Hey ! Bonjour, bonsoir à tous !

Et voici le chapitre 7 de "Son monde à lui" ! Il est plus long que les autres, je m'étonne moi même...
J'avoue que j'ai un peu peur de le poster celui-là... J'ai peur que ça aille trop vite, que les sentiments des personnages ne soient pas assez détaillés... Mais en même temps je n'ai pas envie de faire durer ce moment durant plusieurs chapitres. Je tiens à dire que ce qui s'y passe se rapproche énormément de quelque chose dont j'ai été témoin, que j'ai vécu... Mais en accéléré. Aussi, Aomine est surement très OCC ici... Mais bon, j'assume ^^'

Sinon, nouvelle du jour... Les résultats de mes exams sont tombés... Et je suis désormais une professionnelle du tourisme ! Ahah ! :') Vous ne pouvez même pas vous imaginer à quel point je suis contente ! Je vais maintenant pouvoir faire des séjours adaptés tout au long de l'année *-*
- Voilà, j'arrête de raconter ma vie ... -

Merci à Shirayuki Yukine, Sei4, FloKNBfics, Takkaori, Cookiiie, Virtual Hug, Futae et Moon-nee-chan pour vos reviews ! On a dépassé les 50 reviews !
Merci également à "Guest" : Je suis contente que la mise en couple de Ryou et Daiki te fasse plaisir et merci pour ta review !

Comme toujours, je remercie ceux qui follow ou mettent en favoris cette fiction !

Merci également à ma béta, qui fait un travail extraordinaire et sans qui cette fiction serait un torchon !

Bref, je m'excuse d'avance si ce chapitre ne ressemble pas aux autres.

Bonne Lecture !


~CHAPITRE 7 ~


Ma mère me regarde, les bras et jambes croisés, assise sur sa chaise. Ses longs cheveux noirs encadrent son visage, au teint plus clair que le mien. Ses yeux, si similaires aux miens, me font bien comprendre que je n'ai aucun échappatoire. Je sais bien qu'elle attend que je prenne la parole. Mais que voulez-vous que je lui dise ?!
"Non, mais maman, tu te souviens, une fois je t'ai parlé d'une personne handicapée ? Bah en fait, il s'appelle Ryouta et je suis tombé amoureux de lui. J'étais chez lui ce week-end, et d'ailleurs je suis en couple avec lui depuis samedi ! Ouais ton fils aime un mec qui est handicapé. Sinon, toi tu as fait quoi ce week-end ? ".
Non, je ne peux définitivement pas faire ça ! On va jouer la carte de l'innocence, c'est plus sûr...

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Je trouve que tu as un comportement... étrange, depuis quelque temps. Tu me caches des choses...

La carte de l'innocence... Ouais mais c'est maman ! ça va pas être une discussion facile, je le sens d'ici. Mais j'ai pas le choix, je peux pas mentir à ma mère ! Même si je le voulais, je ne pourrais pas... Elle sait tout, c'est maman.

- Qu'es-ce que tu veux dire par "un comportement étrange "?

- Tu me parles moins, tu évites Satsuki, tu passes beaucoup de temps sur ton portable, tu sors tous les week-end, alors que d'habitude, je devais presque te traîner du lit pour que tu vois le jour. Même ta façon de parler a changé. Et là, tu t'en vas de la maison en panique, au téléphone avec quelqu'un... Alors je me pose des questions.

- Comment tu sais que j'évite Satsu ?

- Elle me l'a dit. Elle m'a appelé pour savoir si je savais ce que tu avais en ce moment. Je ne suis pas la seule à trouver que tu agis étrangement. Tu devrais la rassurer, elle s'inquiète beaucoup, tu sais…

Je ne sais pas quoi lui dire. Je me rends bien compte que je délaisse Satsu pour Ryou. Mais je ne peux rien faire d'autre… si elle savait, je… est-ce que j'assumerai ? De même pour ma mère… je ne lui ai jamais parlé d'une quelconque attirance pour les garçons. Alors là, pour Ryouta..

Ma mère ne cesse de me fixer. Elle se remet droite avant de reprendre la discussion.

- Où étais-tu ce week-end ?

- Chez... Ryouta...

- Qui est Ryouta ?

- ... Tu te souviens, il y a quelques mois, je t'ai parlé du fait que j'avais rencontré une personne handicapée ? Je l'ai revu... Plusieurs fois. Il est revenu sur le terrain et on a commencé à sympathiser... Et on a commencé à se voir tous les week-end. On parle souvent par message, ou il m'appelle... Je... Ouais, c'est devenu mon ami en quelque sorte...

Je me tais, je ne sais pas vraiment quoi ajouter. Je prends petit à petit conscience que je ne suis pas seul au monde avec Ryouta. Que tout s'est passé très vite, je n'ai pas réfléchis… pour moi je n'avais à rendre de compte à personne. Sauf que… je me rends vite compte que je me suis trompé.

- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? C'est bien que tu sympathises avec de nouvelles personnes…

Pas de cette façon maman. Si je trouve le courage de le dire, tu ne me diras pas ça.

-Parce que... Parce que je voulais pas que tu t'inquiètes. Que tu me juges. Je sais pas, pour moi tu n'allais pas comprendre.

