Chapitre 12 : Dis-moi que tu te fous de ma gueule... !


~ Snif snif … ~ Mais dites-moi, c'est que ça sent la fin ?! Elle arrive, à grands pas ! Elle se cache, mais elle ne va pas tarder ! Je la renifle ! ;D

:Okj'arrêtemondélire: Vous allez bien mes chers ananas ? (Que vous soyez d'accord ou pas, vous êtes des ananas, alors pas la peine de protester ! Plusieurs personnes pourront témoigner en ma faveur, d'abord ! -ᴧ-)

Donc ! Voici le chapitre 12 ! Au menu du jour : engueulades, révélations, démantèlement(s), regrets, volonté, et bien d'autres choses ! Vous êtes prêts ? Parce que ça va dépoter ! 가자~ ! .

/SBAAAAAFF/ Enfin bon, voilà quoi, bonne lecture ! x)


[Naruto]

- Tout cela me fait peur, parce que je ne me souviens pas d'avoir fait quelque chose d'autre. Naruto, tu peux me dire, s'il-te-plaît ? Personne ne daigne m'adresser la parole. Je t'en prie, Naruto, dis-moi ce que j'ai oublié ! Dis-moi, je t'en supplie !

Même quand ma respiration repartit normalement, même quand mes idées furent à peu près en place, même quand j'eus ravalé – tout sauf facilement ! – ma salive, je regardai toujours Sasuke d'un air ahuri. Avais-je rêvé ou venait-il bien de sortir ce à quoi je m'attendais le moins ? Non, c'était mon imagination. Mon imagination débordante qui avait voulu me jouer un mauvais tour, et avait imaginé ces mots, n'est-ce pas ?

Mais le visage suppliant du brun, ses yeux où brillait la sincérité, tout m'indiquait que ce que j'avais entendu était bien réel. J'aurais voulu que ce soit une blague. Ç'aurait été beaucoup plus simple pour moi…

- Sasuke, dis-moi… s'il te plaît, dis-moi que tu te fous de ma gueule… !

- Mais… non… !

Bon. Cette fois, il y avait vraiment un problème. La faute avait changé de camp, et les enjeux avaient mutés. En galères impossibles… ! Si cette mauvaise blague était vraie, j'avais en face de moi un (quasi-)innocent, qui allait être jugé pour une faute dont il n'était pas le responsable.

- Écoute, on ne parle pas de partie de shōgi, mais de quelque chose de très important. Je vais m'efforcer de te faire confiance une fois de plus, même si je me doute bien que c'est dangereux. Tout ce que tu viens de dire, c'est vrai ?

- Oui… ! laissa-t-il tomber avec un air désespéré, et abasourdi.

Bon sang, il avait vraiment l'air de le penser ! Je lâchai une excuse vaseuse pour m'échapper un moment. Il fallait vraiment que je me calme. Et tant pis pour la porte claquée dans un hôpital.


[Sasuke]

Est-ce qu'il allait revenir ? Il avait été surpris, et je pensais bien que tout ce qu'il vivait en ce moment ne devait pas être facile à accepter. Alors bien sûr, je savais qu'il ne servirait à rien de l'attendre.

Il faudrait donc que je trouve la réponse à mes si nombreux questionnements tout seul ? Sûrement. Voyons, il y avait forcément une explication logique à ce qu'il m'arrivait. Il suffisait de réfléchir un peu, et de reconstituer les événements comme on fait un puzzle. D'ailleurs, peut-être manquait-il une pièce à mon puzzle… ? Et si je reprenais tout depuis le début ?

Orochimaru m'avait persuadé de le suivre, puisque nous avions le même but.

- Ton objectif est le même que le mien, et je ne peux nier tes capacités.

Alors je m'étais entraîné. Avoir cédé à la tentation aussi facilement, juste par soif de force et de vengeance m'avait blessé. Tous les jours, j'avais essayé de me persuader que ce que je faisais était bien pour ma famille. En réalité, tous les jours je combattais les sentiments qui tiraient mon cœur vers Konoha. Je ne faisais pas tomber les corps ou les têtes, mais les voix qui me criaient de partir de ces repères malsains et où régnait toujours une atmosphère de mort et de mensonge.

