Désolée du retard, j'avais pris l'habitude de poster mes chapitres pendant un long cours de quatre heures, mais cette semaine je me suis faite choper par le professeur :poker face:
Désolée pour les fautes ... !
Gumi ferma les yeux lorsque la sensation commença à lui chatouiller le bout des doigts. Elle sentit le froid glacial la prendre de l'intérieur progressivement. Un frisson l'en accompagna, lui arrachant un soupir. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle retrouva son univers dans des couleurs vives, crépitantes. En passant sa main sur son visage, les marques qu'elle avait choisi apparurent. Parée pour la réunion au Q.G, elle s'était fignolée sa tenue de matryoshka : un sweat rouge avec un tête au regard psychédélique imprimé sur la capuche, plus une jupe noire qui lui arrivait au milieu des cuisses, accompagnés de collants déchirée, de chaussures montantes déglinguées, et de gants marrons. Elle savait, après une inspection dans le miroir, qu'elle avait hérité d'iris verts et marrons – tirant sensiblement vers le rouge. Lorsqu'elle entra dans la cours du Q.G, presque tous les membres du gang étaient présents. Il y avait un raffut impossible ici. On se serait crut dans un bordel. Ils se tassaient comme ils pouvaient dans le petit espace, certains debout, d'autres assis sur les piles de pneus. Des malins étaient même perchés aux fenêtres de l'immeuble désaffecté à gauche (censé être condamné). Lorsque Gumi arriva, un peu trop de personnes la saluèrent en hurlant. Avec une pointe de joie perverse elle remarqua qu'encore quelques personnes portaient des bandages, des pansements, venant de l'incident des chiens d'il y a un mois. Chigo lui fit des signes pour qu'elle le rejoigne, et le garçon à la voix de shôta l'aida à monter sur la pile de pneus où ils s'étaient calés. Ils étaient en face de l'immeuble où se perchait habituellement Atchii. Au quatrième étage on pouvait apercevoir les Remote Control. À l'intérieur du bâtiment, on les voyait à peine, et ils semblaient discuter avec quelqu'un. Après un moment, la Remote Control s'assit sur le rebord de la fenêtre, jambes dans le vide. Elle alluma le mégaphone :
« MATRYOSHKA ! »
Y répondirent une centaine de personnes dans un hurlement bestial. Gumi se surprit à se joindre à eux.
« Olà les troupe ! Aujourd'hui c'la première mission d'puis l'accident de la dernière fois… »
La Panda Hero entendit des gens cracher sur le nom de son amie, Luka.
« … Et on vous a laissé glander assez longtemps ! VOUS ALLEZ VOUS BOUGER LE CUL ! - le mégaphone crépita – Cette nuit la cible sera à nouveau au centre-ville. On formera trois groupes. »
Son jumeau apparut au milieu de la cours, et on s'écarta autour de lui. Avec brio, il récita les noms de quelques quatre-vingts personnes, formant ainsi un groupe de 40, un groupe de 30, et un dernier groupe de 10. Ceux restés sur le banc de touche froncèrent le nez, et durent laisser la place à ceux qui se regroupaient pour recevoir les informations. La Remote Control était redescendue parmi eux. Hurler une attaque du commissariat de police au 4ème étage d'un immeuble n'était pas franchement recommandable. Professionnel pour épier, le garçon de la paire de jumeaux prit la tête du groupe de 30. Ils avaient ordre de taguer les murs du bâtiment, pendant que quelques-uns surveillaient pour l'ensemble du groupe. Celui qui comportait 40 personnes avaient pour but de crever les pneus des voitures et des motos de patrouille. Et ils étaient commandés par la jumelle. Le tout dernier groupe, lui, devait libérer les chiens. Gumi – qui en faisait partis – avait grincé des dents. Décidément, les Matryoshkas et les chiens, c'était une longue histoire d'amour … Le chef de la bande était 'Chigo. Et la verte eut l'énorme surprise de voir qu'il avait une place bien plus importante qu'elle ne l'aurait cru. Avec eux étaient aussi désignés les deux énergumènes du lycée. Gumi plissa les yeux. Natsume surnommée Neko, et Hajime. Ou Koge-chan. Ils avaient à peine eut le temps d'assimiler les instructions que tout le monde commençait à se téléporter. Gumi, novice dans le sujet, laissa Chigo attraper son bras, pour disparaître.
