Luka se réveilla en sursaut. Ses membres la firent aussitôt horriblement souffrir. Les articulations ankylosées, elle avait l'impression d'avoir des os en bois et des muscles en gélatine. À chaque mouvement, un craquement sec lui faisait grincer des dents. D'abord perdue, elle tourna la tête dans tout les sens avant de reconnaître le cimetière des pneus. Au final elle avait dormis ici, à même le sol pourris, adossé contre une pile de pneus durs comme la roche. Son dos hurlait de douleur. Après un super effort elle se releva, et regarda le ciel. La couleur lactée pâle légèrement rosée lui fit penser qu'il devait être quatre heures du matin. Elle étouffa un bâillement, dans les vapes, pas pressée de faire ne serait-ce qu'un pas en avant.

Et puis au fur et à mesure qu'elle retrouvait contact avec la réalité, elle le sentit.

Un bourdonnement.

Yeux grands ouverts, Luka se tourna vers la ville. C'était imperceptible, pas comme le dernier tremblement. Et Luka le sentait au plus profond de son être. Son cœur se serra. Elle avait peur. Peur de ce bourdonnement qui venait du sol ; et soudainement peur de la ville. Comme un flash, elle revit l'énorme compte à rebours installé au centre-ville, les chiffres s'égrenant avec un bruit mat. L'arrivée du Tournoi oppressait les gens, toute la population avait peur. Et cette peur, Babylon la ressentait.

Babylon tremble.

Gumi mit très longtemps à émerger. Trop longtemps à son goût. Un à un ses cinq sens refaisaient les connexions avec son cerveau. Le touché, le goût, l'ouïe, l'odorat, mais elle ne voulait pas ouvrir les yeux. Chacun de ces sens lui faisaient petit à petit rappeler la soirée de la veille … Elle était en train de se rendre compte qu'elle dans le lit de Miku. Normal.

Heureusement, son amie n'y était plus. Gumi se laissa dix bonnes minutes de somnolence, avant de se lever et de descendre. Le petit-déjeuner habituel était préparé, et Miku – de bonne humeur – la mitrailla de paroles. Elle lui parlait de tout et de rien, en la regardant manger.

« On finit plus tôt aujourd'hui, non ?

- Mh – elle finit sa bouchée – je crois oui. À 16h, avec fin des cours à midi. Ou treize heures.

- Ils réservent l'après-midi aux clubs …

- Vous irez en chant ?

- Non. Nos professeurs ont arrêté d'assurer les cours pour le moment. Ils nous ont annoncé hier qu'ils attendraient jusqu'au Tournoi …

- Pourquoi ?

- Parce que, je cite : 'le bruit des futures retombées du Tournoi est un bourdonnement agaçant qui ne laisse plus aucune place à la musique.'»

Gumi hocha de la tête, pensive. Alors ils l'entendaient…

Le lycée était un peu plus vide que d'habitude. Et l'ambiance était autant plombée qu'à l'extérieur. Des lycéens ont commencé à être arrêtés, commençant à insufler la peur. Gumi passa les trois premières heures la tête entre les mains, réfléchissant ; elle commençait à envisager la possibilité d'être arrêtée. Surtout que, maintenant qu'Ichigo avait eu son avertissement, Gakupo semblait s'être rabattu sur elle. « Je ne suis que la petite nouvelle, se disait-elle mentalement, je ne suis pas dangereuse, je ne connais rien des Matryoshkas … » Mais se savoir Matryoshka ne l'aidait pas plus que ça. Son sang bouillonnait, une pointe d'excitation montait de plus en plus en elle, avec l'arrivée du Tournoi … Gumi se mordit la lèvre inférieure. Le spectacle allait être magnifique.