Je déballai mes maigres affaires, quand je me rendis compte de mon oubli. Un de mes hauts. Il avait dû rester dans ma chambre, là-bas. J'imaginai alors la tête que tireraient certains à Konoha en le découvrant. Un sourire ironique étira mes lèvres. En réalisant que Naruto serait sans aucun doute mis au courant, je ressentis un pincement au cœur, comme pour contredire mon sourire. Puis je me ressaisis. Il fallait que je l'oublie. Pour ma famille. Pour Itachi.

Et dire que j'avais pensé avoir raison. Dire que j'avais osé croire être dans le droit chemin. J'en avais honte. Et surtout, j'avais été si candide ! J'avais cru contrôler Orochimaru. Comment avais-je pu imaginer qu'il se laisserait faire ? Qu'il se laisserait diriger sans s'en rendre compte ?

- On arrête là pour aujourd'hui, Sasuke. Va donc te reposer.

Depuis quand me demandait-il de me reposer ? Ça cachait quelque chose… Je m'engouffrai dans un des nombreux couloirs sombres, froids et humides qui circulaient à l'intérieur de la montagne, et m'immobilisai à un tournant en tendant l'oreille. J'étais sûr que le serpent allait comploter quelque chose avec Kabuto.

Bien sûr qu'il allait comploter avec Kabuto ! Il avait peut-être confiance en moi, mais ça ne l'empêchait pas de vouloir m'utiliser pour ses propres idées, et sans me faire part de quoi que ce soit – bien entendu ! Ça par contre, je ne l'avais pas vu venir. Obnubilé que j'étais par la vengeance, je n'avais pas vu le serpent forger dans mon ombre son plan machiavélique.

- Quand comptez-vous passer à l'acte ?

- Après l'attaque de Konoha. S'il ne meurt pas, ce sera une preuve de ses qualités, et j'aurai donc la confirmation qu'il ferait un parfait réceptacle.

Et puis nous étions partis. Nous avions marché vers Konoha, avec cette armée qui avait tout dévasté sur son passage sans savoir faire une différence entre arbre et humain.

Petit à petit, mes souvenirs se faisaient plus flous. Je finissais par ne plus rien pouvoir me rappeler, et mon dernier souvenir restait cette foule de pantins assoiffés de sang qui n'attendaient qu'un petit geste du serpent pour sauter sur le premier être vivant venu. Et puis le noir complet.

Il paraissait évident qu'on m'avait manipulé. Orochimaru, pour s'assurer mon corps comme réceptacle, avait malgré moi pris possession de mon esprit. J'en étais sûr, puisque j'avais repris conscience alors que j'étais accroupi au-dessus de Naruto en le menaçant de mon katana, c'est-à-dire quand Orochimaru était resté dans la forêt pour ne pas se mouiller dans la bataille. C'était forcément quelque chose comme ça. Le seul problème était maintenant de trouver une preuve acceptable pour convaincre le conseil de la véracité de ce que j'avançais. Évidemment, il était impossible qu'ils puissent prêter la moindre attention aux paroles d'un déserteur…


[Naruto]

Fébrilement, je tournai une nouvelle page. Encore une. Un rapide coup d'œil au bas de la feuille me montra que je n'en étais qu'à la vingt-cinquième. Je n'avançais décidément pas rapidement. Mais l'amas de feuillets qui reposait pêle-mêle sur mes genoux et mon lit n'avait rien de facile à déchiffrer. Tous ces signes hétéroclites s'emmêlaient dans ma tête, et j'aurais rapidement jeté l'éponge si je n'avais pas trouvé, au fond du tiroir, une feuille où étaient répertoriés tous ces signes étranges.

Je n'arrivais toujours pas à croire que j'avais fait cela. Moi, Naruto Uzumaki, amoureux de mon village, j'avais dérobé dans les archives du Conseil les documents ultra-secrets retrouvés dans un repère d'Orochimaru. Heureusement que j'avais appris une technique très pratique qui m'avait permis de mettre à leur place des doubles parfaits. Et maintenant, j'étais dans ma chambre, les feuilles étalées sur mes draps, en train d'essayer de trouver la preuve de mes soupçons. J'avais quelque peu cogité sur ce que Sasuke avait pu me révéler, et j'en étais arrivé à la conclusion qu'il devait exister au moins l'ombre d'une preuve de ce qu'il avançait, si tant était qu'il racontait la vérité.

