Bouh ! Désolée les lecteurs fantômes, la fanfic a fait un tel flop que j'ai oublié de poster les chapitre. Non non, c'est pas que je n'avais pas envie, j'ai vraiment oublié.


Une sorte de transe inconsciente l'animait depuis le soir, depuis ce moment où elle avait fermé les yeux. Rêve, cauchemar, songe, hallucination, rêverie … Déjà qu'elle avait eu du mal à sombrer, une boule d'inquiétude lui rongeant l'intérieur. Maintenant, elle n'arrivait plus à émerger. Perdue dans un demi-sommeil brumeux, elle se tortillait avec difficulté dans son lit. Sa vue était brouillée, et son ouïe éraillée. Perception altérée de la dimension qui l'entourait. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle avait froid. Dans sa tête, elle se voyait, elle, en tant que Panda Hero, tapant contre quelque chose avec sa batte. Lentement, les coups devenaient plus gros, la faisait grincer. Et avec le crescendo des bruits sourds, la scène se précisait. Elle ne tapait pas sur « quelque chose » … Elle tapait sur « quelqu'un » …

« LUKA ! »

Connexion. Elle se releva si soudainement dans son lit que chaque os de sa colonne vertébrale craqua. Quelqu'un tapait. Contre sa porte. À 2 heures du mat'.

Les engrenages s'entrechoquèrent brutalement, s'encastrèrent les uns dans les autres, et les réflexes refirent surface. Elle sauta au pied de son lit, ramassée sur le sol, sur ses gardes. La chose qui lui servait de maison était ce qu'on appelait un studio, une seule pièce. Un 16m², grossièrement. Sans faire un seul bruit, se mouvant dans le noir avec dextérité, elle rejoint sa très-aimée batte de baseball. Un dernier bruit sourd frappa la porte, puis plus rien. Douteuse, Gumi se rapprocha de la porte improvisée, et commença à tirer sur la poignée en allongeant bien le bras …

Une cataracte rose lui passa sous les yeux dans une symphonie éclatante de couleurs. Luka s'écrasa au sol en faisant grincer les planches du parquet. La verte s'était figée, sidérée, la gorge nouée. D'un seul coup, un cri de rage pur déchira le silence sacré de la nuit.

« ATCHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ! »

L'aube pointait tout juste, le soleil tentant un nez curieux au-dessus de la barrière de pastel, transperçant les nuages de pollution continuels. Malgré l'heure plus que matinale, un brouhaha oppressant invectivait les rues. Gens, hommes, femmes, wonderlanders, gangstas, lovey-doveys, toutes générations confondues, ils étaient là, attroupés au pied de la troisième tour de transmission, celle qui se dressait juste à côté de la rue Pitch Black. À son sommet, la Panda Hero, plus blanche que jamais.

C'était un cri de guerre, un cri de révolte, de haine. Un cri qui avait retentis dans toute la ville, à en réveiller les morts. « Viens te battre !», vociférait-elle en sautant de toits en toits, sa batte qu'elle traînait derrière elle détruisant quelques tuiles. Elle était passée par le chenil, mais il ne restait plus personne. Que des flaques de sang. C'est quand personne ne l'espérait qu'elle avait finis par apparaître, sur un toit adjacent à l'imposante tour : la chef. Cheveux foncés tirant vers le vert turquoise virevoltant dans le vent, elle toisait sa rivale, les bras croisés. Aveuglée de rage, la Panda Hero sauta, et abattit sa batte là où se tenait la chef des Matryoshkas. Mais dans une pluie de débris de tuiles, elle avait disparu. La panda se releva. Sur la maison voisine, Atchii la regardait, toujours bras croisés.

Le jeu dura un moment, où les gens crurent bien que le but principal était d'en fait détruire tous les toits de la ville. À chaque impact, il y avait des cris à terre, venant des gens qui se prenaient des gravillons sur la tête. Quand la batte frappait, on voyait nettement les volutes d'énergie qui s'en dégageait. Et ça faisait peur. Arrivée à un moment, la Panda Hero semblait être lassée de jouer. Elle frappa, vit sa rivale disparaître … Et disparus en même temps qu'elle. Atchii se planta sur un toit un peu plus éloigné, commençant à manquer de toitures en état. Elle plissait les yeux, scrutant le paysage à la recherche de …

Trop tard.

Un coup atterrit dans ses côtes, si puisant qu'en plus de les entendre craquer, il envoya la matryoshka au milieu de la rue Pitch Black. Les passants s'éloignèrent vivement en poussant des cris d'horreur. Atchii se tenait les côtes, du sang s'écoulait en un filet du coin de sa bouche. Avec la chute, sa pommette était blessée aussi. Elle grimaçait. La panda apparut devant elle.

