Les hommes couraient. Il y avait à peine quelques minutes que le tremblement avait eu lieux, la paperasse s'agitait déjà. Les scientifiques de Babylon étaient réquisitionnés et remuaient à grandes lampées de louches leurs méninges. Les administrés étaient aussi agités à cause du nouveau tapage des Matrysohkas. D'autres étaient penchés sur une magnifique maquette de l'arène pour le Tournoi, cherchant à renforcer encore et encore le système de sécurité. Une bonne femme aux obus à la place des seins tentaient d'avoir l'attention de quelqu'un pour prévenir que l'équipe de nettoyage devait repeindre le mur pour effacer le tag fait la nuit dernière. Personne n'écoutait. Ils ne devaient même pas s'écouter eux-mêmes. Ils avaient lu, oui. Ils avaient lu l'avertissement lancé par les Matryoshkas, cette provocation qui invitait aux couards du gouvernement de venir les affronter sur le terrain, avec cet effroyable J-5. Les secondes du compte à rebours s'égrenaient lentement.
Mais le maire de Babylon n'en avait rien à faire. Il maintiendrait le Tournoi, et laverait l'affront de cette bande de jeunes belliqueux idiots. Son plus gros soucis, pour le moment, étaient les résultats dont il avait dépêché les mathématiciens et les géologues présents dans une salle à part. La porte de cette salle claqua, quelqu'un couina. Une feuille de papier froissée se balada de mains en mains avant d'arriver au bureau du chef. Celui-ci s'en empara avec un léger tremblement. Et il lorsqu'il lut, il hurla.
⁂
Gumi se voyait mal débarquer avec sa batte de baseball posée sur son épaules, même si Miku savait bien qu'elle faisait partie de l'équipe de baseball du lycée. Ça l'foutait mal, point. Elle avait donc à regrets trouvé une planque pour son cher morceau de bois, avant de venir sur le seuil de la maison volante ; un sac à moitié vide à la main. Sa chère amie aux cheveux bleus lui expliqua la procédure : elle l'enregistra comme visiteur récurrent, et Gumi n'avait qu'à appuyer sa main contre la boîte aux lettres/tablette pour voir un escalier étrangement transparent apparaître devant elle. Elle monta tout de même sans poser de questions. Elle découvrait tout ce joli monde de riche avec curiosité, presqu'avec amusement. Tandis que l'extérieur ressemblait à une sphère ovale, l'intérieur était … Presque carré. Seuls les coins étaient très arrondis. La maison dégageait une chouette ambiance de studio d'étudiant. Peu de décorations, très illuminé, des couleurs épurées, claires, une odeur de frais mêlée à celle – très légère – du parfum de Miku … Gumi s'y sentit aussitôt comme une étrangère. Ce n'était pas dans ses habitudes, cet univers tout sage. Elle, elle avait l'habitude du bordel, du bruit, des mauvaises odeurs, de l'univers sombre et sale d'un abri précaire. Tant et si bien qu'elle eut du mal à faire un pas à l'intérieur de la maison de Miku. Le rez-de-chaussée donnait sur le salon (avec une baie vitrée, d'où venait la lumière), où on pouvait trouver un magnifique canapé de cuir gris, une table basse en verre, deux poufs rouges, et un énorme siège complètement plat. Il y avait aussi – bien sûr – l'écran intégré au mur, avec à sa gauche le lecteur DVD, le satellite, et les deux consoles de jeux, tout autant insérés dans le mur. Gumi n'avait jamais compris comment on avait pu installer la télévision à Babylon ; comme le gaz ou l'eau. Sur le côtés traînait une grande bibliothèque, petite touche culturelle, qui contenait livres, BDs, CDs, et jeux. Pendant son inspection, la verte n'avait pas pu s'empêcher de fixer le casque blanc et jaune laissé sur la table basse. Rin ou Len ? Droit devant elle en rentrant, il y avait la cuisine, de deux marches plus basse que le salon, et enfoncée dans une alcôve ronde dans le ciment blanc. C'était du ciment, d'ailleurs, pour que la maison vole ? La pièce que formaient l'entrée et le salon était grande, et le plafond haut. À côté de la cuisine, elle aussi dans un renfoncement, il y avait une mezzanine. On y accédait par un escalier qui suivait le mur alors qu'un autre en colimaçons menait à la pièce de l'étage au-dessus. Miku lui expliqua que sa chambre était à l'étage, et que celle de Gumi était à la mezzanine. La verte découvrit un petit espace, avec certes un plafond bas, mais elle disposerait de sa propre salle-de-bain (au-dessus de la cuisine), et d'un rideau pour s'isoler. Elle resta un moment les bras ballants, ne savant que dire. Miku disparut à l'étage pour lui laisser le temps de s'installer, et elle réussit juste à faire passer un « merci » timide entre ses lèvres figées.