- Pourquoi je n'aurais pas compris ?

- Je sais pas... C'est compliqué...

Ma mère ne me lâche pas du regard. Je crois qu'elle scrute mes réactions.

- Il y avait une raison particulière pour que tu ailles chez lui ce week-end ?

- Il m'a appelé et... Il était tout seul chez lui. Je pouvais pas le laisser tout seul ! Il est pas débile, je sais bien, mais il n'est pas parfaitement autonome et il allait flipper tout seul ! Je pouvais pas... Je sais, tu vas me dire que je ne dois pas m'occuper de ce qui ne me regarde pas, mais il aurait pu se passer n'importe quoi ! - dis-je en augmentant le ton petit à petit. Je perds mon calme, ça ne va pas...

- Du calme Daiki... je n'ai rien dit, d'accord ? Pourquoi il était tout seul ce garçon ?

- Il s'est engueulé avec sa soeur et elle s'est barrée, tout le week-end.

- Je vois...

Ma mère prend le temps de faire un point sur la situation. Je crois qu'elle n'ose pas me poser toutes les questions qu'elle veut. Je ne sais pas pourquoi. Mes pensées se dirigent vers Ryouta et je caresse inconsciemment mes lèvres de mon pouce. C'est léger, rapide, mais rien qu'au regard de ma mère, je sais qu'elle n'a rien loupé de mon geste.

- Daiki chéri... Soit tu me mens sur l'endroit où tu étais ce week-end, mais ça me paraîtrait bizarre que tu me caches la présence d'une fille dans ta vie. Soit tu me mens sur la nature de ta relation avec ce... Ryouta. Alors je te repose la question : Qui est Ryouta ?

Elle détache chaque mot de la question. Le ton qu'elle a pris a complètement changé. Il n'est plus doux et conciliant. Elle ne m'invite plus à parler. Elle m'oblige à parler. Son ton est froid et sans appel. Là, c'est le début de la fin. Je suis foutu. Je ferme les yeux pour essayer de formuler dans ma tête, une phrase simple qui ne choquera pas trop ma mère. Je prends conscience que de l'extérieur, la relation que j'ai avec Ryouta peut paraître dégueulasse. Mais c'est ma maman, elle ne va pas me jeter à la rue pour ça... Je vais peut-être me prendre la claque de ma vie, mais elle ne va pas me renier...

- Je... il s'appelle Kise Ryouta et il a 16 ans. Il est blond, il est presque aussi grand que moi et il adore le basket. Il est autiste, mais il sait s'occuper de lui pour la plupart des tâches quotidiennes. Il a beaucoup évolué depuis que je le connais, il parle de mieux en mieux par exemple. Il sait lire, écrire... A ce que je sais, il a une grande soeur, et c'est une vrai garce...
Ça fait maintenant plus de deux mois que je le connais et on s'est beaucoup rapproché depuis notre rencontre... Je me sens un peu privilégié tu vois? Et Ryou et moi on est... enfin, je... c'est...on sort ensemble. Ryouta et moi on sort ensemble. Depuis samedi...

Ma mère ne dit rien. Elle n'a aucune réaction par rapport à ce que je viens de lui dire. Je sais que ça peut être choquant, mais je préférerais voir quelque chose sur son visage : du dégoût, du rejet, de la tendresse, de la compréhension... tout sauf cette expression neutre qui l'a rend totalement indifférente. Putain, je veux pas la décevoir...

- Qu'est ce que tu viens de dire ?

- Je… je suis en couple… avec Ryouta.

Ma mère ferme les yeux. Je commence vraiment à avoir peur de sa réaction. Je ne l'ai jamais vu comme ça, elle ne s'est jamais réellement énervé contre moi, même pour les plus grosses conneries que j'ai pu faire étant gosse. Mais là…

Elle ré-ouvre ses yeux et son regard me glace le sang. Je déglutie difficilement, tandis que mon coeur rate un battement. Pourquoi elle me regarde comme ça ? Je n'ai rien fait de mal...

- Dis moi que c'est une blague Daiki ?!

- Je… Maman…

- Il n'y a pas de "maman" Daiki ! Est-ce que tu te rends compte de ce que tu me dis ?! Je t'ai toujours laissé faire ce que tu voulais, je t'ai toujours laissé ta liberté, et c'est ça que tu me donnes en réponse ?

- J'comprends pas…

Je me sens de plus en plus désarmé. Je comprends de moins en moins la situation dans laquelle je suis…

- Tu te rends compte de ce que tu me dis ? Tu es gay et tu sors avec une personne autiste ? Est-ce que tu te rends compte de ce que tu fais des fois ?!

- J'ai pas réfléchis ! C'est venu comme ça, j'ai rien prévu ! Ça m'est tombé sur la gueule ! Je suis pas gay, je n'ai jamais ressenti ça pour un autre mec ! C'est Ryou, c'est tout ! Je vois pas où est réellement le problème ?! Je te jure, je n'ai pas réfléchis…

- ALORS TU AURAIS DU RÉFLÉCHIR POUR UNE FOIS !