Alors je cherchais. Un moyen de l'innocenter. Pour pouvoir le détester en paix. Parce que s'il mourrait, j'aurais toujours mauvaise conscience de détester quelqu'un qui avait payé de sa vie des crimes qu'il n'avait probablement pas commis consciemment. Car après tout, peut-être était-il vraiment innocent. Du moins, c'est ce que je voulais croire.

De toutes manières, quelque chose me titillait. Ces documents avaient déjà été déchiffrés, mais par une seule personne, ce qui était relativement rare dans le cas d'un dossier de cette importance – autant physique que diplomatique. De plus, le nom de cette personne n'était mentionné nulle part. À moins qu'il soit de la Racine, c'était extrêmement louche. Et maintenant que je me retrouvais devant les écrits du serpent, je me rendais peu à peu compte de quelque chose de crucial. Des erreurs ! La traduction était parsemée d'erreurs ! Elle mentait, et changerait peut-être même tout le jugement du Conseil. Si seulement je pouvais trouver quelque chose concernant Sasuke ! Tout ce que j'avais pu lire pour le moment ne tournait qu'autour d'expériences scientifiques totalement gores et sanguinaires, ou de stratagèmes d'attaque tous plus sadiques les uns que les autres. Au moins, je n'avais aucun doute sur l'identité de l'auteur. En revanche, celle du traducteur m'inquiétait un peu plus…


[Sasuke]

Sûrement que la Hokage avait eu les nerfs en chauffe de me voir dans un état lamentable lors de sa dernière visite. Sûrement qu'elle m'avait administré quelque remède de sa composition, histoire de me remettre sur pieds plus rapidement ; car mon état s'était remarquablement amélioré ces derniers temps, et je pouvais enfin marcher – à peu près normalement. Bien sûr, j'aurais dû être heureux ; j'allais enfin sortir de l'hôpital ! Mais non. Non parce que cela signifiait que j'allais bientôt perdre toute ma liberté. D'après ce que j'avais pu comprendre parmi tous les reproches que me faisait la Hokage quand elle venait me voir, c'était ce qui m'attendait incessamment sous peu. Et malgré tout ce que je pouvais protester en justifications et excuses, elle ne semblait pas encline à m'écouter, et encore moins à me croire – sans parler d'envisager une cessation des poursuites !

J'étais donc condamné, et le fait que Naruto soit parti si rapidement l'autre jour ne me rassurait pas. Il m'avait pourtant dit qu'il reviendrait, mais n'avait pas pointé le bout de son nez depuis ce jour. Je ne savais pas ce que je devais en conclure.

Toujours est-il que je me sentais irrémédiablement perdu, coincé dans un étau qui se refermait peu à peu sur moi, sans que je puisse faire quoi que ce soit pour l'en empêcher. Et mon impuissance me pesait, et m'énervait. J'aurais aimé faire assez mal à mes 'gardiens' pour qu'ils ne puissent plus bouger, pour pouvoir chercher tranquillement ce que je voulais.

҉

- Au fait, c'est pour demain. avait lâché la Hokage en claquant la porte.

Voilà, j'étais fixé. Mon sort allait se jouer demain, et mon cœur se serrait à cette idée.

Kakashi était venu me voir ce matin, et il avait bien essayé de me remonter le moral en me changeant les idées, mais n'avait pas réussi à me les enlever de là. En plus, quand je lui avais demandé des nouvelles de Naruto, il m'avait avoué ne pas l'avoir vu depuis plusieurs jours, qu'il était cloîtré chez lui, et refusait toute visite. Je me demandais ce que cela cachait. Du peu que j'étais resté au village, il n'avait jamais agi comme cela. Et à en juger par le ton qu'avait utilisé Kakashi pour m'annoncer cela, c'était vraiment inhabituel. Donc, d'autant plus inquiétant.

