Voilà la suite de cette histoire, merci pour les nombreux messages que vous m'avez adressé! Je passerai cette histoire en M dans quelques jours car je pense que certains propos ne sont pas à laisser en T. Et puis, comme elle est vouée à passer en M, autant le faire tout de suite!
La bise!
Lilly
Précédemment:
-Miss Swan ! appela-t-elle lorsqu'elle aperçut la silhouette de la blonde qui l'attendait devant le restaurant.
Emma se tourna vers elle, dévoilant sa tenue qui lui allait à merveille.
-Personne ne vous l'a dit ? Le noir est ma couleur habituellement. Plaisanta-t-elle en se penchant pour embrasser sa joue.
-Je tâcherai de m'en souvenir ! murmura Emma en tentant de reprendre ses esprits suite à la première joute de Regina.
-Vous êtes splendide ! ajouta la mairesse d'un ton sérieux.
-Vous l'êtes aussi.
Regina ne releva pas et pointa la porte du restaurant d'un doigt impérial.
-Vous connaissez ? demanda-t-elle.
-Non, je n'y ai jamais mis les pieds, c'est… un endroit particulier à ce qu'on m'a raconté.
-Je suis contente de vous faire découvrir cela, souffla la brune en passant devant elle.
-Chapitre 5-
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..
…
"La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l'apparence de la faiblesse."
Victor Hugo
...
..
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La brune devança la chirurgienne surement pour montrer son déhanché sensationnel, asséchant la bouche du médecin qui peina à la rejoindre dans le hall du restaurant. Une fois à l'intérieur, Emma se rendit compte qu'elle n'avait certainement jamais mis les pieds dans un lieu aussi bizarre. Cet endroit ne ressemblait en rien à un restaurant. Elles se trouvaient devant un long couloir à la lumière tamisée qui était bordé par de nombreuses portes en bois sombre.
Regina observa le visage de son invité, se délectant de l'appréhension qu'elle pouvait y lire. Les yeux émeraude scrutaient le fond du couloir et ses sourcils se fronçaient férocement. Elle sentait venir une question mais aurait tout donné pour que la blonde ne la pose jamais afin qu'elle puisse la dévisager encore et encore.
Emma se rapprocha de la brune, soudain très intimidée par les lieux. Un rideau se souleva à leur droite et une femme à la silhouette gracile sortit d'une petite loge lumineuse.
-Madame le maire! ronronna la jeune femme en épinglant la blonde du regard.
-Bonsoir Wendy. Répondit la politicienne en s'avançant vers un petit comptoir qu'Emma n'avait même pas vu. Regina sentit la chirurgienne la suivre de près et se satisfit de cette confiance qu'elle lui accordait.
-Je n'ai plus de catégorie cinq disponible, je suis navrée, murmura Wendy en se penchant sur un registre invisible pour les clients.
-Nous serons en catégorie 1 ce soir.
Wendy releva les yeux vers la brune, marquant un léger temps d'arrêt.
-Je vois.
Emma eut du mal à déglutir, elle se demanda l'espace d'un instant ce que signifiait ces catégories.
-Parfait. Déclara Wendy en attrapant un badge derrière elle. Je vais vous y conduire. Mais avant, je vais vous demander vos effets personnels.
Emma envoya un regard interrogateur vers Regina.
-Votre téléphone, bipper, et tout ce qui pourrait nous interrompre durant ce rendez-vous.
Wendy leur tendit une petite panière dans laquelle Emma laissa tomber son téléphone personnel et son bipper ainsi que son téléphone professionnel.
-Vous savez que normalement je dois être joignable à n'importe quel moment ?! Grogna doucement Emma en retirant son élégante montre connectée en argent.
-Ne vous inquiétez pas, s'il y a la moindre urgence, Wendy viendra nous prévenir !
Emma fronça les sourcils, incertaine d'être d'accord avec ça. Regina sentit immédiatement ses réticences et agrippa sa main de façon douce.
-Si vous ne voulez pas, allons ailleurs.
-Non je…
-Je veux que vous soyez absolument satisfaite ! Si laisser votre téléphone entre les mains de Wendy ne vous convient pas, nous pouvons tout à fait trouver un autre restaurant.