Ma mère s'est levée et me regarde de toute sa hauteur. Le bruit de la chaise qui tombe lourdement sur le sol fait échos à ma respiration qui est devenue plus saccadée. Le ton de ma mère devient de plus en plus dur à supporter...

- Que ce soit un ou mille garçons, ça change quoi ? Rien du tout ! Tu m'annonces ça comme ça, alors que je sais que tu regardes des magasines pornos avec des femmes dessus ?! Tu crois que je me sentais préparer à ça ? Tu crois que c'est ce que je souhaitais pour toi ?

Un nouveau silence se fait.

Je ne sais plus où me mettre. Je suis très mal à l'aise. Non, ce n'est même plus être mal à l'aise à ce stade. Les mots de ma mère me font horriblement souffrir. J'ai une boule dans la gorge... Je suis un grand garçon, je suis un homme maintenant, je vais pas chialer quand même !

Mais je me sens toujours un gamin face à ma mère. Dis quelque chose maman... Dis moi que tu ne penses pas ce que tu viens de dire. Je sais que je dois assumer mes choix jusqu'au bout, mais là, c'est dur, j'ai juste envie de m'enfermer quelque part et tout oublier.

- Comment veux-tu que j'accepte ça ? Comment veux-tu que j'accepte les choses comme elles sont ? Tu viens me dire que tu sors avec un garçon qui a un handicap mental… Comment tu pensais que j'allais réagir ?!

Je me lève à mon tour, ma chaise claque sur le sol. Je regarde ma mère dans les yeux. Malgré qu'elle soit beaucoup plus petite que moi, sa prestance fait de l'ombre à la mienne, mais j'essaye de ne pas me défiler.

- Dans tous les cas je pensais que tu allais mieux réagir que ça ! J'ai passé le meilleur week-end de toute ma foutue vie, et tu viens me dire que je suis horrible ?! C'est vrai, ça s'est passé très vite, même moi je n'ai pas eu le temps de prendre conscience de ce qui m'arrivait ! Tu penses pas que c'est déjà assez dur pour moi d'accepter tout ça ?! J'aime un garçon qui a un handicap… Ça fait dès mois que je suis plus moi-même, que je ne ressens plus rien, que j'ai perdu tout intérêt dans tout ce que je faisais ! Ryouta, il … il a réussi à changer tout ça !

Je sors essoufflé de ma tirade. Mes larmes ont fini par s'échapper. Je ne sais même plus depuis combien de temps je n'ai pas pleuré. Et ça fait mal, horriblement mal. Ma mère, c'est celle qui doit sécher mes larmes, pas les faire couler, non ?

Ma mère m'a laissé parler, les bras croisés. Son regard ne me lâche pas une seconde. Je passe ma main sur mon visage pour essayer de chasser mes larmes. J'essaye de me redonner contenance, mais là… je n'y arrive pas.

- C'est à cause de ton père c'est ça ? Depuis qu'il est parti, tu as changé… Je sais que ça n'a pas été facile pour toi, mais ce n'est pas pour ça que je peux tolérer ça sans rien dire.

- Ça n'a rien à voir avec papa ! Je me suis pas tourné vers un mec parce que je suis en manque d'affection masculine, c'est n'importe quoi !

Mon père est parti il y a quelques années déjà… Sans rien nous dire, sans laisser un mot ou n'importe quoi pour le contacter. Maman a eu beaucoup de mal à s'en remettre. Mais ma relation avec Ryouta n'a rien à voir avec ça ! Elle arriverait presque à me mettre le doute, mais non, je suis sûr que non.

- Je ne vois que ça !

- Je te dis que non !

- Ne me parle pas comme ça. C'est toi qui est en tort !

Je baisse le tête. Je suis prêt à abandonner la partie. Ce n'est vraiment pas mon genre normalement.

- Maman, je suis complètement paumé… Je ne comprends plus rien… Mais si toi tu ne me soutiens pas, qui le fera ?!

Elle ne me répond pas. Je veux qu'elle prenne conscience que je n'ai plus qu'elle ! Si elle me rejette, je ne suis plus rien, j'ai nul part où aller… Je ne sais plus quoi penser. Je pensais que ma mère était ouverte d'esprit, qu'une fois dit, elle allait me rassurer, m'aider à réfléchir. Comme quoi, je n'aurais pas dû espérer ça...

- Va dans ta chambre.

Je relève la tête brutalement. J'écarquille les yeux et je sens les larmes revenir. Dites moi que j'ai mal entendu…

-… Quoi ?

- Va dans ta chambre. Je ne veux plus en entendre parler pour le moment. Je pense qu'on a tous les deux besoin de réfléchir à tout ça. J'espère que tu retrouveras la raison rapidement.

- Tu n'acceptes pas ça du tout alors… Dis moi franchement, tu as honte de moi ?!

- Je ne veux pas dire quelque chose que je pourrais regretter plus tard.

- … Je prends ça pour un oui.

