Ouais, désolée, j'ai foiré, je me plains de ne pas avoir de lecteurs et j'abandonne lâchement les quelques uns qui me lisent. J'ai repris les cours maintenant, je vais pouvoir poster plus facilement des chapitres régulièrement.
Désolée.
Gumi s'assit sur les marches de l'escalier menant au hall d'entrée, et – yeux plissés – elle l'observa.
Il avait des manies, des tocs de Matryoshka, c'était flagrant. Ce genre de petits détails qui dénotaient dans toute une farandole de gestes, qu'on remarquait après avoir passé des heures, des heures, et des heures, à observer l'ennemi. Le syndrome que leur refilait Atchii - en plus d'être irréversible -, semblait laisser quelques effets indésirables. Une surexcitation, des pupilles dilatées comme si on avait pris trois kilos de keum, une peau toujours un peu blanchie. Le phénomène qu'elle fixait n'en était pas à un stade critique. Il avait des gestes hachés, saccadés, fermant et ouvrant le poing d'irritation, et dans ses yeux brillaient un éclat démentiel. Elle le savait un membre loyal, qui donnait tout ce qu'il avait dans une bataille.
Dérangé par cette paire d'yeux qui ne le quittaient pas, il se tourna vers elle dans une attitude de mépris, et partit. Gumi sourit.
Elle avait sa cible.
⁂
Megpoid traversa d'un pas décidé la salle de classe, défonçant ses talons contre le sol. Ses poings serrés faisaient blanchir ses phalanges. Elle se planta devant le bureau d'Ichigo, qui buvait tranquillement un jus de fruit en brique. Il la dévisagea avec ses grands yeux noisettes qui tiraient vers le vert. Elle ne remarqua par l'énorme pansement qui lui couvrait la joue droite, elle l'apostropha :
« Je veux rencontrer Atchii. »
Il sursauta, entama un mouvement vers l'avant pour ne pas s'étouffer, et posa sa boisson. Son regard avait brièvement balayé la classe, la peur soudaine déchirant son regard. Gumi savait, on ne l'avait pas entendue. Ils n'écoutaient pas.
Hachi se leva en l'entraînant avec lui dans le couloir.
« MAIS TU ES FOLLE !
- Parle moins fort …
- Mais tu es folle !
- Je sais. Tout ceux qui entreprennent cette démarche sont mal dans leur tête, de toute façon.
- Non !
- Ne viens pas me dire que tu cherche absolument à cacher ton appartenance au gang … Tu es un matryoshka. »
Il ouvrit la bouche, comme pour protester. Le regard de Megpoid l'en dissuada. Après un long moment d'hésitation, où il pesait le pour et le contre, il soupira.
« Garde le silence, d'accord ? J'en parlerais aux Remote Control, ses bras droits. Es-tu sûre de-
- Oui. J'ai une vengeance à exécuter …
- Les Matrysohkas ce n'est pas que ça. » Elle lui lança un regard dans le genre « tu te fiches de moi ? », mais il avait commencé à se détourner. Revenir à sa brique de jus de fruit. « Je compte sur ton silence. »
Gumi haussa les épaules devant la porte de la salle de classe qui venait de se refermer. De toute façon, personne n'écoutait.
Luka s'arrêta au milieu de l'allée de boue croupie. Elle était figée, pourtant ses jambes, ses mains tremblaient. Elle était sûre de claquer des dents, aussi. Le changement de hauteur, après avoir clandestinement quitté la baraque de Gumi, lui avait offert une migraine destructrice. La rumeur du vent chaud et tenace donnait des nausées. L'air est légèrement plus frais, sur les toits de Babylon. La jeune fille aux longs cheveux pimpants regarda, dépitée, son lieu de vie. La toile qui couvrait des planches de bois plantées dans le sol et disposées en fouillis en guise de toit avait été déchirée, et elle imaginait bien que l'intérieur avait pris l'humidité. Elle était fatiguée. Mais elle avait besoin de se changer les idées. Alors, prenant son mal en patience, elle replaça une bâche sur son toit, redressa quelques planches, replanta quelques clous. Ses pieds enfoncés jusqu'aux chevilles dans la tourbe épaisse fatiguaient ses muscles. La pluie était froide, rendant ses vêtements poisseux, mais le chaud qui avait tourné traînait de fortes odeurs venant de la décharge. Avec des « frosh » à chaque pas, elle s'attaqua au flanc gauche de son abri. Mais ses mains refusèrent de bouger. C'était le côté le plus disloqué, où même des planches étaient brisées en deux. Le corps de Luka eut un violent soubresaut, se plia en deux, et elle vomit. Peu de choses, mais c'était déjà le peu qu'elle avait avalé ce matin. Du sang tachait encore un morceau de toile blanche qui trempait par terre. Du sang séché. Du sang pourri. Son sang. Des souvenirs déchirants remontèrent. Toujours cassée en deux, toussant, crachant, un cri rauque déchira son larynx. Ses tempes battaient douloureusement, elle crut presque sentir ses cicatrices se rouvrir. Tentant d'occulter tout ça, elle se releva lentement. Mais son regard se posa sur des bouts de chairs et de peaux encore accrochés aux clous saillants. Un haut-le-cœur la secoua. Et une brise apporta des odeurs de viande pourrie. Elle vomit une nouvelle fois. Une larme glissa sur sa joue. Elle renifla.