Wendy ne semblait pas du tout s'agacer en entendant les paroles de la brune, au contraire, elle semblait d'accord avec elle. Intimidée et se sentant soudain ridicule, Emma secoua la tête de gauche à droite.
-Non, restons. Si mon bippeur sonne, il faut venir me prévenir immédiatement ! prévint-elle en sentant la main de Regina se retirer de la sienne.
-Ce sera fait ! Suivez-moi à présent.
Le tapis de velours assurait une discrétion à quiconque s'aventurait dans le couloir mais ce silence ne faisait qu'augmenter la nervosité d'Emma. Elle triturait son sac tout en gardant une position digne et élégante. Wendy s'arrêta devant une porte et badgea sur un petit boitier.
-J'espère que vous passerez une jolie soirée mesdames, murmura-t-elle en s'éloignant, laissant le soin à Regina de faire découvrir la pièce à son invité.
Emma regarda Wendy s'éclipser avant de reporter son attention sur la brune qui l'accompagnait.
-C'est étrange, souffla Regina en plongeant ses billes noires dans ses yeux.
-Hein?
-Je vous imaginais tout de même moins impressionnable.
Emma eut un sourire timide et gêné puis elle releva de nouveau la tête.
-Je suis une grande enfant !
-Hum… J'espère que vous savez être femme aussi !
Le regard de la politicienne se transforma en une boule de feu, diffusant sa chaleur dans le ventre d'Emma. Elle était femme, elle l'aurait volontiers montré à la mairesse mais celle-ci se pencha pour ouvrir la porte sur une petite pièce tamisée elle aussi.
-Après vous ! gronda la voix de la mairesse.
Emma pénétra dans cette petite salle douillette et sentit ses épaules se relâcher. La pièce était joliment décorée, une table dressée trônait au centre, des lampes discrètes se chargeaient d'éclairer des points précis ; dans un coin, un petit canapé permettait d'adoucir encore l'ambiance de cette pièce. Emma se tourna vers la brune afin de lui offrir un sourire.
-A quoi vous attendiez-vous, miss Swan ? Une barre de pole dance et une streap teaseuse vulgaire ?
-J'avoue que l'idée m'a effleurée l'esprit ! bredouilla Emma.
Regina déposa sa pochette élégante sur un meuble en bois d'amarante en étouffant un rire grave.
-Aucune autre femme ne viendra perturber ce repas.
Emma se débarrassa de son manteau et observa la mairesse en faire de même. Alors qu'elle allait se faire prendre en flagrant délit de reluquage, elle se racla la gorge et baissa instantanément les yeux.
-Alors… catégorie 1 ?
-Oui, c'est exact. Minauda la brune en allant s'asseoir à la table qui les attendait.
Emma accrocha son manteau à côté de celui de la politicienne et s'appuya contre la porte en scrutant le visage impassible de la jeune femme. Elle ne savait pas comment l'aborder et c'était sans doute cela qui lui plaisait. Habituellement, elle était celle qui menait la danse, elle savait parfaitement draguer, elle savait parfaitement charmer ses conquêtes pour obtenir ce qu'elle voulait. Mais là, elle ne savait même pas ce qu'elle voulait. La mairesse était d'une beauté sans nom, elle était classe, élégante, chaude et glaciale, piquante et chaleureuse, elle était tout ce qu'Emma n'avait jamais connu en une seule femme.
Elle inspira doucement et s'approcha de la table de façon féline.
-Est-ce que la catégorie 1, c'est la catégorie des débutants ? interrogea-t-elle en n'ayant aucune envie de sembler faible.
-Vous croyez que je vous sous-estime ?
-Sans aucun doute ! gronda-t-elle en posant ses mains à plat sur la petite table pour se pencher vers l'oreille de la brune. La catégorie 5 vous semblait bien plus familière, j'aurai voulu partager cela avec vous !
La main gauche de la brune se crispa imperceptiblement sur la nappe blanche et elle attendit qu'Emma se soit reculée légèrement pour lui répondre.
-Vous ne voulez pas jouer dans la grande cour, croyez-moi !
-Pourquoi ça ?
-Parce que vous sursautez au moindre coup de vent, alors je n'ose même pas imaginer votre état face à un coup de fouet.
Emma sentit ses jambes se transformer en coton et elle remercia le ciel que sa chaise soit parfaitement tirée pour lui permettre de s'asseoir rapidement.