La réalité la rattrapa une nouvelle fois pendant la pause à la fin de la 3ème heure. Ichigo débarqua dans sa classe pour lui ordonner de le voir dans le couloir – là où personne n'était censé les entendre. Gumi, peu rassurée par son air paniqué et énervé, le suivit sans rien dire.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? lui demanda Gumi une fois dehors, d'une voix trop tremblante à son goût.

- Natsume est effondrée, elle ne veut plus venir en cours. Hajime s'est fait arrêter. »

La verte en resta toute penaude, la bouche ouverte telle une carpe.

« Comment …

- Je t'ai dis qu'il avait de plus en plus de mal à se contrôler ? Il fait partis des premières personnes transformées en matryoshkas. Gakupo l'a chopé hier soir, il a traîné hors du territoire, activé …

- Put- »

Gumi ravala son gros mot en serrant les dents. Les cinq minutes de pause passées, la cloche sonna. Ichigo la salua, puis repartis. Seule au milieu du couloir, Gumi chancela. Une haine sourde montait en elle, mais ça lui faisait peur. Elle s'était attachée à ces personnes, elle s'était attachée à des matryoshkas. Elle aurait été capable sur le moment de partir libérer Koge-chan, au risque de se faire arrêter. La deuxième sonnerie la ramena sur Terre, et en retrouvant l'usage de ses membres elle se frappa le front. Ses pensées et ses sentiments divergeaient beaucoup trop à son goût.

Si bien qu'elle arriva en retard en cours.

Luka ouvrit la porte du local de sport avec hésitation, faisant bien attention que personne ne pouvait la voir. Elle s'était enfermée à l'intérieur pour se changer, après que son professeur ait ordonné que, si elle ne pouvait toujours pas faire de sport, qu'elle se change au moins. Alors dans l'obscurité du local de sport, elle avait fait courir ses mains sur toutes les cicatrices qu'on pouvait remarquer. Ses cheveux attachés laissaient voir ses cicatrices sur ses tempes, le tee-shirt l'empêchait de cacher l'énorme blessure au niveau de son coude qui n'avait même pas encore finis de guérir, mais surtout elle devait porter un short qui laissait voir ses jambes. Ses jambes bleuies, ses jambes déformées par les marques, ses jambes faibles qui n'avaient pas retrouvé toute leur chair, toute leur graisse. Les autres allaient la dévisager, elle devra affronter leurs regards, et c'est de ça ont elle avait peur. Rapidement, elle sortit dehors et inspira un bon coup. D'une démarche pantelante, elle rejoignit son professeur d'athlétisme pour porter les affaires ; comme d'habitude …

« Connexion, appel, Matryoshkas ! »

Gumi rata complètement la balle que venait de lui lancer son partenaire. Sa batte frappa lamentablement et – emportée par l'élan – la verte fit un tour sur elle-même. Elle grommela de mécontentement, dérangée par la voix qui grésillait dans sa tête.

« C'est votre chef qui vous parle !

- Va te faire foutre, le chef … » maugréa la baseballeuse avant de se taire d'un coup. C'était bel et bien Atchii qui parlait, et non la Remote Control.

«Les événements … diplomatiques – ricanement – prennent de plus en plus d'ampleur, trop je trouve. Le quart de nos troupes ont été arrêtées, ou ont quitté la bande. Vous faites c'que vous voulez, j'vous demande juste d'être calme. Certains ont leurs amis dans les cellules de Babylon : n'allez pas les libérer. » son ton était froid.

« On attendra que le Tournoi soit passé. Ma menace tient toujours. Je bouffe le premier qui nous met en danger. Et maintenant MISSION, MATRYOSHKAS ! »

Gumi, qui s'était isolée dans un coin du terrain, plaqua ses mains sur ses tempes.