Après avoir passé dix minutes sous la pluie à se tenir le ventre, elle bougea. Ses pieds embourbés se posèrent avec difficulté sur la planche posée à plat devant le trou béant qui formait la porte. Avant, il y avait un rideau. Elle en était fière, de son rideau aux fleurs violettes. Il prônait maintenant, déchiré, à terre. Elle ne fit qu'un pas à l'intérieur, un seul pas, elle s'effondra à genoux. Les larmes ne demandèrent pas leur reste pour couler à flots. Sur le mur en face, écris en lettre de sang, le mot « traîtresse » emplissait la pièce de haine.
« Pardonne-moi …. »
Du haut de son immeuble désaffecté, la chef des Matrysoshkas eut un rire tonitruant, qui glaça une fois de plus le sang de ses troupes.
« Gumi Megpoid, hein !?
- Oui, confirma Len avec un regard d'incompréhension, c'est 'Chigo qui a transmit sa demande…
- L'ancien tuteur de Meg. » compléta sa sœur.
Atchii acquiesça d'un mouvement vague de la tête. Elle regardait le lointain, elle regardait le soleil qui disparaissait doucement derrière la couche de nuages formant une barrière autour de la ville. La réponse était toute donnée, mais elle laissa ses deux subordonnés attendre. Ses cheveux paraissant actuellement verts voltigeaient mollement, que ses troupes – à quinze étages plus bas – devaient à peine apercevoir.
« Amenez-la moi demain … Chigo se chargera d'elle.
- Okay patron ! » s'exclama la fille avant de disparaître dans un coup de vent.
Le garçon resta, lui, encore un moment, tentant de déchiffrer cette expression qu'il ne connaissait pas chez leur chef …
Gumi était énervée. Elle semblait toujours de mauvaise humeur, mais là elle l'était vraiment. Ces gens la répugnaient … L'Homme en toute sa modestie lui donnait des maux de tête. Elle en était arrivée à cette conclusion après avoir vu le papier plus qu'officiel de l'exclusion des baraques sur le toit de son immeuble. Merde, elle allait devoir dormir dans la rue ! Sa première pensée fut d'aller chercher asile auprès de Luka, mais l'idée était aussitôt rayée. Son amie avait assez à gérer comme ça … Elle était sérieusement décidée à squatter un autre toit, et réfléchissait lorsque -
« Megpoid ~ ! »
Ses dents grincèrent. Certes il y avait un joli ton mélodieux, mais elle détestait cette voix !
« Quoi ? » répliqua-t-elle un peu trop sèchement à son goût, pivotant sur un pied pour se tourner vers Rin. La petite lycéenne aux cheveux blonds et à la mignonne petite frimousse se frayait un chemin dans le couloir. « Tu as besoin de moi ? redemanda-t-elle.
- Oui, et non … Miku aimerait que tu manges avec nous ce midi. Et 'Chigo te cherchait.
- Chigo ?
- Ichigo, pardon ! se rattrapa-t-elle en se pinçant les lèvres.
- D'accord … Je verrais, pour ce midi.
- Miku a un truc important à te dire ! »
Mais la verte était déjà repartie. Le nez de Rin se plissa de mécontentement. « Je ne l'apprécie pas …»
⁂
L'idole aux cheveux bleus du lycée jubilait. C'était rare venant de la chef des Matryoshkas, elle préférait apprécier une victoire écrasante, ou rire d'une opération exécutée avec succès. Elle jubilait d'un truc idiot, mais ça la faisait sourire bêtement. Elle, fille de petite fortune, personne sachant « se faire entendre » (sans mauvais jeu de mots), et imposer sa présence, venait de faire l'acte le plus honteux de sa vie d'étudiante. Fermement, elle avait apposé une plainte concernant le 35ème immeuble de la zone B, au Sud de Babylon. Concernant certaines baraques, qui ne lui avaient jamais posé le moindre problème, étant donné qu'elle vivait dans l'autre partie de la ville. Mettre des gens à la rue n'était pas jouissif … Mais elle voulait Gumi dans ses filets.