-Bordel !
Ses yeux étaient écarquillés et elle n'en croyait pas ses oreilles qui commençaient à chauffer.
-Allons miss Swan, avez-vous laissé votre sens de l'humour sur le trottoir ? Fermez la bouche et remettez-vous, je voulais uniquement faire un bon mot !
-Un bon mot ? Bon sang, madame le maire, je ne saurai jamais sur quel pied danser avec vous ?!
-C'est ma plus fidèle réputation en effet !
-Eh bien c'est agaçant ! se renfrogna Emma en croisant les bras sur sa poitrine.
-Non, vous trouvez ça fascinant ! Ne faites pas l'enfant !
Décidemment, Regina Mills remportait tous les matchs. Afin de se donner une certaine contenance, la blonde attrapa la carte et commença à lire le menu.
-Qu'est ce que vous me conseillez ? demanda-t-elle.
-Vous ne voulez pas choisir par vous-même ?
-Vous allez continuer longtemps à contourner mes questions ?
-Je fais de la politique, miss Swan !
-Pas avec moi ! trancha Emma en refermant sa carte de façon sèche.
-Je vous demande pardon ?
-Je ne suis pas un de vos collègues ! Je suis… je suis…
-Oui ? provoqua la brune.
-Oui, qu'est ce que je suis au juste ?
-Pour l'instant, vous m'amusez !
-Sans blague!
Emma sentait la colère monter en elle mais le regard rieur de la brune la fit désenfler en un quart de seconde.
-Vous le faites exprès !
Regina lui sourit franchement et pencha la tête sur le côté pour l'attendrir.
-Evidemment, miss Swan ! Même si vos réactions m'amusent, je suis là pour faire plus ample connaissance avec vous ! Je ne vois pas pourquoi je tournerai autour du pot, il est évident que nous pouvons trouver beaucoup de chose à faire ensemble mais si vous voulez tout savoir, vous ne ressemblez pas aux autres femmes que j'amène dans cet endroit !
Emma haussa les sourcils.
-Vous emmenez beaucoup de femmes ici ?
-Vous attendiez-vous à ce que je vous annonce, le rouge aux joues, que j'étais encore vierge ?
-Borde… ! Non !
Un silence s'installa durant lequel chacune reprit sa lecture. Emma se sentait comme si on lui demandait de danser avec grâce sur un champ de mine.
-Avez-vous choisi ? questionna la brune en reposant enfin sa carte.
La vérité aurait été de dire que ça faisait cinq bonnes minutes qu'elle fixait la même ligne sans pouvoir avancer dans sa lecture, pensant à ce que la brune venait de lui dire, à quel point la situation était déstabilisante, à quel point elle avait chaud.
-Oui.
Après avoir enclenché un bouton se trouvant sur la table, un serveur entra dans la pièce par une porte dissimulée et elles passèrent commande. Une fois qu'il fut reparti, Emma s'adossa contre sa chaise et déplia sa serviette afin de protéger ses genoux.
-En tout cas, madame le maire, je crois que je n'ai jamais vu d'endroit aussi… étrange.
-Je crois que nous pourrions nous appeler par nos prénoms dans l'intimité ! Quant à ce genre d'endroit, il est indispensable lorsque vous êtes maire de New York et que vous voulez sortir en toute discrétion !
-C'est pour ça qu'il n'y a aucun papier sulfureux sur vous dans les journaux ?!
-J'ai dû apprendre à me protéger des journalistes qui pensent que s'introduire dans les moments intimes des gens est le meilleur moyen de les connaître.
Comme à chaque fois, Emma sentait le lourd sujet de la photographie du 11 septembre flotter au dessus de la table. Elle ne savait tellement pas comment pouvait réagir la mairesse qu'elle décida d'y aller prudemment.
-Je comprends ce que vous voulez dire…Vous devez subir ça souvent.
-Malheureusement, oui. D'où le choix de ce restaurant ; personne ne peut se croiser car pour ressortir, nous sommes obligés d'attendre que le couloir soit totalement vide si nous voulons repasser par là, et sinon, la porte là-bas, nous conduira directement à l'extérieur sans que personne ne puisse soupçonner que nous étions dans un restaurant chic toutes les deux.