« J'veux TOUT LE MONDE sur le front de bataille, SANS EXEPTION ! Ce sera comme une des ces vieilles mission, aucune organisation, et tout le monde fonce comme des bourrins. Et la cible ce sera LE STADE ! » le sang de Gumi se glaça dans ses veines. Elle n'y croyait pas, ce n'était pas possible. Les Matryoshkas ne devaient en aucun cas toucher au stade ! « Aha, le centre de Babylon, on va tenter de bien les emmerder avant le Tournoi ! Pour que leur organisation soit foutue jusqu'au bout ! Rendez-vous ce soir à 20h00. PAS DE FUITE D'INFORMATION, JE N'VEUX PAS L'AUTRE FOLLE DANS NOS PATTES ! »

La verte tiqua intérieurement après la dernière phrase. Ça lui procura une vague de joie sadique de voir que sa couverture marchait, plus qu'elle ne l'espérait. Brandissant sa batte de baseball, elle retourna sur le terrain. La soirée allait être chargée.

Luka finit d'empiler les plots, seule au milieu du terrain. C'était rare, mais cette fois le professeur l'avait planté pour aider une élève blessée. En chargeant le gros sac de sport remplis de maillots sur son épaule, elle regarda, plus loin, le club d'athlétisme grouiller autour des robinets. Au milieu des garçons, Ichigo tentait d'en arroser quelques-uns avec sa bouteille d'eau, provoquant cris et exclamations. Luka les observa un moment, envieuse, luttant contre l'envie d'aller vers eux, au milieu des garçons, pour se mêler à leur jeu ; comme avant.

Seulement rien n'était comme avant, encore et encore. La distance entre Ichigo et elle était creusée, et toutes les personnes de son groupe de sport la regardaient de travers. Même son prof n'a pas réussis à la regarder dans les yeux après qu'elle se soit changée. Petit à petit, elle commençait à disparaître, sans même qu'on lui fasse des sales coups dans son dos. Perdue dans ses pensées, elle tenta de porter les barres utilisées pour les slaloms avec les plots, dans un acharnement inutile. Du coin de l'œil elle perçut le mouvement de quelqu'un s'avançant vers elle, et reconnu le professeur. Laissant tomber les barres elle enfila la sangle du sac de ballons (parce qu'il faut aussi s'occuper des affaires du club de foot, aha, après tout elle ne fait rien de tout le cours, il faut bien la faire travailler) sur son bras, et commença à vouloir porter les plots. Une main effleura son épaule, et une voix trop familière lui dit :

« Laisse. Je m'en occupe. »

Elle fixa Ichigo sans trop comprendre. D'un air gêné elle lui tendit les plots, et elle prit la moitié des barres en plastique. En commençant à se diriger vers le local de sport elle jeta un coup d'œil vers les robinets. La bataille d'eau battait son plein. Mais il marchait à ses côtés, l'air froid et renfermé. Il la regarda du coin de l'œil et leurs regards se croisèrent. Se rendant compte qu'elle le fixait, Luka tourna la tête, les joues rouges. Il ne fit aucun commentaire. Une goutte d'eau vint alors s'écraser sur le nez de la rose. Elle s'arrêta et leva les yeux vers le ciel. Il pleuvait. À Babylon, une ville censée être au-dessus des nuages trop lourds. Hashiya se mit lui aussi à tirer une moue sceptique. Ils n'avaient jamais eu un ciel autant couvert, ni vu d'aussi grosses gouttes de pluie. En général Babylon ne connaissait que les nuages fins et ceux de la pollution, et le « pluie » était une bruine légère, fine, qui rendait les vêtements poisseux.

