Traduction : Yuki
Correction : Akii
Bêta-lecture : Zolva
CHAPITRE 2
Italie, 1918
Lorsqu'il se réveilla, il se rendit immédiatement compte de deux choses : le chaos des balles sifflantes et des hommes criants n'assaillait plus ses oreilles ; et ses jambes, il en était certain, étaient en feu.
Roderich était dans un hôpital.
Dans un lit.
Le drap contre lui le démangeait.
Son uniforme avait été remplacé par une blouse flasque et un pantalon attaché par un cordon. Sa jambe gauche était suspendue à une poulie par une sorte d'écharpe. Un plâtre épais l'enfermait jusqu'à la cuisse. L'autre jambe était couverte de bandes de gazes, cachant les points de sutures en-dessous.
Mais la chose qui l'irrita le plus était qu'il ne pouvait pas bouger.
Il ne savait pas combien de temps il était resté couché comme ça, mais à se retrouver dès le réveil avec une jambe en l'air, il sentait immédiatement l'inconfort s'installer.
Il voulait bouger. Se reposer le dos contre les oreillers.
Ce fut après sa découverte que les sensations de rasoirs commencèrent. Milles lames chauffées à blanc frappaient sa jambe levée, se calquant sur les pulsations dans le côté de son cou. Ceux de la jambe droite étaient semblable à des piqûres d'aiguilles comparé à la douleur de sa sœur.
Il entortilla sa main dans les draps du lit, la mâchoire crispée sous la douleur. Il ne crierait pas. Il n'était pas si faible.
Il avait besoin d'une infirmière.
Il se releva prudemment sur ses coudes. L'hôpital était un flou brumeux de formes blanches et chaires. Ses lunettes avaient disparu.
Il se sentait étourdi. Essayer de discerner les formes floues lui donnaient mal à la tête.
Il tourna la tête pour voir si ses lunettes étaient à côté.
Un éclat métallique sur sa table de chevet. Il tendit une main tremblante.
Une infirmière le vit.
En quelques secondes, elle était à côté de son lit et le forçait à se rallonger d'une voix apaisante. Mais ses mots se perdirent dans le martèlement dans sa jambe et sa tête.
Il retourna contre le matelas dur, serrant fort ses yeux.
Quand il les ouvrit de nouveau, l'infirmière était toujours à ses côtés. Elle était proche et il put voir qu'elle était vieille. Peut-être dans la cinquantaine.
Elle lui demanda de quoi il avait besoin, et il poussa un faible « Lunettes. »
Elle accéda à la table par-dessus son lit et les tint assez près pour qu'il les voit. Un des objectifs était fissuré et le cadre métallique à droite avait l'air tordu.
Il grogna.
Ses lunettes étaient cassées.
Il ne pouvait pas voir, merde.
Le drap sous lui le démangeait.
Il voulait bouger.
Il se demanda si c'était ça d'être comme Gilbert. Agité. Se sentir piégé dans sa propre peau. Incapable de bouger…
Où était Gilbert ? Avait-il également été touché ?
Non. Impossible. L'homme n'avait jamais été touché, pas vrai ? Il était invincible. Tout de même, où était-il ? Où ? Il ne pouvait pas être là…
Il tenta de se tenir sur ses coudes. L'infirmière plaça une main ferme sur sa poitrine pour l'arrêter.
— Tu as besoin de rester tranquille. Tu as été chanceux, tu sais.
Roderich renifla, détournant sa tête d'elle.
— Oh vraiment ? Comment ça ?
— Tu étais proche de perdre ta jambe. Le chirurgien a réussi à la sauver.
— Fantastique, crachât-il.
Un nouveau coup de poignard, et ses mains se resserrèrent en des poings.
— Comment te sens-tu ?
Il tourna brusquement la tête, les yeux réduits à des fentes. Comment je me sens ? Comme vous imaginez que je suis !
L'infirmière lut la réponse sur son visage.
— Je vais te donner quelque chose pour la douleur, bien que je ne devrais probablement pas. Tu as déjà assez été dopé.
Elle partit, revenant vite avec une seringue.
— De la morphine, dit-elle. Je devrais vraiment économiser ce genre de choses. Il y a des cas pires que toi.
— …
Il renifla encore une fois.
— Mais tu passeras définitivement par de la réhabilitation une fois arrivé chez toi. Je veux dire, à cause de ta jambe, pas de la morphine ! rit-elle sottement.
Il aurait voulu se jeter sur elle pour la frapper à la tête. Il avait mal ! Et elle riait ! Elle riait comme une écolière qui voyait un camarade de classe trébucher, puis tomber dans la boue.
Il serra les dents, réprimant des insultes.
Plébéien [1].
Ce n'était pas comme si cette infirmière pouvait en comprendre la signification, de toute façon…
— Eh bien. On y va, dit-elle joyeusement alors qu'elle préparait son bras pour l'injection. Un de plus pour t'aider à dormir, fils.
Puis l'infirmière le laissa.
Le laissa. Seul. Pour observer le flou blanc qu'était sa jambe dans le flou blanc qu'était ce maudit hôpital.
Blanc.
Tout était si blanc.
Comme les cheveux de Gilbert.