La protéger.
À n'importe quel moyen.
⁂
Ils étaient assis sur les marches menant au local de sport. À cette heure, on mangeait, personne ne les verrait.
Mais ce n'est pas être vus qui les dérangeait. Ils ne voulaient pas être entendus.
« Alors ?
- Tu as de la chance …
- C'est un oui.
- C'est un petit oui. La Remote Control a râlé.
- J'm'en fous. Quand ?
- Ce soir.
- DÉJÀ !? » s'étrangla Gumi.
Ichigo lui lança un regard de travers, où se lisait presqu'un peu de pitié.
Gumi, après avoir avalé sa surprise, et regardé son ami brun partir, sourit. Même plus, elle rigola. Un rire amer.
Sans émotions.
⁂
Len, plein de bonne volonté, colla sa bouteille d'eau glacée dans le cou de sa sœur. Celle-ci hurla de surprise, et tenta de lui piquer le bras avec une fourchette. Gumi, hésitante, les regardait faire. Miku, tout sourire, son plateau repas dans les mains, finit par la rejoindre, et elles allèrent dehors pour manger.
« Merci de m'avoir attendu, murmura Gumi en baissant le regard.
- Mais ce n'est rien, rigola la bleue en s'asseyant à une table, tu étais avec Hachiya ? »
Le cœur de la verte ne put s'empêcher de faire un bond. Elle l'appelait par son prénom !? Même Gumi avait mis beaucoup de temps avant d'appeler Miku ainsi. Elle n'avait pas l'habitude. Décidément, elles étaient deux filles pondues dans deux milieux très différents. Gumi hocha la tête.
« Dis-moi … » hésita Hatsune d'une petite voix, comme si elle avait du mal à le dire. Son regard était fuyant. « Comment … Comment payes-tu tes frais de scolarité ? »
L'autre se figea.
« Mes … Parents … Pourquoi ?
- Tu es orpheline. »
Cette fois, Gumi tiqua. Elle posa le sandwich qu'elle s'apprêtait à entamer, et découvrait le regard cinglant de son amie.
« Où veux-tu en venir ?
- Tu dois beaucoup travailler, pour te débrouiller seule … Ta tante s'occupe de toi ? »
Gumi hésitait. Elle se foutait de sa gueule ou elle s'inquiétait vraiment ?
« Ma tante est morte.
- Oh … »
Il n'y avait aucune surprise dans sa voix.
« En fait, continua Miku, mon père travaille pour la ville de Babylon, donc il sait beaucoup de choses …
- Tu ne vivais pas seule ?
- Je vis seule. Il a reconstruis sa vie. »
La verte acquiesça en se réintéressant à son sandwich.
« Les baraques vont être détruites. Tu n'as plus de 'chez toi', non ?
- Si. Je sais où aller …
- Tu es à la rue. »
Cette conversation commença à l'emmerder. Elle s'apprêtait à lancer un regard des plus noirs, mais elle fut happée par l'air désolé, suppliant de Miku. Scotchée par ces yeux bleus où brillait trop de compassion.
« Tu peux venir emménager un certain temps chez moi ... »
Emménager dans la zone Nord ? Emménager avec quelqu'un ? La proposition de lui déplut pas, loin de là, mais l'idole risquait de lui mettre des bâtons dans les roues. En tant que future matryoshka, comme en tant que Panda Hero. Elle déglutit. Quelque chose se tramait. Pourtant elle fit mine d'être moyennement intéressée, et répondit :
« J'y réfléchirais. » simplement.
Il était hors de question de montrer ses faiblesses aux autres.
Miku ne jubilait plus.
Miku ruminait.
Le soir à Babylon était un moment à part, pour qui serait observateur. Même si le soleil avait depuis longtemps disparu, il continuait à diffuser une douce lumière orangée. Les rues n'étaient pas pleines à craquer, les voitures se raréfiaient, et les magasins encore ouverts faisaient clignoter la ville de mille couleurs.
Le cimetière des pneus, lui aussi prenait des teintes colorées doucereuses. Des teintes de rouge. Et le bâtiment désaffecté auquel faisait face Gumi n'était pas d'exception. On avait l'impression que du sang suintait de par les fenêtres, et coulait sur les parois tel un liquide poisseux. Aucun bruit. Aucune matryoshka. Rien.
