Fête d'Anniversaire
Oui. Je sais. Une suite.
Est-ce que c'était prévu ? Non.
Mais eh. Pourquoi pas, après tout ~
Vous n'imaginez pas ma joie de voir, à chaque fois, vos reviews sur ce texte qui pourrit pourtant facilement rebuter. En espérant que cette suite ne vous décevra pas !
« Tu es sûre de ton choix, chérie ? »
La femme hocha résolument la tête, remontant ses lunettes rondes à montures métallique le long de son long nez sec, et, ma foi, très laid.
Son mari cligna des yeux, et observa une nouvelle fois le programme d'anniversaire de leur adorable fiston conçut par les délicates mains de fée de sa très chère épouse.
La journée allait commencer avec un « goûter géant ». Il savait déjà qu'il allait certainement passer la veille à cuisiner toute sorte de gâteaux pour que les mômes finissent par se goinfrer exclusivement de bonbons Schtroumpf.
Ensuite, il était prévu que ces charmants bambins se réunissent dans le jardin pour la « Chasse au Trésor ». Il savait déjà que ses pétunias allaient rendre leur dernier soupir sous les semelles des baskets taille enfant.
Enfin viendrait le clou du spectacle : le show de clown. Et il savait déjà qu'il n'allait pas du tout, du tout, assumer cette partie-là. Il avait toujours été terrorisé par les clowns. Surtout depuis que l'un d'entre eux lui avait proposer des ballons qui flottent depuis les égouts de la ville, alors qu'il n'était encore qu'un enfant innocent.
« Bien sûr que j'en suis sûr, » fit sa femme chérie, dont la déclaration manqua quasiment de déclencher un divorce. « Ce seront même eux qui garderont les enfants, pendant que nous, nous irons nous la couler douce. »
Subitement, tout son ressentiment disparu.
« Mais quelle merveilleuse idée, mon nounours en guimauve bleu sucré ! »
Sa femme eut un sourire satisfait. C'était toujours un plaisir de se reléguer la responsabilité d'une nuée de sales gosses à autrui.
OoOooOooOoo
« Eh les mecs ! » brailla Ronald, faisant irruption dans la salle centrale des égouts, et manquant de se ramasser somptueusement la gueule dans l'eau grise en trébuchant sur le Joker qui bronzait sans succès sur une planche de bois pourri. « J'ai trouvé un job sympa pour nous trois ! »
« Mais je ne veux pas bosser, moi, » se plaignit Pennywise, occupé à peindre des bites artistiques sur les murs humides et moisis.
« Il faut apprendre à avoir des responsabilités, » trancha le Joker, les doigts de pieds en éventail, rajustant la lampe de bureau qui remplaçait le soleil pour sa séance de bronzage. « Comment Va-tu payer ton loyer ? »
« Je ne paye pas de loyer, » contra Pennywise, « Principalement parce que personne ne sait que je vis ici. »
« Oui, mais tu pourrais t'acheter le dernier IPhone pour jouer à Candy Crush, » objecta Ronald.
« Quand est-ce qu'on commence ? » s'enthousiasma Pennywise.
Ronald déplia le petit pamphlet tout coloré et le colla sous le nez rouge de l'entité millénaire.
« Ils recherchent des clowns pour un anniversaire, » expliqua-t-il, « Et ce pénis est très disproportionné, Pennychou. On dirait une Knacki Ball. »
« C'est parce que c'est le tien, » fit Pennywise. « Ça à l'air intéressant, dis-moi. Tu crois qu'on pourrait en manger quelques un ? »
« On a le droit à 15% de perte, » assura Ronald.
« Chouette, » approuva le Joker, remontant ses lunettes de soleil sur son nez blafard. « On pourrait faire un barbecue. »
« Avec de la sauce blanche, » bava Pennywise, qui, depuis qu'il avait découvert l'industrie du kébab, ne jurait que par ça.
« Bougez-vous les fesses, alors, » sermonna Ronald. « Ils font passer les auditions dans une heure. »
« J'enfile un slip et j'arrive, » assura le Joker.