-Vous ne voulez pas que l'on vous voie avec moi ? plaisanta Emma pour alléger un peu l'atmosphère.
Regina se laissa emporter dans cette plaisanterie et répondit de façon plus dégagée.
-Je serai ravie de vous avoir à mon bras sur les tabloïds ! Mais je préfère montrer mes conquêtes lorsqu'elles sont officielles !
-Vous me prenez pour une conquête ?
-Tout dépend de vous, Emma.
Son prénom dans cette bouche semblait remettre en question toutes les fois où on l'avait prononcé. Personne ne le disait aussi bien qu'elle.
-Vraiment ? demanda-t-elle en portant son verre d'eau à ses lèvres. J'ai plutôt intérêt à assurer alors.
Les lèvres de Regina s'étirèrent en un sourire vaincu. Emma commençait à comprendre sa mécanique et elle contrait peu à peu ses attaques.
-Quelle clairvoyance ! murmura-t-elle lorsque le serveur entra de nouveau pour amener le vin qu'elles avaient commandé.
Elles se turent pendant qu'il servait les premiers verres et Regina en profita pour détailler la blonde. A la fin de son observation, tout ce qui en ressortait était la nervosité d'Emma. Les jambes croisées, le dos contre le dossier de sa chaise, les mains se triturant l'une et l'autre, les yeux fuyant son regard. Il fallait la détendre.
-Henry vous aime beaucoup, avoua-t-elle lorsque le serveur fut repartit.
-C'est un très gentil gamin ! Il a de la chance de vous avoir !
-L'inverse est vrai aussi, j'ai de la chance de l'avoir, c'est un vrai rayon de soleil !
-C'est fou parce qu'on ne dirait pas un enfant adopté, il… il vous ressemble et…
-On me le dit souvent, remettant même parfois en doute mon orientation sexuelle !
-C'est pas vrai !?
-Je vous jure que si, malheureusement !
-Absolument stupide ! Mais… maintenant que vous le dites, c'est vrai que j'ai lu plusieurs article sur le fait que vous n'étiez peut-être pas la plus grande lesbienne que New York ait connu ! Enfin… euh… c'est ce qui était dit dans l'article !
-Vous lisez beaucoup trop de presse people, Emma !
-…
-Ou alors, vous découpez tous les articles me concernant en les collant dans un petit carnet dans le but de me kidnapper !
Emma éclata de rire.
-Non ! Je vous jure que non ! Loin de moi cette intention !
Elle décroisa ses jambes et s'accouda à la table afin d'être plus proche de la brune qui se félicita silencieusement.
-Mais c'est vrai que vous êtes différente de ce que les médiats disent de vous !
-Heureusement ! Gémit Regina en prenant une gorgée de vin. Je suis une politicienne et je dois diriger la ville de New York, ce n'est pas rien ! Je ne peux me permettre aucune faiblesse ! Celles de mon passé sont suffisantes pour m'enfoncer !
-Vous parlez du 11 septembre. Déclara Emma de façon neutre en dirigeant sa main pour caresser le bas de son verre.
Une ombre passa dans les yeux sombres et Regina hocha la tête.
-Cette photo a faillit détruire ma carrière avant même qu'elle ne commence !
-Pourquoi ? Elle ne vous faisait aucun tord ! s'écria Emma pensant défendre son image croyant que peut-être Regina ne se trouvait pas à son avantage. Mais elle aurait dû s'en douter, il ne s'agissait pas de ça !
-Emma, en politique, la moindre faille devient un trou béant dans lequel vos ennemis se jette pour tout déchiqueter de l'intérieur !
-C'est à dire ?
-Cette photo du 11 septembre a été prise à la seconde où mon monde s'effondrait ! A cause d'elle, j'aurai pu être qualifié comme étant la pleurnicharde de New York !
-Ce n'est pas ce que j'ai pensé en vous voyant !
Un petit silence bienveillant s'installa. Regina cherchait à faire comprendre à Emma son point de vu en restant la plus calme possible. Ce sujet était celui sur lequel elle s'emportait le plus facilement possible mais elle ne voulait pas effrayer la chirurgienne en face d'elle.