Gumi dormit bien. Non, Gumi dormit trop bien ! Elle n'avait pas froid, elle était en pyjama, et le matelas était divinement moelleux. Elle se surprit même à pleurer de gratitude au milieu de la nuit.
Le lendemain, il n'avait jamais été aussi facile pour elle de se lever. Surtout, elle crut d'abord avoir tout rêver, puis l'odeur du chocolat chaud l'avait tirée du sommeil. Miku semblait tout autant aux anges, mais elle l'affichait plus que son amie. Elle chantonnait tout en finissant les pancakes. L'idole hurla lorsque Gumi lui avoua ne jamais en avoir mangé, et lui remplit une assiette avec du beurre, de la confiture et – nouveau hurlement, mais de la part de la verte – du sirop d'érable. Elles se régalèrent. Megpoid apprit que son amie aux cheveux bleus avait l'habitude de préparer ce genre de déjeuner pour ses goinfres d'amis qui venaient souvent dormir ici, et par le passé pour son père. Elle l'écouta parler avec attention tout en mangeant, se contentant de répondre aux questions.
Elles finirent par arriver en retard.
⁂
Luka eut encore une fois beaucoup de mal à ouvrir la porte coulissant menant à la salle de cours. Non plus par appréhension de la haine de Chigo, mais de cette soudaine … Amitié dont il avait fait preuve. Le tremblement d'hier les avait chamboulé. Ils étaient sortis fissa du local, et avaient courus aux vestiaires, vers les autres. Aucun cas d'urgence ne fut déclaré, tout le monde rentra chez soi soulagé. Pas Luka. Assise sur une caisse en bois au milieu de sa cabane fortuite, elle avait tourné et retourné sans cesse la scène dans son esprit. Et la même conclusion venait la chiffonner : si la terre n'aurait pas tremblé, ils se seraient embrassée. Ou du moins, elle, elle l'aurait fait. Une personne est alors passée devant elle, la faisant réattérir sur Terre, et ouvrit la porte. Elle était maintenant obligée d'entrer. On la regarda. On la fixa. Certains se turent. Certains lui firent un signe de tête pour la saluer. On la jaugeait, on la jugeait. Une goutte de sueur perla sur son front.
« HEEEEEEY, Megurine ! »
Sauvée par l'idiot. Elle se précipita à sa place, heurtant au passage le poing qu'il lui tendait du sien. Il avait un grand sourire qui montrait toutes ses dents.
« C'est mauvais de rester planté tu sais, on risque de s'enraciner ! »
Elle lui tira la langue, et lui tourna le dos. Pour cacher ses joues devenues beaucoup trop rouges. La prof d'histoire, Meiko, entra, et Ichigo se mit à taper contre le chaise de Luka. Elle soupira bruyamment, il s'esclaffa.
Deux heures et une nouvelle colle plus tard, Luka profita de la pause pour se précipiter vers les classes des premières années. Elle chercha Gumi, la trouva, l'agrippa, et la tira hors de sa salle pour se lancer dans un description frénétique des événements de la veille. Gumi ne put retenir un rire lorsqu'elle évoqua le tremblement.
