III-Chapitre 3 :

Joe hésitait entre le soulagement, la frayeur ou la gratitude car le fait d'être enfermé dans un bloc, sans issus de secours et moyens de communication avec le central, et pourchassé par le clan de Ma-Ma, l'empêchait d'éprouver de l'amertume, un peu de jalousie et de la peine devant l'indifférence affichée de sa sentinelle Dredd.

Le juge senior, fidèle à sa réputation où le devoir primait avant tout, ne s'exprimait qu'avec son éléve Cassandra Anderson, lui demandant de prendre les initiatives lors des confrontations avec des membres du gang.

Il ignorait totalement la présence de Joe qui se contentait de suivre et de les aider à neutraliser leurs poursuiveurs.

Mais son attitude impassible et ses boucliers mentaux ne dupaient pas la jeune Anderson qui, desfois, lui lançait des regards d'excuses quand Dredd choisissait de ne s'adresser qu'à elle.

Joe la rassurait par d'imperceptibles sourires de reconnaissance et décida qu'il aimait bien la jeune télépathe.

Malgré la dangerosité de la situation, le jeune guide était bluffé et fasciné par le professionnalisme, l'efficacité, le calme et la maîtrise à toute épreuve de Dredd et il lui arrivait, sans le réaliser, d'admirer la haute silhouette, mince et svelte, de son juge sentinelle.

Dredd était l'épitome du désir pour Joe qui se demandait s'il n' était pas un peu maso ! Il était clair que sa sentinelle ne voulait rien avoir à faire avec lui mais il ne pouvait cesser d'avoir des fantaisies sur ce corps que l'on devinait souple, athlétique et beau.

Du peu que Joe pouvait percevoir des traits de Dredd, il devinait que le visage du juge était viril et attractif et la moue de ses lèvres, très expressive, était adorable et à croquer…

La vue de la moue exaspérée de Dredd tira Joe de ses pensées et le fit se reconcentrer sur leur situation.

Comme l'avait dit Cathy, la jeune habitante chez laquelle ils s'étaient réfugiés, l'ascenseur les avait amenés au soixante-seizième étages.

Joe, examinant les murs délabrés et tagués, se rendit compte que les appartements étaient de véritables taudis et songea au confortable logement que le département de justice avait mis à sa disposition : il se considéra très chanceux.

Soudain, Dredd s'immobilisa et avisant les alentours, jeta un vif regard dans la direction du couloir où ils se dirigeaient.

Dans un bruit de ferraille, des barreaux de fer solide tombèrent du plafond et barrèrent le seul moyen de sortie.

…..

Joe sentit l'inquiétude de sa sentinelle, ainsi que son impuissance car sans moyen de couper les barreaux, ils constituaient des cibles parfaites pour une attaque.

Mais ce qui préoccupait le plus Dredd était que, comme l'avait observé Cassandra, le clan savait où les juges se trouvaient et étaient à leur merci.

Et aucune attaque ne semblait se profiler. Que manigançait Ma-Ma ?

« -Deckard, venez avec moi, fit Dredd, d'un ton professionnel. Anderson, retournez vers l'ascenseur avec le prisonnier : l'endroit est un abri de repli en cas d'assaut. »

Joe échangea un regard hagard avec Cassandra, en entendant la suggestion du juge de se réserver sa dernière balle pour ne pas être capturée vivante par le clan.

Il se promit de tout mettre en mesure pour que la jeune femme n'en arriva à cette extrémité désespérée. Avec un petit hochement de tête pour Anderson, il suivit Dredd à travers les couloirs.

Les habitants se barricadaient chez eux, s'enfermant à double tour et Joe perçut leurs peurs et leurs incertitudes quant à ce que tramait le clan. Il ressentit leur hostilité vis à vis de Dredd et de lui-même car les civils les tenaient pour responsable des agissements violents de Ma-Ma.

Une clarté avertit Dredd et Joe de l'approche de leur lieu de destination. Les deux hommes se planquèrent dans l'encoignure d'un mur et jetèrent un bref coup d'oeil dans la direction de la galerie opposée.