« La dernière pluie qu'on a eu, commenta Ichigo pensivement, c'était une pluie acide, au Sud, venant de la condensation du lac sous la ville … »

Luka hocha la tête. Elle s'en rappelait, les personnes de son quartier n'ayant pas réussis à fuir gardait aujourd'hui encore des tâches sur leur peau. Toute l'eau, tout les liquides déféqués par la ville était rentrés dans la terre, et avaient formé une sorte de nappe phréatique acide, des eaux croupies, pourries, et terriblement contaminées. Le duo accéléra le pas, ne voulais pas être plus mouillés. À l'intérieur du local, chacun à ranger ses affaires de son côté, Luka trouva la minuscule pièce soudainement très grande. Ayant finis de trier et ranger les maillots, la jeune fille eut un temps d'hésitation. Sa main alla au niveau de la poche de son short, pour venir tâter la minuscule bosse que faisait le piercing – qui ne la quittait plus – donné par Gumi. Luka avait peur. Luka avait très peur …

« Bon, il la fit sursauter, je vais y aller …

- Attends ! »

Paniquée, elle avait crié. Lorsqu'elle se retourna, il la regardait avec inquiétude. Sans s'expliquer elle passa la tête par la porte restée ouverte pour vérifier qu'il n'y avait plus personne, puis la ferma. Ils se retrouvèrent dans la semi-obscurité que la petite ampoule trop vieille peinait à chasser. Luka se planta devant un Ichigo éberlué, alla fouiller dans sa poche et ressortit le piercing.

« C'est à toi ?

- Mon piercing ! - elle le lui tendit et il le récupéra l'air trop heureux - Je croyais l'avoir définitivement perdu, et c'est dur d'en avoir en ville. Tu l'as trouvé où ?

- Gumi l'a retrouvé dans sa baraque. »

Gros silence. Le visage d'Ichigo se décomposa.

« Pourquoi ? murmura Luka.

- Tu me demande pourquoi … » répéta-t-il avec un sourire gêné en se frottant l'arrière de la tête.

Les lèvres de la rose se pincèrent.

« Tu me tues à moitié, et après tu me soignes, c'est un comble !

- Oui, oui, je sais, c'est un peu contradictoire … Disons que j'en avais envie. »

Aah, la grande excuse des garçons. Il en avait envie. Luka ne le lâchait pas du regard, même si elle sentait sa détermination tanguer, et lui fixait l'armoire à sa droite. Elle serra les poings.

« Et si tu étais sincère ? »

Ses yeux dévièrent enfin vers elle.

« Hein ? Je suis sinc-

- Non ! Pourquoi as-tu fais ça !?

- Écoute, Megurine, je ne vois pas pourquoi tu insiste mais- »

C'en était trop. Elle le lâcha du regard mais le coupa brusquement.

« Tu m'énerves ! - un tas de sentiments passa sur le visage d'Ichigo - Tu mens ! Tu as toujours mentis ! Et moi … Moi je te déteste ! Tu as toujours été comme ça, tu ne fais jamais les choses jusqu'au bout ! Avant … Avant, tu me pelotait tout le temps, tu essayait de toucher mes seins, ou de regarder dans mon décolleté. Tu … Tu … - un sanglot étrangla sa voix ; ce qu'elle se sentait bête ! - Tu faisais des allusions perverses à tout bout de champ, dans les escaliers tu regardais sous ma jupe, ou alors tu la soulevais, tu voulais me toucher les fesses. Mais … MAIS TU N'AS JAMAIS ÉTÉ FOUTU DE M'EMBRASSER ! Ou de me mettre dans ton lit … »

Quoi, elle pleurait maintenant ? Non, non, il ne fallait pas ! Mais elle avait peur, maintenant qu'elle l'avait dis. Elle ne voulait pas relever les yeux, voir son expression … Ses paroles devinrent un charabia baragouiné, hoquetante :

« Parce- parce que … Tu – tu n'hésitais pas av- avec les … Autres filles. Tu- Tu couches av- avec une fille dès- dès que l'occasion se présente …

- Je ne t'ai pas mentis, je le voulais. » répondit enfin Ichigo.

Luka releva sa tête rougie et dégoulinante. La bouille de Hashiya à ce moment était incroyable …

« Je le voulais vraiment. » répéta-t-il avant de se pencher pour l'embrasser.