-Lorsque j'ai commencé en politique, on ne voyait que ma fragilité, on ne voyait qu'une gamine couverte de poussière effondrée devant les deux tours. On ne me prenait pas au sérieux, on me croyait incapable de la moindre initiative ! A cause de cette photo, j'ai eut le droit à des surnoms tous les plus abjects les uns que les autres ! Là ou des personnes comme vous voyaient… je ne sais pas … du courage ou de la tristesse… le monde de la politique voyait un point faible et dans la politique, mieux vaut que les points faibles soient bien cachés. Le mien avait été exposé au monde entier, alors imaginez leur tête lorsque j'ai continué mes études en politique et que j'ai avoué prétendre aux plus grands postes !
-Mais vous avez réussi ! souffla Emma.
-Grâce à ma mère dans un premier temps ! Elle m'a fait profiter de sa notoriété ! J'ai bénéficier de sa protection et si au début ça m'a apporté beaucoup de chose, ça a fini par me désservir…
-Oui, j'imagine qu'on devait se dire que vous étiez la fille à maman !
-Oui ! Exactement ! Alors pour me défaire de tout ça, j'ai décidé d'avouer mon homosexualité en public et les personnes qui me pensaient lisse et sans aucun pli se sont vite rendu compte du contraire mais si beaucoup m'ont avoué par la suite que ça avait mis un frein à ma carrière, je me persuade du contraire !
-Pourquoi ?
-Dans le monde politique, beaucoup se cachent d'être homosexuels parce que… cela signifie : perte d'électeur, rejet au sein de son groupe politique, et bien d'autres choses encore alors… Pour eux, j'étais morte et enterré lorsque j'ai fait cette déclaration !
-C'est stupide ! ponctua la blonde.
-Eh bien, comme tout le monde me pensait finie, ils ne se sont pas méfiés de moi et j'ai pu prendre mon élan pour leur voler la victoire !
-Eh ben ! Siffla Emma en sirotant son verre. La politique est cruelle !
-Oui, mais c'est un monde tellement passionnant…
Le serveur les interrompit de nouveau pour leur servir leur entrée. Emma était calme, détendue, elle semblait en confiance. Alors qu'elles allaient commencer à manger, Emma releva le regard vers la brune.
-Merci, d'avoir partagé cette histoire avec moi !
Regina sourit en mettant sa serviette sur ses genoux et hocha lentement la tête. Elles commencèrent à manger en silence mais étrangement, ce n'était pas pesant.
-A vous de partager une histoire avec moi ! avisa la brune.
-Euh… Eh bien…
-Vous êtes-vous réconcilié avec votre beau frère ?
Emma haussa les sourcils et engloutit une bouchée de son entrée avant de répondre.
-Non.
-Vous devriez, la famille c'est important !
-J'ai eu peu de réelle définition de « famille » !
Regina hocha la tête et termina son assiette en scrutant le visage face au sien.
-Quel âge aviez-vous à la mort de vos parents ?
-Neuf ans.
Regina se tut, elle sentait que le sujet mettait une tension soudaine entre elles et elle décida de parler d'autre chose. Le vin aidant, elles évoquèrent leur bêtises d'enfants, leurs vision du monde, leur vision de la vie, de la leur, de celle de leur proche. Les plats s'enchainaient et l'alcool arrosait le tout laissant en elles son empreinte chaude.
Le serveur proposa de leur servir le dessert dans le canapé placé dans un coin plus tamisé de la pièce. Regina accepta en se levant pendant que le serveur repartait pour passer la commande de leur dessert.
Emma cligna des yeux en regardant la brune observer les cadres qui ornaient les murs tout en portant son verre aux lèvres de temps à autres.
-Vous avez le port de tête d'une danseuse ! remarqua soudain la blonde en se levant à son tour de sa chaise pour la rejoindre.
Regina hocha la tête et lui lança un regard aguicheur.
-Sans doute parce que j'ai fait quinze ans de danse !
-Wow !
-Oui ! Ca a prit une place très importante lorsque j'étais jeune, j'avais même prévu de ne faire que ça de ma vie !
-Genre… un métier ? demanda Emma intéressée.
Le regard de la brune se fit lointain et elle hocha plusieurs fois la tête.
-Qu'est-ce qui a fait que vous n'avez pas décroché votre rêve ? souffla doucement la chirurgienne.
-Une blessure à la cheville, répondit-elle en souriant de nouveau.