⁂
Pour une rare fois, la Panda Hero reconvertie trouva l'air de la nuit étouffante à souhait. En plus, il faisait terriblement froid. Lorsqu'elle soufflait, l'air se condensait en petits nuages blancs. À ses côtés, Neko et Koge-chan étaient lancés dans une discussion à propos d'une traduction du langage des souris. Tout en les observant, sourcils froncés, la verte se pencha vers Chigo pour lui souffler :
« Ils sont ensembles ?
- Ah ! Bien sûr que non ! À son arrivée dans le gang, Neko avait eu Koge-chan comme partenaire responsable. »
Avec une moue, elle pensa que le contraire aurait été plus logique …
Ils étaient attroupés en haut d'un immeuble de quelques cinq étages, tous accroupis pour rester planqués. Les membres engourdis par le froid commençaient à devenir douloureux, et même la peau blafarde rosissait légèrement. On s'impatientait. Certains, assis le cul sur le béton gelé, trépignaient en battant des jambes. Pour se changer les idées, Gumi ferma les yeux, se concentrant sur le flot de pensées qui l'assaillaient constamment lorsqu'elle relâchait son attention. Un bourdonnement incessant de personnes ne sachant pas contrôler leur télépathie, ou cherchant simplement une personne avec qui discuter. Luka lui avait dis qu'elle n'était pas douée pour ça, mais Chigo, lui, l'est. Il lui avait expliqué qu'il n'aimait pas s'en servir, mais que c'était drôlement pratique. On peut entendre tout ce que les autres « partagent », mais on peut aussi très bien discuter avec une personne, et une seule, sans se faire entendre. Mais il fallait se méfier des Remote Control, disait-il d'un air grave. Parce que eux, ils entendaient tout. Les pouvoirs psychiques, voilà leur force principale. Gumi avait eu un sourire malsain …
Certaines voix étaient plus fortes que d'autres. Plus on était doué, plus on se faisait entendre … Beaucoup parlaient de la mission, demandant des informations supplémentaire. Un matryoshka avec une voix mal assurée demanda si on mangerait des hot-dogs ce soir. Ce qui provoqua des réactions hilares, dont un qui répondit : « such idea ! ». La suite des discussion réussit à faire sourire Gumi. L'imbécillité des gens de son âge l'étonnerait toujours autant. Et puis, il y avait ceux qui faisaient le guet, envoyant régulièrement des check-up. La verte avait l'impression d'écouter la radio et de se régler sur plusieurs fréquences …
Soudainement, une voix stridente : « Dernier garde neutralisé, GO ! »
Chigo réagit au quart de tour. Habilement, il se glissa sur le bord du toit pour rejoindre la minuscule corniche de la fenêtre d'en-dessous. Et il descendit les cinq étages, sa partenaire à sa suite. Tous arrivés à terre, ils contournèrent le bâtiment principal pour arriver dans la cours arrière. Là, les chiens poussèrent quelques aboiements de surprise. Ils étaient bien moins gros que ceux de la Parade … Après une pantomime presque comique d'instructions, deux matryoshkas encadrèrent la sortie de la cours, deux autres se placèrent au milieu, formant une porte : ils guideraient les chiens à la sortie. Deux autres se placèrent sur le toit des cages, et Chigo et Gumi se tenaient prêts à ouvrir. Collés contre les grilles des cages, Neko et Koge discutaient avec les animaux. Ils mirent un certain temps à interpeller le chien alpha (un problème d'accord : « uaf » ou « wuaf »), et entamèrent une discussion. Ils devaient persuader les chiens de sortir sans bruit, et sans blessés. Au final les deux énergumènes hochèrent la tête en direction de Chigo, en se relevant.
Le verrou claqua.
La mâchoire des chiens aussi.