Ce qu'ils virent les alarma : Des mitrailleuses, avec balles perforantes, étaient en train d'être montées par des membres du clan et parmi eux, se trouvaient Ma-Ma et Caleb, son bras droit.

Visiblement, Ma-Ma, exaspérée de la ténacité à survivre des juges alors qu'ils n'étaient que trois, avait décidé d'utiliser les grands moyens.

Le sang de Joe se glaça dans ses veines quand il revit le flash où Dredd s'écroula, le corps troué de balles.

« -Oh, shit ! S'exclama Dredd, avant de se sauver. On se replie ! »

Les deux hommes entreprirent de courir dans les couloirs, rebroussant chemin à l'instant où Ma-Ma ordonna :

« -Feu à volonté ! »

…..

Les balles sifflaient, les manquant de peu mais ne loupant les infortunés habitants de ce niveau : elles perforaient les murs, les portes et les chaines et les barricades de fortune ne les empêchaient pas de faire des ravages.

La terreur, la souffrance et le désespoir des familles assaillirent Joe dont les boucliers étaient baissés car le jeune aspirant était plus préoccupé à éviter les projectiles mortelles que de maintenir ses boucliers.

Une déflagration projeta Dredd contre le mur du couloir et des flammes, chaudes et aveuglantes, mêlés à la violence de l'impact submergèrent les sens du juge sénior qui s'écroula au sol.

La vision du sentinelle s'obscurcit une seconde, mais une seconde où pour Joe, le temps se suspendit.

Le souffle du guide cessa un instant, son sang se figea et tout son corps se statufia : la frustration, la rage, la déception et la terreur de Joe éclatèrent d'un coup, envoyant des ondes ultra puissantes qui, comme une vague de tsunami, firent exploser les vitres et dévièrent les balles qui devaient cribler Dredd.

La vague d'énergie, déployée de l'esprit de Joe, puisait au plus profond de l'inconscient du jeune homme et durant de longues minutes, le silence se fit autour des deux juges.

Une bulle protégeait les deux hommes et Dredd, à terre, ne détachait pas ses yeux de son guide, impassible.

Mais Joe perçut son étonnement avant de s 'écouler, à la limite de l'évanouissement. Les bruits de rafales de tir parvinrent aux oreilles de Dredd, avant que les balles ne les atteignirent et sans ménagement, la sentinelle agrippa Joe par la main et le traina à sa suite.

Dredd rejoignit Cassandra et leur suspect, s'abaissant pour éviter les balles qui détruisaient, inéluctablement, leur abri.

Avisant une raie de clarté provenant du mur opposé à leur abri, la sentinelle fit exploser le mur qui fit apparaître une issue vers l'extérieur.

« -On saute !, » ordonna Dredd qui, entrainant Joe avec lui, sauta à travers le trou créé.

Joe, à travers l'épuisement, ressentit une vive douleur à l'épaule et de l'air frais.

….

Le jeune guide revint à lui, adossé à un terrain de roller skate et frissonnant, il réalisa qu'il se trouvait à l'extérieur du bloc, sur une terrasse de jeu situé en hauteur.

Des adolescents,intrigués,frigorifiés et apeurés, le fixaient pendant que le jeune guide inspira, avec gratitude et plaisir, de l'air frais de la nuit.

Les lumières de la ville et les hautes silhouettes des autres blocs, se dessinant dans l'obscurité de la nuit, distraient Joe de Cassandra qui lui appliquait les premiers soins à son épaule blessé.

Il adressa un sourire de remerciement à la jeune télépathe et relevant la tête, il s'aperçut que Dredd, en retrait, à côté du suspect évanoui, l'observait sans un mot.

Rien ne transparut des pensées de la sentinelle qui, se détournant de Joe, évalua la situation.

« -Il nous faut retourner à l'intérieur, déclara-t-il, en s'éloignant du guide et de la télépathe. Les renforts vont arriver mais il nous faut sécuriser un lieu de défense. »

Joe, avec l'aide de Cassandra, encore fatigué par le déploiement de son énergie psychique, se leva et suivit, à pas mesuré Dredd.