OoOooOooOoo
Mme. Denbrough était assez désemparée. Elle avait passé une annonce dans tous les journaux de la ville pour trouver des clowns qualifiés qui lui permettrait de se débarrasser des mômes pendant une bonne grosse journée.
Mais, voilà, l'heure des auditions étaient passées depuis plus de trente six secondes, et personne ne s'était encore montré.
« Ils sont en retard, » pesta-t-elle, « c'est honteux. »
« Gné ? » fit son tendre époux, soufflant dans un sac sous le stress de bientôt se retrouver face à une armée de clown.
Elle n'eut pas le temps de répondre : il y eut un grand bruit en provenance de ses chiottes -le genre de bruit que ferait une toilette recrachant toute sa flotte sur les murs-, et un choc sonore d'un corps heurtant le sol, délicatement ponctué d'un son de grelot.
« T'as vraiment un problème avec les W.C, » fit une voix agacée. « J'ai plein de P.Q dans les cheveux. »
« Tant mieux, ça en cache la couleur, » fit une autre voix. « Parce que tes cheveux sont laids, Ronald. »
« Mais, » pleurnicha la première voix.
« Bougez-vous, vous marchez sur mon pied, » gronda une troisième voix. « Et j'ai le menton sur le balai à chiotte. »
« T'as qu'a être contorsionniste comme moi, » ricana la deuxième voix.
La porte s'ouvrit alors.
Plusieurs choses frappèrent simultanément Mme. Denbrough :
Les trois nouveaux arrivants puaient tellement qu'elle eut envie de se mettre le nez dans le derrière d'un cochon pour respirer un peu d'air frais.
Les trois nouveaux arrivants avaient les fringues couvertes de reste de déjection et de papier toilette Lotus. L'un d'entre eux en avait effectivement dans les cheveux.
L'un des trois nouveaux arrivants avait les cheveux verts, un costard violet, et ressemblait vachement au type qui se faisait régulièrement casser la gueule par Batman.
Le deuxième des trois nouveaux arrivants, celui avec le P.Q dans les cheveux, étaient habillés comme un sac à patate dans une sorte de combinaison rouge et or très moche, et ressemblait vachement à l'ancienne effigie de McDo.
Le dernier des trois nouveaux arrivants s'était manifestement cru au siècle dernier, avec sa fraise plus si blanche que ça, et ressemblait vachement à ce type qui était passé un jour à son émission préférée, Tellement Vrai.
Il y avait de l'eau absolument partout, qui s'échappait de ses chiottes déglinguées, dans laquelle flottait les restes de son dernier passage aux toilettes.
C'est donc tout naturellement qu'elle porta les mains à ses joues avec ravissement, sans la moindre considération pour son mari qui venait de s'évanouir en bégayant qu'il y avait trois clowns dans ses toilettes.
« Mais vous êtes les candidats parfaaaaits, » s'exclama-t-elle d'une voix haut-perchée. « Vous ferez parfaitement l'affaire ! »
« On sait, » se rengorgea Pennywise. « Vous pouvez nous embrasser les pieds. »
Elle se fit une joie d'obéir.
OoOooOooOoo
Lorsque Bill Denbrough s'était réveillé aujourd'hui, il avait sû que ce serait une journée de merde. Rien qu'à voir l'abominable lampion jaune banane que sa mère avait accroché à sa fenêtre, orné des mots JOYEUX ANNIVERSAIRE MON PETIT LUTIN, lui donnait déjà envie de vomir.
L'impression ne fit que se renforcer lorsqu'il atteignit la cuisine pour prendre son petit déjeuner.
« Mon chééééri, » roucoula sa mère, « Papa et moi, on va partir pour la journée. Sois bien sage avec tes amis, et manges tes biscottes. »
Bill jeta un regard désespéré à son père, tant à cause des abominables biscottes Belvita qu'à cause de cet horrible abandon le jour de son anniversaire.
