent pour démontrer ce qui s'est réellement passé.

- ...Ah oui. Je me rappelle que tu avais dit ''admirer les chercheurs de vérité''. Je crois aussi que c'était une de tes qualités qui t'as permis de travailler à NWI, non ?

- Ce sont mes qualités comme journaliste qui m'ont permit d'y entrer, mais ma dévotion à ce sujet était effectivement un point que j'avais énoncé quand ils m'avaient demandé pourquoi je voulais travailler là-bas. » disait-elle avec un sourire.

« Oh... Mais pourquoi venir ici ? Après ce qui a été dit au procès, tu aurais peut-être pu essayer une autre grosse boîte de journalisme...

- J'ai créé mon réseau pour permettre de disposer de mes services à la demande de n'importe quel journal, mais actuellement, je veux pouvoir travailler avec vous. En tant qu'assistante. Mais surtout, j'ai, grâce à ce contrat, la priorité sur tout article concernant votre travail.

- ...C'est-à-dire que tous les articles qui concernent nos affaires, c'est toi qui les écrira ?

- Exactement. Je veux retranscrire les informations importantes de vos procès sans qu'elles soient déformés.

- C'est possible, ça ? » demandais-je en regardant mon mentor.

« C'est un peu plus complexe que ça, mais en résumé, nous avons un droit de décision sur les articles concernant notre cabinet. Donc, officiellement, le cabinet Kesak reconnaît mademoiselle Calcant comme journaliste attitrée. Cela n'empêchera pas d'autre journaliste à rédiger des articles sur nos procès malgré tout.

- Je vois. C'est... particulier. »

Marine acquiesça, mais semblait plutôt joyeuse.

« Quoi qu'il en soit, j'ai hâte de travailler avec vous. Et à ce propos, sache que je pourrais te promouvoir, Will. Faire comme une publicité pour le cabinet, afin que tu puisses avoir plus de client.

- Ah ah, je suppose que ce n'est pas une mauvaise idée. » riais-je.

« Nous pourrions mettre le cabinet à ton nom pour...

- Non, monsieur Henry... Je veux que vous restiez le patron. Vous êtes mon mentor, et il y a aussi votre autre élève. Je préfère qu'elle garde un pied à terre ici avec vous. Je peux vous embaucher comme patron si vous avec un souci d'argent... Quoi que si je n'obtiens pas assez d'affaire, je sais pas si... »

Le rire de mon mentor m'arrêta. Puis il me regarda avec un grand sourire.

« Ne t'inquiète pas pour l'argent, Ben et moi avons largement de quoi faire tenir le cabinet pour au moins une dizaine d'année. En tout cas, tu as toujours le don de faire plaisir au gens, mais n'en fais pas trop.

- Et puis, 'Cabinet d'avocat Stach'... Ça fait tâche, et Ben sait à quel point j'ai horreur de ce jeu de mot. » Je soupirais. « Quel drôle de nom tout de même...

- La loi peut te permettre de changer ton nom, tu sais. » disait alors Marine. « Ou alors, marie-toi ! Tu pourras prendre le nom de ta future femme. » ajoutait-elle en riant en douceur.

Cependant, je me perdis dans mes pensées. Pour avoir une femme, il faudrait déjà avoir une petite amie. Et ce dernier sujet me travaillait récemment. Marine reprit la parole en voyant mon silence.

« J'ai dis quelque chose qui ne fallait pas ?

- Ah, non. Ce n'est rien. Je... »

Mais je ne continuais pas ma phrase. Je regardais de côté, réfléchissant. Mais au final, je secouais la tête et souriais en direction de notre nouvelle équipière.

« Tu as raison, c'est une idée à garder pour quand je me marierais. »

Marine montra quelques secondes d'inquiétude avant de finalement rendre mon sourire.

« Au fait, monsieur Henry, quand vous disiez vouloir me présenter quelqu'un...

- Oui, c'était pour expliquer l'arrivée de mademoiselle Calcant dans notre équipe. Désolé, je n'ai pas trouvé d'affaire pour toi. » Je riais doucement.

« Pas de problème, je comprends. Je ne suis qu'un débutant, après tout. Mon nom n'est pas en haut des listes... Mais du coup, je vais aller voir si mon autre patron aurait pas du boulot pour moi. Après tout, j'ai un logement à payer et des courses à faire, et je ne roule pas sur l'or...

- Si l'argent est un problème, je peux t'aider, Will. » disait alors Ben. « Ou tu peux venir loger chez moi. Tu sais qu'il y a assez de place.