Ses lèvres étaient terriblement douce, et son baiser avait un goût d'impatience. Comme si il attendait ce moment depuis longtemps. Il essuya ses larmes.

« Je t'ai soigné parce que je ne voulais pas te perdre, mais je ne pouvais pas choisir un camp. Et je ne t'ai jamais touché parce que … Je pensais que tu me détestais.

- Mais je te déteste ! »

Elle s'agita en lui frappant le torse de ses petits poings ridicules, mais il l'emprisonna dans ses bras. Elle s'y laissa couler. L'odeur de son parfum, de la transpiration, et la lessive plastique qui embaumait le tee-shirt lui fit désirer qu'il ne la lâche jamais. Elle ne l'accepta que quand il desserra son étreinte pour l'embrasser une nouvelle fois.

Dehors, la pluie était devenue plus intense, et des flaques commençaient à se former.

Dedans, dans la mairie, les administrés hurlaient toujours de terreur. C'était la débâcle, une apocalypse miniature au sein des bureaux.

Planquée sous un arrêt de bus, Miku se mordait la lèvre inférieure, inquiète.

Sa batte à la main, Gumi contemplait le ciel. Et elle riait.

Les Matryoshkas se rassemblaient. Furtifs, ils traversaient les rues comme des ombres. Collés aux murs, planqués derrière des poubelles, postés en haut des immeubles. Ils se fondaient dans le décor, ils ne faisaient qu'un avec la ville. Tous les plus loyaux ont répondu à l'Appel, tous ceux qui ne s'imaginaient aucun demain, qui n'en avaient rien à foutre d'être arrêtés par le prétentieux Gakupo, tous ces membres aux visages couverts de traces fluo, et aux yeux brillants d'une lueur démentielle. Ils avaient répondu à l'appel de leur chef, et suivraient maintenant la voix des deux Remote Control.

Cette mission-ci risquait d'être épique … Le stade du Tournoi était une structure énorme, une sorte de gros bol posé ici au milieu de la ville, avec son carré d'herbe au fond. Et pour faire tenir le bol droit, des milliers de piliers étaient dispersés tout autour. C'est ce que l'on voyait de l'extérieur : un mur trop haut pour en voir le sommet sans attraper de torticolis, et formé de poutres de métal gris posées en diagonal, à la vertical, et même à l'horizontal. Atchiii était assise au croisement de deux barres, à quelques mètres du sol. Dans la lumière irréelle blanchâtre des lampadaires, on apercevait son survêtement vert vif comme une tâche au milieu du décor. Elle avait mis sa capuche noire, d'un sweat sous sa veste. Avec un sourire satisfait elle observait ses troupes se mouver dans l'obscurité. Elle les observait. Elle cherchait …

Neko était enfoncée dans l'ouverture d'une porte, collée au béton. Elle ne parlait pas d'un air léger comme d'habitude. Ses yeux brillaient dans la nuit comme une folle, elle était au qui-vive. Soudainement, quelqu'un se téléporta devant elle dans un coup de vent. Neko sursauta, non pas qu'elle fût surpris de voir 'Chigo, mais elle s'étonna de le voir seul. Chigo secoua la tête. Ils restaient silencieux, et se mirent en route dans un bruit feutré. « Tous au quartier Ouest » susurrait la voix des Remote Control dans leur tête. Les bras droits d'Atchii venaient d'apparaître à ses côtés, se campant comme ils pouvaient au milieu des croisements irréguliers des poutres. Dés leur apparition tous les Matryoshkas apparurent. Atchii se redressa en les dévisageant un par un.

«Où est Gumi !? » balbutia-t-elle.

Le Remote Control lui jeta un regard noir.

« Ils attendent tes instructions.

- OÙ EST MEGUMI !? hurla Atchii en se redressant, debout sur ses deux poutres.

- Miku ! souffla la Remote Control entre ses dents, tu veux alerter tout le quartier !?