-Ah… Merde ! Je vous aurais bien vu en danseuse !
-Non ! Croyez-moi, j'aurai été une diva épouvantable !
-Oui ! C'est pour ça que je vous imaginais bien en danseuse, plaisanta Emma en recevant le rire de Regina comme félicitations.
-Alors, qu'avez-vous pensé de ce repas gastronomique, miss Swan ?
Emma se redressa un peu pour replier une jambe sous elle.
-On repasse au miss Swan ?!
-Admettons que c'est parce que vous m'impressionnez !
-Admettons que je vous croie ! rétorqua la blonde du tac au tac. C'était vraiment un délice !
-Et vous n'avez pas encore goûté au dessert !
Emma aurait volontiers zappé le dessert pour passer immédiatement au moment où elle découvrait le corps de la brune mais en jeune femme bien élevée, elle ne fit mention de rien et attendit que la mairesse reprenne la parole. Pour l'instant, elle était occupée à la dévisager sans se cacher.
-Vous cherchez quelque chose ? demanda la blonde en se penchant en avant pour rapprocher leurs visages.
-Mon travail se base à 70% sur l'observation faciale, vous le saviez ?
-Le mien consiste à découper des gens, et ce n'est pas pour ça que je me permets de le faire sur vous ! plaisanta-t-elle.
-Ca faisait longtemps que je n'avais pas vu un visage aussi… simple.
Emma haussa les sourcils et se recula imperceptiblement.
-Je ne sais pas vraiment comment le prendre.
-Pas de trace de mensonge, ou de manipulation, j'ai l'impression de mener la danse pour une fois !
-Vous menez la danse aisément.
Regina se recula quelques secondes avant que le serveur ne rentre dans la pièce. Elle n'avait pas menti, le dessert était à tomber par terre et même si le repas avait été copieux, elle se força pour ne pas lécher son assiette.
-Je suis contente que vous ayez accepté mon invitation ! avoua Regina en reposant sa petite cuillère pour attraper son verre de vin.
-C'est un plaisir !
-Cela démontre que vous avez du cran !
-Du cran ?
-Eh bien… sortir avec madame le maire au risque de se faire pincer par la presse… ou…
-Ce n'est pas un problème, si nous somme ensemble, c'est que nous avons envie de l'être, pas vrai ? Le monde entier pourrait bien être au courant, je m'en moquerais totalement !
Les lèvres de Regina s'étirèrent en un sourire timide.
-Est-ce que cela signifie que nous allons être amené à nous revoir ?
-Est-ce que le rendez-vous est déjà terminé ? contra habilement Emma.
-Où voudriez-vous le poursuivre ?
-Henry vous a donné la permission de minuit ? questionna Emma, les yeux pétillants de joie.
-Lui oui, mais le conseil administratif de demain matin m'a fait promettre de rentrer avant pour pouvoir boucler mon dossier…
-Alors on n'ira pas très loin !
Après avoir récupérer leurs affaires, les deux femmes se retrouvèrent sur Myrtle Avenue. Leurs talons cognaient gentiment contre l'asphalte et rythmaient ainsi leur discussion. Elles parlèrent d'Henry surtout ; Regina ne cessait de s'étonner de son intelligence et Emma pouffait face aux anecdotes que lui racontait sa pauvre maman, souvent victime de ses farces.
Lorsqu'un chien se mit à aboyer non loin d'elle, Regina sursauta et cela permit d'engager la conversation sur les animaux.
-Je sais qu'Henry voudrait un chien… un dalmatien, mais c'est absolument hors de question ! De la bave et des poils partout dans la maison… très peu pour moi !
-Y'a forcément un animal qui trouve grâce à vos yeux !
-Le cheval.
-Ah… oh… ouais… le cheval !
-« Ah… oh… ouais… le cheval », miss Swan !?
-Nan c'est jusque que… enfin… je suis autant à l'aise à cheval qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine ! Mais vous avez dû faire de l'équitation, c'est sûr !
-Pourquoi ça ?
-Eh bien, c'est un sport de riche !
Regina éclata de rire mais ne chercha pas à contredire la blonde.
Quelques minutes plus tard, elles se trouvaient devant le pont de Brooklyn éclairé par des centaines de lumières. Les gens s'engageaient sans même se préoccuper de leur présence.