« Ta pétasse m'a tué 6 membres, siffla Atchii entre ses dents, qu'elle crève aussi ! AVEC ÇA SUR LA CONSCIENCE ! »

La Panda Hero frappa de toute ses forces la tête de son ennemie.

La batte percuta le sol. Elle avait disparu.


« Chigo … Chigo, pardon … Pardon … »

Restée seule, Luka s'agitait inutilement dans le lit de Gumi. Le drap fin comme tout posé inutilement sur son corps était tombé. Il avait été plus mis pour cacher l'horreur de son corps que pour qu'elle n'ait pas froid. Bandages, compresses, même la serviette humide sur son front n'arrivait pas à cacher les blafardes hirsutes qui couraient le long de ses tempes. Un massacre … Son bras gauche était inopérant, pendouillant bêtement le long de son corps. Au niveau de l'articulation la chair semblait avoir fondu, la partie intérieure était tellement rongée qu'on entrevoyait l'os. Au niveau du ventre ses vêtements avaient-été déchirés, pour mieux lacérer sa peau. En la soignant, Gumi avait retrouvé des vis, des clous, des lames, des morceaux de verre plantés dans ses jambes. Ses oreilles saignaient, et les larmes qu'elle versait étaient teintées de rouge. On lui avait mordu la langue, aussi …

Dans un éclat de lucidité, Luka leva son bras valide vers le plafond, cherchant à toucher le ciel … Toucher un espoir …

« Pardonne-moi … »


« Vous saviez, Hatsune et les Kagamine sont partis en vacances ensembles …

- Ah ? Ils n'étaient pas malades ?

- Non non !

- Et ils sont partis où ?

- Je ne sais plus …

- Ah ! Ces chanceux, ils peuvent descendre, eux. »

Gumi soupira longuement, affalée sur sa petite table de bureau. Au coin de ses yeux perlaient encore les restes des larmes qu'elle avait versé toute la matinée. Le cas de son amie était désespéré, le pire étant qu'elle ne pouvait même pas faire appel aux hôpitaux. Aucune des deux n'avaient les sous pour. La verte se contentait de panser grossièrement ses blessures, et mettait systématiquement un drap blanc de tissu fin sur son corps. Impuissante. Dans le lycée, il y avait largement de quoi alimenter les sujets de conversation : dans les couloirs on parlait de l'état des camarades de classes matryoshkas qui s'étaient faits grignoter par les chiens dans la cours ils débattaient sur le combat qui avait lieux il y a seulement quelques heures et dans la salle de classe 1 – B on se plaignait de l'absence de l'idole. Personne ne demandait où était Luka. Personne ne demandait pourquoi Gumi était arrivée en retard.

Ignorées …

La journée passa avec une banalité terrifiante.

Bilan général : on n'entendit parler ni des matryoshkas, ni de la Panda Hero pendant une quarantaine de jours. Miku s'était cloîtrée dans sa maison volante en forme de balle de ping-pong, crachant du sang à répétition les premiers temps. Rin et Len avaient disparu, en mission. Les Matryoshkas se remettaient difficilement de leurs blessures, et de leurs morts. Gumi ne voulait plus reprendre sa batte, pour l'instant. Luka se rétablissait. Miracle, hurlait son amie. Apparemment, quelqu'un d'autre s'occupait de la souffrante, en clandestin …

Un panneau géant venait d'être installé au cœur de Babylon, égrenant des chiffres dans un compte à rebours qui sonnait – pour cette fois – sinistre. 552 heures restantes avant le début du Tournoi. Moins d'un mois …

À cette heure-ci, le réfectoire bourdonnait, comme à son habitude, de tous ces petits étudiants affamés qui ne se lassaient pas de piailler sur les dernières nouvelles. Gumi n'aimait pas manger à l'intérieur, elle trouvait qu'ils étaient tous vraiment fatiguants. Seulement, elle n'avait pas acheté à manger ce matin sur la route pour aller au lycée, et elle avait faim. Le snack était trop cher pour elle. Prendre à manger au réfectoire, c'était manger à l'intérieur. Tout ce qu'elle espérait, c'était qu'aucun idiot ne vienne balancer son plateau en l'air, ou lui piquer sa bouffe. Elle était fatiguée … L'état de Luka la préoccupait toujours, et comme elle dormait par terre, elle dormait mal. Son amie aux cheveux roses était tirée d'affaire : elle vivra. Seul hic, c'est qu'elle délirait toujours. Sa fièvre pouvait tomber, revenir, être grave ou non, son état mental ne changeait pas. Toujours les mêmes mots : « Pardonne-moi … », accompagné d'un prénom. Et ça agaçait terriblement la verte.