Comme la peau de Gilbert…
Les paupières de Roderich commençaient à tomber.
D'un blanc si éblouissant.
Où était Gilbert ? Il ne pouvait pas être ici. Il n'était plus là. Son unité a été transférée, tu te souviens ?
Oui. Transférée. Ceci expliquait cela.
Ses cils brossèrent ses joues.
Tout était trop blanc.
Il ne pouvait pas voir.
Le blanc blessait ses yeux.
Gilbert n'avait pas été là pour le sauver cette fois…
Autriche, 1919
Roderich souffla et grogna sous l'effort. Le simple effort de marcher dans la chambre.
Ses cheveux bruns collaient à son front humide de sueur.
La voix douce d'Elizaveta résonnait à ses oreilles, l'encourageant tout du long.
Les poings serrés autour des deux cannes, ses bras tremblaient en soutenant son poids. Il ne pouvait pas utiliser sa jambe valide. Peu importe combien il essayait. Il s'en servait légèrement d'appui pendant qu'il traînait la mauvaise devant, la posant avec précaution avant d'y mettre son poids.
Il avait l'impression d'être déchiré une nouvelle fois.
Dans sa périphérie, il vit un fauteuil. Même pas à deux pas, à sa gauche.
Des perles de sueur roulaient dans ses yeux et dans son cou.
Le fauteuil le raillait.
C'était trop…
— Je ne peux pas !
Il s'effondra dans le fauteuil, soufflé par l'effort.
Il leva les yeux pour découvrir qu'il était à peine à la moitié de la pièce.
Elizaveta claqua impatiemment de la langue, se levant de son siège à son opposé.
— Tu ne peux pas rester dans le fauteuil roulant pour toujours, dit-elle, faisant rouler la chose misérable vers lui.
— Je sais, crachât-il. Je n'aime pas plus ça que toi. Mais j'ai toujours l'impression que l'on me poignarde avec des couteaux chauffés à chaque fois.
— Le docteur a dit...
— Au diable ce qu'il a dit ! Ça fait mal, Elizaveta, bordel !
Elle croisa ses bras, l'observant manœuvrer pour se mettre dans la chaise roulante.
— Tu deviens dépendant de ce truc, coupât-elle.
Il lui lança un regard cinglant, cherchant dans sa poche, en extrayant un étui à cigarette et des allumettes.
— Et je ne pense pas que ça puisse t'aider !
Elle agita ses mains dans un geste élaboré, éventant le nuage de fumé exhalé par son mari.
— Tu m'agaces.
Roderich fit rouler sa chaise jusqu'à la fenêtre, regardant le terrain couvert de givre de la succession de sa grande tante.
— Eh bien nous sommes deux alors.
Le visage d'Elizaveta rougit. « C'est trop dur », pensât-elle, baissant les yeux. Ils se prirent sur sa jupe. Elle redressa la tête, en lissant les rides, ses mains cherchant quelque chose à faire. Quelque chose pour la garder occuper. Pour garder éloignées les mauvaises pensées : la vérité, qu'elle et lui savaient tous deux. Mais elle n'était pas prête à l'admettre. Pas encore.
L'horloge dans le couloir comptait bruyamment les secondes dans le silence étouffant.
Il alluma une autre cigarette, le regard fixé par-delà la fenêtre.
Loin d'elle.
Elle alla à ses côtés, plaçant une main sur son épaule.
Il se tendit sous son touché.
Si elle le senti, elle n'en fit cas, gardant résolument sa main en place.
— Je sais que c'est dur pour toi. C'est dur pour moi aussi. J'essaie d'être patiente. Mais certains jours, on dirait que tu as tout simplement renoncé. Certains jours… C'est comme si je vivais avec un inconnu complet.
Il inhala profondément sa cigarette, faisant de son mieux pour ne pas ricaner. Bien sûr que le sujet ne tournerait qu'autour d'elle…
Bien qu'il fût d'accord avec elle sur un point : il était un inconnu. Pour elle comme pour lui-même…
Non. Pas inconnu.
Malhonnête. C'était le mot.
Il avait vécu un mensonge, un mensonge dans un monde imaginaire pendant les vingt premières années de sa vie. Et maintenant…
Maintenant il était temps de se réveiller.
Autriche, 1920
Gilbert était intelligent. Pour tout son courage, son langage affreux, l'homme était définitivement intelligent. C'est pourquoi il avait été fait sergent et que lui était resté un homme enrôlé. L'argent ne pouvait pas tout acheter, au final.
Roderich se tenait dans le couloir, penché sur sa canne, une lettre serrée dans sa main fine. Pour un lecteur désinvolte [A], elle semblait inoffensive. Gilbert s'était récemment déplacé à Berlin et la lettre contenait ses récriminations à propos de la ville, dans le langage coloré qu'il utilisait si bien. Caché entre ses plaintes se trouvait un message simple : Je dois te voir. Seul.
Il sourit quand il lit ça. Gilbert n'était jamais satisfait. S'il faisait froid et qu'on lui prêtait un pull, il se plaignait que la laine le démangeait. Si c'était couvert dehors, il gémissait combien ça le déprimait. Si c'était ensoleillé, il disait que c'était trop lumineux.