« Ne t'en fais pas, » assura son père, se dirigeant vers la porte d'entrée en se bouchant le nez devant la porte des toilettes (celles-ci avaient explosées quelques jours plus tôt, d'après maman. L'odeur était insoutenable). « Nous avons réservé trois baby-sitters de métier. »
« De m-métier ? » reprit Bill.
« Plus ou moins, » fit sa mère. « Ne touche pas aux crêpes sous cellophane, c'est pour bibi. »
Et, sur ce, ses deux parents claquèrent la porte derrière eux. Les toilettes émirent un drôle de bruit de gargouillis, comme si elles se foutaient de sa tronche.
…
Journée de merde.
OoOooOooOoo
Lorsque Beverly était arrivée à la fête d'anniversaire de Bill, elle battait déjà son plein. Autant qu'il était possible de le faire, en tout cas, avec six garçons installés en rond autour de biscottes à la confiture, de verre d'eau Cristalline et de bonbons Schtroumpf, tentant de survivre aux émanations nauséabondes des toilettes.
Elle avait bien tenté de mettre un peu d'ambiance. Vraiment. Elle avait tenté.
« On pourrait faire un jeu, » proposa-t-elle.
« Maman a d-d-d-dit qu'il fallait a-a-a-attendre les baby-sitters pour ça, » bougonna Bill.
« Et c'est qui, les baby-sitters ? » s'enquit Stanley, le nez bouché d'une pince à linge.
« Ne sais p-p-pas », maugréa Bill.
« J'espère que c'est une meuf, » fit Richie.
« Oui, » murmura timidement Ben.
« Avec des boobs, » ajouta Richie.
« Oui, » murmura timidement Ben.
« Et une bonne grosse cha- » continua Richie.
« Pourquoi y'a que des biscottes ? » se plaignit Eddie. « Ce n'est pas bon pour mon cholestérol. »
« Putain de verglas ! » fit une voix à l'extérieure. « Je me suis défoncé les balls ! »
« Oh, de la neige, » s'émerveilla une deuxième voix. « C'est si joli ! »
« On s'en tape, de la neige, » gronda une troisième voix. « Bougez-vous le cul. »
« En parlant de cul, tu es vraiment callipyge, Joker, » reprit la deuxième voix.
« Merci, » se rengorgea la troisième voix.
« Ah ! On dirait qu'ils sont arrivés, » remarqua très judicieusement Mike, qui jouait actuellement avec un stylo plume dans le but un peu vain de s'enjailler.
Et, fort à propos, on sonna à la porte. Bill se leva de mauvaise grâce, et traîna ses savates vers le couloir d'entrée.
Beverly le perdu de vue derrière un mur. Tout ce qu'elle sut, c'est qu'à l'instant où le battant s'ouvrit, Bill poussa un cri perçant qui n'aurait rien eu à envier à une hirondelle, et galopa vers le salon, plus blanc que linge, et bégayant un « P-p-p-pe-e-e-e-e-e-e-enn-n-n-n-ny-y-y-y-yw-w-w-wi-i-i-i-i-i-is-s-s-s-s-se » assez incompréhensible.
C'est alors que trois figures assez originales se profilèrent à leur tour à l'entrée du salon, repoussant quelques ballons jaunes d'une suspicieuse couleur de vomi.
Le premier avait des cheveux rouges et bouclés, le visage tartiné de fond de teint blanc, et tenait dans ses mains gantées grossièrement une toute petite balalaïka, dont il essayait manifestement de jouer.
Le deuxième avait les cheveux verts, le teint naturellement blafard, et, effectivement, était tout à fait callipyge. Il tenait, lui, un banjo, dont il ne savait manifestement pas jouer.
Le troisième, enfin, n'avait pas d'autre caractéristiques dans l'esprit de Beverly que « Ça ». Et Ça s'amusait à pourfendre l'air d'un bras d'enfant ensanglanté en manteau de pluie jaune canari, qui était, à n'en point douter, le bras de Georgie.
Un silence de mort s'installa dans la salle. Tout les membres du Club des Losers observèrent en chien de faïence ces trois clowns qui puaient la mort.