Les larmes qui s'étaient taries reviennent de plus belle. Je sens mon cœur se déchirer en deux. J'ai mal, putain ça fait tellement mal. Je ne pensais pas qu'un jour je pourrais souffrir autant. Je ne voulais pas la décevoir ? C'est loupé…

Je ne reste pas une seconde de plus dans cette pièce. Je prends mes affaires au vol et fonce m'enfermer dans ma chambre. J'entends ma mère m'appeler, mais là… je ne veux plus lui faire face. Je ne peux pas, je ne peux plus…

Je ferme la porte à clé et me laisse glisser contre le pans de bois. Je pose ma tête contre mes genoux et laisse mes larmes couler librement.

Je suis amoureux. Juste ça… et ma mère à honte de moi, pour ça.

Je ne pensais pas que ma mère allait un jour me détruire comme ça. J'aurais pu partir de la maison, j'aurais peut être dû… mais pour aller où ? Je n'ai personne… personne qui peut comprendre.

Je repense à ce début de week-end avec Ryouta. Je ne regrette rien, ni d'être parti sans savoir à quoi je devais m'attendre, ni d'avoir passé du temps avec lui, ni de l'avoir embrassé. Je… est-ce que c'est vraiment mal ? Ma mère ne le connaît même pas ! Je n'abuse pas de lui, il fait ce qu'il veut… et je crois que lui aussi m'aime bien… Alors, pourquoi ? Pourquoi ma mère a honte de moi ?

Je sais, je prends conscience que ça ne sera pas toujours facile avec Ryouta. Je ne connais pas encore sa maladie, je ne sais pas ce que je peux faire et ne pas faire. Je ne sais même pas s'il comprend ce qu'il se passe ! Je suis perdu, paumé, ravagé…

Je sens mon portable vibrer dans ma poche. Je le sors pour voir qui essaye de m'appeler… Ryouta. Qui d'autre ?
Je refuse l'appel. Je ne veux pas qu'il sache dans quel état je suis. Ça se trouve il a besoin de moi. Mais là, je ne suis pas en état. Je ne peux pas. Je lui envoie un message, lui disant que je ne me sens pas très bien et que je le rappellerai demain. J'ai besoin de quelqu'un. Je me sens vide et seul… Je ne peux pas en parler à Ryouta, il ne comprendra pas…

Je ne sais pas combien de temps je reste assis contre ma porte à réfléchir à tout ça. Longtemps je pense, vu la douleur que je ressens dans mon dos.

Je me décide à me lever, passe un main sur mes joues humides, et range mes affaires. Je ne veux plus réfléchir, je ne veux plus ressentir tout ça. Je me déshabille et vais dans mon lit. Je me recouvre entièrement de mes couvertures. Je ne veux plus penser à rien. Je mets mon réveil pour demain matin. Je ne sais pas s'il servira à grand chose…

Je ne mets pas longtemps à m'endormir. Trop d'émotions, trop de tout.

Une seule dernière pensée me hante avant que le sommeil m'emporte…

"Qu'est ce que j'ai fait de mal ?"


J'entends mon réveil sonner. Je me sens… horriblement mal. Je me sens fatigué, courbaturé, paumé.
Encore embrumé, les souvenirs de la veille me reviennent par bribes. Comment on en est arrivé là ?
Je ne prends pas le temps de laisser mes pensées m'envahir. Je m'habille, prends mes affaires de cours, et descends dans la cuisine pour prendre un petit déjeuner.

En passant la porte, je vois sur la table que mon repas est préparé. Ma mère se trouve sur la chaise d'en face, un bol de café en main. Je ne sais pas quoi penser…

- … Maman…

- Assieds toi, s'il te plaît mon chéri…

Je sens les larmes revenir. Quel homme je fais dis donc !
Je fais ce que me dit ma mère. Le fait qu'elle réutilise le surnom qu'elle me donne d'habitude me fait me demander si je n'ai pas rêvé tout ce qu'il s'est passé hier soir… Je n'ose pas toucher à mon petit dèj. Je laisse ma mère prendre la parole. La tête baissée et les deux mains enfoncées dans les poches, j'attends. Je n'ai rien à dire de concret de toute façon…

- Je… Je suis désolée pour hier soir. Je pense être allée trop loin. Très sincèrement, je ne cautionne pas ta relation avec ce garçon. Ce n'est pas bon pour toi. Mais je n'ai pas honte de toi.

- Comment tu peux dire que ce n'est pas bon pour moi ? Tu ne le connais même pas…

- Je le sais, c'est tout. Tu as 16 ans, comment veux-tu t'épanouir avec un garçon qui n'est pas autonome ?

- Il est autonome. Bien plus qu'on ne peut le penser.

Ma mère soupire. Je ne peux pas la laisser insulter Ryouta.

- Je m'inquiète pour toi Daiki.

- Il ne faut pas.

- Tu as pensé aux regards des gens ? A ce qu'ils vont dire ? Tes amis sont-ils au courant ?

- Je m'en fiche de tout ça maman… Non, mes amis ne sont pas au courant… Ils n'ont pas à se mêler de ça. Si je suis heureux avec Ryouta, si on est heureux ensemble, il est où le problème ?

Elle se positionne plus confortablement sur sa chaise. Le dos complètement appuyé contre le dossier, ses yeux regardent dans le vide.