« Alors vous vous êtes rabibochés, c'est bien.
- Je ne l'espérais plus ! Mais maintenant je n'arrive plus à me conduire normalement devant lui …. Je m'en veux toujours ….
- Ne force pas le naturel de toute façon, trancha la verte, c'est la meilleure façon de se mettre en difficulté.
- Je ne pourrais pas, de toute manière.
- Et puis, arrête de t'inquiéter ! Vous culpabilisez tout les deux, c'est idiot. Il n'y a aucun coupable, aucune victime. »
Luka eut alors un grand sourire triste qui fendit le cœur de Gumi. Sur ce point là, la Panda Hero ne pouvait aucunement l'aider. Luka vivait avec les plaies de ce jour, hantée par ce qu'il s'est passé, cet accident dont personne ne connaissait les détails. Elle ne l'avait jamais raconté. Elle ne le racontera jamais.
Après s'être enlacées, les deux amies se séparèrent, chacune retournant avec leurs camarades. Gumi avait toujours le cœur pincé lorsque le cour commença.
Miku lui fit un signe de main tandis qu'ils s'installaient, accompagné d'un clin d'œil, et d'un mouvement du menton vers le professeur qui arrivait. Kaito Shion s'avança vers son bureau, et y posa ses affaires. La classe entière répondit à son « bonjour » d'un ton enjoué. Gumi envoya un sourire complice à son amie aux cheveux bleus. Les deux filles rirent doucement de leur échange silencieux.
Les deux jumeaux blonds, eux, commencèrent à se renvoyer des bouts de papier.
Les cours d'histoire étaient les seuls qui passaient horriblement vite pour Gumi, outre que c'était son professeur préféré qui animait le cour, elle buvait ses paroles ; la vie de la Terre la fascinai, elle se régalait des erreurs des humains. Malheureusement, les connaissances de Babylon sur le monde d'en-bas étaient restreintes, encore plus depuis que le contact avait été rompu. L'histoire que préférait Gumi était celle des anciens pays de Lucifenia, Elphegort, et Marlon, qui avaient formé une union et étaient devenus les états les plus puissants du monde. Lorsque Babylon avait été montée, la Seconde guerre mondiale régnait encore entre deux puissances. Et aux dernières nouvelles avant la coupure des liens, une troisième se préparait lentement. Babylon ne se situait pas dans la zone de l'U.S.E mais en haut d'un pays nommé Japon. Après avoir épuisé tout ce qui avait eu lieu sur Terre (ce qui était déjà pas mal), les profs se focalisaient sur l'histoire de Babylon. Et cette histoire, tout le monde la connaissait par-cœur.
Heureusement, en ce moment le programme portait sur la première guerre mondiale (un stupide accrochage entre Lucifenia et Marlon qui avait entraîné tout les autres. Et c'est avec une amère déception que la cloche sonna. Gumi souffla ; les mêmes personnes se jetèrent en premier vers la sortie, les autres suivaient en prenant leur temps, et il y avait ceux qui traînaient. Miku avait été entraînée par les Kagamine, mais Gumi préféra prendre tout son temps ; elle macérait laborieusement toutes les informations qu'elle avait encaissé pendant les deux heures. Si bien qu'elle fut la dernière à sortir.
« Mepoid ! » la rappela-t-on alors qu'elle s'apprêtait à fondre dans la masse d'élèves dans le couloir. Elle se retourna vers le professeur aux cheveux bleus qui rangeait ses feuilles. « Je dois te parler, tu as un instant ? Ferme la porte derrière-toi. »
Elle s'exécuta en reculant, hésitante. Qu'avait-il de si important à lui dire ? Gumi avança jusqu'à son bureau, mains jointes dans son dois. Il avait l'air inquiet.
« On m'a rapporté que tu avais eu une crise hier, sur le terrain de baseball …
- Oui, excusez-moi, c'était nerveux. J'ai eu un fou-rire qui s'est transformé en crise d'hystérie.
- Ah ? C'est pas habituel ça.