Ce fut finalement Ronald qui prit l'initiative de la parole.
« Bonjour les enfants, » s'enthousiasma-t-il, « Nous sommes vos baby-sitters ! »
« On vous conchie ! » brailla subitement Richie. « On vous conchie très fort ! »
« Vous avez m-m-mangé mon frère ! » hoqueta Bill.
« J'ai dit pardon, » bougonna Pennywise.
« Pas du tout, » s'insurgea Beverly. « Et vous tenez son bras ! »
« Tout de suite, avec ce genre d'arguments… » ronchonna Pennywise.
« Je vais avoir besoin d'un Efferalgan, » hoqueta Eddie qui hyperventilait.
« Nous avons ramené des ballons ! » tenta le Joker, plein de bonne volonté. « Des JOLIS ballons. »
Son regard critique traîna un instant sur les machins couleurs vomi qui bondissait paisiblement au sol.
« On préfère encore les filles décrites par Richie, » affirma Stanley, serrant très fort son bouquin sur les piafs contre son torse.
« On préférerait même mieux ne pas faire de fête du tout, » ajouta Ben, le teint tout rouge.
Pennywise pointa un doigt vers lui, une main sur sa hanche, dans une posture étonnamment féminine.
« Pas de ça, mon choupinet ! Nous sommes là pour faire le SHOW, » clama-t-il. « Joker ! »
« Oui, mon chéri ? » fit le Joker en papillonnant des cils.
« Musique ! »
Le Joker lança le célèbre jingle « Happy Birthday », et colla d'autorité des petits chapeaux pointus colorés sur les crânes des enfants tétanisés.
Pennywise se trémoussa un instant le popotin sur la musique, avant de pivoter vers le dernier clown, resté piqué dans un coin.
« Ronald ! »
« Oui, mon choupinet ? » fit Ronald, la bouche en cœur.
« Strip-tease ! »
Et, sous les yeux effarés des membres du Club des Losers, Ronald chaussa des lunettes de soleil sur son nez maquillé, et envoya valser sa combinaison rouge et or.
Ham-Ham le cochon d'Inde fut intensément heureux de la voir atterrir sur sa cage, protégeant ses petits yeux de rongeur de l'atroce spectacle qui se joua ce jour-là dans le salon.
OoOooOooOoo
« Encore un peu de bois, Joker. Le feu ne prend pas bien. »
« La viande ne sera jamais cuite à ce rythme-là. »
« Où est la sauce blanche ? »
Les six membres survivants du Loser Club, le teint verdâtre, observaient avec un désarroi certain leur ami Stanley se faire transformer en chiche-kébab par trois clowns affamés, dont l'un n'avait même pas pris la peine de remettre ses fringues.
Ils ne savaient, pour tout dire, pas vraiment ce qui était le pire : les côtes de Stanley sauce barbecue que Pennywise venait de leur servir surmontées d'un petit parasol de cocktail, ou la Knacki Ball qui se présentait régulièrement dans leur champ de vision. Dans tout les cas, l'heure n'était clairement pas aux réjouissances.
« Il pèle sa maman en string dans un réfrigérateur Wiko ! » déclara soudainement Ronald, qui semblait enfin se rendre compte qu'il était pied nu dans la neige.
« Vous chantiez ? J'en suis fort aise. Eh bien, dansez, maintenant, » scanda joyeusement Pennywise.
« Mais je ne chantais pas, » fit Ronald, confus.
« Ce que Pennychou veut dire par là, » traduit le Joker, « C'est que tu peux danser autour du feu pour éviter que tes couilles ne deviennent trop bleues. Ça te réchauffera. »
« Mais quelle merveilleuse idée ! » s'émerveilla Ronald, avant d'entamer une danse qui ressemblait à s'y méprendre à une crise d'épilepsie.
