-Chapitre 6-

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La moindre fêlure dans le mur peut entrainer la chute de toute la maison.

Tahar Ben Jelloun

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Cora Mills trempa ses lèvres dans son verre de champagne tout en observant la réception qui se déroulait à l'étage inférieur et sur laquelle elle avait une vue parfaite. Perchée sur le palier du premier étage, elle pouvait observer à loisir tout ce petit monde se déplacer de groupe en groupe pour échanger rapidement et tenir des conversations mondaines. Elle remarqua que chacun n'avait pas manqué de complimenter sa fille sur sa tenue, sa beauté ou sa politique. Ils avaient raison, Regina était magnifique dans sa robe de soirée dont le tissu fluide descendait jusqu'à ses pieds. Si Cora avait pu faire le moindre reproche, elle aurait surement parlé de cette fente, sur le côté gauche de la tenue, qui remontait jusqu'en haut de sa cuisse. Regina avait toujours eu un corps parfaitement bien dessiné, et elle savait le mettre en valeur, c'était indéniable, mais Cora ne partageait pas son goût pour la sensualité politique.

Soudain, alors que Regina était en train de discuter tranquillement, elle épingla sa mère d'un rapide coup d'œil, comme si elle avait pu entendre ses pensées. Cora poussa un grognement de mécontentement avant de se sentir obligée de descendre rejoindre la fête.

Elle se faufila jusqu'à Regina et lui attrapa élégamment le bras alors que celle-ci parlait avec un jeune homme tout à fait charmant.

-Permettez que je discute un moment avec ma fille, déclara-t-elle en s'éloignant ne laissant ainsi aucune possibilité de refus.

Regina contint son sourire, elle savait pertinemment ce que sa mère allait lui dire et elle ne fut pas longue à venir.

-Etais-tu obligé de mettre la robe la plus fendue de l'univers ? Je sais que tu aimes la provocation et ce que les tabloïds vont en faire mais tout de même…

Le sourire de la brune s'élargit franchement et elle leva les yeux au ciel.

-Mère, la presse n'est pas là ce soir, et personne ne pourra prendre de photo de cette merveilleuse robe… malheureusement.

-Oh je t'en prie ! Tout New-York se retournerait en imaginant que tu t'es lancé dans le X ! gronda Cora en raffermissant sa prise sur le bras de sa fille, dénotant son énervement.

-Tu n'as pas dû regarder beaucoup de film X, se moqua la brune en souriant aux gens qui la regardaient avancer.

Elles passèrent entre deux hommes qui gardaient une pièce et Cora leur fit signe pour qu'ils ne laissent personnes les interrompre.

-Il se passe quelque chose, Regina ? demanda la mère de famille en prenant soudain un air inquiet.

-Que devrait-il se passer ?

-Katherine n'est pas là. Déclara Cora en prenant soin d'emmener sa fille le plus loin possible des portes encore ouvertes.

-Katherine ?

-Katherine Abigail ! Ton sextoy ambulant !

-Mère ! S'indigna Regina en fronçant les sourcils coulant un regard vers la pièce d'à côté afin de regarder si quelqu'un pouvait les entendre.

Durant un instant, elle se demanda si elle était outrée par l'appellation de sa mère ou tout simplement par le fait qu'elle soit au courant.

-Ma chérie, je sais que tu aimes avoir de la compagnie dans ce genre de mondanité et habituellement, le sénateur Abigail fait très bien la potiche à côté de toi mais ce soir, elle n'est pas là. Que se passe-t-il ?

-Katherine ne fait pas la potiche, rectifia Regina, et elle n'est pas mon « sextoy ambulant », s'empressa-t-elle d'ajouter.

-Oh… chérie, une femme que tu vois durant les pauses repas et qui n'est pas officiellement ta petite amie est un petit sextoy ambulant ! Rien d'autre ! J'espère au moins qu'elle ne te fait pas sauter tout tes repas !

-Mère ! gémit Regina en l'implorant du regard d'en finir avec cette conversation.

-Grandis un peu ! rabroua sa mère. J'ai dit qu'elle « ne te fait pas sauter tous tes repas » et non pas qu'elle « te saute à tous les repas »…

Regina toussota, s'étranglant presque avec sa propre salive.