- C'était dû au tremblement, je pense …
- Ce serait bête qu'on perde une si bonne joueuse de baseball – il sourit – surtout que je ne parie que sur toi. Tu connais l'origine du tremblement, d'ailleurs ?
- C'était la ville qui s'ébranlait.
- Sûrement. Bon, c'est tout ce que je voulais savoir… »
Gumi hésita à s'en aller. Malgré son ton enjoué, il avait des plis sur le front qui trahissait un certain trouble. Mais comme il ne disait plus rien, elle exécuta un demi-tour, son ventre commençant à lui rappeler son existence, et l'heure qu'il était.
« Panda Hero ! »
La verte s'étouffa intérieurement. Ses yeux s'écarquillèrent, elle se figea. Elle était maître de ses sentiments, elle ne devait rien laisser paraître. Alors elle répondit sur un ton sec :
« Je ne sais rien sur elle, si c'est ce que vous-
- Non. Tu en sais beaucoup plus sur le tremblement, n'est-ce pas ? Ne t'en fais pas, nous sommes de ton côté. »
Elle se retourna lentement.
« Nous ?
- Je ne peux rien t'expliquer pour l'instant …
- Alors moi non plus.
- Je suis sûr que de toute manière tu n'aurais rien dis. »
Touchée.
« Comment est-ce que vous savez ? »
Il était inutile de chercher d'avantage à cacher la vérité, Gumi lisait dans les yeux de son professeur qu'il était sûr de lui.
« Je m'en doutais, disons. Je t'observais depuis plusieurs mois, et tu avais l'air différente des autres élèves. » Il vit qu'elle fronçait les sourcils. Il commença à avoir du mal à choisir ses mots. « Je t'ai souvent vu sous ta forme de Panda Hero, aussi. Le regard … Le regard était le même … Perdu quelque part, blasé, mais vif ! »
Gumi finit par sourire, amusée par cette observation. Elle était aussi impressionnée par la finesse dont faisait preuve son professeur.
« On se reverra demain, à midi, ça te va ? – elle hocha la tête – Quelqu'un d'autre sera là aussi.
- Qui ? Il sait ?
- Nous sommes de ton côté. » répéta-t-il en souriant. Gumi soupira en écartant les bras. Tant pis, elle verra demain. Mais Kaito la rattrapa une nouvelle fois au dernier moment : « Au fait, méfie-toi des Kagamine. »
Elle l'interrogea du regard, mais il lui renvoya un sourire amusé. Il ne lui dirait rien de plus, c'était convenu. La Panda Hero quitta la salle après un « Au revoir ». La journée promettait d'être bien remplie …
Et surtout, elle n'était pas finie. Pendant la pause de l'après-midi, il y eut du tapage au rez-de-chaussée. Gumi, Miku et Ichigo se rendirent au hall d'entrée, l'apparente source de bruit. Et le spectacle était hallucinant. Gakupo, l'éternel redoublant, était debout sur un bureau placé au milieu du hall, un mégaphone à la main. Il avait un brassard bleu au bras gauche et – ce qui était flippant – un flingue accroché à la ceinture. Miku fendit la foule pour rejoindre Rin et Len. Gumi les rejoignit que plus tard.
« … depuis tout à l'heure, racontait Rin avec mépris, ce gigolo dit faire partis d'une police spéciale, ou je ne sais quoi …
- JE RÉPÈTE POUR LES NOUVEAUX ARRIVANTS !
- Ta gueule, maugréa Len.
- JE RÉPÈTE. Je m'appelle Gakupo, j'ai été chargé par le maire pour mettre en place une OPÉRATION au sein du lycée. Nous sommes de la POLICE DE BABYLON. Nous agissons suite aux dégâts provoqués par les Matryoshkas …
- Ils sont véxés ! glapit Ichigo avec un sourire.