J'aurais voulu aller le voir, lui demander ce qu'il se passait. Mais on m'avait ''assigné à chambre'', et je n'avais aucune autorisation de sortie. Foutues décisions ! Si seulement j'avais trouvé une preuve solide de mon innocence, ils auraient peut-être compris enfin qu'ils se trompaient sur toute la ligne depuis le début ! Mais convaincre le Conseil de Konoha qu'il se trompe, c'était apparemment aussi dur que de demander à un certain blondinet de se priver de ramens pendant un an… Autant dire que c'était impossible… !


[Naruto]

Ça y est ! J'avais enfin reconstitué tout le texte, et je n'avais plus qu'à relier tous les morceaux entre eux. Moi qui n'aimais pas les jeux intellectuels, cela faisait plusieurs jours que j'étais servi ! Je me lançai donc dans un puzzle puissance mille qui s'annonçait long, épuisant, et surtout particulièrement pesant.

Il allait falloir que je me serve de mon cerveau pour aller plus vite… Je me souvins alors d'avoir vu « Sasuke » quelque part dans ce méli-mélo de mots codés. En remuant les feuilles dans tous les sens, je retrouvai enfin le passage. Plus qu'à trouver la suite.

« Sasuke est arrivé aujourd'hui. » Aucune importance. Allons voir plus loin.

« Il me faut un nouveau réceptacle pour mon âme. Quelqu'un d'assez fort pour remplacer l'actuel. » Ah, c'était déjà mieux ! Continuons. « J'ai trouvé quelqu'un d'assez digne pour cela. Mais le problème est qu'il est presque trop puissant. J'ai bien peur qu'il ne se laisse pas faire. » Les dernières paroles étaient presque transparentes. Il avait voulu Sasuke pour s'emparer de son corps. La première fois que Tsunade m'avait révélé ses projets un peu fous, j'avais vraiment eu du mal à la croire. Mais la preuve devant les yeux, je dus me rendre à l'évidence : ce mégalomane en peau de serpent était vraiment très dangereux !

Plus loin, un certain passage attira mon attention. « C'était pourtant si simple ! Il me suffit de prendre peu à peu le contrôle de son âme. Doucement, il ne faut pas qu'il s'en rende compte. Mais assez rapidement pour que cette histoire prenne fin avant que je ne sois obligé de trouver un corps de secours. » Si près ! Si près de moi, j'avais presque la preuve de la franchise du brun qui clamait son innocence tout seul, dans l'ombre du Conseil qui le faisait taire.

Fiévreusement, je promenais mes yeux sur la feuille en cherchant une preuve qui ne pourrait être réfutée. Une preuve décisive que le Conseil serait dans l'impossibilité d'évincer.

« C'est parti. Il tombe peu à peu entre mes doigts. Je vais bientôt pouvoir l'utiliser. » Kami-sama ! Mes yeux s'écarquillaient au fil de ma lecture. 'Invraisemblable' était le seul mot que je trouvais pour qualifier ce que je découvrais.

« Nous partons demain, et l'Uchiwa ne se doute de rien. La vengeance le dévore sans qu'il s'en aperçoive, et moi de même. Quand nous reviendrons de la campagne contre Konoha, il sera définitivement et irrémédiablement à moi. » Mon cœur eut, il me sembla, un moment d'arrêt avant de repartir en s'emballant. Devant moi, j'avais la preuve de l'innocence de Sasuke. Le village entier le jugeait comme un meurtrier, alors que lui, faible et impuissant, criait une vérité que personne ne croyait, et surtout que personne ne souhaitait croire.


[Kakashi]

- J'ai peur qu'il te rejoigne, Obito.

Accroupi devant la stèle du terrain numéro trois, je ressassais sans cesse les même pensées, et réalisais à peine ce qui était en train de se dérouler à Konoha. Mon élève, celui qui était arrivé au village après avoir gagné sa force par ses propres moyens, après avoir vu mourir sa famille sous ses yeux, celui qui avait tout de même presque retrouvé le sourire, celui que l'amitié était quasiment parvenue à changer, celui-là même qui m'avait paru si désemparé quand j'étais allé lui rendre visite, une partie de moi se refusait je crois bien à se faire à l'idée que ce même garçon que j'avais vu si gentil avait pu devenir un sanglant meurtrier.