Il était agité et attirait l'attention. Il était le représentant d'un monde complètement opposé, dont Roderich avait besoin pour son confort et sa stabilité. Il était insouciant mais seulement avec lui-même. Il ne mettrait jamais un autre en danger. Il était trop farouchement protecteur. Il l'avait remarqué en Italie, mais ça ne voulait pas dire que le connaître était si simple. Son arrogance avait pour habitude d'éclipser ses subtilités.
Gilbert était arrivé en Italie en mi-septembre 1917, avec une unité mixte de soldats Allemands et Autrichiens, et déjà les hommes l'appelaient der verrückte Feldwebel, le sergent fou. Ses récits d'exploits militaires sur le front de l'est semblaient trop ridicules pour être vrais. Pour des raisons qui lui étaient insondables, les hommes affluaient vers lui en dépit de ses affirmations exagérées. Peut-être était-ce à cause de sa vanité. Peut-être était-ce qu'à cause de ses fanfaronnades il insufflait une confiance nouvelle parmi eux. Ils le regardaient tous.
Excepté Roderich.
Pendant les premiers mois, il ne pouvait pas supporter d'être près du pâle blond. Accompagné de sa flopée d'histoires de guerre, Gilbert était aussi empli d'un arsenal de sarcasmes prêts à être utilisés, tous le visant lui. L'autrichien ne l'avait jamais entendu se moquer d'un autre homme. Seulement de lui. C'est pourquoi Roderich faisait de son mieux pour l'éviter. Mais le blond semblait avoir une certaine capacité à surgir de nulle part.
Tout changea en novembre.
Ils étaient avant l'aube, sous le feu de l'artillerie. Les shrapnels et les roches des montagnes pleuvaient autour d'eux.
Il avait senti quelque chose de lourd le frapper et pendant un moment, pensa que son temps était révolu.
Quand il réalisa qu'il était, en réalité, en vie et non blessé, il ouvrit ses yeux pour trouver Gilbert le couvrant.
Le couvrant…
L'homme s'était jeté sur l'autrichien pour mieux le protéger.
Une fois que les bombardements eurent cessé, Roderich avait demandé :
— Pourquoi as-tu fait ça ?
L'autre avait haussé les épaules, allumant une cigarette.
— Mieux vaut moi que toi, Lunettes.
Roderich avait hoché la tête, bien qu'incertain de la raison. C'était probablement une réponse involontaire, comme les tremblements de ses mains après le déluge. Il voulait les arrêter. Il avait besoin de faire quelque chose. Il avait besoin de son piano. Il avait besoin...
— Est-ce que je pourrais en avoir une ?
Il pencha la tête vers la cigarette pendue aux lèvres de Gilbert.
— J'savais pas que tu fumais, Lunettes.
Eh bien… Il avait promis à Elizaveta après qu'ils se soient mariés qu'il ne fumerait plus jamais. Et il avait respecté sa promesse. Mais c'était une situation exceptionnelle. Il n'avait jamais imaginé qu'il se tapirait dans la saleté, tandis que des morceaux de montagnes et de métaux tomberaient autour de lui. Il n'avait jamais imaginé qu'il serait entouré par des sons de percussions assourdissant qui n'étaient pas des timbales. Cela avait duré trop longtemps. Des exceptions pouvaient être faites. Et il préférait inhaler cette fumée plutôt que d'aller à l'hôpital de campagne [2] pour commotion, et être appelé un lâche.
Gilbert alluma une autre cigarette et la lui passa. Ses doigts tâtonnèrent jusqu'à ce qu'il se souvienne comment la tenir.
Il amena le tabac à ses lèvres, inhalant désespérément. Avidement. Comme si la fumée pouvait le sauver d'une manière ou d'une autre.
Après ça, les choses étaient redevenues à comme avant la bataille. Chaque fois que les hommes étaient à portée de voix, Gilbert ne perdait pas une chance de balancer un commentaire moqueur sur lui. Toutefois, pendant les moments les plus calmes, lorsque les hommes se séparaient dans leurs groupes respectifs pour bavarder paresseusement et qu'il était seul, Gilbert le retrouvait toujours.
Les manières de l'homme pâle changèrent à ce moment-là, et il sentait qu'il apercevait le vrai Gilbert. Pas la grande-gueule prétentieuse que l'homme montrait de lui. Il lui semblait apprivoisé. Modéré. Comme si c'était étrange, l'envie qui le conduisait à s'agiter trouvait la paix pour un moment.
Pourtant, ça dérangeait Roderich qu'il ne perde jamais une occasion de le taquiner. Spécialement quand il savait que l'homme avait un autre côté : un qu'il était effrayé de montrer aux les autres.
Si puéril.
C'était ce qu'il en était.
Les actions de Gilbert lui rappelaient celle d'un écolier embêtant une fille qu'il aimait. Et il…
Il l'embêtait seulement lui…
Non. C'était impossible. Il rit à cette pensée.
Absurde. Ils étaient tous les deux des hommes…
Mais l'autre ne raillait personne d'autres…
Et n'avait-il pas vu un autre côté du blond ? Ne l'avait-il pas protégé des chutes de débris ?
Non. C'était dans sa nature. N'est-ce pas ?
Mais pourquoi lui ? Pourquoi Roderich ?