Plongée dans ses pensées, elle ne vit même pas les quatre personnes poser leurs plateaux autour du sien, attendant debout qu'elle reprenne contact avec la réalité …

« Excuse-moi, répéta pour la troisième fois une voix fluette avec une pointe d'agacement, il n'y a plus de place, est-ce qu'on peut se mettre ici ?

- Hein, sursauta Gumi encore dans les vapes, oui, oui … »

C'est quand elle releva totalement la tête qu'elle croisa ses yeux bleus si profonds …. Rin Kagamine, qui venait de lui parler, la remercia d'un signe de tête tout en s'asseyant en face de son frère. Les yeux bleus dans lesquelles la verte était plongée, c'était ceux d'Hatsune Miku. Qui était assise en face d'elle. Tentant de faire bonne impression, elle remit sa tête dans son plateau (littéralement, disons), et continua à manger.

Arrivée à un moment critique de stress, Miku se pencha vers elle :

« Mange plus lentement, sinon après tu risque d'avoir mal au ventre. »

Gumi releva la tête, sa fourchette toujours dans la bouche, étonnée que la grande idole du lycée lui adresse la parole ainsi. Elle rougit timidement, et la remercia en bafouillant.

C'était le petit bourgeon d'une amitié naissante.

Progressivement, Miku arriva à tirer à Gumi plus de quelques mots, et les deux entreprirent une conversation effrénée sur Babylon. Où étaient-ils ? Qui étaient-ils ? Pourquoi étaient-ils là ? Elles découvrirent avec joie que l'une et l'autre partageaient le même rêve : voir la Terre. C'est à ce moment que la verte avait froncé les sourcils, regardant dubitativement son yaourt.

« Mais, hésitait-elle, vous n'y êtes pas déjà allé ? Votre récente absence ? »

Le sang quitta soudainement le visage d'Hatsune, qui devint pâle. Len la rattrapa habilement :

« Conneries de rumeurs, nous ne sommes jamais sortis de Babylon pendant nos vacances. »

Malheureusement, l'erreur avait été faite. Cela lâcha un froid mordant entre les quatre.


Un soleil timide pointait au-dessus des immeubles gris. Les voitures vrombissantes dégageaient toujours autant de pollution, donnant des nausées aux moins habitués. Au loin, on entendait le bourdonnement incessant et sourd des usines. Sur les trottoirs, des babyloniens se hâtaient pour de quelconques raisons futiles, les yeux rivés sur le monde informatique de leur portable. La société était étouffante. La ville était une zone commerciale à elle seule, une grosse boule de monde qui ne cessait d'augmenter. Esthétisme. On ne pouvait pas s'enfuir, les barrières de pastel l'empêchaient, alors on s'entassait les uns sur les autres. « Vient, on va au World's End Dancehall ! », ces phrases ont été si souvent entendues …

Le soleil brillait. Les deux amies rigolaient en quittant l'ombre d'un immeuble qui touchait le ciel, s'engageant sur le trottoir d'un pont. Ces jours étaient si rares, lorsque le bleu couvrant le dessus de nos têtes n'était pas caché par des nuages lourds. La pollution semblait s'être retirée, pour une fois. « Le mécanisme compliqué des relents de vents qui arrivent à atteindre Babylon malgré sa hauteur. » annonça Gumi. En la regardant avec un air désolé, Miku la corrigea : « Non, le soleil a seulement décidé de nous faire grâce de sa présence. », et rigola. Sa nouvelle amie lui avait lancé un regard étonné, avant de rire à son tour. Jusqu'à ce jour, Megpoid avait toujours cru que Babylon ne pouvait pas être vu positivement. Ce soir là, elle avait accepté de rester du côté Nord pour raccompagner Hastune chez elle. Ses deux amis Kagamine ayant eu un empêchement, elle voulait une compagnie, et elle désignait celle de Gumi « intéressante ». Le long du chemin, l'idole aux cheveux bleus avait tenu une bonne partie de la conversation.

« Babylon est la représentation de la folie humaine, mais aussi elle est une sorte d'accomplissement de la science des Hommes. Surélever une ville relève sûrement de l'impossible sur Terre. Ils nous ont oublié, ils nous ont rayé … Peut être que nos semblables là-bas ne supportaient pas d'avoir des personnes au-dessus d'eux. C'est pour ça qu'il faut que nous nous considérions comme des chanceux. Les quelques héritiers des premiers habitants de la ville. Ce n'est pas si mal, que de ne pas vivre parmi ceux qui nous ont fait disparaître. Mais le jour où Babylon tombera … »

Oui, il valait mieux mettre cette phrase en suspens. Gumi n'avait jamais considéré vivre ici comme une chance. Peut-être était-il temps d'y repenser …