- … et pour maintenir l'ordre JUSQU'AU TOURNOI. Nous considérons tout les gangs comme dangereux, sachez que nous avons certains noms ! Que les membres des Matryoshkas devront se tenir à carreaux ! VOUS DEVREZ NOUS OBÉIR. Aucun geignement de sera toléré. »
Les lycéens semblaient paumés. Beaucoup pensaient avoir affaire à une caméra cachée, une connerie dans le genre. Ils rigolaient de cette mauvaise blague. Mais ce n'était plus un jeu. Des élèves avec un brassard bleu se promenaient dans la foule, se plaçaient à certains endroits. Gumi en compta 14, avec les trois au centre. Le plus inquiétant, c'était la façon dont Gakupo fixait Ichigo. Sans le lâcher des yeux. « Nous avons certains noms » se répéta mentalement Gumi. Commençant à étouffer, la verte joua des épaules pour quitter le hall. Elle se sentit frissonner. Un délicieux mélange de peur et d'excitation. Ichigo, qui avait réussis à quitter l'emprise des yeux violets, la suivit. Il lui glissa à l'oreille :
« Atchii veut te voir ce soir au Q.G. J'y serais aussi. Fait gaffe. »
Elle hocha la tête en lui jetant un coup d'œil, et ils se séparèrent. La Panda Hero grinçait des dents. Si elle se faisait arrêter pour le Tournoi, elle était dans la merde.
⁂
Ses doigts frétillèrent lorsque le froid la gagna. Gumi ouvrit la bouche et expira, son souffle forma de petits nuages. Atchii n'avait pas activé les Matryoshkas, c'était une réunion au sommet en tout, tout petit comité. Juste un peu plus tôt, elle avait informé sa colocataire de son absence, s'excusant de la laisser seule, et celle-ci avait ris en lui disant que ça ne faisait rien puisqu'elle passait la nuit chez les Kagamine. Autant pour elle. Et la voilà de retour dans la zone Sud, avec ses relents infestes, ses bouches d'égouts qui balançaient de la fumée telle Gotham city, et ses baraques en haut des toits. Au coin d'une rue, elle rencontra même le sympathique afro-américain qui lui avait évité mille fois la chute en haut des 50 étages. Il semblait si vieux, maintenant … En rentrant dans le territoire des Matryoshkas, elle croisa Ichigo qui l'attendait. Ils se téléportèrent.
La réunion avait lieu au sommet de l'un des plus hauts bâtiments comportant un toit de la zone. Et le petit comité était Atchii, les Remote-Control, 'Chigo et Gumi. L'ambiance semblait sympathique, Miku avait un sourire démentiel.
« Megumi ?
- Ça sonne bien, ouais …
- Tu n'aimes vraiment pas le surnom que je t'ai choisis, hein ?
- Il fallait y penser plus tôt, grogna le Remote Control.
- Non mais … Personne ne m'appelle comme ça. Ils utilisent tous mon prénom.
- Gum …
- Megumi !
- Bon, okay. » Atchii se mit à gigoter pour mettre une jambe sous ses fesses, et plier le genou de l'autre devant elle, où elle posa son bras. « Ils vont mettre des flics partout. Le maire l'a vraiment mal, cette fois. Mais j'en ai rien à foutre. Les Wonderlanders sont en train de se faire descendre à grands coups de matraque. Les pauvres, y comprennent plus rien. – elle rigole – Et la Panda Hero a perdu un bon nombre de ses fidèles. Les Gangsta n'ont pas rendu leur révérence, mais ils se sont calmés. Eux aussi, on s'en fout. Ça va commencer à être du chacun pour soi. J'n'activerais plus les Matry', celui qui se fait chopper se démerde. Mais si y'en a un qui parle, on s'donnera les moyens de le faire taire. »
Gumi fronçait les sourcils. Le Remote Control avait les yeux fermés, et en se concentrant elle comprit qu'il retransmettait les paroles de sa chef à tout les autres. Atchii ne voulait plus prendre le risque de faire de gigantesques réunions en hurlant dans un mégaphone.