« Mieux vaut moi que toi. »
Pourquoi penserait-il ça ? Les amis plaisantaient entre eux. C'était un comportement parfaitement normal. Et ils étaient amis, pas vrai ? Enfin, au moins plus proche que des connaissances, plus que ce qu'impliquait un simple salut désinvolte de la tête. Ils avaient tenu des conversations ensemble, lesquelles avaient peut-être constituées une relation amicale…
Au diable les étiquettes sociales. Pourquoi n'y avait-il pas de terme pour deux hommes qui appréciaient la compagnie de l'autre ? Pourquoi « ami » sonnait si intime et pourtant toujours si innocent ? N'y avait-il pas de limite, une certaine règle, à propos de quand l'on pouvait appeler une personne un ami ? Ne devait-ils pas se connaitre depuis, disons, cinq ans environ ? Il y avait des règles pour tout, donc il devrait y en avoir concernant l'amitié. Une règle silencieuse, non dite, que seuls les amis connaîtraient ? Et puisqu'il n'en n'avait jamais eu, il était incertain quant à comment appeler l'avancée de leur relation. Gilbert considérait probablement toutes les personnes qu'il rencontrait comme ses amis. Il était tout simplement ce type de personne : bruyant, sociable, le gars que tout le monde connait. Et lui, Roderich, était l'exact opposé. Calme et observateur. Elizaveta disait qu'il était froid et distant, et il avait l'habitude de la croire, pensant que c'était juste ce qu'il était. Mais leurs conversations ne représentaient pas plus qu'un « Qu'est-ce qui est préparé pour le dîner ? » Il n'y avait jamais de chaleur, d'envie, d'anticipation. Contrairement à quand Gilbert le retrouvait et qu'ils n'étaient que tous les deux. Dans ces moments-là il rayonnait. Dans ces moments-là, il accueillerait le monde entier et appellerait tout le monde son ami. Il pouvait être tellement plus quand il était là… Mais quand il repartait, le Roderich détaché revenait.
L'amitié ne faisait pas ça aux gens. Les amis ne changeaient pas en compagnie l'un de l'autre. Les amis ne cachaient pas leur relation. Alors pourquoi Gilbert avait l'air d'éviter de le regarder, seulement lui, lorsque personne ne regardait ? Pourrait-ce être quelque chose de plus ?
Pourquoi il s'en souciait ?
Pourquoi il en avait quelque chose à foutre ?!
Ce n'était pas comme s'il était… jaloux ?
Non. Pas jaloux. Il n'était pas jaloux. Le sentiment que seul Gilbert pouvait lui faire ressentir lui manquait juste. Cette chaleur et cette assurance qu'il n'était pas comme le monde le voyait. Pas froid. Ni distant.
Mais le blond ne devait pas savoir ce que leurs conversations signifiaient pour lui. Il n'y avait pas moyen que Gilbert l'aime plus que comme un ami. Ils étaient juste deux hommes qui avaient été contraint ensemble dans des circonstances inhabituelles, à se battre pour leurs pays, à se protéger eux aussi bien que les autres. Justes amis.
L'hiver était arrivé fin décembre. Les hommes étaient blottis en cercle autour d'un feu maigre pour essayer de rester au chaud, les vents de la montagne éteignant tous sauf la petite flamme. Ils se passaient des cigarettes, des blagues, des souvenirs de chez eux ou de femmes.
Il venait juste de finir son repas quand quelqu'un lui demanda :
— Et toi ? Toutes ces belle donne [3] du villages…
C'était Weber. Un autre sergent. Il était assis à côté de Gilbert de l'autre côté du feu de camp. Il ne pouvait pas le supporter. Son arrogance et son insouciance égalisaient Gilbert, mais il lui manquait sa préoccupation du confort des hommes. Ils étaient juste de la chair à canon pour lui.
— Je vous demande pardon ? demandât-il, levant les yeux de son assiette.
L'homme éclata de rire.
— Voilà ta réponse ! dit quelqu'un.
— Nous parlons de femme. Quand en as-tu eu une pour la dernière fois ?
— … Je suis marié...
L'homme rit de nouveau.
Roderich regarda autour, se demandant ce qu'il y avait de si drôle. Il capta les yeux de Gilbert. Le visage du blond avait blanchi lorsqu'il avait entendu qu'il avait une femme.
— Donc ça fait quelques années ! dit Weber.
— Et toi, Beilschmidt ? Je sais que tu as eu des histoires. Combien de femmes ?
Un sourire en coin vint immédiatement effacer l'air surpris sur le visage de Gilbert.
— Trop pour compter.
Weber rit, claquant une main sur l'épaule du blond et détournant son attention vers un autre homme.
Gilbert se leva quelques temps après, délaissant le groupe. Personne ne sembla remarquer son départ. Excepté lui.
Ne voulant pas subir une autre série de questions humiliantes concernant sa vie sexuelle, il le suivit. Il avait de toute façon besoin d'une cigarette et était à court d'allumettes.
Gilbert s'arrêta à un petit groupe de rochers profondément enfoncés dans la montagne escarpée. Il brossa la neige sur l'un avant de s'asseoir et de frotter vivement une allumette.
— On me suit, Lunettes ?