Toujours en riant, les deux amies s'arrêtèrent au milieu du pont passant au-dessus de l'allée de la Parade. Elle se tournèrent vers le bout Est de l'allée, où, semblant si loin, le soleil se couchait. Sa lumière orangée rougeaude se reflétait sur le pastel consolidé, et donnait le spectacle le plus magnifique qu'on pouvait voir à Babylon. Un ciel de dégradés rouges, jaunes, orange, avec des nuages dans des nuances de violet, en plus des rayonnements de toutes couleurs des pastels. Le moment ne dura qu'un instant, le temps que le soleil mit pour effleurer l'horizon. Aucuns des passants ne s'étaient arrêtés, seules Gumi et Miku se tenaient contre la rambarde, collées l'une à l'autre - bras l'un dans l'autre - de telle façon que leurs cheveux se mêlaient dans un contraste étrange. Les yeux étincelants, elles pointaient l'horizon du doigt en s'émerveillant.

Qui l'eût cru ?


La porte délabrée coulissa difficilement sur ses gongs. La construction improvisée s'ébranla. Elle regardait le sol, fatiguée, mais elle entendit dans le fond de la pièce un bruit sourd, des objets qui tombaient. Quelqu'un était là. Mais quand elle redressa la tête, il n'y avait personne. Juste un matériel de soin éparpillé par terre.


Miku ouvrit son bentô qui émit un clack lorsque le couvercle sauta. L'intérieur était bien garnis, de quoi en faire baver Gumi, qui louchait dessus du coin de l'œil. Les deux filles s'étaient assises dans les marches menant au gymnase du lycée, au calme. Depuis une semaine, les deux étaient inséparables. Personne ne comprenait, et ne regardait que plus mal la verte, tout en montant sa popularité. En ces quelques jours, elles avaient tellement appris l'une de l'autre … Gumi découvrait une Miku lassée, fatiguée, qui ne veut pas forcément de sa popularité, et qui rêvait de la Terre. Miku apprenait de Gumi une tristesse immense suite à la solitude et la réclusion continuelle. Les sujets seront passés des amis aux amours, en repassant à la vie à Babylon. Avec surprise, elles se découvrirent un béguin commun pour le professeur d'histoire. En rigolant, elles admirent que c'était de loin un amour à sens unique. Vint aussi les Matryoshkas, et la Panda Hero. Après deux, trois mots, le sujet fut clos.

Mais même dans les plus lourds silences, elles comprenaient l'autre.


Luka rouvrit les yeux, lentement. La douleurs semblait s'être nettement dissipée, à en devenir supportable. Elle avait l'esprit clair. Pas de vision trouble. Pas de bouche pâteuse. Pas d'oreilles bouchées. Une personne se penche sur elle pour finir le bandage de son bras gauche, et y placer une attelle. Doucement, le drap blanc revient couvrir son corps.

« Ça me rassure, murmure-t-on, il n'y a que ton bras qui est encore à soigner … »

Ayant l'impression de reconnaître la voix, elle tourna vivement la tête.

Personne.

Elle cligna des yeux, croyant à une hallucination. Un puzzle compliqué commença à se former dans son crâne qui hurlait déjà douleur. La première chose qui lui revint en tête était … Les Remote Control. La connexion se forma enfin. Depuis quand était-elle alitée !? Qui la soignait. En grimaçant, elle se releva dans le lit de fortune. Une baraque. Le nom n'avait même pas à franchir ses lèvres, la porte s'ouvrit.

« Gumi ! »

L'intéressée releva la tête de surprise, laissant tomber son sac de cours net. Elle accourut au pied du lit, s'y jeta à genoux et serra avec retenue son amie aux cheveux roses. Les larmes coulèrent, sans qu'on ne su vraiment pourquoi. Mais ça leur fit du bien. Elles restèrent un long moment ainsi, à se tenir l'une contre l'autre. Les émotions passées, Megpoid réussit à faire tenir debout Luka, et l'asseoir sur la table … Enfin la planche de bois posée sur des parpaings. Elles discutèrent des derniers jours, presqu'avec timidité, de tout ce qu'elle avait raté. Une longue semaine passée comme le sommeil d'une nuit. En insistant, Gumi demanda si elle se rappelait de quoi que ce soit pendant sa convalescence. La réponse restait une négation. Alors … qui ?

« Maintenant que tu as retrouvé toute ta tête, je vais pouvoir t'annoncer quelque chose …

- Quoi donc ?

- Disons … elle laissa sa phrase en suspens.

- Tu m'inquiètes … Dis ! »

Semblant fuir son regard, elle tourna la tête sur le côté, se mordant la lèvre inférieure.

« Je vais rejoindre les Matryoshkas. »