- Je sais que ce n'est pas facile à accepter. J'ai compris. Mais je sais que tu es tolérante, c'est une des valeurs que tu m'as apprises. D'accepter les autres et de toujours tout faire pour être heureux. Les regards des autres ne comptent pas, c'est ma vie, elle m'appartient. Alors, pourquoi aujourd'hui, ça devrait changer ? Parce que je sors avec un garçon ? Parce que je suis heureux avec un garçon ? Parce qu'il est autiste ? Ça ne change rien pour moi…

Ma mère ne me quitte pas du regard. Son regard devient plus triste à chaque mot que je prononce.

- Je… pardon. J'ai dû te faire beaucoup de mal hier mon chéri. Je suis vraiment désolée pour ça. Mais je ne peux pas comprendre. C'est… trop soudain. Peut-être qu'un jour je pourrais accepter. Mais là, je ne peux pas…

- Il faudrait que tu le rencontres pour comprendre que je ne suis pas en train de faire n'importe quoi. Il n'est pas stupide et il sait ce qu'il fait. Je n'abuse pas de lui et je ne fais rien de mal. J'ai réfléchis longtemps à ça… et non, à mes yeux, je ne fais rien de mal.

- C'est du sérieux pour toi ?

- Oui.

- Je vois… Comment peux-tu être sûr que ce n'est pas de la simple curiosité ? Une simple phase ?

- Je le sais, c'est tout. Je sais que je peux être un connard, mais je n'utiliserais jamais quelqu'un comme ça, juste pour m'amuser.

Je pense qu'on ne sera pas d'accord pour le moment. Ça ne sert à rien, de discuter. Je veux lui faire comprendre… mais elle va mettre un certain temps à encaisser tout ça.

- J'y vais, faut que j'aille au lycée.

Je me lève, prends à manger pour la route, mon sac et m'apprête à partir. Avec tout ça, je n'ai même pas touché au petit dèj que ma mère m'a préparé. Elle m'interpelle une dernière fois avant que je ne passe la porte.

- Je vais réfléchir à ce que tu viens de me dire. On en rediscutera ce soir si tu veux bien. Plus calmement. Je te promets que j'écouterai ce que tu as à me dire. J'essaierai de faire un effort. Je m'excuse pour hier. Vraiment.

Je lui lance un dernier regard avant de franchir le seuil de la maison et de refermer la porte derrière moi. Je ne suis pas naïf, ma mère n'accepte pas. Il ne faut pas rêver, c'est la réalité là. Si elle veut en parler, c'est pour trouver de nouveaux arguments pour me montrer que j'ai tort. Pas pour essayer de comprendre et d'accepter. Je sais que c'est toujours plus facile quand c'est chez les autres. C'est différent dès que ça touche son propre entourage. J'espère qu'un jour, elle comprendra.


Journée merdique. C'est le prix à payer pour un week-end génial avec Ryouta ? Passer une semaine merdique ?

Quand je suis arrivé au lycée ce matin, j'ai tout fait pour fuir tout le monde. Y compris Satsu. Je me sens un peu trahi par elle, pour avoir appelé ma mère. Je devrais pas, mais c'est plus fort que moi.

A la pause du midi, j'ai appelé Ryouta pour le rassurer. Je n'ai fait comme si de rien était, je ne veux pas l'inquiéter.

Je n'ai séché aucun cours aujourd'hui. Si j'étais resté seul sur le toit, mes pensées n'auraient pas arrêté d'affluer. Autant ne pas me prendre la tête. C'est pour cette raison que je suis allé à l'entraînement également. Ça m'a permit de me vider la tête et de retarder le moment ou je rentrerai chez moi.

Maintenant, je traîne des pieds sur le chemin de ma maison. Je sais que ma mère est déjà rentrée du boulot et que je ne vais pas pouvoir lui échapper. Après réflexion, je pense qu'elle regrette tout ce qu'elle a pu me dire. Mais ça ne change pas le fait qu'elle l'a dit.

Je passe la porte et me dirige directement vers le salon, où ma mère se trouve. Ça ne sert à rien de fuir, ça n'arrangera rien.

- Bonne journée mon chéri ?

- Merdique.

Un blanc se forme. Ouais, ma réponse était peut-être tranchante, mais bon… J'en peux plus.

- Je ne sais pas si tu veux en rediscuter. Mais je tenais à te dire que j'avais réfléchis à ce que tu m'as dit ce matin. Tu grandis trop vite et je n'ai pas pu me préparer à ça.

- Tu dis "ça", comme si je t'avais annoncé que j'allais mourir. Ryouta est handicapé, il n'a pas la peste. En plus, tu m'as toujours dit que l'homosexualité n'était pas une maladie, mais aujourd'hui, comme ça tombe sur moi, c'est comme si j'avais chopé un cancer…. Il y a un moment faut arrêter…

- Tu as raison, je suis désolée…

On se regarde en chien de faïence. Ouais, ma mère à beau dire qu'elle est désolée je sais qu'elle ne le pense qu'à moitié. Elle est désolée de me faire souffrir, pas d'essayer de me faire changer d'avis.

- Il y a vraiment une chose que j'ai retenu, c'est que je ne connais pas Ryouta. Tu m'as dit qu'il faut le rencontrer pour comprendre. Alors… présente le moi.