…..

Assis par terre, dans une salle de classe, Joe assistait à l'interrogation musclée par Dredd du suspect : Le voir se déchainer, faire preuve de brutalité et de violence aurait du rebuter Joe mais ce dernier ne put que trouver sa sentinelle sexy et irrésistible.

Cassandra suggéra qu'elle pouvait lire les pensées de Kay et Dredd, allant monter la garde près de la porte d'entrée, la laissa faire.

L'esprit embrumé par une torpeur bienvenue, bien qu'inquiétante, Joe accueillit cette sensation et fermant les yeux, il ne lutta pas contre l'inconscience qui l'emportait…

Sentant un regard sur lui, il prit conscience qu'il s'était mis en transe de guérison, exigé par son corps malmené et son esprit épuisé et il vit que l'attention de Cassandra et de Dredd s'étaient concentrée sur lui.

« -Je vais rester ici, proposa Joe, avec fermeté. Je ne serais qu'un poids mort pour vous. Je masquerais ma présence. »

Il avait ajouté cette précision pour apaiser l'inquiétude de Cassandra qui consulta Dredd du regard.

Celui-ci approuva d'une moue.

Une amertume sans nom s'empara de Joe devant l'acceptation facile de Dredd de sa proposition.

Le juge sentinelle marqua, cependant, une hésitation.

Avec un sourire résigné, le jeune guide enleva ses munitions restantes et les tendit à Dredd :

« -Vous en aurez plus l'utilité que moi. » affirma Joe en fixant bien Dredd de ses yeux.

Cassandra, choquée et interloquée, allait protester mais elle se souvint de sa place d'aspirante et ne dit rien quand Dredd prit les munitions de Joe et sortit de la salle de classe, l'arme au poing.

« -On y va, Anderson. » ordonna le juge, sans un regard en arrière.

La jeune télépathe jeta un dernier coup d'oeil vers Joe qui s'était mis en transe et obeït à son supérieur.

Au fur et à mesure que ses boucliers s'affaiblissaient, Joe fut assailli par des émotions négatives, pleines de désespoir, de cris de souffrance et de douleur et de désillusion dans la vie et l'humanité lui-même.

Submergé par tout ceci, Joe se demanda si son métier n'était pas futile : pourquoi apporter l'ordre et la justice si les habitants avaient perdu espoir en l'avenir et dans le futur de l'humanité.

Que leur réservait l'avenir, à part, une vie dans une ville maudite et dans une planète ravagée par les radiations ?

Où s'échapper ? Où fuir ? Vers d'autres mégalopoles où la loi du plus fort régnait, où la surpopulation ne garantissait qu'une vie de misère ?

Le jeune guide gémit sous la migraine causée par la négativité des émotions des habitants de Méga-City One.

Soudain, des petites lueurs se firent à travers tout ce désespoir et l'esprit de Joe, comme un papillon de nuit attiré par la lumière, s'y accrocha.

Le jeune guide perçut la satisfaction d'un bébé d'avoir mangé, le bonheur d'une mère de pouvoir contribuer à apaiser sa faim, la joie de serrer un proche survivant et l'espoir tenace d'adolescents dans l'amour et l'amitié…

Des joies simples mais qui apportèrent un baume sur l'esprit torturé de Joe qui comprit le bonheur d'être en vie.

Le jeune homme sut pourquoi il luttait contre la criminalité : par ses actions, il garantissait ces petites joies aux citoyens de Méga-City One.

Il avait failli ses semblables, une fois mais il ne faillirait pas à Méga-City One et à sa sentinelle.

Une sérénité amena un sourire sur le visage de Joe et une brise caressa ses traits. Un parfum de fleurs contribua à élargir son bien-être.

Un parfum de fleurs ?

Intrigué, Joe rouvrit les yeux et des arbres, immenses et aux feuilles luxuriantes, se découvrirent sous son regard ébahis.

« -Bienvenue au paradis des guides et des sentinelles ! » lança une voix chaleureuse et enthousiaste.

A suivre

Duneline, le 15/01/19