Une courte réflexion me fit regretter mes pensées. Je ne pouvais pas le qualifier de sanglant meurtrier. Bien sûr, c'est ce qu'il avait été sur le champ de bataille, à manier son katana sans se soucier de ce qu'il trancherait. Mais je le savais avoir une personnalité tellement autre que ce que le Conseil de Konoha voulait bien laisser entendre, que je n'avais pas pu rejeter ce qu'il m'avait dit.

Ce regard perdu et fiévreux, qui avait accompagné ces paroles si lourdes de conséquences, je n'avais pas pu l'oublier. Il n'avait pas été qu'un sanglant meurtrier. Il avait endossé, contraint et forcé, le rôle du sanglant pantin meurtrier. Cela paraissait si évident que je me doutais bien de quelque affaire étrange, se mêlant aux closes de ce que le Conseil pouvait dire. Parce que dire n'est pas toujours avouer. Et surtout parce que, dans cette affaire, les dires avaient un arrière-goût de cachotteries.

Mais malgré toute ma bonne volonté, que pouvais-je bien y faire ? Que seraient les impressions sans preuves d'un simple ANBU face aux évidences qu'exposaient les hautes instances de son village ? De la poussière. Rien de plus que de la simple poussière qui serait balayée en un seul coup d'époussette. Il leur était si simple de faire place nette… trop simple peut-être…


[Sasuke]

Les yeux hagards, comme souvent dernièrement, je n'écoutai le discours solennel de personnes inconnues que parcimonieusement. Seule la présentation du conseil m'avait passablement intéressé. Fraîchement renouvelé, il arborait deux personnes dans ses nouveautés. C'est ainsi que j'avais appris la mort de « Koharu Utatane, Homura Mitokado et Danzō Shimura, bienfaiteurs du village, morts en véritables héros pour le protéger ». Foutaises ! Si seulement ils savaient…

Avec un étrange pincement au cœur, j'avais soudainement pensé à mon frère. Je l'avais vengé ! « Nii-san, tu peux être en paix désormais, car j'ai fait tomber ceux qui t'avaient déchu. »

Mais le vide avait vite avalé cette vague satisfaction. Sûrement que cela était dû au fait que j'avais décidé d'abandonner toutes ces histoires sanglantes pour retrouver la paix. La paix que j'avais entrevue il y a si peu de temps. Qui avait disparu si rapidement, noyée de ténèbres. Et qui me semblait aujourd'hui si éphémère. Elle n'était visiblement pas faite pour moi. Tant pis…

De loin, j'entendis par la suite des bribes de ce qui était proclamé haut et fort. Nom de l'accusé. Tsss… Chefs d'accusation. Pitié ! Complices. Ben voyons ! Témoins. Épargnez-moi ça ! Et tout ce que peut avoir un procès d'ennuyeux à mourir. Au secours… ! Surtout lorsqu'il vous concerne, et que, vous sachant douloureusement impuissant, vous ne pouvez que ressasser votre innocence si claire à votre esprit. Si fantomatique à celui des autres.

Et puis, ce fut au tour de la poignée de témoins d'exposer leur écœurant étalage d'exagérations et de plaintes secouées de sanglots. Juste assez pour apitoyer l'assemblée, et la monter contre le « sadique et insensible massacreur ». Juste assez pour que le Conseil triomphe dans toute son infâmie et son mensonge. Juste assez pour me dégoûter à jamais de la soi-disant ''justice'' qu'il faisait ignominieusement régner. Heureusement que mon déjeuner avait été léger, je l'aurai facilement dégobillé devant cet entassement horripilant de fausses vérités !

Ensuite, une personne à la tribune commanda les preuves matérielles. Ayant déjà pris possession de mon katana, il ne leur restait plus grand-chose à quémander, et si quelqu'un pouvait en apporter une, elle n'était sûrement pas digne d'intérêt. Autant rester prostré dans ma bulle, le temps paraîtrait peut-être moins long, qui sait…

Ce ne fut qu'au moment où une silhouette se leva, au fond de la tribune, que je daignai offrir un peu de mon attention à ce qu'il se passait autour de moi. (Un peu, il ne fallait quand même pas exagérer !)