-Mon dieu, mère, pourrait-on arrêter cette conversation ? Je crois que je vais me sentir mal. Blémit la brune en s'asseyant sur une chaise.

Il n'y avait qu'elle pour la mettre dans un tel état de gêne alors qu'elle se sentait superbe quelques secondes auparavant.

-Qu'y a-t-il ?!

-C'est vulgaire !

-C'est la vie ma chérie, je ne comprends pas que le sexe te mette aussi mal à l'aise !

-Le sexe ne me met pas mal à l'aise, mère, c'est d'en parler avec toi qui me perturbe.

-Ce que tu peux être prude ! Je n'ai jamais eu de mal à en parler avec ta sœur…

-Mère ! s'écria Regina pour la faire taire.

-Et en même temps, poursuivit Cora dans ses pensées, Zelena n'était pas des plus discrètes lorsqu'elle ramenait un petit ami en douce alors que toi… je dois avouer que…

-Stop ! glapit Regina rouge de honte.

Sa mère arborait un petit sourire satisfait. Après quelques secondes de silence, Regina reprit :

-Comment es-tu au courant pour Katherine ?

-A chaque fois que j'appelle pour ta pause repas, ta secrétaire m'informe que tu es en compagnie du sénateur Katherine Abigail et que tu ne veux être dérangée sous aucun prétexte. Une fois passe encore mais chaque fois… cela met la puce à l'oreille.

-Bon sang !

-Quoi qu'il en soit, le sénateur Abigail n'est pas là ce soir. Il doit bien y avoir une raison.

Regina garda le silence, encore sous le choc. Il fallait vraiment qu'elle progresse sur les discussions avec sa mère en ce qui concernait le sexe.

-Je suis là pour récolter des fonds pour le centre autistique, je n'ai pas besoin d'un sénateur à mes côtés, plaida-t-elle en se relevant pour gagner un peu en autorité.

Cora lui lança un regard torve, elle ne croyait pas une seule seconde à l'excuse de Regina. Elle décida de s'asseoir tout en fixant sa cadette afin de bien lui faire comprendre qu'elle ne s'en sortirait pas comme ça.

Regina devait reconnaître que même assise, sa mère dominait encore la situation.

-J'attends, ma fille.

-Tu peux attendre aussi longtemps que tu veux, je n'ai pas de réponse à te fournir, je n'avais pas envie d'avoir Katherine à mes côtés ce soir. C'est tout !

-Auras-tu quelqu'un d'autre ?

Regina se mordit la lèvre inférieure et se détourna avant que sa mère s'aperçoive de sa gêne.

-Oh bon sang ! Pour l'amour du ciel, ne me dit pas que c'est un autre sex toy !

-Pour l'instant c'est…

Un grand fracas de verre se fit entendre dans l'autre pièce et Regina se précipita pour voir ce qu'il se passait, suivie de près par sa mère.

Un serveur était en train de s'excuser auprès d'une jeune femme qui s'excusait elle aussi pour ne pas avoir fait attention.

Robin de Locksley, l'avocat reconnu posa une main dans le dos de la jeune femme afin de lui demander si tout allait bien. Le sang de Regina ne fit qu'un tour et elle se précipita en avant.

-Emma, appela-t-elle sans montrer la moindre émotion.

La blonde se retourna et l'accueillit avec un sourire radieux.

-Vous connaissez cette ravissante créature, Regina ? questionna Robin en laissant sa main dans le dos de la chirurgienne afin de s'assurer de son bon équilibre.

-Oui, Robin, cette ravissante créature est à moi, ce soir ! gronda-t-elle en tendant la main à Emma pour la faire venir de son côté.

La blonde eut un sourire timide et rejoignit la brune.

Robin n'en demanda pas plus et s'éloigna dans la foule. Le serveur aussi avait déguerpi et alors qu'Emma le cherchait du regard pour s'excuser de nouveau, elle sentit des doigts entourer son bras afin d'attirer son attention.

-Vous êtes en retard.

-J'ai eu une opération qui a été plus longue que prévue.

Pour seule réponse, Regina laissa glisser son regard sur le corps de la blonde et ne s'arrêta que lorsqu'elle entendit un raclement de gorge significatif derrière elle. La politicienne leva les yeux au ciel et fit volte face pour retrouver le regard de sa mère.