- Écoutez tous, enchaîna son binôme, le but ce soir est d'endommager le stade. C'est l'ultime mission avant le Tournoi : il faut tout faire pour l'annuler. Il faut priver Babylon du plaisir d'alimenter la population d'une distraction aussi ridicule !

- Deux groupes, se reprit Atchii de sa voix brève et tranchante, un au Nord et un au Sud, celui au Nord se concentrera sur la fixation d'explosifs, et celui au Sud sera composé de membres sachant se servir de leurs pouvoirs. Remote Control ! »

Ses deux bras droits sautèrent au sol avec agilité. Rapidement ils poussèrent les Matryoshkas de deux côtés différents, connaissant parfaitement les capacités de chacun. Chigo fut envoyé au Sud. Il gardait obstinément la tête levée vers Atchiii depuis qu'il 'avait entendu hurler le nom de sa partenaire. L'avait-elle fait promettre de venir pour utiliser ses extraordinaires pouvoirs ? La fille aux cheveux noirs de jais leur donna leurs instructions avec précipitation.

Gumi planta son pied sur le bord du toit et s'appuya sur sa jambe pour observer ce qui se passait au sol. Elle ne cilla pas lorsque Atchii hurla son nom. Elle n'avait pas à se sentir concernée après tout, elle n'était pas là en tant que Megumi. Mais en tant que Panda Hero. Une cape rougeâtre déchirée s'étendait derrière elle. Sa batte rappa imperceptiblement le sol en entendant le but d'Atchii. Sourcils froncés, elle se promit qu'elle ne laissera pas aux Matryoshkas souffler une fois quand elle frappera, et elle descendra leur chef de son podium. Elle fixa son demi-bonnet blanc et noir de panda sur le haut de sa tête couverte de cheveux roses, et colla ses énormes lunettes d'aviateur sur ses yeux. Son corps bougea si vite qu'elle ne devint que du vent. Il y avait un énorme trou entre les deux équipes des Matryoshkas. Atchii observait cet espace, pensivement. Lorsqu'une légère bourrasque lui effleura la joue, elle eut un très, très mauvais pressentiment …. Elle se redressa, toujours debout, et son regard se perdit sur les toits de Babylon.

« Panda Hero …

- Yo, atchooum ! »

Atchii fit un violent volte-face, ses os du cou craquèrent, pour lever son regard au-dessus d'elle. La Panda Hero s'était assise sur une poutre horizontale, juste au-dessus de la matryoshka. La lumière artificielle des lampadaires faisaient briller les deux orbites de ses yeux, réfléchie par ses lunettes deux fois trop grandes. Il eut un moment d'hésitation générale, où tout le monde fixait la cannibale sans savoir quoi faire. Gumi sourit, se délectant de ce moment. Atchii réagit au quart de tour ; elle abattit son poing sur la poutre où se perchait son ennemie, avec une telle force qu'elle créa une explosion. Un frisson anxieux secoua les habitants des alentours sous le bruit. La Panda Hero délogée, elle resta un instant suspendue dans les airs, avant de se réceptionner sur une façade d'immeuble, et retourner dans l'enchevêtrement de barres de fers. Déjà Atchii se tordait dans tous les sens pour arriver à son niveau. Gumi porta une main à sa tempe et la frotta, elle avait horriblement mal à la tête. Elle vit son ennemie arriver, brandit sa batte, et frappa ! Le coup atteignit la matryoshka dans le cou, et l'élan l'envoya cogner contre les poutres. Le corps glissa et chuta jusqu'au sol. La Panda Hero se mordit la lèvre inférieure en se rappelant bien qu'elle ne devait l'avoir que sonnée. Elle se pencha en avant, préparant son saut. Un pieu énorme lui transperça le ventre, affichant sur son visage qu'elle avait rejeté en arrière une expression de surprise et d'horreur. Elle se sentit tomber et heurta le sol sur le dos. Elle cracha du sang. Mais avec un rire elle se rappela qu'Atchii avait pris le sol en plein face, elle. Cette dernière chancelait d'ailleurs sur ses deux jambes, à côtés de la Panda Hero. Elle lui envoya un coup de pied en plein face, et Gumi roula. Elle se mit à quatre pattes pour se relever, et subitement regarda son ventre. Il n'y avait rien, alors qu'une douleur aigus lui bouffait les entrailles. Ce fût Atchii qui eut la gentillesse de la relever en la tirant par les cheveux. Elles se retrouvèrent face à face, la Panda Hero sifflant un râle et les yeux fous d'Atchii brillant au milieu de son visage coloré par le sang. Elle placarda sa main libre sur l'épaule gauche de son ennemie, et cette fois cette dernière ne pût retenir un hurlement de douleur. Lentement son épaule se déboîta, jusqu'à ce que son bras pende contre elle.