La Hokage, que je n'avais jusqu'ici pas remarquée, fixait – apparemment – le centre de la salle, d'un air ahuri. Qu'y avait-il de si important pour que la dirigeante-même du village y porte une attention toute particulière ? Une foule de questionnements se bousculant déjà dans ma pauvre tête, et annonçant une possible-future-migraine-des-plus-terribles, je préférai faire un effort pour diriger mes yeux jusqu'à l'objet de son étonnement.

Quand mon regard – blasé – se posa sur ce, ou plutôt celui qui avait provoqué cette réaction chez la médic-nin, mon cœur rata un battement. Une tignasse blonde indomptable qui reflétait le soleil s'engouffrant à flots par la grande porte de la salle si austère et froide, de grands yeux bleus pétillants d'excitation et de vie, et un sourire éclatant et triomphant. Une silhouette qui se découpait dans les rayons de l'astre solaire, tendant fièrement un gros dossier en l'air.

Comment ? Alors lui aussi ? Lui, le blond si gentil, si prévenant il y a un an, il allait lui aussi livrer, avec son sourire angélique, une chaîne de plus pour me tenir prisonnier ? Lui à qui j'avais pourtant tout révélé de l'odieuse machination qui me tenait ? Lui en qui j'avais mis mon ultime confiance, il la jetait en pâturages à qui voudrait bien la piétiner, et venait si innocemment broyer ce qu'il restait de mon cœur ? Je préférais rester sourd et aveugle à ce qu'il allait bien pouvoir déblatérer pour se justifier.

Une secousse me réveilla de ma transe. Mon regard se posant sur un des ANBU qui m'encadraient, je compris qu'ils étaient partis délibérer, et que j'allais être ramené dans cet endroit froid et lugubre où j'avais atterri tôt ce matin. Ils m'avaient impitoyablement réveillé et traîné jusqu'à cet endroit sombre alors que la lune était encore haute dans le ciel.

Bien sûr, je ne m'étais pas montré enthousiaste, et mon comportement passif ne m'avait pas valu d'être bien vu par les shinobi qui étaient « chargés de mon cas ». Mais au fond de moi, je m'en fichais pas mal. Pourquoi se soucier d'une vie morne et sombre, sans objectif, d'une vie vouée à l'échec ?


[Naruto]

Exceptionnellement, j'avais été autorisé à assister aux délibérations, étant en possession d'une preuve décisive et inattendue. Heureusement que Mamie Tsunade avait revendiqué la légitimité de ma présence, parce que certaines personnes ne s'en étaient pas soucié des masses, voire quelques-uns paraissaient souhaiter plutôt mon départ immédiat, ainsi que celui de ce que j'apportais. Pas étonnant après tout, il fallait un sacré bon réseau pour parvenir à falsifier un document aussi important sans que la supercherie ne soit avérée rapidement ! Alors je me doutais bien que toutes les personnes de la salle n'étaient pas aussi blanches qu'elles voulaient bien le laisser paraître ! Il devait bien y avoir un ou deux complices de ce traître dans le tas !

En réalité, je n'eus pas le temps de m'attarder plus sur la question, plusieurs personnes indignées déjà me demandaient – ou plutôt devrais-je dire me hurlaient d'un ton offusqué – comment j'avais bien pu entrer en possession de ces documents. La haine m'étouffant, j'eus du mal à trouver un vocabulaire correct pour exprimer tout ce que je pouvais ressentir.

- Excusez-moi, mais j'ai peur d'avoir mal compris. commençai-je d'un ton mielleux à la limite du léchage de bottes, un ton qui d'ailleurs, ne resta pas calme longtemps. Vous venez vraiment de me demander comment j'ai eu ces documents ? Mais vous connaissez la réponse mieux que moi ! Ça me paraît évident que je les ai volé, pas à vous ? Pourtant, c'est vous qui l'avez caché !