- Merci, Ben, mais je préfère avoir mon propre chez-moi. Et j'ai besoin de m'occuper, je ne suis pas du genre à apprendre en continue comme toi. »

Mon ami acquiesça alors, comprenant mon point de vue. Je leur souhaitais alors une bonne journée avant de partir du cabinet. Mais il ne fallut que peu de temps avant d'être rejoint.

« Will, je peux t'accompagner ? » demandait Marine, qui me rattrapait en courant.

« Ça ne me dérange pas. Mais c'est pas comme si là où je vais est un endroit intéressant.

- Je voulais juste discuter seule-à-seul avec toi, en fait.

- Oh. »

J'étais surpris. Que pouvait-elle bien avoir à me dire pour avoir besoin d'être uniquement en tête-à-tête avec moi ? Je lui posais alors la question.

« Déjà, je voulais m'excuser pour tout à l'heure. J'ai l'impression que le sujet de la vie amoureuse est plutôt sensible pour toi.

- Non, non. C'est juste que... » Je pausais un instant, réfléchissant. Vu qu'elle allait devenir une nouvelle équipière, et une nouvelle amie, je pouvais aussi lui en parler. « Il y a quatre ans, j'ai eu un accident qui m'a fait perdre une partie de mes souvenirs. Je me demande juste si, parmi les souvenirs perdus, ne se trouvait pas une fille que j'aimais.

- Oh...

- Mais c'est une question que je ne pourrais répondre que quand je recouvrerais la mémoire. Ne t'attarde pas là-dessus.

- D'accord... » acceptait-elle, mais avec le sentiment de ne pas avoir toute l'histoire. Elle changea alors de sujet de discussion, sur l'autre domaine dont elle voulait lui parler. « Sinon, je suis allé voir Terry il y a quelques jours...

- Oh... » Je ne m'attendais pas à ce qu'elle lui rende visite si vite. « Hum... Comment ça s'est passé ?

- Je voulais lui parler, lui demander pourquoi il n'a pas essayé de nous en parler et qu'on essaye de faire quelque chose pour David... Mais il n'a rien répondu... »

Je restais silencieux. C'était évident. De ce que je me rappelais, il voulait que David soit mort mais sans que Marine n'en souffre. Mais ce plan avait échoué très rapidement.

« Par contre, il m'a dit que tu lui avais proposé de devenir son avocat !?

- Ah, ça... » Je regardais ma nouvelle associée, m'arrêtant de marcher un instant. C'était une discussion importante.

« Est-ce que je peux te demander... pourquoi ? »

Je restais un moment silencieux, essayant de trouver de quoi répondre.

« Lui et moi avions eu une discussion, et j'avais fini par proposer mes services. La raison est liée à cette discussion, mais... Je suis désolé, il m'a demandé de rien n'en dire.

- C'est à propos de moi ?

- De toi et de David. C'est tout ce que je peux dire. Désolé, Marine. »

Je la voyais me regarder dans les yeux à travers ses lunettes, mais elle finit par soupirer et de détourner le regard.

« Est-ce qu'il m'en parlera plus tard ?

- Peut-être. C'est à lui de décider. »

Maintenant qu'elle en parlait, c'est vrai qu'il semblait cacher autre chose. Elle disait vrai : il aurait pu essayer d'en parler avec ses amis pour trouver une solution. Pourquoi est-il passé à l'acte ? Même pour protéger la fille qu'il aimait, c'était... gros. Est-ce qu'il y avait encore autre chose ? C'était peut-être lié à leur dispute... Hmm...

« ...Je vois. Merci quand même, Will.

- Hein ? Oh, ne me remercie pas. Je n'ai rien dit qui mérite des remerciements.

- C'était plus pour ta gentillesse. Je peux voir, rien qu'avec notre discussion, que les gens peuvent avoir confiance en toi. Ça doit être pour ça que Terry a parlé de certaines choses qu'à toi... et de pourquoi il voyait déjà que vous étiez déjà des amis pour moi, Ben et toi. » Je souriais alors.

« C'est tout ce que je peux faire. Autant bien le faire. » Cela fit sourire Marine. « Bon, il faut que j'y aille. Prends soin de Ben. Vous avez un autre rendez-vous de prévu, non ?

- C-Comment tu sais ça ?

- Je l'ai deviné. »

Là-dessus, je saluais de la main, tout en me retournant, une Marine plantée sur place et au visage un peu rouge. Mais j'étais content pour eux deux. Surtout pour Ben. Avoir quelqu'un d'autre important dans sa vie... cela lui fera encore plus de bien.