-Ne seriez vous pas le docteur arrogant qui s'occupait de mon petit fils ? demanda la rouquine en s'avançant à leur rencontre.

-L'arrogance est ma principale qualité, je suis ravie que vous vous en soyez rendue compte ! rétorqua gaiment Emma en avançant sa main vers la femme qu'elle reconnaissait comme étant la grand-mère d'Henry.

Les yeux de Cora plongèrent dans ceux de la chirurgienne qui eut soudain l'impression qu'on lui gelait le cœur de l'intérieur. Tout en lui serrant la main, elle tenta de garder la tête froide. Enfin, Cora tourna la tête vers sa fille et haussa les sourcils.

-C'est pour ça que le sénateur Abigail ne t'accompagne plus !?

-Mère ! gronda Regina sur un ton menaçant.

-Bien… je te laisse profiter de ta soirée ma chérie, mais fais-moi plaisir, ne rentre pas trop tard.

Elle tourna la tête vers la petite blonde, lui offrant pour seule salutation un hochement de tête sec. Alors qu'elle s'éloignait, Emma repensa aux mots d'Henry : « C'est la reine de cœur, elle vole des cœurs, elle a volé celui de maman il y a très longtemps et si maman a réussi à le récupérer, elle n'a jamais plus été la même. »

Mal à l'aise, elle se tourna vers Regina qui la sondait du regard, en silence.

-Quel regard intense, madame le maire ! pouffa Emma en se reculant d'un pas.

-Un penny pour vos pensées, chantonna Regina en comblant un peu la distance qui persistait entre elles.

-Qui est le sénateur Abigail ?! demanda Emma farouchement.

Regina haussa les sourcils comme pour lui dire qu'elle aurait dû trouver une meilleure question. Puis, comme si elle était soudain devenue ennuyeuse, Regina se détourna d'elle pour se faufiler dans la foule.

Sans attendre, la blonde la suivit, intriguée. Regina s'arrêta vers un serveur et attrapa deux coupes de champagnes pour lui en tendre une. Emma ne se fit pas prier et remercia poliment la brune.

-Avez-vous reçu mon cadeau ? demanda la chirurgienne.

-Oui. Dit simplement la brune en hochant la tête pour répondre à diverses salutations.

-Vous savez que la bienséance voudrait que vous me remerciiez ? s'amusa Emma.

-De m'avoir offert des fleurs mourrantes ?

Emma fut secouée d'un rire silencieux.

-D'accord, la prochaine fois, je vous enverrai une paire de boucle d'oreille.

-Vraiment Miss Swan ? J'essaie de vous séduire en vous emmenant dans des lieux improbables et vous plongez dans la banalité la plus affolante.

Emma plissa les yeux. Après leur premier rendez-vous, il était vrai que la mairesse l'avait invité dans une loge privée d'un ancien théâtre pour voir la pièce préférée d'Emma, puis pour un dîner aux chandelles dans l'aquarium de New York, fermé au public pour l'occasion.

-Vous êtes déçue ? demanda Emma en suivant la brune dans un couloir vide.

Celle-ci se retourna brusquement pour doucement caresser la joue de la jeune femme avec le dos de sa main.

-Vous ne me décevez pas, vous m'amusez !

La chirurgienne agrippa férocement le bras de la brune.

-Je ne suis pas un amuse-gueule.

-Qui a dit que je vous considérais comme tel ?

Emma relâcha sa prise face au regard rieur de la politicienne.

-Il est temps que je vous emmène dans un de mes endroits, souffla Emma en s'avançant pour la faire reculer.

Lorsque son dos rencontra le mur de pierre, Regina ne parut pas intimidée, loin de là, elle sourit fièrement comme si elle était satisfaite du comportement de la blonde. Excitée même.

-J'espère que vous ne m'emmenez pas dans la morgue de l'hôpital !

-Figurez-vous que moi aussi j'ai des relations !

-Je n'ai jamais jouée de mes relations, Em-ma ! J'ai ordonné ! juste pour vos beaux yeux ! susurra Regina en glissant sa main contre la nuque du médecin.

-Je suis persuadée que vous étiez une insupportable pom pom girl au lycée !