Je crus que j'allais exploser. Je ne pouvais tout simplement plus garder pour moi un tel entortillement de sentiments. Ma voix se fit plus rauque, et, d'un ton acerbe et débordant de reproches, je continuai sur ma lancée. J'aurais voulu les assassiner de mots !

- C'est bien vous, n'est-ce-pas, l'un de vous, qui portez la confiance de tout un village sur les épaules, qui avez accepté des archives fausses ? À moins que vous n'ayez pas vérifié ? C'est pourtant votre boulot, non ?

- Naruto, je t'en prie ! m'interrompis soudain Tsunade. Aies un minimum de respect pour tes supérieurs, tu ignores à qui tu parles !

Mais j'étais bien trop en colère pour me taire et ravaler mes paroles. Et puisque j'avais commencé, autant terminer ! Je n'avais plus rien à perdre. Au contraire. J'avais plutôt tout à gagner… ou à regagner.

- Je sais très bien à qui je parle, et c'est justement ça qui m'écœure le plus ! Savoir que des personnes ayant une place si importante au sein du village le trahisse aussi facilement, ça me dégoûte !

- Prenez garde à votre façon de parler, jeune homme ! s'exclama soudain un vieil homme à la barbe grise et hirsute. Vous n'imaginez même pas l'honneur qu'il vous est fait dans le simple fait d'entrer dans cette salle, alors n'abusez pas de votre chance passagère ! Vos accusations sans fondements sont amèrement blessantes !

- Sans fondements ? Sauf votre respect monsieur, j'espère au moins que vous faites de l'humour.

Ces façades d'innocence m'avaient écœuré. Je savais très bien ce que cette histoire cachait, et constater que des gens aussi importants éludaient la vérité sous des airs faussement scandalisés m'insupportait. Je poursuivis donc, nullement effrayé par les menaces mal dissimulées du vieil homme :

- Rassurez-vous – ou inquiétez-vous, c'est selon – j'ai mes preuves. Les traductions de ces dossiers ayant appartenu à Orochimaru sont toutes faussées. Heureusement, le code était expliqué, et j'ai déjà tout relu. Jetez-y un coup d'œil, vous y verrez non seulement que Sasuke Uchiwa est innocent, mais vous apprendrez par la même occasion une tonne de jolies choses sur Orochimaru ! Je vous en prie, regardez, c'est fait pour !

- Monsieur, m'interpella une femme qui, rien qu'avec sa bouche en cul-de-poule, annonçait une ennuyeuse déclaration. Même si ce que vous avancez est véridique – et j'en doute fort, pour la simple est bonne raison que tout cela me paraît tout bonnement impossible et ridicule – vous êtes également en tort. Comment osez-vous présenter devant la Justice un document secret volé ?

Alors là, c'en était trop. Ils pouvaient nier leur lien avec l'affaire, ils pouvaient s'offusquer de mon ton abrupt et sans doute irrespectueux, ils pouvaient douter de la véracité de ces preuves, mais oser évoquer la Justice, c'en était beaucoup trop que je ne puisse supporter.

- Ne parlez pas de Justice quand vous n'avez même pas laissé s'exprimer le principal intéressé ! À ce que je sache, nos lois accordent la parole aux accusés pendant les procès, n'est-ce pas ? Alors où était-elle, je vous prie ? Quand a-t-on laissé Sasuke s'exprimer ? Quand l'a-t-on laissé s'expliquer ou se défendre ?

Un silence éloquent prit ses droits dans la salle. Alors c'était tout ce qu'ils avaient pu argumenter ? Pour des magistrats ou des dirigeants, leur répondant était bien faible ! Cependant, je leur devais une fière chandelle : ils venaient d'apporter une pièce de plus sur le puzzle de la vérité. Quelques pièces manquaient encore à l'appel, mais mon intuition me disait qu'elles ne pouvaient être bien loin. Il me suffisait de fouiller un tant soit peu, et je finirai bien par tomber dessus.

- Où est donc cette belle Justice que vous prônez haut et fort dans toute cette odieuse machination ? Comment pouvez-vous imposer le silence à quelqu'un sans même lui demander s'il a la moindre chose à dire ? Comment pouvez-vous encore oser prétendre aux postes de défendeurs de la Justice ? Comment ? Si vous trouvez la réponse, faites-moi signe. Parce que cela m'intéresse grandement.