Ça je ne m'y attendais pas. Attends, hier elle était bien en train de me gueuler dessus nan ? Et là elle veut le rencontrer ?! Je me méfie, c'est super louche ce qu'elle me propose.

- Pourquoi ?

- Pour comprendre. Ça me dépasse complètement, je ne sais pas comment tu as pu tomber auss… Enfin, que tu as pu en arriver là.

Je n'ai pas rêvé, elle allait dire "que tu sois tombé aussi bas" ?!... Okey, donc ça, c'était gratuit. Je ne pensais pas à avoir à me battre contre ma mère. Jamais l'idée ne me serait venue. Mais s'il faut qu'elle le rencontre pour qu'elle laisse tomber tous ses préjugés et qu'elle m'accepte, je le ferai.

J'accepte sa proposition et termine la discussion. Je me lève et pars dans ma chambre. Je ne sais pas si elle veut rencontrer Ryouta par curiosité, pour avoir de nouveaux arguments pour me contredire ou simplement pour vraiment apprendre à accepter. Elle pense peut-être même à essayer de manipuler Ryouta pour qu'il s'éloigne de moi. Mais ça ne fonctionnera pas. Je vais lui mettre la vérité devant les yeux, ça il n'y aucun doute à avoir là-dessus.


Nous voilà samedi. J'ai réglé toute l'organisation avec Ryou et nous avons décidé d'aller à l'aquarium. J'ai donné les informations à ma mère au fur et à mesure, elle n'a rien trouvé à redire. En même temps, je lui propose un terrain neutre, si elle veut partir, elle peut.

Il a fallu toute une préparation psychologique à Ryouta, j'ai répondu à toutes ses questions, j'ai pris du temps pour le calmer. Ce n'est pas facile pour lui d'accepter quelque chose comme ça. Rencontrer une inconnue, réagir comme il faut, aller quelque part… C'est compliqué pour lui, c'est déjà énorme pour moi qu'il ait accepté.

Nous sommes tous les deux un peu stressés sur le chemin. Ma mère de rencontrer Ryouta, mon mec, et moi qu'elle ne l'accepte pas. J'ai aussi un peu peur que Ryou ne soit pas à l'aise, malgré la préparation. Je sais qu'il va pouvoir agir bizarrement pour les autres, que tout ne sera pas "normal"... Il n'a pas vraiment conscience du regard des autres, mais ce n'est pas pour ça qu'il se sent à l'aise face à ça. Et je ne sais pas du tout comment ma mère va réagir face à lui...Est-ce qu'elle va prendre Ryouta en pitié, ou faire semblant de rien ? Je lui ai déjà demandé de ne pas faire de remarques devant lui. Si elle a quelque chose à me dire, ce sera après la sortie.

Nous nous dirigeons à pied vers la maison de Ryouta pour aller le chercher avant de se rendre à notre activité de la journée. On ne discute pas vraiment, maman me demande juste comment va se passer la journée. Elle me demande aussi des conseils sur la façon dont elle doit se comporter avec Ryouta. Je lui dis d'être naturelle tout simplement, il fera le reste. Je la sens encore un peu réticente, elle se force complètement à venir. Je ne sais pas pourquoi, mais je pense qu'elle est venue pour ensuite avoir toutes les excuses du monde pour me prouver que je fais une connerie. Mais maman, je ferai tout pour te prouver le contraire.

Devant sa maison, je me dirige seul vers la porte d'entrée. Je frappe et Ryou ne met pas beaucoup de temps pour m'ouvrir et se jeter dans mes bras. Je vois sa soeur dans le salon qui ne prend pas la peine de se lever pour me saluer. Tant mieux.

Je lui embrasse le front avant de lui dire d'aller chercher ses affaires. Il revient vers moi en faisant un signe de la main à sa soeur qui ne lui répond pas. Elle ne sait pas la chance qu'elle a d'avoir Ryouta, ce n'est pas possible.

Il me prend la main et nous nous dirigeons vers ma mère, qui a l'air plus que surprise ! Je ne pense pas qu'elle l'avait imaginé comme ça. Une fois en face d'elle, je me racle la gorge avant de prendre la parole...

- Maman, voici Ryouta... Ryouta, ma maman.

- Bonjour !

Ma mère fait un sourire forcé et le salue à son tour. Ryouta lui sort un de ses grands sourires qui réussit à chaque fois à me faire fondre. Il se tourne vers moi et me tire la main vers lui.

- On va aux poissons ?!

- Ouais, on va y aller...

- Maintenant ?

- Oui oui Ryou...

Je rigole à son empressement. Ma mère nous regarde sans rien ajouter de plus. Je la sens complètement fermée à cette rencontre, même si elle essaye d'afficher le contraire. Nous commençons à marcher vers l'aquarium en discutant de tout et de rien. Ryouta me demande comment s'est passée ma semaine, je lui réponds et lui retourne la question. Ryouta n'a pas l'air trop mal à l'aise de la présence de ma mère, même si je le vois éviter son regard.

Malgré la situation plus que bancale, et l'atmosphère un peu pesante, j'ai envie d'embêter Ryou… Prouver à ma mère qu'il n'est pas débile et lui faire comprendre pourquoi je l'aime.