« Personne n'est autorisé à apparaître en tant que Matryoshka en dehors de noter territoire. J'le chope et je lui en colle trois. Par contre, des gardes seront placés H-24. Si un seul poulet se pointe sur notre terrain de jeu, vous avez le droit de le renvoyer chez sa mère avec mes remerciements. – Chigo se mit à sourire – Les missions deviendront plus délicates, mais ça c'est dans nos cordes. Faites gaffe chez vous ou au lycée, aussi. »
Elle fit un geste pour dire à son bras droit qu'il pouvait cesser la retransmission. Sa sœur lui envoya un coup de coude, et il rouvrit les yeux. Gumi, elle, fixait Chigo. Oui, il souriait toujours. Dans les lumières artificielles de la ville ses yeux brillaient d'un éclat fou. Gumi était à sa gauche, elle voyait aussi ses petites dents blanches briller, avec son piercing à la lèvre inférieur. Le piercing reflétait un peu plus la lumière.
Normalement, il en avait deux côte à côte.
« Bon ! Atchii capta à nouveau son attention, venons-en à la véritable raison de cette réunion. »
Elle laissa un silence où ils se pendirent tous à ses lèvres ; Chigo en perdit son sourire.
« Le Tournoi. Les Matryoshkas vont se présenter en tant qu'équipe. Pas tant pour frimer sur nos capacités, mais pour foutre le bordel. Les Remote Control et moi en ferons partis, plus Chigo, et on complétera avec de vrais joueurs de baseball. On a le droit de prendre des Gangstas mais – pitié – pas de Wonderlanders ! », elle se rassit en tailleurs pour s'étirer. « Et toi, Megumi, tu seras la tête pensante de l'équipe. Comme le bruit court que tu es l'une des meilleurs de la ville. Tu te sens être au niveau de la Panda Hero ?
- Non. »
Atchii tira une moue dépitée.
« Je vous donne la charge du recrutement. Si possible des personnes en qui vous avez confiance. Les papiers sont déjà remplis, ils n'ont pas besoin de connaître la composition précise des équipes. Toutes nos missions ont assez déstabilisé le cœur de la ville, et ils sont très mal organisés cette année. C'est parfait. »
Sa pause leur permit de se dévisager les uns les autres. Gumi sursauta en croisant le regard mitraillette que lui lançait la Remote Control.
« C'est tout. Vous pouvez disposer. »
Ils se levèrent sans se presser, Chigo fut le premier à disparaître après un signe à Megpoid. Atchii échangea quelques mots avec les Remote Control, et ils disparurent. La verte se sentit finalement comme son rang le lui accordait : la petite nouvelle presqu'invisible qu'on reléguait toujours au second plan.. Elle était seule en haut de cet immeuble où elle recevait tout les relents de vent qui sentaient la moisissure. Elle dégustait déjà la soirée qu'elle allait passer seule. Surtout, elle était enjouée d'avoir enfin un créneau pour planquer sa batte. Après quelques téléportations elle se retrouva dans la maison en forme de bulle. Elle était obligée de passer par l'entrée, sinon quoi le système d'alarme se déclenchait. Sa batte mi-fer mi-bois rouillée à la main, la chaîne accrochée au bout grâce à des clous cliquetant dans le silence lourd, elle balaya la pièce du regard. Il y avait peu de cachettes possibles. La cave était une idée, mais Miku semblait y faire souvent des aller-retour. La chambre en mezzanine trop petite, la salle-de-bain était impensable, et elle n'était jamais allée au premier étage. Au final son regard resta fixé sur la bibliothèque. Elle se mit à l'inspecter. La forme de la maison l'éloignait de quelques centimètres du mur, en plus d'un renfoncement de la bibliothèque qui agrandissement encore de quelques centimètres l'espace. Elle la décala très légèrement pour y enfiler sa batte, et repoussa le meuble pour la coincer sans qu'elle bouge contre le mur. C'était une si petite chose, mais elle se sentait drôlement soulagée.
Tellement soulagée qu'elle alla dormir. Comme une masse.
⁂
Le Tournoi était dans quatre jours.