La pièce était sombre, très sombre. Trop sombre. Une ampoule qui pendait au plafond envoyait des raies de lumière par-à-coup, faisant ressortir l'état délabré de la pièce. Elle était située au rez-de-chaussée, heureusement, mais plutôt difficile à dénicher. La Panda Hero se mordit la lèvre inférieure en repensant à la description de Luka. Son amie rose ne se souvenait absolument plus des deux jours qui suivaient son étape de transition. Gumi avait donc pour but de ne pas tomber dans les pommes.
Profitant de la lumière occasionnelle, elle détailla la pièce minuscule. Des gravats. Un mur à gauche était crevé. Les meubles détruits s'entassaient dans un chaos total. Lorsqu'elle était rentrée, Atchii l'avait accueillis avec un sourire féroce, assise sur un grand siège noir derrière un bureau dont tout un flanc manquait. Derrière elle, Ichigo lui effleura l'épaule comme signe d'encouragement, avant de refermer la porte. Dans une tornade, deux personnes l'encadrèrent, apparaissant de nul part. Une paire de personnes se ressemblant énormément, aux cheveux noirs de jais, et au regard démentiel. La Panda Hero les connaissait. Les Remote Control …
« Alors voici la 'tite nouvelle ! rit la fille d'une voix éraillée et grinçante.
- La 'tite copine de Chigo !? rajouta le garçon.
- Non !
- Assez ! »
Gumi sursauta en entendant la voix de sa pire ennemie, si proche … Au moins, elle était plus acceptable que celle de l'hystérique. Les yeux de la chef, jaunes et bleus, la fixaient.
« Comment t'appelles-tu ?
- Gumi Megpoid.
- Tu te surnommeras-
- Meg'.
- Hors de question. »
À côté d'elle, le garçon eut un rire malsain. Gumi serra le poing, se retenant de frapper.
« Je choisis ton surnom.
- Meg' est déjà pris ?
- Elle était une traîtresse. »
Elle ne dit rien de plus, se mordant la langue.
« Tu seras Gum'. »
Gumi ouvrit la bouche, exécuta un pas en avant pour protester. Mais son mouvement s'arrêta là. Elle avait froid, terriblement froid. Une morsure intérieure qui l'avait violemment pris par revers. Devant elle, les Remote Control avaient pris place aux côtés d'Atchii, et ils la regardaient comme un monstre de foire. La verte réussit à lâcher un râle, avant que toute forme de mots ne soit avalé par ses claquements de dents. Sa vue était plus qu'altérée, ce n'était qu'un brouillon de couleurs trop vives. Son estomac se noua, la douleur lui faucha les jambes. Elle serrait les dents si fort qu'elle avait l'impression de les briser. Elle ne tomberait pas dans les pommes ! Les frissons qui la parcouraient devinrent des tremblements de plus en plus violent, elle s'étala par terre. Sa tête était réduite en bouillie, son cerveau formant des miasmes qui n'arrivaient plus à fournir des pensées cohérentes. Elle était sûre que ses yeux saignaient. Lentement, le noir tomba sur elle. Toujours secouée, elle réussit à hurler.
« Bienvenue parmi les Matryoshkas. » susurra Atchii.
Elle sombra.
Luka se sentit frissonner des pieds à la tête. Elle était devant le lycée, en uniforme, prête à attaquer sa première journée de cours après sa convalescence. Elle avait passé des heures au téléphone avec le secrétariat pour négocier son retour. Ils n'avaient pas chipoté. Son frisson se finit par un long soupir, et elle passa le portail.
Oh comble de l'étonnement, des murmures surpris germèrent dans les couloirs lorsqu'on la vit passer. Certaines personnes vinrent même prendre de ses nouvelles. Mais une quelconque bonne nouvelle était de toute façon balayée par les rumeurs de traîtrise que persiflaient les matryoshka. Elle ne redoutait que ce moment où elle rentrerait en classe, et qu'elle sera obligée de le voir. Son cœur souffrait tellement …
La porte chuinta, et la présenta à la vue de toutes les personnes déjà présentes de sa classe. On se retourna, la parole soudainement coupée. Humblement, elle baissa la tête, et avança à grandes enjambées à sa place, aux côtés de la fenêtre. Elle avait fermé les yeux, pour s'asseoir. Pour éviter la personne derrière elle qui la fixait. Lorsque le cours commença, le prof ne pu s'empêcher de lui demander des explications, devant tout le monde. Elle inventa une histoire, disant avoir été attaquée par un des chiens de la Parade le jour de l'accident. Et ce n'était pas complément faux. Mais aucun chien ne s'était échappé …
Avec une immense pointe de déception, elle remarqua que Gumi était absente. Et elle passa sa première journée seule, enterrée sous les reproches.