Regina pouffa doucement et se détacha de la blonde.

-Alors, où m'emmenez-vous ?

-Surprise !

Un chauffeur remonta la 6e Avenue durant une dizaine de minutes avant de tourner dans une rue non loin du Washington Square Park. Enfin, il s'arrêta devant un bâtiment que Regina connaissait bien.

-Le MET ?

-Un musée en pleine nuit, personne ne risque de nous surprendre !

Regina sortit de la voiture en acceptant la main qu'Emma lui tendait pour l'aider. La robe de la brune dévoila une jambe pâle et un talon vertigineux. La chirurgienne avait passée une combinaison bustier blanche afin d'être plus à l'aise et elle fut ravie lorsque la brune s'accrocha à son bras.

Un petit homme rondouillard descendit quelques marches afin de venir les saluer et se figea en voyant la mairesse de New York.

-Emma ! Tu déconnes ?! s'écria-t-il en affichant une mine furieuse.

-Du calme Jean ! soupira la blonde. Regina est une amie, elle ne dira rien ! Mais… Tu comprends, avec son boulot… elle n'a pas le temps d'aller au musée.

-Je pensais que tu allais amener une fille quelconque, pas le Maire de New York ! dit-il plus bas en espérant que Regina ne l'entendrait pas.

-Eh bien réjouis toi que ce ne soit pas une fille quelconque ! minauda Emma.

Le dénommé Jean leva les yeux au ciel et leur fit signe de le suivre. Il les fit entrer par une porte dérobée et donna un badge à Emma qui lui permettrait de ressortir.

-Fais attention, c'est un vrai tombeau une fois enfermé dedans ! les prévint-il.

Une fois que la porte fut refermée, le silence assourdissant remplit la pièce. Emma tendit son bras afin que la mairesse puisse être guidée. A quelques mètres devant elles, sur une petite table, une lanterne électrique diffusait une lueur blanche. Emma s'en saisit et éclaira le chemin devant elle. Regina se laissa conduire sans rechigner tout en observant les tableaux et sculptures, seuls témoins de leur avancée silencieuse.

-Vous êtes silencieuse… fit remarquer Emma en la regardant observer les peintures autour d'elles.

-L'art véritable n'a que faire de proclamations et s'accomplit dans le silence. Répondit simplement Regina en lui offrant un sourire.

-Proust ! Devina Emma

-Proust, confirma la brune en se détachant soudain de la blonde pour s'avancer vers un tableau.

Elles s'accordèrent un instant pour passer de toile en toile. Calmement, Emma caressa le bras de la brune et l'invita gentiment à la suivre vers leur table dressée dans une salle où plusieurs toiles les entouraient. Mais celle qui attira le regard de Regina fut celle de John Singer Sargent. Une grande peinture représentant une femme dans une robe de soirée sombre tenant un éventail d'une main et s'appuyant nonchalamment sur une table en bois vernis de l'autre. De fines bretelles en argent remontaient sur ses épaules.

-Elle me fait penser à vous, murmura Emma.

Regina, surprise lui lança un regard de biais tout en haussant un sourcil.

-Je ne suis pas rousse.

-Non, mais vous dégagez quelque chose de semblable.

Regina ne demanda pas d'explication, elle semblait savoir ce qu'Emma voulait dire.

-Vous savez que ce tableau est à l'origine d'un scandale ?

-Racontez-moi.

-John Singer Sargent rencontre un jour Virginie Avegno Gautreau, femme d'un banquier parisien et décide de peindre son portrait comme hommage à sa beauté. Il a mit un an pour finir la peinture. En 1884, il présente une version bien différente de celle que nous avons devant nous. La brettelle de son bras droit tombe de son épaule et c'est ce détail qui provoque le scandale. Afin de calmer les esprits, il repeint cette bretelle mais le mal est déjà fait. Il conserve l'œuvre chez lui jusqu'en 1916.

-Comment a-t-elle attérit ici ? demanda Regina véritablement intéressée.

-A la mort de Virginie Avegno Gautreau, Sargent décide de vendre ce tableau au MET.

Regina eut un petit sourire discret et tourna son regard vers les yeux d'Emma qui détaillait encore la toile.

-Je suis persuadée qu'il était fou amoureux d'elle et qu'il n'a pas pu supporter de la voir chez lui chaque jours après sa mort.