Un petit homme boudiné dans une tenue visiblement trop juste pour lui se leva à l'autre bout de la table, et demanda à ce que la preuve fût examinée par ses soins. Ses petites mains épaisses feuilletaient le dossier en remontant ses épaisses lunettes rouges le long de son nez aquilin à chaque fois qu'il tournait une page. Plusieurs fois, je le vis tiquer nerveusement en s'arrêtant sur un passage qu'il jugeait sûrement intéressant.

Apparemment, c'était lui qui était chargé de juger de l'acceptation d'une preuve. Et dans ce cas précis, c'était sur lui que reposait la suite du procès. C'était sur ces épaules larges et fatiguées que vacillait dangereusement la vie de Sasuke. Et moi, je ne pouvais qu'assister impuissamment à la scène, uniquement témoin de sa profonde concentration.

Kami-sama, si seulement j'avais pu faire quelque chose pour qu'il se dépêche ! Si seulement j'avais pu l'aider ! Cloué sur ma chaise, je bouillais de vouloir faire tout ce qui était en mon pouvoir pour venir en aide à Sasuke, car j'avais douté de lui. Alors maintenant que je tenais une preuve solide de son innocence, je n'allais pas la laisser passer comme un vulgaire bout de papier. Parce qu'à constater l'état d'énervement dans lequel j'avais plongé le Conseil, il y allait certainement de plus qu'une simple peine de prison. Ces personnes avaient si peu de compassion pour mon brun (Oups, est-ce que j'avais dit ''mon'' ? Cela faisait si longtemps que je ne l'avais plus appelé comme ça… Je ne savais même pas si j'en avais encore le droit…) que j'avais peur de l'issue du procès.

Nerveusement, je commençai à triturer la fermeture éclair de mon haut sans vraiment m'en rendre compte. Alors que certains commençaient à tuer le temps en bavardant, je me plongeai dans l'observation ô combien intéressante – ironie, quand tu nous tiens… – des personnes présentes dans la salle. Rien de bien passionnant, assurément, mais cela me permettrait peut-être de mieux les cerner.

Tandis que je me perdais à mettre un surnom gentil sur chaque visage – la crapule, le mouchard, l'embobineuse, le manipulateur, la blasée-de-l'extrême, le sarcastique et autres sobriquets qui leur allaient à tous à merveille – ''le boudiné'' continuait sa lecture. Je lui accordai parfois quelques regards en coin pour juger de son avancement, mais apparemment, il lui faudrait changer de lunettes le plus tôt possible. Entre ses yeux qui se plissaient en révélant ses pattes d'oie, la lenteur à laquelle il lisait, et ses lunettes qu'il remettait sans cesse, j'étais quasiment assuré de dormir cette nuit sur cette chaise dure et inconfortable.

Et quand enfin – juste après que j'aie identifié le Monsieur-je-sais-tout de la salle – il leva le regard de toute la paperasse qui m'avait tenue lieu de seule compagnie durant ces derniers jours et toussota légèrement pour attirer l'attention de tous, je me redressai sur mon séant, ne voulant pas perdre une miette de ce qu'il allait dire.

- J'ai arrêté mon jugement à propos de ce dossier.


Et si mes chers ananas, j'ai encore arrêté à un moment crucial ! Et non, vous ne saurez rien de la suite avant une semaine ! (*Oh, la cruelle !*)

Et justement, en ce qui concerne cette mystérieuse suite, que renfermera-t-elle ? Est-ce que ''le boudiné'' comme l'appelle si affectueusement Naruto acceptera la preuve ? Et plus généralement, que va-t-il se passer à votre avis dans le chapitre 13 ? Faites vos jeux ! Dites-moi tout !

En attendant, j'espère que ce chapitre (un peu plus long que les autres… je vais en allongeant mes chapitres, moi !) vous aura plu, et que vous continuerez à me suivre ! Merci à tous ceux qui continuent de lire !

Bisous mes ananas !