« Tu n'avais pas encore eu l'occasion de goûter à mon pouvoir de cette façon, hein ? » siffla Atchii alors qu'elle s'appliquait à lui briser les côtes, simplement en effleurant son corps.

La panda Hero ne se laisserait pas faire. La douleur de son ventre s'apaisa brutalement, elle lança une déflagration autour d'elle, qui fit valser Atchii. Gumi se redressa et sauta haut dans les airs. Elle pouvait fuir, mais elle se contenta de remarquer que la plupart des Matryoshkas avaient disparus, que les forces de polices arrivaient (comme ils pouvaient), et surtout ses yeux se fixèrent sur deux personnes au milieu de la rue, qui se tenaient la main et qui tendaient chacun un bras vers elle. La Panda Hero lâcha un « tch ». Elle les avait oubliés, ces deux là. Dès qu'elle toucha la terre ferme une nouvelle douleur apparut, mais plus ténue. Il semblerait qu'ils aient du mal avec elle. La cannibale se télétransporta à quelques mètres, et la douleur disparut. Elle sourit. Mais le jeu devait se terminer. Elle disparut à nouveau, et retomba derrière les Remote Control. Ils tournèrent la tête avec la même expression que Gumi plus tôt. Surprise et horreur. Elle fit apparaître sa batte dans sa main droite. Et frappa !

Luka était chez Ichigo. Maintenant qu'ils … sortaient ensembles, il avait pu exprimer clairement son avis sur le fait qu'elle vivait dans un bidonville. Donc il l'avait traîné jusque chez lui. Au début il la poussait juste en lui assurant qu'elle pourrait partir après quelques heures, ou le lendemain, avec un grand sourire et un regard entendu. Puis elle s'était retrouvée face à sa mère, et ses deux petits frères. Ichigo habitait près de la rue Pitch Black, dans un grand immeuble avec pleins de petits appartements. La mère avait les yeux cernés, elle était gentille avec Luka, dont elle connaissait la situation ; les deux gosse de 13 ans étaient un peu turbulents, mais on sentait dans leurs gestes las qu'ils portaient trop tôt sur leur dos les problèmes des adultes. Donc Luka était restée. Elle avait aidé la mère à préparer des légumes sans goûts que fournissait Babylon – on ne cultivait plus les fruits et légumes, on les fabriquait – avec du riz trop sec et quelques morceaux de viande dont on ne se souvenait plus le nom. Le chef d'œuvre, c'était la sauce. Avec des ingrédients insipides Luka la vit cuisiner quelque chose qui sentait terriblement bon. Les enfants (Ichigo compris) piaillaient d'impatience. Ils mangèrent tôt, et la raison étonna plus que tout Luka : la mère voulait qu'Ichigo ne soit pas en retard pour sa mission avec les Matryoshkas, et elle le laissait partir sans commentaire. Elle le soutenait. Après son départ les deux femmes discutèrent longuement sur le sujet.