-A chaque fois que je vois ce pont, ça me coupe le souffle ! expira Emma sur une seule respiration tandis qu'un homme baraqué la devançait.
Regina resta silencieuse en s'engageant entre les câbles qui soutenaient le pont. Emma sur ses talons se contenta de revenir à son niveau.
-Ce qui est bien à New York, c'est qu'on peut aller où on veut, on se sentira toujours tout petit ! délivra Emma en regardant les câbles se dresser au dessus de leur tête.
-Oui, c'est pour que nous restions à notre place ! Ca m'aide un peu parfois ! confia la brune.
-Vous pouvez être modeste ? plaisanta Emma en donnant un léger coup de coude à la jeune femme qui se mit à pouffer.
-De temps en temps…
-Danseuse, cavalière, politicienne… que du haut de gamme, je pense que ce n'est pas facile de rester modeste, effectivement !
-Je cuisine aussi très bien ! se vanta-t-elle en souriant.
-Evidemment…
-Et votre palmarès à vous ? Brillante chirurgienne… pardon, la meilleure chirurgienne cardiologique du pays née de deux parents brillants chirurgiens tous les deux, ça ne doit pas être facile de rester modeste non plus !
-Ouais… mais vous savez, à l'hôpital, vous êtes constamment rappelé à la raison par les infirmiers, les aides soignants, les patients alors… ça aide un peu.
-Les conditions des équipes soignantes est difficile !
-Oui, j'entends ça à longueur de journée, et c'est vrai ! Ils font un travail formidable.
-Je n'en doute pas !
Elles étaient arrivées au milieu du pont pour passer sous les arches de pierre. Il n'y avait plus personne autour d'elles et elles avaient tout le loisir de contempler les lumières de la ville.
Soudain, un cycliste arriva à toute allure derrière elles et Emma eut juste le temps d'attraper le bras de la brune pour la mettre à l'abri contre le pilier de pierre.
-Attention ! s'écria-t-elle.
Regina émit un petit son lorsque son dos rencontra la paroi rocheuse. Afin d'éviter le vélo, la blonde se colla contre la brune et après l'avoir fusillé du regard, elle rencontra les yeux rieurs de la mairesse. Celle-ci avait attrapé les coudes d'Emma afin de ne pas tomber et ses mains se décrispèrent sans pour autant se retirer.
-Désolée, je vous ai fait mal ? Demanda-t-elle en restant dans la même position.
-Pas le moins du monde.
-Vous devriez faire quelque chose contre ces cyclistes imprudents !
-Je ne suis pas d'accord, regardez où nous en sommes grâce à lui ! Vous tentez un rapprochement !
-Je ne… je ne tente pas un rapprochement !
-Vraiment ? murmura Regina en plongeant ses yeux dans ceux de la chirurgienne.
La main d'Emma bien verrouillée en bas du dos de la brune resserra sa prise imperceptiblement. Elle se pencha vers les lèvres encore rouge de Regina et s'arrêta à quelques millimètres.
-Non, je ne veux pas être une de vos conquêtes ! gronda-t-elle, son souffle courant sur les joues de la brune.
Elle se recula enfin, s'apprêtant à lâcher la politicienne, mais celle-ci déposa ses doigts contre sa joue la gardant ainsi près d'elle. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres et elle caressa doucement la peau d'Emma.
-Aucune conquête ne m'avait emmené sur le pont de Brooklyn, et aucune conquête n'a jamais reculé alors que je lui étais offerte.
Ses doigts glissèrent derrière la nuque de la chirurgienne mais elle ne força pas Emma à se pencher. Perdue dans les orbes sombres, la blonde se rapprocha afin de sceller leurs lèvres provoquant au sein de son ventre une nuée de papillon.
Le baiser fut bref mais provoqua en Emma une envie bien plus intense qui lui coupa la respiration. Une légère pression derrière son coude prouva que Regina demandait encore une attention.
-Dites, le pont de Brooklyn n'a jamais été aussi vide, murmura Emma en fronçant les sourcils.
-Question de sécurité ! répondit Regina en souriant.
-Vos gardes du corps nous ont suivis toute la soirée ? comprit-elle.
-Ne sont-ils pas discrets ?
-Ils ont laissé passer un cycliste. Fit remarquer la blonde.