- Hey Ryou, tu as à l'air bien pressé... Je croyais que tu n'aimais pas le poisson...

- Hum ?

- Tu te souviens, quand on mangeait des pizzas chez toi, tu m'as dit que tu n'aimais pas le poisson …

Il me regarde sans vraiment comprendre où je veux en venir. Il baisse le tête et serre ma main plus fort dans la sienne, signe qu'il réfléchit. Un éclaire de génie semble l'avoir traversé tandis qu'il se retourne vivement vers moi en s'arrêtant de marcher.

- On va manger les poissons ?!

Un air offusqué se dessine sur son visage, suivi d'une moue de dégoût et je ne peux pas m'empêcher d'exploser de rire. Il se rend rapidement compte que je me moque de lui.

- Tu rigoles encore...

- Désolé Ryou, c'était trop tentant ... -Je m'arrête de rire et reprends- Non, on ne va pas manger les poissons je te rassure. On va juste aller les voir. Ils vont pas avoir la même tête que dans l'assiette, j'tassure !- Dis-je en reprenant notre marche.

Ma mère nous regarde et me lance un regard que je n'arrive pas à déchiffrer... C'est comme si elle me disait "tu te crois drôle" mais qu'elle trouvait ça drôle aussi… Mais ça reste tellement léger que je me demande si je ne l'ai pas inventé. Contre toute attente, j'entends ma mère prendre la parole pour parler directement à Ryouta.

-Ryouta... tu n'es jamais allé voir un aquarium ?

Ryouta se tend un petit peu avant de se tourner vers ma mère, sans réellement la regarder.

-Hum hum ! Nani ne voulait pas !- Dit-il en secouant la tête.

-Non, il n'en a jamais vu, c'est pour ça que je lui ai proposé. Sa soeur n'a jamais voulu l'emmener...

Je fais la traduction pour ma mère. Moi j'ai l'habitude, mais ma mère ne doit pas savoir qui est "Nani", par exemple.

- Oh... Tu sais, Daiki a toujours aimé l'eau et les poissons. Quand il était petit, il allait souvent pêcher des écrevisses et il les ramenait à la maison. Après quelques jours, ils les remettait à l'eau. On était envahi et j'étais obligée de lui dire de les ramener sinon il n'y aurait plus eu de place dans l'aquarium !

Ryouta me regarde en souriant. Ah bah oui, quand on parle de moi, tu es tout de suite plus attentif ! Ma mère scrute nos réactions et nos échanges. Est-ce… est-ce qu'elle commencerait à comprendre ? Non, faut pas rêver...

- Tu sais ce que c'est une écrevisse Ryou ?

-... Non...

- Avec maman, on te montrera à l'aquarium, d'accord ?

- Hum !

La suite du trajet se fait plus détendue. On arrive à l'aquarium et nous faisons la queue pour les tickets. Je vois Ryouta se tendre un petit peu et se serrer plus contre moi, comme pour se protéger du monde extérieur. Si ma mère est gênée par cette soudaine proximité avec moi, elle n'en dit rien et fait comme si de rien n'était. Elle détourne même le regard et je la vois observer les réactions des gens autour de nous. Mais personne ne nous remarque. Pas encore.

Une fois les billets achetés, Ryouta se décolle un peu de moi pour observer l'aquarium. Un air émerveillé sur le visage, il commence à me tirer le bras pour aller plus vite. Tout le long de la visite, Ryouta me tire un petit peu partout en me demandant à chaque fois des explications sur les petites créatures qu'on voit. Ma mère complète mes explications et nous suit, sans faire plus de commentaires.

Je ne vous raconte pas la peur qu'il a eu quand il a vu les requins... Il a tout fait pour qu'on parte très vite et qu'on aille voir autre chose ! Par contre, il était fasciné devant les poissons exotiques, très colorés. Je sens bien qu'aucun de nous n'est à l'aise. Ryouta est crispé et son sourire est moins enjoué que d'habitude. L'endroit est fermé, assez sombre et il y a du monde. Mais je le vois faire des efforts et ça me fait vraiment plaisir. Ma mère, elle… je n'arrive pas vraiment à déterminer ce qu'elle pense. Elle reste assez neutre, mais je n'arriverais pas à dire si elle prend conscience de la situation ou si elle est juste dégoûtée, mais attend la fin de la sortie pour me le dire, comme promis. Quant à moi… j'essaye de jongler entre l'attention que me demande Ryouta et les réactions de ma mère. Je suis toujours aussi mal à l'aise, mais j'essaye de rester fier devant ma mère, même si je n'en mène pas large.

En plus de ça, les personnes présentent nous regardent beaucoup. C'est vrai que Ryou n'est pas des plus calmes, mais certains regards me dérangent vraiment. Oui Ryouta me tient la main et alors ? Ryouta ne semble pas "normal", mais c'est quoi votre problème ? Tsss… Les gens ne peuvent vraiment pas s'occuper de leurs culs, ils se sentent obligés de s'occuper de la vie des autres. Je lance parfois des regards noirs à certaines personnes qui nous regardent avec un peu trop d'insistance.