-L'Histoire ne le révèle pas ?

-He non ! soupira Emma qui semblait frustrée de ce manque. Bien, si nous allions manger ?

Regina restait muette. Elle sentait quelque chose de nouveau en elle. Emma s'inquiéta de son silence alors qu'elles entamaient leur entrée.

-Quelque chose ne va pas ?

-Pourquoi dites-vous cela, Emma ?

-Vous êtes silencieuse… j'ai dit quelque chose ?

-Non, je vous assure, je passe un moment très agréable.

Elle détailla encore la blonde et son regard tomba sur le collier en argent qu'abordait Emma. Une plaque en argent où un nom était inscrit.

-Neal ? questionna-t-elle en prenant son verre de vin.

Emma releva les yeux vers la mairesse et fronça les sourcils.

-Pardon ?

-Votre collier. Précisa Regina consciente du malaise qu'elle venait de créer.

-Oui… Neal… c'est… c'était mon meilleur ami.

-Je suis désolée, murmura Regina consciente que si la blonde portait une plaque autour du coup avec son nom gravé dessus, c'est que celui-ci avait dû périr. Comment est-ce arrivé ? demanda-t-elle encore.

Aussitôt, le regard d'Emma se voila et elle replongea dans ses souvenirs tourmentés.

-Neal et moi… après nos études, nous avons décidé de partir sur le terrain, là où on avait l'impression de vraiment aider. On… on est parti en Irak et on a… tenté de sauver des vies. Il… il est mort là-bas. Conclut-elle rapidement en tendant son bras vers son verre de vin.

-Vous vous sentez coupable, devina la brune.

Emma ne répondit pas, la scène défilait dans sa tête. Elle avala une longue gorgée alcoolisée avant de se reprendre et de reporter son regard sur Regina qui la fixait tranquillement. Elle semblait attendre une explication mais Emma n'était pas encore prête à lui donner. Elles n'en parlèrent plus.

L'entrée fut suivie d'un plat chaud qui régala leurs papilles et bientôt, elles n'eurent plus rien à se mettre sous la dent. Emma eut un rire nerveux.

-Que se passe-t-il, Emma ?

-J'ai envie de danser avec vous, murmura-t-elle soudain timide.

Comme si cette demande lui avait été faite mille fois, Regina eut un petit rire et se leva pour accéder à la demande de la blonde.

La chirurgienne monta le son d'une radio posé là, preuve qu'elle avait prévu la demande depuis bien longtemps et trouva naturellement sa place entre les bras de la mairesse. Comme si elle l'avait fait des centaines de fois, elles se laissèrent bercer par un slow. Emma, un peu nerveuse se mit à sourire tout contre l'oreille de la brune qui ne la voyait pas.

-Ce rendez-vous est-il à la hauteur ? Ou sommes nous toujours dans une banalité affligeante ?

-J'ai dit affolante, rectifia la mairesse en souriant à son tour. Et je dois avouer que le musée la nuit me plait assez.

Emma fit tourner la brune en l'éloignant un peu d'elle et reçu comme un coup dans le cœur lorsqu'elle se rendit compte que cette femme qui était en train de lui sourire faisait chavirer son cœur sans même qu'elle s'en rende compte. Elle qui s'était promis de ne plus s'attacher à personne, après ses parents, Neal, Lili, David et Mary, elle s'était jurée…

Elle lâcha la main de la mairesse qui chercha un instant le regard de la blonde.

-Emma ? Ca ne va pas ?

-Je… si… je… ce n'est rien…

Regina plissa les yeux, certaine qu'elle était face à un mensonge.

-Ai-je dis quelque chose de mal ? demanda la politicienne en joignant ses mains devant elle.

-Non ! je… je vous assure, c'est moi qui… ne suis pas très douée en rendez-vous…

Regina ne laissa rien paraître et hocha simplement la tête.

-Souhaitez-vous arrêter là ?

Emma réfléchit sincèrement à la proposition mais son cœur s'emballa à l'idée de voir partir la brune alors elle lui attrapa la main et déclara :

-Continuons à danser.