« Vous voulez un bout de jambe ? » proposa Pennywise à la voisine, une vieille dame qui arrosait ses géraniums dans son jardin et qui était resté figée pendant plus de cinq minutes devant le spectacle. « Il n'y a pas d'huile de palme, et on a rajouté des petits bouts d'ananas. »
« C'est un genre d'Hawaïenne, » ajouta le Joker.
« Mais très volontiers, jeune homme ! » remercia la vieille dame de sa voix chevrotante.
« Mais, M-madame Michou ! » s'horrifia Bill.
« Il y a du givre au bout de ma b- », s'épouvanta Ronald.
On entendit Ben vomir dans un coin.
OoOooOooOoo
« Allez, les mouflets ! Le dernier qui arrive au trésor servira de goûter ! »
« Ouais, j'ai fini les bonbons Schtroumpf en plus. Et les biscottes, c'est nul. »
« Bien dit, Ronald. »
Bill, Beverly, Mike, Richie, Ben et Eddie observèrent chacun leur tour leur morceau de papier, l'énergie du désespoir brillant dans leurs yeux d'enfants.
« Mais, monsieur, » s'hasarda enfin Ben, « Ça veut dire quoi, « It's finger licking good », au juste ? »
« Nan mais vous n'êtes pas sérieux, là ? » s'indigna Ronald. « Vous citez la concurrence ! »
« C'est pas notre faute si le slogan de KFC est vachement mieux que celui de McDonald, » se justifia le Joker.
« Moi, j'ai "Why so Serious", » murmura Beverly, clairement perplexe.
« M-m-moi, j'ai « On flotte tous ici », » bougonna Bill, clairement blasé.
« Démerdez vous, » grogna Pennywise, éminçant des champignons pour agrémenter le goûter qu'il savait bientôt voir arriver. « Si personne ne trouve, tout le monde passe à la casserole. »
Ben eut alors un éclair de génie. Un éclair de génie si littéral que le tonnerre tonna en dehors de la maison, et que la lumière illumina tous les murs.
« KFC, » répéta-t-il, « Donc poulet frit, donc poulet, donc poule, donc poulailler ! »
« Bravo ! » applaudit le Joker, avant de lancer la musique du Petit Bonhomme en Mousse.
C'est avec une joie très évidente que Ben déguerpit dans le jardin pour récupérer son deuxième indice.
« Je sais ! » s'exclama à son tour Beverly, sous un nouveau coup de tonnerre qui manqua de griller Ben au passage. « Serious, Sirius, Sirius est une constellation, les constellations s'observent par un télescope, il y a un télescope dans la chambre de Bill ! »
« C'est oui ! Oui ! Oui ! » beugla Ronald, se prenant manifestement pour Julien Lepers.
« Mais il n'y a rien qui flotte, par ici, » se plaignit Bill. « Même pas les ballons, parce qu'ils sont nuls. »
« Tu es sûr ? » fit Pennywise d'une voix mielleuse, le regard dérivant vers une pièce en particulier.
Bill suivit son regard, qui conduisait droit vers les toilettes.
« Oh non, » fit-il.
OoOooOooOoo
« Au revoir, cher Mike, » pleura Ronald, se mouchant dans la veste du Joker.
« Ton sacrifice ne sera pas vain, » déclara gravement le Joker, et il était dur de savoir s'il parlait de Mike ou de sa veste.
« Parce qu'on va s'exploser la panse, » termina Pennywise, clôturant l'oraison funèbre.
« Vous pouvez me réserver un bout de côte ? » fit Madame Michou.
« C'est le pire anniversaire de ma vie, » murmura Bill, alors qu'une délicieuse odeur de chaire grillée se répandait dans son jardin.
OoOooOooOoo
« Ils ont été bien sages ? » s'enquit Madame Denbrough, suspendant son long trench-coat au porte manteau de l'entrée.
« Très, » assura Pennywise, retirant les bouts de viandes restés coincés entre ses gencives avec un cure dent.
« Des vrais petits anges, » approuva le Joker.
« Burp, » ponctua Ronald.
« Merveilleux, » s'enthousiasma Madame Denbrough. « Vous excuserez mon mari, il refuse d'entrer tant que vous êtes encore là. »
« C'est bien naturel, » la rassura Pennywise.