Même si l'aquarium est grand, nous ne faisons pas toutes les parties. Nous ne sommes pas allés dans la partie des grands mammifères ou des poissons vénéneux par exemple, Ryouta va aurait eu peur à coup sûr. Nous ne restons pas trop longtemps non plus, la résistance de Ryou a des limites. Alors quand je sens qu'il commence à fatiguer, je préviens ma mère pour que nous sortions.

Une fois à l'extérieur, je vois Ryouta souffler, soulagé.

- Ça va Ryou ?

- Trop de lumière, trop de monde…

- Je m'en doute... Merci Ryou, je sais que tu as fais beaucoup d'efforts...

- Hum !

Il me sourit et relâche un peu la pression sur mon bras une fois qu'il s'est calmé. Il me demande un câlin que je lui fais, en exerçant des pressions dans son dos et en lui massant la nuque, je sais que ça lui fait du bien. Ma mère s'éloigne un peu, pour nous laisser le temps de nous remettre de nos émotions et propose d'aller boire un verre dans un endroit tranquil pour finir l'après-midi. Ça me surprend beaucoup. Je n'arrive vraiment pas à déterminer le fond de sa pensée.

Nous nous dirigeons vers un petit bar que tient une de ses amies et nous nous plaçons en terrasse pour profiter du temps. ça pourra permettre à Ryou de prendre un peu l'air. Nous regardons les cartes et j'aide Ryouta à choisir. Maman va ensuite passer la commande. Elle revient quelque minute plus tard avec nos boissons. Vous auriez dû voir mon blond avec son chocolat liégeois, quand il a vu la chantilly, on a tous pu profiter de l'éclat qui brillait dans ses yeux. Il réagit parfois comme un enfant, c'est trop mignon. Surtout quand je dois prendre une serviette pour essuyer sa bouche parce qu'il s'en fout partout ! Ma mère me regardait nostalgique. Je suis sûr qu'elle se souvenait de quand j'étais gamin et qu'elle devait faire la même chose avec moi.

Une fois nos verres finis, nous raccompagnons Ryouta chez lui. Devant la porte, maman salue Ryouta en lui faisant savoir qu'elle était très contente de le rencontrer, et nous laisse un peu d'intimité, pour nous dire au revoir. Ça me fait étrange de me dire que je ne l'ai pas embrassé de la journée. Ce n'est pas l'envie qui m'a manqué, mais avec ma mère à côté, je trouvais ça gênant et dérangeant. Je me rapproche de lui pour lui faire comprendre ce que je veux et il me le donne sans détour. On s'embrasse doucement, ma main sur sa nuque et une de ses mains sur mon torse, l'autre sur mon épaule. A aucun moment je peux me dire qu'il est différent quand il me tient comme ça. On se détache, il me sourit et me laisse partir après un dernier signe de main. On se reverra sûrement demain sur le terrain de toute façon.

Sur le chemin du retour, je sens que ma mère a envie de me dire quelque chose. Je l'incite d'un regard…

- Maintenant, tu peux dire ce que tu penses de tout ça.

- Je… J'ai du mal à encaisser. Mais je ne peux pas nier que tu a l'air d'avoir conscience de ce que tu fais.

- J'ai conscience. C'est ce que j'essaye de te faire comprendre depuis le début. Je te remercie de n'avoir rien dit devant Ryouta et d'avoir accepté la sortie.

- Ça ne va pas être facile pour moi Daiki, il va me falloir m'habituer à ça… Tu veux bien me laisser un peu de temps pour ça ?

- Je peux faire ça.

Je pense que c'est un bon compromis. Je lui donne du temps pour qu'elle accepte, je ne lui en parle pas trop et je laisse les choses se faire d'elles-mêmes. Faire des efforts chacun de notre côté, ça ne devrait pas être trop compliqué.

- Je voulais juste te dire...Il est adorable. Je comprends mieux ce que tu voulais me dire... Il est vraiment adorable. Je ne l'imaginais pas du tout comme ça, et quand il est arrivé, je me suis rendue compte que je l'ai jugé sans savoir.

- Je sais...

- Tu as changé Daiki, en bien. Je retire ce que j'ai dit, quand j'ai insinué que tu ne pouvais pas t'épanouir avec lui. Je dois accepter le fait que tu grandisses et qu'il t'apporte beaucoup.

Je ne rajoute rien. Il n'y a rien à ajouter. Si déjà, elle a compris ça, c'est déjà un début de victoire pour moi.

- Sinon... tu m'avais caché qu'il était aussi beau.

Je pique un fard. Ma mère se fout de ma gueule, c'est pas possible. Je l'entends exploser de rire... ouais elle se fout de ma gueule.

Nous rentrons à la maison, l'ambiance beaucoup plus détendue que pendant ces derniers jours. Je ne sais pas ce qu'elle pense réellement, si elle tolère vraiment ou non. Mais je sais qu'elle ne fera plus de remarques comme elle a pu m'en faire.

Je sais que ma mère va mettre du temps à vraiment accepter Ryouta. Notre relation va mettre du temps à redevenir ce qu'elle était. Mais je sais aussi que je suis son unique fils et qu'elle n'aura pas d'autre choix que de se résigner... Je ne compte pas quitter Ryouta de si tôt !