« Je n'aime pas Babylon, soupirait-elle avec un air triste, ce sont mes parents qui rêvaient de vivre dans le ciel, ils voulaient vivre aux côtés des dieux. Jamais ils n'auraient crû qu'on nous enfermerait ainsi. Mais avec leur système, il est compliqué de se rebeller, d'exposer nos avis. Les Matryoshkas, eux, le font. Ils essaient de faire comprendre aux hautes personnes combien tout ça est ridicule. Ils veulent réveiller la population. Ils ont raison, imagine, Megurine, dans une dizaine de générations, serons-nous encore nourris ? Et à quoi ressembleront nos enfants ? Nous ne somme pas fait pour vivre ainsi, enfermés, les sangs se croisent, ils devront se marier entre frère et sœur pour préserver les babylonien. La ville ne sera plus … Qu'une boîte vide. Mais je ne me fais pas de soucis, quand je vois votre génération. Les jeunes sont si nombreux à soutenir les Matryoshkas, et il y en a tout autant dans leurs rangs. Les choses bougeront …

- Et s'ils finissent par se faire manger par la société ? À attendre la Parade avec attention, à porter des masques Tengus, et à acclamer leurs champions pendant le Tournoi ? »

La mère sourit.

« Vous pensez de la même façon … » souffla-t-elle simplement.

Luka avait rougis, et n'avait pas répondu. Après quoi tout le monde alla se coucher. Seule Luka s'assit dans les escaliers de l'immeuble en face de la porte d'entrée de l'appartement, et attendit.

Miku entra longtemps après minuit, serrant les dents pour retenir un râle de douleur. Elle se mouva doucement dans sa maison, jusqu'à l'escalier en colimaçon menant à sa chambre. En arrivant au niveau de celle en mezzanine de Gumi, elle y jeta un coup d'œil. Les rideaux étaient fermés. Elle se dépêcha de se réfugier à l'étage du dessus, dans son chez-elle. Histoire de faire un récap' des dégâts. Ce qui l'a soulagé était qu'aucun de ses matry' n'avaient été blessé, seuls les Remote Control avaient le visage salement arrangé. Len avait la pommette fendue, de même que l'arcade sourcilière, et son œil le faisait sérieusement souffrir, il ne pouvait plus l'ouvrir. Rin, elle, s'était pris le coup de plein fouet : son nez était fracassé, elle avait une ouverture terrible au niveau du sourcil, et surtout elle avait des dommages internes. Miku les avait laissé aux soins des matry' les plus compétents en terme de guérison, en refusant obstinément leurs soins. Ses amis d'abord. Maintenant, assise au pied de son lit, elle avait la respiration sifflante. Son cou, elle devait l'admettre, était tordu d'une façon étrange. Un énorme hématome noir était apparu là où elle avait reçu le premier coup. Le reste la préoccupait moins, les os cassés, la peau brûlée, les plaies se refermaient déjà. Une main contre son cou, elle commença à remettre en place ses vertèbres. Ses dents serrées se dévoilaient sous un sourire féroce. La Panda Hero, elle, avait des côtés cassées, une épaule déboîtée, et sa chute ne devrait pas rester sans conséquence. Pendant que la douleur de son cou s'estompait partiellement, son sourire la quitta. La mission fût un échec. Cuisant. L'info s'était échappée. Et ce qui lui chatouillait désagréablement les entrailles était le souvenir de l'absence de Gumi. En tant que Miku Hatsune elle ne pourra rien lui dire. Atchii s'en occupera. Avec un soupir elle laissa tomber ses bras, son cou était toujours aussi noir, mais il était maintenant droit. Elle s'endormit à même le sol.

Les yeux verts écarquillés de Gumi brillaient dans le noir. Elle était assise dans son lit, la main encore posée sur son épaule douloureuse.

Mais, putain, qu'est-ce que foutait Hatsune à une heure pareille !?

Le Tournoi était dans moins de 48 heures …