Les membres de l'équipe étaient consciencieusement sélectionnées, et les autres positionnés comme des portes générèrent des champs de force pour éviter tout débordement, ou toute attaque.
Dans une symphonie de glapissements, les canidés sortirent de la cour. Lorsqu'ils traversèrent le parking de fonction, tous les véhicules avaient les pneus crevés. Gumi sentit qu'on lui serra le bras, et ils se téléportèrent.
L'alarme hurla.
⁂
En haut, tout en haut, Atchii inonda la ville de son rire tordu et victorieux.
« Miku, je … »
Gumi tourna la tête sur le côté, ravalant une dernière fois sa fierté.
« Je peux toujours dormir chez toi ? »
Parce que oui, les baraques venaient d'être très récemment démontées, et la verte venait d'enchaîner sa troisième nuit dans la rue. Elle nichait son sac – avec sa batte – au lycée, et le récupérait le soir pour se planquer dans l'extrême Sud, aux alentours des bidonvilles et de la déchetterie. Et elle n'en pouvait déjà plus. Alors, l'amour-propre rangé au fond de sa poche, elle s'était retranchée vers Miku. La riche et populaire Miku Hatsune.
Qui la regardait actuellement avec une expression ébahie.
« Tu … Je … Je pensais que tu arriverais à te débrouiller toute seule …
- Je pensais, les baraques mettaient du temps à être expulsées …
- Je … suis contente. »
Elle tendit les bras, et Gumi s'y laissa glisser sans se plaindre, coulant dans son étreinte affective. Un frisson courut le long de sa colonne vertébrale en sentant son contact, sa peau contre la sienne, dans un geste dont elle n'avait pas l'habitude.
Luka changea de position sur son banc, préférant poser ses coudes sur ses genoux. Elle reprit l'observation de l'équipe de foot, s'extasiant sur leur entraîneur qui hurlait des conseils, des consignes à ses élèves, sans qu'un seul d'entre eux ne daigne l'écouter. Ils ressemblaient à un tas uniforme d'australopithèques s'acharnant sur un ballon. Elle n'aimait pas le foot. Alors elle tourna vers l'équipe d'athlétisme, son équipe. Aujourd'hui c'était saut en hauteur. Elle connaissait chaque personne, chacune de leurs capacités, de leurs spécialités. Mais personne ne la connaissait. Ça ne la dérangeait pas plus que ça. Elle savait qu'elle n'était pas énormément appréciée à cause de son caractère plutôt franc et rentre-dedans avec les inconnus. Elle était ce qu'elle était, elle ne voulait pas le changer, et elle assumait de ne pas être populaire. En les voyant courir, elle commença à devenir nostalgique. Elle adorait courir, oui. Elle était particulièrement forte en 100m, et au relais. Maintenant, elle ne savait même plus si elle pourrait recommencer à courir un jour … Lentement, son regard dériva vers d'autres équipes, avant de se poser sur l'équipe d'athlétisme masculine. Eux, ils faisaient de la course d'endurance. Luka se sentit rougir. Parmi eux, il y avait Ichigo. Avant, quand ils étaient partenaires, il l'embêtait souvent sur le terrain, la mettant au défi, ou la charriant sur ses formes. Et, il fallait l'avouer, il était particulièrement mignon en tenue de sport …
Son prof mit fin à sa rêverie :
« MEGURINE ! Rends-toi utile, range le matériel ! »
Elle soupira en se levant. Les habitudes ne changent pas. Un prof buté reste un prof buté. Elle alla donc charger le sac des maillots lorsque tout le monde y avait mis le sien sur son épaule, prit les barres de plastiques sous son bras, et attrapa les plots de l'autre main. En fait, elle aimait bien être chargée comme un mulet … Une sorte de masochisme … Elle traversa un morceau de la piste d'athlétisme pour arriver au local de sport. La porte était entrouverte. Du pied, elle l'ouvrit, et croisa un membre de l'équipe de foot qui sortait. Les barres étant difficiles à ranger, elle posa tout le reste dans un coin, pour s'en occuper. Elles se rangeaient dans un haut casier sans porte, à la verticale, retenues par une attache qu'on mettait après. Luka balança toutes les barres sans grande patience. Une commença à lui retomber dessus, elle l'attrapa d'une main. Pendant qu'elle la replaçait, deux autres tombèrent. Elle les retint avec sa jambe. Les dents serrées, elle tenta de tout remettre d'un coup dans le casier, d'une main, l'autre tenant fermement l'accroche, qu'elle s'apprêtait à mettre. Mais elle vit toutes les barres se mettre à tomber d'une masse sur elle. Lentement. De sa main libre, elle en repoussa une partie, fermant les yeux pour se préparer au choc avec le reste.