« Maman, » murmura Bill, « Je ne veux plus jamais, jamais, jamais, fêter mon anniversaire. »
« Oh, chéri, c'est splendide ! » s'exclama Madame Denbrough, « Tu ne bégayes plus ! »
« Ma vie ne sera plus jamais la même, » insista Bill, le regard hanté.
« Attend qu'on annonce ça au reste de la famille ! » continuait Madame Denbrough.
« Je ne dormirais sûrement plus jamais, » poursuivit Bill, la voix maladive.
« CHERI ! SI TU M'ENTENDS DEPUIS LA VOITURE, SACHE QUE BILL NE BEGAYE PLUS ! » beugla Madame Denbrough.
« J'ai envie de mourir, » finit Bill, les larmes ruisselant sur ses joues.
« NOTRE FILS N'EST PRESQUE PLUS UN LOSER ! » termina Madame Denbrough, au comble de la joie. « Maintenant, va te coucher, fiston. Il est tard, et tu as école demain. »
« Tu ne m'écoutes jamais, c'est de ta faute, je te déteste, » lui assura Bill, essuyant ses larmes.
« Moi aussi je t'aime, mon chéri. Ne me remercie pas, ce fut un plaisir de te laisser à des inconnus pour que tu fêtes ton anniversaire, » lui sourit Madame Denbrough.
Bill baissa la tête, et monta les marches de l'escalier qui montaient à sa chambre.
« Vous êtes complètement conne, madame, » la complimenta le Joker.
« Oh, merci, » roucoula Madame Denbrough, papillonant des cils.
« Maintenant, payez-nous, » exigea Pennywise, impérieux.
Epilogue
« Il y a trois jours, deux meurtres sordides ont été commis dans notre si paisible et merveilleuse ville de Derry dans laquelle ne se passe jamais-jamais-jamais rien de macabre. Deux enfants ont en effet été brûlés vifs par trois mystérieux clowns embauchés pour une fête d'anniversaire, qui se sont ensuite repût de leurs chaires. « Je n'aurais jamais cru, » déclare Madame Denbrough, « Que ces clowns seraient capables de ça ! Ils semblaient si dignes de confiance ! » La pauvre femme, victime de sa trop grande confiance envers autrui, nous a confié son désarroi. « Tout mon gazon a été brûlé ! Mes pauvres pétunias ! » Tout de suite, le témoignage d'un groupe de végan choqués, protestant contre cette consommation de viande absolument outrageante… »
Le Joker éteignit la télévision et jeta la télécommande au loin. Elle atterrit dans la flotte avec un petit « ploc ».
« Les gars, on a merdé, » fit-t-il.
« Je suis trop un king à Candy Crush, » se vanta Pennywise, assis sur sa petite scène en bois, pianotant sur son IPhone flambant neuf.
« Qu'est ce qu'il se passe, Joker ? » s'enquit Ronald, occupé à se refaire les ongles avec du vernis rose fluo.
Le Joker prit un air grave. Un air si grave que l'ambiance s'assombrit très clairement. Un bruit d'orage dramatique retentit depuis le magnétophone de Pennywise. La musique du Parrain se fit entendre en arrière-plan.
Ses deux colocataires se figèrent, le souffle au bord des lèvres, figés dans l'anticipation.
« Le gazon, » déclara-t-il finalement, le regard plus dur encore que celui de Staline si on lui avait dit que le Coca c'était vachement bon. « On a brûlé le gazon. »
Le poids de la culpabilité tomba sur leurs épaules à tous.
« Nous sommes des monstres, » renifla Ronald. « Pauvres coccinelles qui devaient y vivre, survivant par Chuck Norris sait quel miracle sous dix centimètres de neige. »
« Nous ne méritons pas de vivre, » rechérit le Joker.
« Trois nouvelles étoiles ! » brailla Pennywise, victorieux. « Sweet ! »
Bref.
C'est fini, quoi.