Sa voix était bourrue. Roderich s'arrêta à quelque pas.
— N-Non. Enfin, oui.
— Lequel c'est ?
Il souffla, changeant de pied.
— J'ai besoin de feu.
— C'est la dernière, dit Gilbert, fronçant un sourcil et maintenant la flamme qui diminuait.
Roderich se hâta de se pencher, plaçant ses mains en coupe autour du bâton d'allumette.
Sa cigarette était allumée. Dieu merci.
Il exhala une bouffée soulageante, s'appuyant contre l'une des pierres les plus grande. Ils fumèrent en silence pendant un moment, les yeux de Gilbert traînant sur les hommes autour du feu.
Il parla en premier, d'une voix rocailleuse coupant à travers l'air immobile.
— J'ai de mauvaises nouvelles pour toi.
— Qu'est-ce ?
— Je pourrais être transféré. J'ai entendu des rumeurs.
Roderich opina solennellement.
Que pourrait-il dire à ça ? Les amis ne se disent jamais adieu. Ce mot était un poison. Les implications étaient trop grandes. Adieu signifiait une finalité. Adieu signifiait que l'on ne reverrait plus la personne à nouveau. Et ô, qu'est-ce qu'il espérait le revoir. Leurs conversations ne pouvaient pas se finir. Mais compte tenu de la situation, ce serait une chose stupide que d'espérer.
— … Donc, j'imagine que tu vas devoir trouver quelqu'un d'autre pour te griller des allumettes.
Roderich essaya d'en rire.
— J'imagine.
— C'est pour ça que tu as quitté le groupe ?
— Nan, pas 'cause de ça.
Gilbert se leva, jetant sa cigarette sous ses pieds et prenant son sac à dos.
— J'ai quelque chose pour toi, Lunettes.
Il chercha dans le sac, et en retira une bouteille de vin qu'il lui tendit.
— Je ne sais pas s'il est bon, mais je m'en fous un peu.
— C'est pour quoi faire ?
— J'ai pensé que nous pourrions le fêter.
— Fêter quoi, exactement ? Ton départ ?
— Noël. Je pense que ça doit être noël. Et puis, nous devrions nous rapprocher. Tu veux la première gorgée ?
Roderich fixa la bouteille, un petit frémissement aux coins des lèvres.
— Désolé, je n'ai pas de verres, dit l'autre, interprétant mal son regard. Nous devrons nous contenter de boire à la bouteille.
— Non… C'est bon… C'est juste… Gilbert, je veux que tu me promettes quelque chose.
Ses yeux se relevèrent, se verrouillant dans ceux du blond. Il devait le lui dire. Peut-être pas directement, mais en quelques mots, ces choses-là pouvaient être transmises. Il ne permettrait pas à leurs discussions de juste se finir.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Tu dois me promettre, que lorsque ce sera terminé…
Oh, dieu, pourquoi hésitait-il maintenant ?
— … Tu dois me promettre…
Il ne pouvait pas regarder ces yeux plus longtemps. Roderich lui passa la bouteille et chercha dans ses poches un crayon et du papier. Ah, dans la poche de sa chemise, bien sûr.
— Tu devras m'écrire quand ce sera terminé. Au minimum. S-Si, peut-être, tu veux toujours me voir, ce serait bien aussi. Mais s'il te plait écrit. J-Je ne pourrais pas supporter la pensée… Avec tout ce que tu as fait, je veux te savoir sorti de tout ça.
Il griffonna son adresse sur un bout de papier et le poussa dans la main de Gilbert.
C'était une chose imprudente que de croire qu'ils pourraient tous deux rentrer chez eux indemnes. Il le savait et Gilbert le savait. Mais juste avoir cette conviction, celle qu'ils allaient aller bien, semblait signifier plus que ça ne le devrait. C'était la seule chose qu'il avait, et il voulait s'y accrocher. Comme un marin s'accrochant à du bois flottant. N'importe quoi pour rester à flot dans la mer turbulente de la guerre.
Gilbert mit le papier dans la poche de sa veste, un sourire adoucissant les traits durs de son visage.
— Je le promets, dit-il. Maintenant, que dirais-tu que nous l'ouvrions ?
Il opina et le regarda sortir un couteau de poche et le bloquer sous le bouchon. Après quelques torsions, il en tira le bouchon dans un pop, et lui remis le vin.
L'autrichien prit une gorgée. C'était moelleux. Velouté. Il prit une autre lampée, sentant la rougeur lui grimper au visage. Ce n'était pas mauvais pour un vin qu'il savait que l'autre avait juste prit sur les étagères d'une des maisons d'en bas.
Ses gorgées se répercutèrent dans le silence pendant un moment avant que Gilbert ne reprenne la parole.
— Je t'ai menti, Lunettes.
Roderich toussa, près de s'étouffer avec le vin.
— À quel propos ?
— Il me reste quelques allumettes, sourit-il, cherchant dans son sac à dos et en sortant une boite.
Il en grilla une et alluma une cigarette, la lumière ambrée illuminant le visage anxieux de Roderich.
— Tu as du vin sur toi, dit-il.
Il tendit une main pâle, frottant son pouce sur son menton.