-Ils seront sévèrement punis !
Emma colla son front contre celui de la brune et eut un petit sourire.
-Je dois avouer que notre premier rendez-vous s'achève de façon remarquable ! souffla la brune en caressant tendrement le coude de la jeune femme.
Emma comprit que c'était la fin de leur soirée et elle s'éloigna de quelques centimètres.
-Une voiture m'attend de l'autre côté du pont, voulez-vous que je vous ramène chez vous ?
-Je crois que je vais marcher.
-Dans ce cas, je vous souhaite une bonne nuit, miss Swan.
-Bonne nuit Regina.
-Alors je lui ai dit que c'était gentil mais que celle qui aimait la cannelle, c'était toi, pas moi ! Et… Emma ! Emma ! EMMA ! s'écria Ruby en agitant la main devant le regard lointain du médecin.
-Hein quoi ?
La brune leva les yeux au ciel en ouvrant un paquet de chips. Elle se hissa sur le bureau d'Emma et soupira un bon coup.
-C'est mon dernier jour dans le service de cardiologie, tu pourrais au moins faire semblant d'être triste ! bougonna la brune en piochant une chips dans son paquet
-C'est toi qui a décidé d'être muté au service des urgences, tout ça pour « l'adrénaline » ! rétorqua Emma en mimant des guillemets.
-Et les horaires fixes, Emma ! En plus, on m'a promis que j'aurai les mêmes horaires que Belle… donc je pourrai passer plus de temps avec ma chérie et… bon c'est agaçant ce sourire ! s'énerva faussement la brune.
-Quoi ? Mais quel sourire ?! demanda innocemment Emma.
-Le sourire qui fait que je vais finir par me vexer ! Je suis sensée être ton aide soignante préférée et je m'en vais ce soir !
-Tu seras six étages plus bas, Ruby ! Tu ne pars pas à l'autre bout du monde et… et détrompe-toi, je suis triste que tu partes !
Ruby fit une moue affligée et haussa les sourcils.
-Tu vas finir par me dire pourquoi tu as des étoiles plein les yeux et un sourire qui ne s'enlèverait pas même si on te parlait de tas de bébés morts!?
-Bien, tu ne lâcheras pas l'affaire ?!
-Evidemment que non !
-Il se pourrait qu'hier soir j'aie eu un rancard… génial, avoua Emma en souriant de plus belle.
-Un rancard ? Bon sang Emma ! Je devrais être au courant de ces choses là, à la minute où tu me vois le matin !
-Ce n'est qu'un premier rancard, Rub', y'a pas de quoi en faire tout un plat.
-Bon, est-ce que je la connais ? demanda Ruby surexcitée en rejoignant Emma sur le canapé où elle avait décidé de s'asseoir pour alléger un peu ses jambes.
-Je crois que toute la ville la connaît ! marmonna-t-elle en massant doucement son genou.
-Putain de merde, Emma Swan ! Tu sors avec…
-Non ! C'était un premier rendez-vous !
-Un premier rendez-vous qui a fini par un baiser ?
Le sourire d'Emma la trahit avant même qu'elle ne puisse répondre.
-Oh bon sang ! Tu sors avec le maire de la ville !
-Hey ! Lança Graham en entrant dans le bureau de la blonde. Quoi de neuf ?
-Emma sort avec le maire de New York !
-Ruby ! s'écria Emma outrée que sa meilleure amie ne tienne pas sa langue.
-Quoi ?! Ce n'est que Graham ! se défendit la brune
-Oh… eh ben, « que Graham » te présente ses félicitations !
-Ouais, c'est un sacré morceau ! enchaina Ruby.
-Elle n'a pas des vus sur le poste de présidente ? fit remarquer le chirurgien. Quand tu seras première dame…
-Première dame de la présidente ! renchérit Ruby.
-Ouais, quand tu seras première dame tu pourras me placer comme ministre de la santé !
-Vous n'êtes pas drôle. Du tout ! grogna Emma en les poussant dehors alors qu'ils pouffaient de rire comme des collégiens.
Elle colla son dos contre la porte et soupira longuement. Son téléphone la sortit de sa rêverie et précipita un autre sourire contre ses lèvres. Regina Mills lui écrivait.
J'attends vos avis bien évidemment! :3