Elles dansèrent, encore et encore, le temps qu'Emma apaise son cœur encore meurtri. Le temps qu'elle prenne son courage à deux mains pour laisser s'infiltrer quelque chose qui ressemblait bien à une affection toute particulière.

Et là, alors que la voix d'Anohni Hegarty s'élevait, Emma se sentit…bien. Prête à aimer. Elle plongea ses yeux dans ceux de Regina et posa ses lèvres sur les lèvres les plus douces qu'elle ait jamais embrassées. Regina répondit au baiser en l'approfondissant un peu plus.

Elles s'écartèrent doucement en ouvrant lentement les yeux et la blonde eut un petit rire gênée.

-Je n'ai pas envie que vous partiez, murmura-t-elle en posant son front contre son homologue comme elle l'avait fait lors de leur premier baiser.

-Il est deux heures du matin, Emma.

-Nous pourrions faire nuit blanche, proposa-t-elle.

-Dans ce cas, allons nous asseoir.

Elles s'installèrent devant Madame X et contemplèrent l'immensité du tableau.

-Neal vous aurait adoré ! susurra Emma en gardant Regina contre elle.

-Comment est-il mort ?

Emma sursauta, légèrement surprise que la brune ose lui poser la question. Puis, après un long soupire, elle décida de répondre.

-Il a échangé de place avec moi parce qu'il aimait bien la pilote d'hélico. On se chamaillait pour savoir lequel des deux aurait le privilège de finir dans son lit. Et je devais monter dans l'hélicoptère qui 'est crashé mais… au dernier moment, j'ai vu le visage tout triste de Neal et… je l'ai laissé prendre ma place.

Je te le revaudrais, Emma !

-C'est un peu pathétique pas vrai ?! murmura-t-elle. Il voulait juste me prouver qu'il pouvait réussir à avoir cette fille… si on n'avait pas été en compétition constante, ça ne serait pas arrivé.

-Sans cette compétition, vous n'auriez pas eu la même amitié.

-Mais il serait en vie.

-Et vous, morte.

-Ce n'est pas si simple, Regina.

La brune ne rétorqua rien, se contentant de regarder la blonde en proie à ses doutes.

-Quelques minutes après avoir décollé, on a entendu une explosion… J'ai voulu courir sur les lieux mais on m'en a empêché.

Regina resserra la main d'Emma qui se trouvait entre les siennes.

-Je suis désolée, Emma.

Une larme roula sur la joue de la blonde mais elle parvint tout de même à sourire.

-Je crois qu'il aurait voté pour vous !

Regina eut un petit rire.

-C'était un homme intelligent donc ! plaisanta-t-elle.

Emma éclata de rire et peu à peu le silence reprit sa place, les laissant contempler le tableau face à elles. La nuit était assez avancée lorsqu'Emma proposa à la mairesse de la raccompagner chez elle.

-Je vois qu'on avance pas à pas, miss Swan.

Elles étaient arrivées au pied de l'immeuble privée de la mairesse.

-C'est à dire?

-D'abord on se quitte sur un pont, ensuite vous me raccompagner jusqu'à ma porte... puis-je espérer que vous monterez prendre un verre pour notre prochain rendez-vous?

-Croyez-moi, si j'avais pu, je serais monté dès notre première rencontre, souffla Emma désireuse de narguer la brune.

-Qu'est ce qui vous en empêchait?

-Allons madame le maire, on ne bouscule pas une dame telle que vous...

La voix d'Emma était devenue un peu plus grave afin d'attiser un feu dans le ventre de la mairesse.

-Miss Swan, murmura Regina en plantant ses prunelles dans les orbes vertes, qui vous dit que je n'aime pas être bousculée un peu de temps en temps?!

Le regard qu'elle lui envoya ne laissa aucun doute sur le sous-entendu que venait de faire la politicienne et Emma sentit ses entrailles faire des bonds de cabri. Elle s'avança pour écraser ses lèvres sur celle de la jeune femme face à elle et ses ongles griffèrent un peu le tissu qui recouvrait les hanches fines de la brune.

-Je vous souhaite une bonne nuit, Emma.

Elle attendit que la brune soit entrée dans son immeuble avant de se détourner pour sourire comme une enfant à qui on venait de promettre une surprise. Et même si elle essayait d'effacer ce sourire, se sentant stupide, elle n'y parvenait pas...