L'instinct premier de l'autrichien fut de s'en débarrasser, mais quelque chose (le vin, sûrement), le tint cloué sur place. Le touché de Gilbert était gentil. Pas comme il s'y attendait.
Il cligna des yeux. À quoi s'était-il attendu ? Une peau rugueuse, des doigts forts ? Pas comme une mère frottant le visage d'un enfant ? Peut-être. Définitivement pas à cette caresse gentille.
Sa tête était confuse.
Gilbert touchait son menton.
Touchait son visage.
C'était trop chaud. Son visage brûlait. Il avait pris trop de vin. Elizaveta avait toujours dit qu'il ne tenait pas l'alcool…
Gilbert lui maintenait le visage. Contournant de son pouce la courbe juste sous ses lèvres, trouvant un chemin vers le haut.
Il devrait s'en débarrasser. Il n'aimait pas les contacts physiques. Pas vraiment. Mais pourquoi ? Pourquoi était-ce si dur de simplement bouger ? Pourquoi le touchait-il comme ça ?
Son pouce lui brossa momentanément les lèvres avant que sa main se retrouve autour de son cou, sur son épaule, serpentant vers son dos et rapprochant l'autrichien de lui.
Gilbert pressa ses lèvres contre celles de Roderich dans un baiser écrasant. C'était débraillé, ivre et… bien. Dieu comme c'était bien. Malgré tout. Malgré le fait qu'ils étaient des hommes, malgré le fait qu'il était marié. Mais cela avait plus convenu à ses parents qu'à lui, n'est-ce pas ? Les Edelstein avaient besoin d'un héritier, que Dieu n'en déplaise, et il était l'unique fils d'une famille aristocratique mourante. Et il n'avait jamais embrassé Elizaveta de la façon dont Gilbert l'embrassait : profondément et avec désir.
Il pouvait goûter son souffle, moelleux et aigre à cause du vin, et ça aurait dû le dégoûter. Il ne devrait pas vouloir de ce goût sur sa langue, mais le faisait.
Roderich posa une main dans son dos, les bosses et creux lui faisant prendre conscience de comment il aurait dû se sentir à côté de lui, et se demander si Gilbert s'en souciait. Elizaveta avait toujours dit qu'il était trop mince. Elle disait toujours qu'il avait besoin de manger plus, de sorte qu'elle n'ait plus l'impression de tenir un bâton. Elle aimait les hommes costauds, ne manquant jamais une chance de les lui signaler toutes les fois où ils allaient quelque part, lui disant qu'il devrait ressembler à ça. Et pour la première fois, il se demanda pourquoi elle s'était mariée avec lui.
Ses doigts se tendirent à cette pensée.
— Je suis désolé ! dit Gilbert, en s'éloignant.
— … Non, ce n'est pas ça. C'est que… que… eh bien… Ç-Ça ne me dérange pas… balbutiât-il, réajustant ses lunettes.
La bouche de Gilbert se fissura en un sourire tordu.
— 'Te déranges pas, hein ? Je pensais que tu étais marié, Lunettes ?
— Non. Je veux dire, si ! Oui, je le suis, mais… Gilbert, qu'est-ce que c'était ?
Roderich passa une main tremblante dans la poche de son manteau, atteignant son paquet froissé. Il avait besoin de quelque chose à faire… Quelque chose pour l'aider à occuper son esprit.
Il fourra une cigarette dans sa bouche.
Gilbert lui passa la boîte d'allumette.
— Ce n'est pas évident ?
Il gratta quatre fois contre le côté avant de finalement en allumer une. Fichues mains tremblantes. Mais ce n'était pas à cause de l'artillerie.
— Évident comme que tu m'ais embrassé ? Oui, je comprends. Mais qu'est-ce que...
— Je t'aime, Roderich ! Mon dieu, tu as besoin que je te l'épele ?
— Mais je suis...
— Marié. Ouais, je sais.
— Et un homme !
— Tu n'avais pas l'air de t'en inquiéter tout à l'heure, ricana Gilbert, appuyé contre un rocher, les bras croisés sur sa poitrine. On dirait que tu as aimé.
— Je… Je ne sais pas quoi dire à ça, dit Roderich, basculant sa tête vers l'arrière dans une tentative de paraitre hautain tout en espérant secrètement que son tourment interne ne se voyait pas sur son visage.
N'avait-il pas essayé de définir leur relation il y a quelques semaines seulement ?
— J'ai faux ?
Il prit une bouffée et souffla la fumée vers le ciel, ignorant royalement Gilbert.
— J'ai faux ?
Un terme pour deux hommes qui appréciaient la compagne de l'autre…
— J'ai faux ? claqua Gilbert.
— Non ! Tu as raison putain !
Roderich tapa son pied contre le sol.
— J'ai- J'ai aimé ça. Beaucoup.
Le sourire en biais de Gilbert revint.
— Oh, tu ne veux pas arrêter ça !
Il jeta sa cigarette par terre.
— Tu ne comprends pas ce que ça veut dire ? Si quiconque le découvre–
— Je vais être transféré, Roddie. Ou tu as oublié ?
— Non. Et que va-t'il se passer après ?
— Après quoi ?