« T'es trop conne ! »
Ichigo planta son bras en face du casier pour retenir toutes les barres, arracha l'accroche des mains de Luka et l'attacha. Il la fusilla du regard, du haut des 15 centimètres qu'il avait en plus qu'elle. Elle ouvrit la bouche, prête à sortir une excuse, mais préféra lui lancer un immense sourire désolé. Il lui tourna le dos, elle le ravala. Elle n'arrivait plus à se comporter normalement avec lui, tout ses gestes lui semblaient faux … Il avait rattroupé les plots pour les ranger à leur emplacement, elle se précipita sur le sac contenant les maillots, gênée de ne rien faire. Elle tremblait …
« Hey, Me- … Luka ? »
Elle sursauta. Son cœur s'emballa. Même au lycée il ne l'appelait jamais comme ça.
« Tu n'as pas peur de moi ?
- Pourquoi ? elle haussa les épaules, je n'ai aucune raison, j'ai confiance en toi … »
Elle l'entendit soupirer. Avant qu'il ne continue, elle finit sa phrase :
« Mais toi, pourquoi tu prends le risque de me parler ?
- Parce que je m'en fiche, de ce que peuvent dire les autres ! - il eut un petit rire sec – Je n'ai pas à t'en vouloir non plus. Tu m'as trahi, je t'ai trahi. On est quittes. Je ne marche pas avec l'amertume ou avec la rancune.
- On peut … Repartir de zéro ?
- De là où on en était ? »
Luka se retourna soudainement. Il était tourné vers elle, aussi. Dans le petit local de sport, ils se trouvèrent soudainement terriblement proches … La rose bondissait intérieurement de joie. Elle se perdit dans les yeux noisettes de son 'partenaire', tant qu'il soutiendrait son regard. Son cœur battait à toute allure. Il allait s'avancer … Il allait s'avancer, se pencher, et -
Elle hoqueta de surprise en sentant le sol trembler. La terre s'agitait, le local se mit à grincer, tout bougeait autour d'elle. Apeurée, elle s'accroupit à terre, mains plaquées contre les oreilles. Au loin, comme venant directement de la Terre, un cri terrible s'élevait. Un cri de douleur aigus, qui lui déchira les entrailles. Ichigo avait suivit son mouvement, et la protégeait de son corps, se bouchant aussi les oreilles. Le tremblement de terre fut rapide. À peine quelques secondes.
Lorsqu'ils relevèrent la tête, Ichigo et Luka entendirent quelques cris de personnes apeurées dans le lycée…
Sur le terrain de baseball régnait une grande panique. Au centre, à la place du batteur, une silhouette était couchée dans l'herbe. Elle se tortillait, se tordait, gigotait, battait des pieds, en se tenant le ventre. La jeune fille aux cheveux verts qui se mêlaient au gazon riait, et elle en pleurait. Ses coups de pieds dans le vide creusaient de temps à autre un sillon marron dans le sol meuble. Ça l'avait pris lors du tremblement de terre : debout, elle s'était mise à hurler en accord avec la plainte stridente, et s'était effondrée.
S'étouffant à moitié, le visage mouillé de larmes, le menton de bave, les yeux écarquillés, elle hoquetait : « Ça a commencé … »
Avant d'être prise d'une nouvelle crise de fou-rire :
« ÇA A COMMENCÉ ! »
Le Tournoi était dans 5 jours.