— Après après. Quand tout ça sera terminé ? À conditions, bien sûr, que nous soyons tous deux-
— Tu fais d'ja des plans, Lunettes ? se moqua Gilbert.
— Je veux dire… Que vais-je dire à ma femme ?
— Tu n'as pas besoin de lui dire quoi que ce soit.
— Eh bien, alors, qu'est-ce qui va se passer… pour nous ? Nous resterons a-amis ?
— Roderich, dit Gilbert, balançant un bras autour des épaules de l'autrichien. Il n'y a rien en ce monde qui pourrait m'empêcher de te voir.
Autriche, 1919
Il fut emmené dans le salon par un des serviteurs. Son seul occupant, une femme, assise devant une fenêtre, un livre menteur oublié ouvert sur ses genoux. Ses cheveux bruns bouclés étaient tirés en un chignon lâche. Restaient des anglaises travaillées, pendantes doucement dans son cou. Roderich n'avait pas souvent mentionné sa femme dans ses lettres, et quand il l'avait fait, il ne l'avait jamais peint sous son meilleur jour. Elle était, tout simplement, magnifique.
— Monsieur Beilschmidt pour maître Edelstein, annonça le serviteur.
— Eh bien pourquoi tu ne l'emmène pas à mon cher mari ? répliqua la femme, détachant ses yeux de la fenêtre.
— Je vous demande pardon, madame, mais il m'a dit qu'il ne voulait pas être dérangé.
— Oh très bien, grogna la femme.
Elle se tenait sur ses talons, se glissant rapidement jusqu'à son invité.
Le serviteur marcha rapidement avant de sortir de la pièce.
— Ainsi vous êtes Gilbert ? Roderich m'a dit que vous étiez sergent.
Les yeux d'Elizaveta étaient rétrécis, scrutant sa chemise froissée et ses jambes de pantalons boueuses.
Gilbert s'éclaircit la gorge.
— Oui, j'étais sergent.
— Et que faites-vous maintenant ?
— Eh bien…
Il s'éclaircit de nouveau la gorge, se balançant sur ses talons.
— Je suis ce que vous pourriez un peu appeler un entrepreneur.
Elle lâcha un rire.
— Vraiment ?
— Ouais ! jetât-il, enfonçant ses mains dans ses poches.
Le nez d'Elizaveta se rida, alors qu'elle continuait de détailler un Gilbert ébouriffé. Ses yeux tombèrent sur ses bottes poussiéreuses, usées.
— Auriez-vous marché jusqu'ici, monsieur Beilschmidt ? Je pense que quelqu'un dans le domaine de la gestion pourrait avoir une automobile ou au moins un cheval.
Sa mâchoire se crispa. Il comprenait à présent.
— Comment va notre mec, d'ailleurs ? demanda Gilbert, espérant détourner son examen sur quelqu'un d'autre que lui.
— Roderich ? Il continue de refuser de sortir de cette fichue chaise, cracha Elizaveta. Et il y a une heure, on aurait dit qu'il était en train de détruire le piano de sa grand-tante. Les sons qui en sortaient suffiraient à réveiller les morts.
Comme si c'était un signal, des sons discordants retentirent à travers le couloir, presque comme si un chat bondissait sur les touches.
— Suivez-moi, monsieur Beilschmidt, soufflât-elle, le balayant du passage.
Elle le conduisit dans le couloir, à travers la salle à manger, de l'autre côté de la maison, jusqu'à la salle de musique, les coups sur les touches devenant de plus en plus forts.
Elle frappa sur la porte close. Les coups cessèrent.
— Je vous l'ai dit, je suis occupé, grogna Roderich.
— À anéantir le piano ? Je sais, chéri, et tu fais un magnifique travail, le provoqua Elizaveta.
— Qu'est-ce que tu veux ?
— Tu as oublié quel jour nous sommes ?
— Va te moquer ailleurs, Elizaveta ! Arrête de te moquer pour satisfaire ton plaisir de folle !
Les lèvres d'Elizaveta se serrèrent alors qu'elle ouvrait la porte.
— Tu as un visiteur, mon cher mari !
Elle recula, lui permettant de passer, puis se dirigea vers le salon.
— Mon Dieu, Roddie, je pensais que tu m'avais dit que tu étais pianiste. C'était quoi ce bruit ?
— Ce bruit m'aide à me calmer quand je suis irrité, dit Roderich, se tournant face au piano dans son siège. Et tu es en retard.
— Ouais. J'ai juste dû descendre du train plus tôt que prévu. J'marché le reste du chemin.
Roderich soupira.
— Tu as besoin de nourriture pour le voyage de retour ?
— Non ! Putain, non, Lunettes. Je ne t'ai jamais tapé de sous. J'ai de l'argent. Je suis juste… sélectif quant à quand je le dépense.
— Je vois. Eh bien, je suis content que tu l'ais fait cette fois, sourit Roderich.
Il tira sa chaise roulante au banc du piano. Gilbert se précipita pour l'aider, mais il le renvoya d'un signe. Il fronça les sourcils en voyant l'autrichien manœuvrer dans le fauteuil, ne manquant pas le léger tremblement de ses bras minces.
— Je parie que je pourrais te faire sortir de cette chaise.
— Je suis sûr que tu en es capable, dit Roderich, fixant son ami avec un sourire entendu.
Autriche, 1920
La maison était à eux. Pour un weekend splendide, elle était à eux. Elizaveta était partie plus tôt pour visiter sa famille cette semaine, et serait partie jusqu'à la semaine suivante. Roderich avait donné leur weekend aux serviteurs, leur donnant une belle prime pour garder leurs bouches closes.
Il prit Gilbert pour faire les magasins, lui achetant un nouveau costume pour qu'il le porte au dîner de ce soir.
Ils avaient mangé dans un café extérieur, but du vin sous les étoiles, avant de revenir dans la propriété de Roderich.
Le soleil aigu de l'après-midi tranchait les rideaux de sa chambre. Il était posé contre Gilbert, blottit contre le flanc du pâle blond, un bras reposant sur sa poitrine ferme.
— Pourquoi tu ne viendrais pas à Berlin ?
— Hummm ?
Roderich ouvrit un œil plein de sommeil.
— Pourquoi tu ne rentrerais pas avec moi ? À Berlin.
Gilbert tendit un bras, le plaçant derrière sa tête.
— Je pensais que tu la détestais [B], marmonna Roderich.
— Je détesterais moins si tu étais là.
— Je peux toujours te rendre visite-
— Non ! siffla Gilbert, se redressant dans le lit. Je suis fatigué de toutes ces allés et venues de merde.
Il leva la tête, admirant la façon dont le soleil capturait les traits fins de Gilbert : la façon dont il éclairait ses yeux, les rendant presque rouges. Son regard tomba sur la poitrine de son amant, une main fine retraçant les stries laissés par un muscle et des cicatrices. Gilbert n'était pas immunisé de tout après tout. Ni Roderich. Il voulait partir, puis fuir correctement avec lui, mais…
— Qu'est-ce que je dirais à Elizaveta ? demanda Roderich, plaçant un doux baiser sur le flanc de Gilbert.
— Qu'elle aille se faire foutre, Roddie ! Elle te traite comme de la merde et n'est t'jours là qu'à cause de l'argent...
— Gilbert, arrête...
— C'est vrai. Et tu le sais.
Roderich s'appuya contre la tête de lit, cherchant son étui à cigarettes.
— Qu'est-ce qui t'effraies le plus, Lunettes ? Liz ou tes parents ?
Il fusilla le du regard, une à moitié brûlée entre son pouce et son index.
— Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demandât-il, la voix meurtrière.
— 'llez, Roddie. Ne me dis pas que tu t'es marié avec elle parc'que tu l'aimes. C'était pour tes parents, pas vrai ? Alors, qu'est-ce qui se passerait si tu divorçais, hum ? Est-ce qu'ils te renieraient complètement ?
— Je ne suis pas dépendant d'eux, cracha Roderich.
— Alors viens avec moi !
— Ces choses prennent du temps, Gilbert. Je dois trouver un moyen pour briser le contrat avec Elizaveta...
— Briser quel contrat, cher mari ?
Elizaveta ouvrit la porte de leur chambre.
Gilbert jailli du lit, tirant les draps sur son torse nu.
— Ch-Chérie ! Tu es rentrée tôt. Je p-pensais que tu partais pour rentrer mardi, commença Roderich.
— Ne me sers pas de ça ! J'ai trouvé ça dans le couloir, fit-elle, tendant une chemise et un pantalon d'une main. Et je sais que c'est trop large pour toi Roderich.
Gilbert jeta un regard en coin à Roderich avant de glisser loin du lit, utilisant le drap pour le couvrir.
— J-Je peux expliquer, Liz, commença Gilbert, approchant précautionneusement de la brunette fulminante.
— Alors commence !
— Tu vois… C'est… Eh bien, tout… est de ma faute.
Le blond tenta discrètement de se saisir de son pantalon et de sa chemise, tenus solidement par la poigne d'Elizaveta.
— Oh, j'en suis certaine ! se moquât-elle, lançant ses vêtements sur le sol d'une main, brandissant de l'autre une poêle à frire de derrière son dos.
Il plongea, la cuisinière manquant sa tête de peu. Il ramassa ses vêtements et courut dans la maison. Elle ferma derrière lui et continua de brandir la casserole.
— J'te verrais à Berlin, Roddie ! hélât Gilbert, alors qu'il arrondissait les escaliers et s'enfuyait par la porte d'entrée.
[A] Le « lecteur désinvolte » fait référence à un censeur. Les lettres étaient lues et approuvés - ou non, pour dénicher les collaborateurs ou les bannis de la société, et surveiller les informations militaires et diplomatiques. Nous ne savons pas à quelle date précisément cela a commencé en Allemagne, mais c'est clairement un sous-entendu.
[B] - Je pensais que tu la détestais, marmonna Roderich. Il parle de la ville de Berlin.
[1] Un plébéien, dans ce contexte une insulte, est une personne qui appartient à la foule anonyme et populaire, au commun du peuple, portant une certaine marque de vulgarité.
[2] Un hôpital de campagne est un établissement de soins provisoire, mis en place en cas de catastrophe, à proximité d'une zone de combat ou lors d'importantes manifestations. On parle aussi de PMA (Poste Médical Avancé).
[3] Belle donne = belles femmes en italien.
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